Défense : se réapproprier la question militaire

Sans aller jusqu’à une remilitarisation de la société, qui n’est ni souhaitable ni faisable, il s’agit d’inventer des outils pour retisser le lien entre la nation et son armée et susciter l’intérêt pour les questions de défense et de sécurité.

Telle est l’opinion que le Premier ministre, Edouard Philippe, a exprimée, le 18 octobre 2019 à Paris, devant les sessions nationales de l’Institut de hautes études de défense nationale et de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.

Retour de la menace. La décision, prise en 1997 et effective en 2002, de suspendre le service militaire obligatoire a permis aux armées de se transformer en profondeur, véritable atout pour la nation. Toutefois, elle a conduit à un éloignement de la culture militaire, par une méconnaissance de ce milieu, de son fonctionnement, de ses missions, de ses réflexes et de ses valeurs. Les jeunes hauts fonctionnaires, qui n’ont plus accès à l’expérience de l’armée de conscription et vont assurer le fonctionnement de l’Etat, passent à côté de la chose militaire. Or, les opérations extérieures se sont multipliées depuis vingt ans. Aujourd’hui, la menace est devenue permanente, hybride, diffuse et aveugle aux ramifications internes et externes et devant lesquelles une démocratie prospère peut et doit réagir, souligne le Premier ministre. Cette question politique, qui porte sur la cohésion sociale, doit être évoquée dans des débats publics et pensée dans le temps long. La nation prévoit d’abord un effort financier croissant pour les armées avec une augmentation de 1,7 Md€ en 2020, pour combler leur retard et s’adapter. Ensuite, les réserves opérationnelles et citoyennes au profit des armées et des forces de sécurité mettent en avant la richesse de l’engagement. Cette notion est réaffirmée dans le Service national universel, non militaire et en expérimentation chez des jeunes volontaires de 16 à 18 ans, car la République implique des droits et des devoirs, rappelle le Premier ministre. Il leur fait prendre conscience des enjeux de défense et de cohésion des citoyens face à la menace. Le rendre obligatoire nécessiterait un amendement de l’article 34 de la constitution française.

Idées, initiative et audace. Fanatisme religieux et terrorisme prospèrent sur fond d’ignorance, de pauvreté et de déscolarisation, rappelle le Premier ministre, qui préconise trois mesures immédiates pour défendre les valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de laïcité et de fraternité. La première consiste à faire bloc derrière : les victimes des attentats terroristes et leurs proches ; les soldats qui risquent leur vie dans les opérations extérieures ou sur le territoire national ; les services de renseignement qui déjouent des projets d’attentats terroristes ; les responsables politiques face à des situations très graves. La deuxième porte sur la vigilance des pouvoirs publics dans l’exercice de leurs missions, des ministères et directions centrales jusqu’aux échelons les plus proches du terrain. Depuis l’attentat du 3 octobre 2019 à la Préfecture de police de Paris, une revue générale des services de renseignement est en cours pour détecter les signaux faibles de l’islamisme radical. La vigilance repose plus sur le civisme que sur la surveillance généralisée et implique une évolution culturelle, difficile et potentiellement risquée. La troisième mesure concerne le discernement dans l’exercice des compétences, au bon niveau, en matière de défense et de sécurité. Cela exige appréhension collective des risques et connaissance des contraintes de la vie en commun.

Loïc Salmon

IHEDN : vision présidentielle de la défense et de ses moyens

Sécurité : « Orphé », plongée au cœur des cellules de crise

SNU : succès du module « Défense et mémoire »

 




Dissuasion nucléaire : FAS, en alerte permanente depuis 1964

Complémentaires de la Force océanique stratégique (FOST), les Forces aériennes stratégiques (FAS) de l’armée de l’Air peuvent intervenir 15 minutes avant elle, ou même moins en cas d’urgence.

Leur commandant, le général de corps aérien Bruno Maigret, a fait un point de situation pour la presse, le 3 octobre 2019 à Paris, à l’occasion de la célébration de leur 55ème anniversaire à la base aérienne de Saint-Dizier.

