Afrique : une base aérienne projetée pour « Barkhane »

Dans le cadre de l’opération « Barkhane », la base aérienne projetée (BAP) à Niamey contribue au combat contre les groupes armés terroristes, à l’appui aux forces armées partenaires, à la gouvernance et au développement de la bande sahélo-saharienne (BSS).

Sa présentation à la presse, le 21 novembre 2019 à Paris par son commandant, le colonel Hughes Pointfer, a été complétée par un point de la situation sur zone par le porte-parole de l’Etat-major des armées (EMA).

Les moyens. Située au centre de la BSS d’une superficie égale à celle de l’Europe, la BAP permet notamment à un avion de chasse de rallier une zone d’opérations entre 10 minutes et 1 heure, quand il n’est pas déjà en vol. En alerte permanente pour agir en tous lieux, l’outil aérien regroupe pour : l’intervention, 4 Mirage 2000 D ; l’appui et la projection, 2 avions ravitailleurs C135 et 1 avion de transport tactique C160 Transall ; les évacuations médicales, 1 Casa CN 235 ; le renseignement, 1 Mirage 2000 équipé de la nacelle optronique Talios (recueil d’images NTISR), et 3 drones Reaper. Les essais d’armement des Reaper se poursuivent, en vue d’une mise en service fin 2019. Ils pourront embarquer des missiles antichar Hellfire à guidage laser semi-actif ou à guidage radar (« tire et oublie »). Des renforts temporaires sont assurés par : 1 avion de transport polyvalent A 400 M ; 1 ravitailleur C 160 J Hercules ; 1 avion de guerre électronique et de renseignement ATL2 de la Marine nationale. En outre, la BAP apporte son appui aux forces nigériennes et partenaires par diverses missions : partenariat militaire opérationnel, dont la formation à l’appui aérien et de « spécialistes carburant » ; échange de renseignements ; réassurance ; transport de personnel et de matériel ; soutien au poste de commandement de la force conjointe G 5 Sahel du fuseau Centre ; construction de postes de combat à la base aérienne 101 de Niamey. En un an, la BAP a réalisé 6.000 mouvements d’aéronefs et 50 convois terrestres. Elle a aussi transporté : 42.000 passagers en transit, soit 25 % du trafic de l’aéroport de Niamey ; 4.800 t de fret, soit 40 % du trafic de l’aéroport de Niamey ; 145 t de courrier, dont 20 t pour elle-même.

Les opérations. Le théâtre de la BSS est éprouvant pour les hommes et les matériels, rappelle le porte-parole de l’EMA. Les groupes armés terroristes, ensemble hétérogène de combattants affiliés ou non à des franchises terroristes internationales (Daech ou Al Qaïda), exploitent les défauts de gouvernance dans certaines régions et s’en prennent indistinctement aux cibles militaires et aux civils. Ils affrontent de jeunes forces armées locales, mal équipées et en cours d’aguerrissement. Quoique leur nombre reste stable, les attaques terroristes deviennent plus meurtrières, surtout contre les forces armées maliennes. Du 1er au 17 novembre, l’opération « Bourgou 4 » a mobilisé plus de 1.400 soldats burkinabés, maliens, nigériens et français dans les régions de Déou (Burkina Faso) et Boulikessi (Mali). Elle a permis la mise hors de combat de plus d’une vingtaine de terroristes et la saisie de 64 véhicules et d’une centaine de téléphones portables et de munitions. Selon le colonel Pointfer, la BAP de Niamey a fourni un appui aérien, renforcé par un détachement venu de N’Djaména (Tchad) et qui a nécessité : 13 missions de drones ; 2 chasseurs en alerte permanente ; 36 sorties ; 90 ravitaillements en vol ; 13 dossiers NTISR ; 12 manifestations de présence, à savoir l’effet dissuasif du passage à la verticale des positions adverses.

Loïc Salmon

Afrique : soutiens intégrés à l’opération « Barkhane »

Afrique : zone sahélienne sous tension et résolution de crises

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Défense : l’IA, facteur décisif de supériorité opérationnelle

Outre les possibilités offertes par les grands groupes numériques privés, les armées développent elles-mêmes des applications de l’intelligence artificielle (IA), relatives aux tâches à réaliser, à la nature des données et à l’exigence de performance et de robustesse.

Un document en ce sens, intitulé « L’intelligence artificielle au service de la défense », a été publié par le ministère des Armées en septembre 2019.

