Armée de l’Air et de l’Espace : « Pégase 24 » en Indopacifique

La mission aérienne « Pégase 24 », qui se déroule dans la zone Indopacifique du 27 juin au 15 août 2024, réalise trois premières : participation de l’Allemagne, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne ; déploiement des nations du projet SCAF ; projection de la Force expéditionnaire conjointe franco-britannique (CJEF).

Le volet opérationnel. « Pégase 24 » vise à entraîner la composante aérienne de la CJEF dans un contexte opérationnel de haute intensité, à renforcer l’interopérabilité de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) avec ses partenaires étrangers et à affirmer la liberté de navigation. La stratégie de la France en Indopacifique porte sur la protection de ses espaces souverains, la promotion du droit international et l’instauration de partenariats avec les pays riverains pour renforcer la stabilité régionale. Elle prend en compte les conséquences de la pandémie du Covid-19, l’accélération de la compétition entre les États-Unis et la Chine, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la reconfiguration au Sahel, les crises au Moyen-Orient et le changement climatique. Les territoires ultra-marins de la France constituent 9 Mkm2 de sa zone économique exclusive : Mayotte ; La Réunion ; Nouvelle-Calédonie ; Polynésie française ; Terres australes et antarctiques françaises ; Clipperton ; Saint-Pierre-et-Miquelon. En Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à La Réunion, 2 chasseurs Rafale, 1 avion de transport A400 M Atlas et 1 avion multi-trôles A330 MRTT Phénix participent à des interactions nationales. L’opération « Pacific Skies » déploie des avions (Rafale, Eurofighter Typhoon, A330 MRTT et A400 M) des pays membres du projet SCAF (Allemagne, Espagne et France), qui participent notamment à l’exercice « Arctic Defender » (6-17 juillet) en Alaska avec le Canada et les États-Unis. Cet exercice met en œuvre plus de 80 aéronefs, dont 4 Rafale au standard F 4.1, 3 A330 MRTT et 3 A 400 M, pour une préparation opérationnelle incluant vols supersoniques à très basse altitude, brouillage électromagnétique et menaces sol-air réelles et simulées. Par ailleurs, du 6 au 10 juillet, l’opération « Griffin Strike » met en œuvre la composante aérienne de la CJEF sous le contrôle du Centre air de planification et de conduite des opérations à Lyon-Mont Verdun. L’AAE y déploie 3 Rafale, 2 A 400 M et 2 A330 MRTT. Via les Émirats arabes unis et Singapour, tous les avions rallient l’Australie pour un entraînement d’entrée en premier sur un théâtre. Ils participent ensuite à l’exercice « Pitch Black » (12 juillet-3 août), qui accueille 2.500 participants et plus de 100 aéronefs de 17 pays (Allemagne, Australie, Canada, Espagne, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Malaisie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Philippines, Corée du Sud, Grande-Bretagne, Singapour et Thaïlande). Du 6 au 13 août, 3 Rafale et 1 A330 MRTT participent à « Tarang Shakti », premier exercice aérien multinational en Inde, où plus de dix nations sont invitées, avec des chasseurs, des avions de transport, des avions ravitailleurs, des avions de détection et de contrôle aéroporté (AWACS) et des drones.

Le volet diplomatique. L’escale au Canada permet de réaliser des interactions sur MRTT, en cours d’achat par Ottawa. Le haut niveau d’interopérabilité avec les États-Unis pour les doctrines, les procédures d’emploi et les moyens permet d’intervenir conjointement. L’implantation de Forces françaises aux Émirats arabes unis permet de mener des missions opérationnelles et logistiques. Outre l’achat d’A330 MRTT, d’hélicoptères Caracal et de missiles Aster 30, Singapour a participé à la lutte contre Daech au Levant (Rafale français ravitaillés par KC-135 singapouriens) et forme une partie de ses pilotes en France. L’Australie dispose de l’A330 MRTT et entraîne ses chasseurs F-35 avec les Rafale. L’Indonésie a acheté des Rafale, des A 400M et des sous-marins français. La France et la Nouvelle-Zélande participent à des actions humanitaires communes.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : mission « Pégase 2022 », projection vers l’Asie-Pacifique

Armée de l’Air et de l’Espace : « Skyros 2021 », mission en interalliés en Eurasie




Armée de Terre : la zone urbaine, théâtre d’affrontement dur

Le combat dans les villes, villages et leurs abords impose procédés décentralisés, subsidiarité et initiative au plus bas échelon. Sa préparation s’effectue au Centre d’entraînement aux actions urbaines-94ème Régiment d’infanterie (Cenzub-94e RI) de Sissonne (Aisne).

Son commandant, le colonel Bertrand Blanquefort, en a présenté les spécificités à la presse le 23 mai 2024 à Paris.