La crédibilité. Réduite à la stricte suffisance pour garantir l’indépendance nationale, la dissuasion nucléaire dispose en permanence de la capacité d’infliger des dommages inacceptables à tout ennemi menaçant les intérêts vitaux de la France, rappelle le général. Sa crédibilité repose sur la détermination politique du président de la République, la capacité opérationnelle de la FOST et des FAS, avec suffisamment d’options possibles, et les avancées technologiques du ressort de la Direction générale de l’armement, du Commissariat à l’énergie atomique et des industriels concernés. Les FAS sont équipées, depuis 2011, de l’avion de transport et de ravitaillement Phénix d’un rayon d’action de 14.800 km et, depuis 2016, du missile air-air européen Meteor d’une portée supérieure à 150 km. A l’horizon 2040, elles disposeront du SCAF (système de combat aérien futur), successeur du Rafale, et du missile ASN4G (air-sol nucléaire de 4ème génération), remplaçant de l’ASMP-A (air-sol moyenne portée amélioré) d’une portée d’environ 500 km sur une croisière à haute altitude.

L’organisation. L’état-major des FAS se trouve sur la base de Vélizy-Villacoublay. Leur Centre d’opérations, installé à Taverny avec possibilité de dévolution à Lyon Mont-Verdun, assure le suivi permanent des moyens, la capacité de les monter immédiatement en puissance, la planification et la conduite des missions. Les avions ravitailleurs C-135 et Phénix prennent l’alerte sur les bases d’Istres, d’Avord, d’Evreux, de Mont-de-Marsan et de Solenzara, équipées de moyens de transmissions protégés, durcis et redondants pour l’acheminement des ordres opérationnels ou exceptionnels. Les trois bases à vocation nucléaire de Saint-Dizier, d’Avord et d’Istres abritent chacune un dépôt d’armes et une zone d’alerte au profit des Rafale. Celle d’Avord accueille l’unité de transport d’éléments d’armes nucléaires. Celle d’Istres abrite l’Escadre de transport et de ravitaillement stratégique, qui met en œuvre 14 C-135 et 2 Phénix. Celle de Saint-Dizier abrite les 2 escadrons de chasse dédiés à la mission permanente de dissuasion nucléaire 1/4 « Gascogne », et 2/4 « La Fayette » et 2 autres escadrons. Le 1/4 « Gascogne » est également « référent », pour la flotte Rafale, du missile de croisière Scalp d’une portée de 560 km à une altitude de 30 m. Le 2/4 « La Fayette » est référent pour la mission d’entrée en premier en suivi de terrain sur un théâtre et contribue à toutes les missions des avions de chasse de l’armée de l’Air. L’escadron de transformation Rafale 3/4 « Aquitaine » entraîne les équipages (simulation et vol), standardise l’utilisation de l’avion, étudie de nouvelles tactiques, analyse et valide concepts et programmes, assure le soutien à l’export et la présentation technique dans les salons aéronautiques internationaux. L’Escadron de soutien aéronautique « Haute-Marne » s’occupe de la préparation et de la maintenance de la flotte Rafale. Enfin, la base de Saint-Dizier assure aussi l’armement et les départs des missions d’intervention aérienne immédiate et d’évacuations de ressortissants ou de blessés de l’armée de Terre en opération extérieure.

Loïc Salmon

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

Marine nationale : le fait nucléaire, dissuasion politique et actions militaires




Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

Trois ans après sa création, la Garde nationale compte déjà près de 76.000 réservistes. Elle en emploie plus de 6.600 par jour, dont 1.200 dans le cadre de missions de protection pour le compte du ministère des Armées.

Sa secrétaire générale, le général de Gendarmerie Anne Fougerat, en a dressé le bilan et présenté les perspectives à la presse, le 2 octobre 2019 à Paris, à l’occasion des « Journées des réservistes » (12 octobre-12 novembre). Il s’agit de confirmer la progression constatée (50 %) des engagements dans la réserve, initiée par les attentats terroristes de Paris (2015) et Nice (2016). L’émoi s’étant estompé, la perception de la menace devient moins évidente. Pourtant, 20 % des jeunes de 18-19 ans, en quête de sens et de supplément d’âme, souhaitent se rendre utiles dans la défense ou la sécurité de leur pays. La réserve, militaire ou civile, implique don de soi, envie de s’engager et compétences particulières.