Spécificités militaires. Il s’agit d’investir dans la conception et le paramétrage des systèmes opérationnels capteurs de données (images infrarouge et signaux radar ou sonar), souvent embarqués ou déployés en milieu ouvert et inconnu et disposant de faibles ressources en énergie et de liaisons à débit limité. L’IA va décupler les performances des systèmes opérationnels : réseau de communication ; avion de chasse, de transport et hélicoptère ; drone de combat ; drone, avion et satellite de surveillance ; renseignement ; cyberespace ; entraînement ; robotique terrestre ; véhicules blindés ; guerre des mines ; bâtiment de surface et sous-marin ; combat collaboratif. Grâce à l’IA et dans le respect des lois de la guerre, le chef militaire va décider et agir plus vite, avec plus de précision et une marge de manœuvre accrue par de meilleures reconnaissances et détections des cibles et des dangers du terrain. Par sa vitesse d’exploitation et d’analyse croisée et massive des données, l’IA lui apporte une compréhension complète et rapide des situations, dans des espaces opérationnels complexes et interdépendants. L’IA renforce la protection du combattant par l’élargissement de la veille sanitaire, afin d’identifier les facteurs de risques liés à l’environnement et aux conditions d’emploi des forces et proposer des mesures adaptées. En outre, l’IA améliore la discrimination entre combattants et non-combattants. Elle renforce la proportionnalité de l’action par la maîtrise des effets des armes en fonction de la menace. Elle garantit une action déterminée par la stricte nécessité. Par ailleurs, l’IA effectuera les tâches ancillaires et répétitives, sources de 80 % des erreurs humaines. Ainsi, les états-majors se concentreront davantage sur la réflexion et la prise de décision. Dans l’observation spatiale, les interprètes d’images exploiteront plus efficacement les flux d’informations des satellites CSO, très supérieurs à ceux émis par les systèmes satellitaires Hélios 1 et 2. Des « drones équipiers » accompagneront les avions pilotés pour les appuyer dans leurs missions.

Atout stratégique. Un plan pluriannuel facilite la montée en puissance de la maîtrise des données, à savoir leurs stockage, collecte, exploitation et circulation sécurisée. La phase 1 (2018-2019) construit des capacités technique et méthodologique à partir de POCEAD (plateforme d’ouverture de centralisation, d’exposition et d’analyse des données). La phase 2 (2020) consolide ces capacités, en s’appuyant sur les retours d’expérience de POCEAD et des cas d’usage expérimentés sur ARTEMIS (architecture de traitement et d’exploitation massive de l’information multi-sources), plateforme sécurisée de « big data » et d’IA. La phase 3 (2021) porte sur la mise en production d’ARTEMIS pour répondre aux enjeux stratégiques du ministère des Armées. Certaines applications nécessitent en effet l’accès rapide à d’énormes capacités de stockage et de calcul, notamment par le « cloud » (informatique en nuage). Ainsi, un Rafale produit 40 tétra-octets/heure de données. Enfin, le cloud augmente le niveau de résilience des infrastructures.

Loïc Salmon

Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées

Défense : l’IA, nombreuses applications militaires possibles

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain




Afrique : soutiens intégrés à l’opération « Barkhane »

Le déroulement de l’opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne (BSS), qui inclut l’aérocombat, nécessite un soutien logistique interarmées, renforcé par les moyens fournis par la MINUSMA (mission de l’ONU au Mali).

Un retour d’expérience a été présenté, le 7 novembre 2019 à Paris, par deux colonels anciens chefs de corps, l’un du Groupement tactique désert (GTD) logistique et l’autre du GTD aérocombat.

« Barkhane ». Lancé en août 2014, l’opération « Barkhane » a pour mission première d’appuyer les forces armées des pays partenaires de la BSS, à savoir Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. Elle doit également empêcher la reconstitution de sanctuaires terroristes dans la région. En conséquence, elle déploie 4.500 militaires, 3 drones, 7 avions de chasse, 19 hélicoptères, 6 à 10 avions de transports tactiques et stratégiques, 260 véhicules blindés lourds, 360 véhicules tactiques et 210 blindés légers. Elle dispose de 3 points d’appui permanents à Gao au Mali, Niamey au Niger et N’Djamena au Tchad ainsi que de 8 bases avancées temporaires réparties sur ces trois pays. A titre indicatif, la force aérienne a effectué 122 sorties aériennes entre le 30 octobre et le 3 novembre 2019 : 61 de transport ; 36 de renseignement, surveillance et reconnaissance avec ravitaillements en vol ; 25 de chasse.

