Quand le lys terrassait la rose

Pendant sept siècles d’hostilités (1066-1815), la France a gagné plus des deux tiers des quelque 200 batailles livrées au cours de 20 guerres contre l’Angleterre, mais elle a souvent perdu…la paix !

Tout commence à la bataille d’Hasting (1066), seule invasion réussie de l’Angleterre, qui entraîne l’usage du français à la cour et le remplacement des élites locales. Vingt ans plus tard, le sentiment national britannique naîtra d’une cérémonie de réconciliation. Pour la France, il faudra la victoire de Bouvines (1214) contre la première coalition européenne de son histoire. La guerre de Cent Ans, querelle dynastique, débute par une victoire navale française à Arnemuiden (1338), qui fera prendre conscience à l’Angleterre de la nécessité d’une Marine puissante et permanente. Deux ans plus tard, son souverain se proclame roi de France et arbore sur ses armoiries les léopards anglais et les lys français. La disparition de ces derniers et l’abandon du titre ne se produiront qu’en…1802 ! La durée de la guerre de Cent Ans s’explique notamment par le traité de Brétigny (1360), où une partie de la souveraineté de la France a été aliénée à l’Angleterre et que les plus capables de ses rois voudront récupérer par la force. Sur le plan militaire, la compétence du chef l’emportera sur la haute naissance nobiliaire et l’infanterie mobile, aidée par l’artillerie, sur la cavalerie surexposée. Entretemps, la guerre civile en France, entre Armagnacs et Bourguignons, va inciter l’Angleterre à tenter de reconquérir ses territoires perdus sur le continent. A Azincourt (1415), la chevalerie française est décimée par les flèches anglaises, qui deviendront obsolètes face à la puissante et précise artillerie française à Castillon (1453), victoire qui met fin au conflit. Le Traité de Troyes (1420) avait offert, à terme, la couronne de France au souverain anglais. Celui qui l’a effectivement portée affronte à son tour une guerre civile (1455-1486), dite des « Deux Roses », l’une blanche pour la maison d’York et l’autre rouge pour celle de Lancastre et qui, une fois réunies, deviendront l’emblème de la monarchie anglaise. Calais, l’unique place anglaise en France, tombe en 1558, mettant un point final aux ambitions territoriales de l’Angleterre sur le sol français. Dorénavant, pour se protéger, celle-ci cherche à diviser ses ennemis potentiels sur le continent et à agir diplomatiquement pour obtenir ou préserver la paix. Après la capitulation de La Rochelle (1628), place protestante soutenue par l’Angleterre, aucune ville de France ne sollicitera un concours étranger. Par contre, la révocation de l’édit de Nantes (1685) provoque l’émigration de nombreux protestants français vers l’Angleterre. Désormais et jusqu’en 1815, se déroule une « seconde guerre de Cent Ans » entre les deux nations, d’à peu près la même durée, en Europe, en Amérique et aux Indes orientales (Asie du Sud et du Sud-Est), alternant affrontements intenses et collectifs, conflits larvés, longues trêves et paix armées. A partir de 1760, à Londres, le pouvoir passe du roi au gouvernement impliquant un regard froid, rationnel et comptable des intérêts des milieux d’affaires. A Versailles, la politique étrangère et la guerre sont considérées comme occupations de gentilshommes pour la réputation, l’honneur et les titres avec…une certaine indifférence pour le résultat final ! Pourtant, après la défaite de la France à Waterloo (1815), le Traité de Paris lui restitue la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion, soit aujourd’hui le 2ème domaine maritime du monde derrière celui des Etats-Unis.

Loïc Salmon

« Quand le lys terrassait la rose », par Daniel de Montplaisir. Mareuil Éditions, 350 pages. 19,90 €

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter




L’Armée Française en Guerre en 100 objets et 100 mots

Une petite encyclopédie d’objets et de récits disparates reconstitue le puzzle de la première guerre mondiale, accélératrice de l’histoire militaire.