Dix composantes. La Garde nationale fournit des réservistes aux ministères des Armées et de l’Intérieur. Au 1er janvier 2019, la réserve opérationnelle de premier niveau des armées, directions et services se monte à 38.529 personnels. L’armée de Terre en emploie 21.926 pour la protection des populations sur le territoire national (opération « Sentinelle » et plan « Vigipirate »), celle des installations militaires, l’assistance aux services publics et secours en cas de catastrophes naturelles, industrielles ou technologiques. La Marine nationale en emploie 5.838 pour la protection du territoire national (métropole et outre-mer) et sa défense maritime (surveillance du littoral et protection des eaux territoriales), la protection des navires de guerre et bases navales et aéronavales, le recrutement et le rayonnement de l’institution. L’armée de l’Air en emploie 5.829 pour la protection permanente de l’espace aérien national, des systèmes de combat et des sites militaires et civils. Les autres composantes des armées se répartissent les 4.141 restants. Le Service du commissariat des armées emploie des diplômés au minimum bac + 3, pour des missions militaires au sein d’une unité, d’un état-major ou d’un service, l’apport de compétences en finances, droit, logistique et achats sur le territoire national et/ou à l’étranger. Le Service des essences des armées en affecte à des postes de tous niveaux, dans l’approvisionnement, le transport, le stockage, la distribution et le contrôle de la qualité des produits pétroliers ainsi que la maintenance des matériels pétroliers. Le Service d’infrastructure de la défense en emploie dans la construction, la maintenance immobilière et la gestion technique et administrative du patrimoine. Le Service de santé des armées emploie des professionnels de santé et des étudiants en sciences de la santé, pour renforcer les centres médicaux, les hôpitaux, ses propres établissements et sur des opérations extérieures. La Direction générale de l’armement recherche des ingénieurs, chercheurs et autres diplômés (minimum bac + 5), disposant d’une solide expérience professionnelle valorisable dans la fonction armement. Au 1er janvier 2019, le ministère de l’Intérieur dispose de 37.388 réservistes. La Gendarmerie nationale en emploie 30.288 pour renforcer des unités d’active dans la sécurité et la bonne exécution des lois : protection des personnes et des biens, renseignement, alerte et secours. La Police nationale en emploie 7.100 pour des missions de soutiens opérationnel et logistique, de spécialiste (juridique ou informatique) ou d’agent de police judiciaire adjoint.

Loïc Salmon

Défense : des moyens face aux menaces de demain

Garde nationale : faciliter l’engagement et fidéliser

Défense et sécurité : de la menace à la résilience




Irak : l’opération « Chammal », action, soutien et formation

Seule nation à avoir déployé une unité d’artillerie en Irak dans le cadre de l’opération « Chammal », la France y a acquis crédibilité et légitimité, lui permettant de peser sur les décisions de la coalition anti-Daech.

Ce constat a été expliqué à la presse, le 19 septembre 2019 à Paris, par un colonel du Centre de conduite et de planification des opérations. Lancée exactement cinq ans auparavant, l’opération « Chammal » représente le volet français de l’opération « Inherent Resolve » au sein d’une coalition de 79 pays et organisations. A la demande du gouvernement irakien et en coordination avec les alliés, « Chammal » mobilise environ 1.000 militaires, qui apportent un soutien par : l’appui des troupes locales au sol et la frappe des capacités militaires de Daech ; la formation des forces de sécurité, dont l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS).

Situation précaire. Après sa défaite militaire, Daech est passé en mode insurrectionnel consistant en harcèlements, pose d’engins explosifs improvisés (IED en anglais), incendies de champs agricoles, attaques de postes isolés, caches d’armes et trafics. Ce terrorisme de bas niveau, actuellement contenu par les forces de sécurité irakiennes, peut resurgir, avertit le colonel. Il s’agit, pour « Chammal » d’obtenir de ces dernières une « autonomisation » réelle et de mettre les éléments de Daech à la portée des forces armées irakiennes sur le long terme. En outre, « Chammal » fournit un appui aérien aux forces armées partenaires pour le renseignement, le ciblage d’objectifs et les frappes éventuelles. A titre indicatif, les avions français ont effectué 18 sorties opérationnelles du 11 au 17 septembre 2019, à partir de bases en Jordanie et aux Emirats arabes unis. La France participe à tous les niveaux de commandement de la coalition, où les décisions se prennent par consensus. Tout en gardant sa liberté d’action, elle apporte son expertise en matière de lutte contre les IED, de sauvetage de combat et de coordination des frappes aériennes et des tirs de lance-roquettes et d’artillerie, pour l’éclairage du champ de bataille, la récupération des blessés, la « déception » (tromperie) et le « compartimentage » du terrorisme.