Logistique. Pour garantir les standards de combat, le GTD logistique fournit carburant, munitions et eau, dont il effectue le transit et l’acheminement par voie terrestre, ainsi que les pièces de rechange pour la maintenance du matériel, sans oublier l’alimentation et un certain confort pour les soldats en opération. Entre janvier et mai 2019, le GTD logistique « Charentes » a mobilisé 535 logisticiens provenant de 105 unités issues des armées de Terre et de l’Air, des Services de santé, du commissariat et des infrastructures des armées. Le régiment support (45 % des effectifs) organise leurs entraînements, communs pour le soutien aux emprises (photo), et spécifiques pour les convois. A la fin de son mandat, le GTD logistique « Charentes » a chiffré son bilan : convois, 103 jours d’opérations, 600.000 km parcourus, 4.000 t de fret et 2.000 m3 de carburant ; maintenance, 770 véhicules soutenus et 620 pièces de rechange par semaine ; soutien santé, 350 journées d’hospitalisation ; soutien du soldat, 4.000 repas/jour et 76.000 baguettes de pain ; soutien pétrolier, 70 m3 de carburant/jour ; transit aérien, 11.000 personnes et 2.700 t de fret.

Aérocombat. Capable d’une intervention rapide et massive, le GTD aérocombat s’engage sur court préavis et à grande distance avec des hélicoptères de combat et des commandos pour une action au sol. Il déploie : 370 personnels ; 7 Caïman, hélicoptères de manœuvre et d’assaut ; 3 Gazelle ; 9 Tigre, hélicoptères de reconnaissance et d’attaque. Pendant son mandat de mai à septembre 2019, le GTD aérocombat a effectué 17 opérations en autonome ou en coordination avec les deux GTD au sol et le Groupement de recherche multi-capteurs pour le renseignement. Parmi elles, une dizaine d’opérations dites d’opportunité ont permis d’entraver la liberté d’action des groupes armés terroristes. Il a aussi assuré la protection de convois logistiques dans la région de Gourma-Liptako, zone des trois frontières entre Mali, Niger et Burkina Faso. Toutefois, au cours de la seconde partie de son mandat, son activité, contrainte par la saison des pluies, s’est recentrée sur le partenariat (formation, entraînement et accompagnement) avec les forces armées du Mali et du Niger.

Loïc Salmon

Logistique opérationnelle : de la maîtrise des flux à la force « Scorpion »

Sahel : l’opération « Barkhane », un effet d’entraînement fort

Afrique : les risques de déstabilisation et de terrorisme

 

 




Armée de Terre : la préparation opérationnelle, source de la puissance au combat

Pour garantir en permanence leur contrat opérationnel, les forces aéroterrestres développent un esprit guerrier, acquis par la formation et l’entraînement, pour réagir à toute surprise stratégique dans un cadre national ou en coalition.

Cette préparation opérationnelle (PO) a été présentée à la presse, le 17 octobre 2019 à Paris, par le colonel chef d’état-major du Commandement de l’entraînement et des écoles du combat interarmes et un lieutenant-colonel de l’état-major de l’armée de Terre.

Formation et entraînement. L’acquisition des compétences, nécessaires à un emploi ou une fonction au sein d’une unité, s’entretient par l’amélioration des performances, individuelle et collective. La PO, déclinée en formation de base du combattant, préparation métier et préparation interarmes, se complète en interarmées puis en interalliés. Chaque année et tous les quatre mois, les unités alternent formation, PO et missions, à savoir prise d’alerte ou projection en opération. La formation individuelle s’effectue dans les écoles d’infanterie, d’artillerie, de cavalerie ou du génie. Elle se poursuit dans 11 centres et espaces métropolitains d’entraînements spécialisés qui s’étendent sur 150.000 ha et mobilisent 3.800 cadres et soldats. Ces centres préparent, notamment : au combat d’infanterie ; au combat interarmes ; au soutien logistique ; aux actions en zone urbaine ; à l’entraînement commando ; au tir opérationnel ; aux postes de commandement dans l’artillerie ; à l’aguerrissement en montagne. S’y ajoutent 9 centres d’aguerrissement d’outre-mer et à l’étranger : nautique et forêt à la Martinique ; forêt équatoriale en Guyane ; « lagunaire » en Côte d’Ivoire ; forêt « gabonaise » au Gabon ; désert à Djibouti ; nautique à Mayotte ; tropical à La Réunion ; environnement du Moyen-Orient aux Emirats arabes unis ; nautique commando en Nouvelle-Calédonie. A l’issue de chaque PO, l’unité doit être systématiquement certifiée apte à partir en mission. Chaque année, 90 des 156 sous-groupements tactiques interarmes de l’armée de Terre s’entraînement au tir ou en manœuvres interarmes. La loi de programmation militaire 2019-2025 fixe les normes quantitatives d’activité annuelle, hors simulation, des unités opérationnelles : 90 jours de PO hors opérations extérieures et intérieures ; 115 heures d’entraînement par équipage de char Leclerc ; 130 heures par équipage de véhicule blindé de combat de l’infanterie ; 1.100 km par équipage de véhicule de l’avant blindé ou véhicule blindé Griffon ; 100 heures par équipage sur engin de reconnaissance AMX 10 RC rénové ou véhicule blindé Jaguar ; 110 coups tirés par équipage de canon Caesar ; 200 heures de vol par pilote d’hélicoptère et 220 heures par pilote des forces spéciales.