L’année 1914 voit l’échec de tous les plans, dont celui de la « guerre courte » par « l’offensive à outrance », très meurtrière. Les années 1915 et 1916, où prime la survie sur le champ de bataille, déçoivent tous les espoirs. En 1917, année de tous les doutes, succède celle de la victoire inespérée en 1918. Mais la paix de 1919 porte en elle les prémices du prochain conflit mondial. L’infanterie, « reine des batailles », confrontée à la crise des effectifs, s’adapte. Ainsi, une compagnie de 1917 compte 50 hommes de moins qu’en 1914, mais avec une puissance de feu quatre fois supérieure. En outre, le commandement au combat se délègue progressivement aux sous-officiers chefs de groupe. Le fantassin de base se spécialise par arme ou système d’arme, à savoir tirailleur, grenadier ou mitrailleur, grâce à effort intense de formation. La mitrailleuse sonne le glas des cuirasses et des pantalons rouges français, mais aussi des casques à pointe allemands. Dès 1915, les cuirassiers combattent à pied. Le terme « limogé » apparaît en 1914 avec les premières difficultés de la guerre, quand le général Joffre, chef d’état-major général des armées, relève de leur commandement plus de 160 généraux et colonels, pour des raisons d’âge, de santé ou de compétences, et les assigne à résidence à Limoges, pour leur éviter tout contact direct avec les responsables politiques et les journalistes. La fixation des lignes de front et la guerre de position rend essentiel le rôle du génie. Les sapeurs creusent discrètement une galerie jusque sous les tranchées adverses et font exploser des mines pour détruire la première ligne. Les fantassins se précipitent alors dans l’entonnoir ainsi creusé pour y installer une mitrailleuse avant que les Allemands réagissent. Dès 1915, les autorités militaires instituent une section cinématographique (70 opérateurs jusqu’en 1919) et aussi une section photographique engagée sur tous les fronts (130 opérateurs). La défense contre avions et dirigeables, bricolée en 1914 à partir de mitrailleuses ou de canons de 37 mm ou de 75 mm, se standardise l’année suivante, avec autocanons mobiles sur véhicules et plates-formes tous azimuts, complétés par un réseau d’observation et d’alerte, pour protéger les points sensibles et la place de Paris. Les industriels spécialisent les avions pour l’observation, la reconnaissance, le réglage d’artillerie, le bombardement et la chasse. Le char léger Renault FT (7 t), équipé d’une tourelle pivotante, est engagé en masse en appui de l’artillerie et en soutien de l’aéronautique. Le 8 août 1918, 1.200 avions et 500 chars contribuent à l’avance des forces alliées. En novembre, la France dispose de 3.500 avions, la Grande-Bretagne de 1.800 et l’Allemagne de 2.600. Le train des équipages, destiné au transport du ravitaillement et des charges lourdes pour le génie et l’artillerie, combine unités hippomobiles (incluant ânes, mulets et chiens de traîneaux) et unités automobiles à l’efficacité reconnue par le général allemand Luderndorff, qualifiant la victoire de 1918 de celle « du camion français sur le rail allemand ». En 1917, une loi instaure le statut de « pupille de la Nation » pour les enfants des « morts pour la France ». Le droit à réparation aux anciens combattants et victimes civiles de guerre, voté en 1919, se concrétise par la carte du combattant en 1926.

Loïc Salmon

« L’Armée Française en 100 objets et 100 mots », ouvrage collectif. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, nombreuses illustrations, 30€. 

Chronolgie commentée de la première guerre mondiale

Images interdites Grande Guerre

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale




Exposition « Picasso et la guerre » aux Invalides

Contemporain des guerres de la fin du XIXème siècle à celles de décolonisation, le peintre espagnol Pablo Picasso (1881-1973), mondialement célèbre pour son tableau « Guernica » (1937), n’a jamais combattu mais s’est engagé pour la paix.

Un siècle de ruptures. Formé d’abord par son père professeur de peinture, Picasso entre à l’Ecole des beaux-arts de La Corogne en 1892, date d’un attentat anarchiste manqué contre un général à Barcelone. Il entre à celle de Barcelone en 1895, quand éclate la guerre d’indépendance cubaine, puis à l’Académie San Fernando de Madrid deux ans plus tard. En 1900, il effectue son premier séjour à Paris, où il présente son tableau Les Derniers Moments à l’exposition universelle, pendant la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud contre l’Empire britannique (1899-1902). Il s’installe à Paris en 1904, année du Traité d’alliance franco-britannique dit « Entente Cordiale ». En 1907, est signée la « Triple Entente », alliance militaire entre la Grande-Bretagne, la Russie et la France. Picasso peint Les Demoiselles d’Avignon, l’un des premiers tableaux « cubistes ». En 1913, une exposition Picasso se tient à Munich, quatre mois avant la seconde guerre des Balkans opposant Serbie, Bulgarie, Grèce et Monténégro à l’Empire ottoman. A l’été 1914, Picasso réalise Le peintre et son modèle quand éclate la première guerre mondiale. En 1916, se déroulent la bataille de Verdun et la première exposition publique du tableau « Les Demoiselles d’Avignon ». En 1918, l’armistice mettant fin à la Grande Guerre survient le 11 novembre, quatre mois après le mariage de Picasso avec la danseuse russe Olga Kokhlova. En 1933, Adolf Hitler accède au pouvoir en Allemagne et y ordonne un autodafé des livres jugés contraires à l’idéologie nazie. Picasso commence alors la sculpture de L’Orateur, allusion au Führer (Hitler) et au Duce italien (Benito Mussolini) qui séduisent les foules par leurs discours. Il considère ses œuvres comme « un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi ». En février 1934 a lieu une manifestation antiparlementaire à Paris et, en août, Picasso séjourne pour la dernière fois en Espagne. En 1936, la guerre civile espagnole commence en juillet et le gouvernement républicain nomme Picasso directeur honoraire du musée du Prado à Madrid en septembre. En 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche (« Anschluss ») le 11 mars et les régions tchécoslovaques peuplées d’Allemands par la signature, le 29 septembre, des « Accords de Munich » avec la France, la Grande-Bretagne et l’Italie. Le 27 septembre, l’inspecteur des Beaux-Arts propose son aide à Picasso pour évacuer ses œuvres en cas de conflit. D’octobre 1938 à février 1939, le tableau Guernica est exposé en Angleterre au profit des républicains espagnols. En 1939, Picasso perd sa mère le 13 janvier et l’exode des réfugiés espagnols vers la France débute le 27 janvier. La guerre civile espagnole se termine le 1er avril et le général Francisco Franco instaure une dictature militaire. En 1939, après la signature du Pacte germano-soviétique et le début de la seconde guerre mondiale, une exposition sur les 40 années de vie artistique de Picasso se tient à New York. En 1940, ce dernier s’installe dans un atelier de la rue des Grands-Augustins à Paris et la loi dite « premier statut des juifs » est promulguée. En 1942, ont lieu à Paris la rafle du Vel d’Hiv et la participation de Picasso à l’exposition collective « La quinzaine d’art espagnol ». Il peint L’Aubade, en écho aux privations de la guerre. En 1944, quelques semaines avant le débarquement des Alliés le 6 juin en Normandie, Picasso participe à l’exposition collective « L’œuvre et la palette de 1830 à nos jours », à Paris.