Un environnement égalisateur. Enjeu de conflits, la ville a donné son nom à plusieurs batailles, notamment celles de Stalingrad (URSS, 11 juillet 1942-2 février 1943), Grozny (Tchétchénie, 31 décembre 1994-8 février 1995), Sarajevo (6 avril 1992-14 décembre 1995), Mossoul (Irak, 16 octobre 2016-20 juillet 2017) et Marioupol (Ukraine, 24 février-20 mai 2022). Cœur politique, économique, industriel, culturel ou sanitaire d’une société, elle est devenue une caisse de résonance médiatique, une source de risques technologiques et aussi un milieu favorable à la désinformation. L’urbanisation, actuellement de 50 %, de la population mondiale, devrait passer à 70 % en 2050. Les zones urbaines se caractérisent par une grande diversité en termes de tailles et de quartiers, à savoir habitat précaire, espace pavillonnaire, zone industrielle ou centre historique aux rues étroites. Chaque quartier représente un environnement différent avec des conséquences sur la manœuvre et l’emploi des armes et des munitions. En raison des réseaux souterrains, des habitations en surface ou à plusieurs étages, la menace peut venir de partout et complique la situation tactique, faute de connaître avec précision la localisation des unités amies ou ennemies. Les destructions transforment les bâtiments en amas de béton et de ferrailles rendant difficile la circulation en véhicule ou à pied. La présence résiduelle de la population contraint à rester prêt à combattre. En conséquence, un adversaire léger et irrégulier peut résister à une force régulière pourtant mieux équipée. Selon les analyses du Cenzub-94e RI, une opération offensive nécessite huit soldats pour déloger un seul adversaire bien installé en défense en ville. Le milieu urbain use les équipements et devient très vite éprouvant physiquement et psychologiquement pour les soldats car les distances d’engagement au contact des foules sont très courtes.

L’expertise du Cenzub. Créé le 1er juillet 2004, le Centre d’entraînement aux actions urbaines vise à entraîner des unités de l’armée de Terre au combat interarmes dans cet environnement difficile, consistant à manœuvrer et à tirer pour les aguerrir, en vue de remporter la bataille en limitant les pertes. Entre 2008 et 2012, sont construits le site de Jeoffrécourt, représentant une ville de 5.000 habitants, et une zone spécifique de tir dans un espace urbain permettant l’entraînement à balles réelles. Le 1er juillet 2013, le Cenzub est affilié au 94ème Régiment d’artillerie. A partir de 2017, il développe le programme « Cerbère » pour simuler les effets des armes, animer le champ de bataille et analyser les actions au combat. Cerbère offre notamment une capacité de géolocalisation et de suivi en temps réel, y compris à l’intérieur d’un bâtiment. En 2021, il y ajoute un complexe d’entraînement souterrain sous la forme d’un réseau de 400 m de galeries enterrées sur deux niveaux. La même année, il crée la section exploratoire robotique à la suite des observations des conflits actuels, où sont employés l’artillerie, les drones, le minage et le brouillage. Cette section s’intègre au projet « Vulcain » de l’armée de Terre portant sur le développement de l’emploi des drones et des robots au combat. Elle réalise des expérimentations en coordination et sous le pilotage de la section tactique de l’armée de Terre au sein du Commandement du combat futur. Le Cenzub-94e RI compte 500 personnes, militaires et civiles, pour accueillir, chaque année et par rotation, environ 15.000 soldats de l’armée de Terre ainsi que ceux de nombreuses unités étrangères.

Loïc Salmon

Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

Armée de Terre : les blindés dans les combats futurs

Armée de Terre : le combat dans les conflits de haute intensité




Marine nationale : l’application de l’IA à l’acoustique sous-marine

L’acoustique sous-marine bénéficie de l’assistance de l’intelligence artificielle (IA), dont l’analyse des modèles permet d’en connaître les limites et d’en évaluer le niveau de confiance à leur accorder.

Le capitaine de frégate Vincent Magnan, commandant le Centre d’interprétation et de reconnaissance acoustique (CIRA), l’a expliqué à la presse, le 16 mai 2024 à Paris.

Besoins opérationnels. Pendant une opération aéromaritime, la détection des bruits émis par un sous-marin ou une frégate permet de déduire des éléments tactiques. Par exemple, le bruit du mode de propulsion renseigne sur la vitesse du navire et donne une idée des manœuvres possibles. La détection s’effectue en toute discrétion sans élever le niveau de crise, puisque l’adversaire ne s’en aperçoit pas. Les frégates et les aéronefs embarquent de plus en plus de capteurs passifs qui, dans un avenir proche, équiperont aussi les drones et les planeurs sous-marins. Ces capteurs vont augmenter en nombre et améliorer leurs performances, c’est-à dire les portées de détection et les gains en traitements de données. Ce flux massif de données est envoyé au CIRA. Pour les analyser et surtout isoler parmi elles les informations utiles et décisives pour la conduite des opérations au combat, il faut recourir aux innovations technologiques, dont l’IA. A titre indicatif, dans les années 1990-2000, le ciblage d’une menace particulière nécessitait des enregistrements acoustiques de cinq minutes. Aujourd’hui, la masse de données captées s’étend sur une quarantaine de jours, impliquant beaucoup de capacités humaines pour les traiter. A terme, le recours à l’IA vise à isoler, pendant une longue période, les signaux acoustiques d’intérêt tactique sur lesquels l’homme pourra conduire une analyse avec une forte valeur ajoutée. La technologie permet d’écarter ou de filtrer la partie presqu’inutile du signal pour que l’homme exploite la partie utile à la mer. Les futurs sonars, qui équiperont les sous-marins, notamment les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, auront des capacités encore plus étendues.