Transformation « Scorpion ». Le commandement programme les activités de la PO au combat collaboratif « Scorpion » en quatre étapes. La doctrine définit l’emploi tactique. L’équipement consiste en plateformes de participation et zones d’entraînement pour la PO. La formation inclut celle des équipages des différents véhicules blindés et celle des cadres instructeurs. L’entraînement porte sur la PO interarmes et la transformation des régiments. Le retour d’expérience apporte un appui aux unités. L’expérimentation confirme les objectifs et propose des orientations à la doctrine. La PO est guidée par le combat de haute intensité, qui devient une option possible parmi les menaces futures.

Loïc Salmon

Armée de Terre : le soldat, entraînement et protection

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation




Défense : loi de finances 2020, hausse des dépenses maintenue

Le projet de budget du ministère des Armées, présenté au Parlement en octobre 2019, prévoit une hausse de 1,7 Md€ en 2020, pour la 3ème année consécutive, pour le porter à 37,5 Md€, soit 1,86 % du produit intérieur brut.

Cette ressource nouvelle de 1,7 Md€ (+ 4,5 %) inclut des augmentations de 1,1 Md€ pour les programmes d’armement majeurs des armées, 250 M€ pour les opérations et 350 M€ pour les autres dépenses d’équipement. Le budget de 37,5 Md€ se répartit en 20,9 Md€ pour les équipements, 12,1 Md€ de masse salariale et 4,5 Md€ pour le fonctionnement du ministère. L’autonomie stratégique nationale se trouvera garantie dans quatre domaines : la dissuasion nucléaire avec 4,7 Md€, 2ème tranche d’un total de 25 Md$ entre 2019 et 2023 pour renouveler les composantes océanique et aéroportée ; la cyberdéfense avec 1,6 Md€ pour la lutte dans le cyberespace ; l’espace avec 448 M€, 2ème tranche d’un total de 4,3 Md€ pour la période 2019-2025 ; le renseignement avec 366 M€.

Livraisons attendues. En 2020, l’armée de Terre devrait recevoir : 1.000 véhicules légers tactiques polyvalents ; 128 blindés Griffon ; 4 blindés Jaguar ; 7 hélicoptères NH90 ; 1 système de drones tactiques ; 50 postes de missiles moyenne portée ; 12.000 fusils d’assaut HK 416 F ; 25.000 nouveaux casques composites de protection. La Marine nationale devrait prendre livraison de : 2 avions de patrouille maritime ATL2 rénovés ; 2 hélicoptères Caïman Marine ; 1 sous-marin d’attaque Barracuda ; 1 lot de missiles Aster pour les frégates multi-missions de défense aérienne. L’armée de l’Air devrait recevoir : 2 avions de chasse Mirage M2000 D rénovés ; 2 avions de transport tactique A400M Atlas ; 1 avion de transport stratégique et de ravitaillement MRTT Phénix ; 1 avion ravitailleur KC-130J ; 1 système de drones Reaper. Le volet spatial sera doté d’un 2ème satellite de reconnaissance optique Musis CS0, le 1er étant en service à 800 km d’altitude depuis fin 2018 et le 3ème attendu en 2021.

Commandes prévues. Pour 2020, l’armée de Terre a commandé : 1.500 véhicules légers polyvalents ; 271 blindés Griffon ; 50 chars Leclerc rénovés ; 42 blindés Jaguar ; 364 blindés Serval ; 14 hélicoptères Tigre rénovés ; 12.000 fusils d’assaut HK 416 F. La Marine nationale a commandé : 3 avions de guet aérien embarqués Hawkeye E20 ; 7 avions de surveillance et d’intervention maritime Falcon ; 2 modules de lutte contre les mines. L’armée de l’Air a commandé : 4 avions de transport tactique C-130H rénovés ; 4 drones européens Male (moyenne altitude longue endurance). Pour le volet spatial, ont été commandés : 4 stations sol utilisateurs ; 3 radars de trajectographie Satam rénovés.

