Guerres : bilan 2022 et transferts mondiaux d’armements

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Le nombre de conflits armés a progressé en 2022, alors que les transferts internationaux d’armes ont diminué. Toutefois, le nombre d’ogives nucléaires en alerte opérationnelle est resté stable.

C’est ce qui ressort du rapport annuel du Sipri (Institut international de Stockholm sur la paix), dont un résumé en français a été publié, début décembre 2023 à Bruxelles, par le Grip (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité).

Conflits armés. La guerre en Ukraine a été le seul conflit interétatique majeur impliquant des armées permanentes. Hors d’Europe, les conflits ont continué entre États aux frontières poreuses avec la participation de groupes armés non-étatiques, à savoir réseaux djihadistes, organisations criminelles, forces séparatistes et groupes rebelles. En tout, 56 pays se sont trouvés en état de guerre, soit 5 de plus qu’en 2021, avec plus de 147.600 morts, soit un peu moins qu’en 2021. Les combats ont causé plus de 10.000 morts en Ukraine, au Myanmar (Birmanie) et au Nigeria. Outre des conflits armés causant moins de 1.000 morts, l’Afrique a connu deux coups d’État réussis et trois tentatives infructueuses. Encore considéré comme un canal valable de coopération, le Conseil de sécurité de l’ONU a continué de mandater, au même rythme qu’en 2021, des opérations de paix, des régimes de sanctions et des initiatives de médiation, notamment en Afghanistan, en Haïti et au Myanmar. En Afrique, les forces armées nationales et multinationales sont parvenues à repousser les groupes djihadistes en Somalie et au Mozambique.

Privatisation croissante des conflits. Aucune définition universellement acceptée et juridiquement contraignante ne caractérise les sociétés militaires et de sécurité privées (SMSP), apparues lors des guerres en Irak (2003-2011) et d’Afghanistan (2001-2021). Actives dans le monde entier pour des clients très divers, les SMSP assument des responsabilités de sécurité mais aussi dans des fonctions essentielles de l’État et d’entreprises clés des pays d’accueil. Ceux-ci se procurent ainsi des compétences et des services à moindre coût. Selon le Sipri, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Afrique du Sud abriteraient 70 % des SMSP. Chine et Russie déploient les leurs en Afrique, en vue du contrôle et de l’extraction des ressources naturelles. Toutefois, la Russie, a utilisé ses SMSP au combat en Libye, Syrie, Ukraine et Afrique subsaharienne. L’une d’elles, le groupe Wagner, est connue pour ses violations des droits de l’homme et du droit humanitaire, contrats abusifs et ingérences dans les élections locales.

Transferts d’armements. Les États soumis à des conflits armés ou des tensions politiques internes ont tendance à acquérir de l’armement à l’étranger. Selon le Sipri, le volume de transferts internationaux d’armes majeures de la période 2018-2022 a diminué de 5,1 % par rapport à 2013-2017. Parmi les 63 États exportateurs, les États-Unis, la Russie, la France, la Chine et l’Allemagne contrôlent 76 % du marché mondial. En 2018-2022, la part des États-Unis est passée à 40 % du total mondial (+ 14 % par rapport à 2013-2017) et celle de la Russie à 16 % (- 31 %). Pendant la même période, les exportations d’armes de la France ont augmenté de 44 %, tandis que celles de la Chine ont diminué de 23 % et celles de l’Allemagne de 35 %. Parmi les 167 États acheteurs d’armes, l’Inde, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Australie et la Chine ont acquis 36 % du total. Par zones d’importation, l’Asie-Pacifique arrive en tête avec 41 % du total, suivie du Moyen-Orient (31 %), de l’Europe (16 %), des Amériques (5,8 %) et de l’Afrique (5 %). Le Sipri évalue le commerce des armes à 127 milliards de dollars en 2021, soit…0,5 % du commerce international mondial !

Forces nucléaires. Début 2023, États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël totalisent 12.512 armes nucléaires, dont 9.576 potentiellement disponibles sur le plan opérationnel. Les forces armées en déploient 3.844, dont 2.000 en état d’alerte.

Loïc Salmon

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