Gestion des données. Le projet d’emploi de l’IA dans l’acoustique sous-marine remonte à 2021, quand le capitaine de frégate Magnan rencontre des dirigeants de la société privée Preligens, spécialisée dans l’application de l’IA à l’imagerie satellitaire et qui compte la Direction du renseignement militaire parmi ses clients. En 2022, plusieurs ateliers interactifs ont été conduits avec le Centre d’études et des programmes navals et le Centre de service de la donnée marine, en vue de l’élaboration d’un cadre contractuel. Il s’agissait d’associer la compétence métier de l’analyse acoustique, à savoir les techniciens dits « Oreilles d’or » à bord des sous-marins et frégates, à la capacité technique de la gestion de la donnée par l’IA. En 2023, Preligens a livré au CIRA un démonstrateur qui a obtenu des résultats encourageants sur l’extraction de signaux acoustiques, présentant un intérêt avec un premier type de classification, et sur de grandes plages de temps. Par exemple, l’algorithme distingue un navire de commerce d’un petit bateau de plaisance, son appareil propulsif et même le nombre de pales de l’hélice. En cas de passage d’un navire présentant un intérêt tactique, il s’agit de fiabiliser l’alerte par une fusion des renseignements d’origines satellitaire, visuelle, humaine et électromagnétique en augmentant la puissance de calcul du CIRA et en mer. En outre, le CIRA compte accroître sa capacité de stockage, passée d’un téraoctet en 2020 à dix téraoctets en 2024, pour dépasser cent téraoctets en 2030. En 2024, l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) doit livrer un démonstrateur et le CIRA mettre en œuvre une « Task Force-annotation », destinée à améliorer le fonctionnement de tous les algorithmes. Enfin, en 2025, l’AMIAD doit fournir des renseignements en temps réel et passer à l’industrialisation des matériels, en vue d’un usage opérationnel.

Loïc Salmon

Armement : l’IA dans l’emploi des drones aériens et sous-marins

Marine nationale : la Patrouille maritime, en alerte permanente

Le sous-marin, composante fondamentale de l’action navale




Missile : l’ICBM Hwasongpho-18 (HS-18) de la Corée du Nord

Grâce à trois essais réussis, le missile balistique intercontinental HS-18 (portée théorique 15.000 km) résulte d’une rupture technologique majeure et deviendra l’élément central de la dissuasion nucléaire de la Corée du Nord.

Cela ressort d’une analyse publiée, le 2 février 2024 à Levallois-Perret (banlieue parisienne), par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Elle a été réalisée par Stéphane Delory, maître de recherche à la FRS où il dirige l’Observatoire de la défense antimissile, et Christian Maire, chercheur à la FRS après un passage dans l’industrie aérospatiale, notamment chez ArianeGroup.

Caractéristiques. Au cours du premier essai du 13 avril 2023, le HS-18 aurait atteint un apogée (point le plus éloigné de la Terre) inférieur à 3.000 km et volé 58 minutes. Les deux premiers étages sont tombés en mer, l’un à 10 km de la péninsule de Hodo et l’autre à 335 km de la côte du comté d’Orang. Ont été ainsi confirmées les performances du missile à propulsion solide (propergol), la technologie de séparation d’étages et la fiabilité de divers systèmes de pilotage. Lors du tir du 12 juillet, le missile a atteint une apogée de 6.648,4 km et parcouru la distance de 1001,2 km en 74 minutes et 51 secondes. Ce deuxième essai a confirmé la crédibilité technique et la fiabilité opérationnelle du système. Lors du tir du 18 décembre, le HS-18 a attient une apogée de 6.518,2 km et parcouru 1002,3 km en 73 minutes et 35 secondes. Ce troisième essai a permis d’estimer les capacités des opérateurs militaires et leur réactivité en termes de mise en œuvre ainsi que la fiabilité du système d’arme. Les ingénieurs nord-coréens maîtrisent la technologie des ICBM modernes, à savoir le développement de trois étages propulsifs à poudre d’un missile de 23,5 m de long et de 1,9 m diamètre, la séparation d’étages et la réalisation d’une trajectoire en deux phases. En général, la Corée du Nord teste ses missiles de très longue portée selon des trajectoires plongeantes pour éviter une récupération étrangère des débris à des fins d’analyses. En outre, un apogée élevé permet de reproduire une portée longue. Le HS-18 a donc été lancé sur une trajectoire à énergie minimale assurant la portée la plus longue. Après l’allumage du deuxième et/ou du troisième étage, il a suivi une trajectoire plongeante.