Montée en puissance de la sécurité. Afin d’élever le niveau d’expertise et de savoir-faire des forces armées irakiennes, des instructeurs français fournissent conseil et accompagnement du commandement tactique sur le terrain, sans participation aux combats, et forme des « formateurs » irakiens. La « Task Force » (TF, force d’intervention) « Air » forme des spécialistes de l’appui aérien avec des hélicoptères irakiens. La TF « Narvik » perfectionne les forces spéciales de l’ICTS dans la lutte contre le terrorisme. En mai 2019, elle a formé une vingtaine de stagiaires des forces spéciales irakiennes à la collecte du renseignement d’origine humaine : procédures d’infiltration et d’exfiltration, prises d’images de jour et de nuit et analyse des données récoltées sur le terrain pour fournir du renseignement tactique au commandement. De son côté, la TF « Monsabert» (100 personnels) développe l’autonomie de la 6ème Division d’infanterie irakienne, chargée de la sécurisation de la capitale Bagdad. Selon un colonel qui l’a commandée, une centaine d’actions différentes de conseil et d’assistance se sont déroulées suivant le cycle « programmation de l’activité, mise en pratique sur le terrain, retour d’expérience et ajustement ». Enfin, la TF « Monsabert », aide l’Ecole d’artillerie irakienne en matière de formation et d’élaboration d’une doctrine.

Loïc Salmon

Terrorisme : Daech, propagande habile et maîtrise technique

Irak : le volet « assistance » de l’opération « Chammal »




Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

L’Initiative européenne d’intervention (IEI), forte de dix membres, devrait bientôt en compter quatre de plus, à savoir deux au Nord et deux au Sud.

Sa deuxième réunion des ministres de la Défense s’est tenue le 20 septembre 2019 à Hilversum (Pays-Bas). Selon l’Agence France Presse, l’IEI doit examiner les candidatures de la Norvège et de la Suède (d’après une source proche du dossier), de l’Italie (communiqué du gouvernement italien) et de la Grèce (annonce du président de la République française à la conférence des ambassadeurs fin août). L’IEI a été lancée par la France en juin 2018, en raison du nouveau contexte stratégique et des nouvelles formes de conflit. Elle compte l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Portugal.

Coopération franco-estonienne. En marge de la réunion d’Hilversum, Florence Parly, ministre des Armées, a rencontré son homologue estonien Jüri Luik pour célébrer et approfondir les 25 ans de l’accord de coopération bilatérale de défense. Des militaires des deux pays ont servi ensemble au bataillon de la « présence avancée renforcée » de l’OTAN en Estonie, élément essentiel de la posture de dissuasion et de défense de l’Alliance atlantique. La France, qui y a contribué en 2017 et 2019, va renouveler son engagement opérationnel en 2021. Depuis 2018, l’Estonie participe à l’opération « Barkhane » de lutte contre le terrorisme au Sahel en portant assistance aux forces armées maliennes pour développer leur capacité en matière de sécurité. En 2020, elle va accroître sa présence par le déploiement d’une section d’infanterie et des forces spéciales. Enfin, France et Estonie coopèrent en matière de cyberdéfense.

Culture stratégique commune. Selon un document du ministère des Armées, les dix membres actuels de l’IEI totalisent plus 300 millions d’habitants, dépensent plus de 160 Md€ par an pour leur défense et déploient 25.000 soldats en opérations extérieures. Depuis novembre 2018, Les rencontres militaires, au niveau des hauts représentants d’états-majors, portent sur la conduite de travaux opérationnels pour répondre ensemble aux menaces actuelles et futures. Elles reposent sur le partage du renseignement et l’anticipation stratégique commune sur les zones de crise actuelles et potentielles. Elles conduisent des planifications concrètes sur des questions ou thématiques transverses entre les pays membres intéressés. Elles portent aussi sur le retour d’expérience, l’appui aux opérations et le partage de doctrines. Il s’agit de développer une capacité commune à réagir rapidement aux catastrophes naturelles, par des opérations non-combattantes d’évacuation des ressortissants, et à mener des opérations militaires de haute intensité dans le monde entier. Quoiqu’indépendante de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN, l’IEI partage avec elles l’objectif commun de la sécurité de l’Europe. Elle vise à les renforcer par une action militaire dans leur cadre respectif, celui de l’ONU ou celui d’une coalition spécifique. Complémentaire de l’OTAN et de l’UE, l’IEI devrait couvrir, par des coopérations opérationnelles pragmatiques, des domaines incomplètement traités par l’OTAN et l’UE, notamment dans le cadre de la « Coopération structurée permanente » du traité de Lisbonne (2009), relative à la défense des pays membres de l’UE.

Loïc Salmon

Europe : une défense commune par des réalisations progressives et protéiformes

Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise




Défense : des moyens face aux menaces de demain

L’année 2019 entame une dynamique de hausse du budget de la défense, en vue d’atteindre 2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025 selon la loi de programmation militaire (2019-2025).

Le 5 septembre 2019, le ministère des Armées a rendu public l’édition 2019 des « chiffres clés de la défense ».