Infrastructures. En 2020, la ville de Rennes accueillera le commandement de la cyberdéfense, celle de Tours les Directions des ressources humaines et celle de Toulouse le Commandement de l’espace. Le budget 2020 prévoit 1,7 Md€ de crédits pour la politique immobilière, dont 1,35 Md€ au titre des infrastructures de défense hors dissuasion nucléaire. Ainsi, le port de Brest sera doté des infrastructures d’accueil des frégates multi-missions et la base aérienne d’Istres de celles des MRTT Phénix. Plusieurs dizaines d’unités en disposeront pour les nouveaux blindés Griffon et Jaguar dans le cadre du programme Scorpion.

Recrutement. Le ministère des Armées embauche 23.000 militaires et 4.000 civils par an. En 2020, 150 postes seront créés dans le renseignement, 100 dans le cyber et 50 dans d’autres secteurs.

Loïc Salmon

Défense : se réapproprier la question militaire

Défense : des moyens face aux menaces de demain

Garde nationale : faciliter l’engagement et fidéliser

 




Défense : se réapproprier la question militaire

Sans aller jusqu’à une remilitarisation de la société, qui n’est ni souhaitable ni faisable, il s’agit d’inventer des outils pour retisser le lien entre la nation et son armée et susciter l’intérêt pour les questions de défense et de sécurité.

Telle est l’opinion que le Premier ministre, Edouard Philippe, a exprimée, le 18 octobre 2019 à Paris, devant les sessions nationales de l’Institut de hautes études de défense nationale et de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.

Retour de la menace. La décision, prise en 1997 et effective en 2002, de suspendre le service militaire obligatoire a permis aux armées de se transformer en profondeur, véritable atout pour la nation. Toutefois, elle a conduit à un éloignement de la culture militaire, par une méconnaissance de ce milieu, de son fonctionnement, de ses missions, de ses réflexes et de ses valeurs. Les jeunes hauts fonctionnaires, qui n’ont plus accès à l’expérience de l’armée de conscription et vont assurer le fonctionnement de l’Etat, passent à côté de la chose militaire. Or, les opérations extérieures se sont multipliées depuis vingt ans. Aujourd’hui, la menace est devenue permanente, hybride, diffuse et aveugle aux ramifications internes et externes et devant lesquelles une démocratie prospère peut et doit réagir, souligne le Premier ministre. Cette question politique, qui porte sur la cohésion sociale, doit être évoquée dans des débats publics et pensée dans le temps long. La nation prévoit d’abord un effort financier croissant pour les armées avec une augmentation de 1,7 Md€ en 2020, pour combler leur retard et s’adapter. Ensuite, les réserves opérationnelles et citoyennes au profit des armées et des forces de sécurité mettent en avant la richesse de l’engagement. Cette notion est réaffirmée dans le Service national universel, non militaire et en expérimentation chez des jeunes volontaires de 16 à 18 ans, car la République implique des droits et des devoirs, rappelle le Premier ministre. Il leur fait prendre conscience des enjeux de défense et de cohésion des citoyens face à la menace. Le rendre obligatoire nécessiterait un amendement de l’article 34 de la constitution française.

Idées, initiative et audace. Fanatisme religieux et terrorisme prospèrent sur fond d’ignorance, de pauvreté et de déscolarisation, rappelle le Premier ministre, qui préconise trois mesures immédiates pour défendre les valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de laïcité et de fraternité. La première consiste à faire bloc derrière : les victimes des attentats terroristes et leurs proches ; les soldats qui risquent leur vie dans les opérations extérieures ou sur le territoire national ; les services de renseignement qui déjouent des projets d’attentats terroristes ; les responsables politiques face à des situations très graves. La deuxième porte sur la vigilance des pouvoirs publics dans l’exercice de leurs missions, des ministères et directions centrales jusqu’aux échelons les plus proches du terrain. Depuis l’attentat du 3 octobre 2019 à la Préfecture de police de Paris, une revue générale des services de renseignement est en cours pour détecter les signaux faibles de l’islamisme radical. La vigilance repose plus sur le civisme que sur la surveillance généralisée et implique une évolution culturelle, difficile et potentiellement risquée. La troisième mesure concerne le discernement dans l’exercice des compétences, au bon niveau, en matière de défense et de sécurité. Cela exige appréhension collective des risques et connaissance des contraintes de la vie en commun.

Loïc Salmon

IHEDN : vision présidentielle de la défense et de ses moyens

Sécurité : « Orphé », plongée au cœur des cellules de crise

SNU : succès du module « Défense et mémoire »

 




Dissuasion nucléaire : FAS, en alerte permanente depuis 1964

Complémentaires de la Force océanique stratégique (FOST), les Forces aériennes stratégiques (FAS) de l’armée de l’Air peuvent intervenir 15 minutes avant elle, ou même moins en cas d’urgence.