La guerre comme sujet. Quoiqu’exempté de service militaire, Picasso s’est pourtant fait photographier, à 30 ans, revêtu de l’uniforme du peintre « cubiste » Georges Braque qui sera grièvement blessé pendant la Grande Guerre. Au cours de sa formation artistique, il réalise déjà des motifs de soldats et d’armes. Son apprentissage de la peinture d’histoire se retrouve dans ses dessins représentant des batailles, comme celle de Covadonga (722) entre le califat omeyyade et le royaume des Asturies et considérée comme la première de la reconquête des territoires espagnols. Vers 1896, il peint sur bois Episode de la guerre contre les Français, allusion à la campagne de Napoléon 1er en Espagne (1808). Cette période est marquée par la perte des colonies espagnoles dans les Caraïbes et le Pacifique en 1898, au profit des Etats-Unis. La guerre des Boers, relayée par la presse espagnole, inspire à Picasso plusieurs caricatures. La guerre balkanique l’incite à intégrer des coupures de presse dans ses « papiers collés ». Pendant l’hiver 1933-1934, Picasso réalise des gravures pour illustrer une nouvelle traduction de la comédie grecque « Lysistrata » d’Aristophane, où les femmes font la grève du sexe pour arrêter la guerre entre Sparte et Athènes, ainsi qu’un dessin sur une feuille de carnet intitulé Guerrier au javelot et femme. La guerre d’Espagne lui inspire Guernica. En juin 1940, lors de l’arrivée de la Wehrmacht à Royan où il s’est retiré, Picasso réalise la très expressive Tête de Femme (photo). En 1951, il s’intéresse à l’art du Moyen Age et dessine à la plume sur papier Cheval caparaçonné et chevalier en armure, puis peint sur bois Jeux de pages et décore une assiette d’une scène de tournoi avec un cavalier en armure et, au dos, une colombe symbole de paix. Enfin en 1972 moins d’un an avant sa mort, il s’inspire de Vélasquez et de Rembrandt pour le tableau Mousquetaire et enfant, créant un lien entre deux âges de la vie.

Un artiste engagé. En 1894, à la suite de l’assassinat du président de la République Sadi Carnot par un anarchiste, des lois ciblent l’anarchisme. En 1901, un rapport de police soupçonne Picasso (19 ans) d’être anarchiste, comme son marchand d’art Pédro Manach. Cela l’empêchera d’obtenir la nationalité française qu’il demandera en 1940, mais sa carte de séjour sera toujours renouvelée. En 1936, il signe le manifeste des intellectuels catalans contre les fascismes en Europe. Devenu membre du Parti communiste français (PCF) dès 1944, il prend ensuite la parole lors de congrès pour la paix et contribue au financement de la campagne pour l’amnistie des exilés et prisonniers politiques espagnols. Pendant la guerre froide, il répond aux commandes du PCF, dont la Colombe de la Paix, motif devenu universel. Le quotidien L’Humanité-Dimanche publie ses lithographies des époux Rosenberg condamnés à mort aux Etats-Unis en 1951 pour espionnage au profit de l’Union soviétique. En 1956, il cosigne une lettre ouverte au Comité central du PCF dénonçant son silence sur les crimes du stalinisme (rapport Khrouchtchev) et l’écrasement de l’insurrection en République populaire de Hongrie par l‘Armée rouge.

Loïc Salmon

L’exposition « Picasso et la guerre » (5 avril-28 juillet 2019), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des dessins, tableaux, sculptures, photos, documents et objets. Sont aussi prévus concerts, projections de films et représentations d’une pièce de théâtre écrite par Picasso. Renseignements : www.musee-armee.fr

Picasso et la guerre

La paix : ceux qui la font

Histoire de la Paix




Picasso et la guerre

Du camouflage de la première guerre mondiale au massacre pendant celle de Corée, en passant par celle d’Espagne, Picasso a vécu les conflits à distance.