Conséquences. Le troisième essai, qualifié officiellement de « tir d’exercice », implique qu’il a été réalisé par une unité opérationnelle, en vue d’une prochaine mise en service. La Coré du Nord produit du propergol de qualité, grâce à des transferts industriels directs de la Russie et de la Chine, et en quantité suffisante (150 tonnes ou plus) pour effectuer trois essais. Les tirs de HS-18 par des véhicules lance-missiles, à partir de pistes non bétonnées, seront plus difficiles à détecter ainsi que la durée de la procédure de lancement, quand les missiles émergent de tunnels des pas de tirs potentiels, camouflés dans des zones de stationnement durcies. En mai 2023 lors d’une audition par le Congrès américain, le commandant du NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord) a exprimé ses doutes sur la capacité de l’architecture actuelle de défense anti-missiles à prendre en compte les évolutions des systèmes de frappe nord-coréens. L’administration américaine avait signalé les tentatives de Pyongyang d’acquérir des gyroscopes à fibre optique, laser ou MEMS, dès 2020, et d’accéléromètres QA-2000, en 2021, les plus utilisés sur les centrales inertielles. Depuis, les États-Unis déploient, sur plusieurs années, une architecture spatiale très dense de détection et de trajectographie des menaces balistiques et hypersoniques. Par ailleurs, la Corée du Nord maîtrise le stockage de missiles balistiques, indispensable pour en protéger le propergol et l’électronique vis-à-vis des variations climatiques et en raccourcir le délai de préparation au tir. La technologie HS-18 sera appliquée à la Force océanique stratégique en cours de développement.

Loïc Salmon

Missiles : amélioration de la technologie de la Corée du Nord

Missiles balistiques : limitation, mais prolifération quand même

Défense antimissiles : surtout protection des forces, moins celle des populations




Marine nationale : la mission « Akila » du GAN en Méditerranée

Le Groupe aéronaval (GAN) est déployé en Méditerranée orientale pendant six semaines, depuis le 22 avril 2024, pour la mission « Akila » de sécurité collective pour la stabilité régionale dans le cadre de l’OTAN.

Son commandant, le contre-amiral Jacques Mallard, a présenté le GAN et « Akila » à la presse le 11 avril 2024 à Paris.

La mission « Akila ». Au cours des longues campagnes précédentes, le GAN restait sous commandement opérationnel national. Seuls, ses avions passaient sous le celui de l’OTAN pendant la durée de leurs missions. Pour la première fois, précise l’amiral Mallard, le GAN en entier, à savoir le porte-avions Charles-de-Gaulle et son escorte (voir plus loin), est placé sous commandement OTAN pendant la mission « Akila ». Celle-ci, qui montre la capacité de la force de frappe de l’Alliance Atlantique, souligne l’engagement résolu de la France au sein de l’OTAN pour soutenir l’Ukraine, en conflit ouvert contre la Russie depuis le 24 février 2022. Elle renforce la posture défensive et dissuasive de l’Alliance Atlantique sur le flanc Est de l’Europe. Les Rafale Marine doivent participer à des actions communes avec l’armée de l’Air et de l’Espace et l’armée de Terre dans le cadre des opérations « Air Shielding » en Pologne et « Aigle » en Roumanie. Les missions portent sur la surveillance et la défense aérienne avec la participation du système de défense sol-air moyenne portée Mamba, déployé en Roumanie. Engagés à partir des bases de Mont-de-Marsan et d’Istres, les Rafale et les avions ravitailleurs de l’Armée de l’Air et de l’Espace conduisent des missions quotidiennes de défense aérienne sous commandement OTAN.

L’interopérabilité. Avant la mission « Akila » proprement dite, le GAN effectue des activités nationales de mobilité stratégique, de capacité de maîtrise des espaces aéromaritimes et d’appréciation autonome de situation, en vue de conserver la liberté d’action. Avec les forces armées italiennes, le GAN doit participer à l’exercice « Mare Aperto-Polaris », selon un scénario réaliste de conflit de haute intensité et multi-domaines (terrestre, maritime, aérien, spatial, cyber, électromagnétique et informationnel). Il s’agit de renforcer la préparation au combat lors de la planification et la conduite d’une opération maritime ciblée. Outre le porte-avions, la force « Akila » compte : le bâtiment ravitailleur de forces Jacques-Chevalier avec son hélicoptère embarqué ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; une frégate de défense aérienne avec son hélicoptère ; une frégate multi-missions avec son hélicoptère. Elle accueille aussi des unités alliées (frégate, sous-marin ou avion de surveillance maritime) américaine, espagnole, portugaise, italienne et grecque. Cette interopérabilité, souligne l’amiral Mallard, englobe les procédures techniques autour de la connectivité, les liaisons de communication, les opportunités de soutien logistique mutuel et des méthodes de commandement communes. Ce savoir-faire partagé a construit une confiance entre Alliés, que chaque déploiement du GAN contribue à entretenir en démontrant la capacité de la Marine française à commander des unités étrangères pour remplir les missions que lui sont confiées. Depuis une dizaine d’années, le GAN a ainsi intégré une trentaine de navires étrangers de douze nations différentes.

Une base aéromaritime projetée. Le GAN engagé dans l’opération « Akila » compte 3.000 marins français et étrangers, dont 1.200 pour l’équipage du porte-avions qui embarque aussi un état-major de 80 militaires et les 600 personnels du groupe aérien. Les 18 chasseurs Rafale Marine du Charles-de-Gaulle assurent la protection aérienne et effectuent des frappes vers la mer et la terre. Ses deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye assurent le commandement aéroporté d’un raid et la détection des navires et aéronefs. Un avion de patrouille maritime, basé à terre, peut effectuer des missions de lutte antinavire et anti-sous-marine au profit du GAN.