Financement. Le ministère des Armées dispose d’un budget total de 46,7 Md€ en 2019, soit 14,05 % du budget général de l’Etat. Il remplit trois missions : « Défense » avec 35,9 Md€ de crédits budgétaires (+ 1,7 Md€ en un an), hors pensions et recettes issues de cessions de biens et correspondant à environ 13,3 % du budget général de l’Etat ; « Anciens combattants, mémoire et liens avec la Nation », correspondant à 0,7 % du budget de l’Etat ; « Recherche duale » (civile et militaire), correspondant à 0,1 % du budget de l’Etat dans le cadre de la mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur ». A titre indicatif, le document publie les comparaisons des dépenses de défense (pensions comprises) en 2018 des Etats-Unis et des pays européens, établies par l’OTAN. Elles ont été calculées en dollars aux prix et taux de change de 2010 pour éviter tout biais sur le taux de change €/$. Les Etats-Unis y consacrent 605,4 Md$, soit 3,39 % de leur PIB, et les 21 pays de l’Union européenne et membres de l’OTAN (hors Grande-Bretagne) 199,9 Md$, soit 1,83 % de leur PIB. L’objectif de 2 % fixé par l’OTAN, est déjà dépassé par la Grande-Bretagne avec 2,15 % (61,4 Md$), mais pas encore atteint par les pays suivants : France, 1,82 % avec 53,1 Md$ ; Pays-Bas avec 1,35 % (12,8 Md$) ; Allemagne avec 1,23 % (48,7 Md$) ; Italie avec 1,15 % (24,6 Md$) ; Espagne avec 0,93 % (14,5 Md$).

Effectifs. Fin 2018, le ministère des Armées employait 267.604 personnels (20,7 % de femmes), dont 61.287 civils (38,4 %) et 206,317 militaires (15,5 %). Ces derniers se répartissent entre 15,9 % d’officiers, 44,8 % de sous-officiers, 38,4 % de militaires du rang et 0,9% de volontaires. L’âge moyen du personnel militaire s’établit à 33 ans et celui du personnel civil à 47 ans. La gestion du personnel militaire se répartit entre : armée de Terre (55,7 % des effectifs), 114.847 personnels dont 14.040 officiers, 38.852 sous-officiers, 61.525 militaires du rang et 430 volontaires ; armée de l’Air (19,6 %), 40.531 dont 6.413 officiers, 23.895 sous-officiers, 10.065 militaires du rang et 158 volontaires ; Marine nationale (17 %), 35.113 dont 4.559 officiers, 23.043 officiers mariniers, 6.775 quartiers-maîtres et matelots  et 736 volontaires ; Gendarmerie (1,2 %), 2.543 dont 202 officiers, 1.915 sous-officiers et 426 volontaires) ; Service de santé des armées (3,7 %), 7,547 dont 3.149 officiers, 4.294 sous-officiers et 104 volontaires ; Direction générale de l’armement (0,9 %), 1.787 officiers ; Service du commissariat des armées (0,9 %), 1.829 dont 1.812 officiers, 2 sous-officier et 15 volontaires ; Service des essences des armées (0,7 %), 1.389 dont 205 officiers, 334 sous-officiers et 850 militaires du rang ; autres services, à savoir Affaires générales militaires, Contrôle général des armées et Service d’infrastructure de la défense (0,3 %), 731 dont 694 officiers et 37 sous-officiers. Les personnels civils se répartissent entre : armée de Terre, 13 % ; armée de l’Air, 8,7 % ; Marine, 4,3 % ; autres services…74 % !

Garde nationale. Les réservistes opérationnels sous contrat (hors Gendarmerie) se montent à 38.529 dont 58,9 % dans l’armée de Terre, 15,6 % dans la Marine, 14,8 % dans l’armée de l’Air, 8 % dans le Service de santé, 1,4 % dans le Service du commissariat et 0,2 % à la Direction générale de l’armement.

Loïc Salmon

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

Défense : montée en puissance et restructuration




Armée de l’Air et Marine : une seconde chance pour les jeunes en difficultés scolaires

L’Ecole d’enseignement technique de l’armée de l’air et l’Ecole des mousses offrent des perspectives d’avenir professionnel à des jeunes de 16 à 18 ans sans diplôme, en vue d’acquérir un savoir-faire, technique, et un « savoir-être », grâce à une formation militaire.