Arlequin. Le 7 février 1915, Pablo Picasso suggère à son ami le poète et écrivain Guillaume Apollinaire, affecté au 38ème Régiment d’artillerie de Nîmes, de barbouiller les canons avec des couleurs vives et par morceaux rouges, jaunes, verts et blancs pour les dissimuler aux « aéroplanes » ennemis. Cette composition rappelle le vêtement d’Arlequin, personnage facétieux de la Commedia dell’arte (théâtre populaire italien du XVIème siècle). L’idée du camouflage Arlequin sera reprise du côté allemand mais…pour dissimuler les bombardiers lourds qui mèneront les premières attaques contre des civils. Le 12 février, le ministère français de la Guerre crée une équipe de camouflage, composée d’artistes et d’artisans pour décorer le théâtre de la guerre. Il s’agit de déstructurer les formes par la couleur pour les faire disparaître. En fait, le « caméléon » est préféré à l’Arlequin, trop visible, pour le camouflage de certains navires militaires, afin de gêner la vision de l’artilleur ennemi et ainsi perturber le calcul du tir. Cette innovation a été associée au « cubisme », qui apparaît dans la peinture de Picasso et Braque.

Guernica. Le 18 juillet 1936, au début de la guerre civile espagnole, le général Francisco Franco demande un appui militaire à ses alliés, le Führer allemand Adolf Hitler et le Duce italien Benito Mussolini. Hitler lui envoie la légion Condor, unité spéciale de la Luftwaffe chargée de prouver sa capacité de destruction aérienne et d’expérimenter bombardements, techniques nouvelles et plans d’attaque, en vue de la future guerre en Europe. En avril 1937, les troupes nationalistes espagnoles ne parviennent pas à prendre Madrid ni Bilbao. La ville basque de Guernica, sur la route de Bilbao, doit servir d’exemple de terreur pour briser le moral des troupes républicaines. Le 26 avril, 24 bombardiers et 19 chasseurs allemands ainsi que 3 bombardiers et 13 chasseurs italiens larguent entre 31 t et 41 t de bombes explosives et incendiaires sur Guernica de 16h20 à 19h40. Les chasseurs mitraillent les survivants des premières vagues de bombardement. Ceux qui ont réussi à échapper au pilonnage meurent asphyxiés ou brûlés par l’incendie. Le bilan s’établit à 271 bâtiments entièrement détruits (85,22 % de la ville) et plusieurs milliers de morts et blessés. Franco ordonne de nier l’attaque aérienne et d’annoncer que la ville a été incendiée par les « Rouges », version officielle jusqu’à la fin du régime franquiste en 1975. Pendant les deux mois suivants, Picasso peint son œuvre monumentale Guernica (3,49 m x 7,77 m), devenue l’icône universelle du pacifisme et à l’origine de son engagement ultérieur pour la paix, mais davantage comme compagnon de route du mouvement que militant actif. Pour lui, le message de Guernica remplaçait tous les discours qu’il aurait pu tenir.

La Corée. Le 25 juin 1950, en pleine guerre froide, un conflit éclate entre la République de Corée (Sud), soutenue par les Nations unies, et la République populaire démocratique de Corée (Nord), aidée par la République populaire de Chine et l’Union soviétique. En janvier 1951, Picasso peint Massacre en Corée, inspiré du Massacre des Innocents de Nicolas Poussin (1625-1632), du 3 mai 1808 à Madrid ou « les fusillés » (1814) de Francisco de Goya et de L’Exécution de Maximilien (1868-1869) d’Edouard Manet.

Loïc Salmon

 « Picasso et la guerre », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 352 pages, nombreuses illustrations, 35 €

Exposition « Picasso et la guerre » aux Invalides

Deux légionnaires dans la Grande Guerre, Zinoview et Cendrars




02ème Régiment d’infanterie de marine

Les noms de 16 batailles sur quatre continents, inscrits sur son drapeau, valent au 2ème Régiment d’infanterie de marine le port des fourragères de la Médaille militaire, de l’Ordre de la Libération et de la croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs.

Aucune unité de l’armée française n’a encore réalisé un tel palmarès. L’ancre d’or de ce « vagabond de la gloire » rappelle son origine navale. En 1622, le cardinal de Richelieu ordonne la création des « compagnies ordinaires de la mer », destinées à servir sur les navires de la Marine royale et à défendre les ports. La première expédition outre-mer remonte à 1664 avec l’embarquement de troupes régulières pour les Antilles à bord d’une escadre royale. Cinq ans plus tard, Colbert crée des compagnies « détachées de la Marine » pour être affectées dans les colonies, et des troupes d’infanterie et d’artillerie « embarquées », qui dépendent de la Marine. Au début du XVIIIème siècle, le royaume de France intègre les colonies de la Couronne, à savoir les Antilles, le Canada, la Guyane et Madagascar, ainsi que le domaine de la Compagnie française des Indes orientales, à savoir les îles Mascareignes (dont La Réunion d’aujourd’hui), le Sénégal et les comptoirs de l’Inde (Pondichéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor). Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815), les troupes servant dans les colonies sont, en grande partie, rappelées en métropole. La Restauration relance l’expansion coloniale…qui durera jusqu’en 1962. Louis-Philippe reconstitue les troupes de Marine en 1831, date de naissance du 2ème Régiment d’infanterie de marine (RIMa). Ces troupes prennent l’appellation de « coloniales » en 1900 avant de redevenir « de Marine » en 1958. L’histoire du 2ème RIMa se décline en une succession de batailles : 1854, Bombarsund (Crimée) ; 1863, Puebla (Mexique) ; 1870, Bazeilles, haut fait d’armes des troupes de Marine célébré chaque année et inspirateur du fameux tableau « La Dernière Cartouche » (1873) ; 1885, Tuyen-Qan (Tonkin) ; 1914, la Marne ; 1915, offensive de Champagne ; 1916, la Somme ; 1917, l’Aisne-Verdun ; 1940, bataille de France et dissolution du 2ème Régiment d’infanterie coloniale (RIC)  ; 1941, Kub-Kub (Erythrée italienne) avec la participation de la 2ème Brigade française libre, qui deviendra 2ème RIC en 1945 ; 1942, El Alamein (Libye) ; 1943, Takouna (Tunisie) ; 1944, Ponte Corvo (Italie) et Toulon (débarquement de Provence) ; 1945, Colmar ; 1947-1954, Indochine ; 1952-1962, Afrique du Nord. En 1963, le 2ème RIMa s’installe au Mans, puis participe à toutes les opérations extérieures : Mauritanie, (1979-1980) ; Liban, opération « Diodon » (1982, 1983 et 1984) ; Tchad, « Tacaud » (1978, 1979 et 1980), « Manta » (1984 et 1985) ; « Epervier » (1986, 1989, 1993, 1995 et 2000) ; République centrafricaine, « Barracuda » 1980 et 1981, « Bouar » 1981, 1982, 1983 et 1987, « Alamandin » (1996-1998) ; Koweït, « Daguet » (1991) ; ex-Yougoslavie (1992-1997) ; Afghanistan (2008, 2009, 2010 et 2011) ; Côte d’Ivoire (2002-2010) ; Mali (2013, 2014, 2015 et 2017). Le 7 août 1945, le général de Gaulle souligne, qu’en cinq ans de guerre, le 2ème RIC totalise plus 50 croix de la Libération et 350 citations à l’ordre de l’armée. Le 10 novembre 2004, un hommage national a été rendu, aux Invalides à Paris, aux soldats français tués en Côte d’Ivoire.

