Drones : préparer le combat aérien de demain

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Pour la France, la supériorité aérienne future reposera sur l’avion, dont le pilote conserve une vision globale de la situation, et sur le drone de combat, dont l’ouverture du feu nécessitera toujours une intervention humaine.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 16 février 2017 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : un ingénieur en chef de la Direction générale de l’armement ; un représentant de Dassault Aviation.

Du MALE au nEURon. Les drones assurent des tâches : « ennuyeuses », à savoir une présence  sur zone de 12 h à 24 h qui dépasse la résistance humaine ; « sales » dans un environnement NBC (nucléaire, bactériologique ou chimique) ; « dangereuses » sur les théâtres d’opérations de haute intensité et très étendus, à la merci des systèmes anti-aériens (artillerie ou missiles sol/air) qui mettent en péril la vie des pilotes lors de l’entrée en premier sur une zone de conflit. Selon le représentant de Dassault Aviation, les drones « HALE » (haute altitude longue endurance) et de combat (armés) volent au-dessus de 25.000 pieds (7.600 m), ceux dits « MALE » (moyenne altitude longue endurance) au-dessus de 10.000 pieds (3.000 m) et ceux dits « tactiques » en dessous. Pour partager l’information, tous s’intègreront à un réseau connecté aux satellites, avion radar AWACS, chasseurs, hélicoptères, navires militaires, structures de commandement et de contrôle (C2) et troupes au sol. Outre les missions de renseignement (image, électromagnétique et humain), surveillance, ciblage et reconnaissance, le futur drone MALE RPAS (Remotely Piloted Aircraft Systems) pourra traiter des cibles d’opportunités dans le monde entier, grâce à des armements de haute précision. Ce programme européen (Allemagne, France, Italie et Espagne) a été lancé en 2016, en vue d’une production en 2023 et des livraisons à partir de 2025. Le MALE RPAS doit apporter une valeur ajoutée dans les domaines suivants : souveraineté, par la maîtrise complète du système ; navigabilité pour assurer sa compatibilité avec les réglementations européennes et mondiales pour son insertion dans la trafic civil en cas de mission de sécurité ; modularité pour une souplesse d’emploi ; interopérabilité avec les réseaux de communications vers les C2 ; liaisons de données redondantes, sécurisées et robustes avec les C2 et les flux en provenance des capteurs et emports externes ; cyber pour se protéger des attaques informatiques. Par ailleurs, l’Espagne, la Suède, la France, l’Italie, la Grèce et la Suisse ont déjà investi 400 M€, depuis 2007, dans le démonstrateur de drone de combat nEURon, qui a déjà effectué des vols en France (2012), Italie (2015) et Suède (2015). De la taille d’un Mirage 2000 et avec une masse maximale de 7 t au décollage, il peut effectuer une mission de 2 heures à la vitesse de Mach 0,80 (980 km/h). Sa grande furtivité, à savoir une très faible empreinte électromagnétique détectable par radar, permet un vaste balayage de zone pour détecter des points chauds, reconnaître des cibles et engager une trajectoire d’attaque adaptée. Après transmission des images à la station sol, l’opérateur confirme la cible et déclenche la séquence d’attaque. Les démonstrations ont atteint les objectifs : furtivité (radar et infrarouge) ; vol autonome conforme aux exigences réglementaires ; tir d’un armement depuis une soute interne ; détection et reconnaissance automatique de cible par un capteur électro-optique. Enfin, la structure C2 d’une station sol peut être installée à bord d’un AWACS.

Le drone de combat FCAS. En 2030, des décisions seront prises sur le remplacement des avions de chasse Rafale, pour la France, et Eurofighter, pour la Grande-Bretagne, leur accompagnement par un drone de combat franco-britannique et leurs missions respectives, indique l’ingénieur en chef. Lors du sommet d’Amiens en mars 2016, les deux pays ont en effet convenu d’investir plus de 2 Md€ dans le développement du programme FCAS (système de combat aérien futur), qui prévoit le vol d’un prototype dénommé UCAS (Unmanned Combat Air System) en 2025. Ce dernier doit succéder aux démonstrateurs nEURon (France) et Taranis (Grande-Bretagne). Le drone de combat futur devra évoluer sur un théâtre d’opérations de haute intensité et dont la maîtrise de l’espace aérien n’est pas assurée. Cela nécessitera d’abord d’obtenir du renseignement stratégique en temps réel et de réduire les capacités ennemies de défense aérienne (installations sol/air et aviation). Le drone devra pouvoir frapper, dans la profondeur, des objectifs planifiés et de haute valeur, mais aussi d’acquérir et de détruire des objectifs d’opportunité. Les cibles seront probablement protégées contre les agressions, sécurisées sur le plan informatique, mobiles et déplaçables. La « navalisation » du drone de combat est envisagée, en vue d’un emploi sur porte-avions. Il devra aussi pouvoir coopérer avec les avions de chasse pour l’ouverture de corridors ainsi que la localisation et la désignation d’objectifs. Cet ensemble, qui volera à 30.000 pieds (9.000 m), favorisera la supériorité stratégique et la capacité à entrer en premier sur un théâtre (illustration). Les définitions techniques de l’UCAS portent sur la cellule, le moteur et le système de mission. Capable d’un long rayon d’action et d’une vitesse subsonique haute, la cellule devra : disposer d’un niveau élevé de « survivabilité » (guerre électronique et évitement de menaces) ; emporter en soute des armements air-sol modulaires, bombes de petit diamètre ou missiles Meteor air-sol longue portée ; se ravitailler en vol automatique. Fiable et robuste, le moteur devra rester discret. Le système de missions inclura : une avionique innovante ; une architecture multi-capteurs avec fusion de données ; un panneau multifonctions avec des capacités radar à ouverture synthétique et à très haute résolution ; des capteurs électro-optiques/infrarouges pour le ciblage, la surveillance et la situation tactique ; des liaisons avec les satellites de communications et les autres chasseurs en vol ; des fonctions d’intelligence artificielle. Selon le ministère américain de la Défense, l’intelligence artificielle constitue la 3ème rupture capacitaire majeure après l’armement nucléaire en 1945 et les armes de précision en 1990.

Loïc Salmon

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Le groupe Dassault Aviation est le seul au monde à concevoir, produire, réaliser et assurer le soutien d’avions de combat (Mirage et Rafale) et d’avions d’affaires (bi et triréacteurs Falcon). Fournisseur de l’armée de l’Air française, il a conclu des contrats de vente de Rafale à l’étranger : 24 à l’Egypte en 2015, 24 au Qatar en 2015 et 36 à l’Inde en 2016. Le biréacteur Falcon existe en deux versions : MRA, qui répond aux spécifications « AVSIMAR » de la Marine nationale pour les missions de surveillance, de reconnaissance, de lutte antisurface, de guerre électronique et d’entraînement des flottes ; MSA, sélectionné par le Japon en 2015 pour la surveillance maritime. En outre, Dassault Aviation produit le système de drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) et participe au projet européen de drone de combat nEURon et au programme franco-britannique FCAS (Futur Combat Air System).

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