Le colonel Thierry Fluxa et le capitaine de frégate Emmanuel Rouve, sortis de ces écoles qu’ils dirigent aujourd’hui, l’ont expliqué à la presse, le 5 septembre 2019 à Paris. Une élève technicienne, qui souhaite devenir mécanicien d’avion, et un matelot diplômé, qui va rejoindre le corps des fusiliers-marins, ont également présenté leur témoignage.

Les « arpètes ». Créée en 1949, l’Ecole d’enseignement technique de l’armée de l’air, dite des « arpètes » et féminisée depuis 1999, a accueilli 46.000 élèves, dont 244 en 2019, indique le colonel Fluxa. L’outil numérique et la « réalité augmentée » facilitent l’évolution des formations pour s’adapter aux besoins de plus en plus sophistiqués de l’armée de l’Air et aux attentes des élèves, qui veulent apprendre « autrement » et entrer rapidement dans des unités opérationnelles. L’encadrement est assuré par une trentaine d’enseignants du ministère de l’Education nationale et des instructeurs militaires, issus des unités opérationnelles et qui parlent de leur métier. L’école transmet aussi des valeurs, à savoir respect, intégrité, sens du service, excellence, honneur, travail et discipline. Outre le certificat d’aptitude professionnelle « aéro systèmes », l’école propose aux arpètes, depuis 2016, une scolarité de deux ans débouchant sur le baccalauréat, options scientifique (« bac S ») et technologique (« bac pro »). Tous les élèves qui se sont présentés en 2019 l’ont obtenu : 57,8 % de mentions pour le « bacs S » ; 77,5 % pour le « bac ST2D » (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable) ; 88,4 % pour le « bac pro aéro systèmes » ; 100 % pour le « bac pro aéro avionique ». La filière des « bacs pros » devient de plus en plus demandée par les familles.

Les « mousses ». Créé en 1856 et fermée en 1988, l’Ecole des mousses rouvre ses portes en 2009 dans le cadre du plan « Egalité des chances ». Seul établissement à incorporer des mineurs (niveau 3ème demandé) sous statut militaire, elle constitue un socle fort pour les équipages de la Marine, souligne le capitaine de frégate Rouve. En effet, le mousse, nourri et logé, signe un contrat d’un an à 350 €/mois. Montée régulièrement en puissance, l’école accueille aujourd’hui 240 élèves/an (27 % de filles), répartis par sections de 30 dirigées par un cadre militaire, sur les sites de Brest et Cherbourg. En 2021, elle va ouvrir un second internat, outil pédagogique de « réalité augmentée ». L’école donne une formation maritime par la pratique de la voile pour acquérir le sens de la discipline et de la hiérarchie. La scolarité, assurée par des cadres de l’Education nationale, dure 10 mois, dont 7 de tronc commun et 3 de formation métier avant les écoles de spécialité (5 semaines à 4 mois) vers 9 métiers différents. Son brevet permet au mousse de s’engager 4 ans comme matelot ou quartier-maître. Ensuite, il pourra présenter un dossier à l’Ecole de maistrance et devenir officier marinier. En dix ans, l’école a formé 1.828 mousses, dont 80 % sont restés dans la Marine. La majorité des autres a repris goût aux études et continué jusqu’au baccalauréat. « Un ancien mousse se reconnaît à son sens du devoir, sa conscience professionnelle et son adaptation à la vie » (Amiral Bernard Louzeau, chef d’état-major de la Marine de 1987 à 1990).

Loïc Salmon

Défense : la jeunesse au cœur du lien Armées-Nation

Garde nationale : faciliter l’engagement et fidéliser

SNU : succès du module « Défense et mémoire »




Armée de l’Air : création du « Commandement de l’espace »

Depuis le 1er septembre 2019, l’armée de l’Air dispose du « Commandement de l’espace », dont le centre opérationnel est basé à Toulouse avec 220 personnes.

Annoncée le 25 juillet par la ministre des Armées Florence Parly, la création de ce centre vise à fédérer et coordonner tous les moyens du domaine spatial de défense, sous les ordres du chef d’Etat-major des armées et en lien avec le Centre de planification et de conduite des opérations. En outre, un campus spatial sera constitué autour du centre opérationnel avec un « Space Lab », laboratoire innovant du « spatial de défense », en collaboration avec la Direction générale de l’armement et le Centre national d’études spatiales. Enfin, une « Académie de l’espace » sera créée.