Loïc Salmon

« Histoire du 2èmte Régiment d’infanterie de marine », ouvrage collectif. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, nombreuses photos, 35 €. 

01er Régiment d’artillerie de marine

03ème Régiment parachutiste d’infanterie de marine

Drapeau du 1er Régiment de fusiliers marins




La paix : ceux qui la font

Comment bâtir ou reconstruire la paix et anticiper les facteurs de crises ? Tel est le thème de la deuxième édition du « Forum Normandie pour la paix », qui se tiendra à Caen les 4 et 5 juin 2019, veille du 75ème anniversaire du « Jour J » du débarquement allié en Normandie.

Le Forum a été présenté à la presse, le 2 avril 2019 à Paris, notamment par : Hervé Morin, président de la Région Normandie et de l’Association des Régions de France ; Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002 (photo) ; Bertrand Badie, ancien professeur à l’institut des études politiques de Paris et spécialiste des relations internationales.

« Les faiseurs de paix ». Il s’agit de distinguer la mécanique de sortie de la logique de guerre, explique Hubert Védrine. Environ 90 % des discours portant sur la prévention de la guerre reposent sur le critère moral et l’analyse des mécanismes ayant conduit à plusieurs génocides. Il vaudrait mieux substituer une dynamique de paix à la logique de guerre. Pour Bertrand Badie, la paix ne consiste plus à obtenir l’état de non-guerre par un équilibre des puissances, mais à étudier comment satisfaire les besoins humains fondamentaux de sécurités alimentaire, sanitaire et environnementale. L’ONU dispose de la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), du PAM (Programme alimentaire mondial) et de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Premiers « faiseurs de paix », les diplomates doivent agir dans un cadre multilatéral. Les organisations humanitaires non gouvernementales jouent un rôle de plus en plus important. Outre les Etats, les villes et les régions peuvent également intervenir dans la construction de la paix. De son côté, Hervé Morin souligne la valeur précieuse mais aussi la fragilité de la paix et de la sécurité. Le Forum Normandie pour la paix 2019 doit rassembler 50 nationalités, 70 think tanks et une trentaine de personnalités. Parmi celles-ci, figurent cinq prix Nobel : Mohammed El-Baradei (2005), Egypte ; Leymath Gbowee (2011), Liberia ; José Manuel Ramos-Horta (1996), Timor oriental ; Denis Mukwege (2018), République démocratique du Congo ; Judy Williams (1997), Etats-Unis. La jeunesse se trouve à l’honneur par la remise du « Prix Liberté », attribué à la lycéenne suédoise Greta Thunberg (16 ans) pour son engagement contre l’inaction des chefs d’Etat et de gouvernement et du manque de prise de conscience sur l’urgence climatique. Elle a été désignée à l’issue d’un vote en ligne de jeunes de 15 à 25 ans, ouvert du 1er au 31 mars 2019. Le prix, d’un montant de 25.000 € lui sera remis le 5 juin 2019 à l’Abbaye aux Dames à Caen.

S’inscrire dans la durée. Le programme du Forum inclut, notamment, trois grandes conférences, qui accueilleront 1.000 participants chacune : « Humaniser la paix, quels acteurs ? ; « Les chemins de la paix : erreurs et succès » ; « Bâtir une paix durable ». D’autres conférences portent notamment sur la diplomatie économique et l’appel aux médias pour lutter contre les « fake news » (informations tronquées prêtant à confusion). Un « Manifeste Normandie pour la paix », rédigé par quatre prix Nobel, sera présenté à la signature des participants. Ce manifeste s’inspire du Manifeste Russel-Einstein, rendu public en pleine guerre froide en 1955. Ce dernier avait souligné les dangers créés par les armes nucléaires et avait appelé les dirigeants du monde à rechercher des solutions pacifiques aux conflits internationaux.