Leur commandant, le général de corps aérien Bruno Maigret, a fait un point de situation pour la presse, le 3 octobre 2019 à Paris, à l’occasion de la célébration de leur 55ème anniversaire à la base aérienne de Saint-Dizier.

La crédibilité. Réduite à la stricte suffisance pour garantir l’indépendance nationale, la dissuasion nucléaire dispose en permanence de la capacité d’infliger des dommages inacceptables à tout ennemi menaçant les intérêts vitaux de la France, rappelle le général. Sa crédibilité repose sur la détermination politique du président de la République, la capacité opérationnelle de la FOST et des FAS, avec suffisamment d’options possibles, et les avancées technologiques du ressort de la Direction générale de l’armement, du Commissariat à l’énergie atomique et des industriels concernés. Les FAS sont équipées, depuis 2011, de l’avion de transport et de ravitaillement Phénix d’un rayon d’action de 14.800 km et, depuis 2016, du missile air-air européen Meteor d’une portée supérieure à 150 km. A l’horizon 2040, elles disposeront du SCAF (système de combat aérien futur), successeur du Rafale, et du missile ASN4G (air-sol nucléaire de 4ème génération), remplaçant de l’ASMP-A (air-sol moyenne portée amélioré) d’une portée d’environ 500 km sur une croisière à haute altitude.

L’organisation. L’état-major des FAS se trouve sur la base de Vélizy-Villacoublay. Leur Centre d’opérations, installé à Taverny avec possibilité de dévolution à Lyon Mont-Verdun, assure le suivi permanent des moyens, la capacité de les monter immédiatement en puissance, la planification et la conduite des missions. Les avions ravitailleurs C-135 et Phénix prennent l’alerte sur les bases d’Istres, d’Avord, d’Evreux, de Mont-de-Marsan et de Solenzara, équipées de moyens de transmissions protégés, durcis et redondants pour l’acheminement des ordres opérationnels ou exceptionnels. Les trois bases à vocation nucléaire de Saint-Dizier, d’Avord et d’Istres abritent chacune un dépôt d’armes et une zone d’alerte au profit des Rafale. Celle d’Avord accueille l’unité de transport d’éléments d’armes nucléaires. Celle d’Istres abrite l’Escadre de transport et de ravitaillement stratégique, qui met en œuvre 14 C-135 et 2 Phénix. Celle de Saint-Dizier abrite les 2 escadrons de chasse dédiés à la mission permanente de dissuasion nucléaire 1/4 « Gascogne », et 2/4 « La Fayette » et 2 autres escadrons. Le 1/4 « Gascogne » est également « référent », pour la flotte Rafale, du missile de croisière Scalp d’une portée de 560 km à une altitude de 30 m. Le 2/4 « La Fayette » est référent pour la mission d’entrée en premier en suivi de terrain sur un théâtre et contribue à toutes les missions des avions de chasse de l’armée de l’Air. L’escadron de transformation Rafale 3/4 « Aquitaine » entraîne les équipages (simulation et vol), standardise l’utilisation de l’avion, étudie de nouvelles tactiques, analyse et valide concepts et programmes, assure le soutien à l’export et la présentation technique dans les salons aéronautiques internationaux. L’Escadron de soutien aéronautique « Haute-Marne » s’occupe de la préparation et de la maintenance de la flotte Rafale. Enfin, la base de Saint-Dizier assure aussi l’armement et les départs des missions d’intervention aérienne immédiate et d’évacuations de ressortissants ou de blessés de l’armée de Terre en opération extérieure.

Loïc Salmon

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

Marine nationale : le fait nucléaire, dissuasion politique et actions militaires




Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

Trois ans après sa création, la Garde nationale compte déjà près de 76.000 réservistes. Elle en emploie plus de 6.600 par jour, dont 1.200 dans le cadre de missions de protection pour le compte du ministère des Armées.

Sa secrétaire générale, le général de Gendarmerie Anne Fougerat, en a dressé le bilan et présenté les perspectives à la presse, le 2 octobre 2019 à Paris, à l’occasion des « Journées des réservistes » (12 octobre-12 novembre). Il s’agit de confirmer la progression constatée (50 %) des engagements dans la réserve, initiée par les attentats terroristes de Paris (2015) et Nice (2016). L’émoi s’étant estompé, la perception de la menace devient moins évidente. Pourtant, 20 % des jeunes de 18-19 ans, en quête de sens et de supplément d’âme, souhaitent se rendre utiles dans la défense ou la sécurité de leur pays. La réserve, militaire ou civile, implique don de soi, envie de s’engager et compétences particulières.