Opérations spatiales militaires. Selon le document « Stratégie spatiale de défense », rendu public en juillet 2019 par le ministère des Armées, l’espace exo-atmosphérique devient le cinquième domaine d’action après les milieux terrestre, maritime, aérien et cyber. Les opérations spatiales militaires (OSM) nécessitent des capacités spécifiques : segments sol, moyens de transmission et de contrôle, segments spatiaux, moyens d’exploitation et personnels qualifiés. La « connaissance de la situation spatiale » (sigle anglais SSA) complète et interprète les informations fournies par la surveillance et la trajectographie, obtenues partiellement en France par le système radar Graves, en vue d’élaborer une représentation de la situation dans l’espace. La SSA permet l’évaluation de la menace des systèmes spatiaux adverses sur les satellites français, le territoire national et les forces déployées ainsi que l’identification de l’origine étatique d’un acte illicite. Outre la prévention des risques de collision dans l’espace, elle assure la coordination en cas de brouillage involontaire. Les plateformes spatiales concourent aux fonctions interarmées : renseignement, surveillance et reconnaissance ; alerte avancée et suivi des lancements ; surveillance de l’environnement géographique, physique et humain ; communications ; positionnement, navigation et datation. En toute circonstance, les OSM visent à : conserver les libertés d’accès et d’action dans l’espace ; décourager et mettre en échec tout acteur tiers. Outre des capacités de résilience des moyens spatiaux et de défense dans l’espace, cela implique des mesures préventives sur les plans juridique, économique, médiatique et diplomatique.

Communauté spatiale militaire alliée. Les Etats-Unis jouent un rôle central en matière de SSA, car tous les opérateurs de satellites bénéficient de leur dispositif « Space Track » (suivi des objets spatiaux). L’Allemagne apporte une complémentarité radar au satellite optique français CSO avec le système SARah, pour la reconnaissance, et au radar Graves avec le système Gestra, pour la veille-poursuite. Outre l’échange de données d’observations optique et radar, l’Italie participe aux programmes bilatéraux de satellites de télécommunications, militaire avec Sicral 2 et dual avec Athena-Fidus. Depuis 2016, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale pilote un dialogue avec le Japon pour la surveillance de l’espace. Partenaire stratégique de la France dans la zone indopacifique, l’Australie va développer son secteur spatial. Devenue elle aussi partenaire stratégique, l’Inde entretient une coopération historique dans le domaine des lanceurs spatiaux. L’Union européenne développe les programmes civils Galileo (positionnement et navigation) et Copernicus (observation de la terre), avec des volets « sécurité ».

Loïc Salmon

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique`

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire




Renseignement : la DGSE souhaite être connue

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) utilise les réseaux sociaux pour améliorer son recrutement et présenter ses diverses formations.

Le diplomate de haut rang qui la dirige, Bernard Emié, l’indique dans une interview à la revue Politique internationale de printemps 2019. Il s’agit de renforcer l’attractivité de la DGSE, d’attirer des jeunes « brillants » et de faire venir ceux qui, par intuition, ne se tourneraient pas vers elle. Selon un sondage qu’elle a commandé fin 2018, sa notoriété s’accroît : 77 % des Français en ont entendu parler, contre 63 % en 2012 ; 89 % lui font confiance (69 % en 2012) ; 82 % s’en remettent à elle pour assurer la sécurité de la France face aux menaces étrangères. La série télévisée Le Bureau des légendes, traduite en 70 langues et vendue dans le monde entier, a constitué pour elle « un formidable vecteur d’influence, de réputation et de recrutement ». Composée d’un tiers de militaires et de deux tiers de civils, elle combine exigence et rigueur, grâce aux premiers, et variété de profils parmi les seconds. Héritière du Bureau central de renseignement et d’action de la France libre créé en 1940, la DGSE reste le seul service « spécial » de l’Etat à mener des actions clandestines. A ce titre, ses unités militaires, regroupées au sein du 44ème Régiment d’infanterie et du « Service Action », ont reçu la fourragère de l’ordre de la Libération en 2018. Parmi les 1.038 compagnons de la Libération, 129 étaient membres des services spéciaux, dont 43 sont morts pendant la guerre. Les personnels civils de la DGSE incluent notamment des médecins, des juristes, des ingénieurs issus des grandes écoles comme Polytechnique ou Supaéro Toulouse, des linguistes de l’Institut national des langues et civilisations orientales et des diplômés de l’Institut des sciences politiques de Paris. La DGSE emploie 6.500 agents pour assurer les fonctions de la CIA (renseignement extérieur et opérations clandestines) et de la NSA (renseignement d’origine électromagnétique) américaines, contre environ 8.700 pour le MI-6 (renseignement extérieur et opérations clandestines) et le GCHQ (renseignement d’origine électromagnétique) britanniques et plus de 6.000 pour le BND allemand. La coopération dans ce domaine entre Paris, Berlin et Londres ne devrait pas être affectée par le « Brexit » britannique, car l’article 4.2 du traité de l’Union européenne précise que « la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque Etat membre ». La DGSE contribue, avec la Direction générale de la sécurité intérieure, à identifier et suivre les acteurs de la menace terroriste à l’étranger, dans le cadre du continuum défense et sécurité. Elle identifie, suit et entrave des filières de prolifération d’armes de destruction massive, pour éviter que certains pays acquièrent des technologies dangereuses. Chaque jour, elle présente aux hautes autorités politiques et militaires des renseignements sur l’état de la menace sur les intérêts et la souveraineté de la France, dans le cadre de la fonction « connaissance et anticipation », priorité stratégique. Grâce à des systèmes compliqués, elle détecte l’origine des « fake news » (informations tronquées ou même fausses), relayées sur les réseaux sociaux à des fins politiques. Elle peut supprimer, en quelques heures, les vidéos de propagande djihadiste ou les appels au meurtre pour en limiter l’influence. Enfin, souligne son directeur, la DGSE doit faire comprendre aux dirigeants, publics et privés, les risques liés à l’espionnage et promouvoir la « culture du renseignement ».