Loïc Salmon

Stratégie : l’importance pérenne du groupe aéronaval

Marine nationale : la Patrouille maritime, en alerte permanente

Marine nationale : groupe aérien aux Etats-Unis, modernisation du porte-avions




Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

La future Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) sera implantée au siège de l’École polytechnique à Palaiseau (région parisienne) pour le volet recherche et à Bruz (Bretagne) pour celui de la production technique.

Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, l’a annoncé à l’École polytechnique le 8 mars 2024 et le directeur de l’AMIAD, Bertrand Rondepierre (photo) en a précisé les missions à la presse, le 14 mars à Paris.

L’IA de défense

Très utilisée dans la guerre russo-ukrainienne déclenchée en 2022, l’intelligence artificielle (IA) a fait l’objet d’une feuille de route au ministère des Armées dès 2018 pour en définir le développement. En 2024, elle change d’échelle pour se répandre dans les tâches administratives et les missions opérationnelles. Il s’agit d’orienter, anticiper et accélérer l’utilisation d’une IA de défense crédible et performante, grâce à la centralisation de moyens dédiés. « Les armées doivent rendre le virage de l’intelligence artificielle. C’est pourquoi j’annonce la création d’une nouvelle Agence ministérielle pour l’IA de défense, a déclaré Sébastien Lecornu, elle aura pour mission de permettre à la France de maîtriser souverainement ces technologies pour ne pas dépendre des autres puissances. Le saut technologique que représente l’intelligence artificielle est sans doute celui qui révolutionnera la manière de faire la guerre ou même, plus important encore, de l’éviter comme l’atome en son temps. » Parmi les projets en cours de développement, figure la solution d’analyse automatisée de l’acoustique sous-marine pour la détection d’éventuelles menaces. Dès 2025, le ministère des Armées devrait disposer de son propre supercalculateur dédié à l’IA. Ce dernier, installé à Suresnes (banlieue parisienne), pourra traiter des données « secret défense » et d’autres « non protégées ». Les entreprises de la base industrielle et technologique de défense pourront l’utiliser. Le budget de l’IA de défense, fixé à 130 M€ par la loi de finances 2024, atteindra 2 Mds€ sur l’ensemble de la loi de programmation militaire 2024-2030. En 2026, le ministère des Armées devrait employer 800 personnes sur l’IA.

L’AMIAD

La technologie de l’IA ne constitue plus une innovation, mais relève des applications opérationnelles dans le monde civil à grande échelle, indique Bertrand Rondepierre. La mission de l’AMIAD consiste à contribuer à la transformation des armées, directions et services en accélérant l’intégration de l’IA au profit des opérations et des processus organiques. En outre, elle devra produire des synthèses au profit du commandement, mais de façon différente de l’IA générative (algorithmes capables de produire des contenus nouveaux à partir de ceux existant dans une base de données). Il s’agit d’obtenir des réalisations très concrètes à court terme en amplifiant et accélérant le processus de production. Cela concerne l’armement, la façon française de faire la guerre et l’organisation de la vie quotidienne des agents du ministère des Armées. L’AMIAD va travailler sur des données sensibles avec des classifications spécifiques. Transformer une idée en un succès opérationnel nécessite de mener une démarche de la conception à la livraison d’un produit. S’y ajoutent les complexités liées à l’humain, la culture, l’organisation et aux processus d’intégration de l’IA au sein du ministère. Les données très sensibles ne doivent pas sortir du ministère, mais celles qui le sont moins pourraient être partagées avec des industriels selon des modes de collaboration en cours d’élaboration. L’AMIAD pourra réaliser des projets seule ou en collaboration étroite avec la Direction générale de l’armement. L’IA, bien qu’ « artificielle », est avant tout une question d’intelligence « humaine » et nécessite de l’expertise pour accomplir ses missions. L’AMIAD a vocation à accueillir des partenaires académiques et des compétences uniques en ingénierie.

Loïc Salmon

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

Armée de Terre : l’IA dans la conduite des opérations

Armement : l’IA dans l’emploi des drones aériens et sous-marins




Défense : renforcement industriel en armement et munitions

Les commandes d’armement aux industriels ont atteint 20 Mds€ en 2023. Les livraisons de missiles et d’obus, prévues pour 2024-2030 s’échelonneront entre l’été 2024 et le 2ème semestre 2025.

Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, les a annoncées au cours d’une conférence de presse, organisée le 26 mars 2024 à Paris, en présence des hautes autorités militaires et civiles, dont le chef d’État-major des armées, le général d’armée Thierry Burkhard, et le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva (photo).