Loïc Salmon

Renseignements : normandie.fr.normandiepourlapaix.fr

La guerre : phénomène social et politique

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Les ONG : gestion civile des crises dans la durée




Deux légionnaires dans la Grande Guerre, Zinoview et Cendrars

Les destins du poète suisse Blaise Cendrars (1887-1961) et du peintre russe Alexandre Zinoview (1889-1977) se croisent à la ferme de Navarin, sur le front de Champagne en automne 1915. Tous deux recevront la croix de Guerre.

Leurs regards sur le conflit ont fait l’objet d’une exposition au musée de la Légion étrangère à Aubagne en 2018. L’un, par un texte, et l’autre, par une peinture ou un dessin, témoignent, moins de la guerre que des hommes qui la font. Le 29 juillet 1914, Cendrars rédige un appel publié dans les journaux de Paris, invitant les étrangers amis de la France à s’engager pour la durée des hostilités. Plus de 8.000 y répondent, dont Zinoview qui réside en France depuis 1909. La Légion étrangère en accueillera 30.000 pendant la Grande Guerre. De son vrai nom Zolotarenko, Zinoview avait été emprisonné à Moscou en 1908 pour une modeste activité révolutionnaire. L’Okhrana (police politique) l’avait alors recruté comme agent pour espionner le militant socialiste-révolutionnaire Vladimir Bourtseff, réfugié à Paris. C’est à lui que Zinoview annonce son intention de s’engager dans la Légion étrangère, où il sert comme soldat jusqu’à la dissolution de son bataillon en juillet 1915. Quatre mois plus tôt, l’ambassadeur de Russie avait imposé aux Russes de France mobilisables de rentrer au pays ou de servir dans « l’Ambulance », financée par les aristocrates russes de France. Le 25 juillet, Zinoview devient infirmier-interprète pour l’Ambulance, qui sera affectée au Corps expéditionnaire russe de France. Ce dernier fait l’objet de mutineries en 1917, après l’abdication du tsar Nicolas II. Zinoview, l’un des 400 loyalistes, se place sous la protection de l’armée française, qui le réincorpore dans la Légion étrangère (novembre 1917-février 1919). Il aura toujours combattu sur le front de Champagne, à Suippes (1915), Auberive (1916) et Thil (1917). Outre ses crayons et couleurs, il a emporté un appareil photo instantané « Kodak Pocket » et des carnets pour noter ses impressions. D’après ses clichés et dessins, en automne 1915, il sert comme brancardier dans un poste chirurgical avancé à la ferme de Navarin, où Cendrars, blessé, sera amputé du bras droit. Un des tableaux de Zinoview, intitulé « La main coupée » et daté du 22 octobre, fait référence à cet épisode, que Cendrars évoquera dans un récit sous le même titre. Résidant à Paris depuis 1912, ce dernier s’engage, le 3 septembre 1914, dans une unité du 1er Régiment étranger, composé surtout de Russes, d’Italiens, d’Alsaciens (l’Alsace est allemande depuis 1871), de Polonais et de Suisses. Envoyé dans le Nord, il connaît les tranchées et, chef d’escouade, est nommé caporal en 1915 pendant les combats en Artois. Lors de l’offensive de Champagne en septembre 1915 et après 12 jours de combats, son régiment est presqu’anéanti et lui grièvement blessé le 28. Il connaît huit mois d’hospitalisation puis recevra la Médaille militaire. De son vrai nom Frédéric Louis Sausser, il avait choisi le nom de plume « Blaise Cendras » pour « braises et cendres ardentes ». Après la guerre, il écrit des romans et des récits, mêlant notamment fictions et expériences vécues. En 1918, deux détachements de la Légion étrangère sont envoyés aux Etats-Unis et à Québec pour une campagne de publicité pour « l’emprunt de la liberté ». Zinoview en fait partie et sera reçu à la Maison Blanche à Washington.

Loïc Salmon

« Deux légionnaires dans la Grande Guerre, Zinoviev et Cendrars », ouvrage collectif. Somogy Editions d’art, musée de la Légion étrangère, 130 p, nombreuses illustrations, 25 €. 

Entendre la guerre

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après

2017 : centenaire de la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale




Pierre Sellier, le « clairon de l’armistice »

Quatre fois blessé, titulaire de la croix de Guerre et de la Médaille militaire, le caporal Pierre Sellier (1892-1949), chevalier de la Légion d’honneur décoré aux Invalides à Paris, entre dans l’Histoire en novembre 1918.

