Marine nationale : les BRF pour durer en mer face aux menaces, nouvelles ou lointaines

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Les futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) devront rejoindre, sans escorte, un théâtre d’opération, parfois très lointain, pour soutenir des frégates, le groupe aéronaval, le groupe amphibie ou l’interopérabilité en coalition.

Le capitaine de frégate Teisseire, chargé du domaine capacitaire Projection-Mobilité-Soutien, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 29 juin 2020 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Evolution stratégique. Dès 1917, la Marine américaine pré-positionne des pétroliers au Sud du Groenland pour ravitailler, en mer, ses convois en provenance des Etats-Unis, entrés dans la première guerre mondiale. Pendant la seconde, la Marine britannique en utilise en Atlantique pour allonger son rayon d’action dans la lutte contre les sous-marins allemands. La Marine américaine en emploie pour ravitailler sa flotte du Pacifique. Après 1945, la Marine française s’en sert pour ravitailler ses escadres en vivres, pétrole, carburant aviation et munitions. La crise de Suez (1956) aura pour conséquences la pérennité des pétroliers-ravitailleurs (PR), la nécessité des porte-avions et l’accélération du programme nucléaire pour garantir l’indépendance stratégique de la France. Dans les années 1960, la flotte, concentrée à 40 % dans le Pacifique pour protéger le site de Mururoa, a besoin de PR et de navires-ateliers. Lors des opérations extérieures postérieures à 1970, elle se recentre vers l’océan Indien, autour de la base navale de Djibouti et des porte-avions Foch et Clemenceau. Ce dernier et ses navires d’escorte (32 avec les relèves) y restent 14 mois en 1987-1988, pour protéger les navires de commerce français pendant le conflit Irak-Iran. Depuis 2016, le Charles-de-Gaulle, à propulsion nucléaire, dispose d’un groupe aérien « tout Rafale » à l’allonge très supérieure à celle du Super-Etendard modernisé. Une présence navale, forte et durable, dissuade les tentatives du fait accompli, tactique de certains Etats. A l’horizon 2040, les nouvelles frégates de taille intermédiaire et le porte-avions de nouvelle génération seront en service.

Mutation technique. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie et l’Italie développent des BRF. Dans le cadre de son programme « Flotte logistique », la Marine française va remplacer ses PR anciens par quatre BRF, dérivés du Vulcano italien et construits par Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique (Saint-Nazaire). Leur entrée en service s’échelonnera entre 2022 et 2029. Armé d’un canon de 40 mm pour contrer les menaces simultanées, de type asymétrique de surface ou aérienne et le missile antinavire, chacun aura une longueur de 194 m, un déplacement de 31.000 t à pleine charge, une autonomie d’environ 15.000 km et un équipage de 130 marins. Conformément aux normes environnementales internationales, il disposera d’une double coque et récupérera les déchets des bâtiments ravitaillés. Il pourra embarquer 60 passagers, le futur système de guerre des mines et de nouveaux armements. Il sera équipé d’un drone et d’un hélicoptère NH90, complémentaires pour les norias avec les autres bâtiments. Son pont d’envol pourra accueillir le V-22 Osprey américain à rotors basculants (photo), dont la grande capacité d’emport permettra de réduire les allers-retours vers la flotte. Equipé d’une imprimante 3 D, un BRF pourra fournir des pièces de rechange aux autres bâtiments, très « numérisés » et automatisés. Les BRF effectueront des norias entre le point d’appui logistique à terre et la force en mer…jusqu’en 2069 !

Loïc Salmon

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