Accélération des commandes. Le montant de 20 Mds€ des commandes effectives de 2023 dépassent d’un tiers celui de la moyenne de 15 Mds€ sur la période 2017-2022 et de plus du double celui de la moyenne de 9,5 Mds€ sur la période 2012-2016. Cela donne beaucoup de visibilité aux industriels de l’armement, explique le ministre, qui reconnaît des segments en tension dont les missiles Aster 30. Ces derniers équipent le dispositif sol-air Mamba, installé en Roumanie dans le cadre des missions OTAN de réassurance à l’Ukraine. Ce besoin de missiles concerne aussi la France. Ainsi, les frégates déployées en mer Rouge pour sécuriser le trafic maritime, ont tiré 22 missiles Aster 15 et 30 contre les drones et missiles balistiques lancés par les rebelles Houthis en réponse à l’offensive d’Israël à Gaza. Les commandes de divers types de missiles sol-air s’accélèrent. La livraison prévue en 2026 de 200 missiles longue portée Aster, commande d’un montant de 900 M€, aura lieu au 2ème semestre 2024. Celle de 1.500 missiles antichars MMP (400 M€) prévue fin 2024, sera avancée à l’été 2024, comme celle de 300 missiles courte portée Mistral (150 M€). Celle de 500 missiles air-air Mica-NG (700 M€), prévue fin 2026, aura lieu au 2ème semestre 2025. La livraison de 55.000 obus de 155 mm (600 M€) pour le canon Caesar, prévue de 2024 à 2030, sera avancée à l’été 2024. En outre, le ministre annoncé une commande anticipée de 200 missiles Aster, portant le montant total à 2 Mds€ et une autre similaire pour le Mica-NG. Au 31 décembre 2023, les principales commandes se répartissent ainsi : MBDA (missiles), 3 Md€ ; Naval Group (construction navale), 4 Mds€ ; Thalès (électronique), 6 Mds€ ; Arquus (véhicules terrestres), 1 Md€ ; Nexter (systémier terrestre), 1,5 Md€ ; Safran (aéronautique et espace), 2 Mds€. A l’export, le succès des canons Caesar offerts à l’Ukraine suscite de l’intérêt au Moyen Orient et en Europe, de même que les radars GM200 ou GM400. Toutefois, certains contrats n’ont pu aboutir en raison de délais de livraison trop longs.

Économie de guerre. Il s’agit de produire plus vite et en plus grande quantité, souligne le ministre, en s’appuyant sur une base industrielle et technologique de défense complètement autonome et performante à l’exportation. Les difficultés résultent de la diminution des crédits budgétaires et de contrats opérationnels, notamment au Sahel, ne nécessitant pas la même masse d’équipements ou de munitions qu’un conflit de haute intensité. Les industriels ont alors investi dans l’innovation et le développement d’armes nouvelles pour ne pas perdre des avancées technologiques. Toutefois, la production faisant la différence sur le terrain opérationnel, des travaux sont en cours sur les simplifications administratives et le financement, notamment au niveau de l’Union européenne. Enfin, le ministère des Armées va investir 10 M€ dans une usine de fabrication de poudre, filière perdue depuis 2007, pour produire l’équivalent à terme de 150.000 obus de 155 mm par an.

Aide à l’Ukraine. En deux ans de guerre, la France a livré environ 30.000 obus de 155 mm à l’Ukraine et lui en fournira 80.000 en 2024 ainsi que 78 canons Caesar (financement international bouclé). La France et l’Allemagne lui ont livré 400 équipements, qui auront besoin de maintenance. Un dialogue se poursuit avec les partenaires anglo-saxons pour adapter des bombes françaises A2SM sur les avions américains F16 destinés à l’Ukraine.

Loïc Salmon

Armement : produire plus et plus vite en temps de guerre

Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

Armement : la coalition « Artillerie pour l’Ukraine »




Europe : industrie de défense et forum stratégique à Paris

Simultanément à la publication par la Commission européenne d’une stratégie pour l’industrie de défense et d’une proposition de programme pour l’investissement de défense, l’Académie de défense de l’École militaire (ACADEM) organise, à Paris les 13 et 14 mars 2024, un forum international sur l’Europe.

Le 7 mars 2024, le ministère des Armées a publié un communiqué sur l’industrie de défense européenne et le général de corps d’armée Benoît Durieux, président de l’ACADEM, a présenté le forum à la presse.

Industrie de défense européenne. Le document de la Commission européenne sur la « Stratégie européenne pour l’industrie de défense » présente une vision à l’horizon 2035 selon cinq axes : investir mieux, ensemble et entre Européens ; assurer une meilleure disponibilité des équipements de défense ; un volet financement ; consolider une culture de préparation à la défense ; un volet partenariats, principalement avec l’Ukraine et l’OTAN. Le ministère français des Armées prend en compte ce qui sera défini comme « produit européen », à savoir conçu et fabriqué sur le sol européen. Il rappelle que l’industrie de défense doit répondre aux besoins des armées de chaque pays et que la vente d’équipements dépend de mesures définies au niveau national. Par ailleurs, la Commission européenne propose la création d’un Programme européen pour l’investissement de défense avec une enveloppe budgétaire de 1,5 Md€.