Dix composantes. La Garde nationale fournit des réservistes aux ministères des Armées et de l’Intérieur. Au 1er janvier 2019, la réserve opérationnelle de premier niveau des armées, directions et services se monte à 38.529 personnels. L’armée de Terre en emploie 21.926 pour la protection des populations sur le territoire national (opération « Sentinelle » et plan « Vigipirate »), celle des installations militaires, l’assistance aux services publics et secours en cas de catastrophes naturelles, industrielles ou technologiques. La Marine nationale en emploie 5.838 pour la protection du territoire national (métropole et outre-mer) et sa défense maritime (surveillance du littoral et protection des eaux territoriales), la protection des navires de guerre et bases navales et aéronavales, le recrutement et le rayonnement de l’institution. L’armée de l’Air en emploie 5.829 pour la protection permanente de l’espace aérien national, des systèmes de combat et des sites militaires et civils. Les autres composantes des armées se répartissent les 4.141 restants. Le Service du commissariat des armées emploie des diplômés au minimum bac + 3, pour des missions militaires au sein d’une unité, d’un état-major ou d’un service, l’apport de compétences en finances, droit, logistique et achats sur le territoire national et/ou à l’étranger. Le Service des essences des armées en affecte à des postes de tous niveaux, dans l’approvisionnement, le transport, le stockage, la distribution et le contrôle de la qualité des produits pétroliers ainsi que la maintenance des matériels pétroliers. Le Service d’infrastructure de la défense en emploie dans la construction, la maintenance immobilière et la gestion technique et administrative du patrimoine. Le Service de santé des armées emploie des professionnels de santé et des étudiants en sciences de la santé, pour renforcer les centres médicaux, les hôpitaux, ses propres établissements et sur des opérations extérieures. La Direction générale de l’armement recherche des ingénieurs, chercheurs et autres diplômés (minimum bac + 5), disposant d’une solide expérience professionnelle valorisable dans la fonction armement. Au 1er janvier 2019, le ministère de l’Intérieur dispose de 37.388 réservistes. La Gendarmerie nationale en emploie 30.288 pour renforcer des unités d’active dans la sécurité et la bonne exécution des lois : protection des personnes et des biens, renseignement, alerte et secours. La Police nationale en emploie 7.100 pour des missions de soutiens opérationnel et logistique, de spécialiste (juridique ou informatique) ou d’agent de police judiciaire adjoint.

Loïc Salmon

Défense : des moyens face aux menaces de demain

Garde nationale : faciliter l’engagement et fidéliser

Défense et sécurité : de la menace à la résilience




Irak : l’opération « Chammal », action, soutien et formation

Seule nation à avoir déployé une unité d’artillerie en Irak dans le cadre de l’opération « Chammal », la France y a acquis crédibilité et légitimité, lui permettant de peser sur les décisions de la coalition anti-Daech.

Ce constat a été expliqué à la presse, le 19 septembre 2019 à Paris, par un colonel du Centre de conduite et de planification des opérations. Lancée exactement cinq ans auparavant, l’opération « Chammal » représente le volet français de l’opération « Inherent Resolve » au sein d’une coalition de 79 pays et organisations. A la demande du gouvernement irakien et en coordination avec les alliés, « Chammal » mobilise environ 1.000 militaires, qui apportent un soutien par : l’appui des troupes locales au sol et la frappe des capacités militaires de Daech ; la formation des forces de sécurité, dont l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS).

Situation précaire. Après sa défaite militaire, Daech est passé en mode insurrectionnel consistant en harcèlements, pose d’engins explosifs improvisés (IED en anglais), incendies de champs agricoles, attaques de postes isolés, caches d’armes et trafics. Ce terrorisme de bas niveau, actuellement contenu par les forces de sécurité irakiennes, peut resurgir, avertit le colonel. Il s’agit, pour « Chammal » d’obtenir de ces dernières une « autonomisation » réelle et de mettre les éléments de Daech à la portée des forces armées irakiennes sur le long terme. En outre, « Chammal » fournit un appui aérien aux forces armées partenaires pour le renseignement, le ciblage d’objectifs et les frappes éventuelles. A titre indicatif, les avions français ont effectué 18 sorties opérationnelles du 11 au 17 septembre 2019, à partir de bases en Jordanie et aux Emirats arabes unis. La France participe à tous les niveaux de commandement de la coalition, où les décisions se prennent par consensus. Tout en gardant sa liberté d’action, elle apporte son expertise en matière de lutte contre les IED, de sauvetage de combat et de coordination des frappes aériennes et des tirs de lance-roquettes et d’artillerie, pour l’éclairage du champ de bataille, la récupération des blessés, la « déception » (tromperie) et le « compartimentage » du terrorisme.