La première guerre mondiale a mobilisé 8,5 millions de Français en 4 ans, dont 1,35 million sont morts et des millions d’autres blessés, gazés, défigurés et amputés. A l’époque, le clairon transmet les ordres sur la base de sonneries réglementaires. Le 7 novembre 1918, Sellier sonne le « Cessez-le-feu » (arrêt négocié des combats) sur la ligne de front, puis le 11 novembre à 11 h quand l’armistice est effectivement signé. Son parcours militaire a été reconstitué à partir des Journaux des marches et opérations des régiments où il a servi. Incorporé comme soldat de 2ème classe en 1913 au 172ème Régiment d’infanterie (RI) à Belfort, il devient clairon en 1915 et sert aussi au 171ème RI. Ce dernier reçoit la croix de Guerre en 1917 puis la fourragère en 1919. Le 7 novembre 1918, Sellier est agent de liaison du capitaine Lhuillier, commandant le 19ème bataillon de chasseurs stationné à La Capelle (Aisne). Le quotidien L’Intransigeant rapporte la scène suivante : « – Sellier dit le capitaine, j’aurai sûrement besoin de toi aujourd’hui pour sonner. Pour sonner quoi ? A quel propos ? Pour les avions ? Pour les gaz ? Sellier était trop peu bavard pour le demander. Aussi son capitaine succomba-t-il quelques instants plus tard sous le poids du secret. – Sellier, on attend les parlementaires boches. » Dans son unique interview au même journal, Sellier raconte : « « Alors monsieur, j’ai sonné le garde à vous ! J’ai sonné le refrain du 171ème : « Encore un bleu qu’a perdu son pompon » ; j’ai sonné le refrain du 19ème bataillon ; j’ai sonné celui du 20ème bataillon qui était en réserve ; en somme tous les refrains de la division. Puis j’ai sonné : « Cessez le feu », enfin « Halte-là », comme au champ de tir. Enfin, je suis monté sur le marchepied de l’auto des parlementaires et mon capitaine me criait sans cesse : « Sonne donc ! Sonne donc ! » » Le 25 août 1919, Sellier, démobilisé, reçoit son « certificat de bonne conduite », document de recommandation ou de référence pour l’accès à un futur emploi. Rappelé en 1939, promu maréchal des logis (sergent) le 23 mars 1940, il est démobilisé le 11 mai. Il entre alors en résistance, rejoint le maquis du Lomont puis s’engage dans la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny jusqu’en Allemagne du Sud. Il termine la guerre comme adjudant et retourne à la vie civile. Sa mort soudaine en 1949, à l’âge de 56 ans, est annoncée à la radio. Après des obsèques solennelles, il est d’abord inhumé au cimetière de Beaucourt, puis transféré en 1964 à celui de Reppe (Territoire de Belfort). Entre les deux guerres, Sellier avait décliné une première proposition de tournée triomphale, aux Etats-Unis, de l’American Legion, association des anciens combattants du corps expéditionnaire américain. Il en avait refusé une seconde, mais cette fois en compagnie de son homologue allemand, le maréchal des logis chef Arthur Zobrowski. Ce dernier a refusé de vendre sa trompette à un financier américain. Sellier, lui, a fait don de son clairon au musée de l’Armée aux Invalides. Son nom a été donné à une rue de sa ville natale, Beaucourt, où une stèle a été érigée en son honneur. Il figure sur un vitrail du temple protestant de Château-Thierry (Aisne) et sur des monuments à La Flamengrie (Aisne) et Beauwelz (Belgique).

Loïc Salmon

« Pierre Sellier, le clairon de l’armistice », par Damien Charlier et Eva Renucci. Éditions Le Livre d’histoire, 170 p/29 €

Exposition « L’ Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

Novembre 1918, aléas d’une mission de paix

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne




Monde combattant : écoute, concertation, protection et modernisation

Aide et accompagnement des soldats et anciens combattants, honneur à la mémoire de ceux morts au feu ou à l’entraînement et renfort du lien Armées-Nation constituent des missions à remplir dans la durée.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, l’a expliqué, le 23 janvier 2019 à Paris, lors de ses vœux au monde combattant.

Actions en 2019. La carte du combattant est désormais attribuée aux soldats français engagés en Algérie entre juillet 1962 et juillet 1964. Cette mesure, qui coûtera 30 M€ par an, portera sur 50.000 cartes, dont plus de 8.000 dossiers ont déjà été instruits. A la suite des accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie (18 mars 1962), quelque 75.000 soldats français, dont une majorité d’appelés, sont restés mobilisés pendant cette période. Malgré les demandes récurrentes d’associations d’anciens combattants, ils n’avaient jamais pu bénéficier de la carte de combattant, de la reconnaissance, de l’action sociale et des avantages y afférant. En revanche, cette carte est attribuée à tous les militaires déployés en opérations extérieures, dans le cadre des obligations internationales de la France. En outre, la reconnaissance de la nation envers les combattants de la première guerre mondiale s’exprimera aussi par l’entrée au Panthéon de l’écrivain Maurice Genevoix, auteur de Ceux de 14. Les combattants de la seconde seront honorés lors du 75ème anniversaire de la Libération. De plus, après dix ans de péripéties, le monument aux morts pour la France en opérations extérieures sera édifié dans le parc André Citroën à Paris. Par ailleurs, l’Institution nationale des Invalides recevra 35 M€ pour le renouvellement de ses infrastructures et la mise aux normes de ses installations pour les reconstructions physique et psychique des blessés. Un contrat d’objectifs 2019-2023 pour l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) sera signé au premier semestre. Pour les jeunes générations, une préfiguration du « service national universel », non militaire, va concerner 3.000 volontaires dans 13 départements en juin. Plus de 100 M€ seront investis dans les six lycées militaires entre 2019 et 2025.

