Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

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La guerre de 1870-1871 provoque le basculement de l’Europe. L’Allemagne en sort unifiée. La France va réformer ses armées en profondeur et cultiver la mémoire et l’esprit de revanche.

Le bouleversement géopolitique. La défaite de la Prusse à Iéna en 1806, face à la France, suscite un sentiment nationaliste parmi les diverses composantes du Saint-Empire romain germanique remontant à Charlemagne (800). En 1813, la défaite de la France à Leipzig, face à la coalition de la Russie, l’Autriche, la Suède, la Prusse et la Saxe, anéantit l’idée française de l’Europe et renforce le sentiment d’appartenance à la « nation allemande ». Mais le Congrès de Vienne (1814-1815) établit une « Confédération germanique » de monarchies (34) et villes libres (4) allemandes sous l’emprise de l’Empire d’Autriche. Après sa défaite à Sadowa en 1866 face à la Prusse, celui-ci se transforme en une double monarchie dénommée « Autriche-Hongrie ». Pendant cette période, la France a connu tous les régimes : Premier Empire jusqu’en 1815 ; Restauration de la monarchie absolue (1815-1830 avec l’épisode des Cent-Jours de 1815) ; Révolution de 1830 ; Monarchie constitutionnelle de Juillet (1830-1848) ; Révolution de 1848 ; IIème République (1848-1852) ; Second Empire (depuis 1852). Epoque fondatrice de la tumultueuse relation franco-allemande, la guerre de 1870-1871 met un terme à l’équilibre des puissances connu sous le nom de « Concert européen », qui repose sur la diplomatie. Les deux pays vont développer leurs empires coloniaux jusqu’à la première guerre mondiale, à l’issue de laquelle l’Alsace-Lorraine, annexée par l’Allemagne en 1871, réintègrera la France en 1919. L’Allemagne perdra toutes ses colonies et songera, à son tour, à la revanche.

La guerre. Entre le 19 juillet et le 1er septembre 1870, les armées allemandes sous commandement prussien, plus nombreuses et mieux instruites, l’emportent sur les françaises, battues à Wissembourg, Frœschwiller-Wœrth, Rezonville-Mars-la-Tour, Gravelotte-Saint-Privat et Sedan. Soldée par 152.000 soldats mis hors de combat, cette première partie de la guerre surprend les belligérants : les Allemands par la facilité des victoires et la déliquescence de l’armée impériale ; les Français par la rapidité de l’invasion et l’enchaînement des défaites. Malgré la capitulation de Sedan et la capture de Napoléon III, la victoire allemande n’est pas encore totale. Un gouvernement provisoire, réuni à Paris, proclame la déchéance de l’Empire le 4 septembre, instaure la IIIème République et décide la poursuite des combats. Le Haut-commandement prussien envoie alors 400.000 soldats assiéger Paris dès le 20 septembre. Mais l’assaut n’aura pas lieu, en raison des solides protections de la capitale et du risque de sanglants combats de rues, face à 450.000 combattants soutenus par 1,75 million de civils. Les Parisiens en sont réduits à manger toute la faune disponible, surtout les chevaux. Les rats, bœufs et animaux exotiques du zoo de Vincennes et du Jardin des plantes ne figurent que sur les menus des restaurants. La rigueur de l’hiver affecte particulièrement les plus pauvres, qui manquent de charbon et de nourriture. La communication avec le reste du pays s’établit par des pigeons voyageurs transportant des microfilms. De nombreux ballons parviennent à quitter la capitale pour acheminer le courrier et évacuer les personnalités. La société d’armement Krupp met alors au point les premiers canons antiaériens, quoique peu efficaces en raison de l’altitude. Devant la résistance opiniâtre de la population, l’Etat-major prussien déclenche, le 5 janvier 1871, un intense bombardement sur la ville et sa banlieue, sans obtenir la reddition attendue. Cela concrétise la volonté de la Prusse d’accélérer puis de terminer la guerre, en vue de prévenir une prise de position des opinions publiques européennes en faveur de la France. En effet, la presse relaie les exactions contre les populations civiles et les dégâts des bombardements sur Strasbourg, Belfort et Paris. En outre, le nombre considérable de prisonniers dépasse les prévisions de l’Etat-major prussien : 398.000 Français pour 40.000 Allemands. Par ailleurs, chaque armée reproche à l’autre sa sauvagerie, personnifiée par le « uhlan » (lancier à cheval prussien) et le pilleur, d’un côté, et le franc-tireur et le « turco » (tirailleur algérien) de l’autre. Les armées françaises, reconstituées à partir d’unités impériales, de bataillons de la Garde nationale mobile et de volontaires, ne parviennent pas à libérer Paris et inverser le cours de la guerre, faute de cadres, d’instruction militaire et d’équipements suffisants. Finalement, le gouvernement de la Défense nationale parvient à négocier un armistice qui met fin, le 28 janvier, à un siège de 132 jours, assure le ravitaillement de la capitale et lui évite l’occupation allemande. Belfort résiste jusqu’au 13 février. Le traité de Francfort (10 mai 1871) termine cette guerre, qui aura coûté 139.000 morts et 143.000 blessés français pour 65.000 morts et 89.000 blessés allemands ainsi qu’une indemnité de guerre de 5 Mds de francs-or contre le retrait des troupes allemandes (septembre 1873).

La Commune. Le 1er mars 1871, le défilé des troupes allemandes à Paris provoque l’indignation d’une partie des habitants, qui vivent l’armistice comme une trahison. S’y ajoutent la fin du moratoire sur les loyers, qui s’envolent, et la suppression de la solde des gardes nationaux. Le 18 mars, une insurrection provoque la tenue d’élections municipales et la proclamation de la « Commune de Paris » par la Fédération républicaine de la garde nationale, suivie de celles de Lyon, Marseille et Toulouse, vite réprimées. Le gouvernement, installé à Versailles, envoie l’armée régulière reconquérir la capitale, avec l’accord de l’Allemagne qui facilite le retour des prisonniers à cet effet. La « semaine sanglante » (21-28 mai) donne lieu à de nombreuses destructions, dont l’incendie du palais des Tuileries et de l’Hôtel de Ville. Arrestations, exécutions, condamnations à la prison ou la déportation en Nouvelle-Calédonie s’ensuivent. Les « Communards » seront amnistiés en 1879 et 1880 et les victimes de la Commune réhabilitées en 2016.

Loïc Salmon

France Allemagne(s) 1870-1871

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

L’exposition « France-Allemagne (s) » (13 avril-30 juillet 2017), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Dans un angle de la cour d’honneur, est installé un « canon à balles », ancêtre de la mitrailleuse. Cette arme secrète de l’empereur Napoléon III a été sous-employée et mal utilisée pendant la guerre de 1870-1871, faute d’une formation suffisante des artilleurs. Le musée de l’Armée actuel résulte de la fusion du « musée d’Artillerie » du Second Empire et du « musée historique de l’Armée » de la IIIème République qui refondra l’outil militaire. L’Ecole supérieure de guerre sera créée en 1876 et l’Ecole supérieure de guerre navale en 1896. L’exposition présente plus de 320 objets, uniformes, armes et documents d’archives, prêtés par des institutions et musées français (35) et allemands (5) et quelques particuliers. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr

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