Montée en puissance de la sécurité. Afin d’élever le niveau d’expertise et de savoir-faire des forces armées irakiennes, des instructeurs français fournissent conseil et accompagnement du commandement tactique sur le terrain, sans participation aux combats, et forme des « formateurs » irakiens. La « Task Force » (TF, force d’intervention) « Air » forme des spécialistes de l’appui aérien avec des hélicoptères irakiens. La TF « Narvik » perfectionne les forces spéciales de l’ICTS dans la lutte contre le terrorisme. En mai 2019, elle a formé une vingtaine de stagiaires des forces spéciales irakiennes à la collecte du renseignement d’origine humaine : procédures d’infiltration et d’exfiltration, prises d’images de jour et de nuit et analyse des données récoltées sur le terrain pour fournir du renseignement tactique au commandement. De son côté, la TF « Monsabert» (100 personnels) développe l’autonomie de la 6ème Division d’infanterie irakienne, chargée de la sécurisation de la capitale Bagdad. Selon un colonel qui l’a commandée, une centaine d’actions différentes de conseil et d’assistance se sont déroulées suivant le cycle « programmation de l’activité, mise en pratique sur le terrain, retour d’expérience et ajustement ». Enfin, la TF « Monsabert », aide l’Ecole d’artillerie irakienne en matière de formation et d’élaboration d’une doctrine.

Loïc Salmon

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Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

L’Initiative européenne d’intervention (IEI), forte de dix membres, devrait bientôt en compter quatre de plus, à savoir deux au Nord et deux au Sud.

Sa deuxième réunion des ministres de la Défense s’est tenue le 20 septembre 2019 à Hilversum (Pays-Bas). Selon l’Agence France Presse, l’IEI doit examiner les candidatures de la Norvège et de la Suède (d’après une source proche du dossier), de l’Italie (communiqué du gouvernement italien) et de la Grèce (annonce du président de la République française à la conférence des ambassadeurs fin août). L’IEI a été lancée par la France en juin 2018, en raison du nouveau contexte stratégique et des nouvelles formes de conflit. Elle compte l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Portugal.

Coopération franco-estonienne. En marge de la réunion d’Hilversum, Florence Parly, ministre des Armées, a rencontré son homologue estonien Jüri Luik pour célébrer et approfondir les 25 ans de l’accord de coopération bilatérale de défense. Des militaires des deux pays ont servi ensemble au bataillon de la « présence avancée renforcée » de l’OTAN en Estonie, élément essentiel de la posture de dissuasion et de défense de l’Alliance atlantique. La France, qui y a contribué en 2017 et 2019, va renouveler son engagement opérationnel en 2021. Depuis 2018, l’Estonie participe à l’opération « Barkhane » de lutte contre le terrorisme au Sahel en portant assistance aux forces armées maliennes pour développer leur capacité en matière de sécurité. En 2020, elle va accroître sa présence par le déploiement d’une section d’infanterie et des forces spéciales. Enfin, France et Estonie coopèrent en matière de cyberdéfense.

Culture stratégique commune. Selon un document du ministère des Armées, les dix membres actuels de l’IEI totalisent plus 300 millions d’habitants, dépensent plus de 160 Md€ par an pour leur défense et déploient 25.000 soldats en opérations extérieures. Depuis novembre 2018, Les rencontres militaires, au niveau des hauts représentants d’états-majors, portent sur la conduite de travaux opérationnels pour répondre ensemble aux menaces actuelles et futures. Elles reposent sur le partage du renseignement et l’anticipation stratégique commune sur les zones de crise actuelles et potentielles. Elles conduisent des planifications concrètes sur des questions ou thématiques transverses entre les pays membres intéressés. Elles portent aussi sur le retour d’expérience, l’appui aux opérations et le partage de doctrines. Il s’agit de développer une capacité commune à réagir rapidement aux catastrophes naturelles, par des opérations non-combattantes d’évacuation des ressortissants, et à mener des opérations militaires de haute intensité dans le monde entier. Quoiqu’indépendante de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN, l’IEI partage avec elles l’objectif commun de la sécurité de l’Europe. Elle vise à les renforcer par une action militaire dans leur cadre respectif, celui de l’ONU ou celui d’une coalition spécifique. Complémentaire de l’OTAN et de l’UE, l’IEI devrait couvrir, par des coopérations opérationnelles pragmatiques, des domaines incomplètement traités par l’OTAN et l’UE, notamment dans le cadre de la « Coopération structurée permanente » du traité de Lisbonne (2009), relative à la défense des pays membres de l’UE.

Loïc Salmon

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