Bilan 2018. Les noms des 1.400.000 morts pour la France inscrits sur les monuments de pierre sont désormais accessibles sur internet, grâce à l’indexation des fiches matricules. La Mission du centenaire 1914-1918 a labellisé plus de 6.000 projets et organisé des dizaines de cérémonies nationales et internationales. Par ailleurs, l’allocation de reconnaissance des anciens harkis et la rente viagère des veuves a été revalorisée de 400 € en septembre. En outre, un dispositif de solidarité en faveur de leurs enfants a été créé par décret en décembre. D’autre part, le processus d’attribution des pensions militaires d’invalidité (PMI) a été amélioré par la « présomption d’imputabilité » en cas d’accident en service. Le tarif des expertises médicales a été augmenté de 43 % pour les rendre plus attractives pour les médecins et accélérer les délais d’examen. De plus, le contentieux des PMI a été transféré vers les juridictions administratives et un recours administratif préalable devant une commission spécifique a été créé. En 2018, environ 770.000 jeunes ont effectué leur « Journée Défense et Citoyenneté ». Depuis son expérimentation en 2015, le « Service militaire volontaire » a totalisé plus de 2.500 contrats, dont 72 % ont débouché sur une insertion positive, à savoir un emploi ou une formation qualifiante.

Loïc Salmon

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

307 – Dossier : « Les blessés en Opex, le retour et après »

L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

Défense : la jeunesse au cœur du lien Armées-Nation




Nom de code M

Maxwell Knight (1900-1968), dit « M », quoiqu’autodidacte en la matière, est considéré comme l’un des meilleurs « officiers traitants » du MI5, le service de renseignement intérieur britannique.

A la tête de la section « Infiltration » de 1931 à 1961, il a recruté et dirigé des agents au sein des mouvements fascistes puis communistes, pour défendre les intérêts de son pays pendant cette période fertile en événements. Engagé dans la Marine à 17 ans, il termine la première guerre mondiale avec le grade d’enseigne de vaisseau. Sa « carrière » commence en 1923 avec son embauche, à temps partiel, par l’organisation Makgill, agence de renseignement privée au service d’associations défendant les intérêts de compagnies maritimes, minières ou industrielles. Cette organisation infiltre des informateurs, notamment dans le Parti communiste, les syndicats les plus combatifs, les mouvements anarchistes et l’Armée républicaine irlandaise. En outre, « M » travaille, également à temps partiel et dans le renseignement, pour les « Fascisti » britanniques. Il réussit si bien, qu’à 25 ans, il anime un réseau de 52 agents infiltrés au sein du Parti et des organisations communistes, en plein essor à l’époque. Son expérience de la pénétration des organisations subversives et ses relations d’alors lui serviront quand il intègrera le MI5 quelques années plus tard. Il repère les qualités d’un agent potentiel : intelligence, application, modestie, humour, patriotisme et… ambition non réalisée. En outre, « M » sait lui donner l’impression de se sentir unique ! Il utilise aussi des membres de familles résolument de « droite » pour infiltrer des groupes de « gauche ». Il pose pour principe que ses agents ne sachent rien les uns des autres, pour garantir leur propre sécurité. Travailleur acharné, il ne redoute pas l’échec. « M » servira de modèle à des personnages de romans d’espionnage de Ian Fleming et de John Le Carré, qui seront adaptés au cinéma. Par ailleurs, ses équipes d’agents, masculins et féminins, parfois recrutés par petites annonces dans les journaux, recourent aux écoutes téléphoniques et pratiquent le cambriolage. Au cours des années 1930, la Grande-Bretagne devient une cible de choix pour l’espionnage et la subversion de la part des pays à régimes totalitaires, à savoir l’Union soviétique, l’Italie et l’Allemagne. Selon ses nouveaux statuts, le MI5, qui reçoit des moyens accrus et des pouvoirs étendus, doit d’abord enquêter sur le communisme en métropole et dans tout l’Empire britannique. Ensuite, il devra, de la même manière, surveiller le fascisme. Il découvre que les Partis communiste et fasciste britanniques sont rétribués par Moscou et Rome et pourraient être instrumentalisés en cas de conflit. En 1935, la section de « M » parvient à démanteler le réseau qui a permis à l’URSS d’acquérir les plans secrets de nouveaux armements navals britanniques. En 1940, la mention « capitaine M. Knight, Whitehall » figure sur une liste de personnalités britanniques à livrer à la Gestapo, après l’invasion du Sud de la Grande-Bretagne et la prise de Londres par la Wehrmacht. Grâce à l’infiltration d’un réseau d’espions hostiles, « M » avait en effet mis fin à une fuite, potentiellement catastrophique, d’informations sensibles entre Washington et Londres. Le procès qui suivit avait entraîné la détention en masse des fascistes locaux, contribuant à éliminer le risque d’une « Cinquième colonne » en Grande-Bretagne et à renforcer la détermination de la population à se battre. En 1943, à l’occasion de l’anniversaire du roi, « M » est fait officier de l’Empire britannique.

Loïc Salmon

« Nom de code M », par Henry Hemming. Mareuil Éditions, 432 pages. 20 €

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Guerres secrètes