Contexte international tendu. Le général Durieux souligne que la Russie apparaît objectivement comme un péril pour l’Europe dans un monde où le repères se brouillent. Ainsi, l’ex-président des États-Unis Donald Trump (2017-2021), à nouveau candidat en 2024, a laissé entendre, le 10 février, que l’intervention des États-Unis ne serait pas automatique en cas d’attaque de la Russie contre un pays membre de l’OTAN. Il a répondu à un président d’un État membre : « Non je ne vous protégerai pas. En fait, je les encouragerai à faire ce qu’ils veulent ». Vous devez payer vos dettes ». Il faisait allusion aux pays membres qui ne consacrent pas encore 2 % de leur produit intérieur brut à la défense, pourcentage qui devrait être atteint par 18 pays membres (dont la France) sur 31 en 2024. Par ailleurs, le général Durieux a rappelé que de nombreux pays trouvent normal de ne pas condamner l’agression russe en Ukraine, que la violence politique se banalise et que l’organisation islamiste palestinienne a lancé une attaque terroriste contre Israël (7 octobre 2023), sans oublier les tensions en mer de Chine et les nombreuses attaques cyber récurrentes.

Forum international stratégique. Selon l’ACADEM, 2.600 personnes se sont inscrites au forum, qui réunit 215 conférenciers autour de 38 tables rondes et 3 ateliers continus. Parmi les invités, 68 nationalités sont représentées, dont : 80 personnes de la délégation franco-lituanienne (président lituanien et plusieurs ministres) ; 82 diplomates (22 ambassadeurs en poste) ; 41 parlementaires français et étrangers ; 39 attachés de Défense (42 attachés de. Défense adjoints) ; 26 officiers généraux étrangers (hors attachés de Défense) ; 128 officiers généraux français (59 en activité) ; 22 présidents-directeurs généraux de la base industrielle et technologique de défense. Le premier thème porte sur les architectures de défense et de sécurité de l’Europe, en raison de la proximité géographique de la guerre. Celle-ci appelle à accompagner l’innovation de rupture technologique, en tenant compte du changement climatique et de l’efficacité énergétique. Le deuxième thème aborde la géopolitique à l’Est, en mer Baltique, en Méditerranée, en Afrique et dans la zone indopacifique, où les ambitions territoriales de la Chine impliquent une « négociation coercitive entre États ». Le troisième thème concerne les milieux terrestre, maritime, aérien, spatial, cyber et informationnel, l’influence et le nucléaire.

Loïc Salmon

Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française

Technologie : guerre électronique, cyber et renseignement




Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

Depuis l’offensive de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022, la guerre s’enlise. Elle rappelle l’importance des forces morales, de l’accès aux ressources et du champ électromagnétique ainsi que le risque nucléaire. En outre, les deux belligérants s’adaptent en permanence.

Un retour d’expérience du conflit a été présenté à la presse, le 22 février 2024 à Paris, par le général de division aérienne Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations.

Haute intensité et attrition. La Russie occupe encore une partie de Ukraine pour agrandir son propre territoire (en rouge sur la carte de situation du 21 au 23 février 2024, établie par l’État-major des armées). Cette guerre entraîne une attrition des matériels et des hommes. Les pertes seraient de l’ordre de 100.000 morts de chaque côté avec un ratio de 2 à 4 blessés pour 1 décès. Dans le milieu terrestre, les combats de tranchées, les champs de mines et les échanges d’artillerie réapparaissent. Aucun des belligérants ne dispose de la supériorité aérienne, qui lui permettrait la liberté de manœuvre aux abords du front et des frappes dans la profondeur. Presque chaque nuit, la Russie tire des missiles de croisière, des missiles balistiques et des drones Shahid 131 et 136, munitions préprogrammées bon marché de conception iranienne. L’Ukraine a développé ses propres missiles de croisière capables de frapper des raffineries et des dépôts pétroliers au cœur du territoire russe. Elle tire des missiles de croisière français Scalp et britanniques Storm Shadow contre des centres de commandement russes en Crimée. Par une manœuvre très habile, sa défense sol-air a détruit un avion radar Iliouchine A50, spécialisé dans la surveillance aérienne et basé en Biélorussie. L’Ukraine compense son manque de munitions d’artillerie par l’emploi massif (1 million/an) de drones FPV britanniques utilisés pour l’observation, les relais radio et comme munitions téléopérées. Toutefois, la Russie a rattrapé et même dépassé l’Ukraine en la matière et l’emporte dans la guerre électromagnétique, employée pour le renseignement et le brouillage de drones, du GPS, d’émissions radio et de radars. Dans le domaine maritime, les deux belligérants se neutralisent. L’Ukraine ne possède pas assez de navires pour contrôler la mer Noire, mais sa défense côtière oblige la flotte russe à se replier plus à l’Ouest. En outre au cours des trois derniers mois, la destruction de cinq bâtiments amphibies entrave la capacité russe d’opérations de la mer vers la terre.

Cyber et propagande. Au début de la guerre, la Russie a lancé de nombreuses cyberattaques, mais guère décisives car l’Ukraine avait préparé sa protection en amont. Toutefois, la menace cyber reste permanente. Ainsi en décembre 2023, une attaque russe contre le principal opérateur ukrainien de téléphonie mobile a privé une partie de la population des sirènes d’alerte aérienne. En matière de propagande, internet et les réseaux sociaux offrent une caisse de résonance extraordinaire dans une société hypermédiatisée. La stratégie de communication de l’Ukraine lui permis d’obtenir un soutien massif de l’Occident. La machine de guerre informationnelle de la Russie, héritée du KGB soviétique, joue sur la lassitude de la guerre pour créer un doute et lézarder la cohésion occidentale, mais sans y parvenir. Vis-à-vis des pays émergents, elle tente de faire passer l’invasion de l’Ukraine comme une guerre défensive contre une pseudo-agression de l’Occident, en jouant sur le ressentiment global des pays du Sud à son égard.