Loïc Salmon

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SNU : succès du module « Défense et mémoire »

Le module « Défense et mémoire nationales » du Service national universel (SNU) a été expérimenté avec succès auprès de 2.000 volontaires dans 13 départements (16-28 juin 2019).

Lors d’une conférence de presse le 9 juillet à Paris, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées a précisé qu’il avait été jugé satisfaisant par 90 % de ces jeunes de 15-16 ans et que les résultats en seront présentés en septembre à Gabriel Attal, secrétaire d’Etat auprès de ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse.

Cérémonies patriotiques. « Un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir », maréchal Ferdinand Foch (1851-1929), artisan de la victoire de 1918. Depuis 1870, le ministère des Armées met en œuvre un programme commémoratif autour de 274 nécropoles nationales, 2.200 carrés militaires, 9 hauts lieux de la mémoire nationale et 1.000 cimetières militaires dans près de 80 pays. Il organise 11 journées commémoratives sur les conflits contemporains : 19 mars, victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ; dernier dimanche d’avril, victimes et héros de la Déportation ; 8 mai, victoire du 8 mai 1945 ; deuxième dimanche de mai, Jeanne d’Arc et le patriotisme ; 27 mai, la Résistance ; 8 juin, « Morts pour la France » en Indochine ; 18 juin, l’Appel du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l’ennemi ; 16 juillet, victimes de crimes racistes et antisémites de l’Etat français et « Justes » de France, qui ont recueilli, protégé ou défendu, au péril de leur propre vie et sans aucune contrepartie, une ou plusieurs personnes menacées de génocide ; 25 septembre, harkis et autres membres des formations supplétives ; 11 novembre, armistice de 1918 et tous les « Morts pour la France » ; 5 décembre, militaires et supplétifs morts de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. Ces cérémonies sont l’occasion de remises de décorations et de dépôts de gerbes de fleurs aux monuments aux morts par les autorités.

L’engagement mémoriel. « Evoquer la mémoire n’est pas juste évoquer le passé. C’est essentiel pour vivre le présent et construire l’avenir ». Tel est l’objectif d’un atelier d’échanges, proposé à des groupes de 25 jeunes et incluant la projection d’un film de 8 à 10 minutes sur la Grande Guerre, la seconde guerre mondiale, les guerres de décolonisation et les opérations extérieures. Tout volontaire du SNU pourra, ensuite, témoigner devant d’autres jeunes de son expérience et de sa volonté de poursuivre son engagement, sous réserve que son projet reste dans le cadre d’un retour d’expérience national. Ainsi, au sein du ministère de l’Education nationale, le « trinôme académique » regroupe, dans chaque académie, l’ensemble des acteurs de « l’esprit de défense », qui contribuent à l’organisation de formations de jeunes pour les sensibiliser aux enjeux de défense et de citoyenneté. De son côté, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, présent dans chaque département, peut proposer la mise en œuvre d’une action mémorielle auprès du jeune public, la participation à une campagne de collecte de témoignages d’acteurs de conflits contemporains ou un travail de recherches dans le cadre de la valorisation de la mémoire locale. Il peut aussi orienter un jeune du SNU vers une association patriotique, pour participer à l’organisation d’une cérémonie mémorielle dans sa commune ou même devenir…porte-drapeau !

Loïc Salmon

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