Profondeur stratégique. L’Ukraine parvient à résister grâce à la résilience de sa population et l’aide de l’Occident. La Russie, qui dispose d’un quasi-continent riche en matières premières, a conservé des stocks considérables de matériels, d’équipements, de munitions et d’armements accumulés pendant la guerre froide (1947-1991). Enfin, ses intentions restent difficiles à déterminer.

Loïc Salmon

Armement : la coalition « Artillerie pour l’Ukraine »

Russie : confit en Ukraine, mobilisation partielle et fragilités

352 | Dossier : « L’Ukraine, un an de guerre




Armement : les commandes majeures de 2023

Le 1er février 2024, la Délégation générale de l’armement (DGA) a annoncé des commandes, passées en 2023 et totalisant 20,3 Mds€, pour renouveler et moderniser les capacités aérienne, terrestre, navale, forces spéciales et missiles.

Armée de l’Air et de l’Espace. Un contrat de 42 avions Rafale en version monoplace au standard F4 a été notifié aux sociétés Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA. Le standard F4 comprend l’intégration du poste radio Contact, du missile Mica de nouvelle génération et du brouilleur autonome numérique intégré au système d’autoprotection Spectra. Le premier appareil sera livré en 2027. Les avions évolueront vers le standard F5 après 2030.

Armée de Terre. La société Nexter Systems, filiale du groupe franco-allemand KNDS, a reçu commande de 109 systèmes d’artillerie Caesar nouvelle génération (Mk II), dont la première livraison aura lieu en 2026. Le système Caesar se compose d’un canon de 155 mm d’une portée de 40 km et monté sur un camion 6X6 à cabine blindée. Sa mobilité lui permet d’atteindre plus de 80 km/h sur route sur une distance supérieure à 600 km. Le Caesar Mk II disposera d’une cabine au blindage renforcé contre les engins explosifs improvisés, mines, munitions de petit calibre et éclats d’artillerie. Il sera équipé d’une motorisation de 460 cv, contre 2015 cv auparavant, d’une boîte de vitesses automatiques, d’un nouveau châssis et d’un logiciel de conduite de tir de nouvelle génération. Compatible avec les munitions actuelles, il pourra utiliser les futures munitions de précision. Il sera compatible avec les matériels des programmes Scorpion interconnectés, grâce à une « vétronique » commune, à savoir l’architecture des systèmes de navigation, de contrôle, de communications, d’observation et de protection.

Marine nationale. La DGA a commandé 7 patrouilleurs hauturiers pour remplacer les patrouilleurs de haute mer basés à Brest et Toulon et les patrouilleurs de service public de Cherbourg. Leurs missions portent sur le soutien à la dissuasion nucléaire, la présence dans les zones de souveraineté et d’intérêt national, l’évacuation de personnels, l’escorte et l’intervention pour l’action de l’État en mer. Outre leur capacité de traitement de l’information et une tenue à la mer performante, ils pourront mettre en œuvre un hélicoptère ou un drone dans la durée. La première livraison aura lieu en 2026, en vue de la mise en service de 10 unités vers 2035. Naval Group a obtenu le contrat de modernisation du porte-avions Charles-de-Gaulle lors de son troisième arrêt technique majeur en 2027-2028. Les travaux porteront sur la mise en place du nouveau système de combat Setis 3.0 de Naval Group, du nouveau radar à quatre panneaux fixes Sea Fire (Thales) pour la lutte antimissile et du système de tir reconfigurable (MBDA) pour les missiles Aster. Après les Courbet et La-Fayette, la frégate Aconit a terminé sa modernisation et ses essais à la mer pour rester en service au-delà de 2030. Les travaux ont porté sur le système de combat, la veille optronique et le système de défense anti-aérienne.

Forces spéciales. La DGA a commandé 8 hélicoptères NH90 Caïman standard 2 pour remplacer les Caracal et Cougar du 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales en 2026-2029. Le standard 2 étendra les capacités d’insertion et d’extraction de commandos, d’appui-feu et de communications tactiques, grâce à une caméra infrarouge avec pointeur et désignateur laser, de nouveaux armements et un kit de communications.

Missiles. La DGA a commandé à MBDA 1.300 missiles moyenne portée Akeron et 329 missiles très courte portée Mistral 3. Outre une précision métrique et son mode « tire et oublie », l’Akeron neutralise des cibles statiques ou mobiles à 4 km, de jour comme de nuit, et conserve l’homme dans la boucle de décision. Le Mistral 3 fonctionne en « tire et oublie » contre les avions, hélicoptères, drones, missiles de croisière et munitions rôdeuses.

Loïc Salmon

Guerres : bilan 2022 et transferts mondiaux d’armements

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04ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales