Nucléaire : dissuasion française renforcée et avancée

La France va augmenter le nombre de têtes nucléaires de sa dissuasion, complémentaire de celle de l’OTAN, et l’élargir dans la profondeur de l’Europe. Seul le président de la République, légitimé par le suffrage universel direct, décide de l’emploi de l’arme nucléaire.

Le chef de l’État, Emmanuel Macron, l’a précisé le 2 mars 2026 à l’Île-Longue, base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la Force océanique stratégique.

Les menaces. La Russie, qui dispose d’un arsenal nucléaire pléthorique, développe des missiles nucléaires hypersoniques, d’autres à propulsion nucléaire censés voler sans limite, des torpilles nucléaires et des armes nucléaires dans l’espace. Dans sa guerre contre l’Ukraine, elle agite des menaces d’emploi d’armes nucléaires et procède à des tirs, à proximité des frontières européennes, du missile balistique Orechnik à têtes multiples, susceptibles d’emporter des charges conventionnelles ou nucléaires. La Chine fabrique aujourd’hui plus d’armes que n’importe quel pays. Elle développe des systèmes de protection de son territoire comme la Russie et les États-Unis (« Golden Dome »). L’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord accroissent leurs arsenaux ou leurs forces nucléaires stratégiques. Dans le contexte mondial actuel, le risque que les conflits conventionnels franchissent le seuil nucléaire se renforce. La conflictualité sous ce seuil s’intensifie avec pour acteurs l’Inde, le Pakistan, Israël et l’Iran. Par ailleurs, les traités internationaux sur la maîtrise des armements perdent leur efficacité, depuis que les États-Unis et la Russie ont mis fin à divers traités sur les arsenaux et forces nucléaires.

Les moyens. Pour contrer ces menaces, il faut disposer d’une alerte avancée pour les détecter, d’une défense aérienne élargie pour s’en prémunir et d’une frappe dans la profondeur pour agir sur le plan offensif. Déjà le SNLE Le-Téméraireemporte une puissance de frappe équivalent à la totalité des bombes sur l’Europe pendant la seconde guerre mondiale et à mille fois la bombe atomique sur Hiroshima en 1945. Le premier SNLE de nouvelle génération, dénommé L’Invincible, naviguera en 2036. Ceux en service vont recevoir le missile balistique M51.3 avec une tête optimisée pour pénétrer toutes les défenses adverses. La Force aérienne stratégique et la Force aéronavale nucléaire disposent de missiles de croisière nucléaires rénovés. Le programme de missiles stratégiques hypersonique et manœuvrants, qui sera lancé en 2026, équipera les avions de combat et le futur porte-avions dans la prochaine décennie. La crédibilité de la dissuasion nucléaire repose sur sa modernisation, parallèlement à celle de l’armement conventionnel pour éviter le contournement de la dissuasion.

L’élargissement. Un dialogue sur la sécurité européenne sur les plans conventionnel et nucléaire s’est déjà instauré entre la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Il porte sur l’appréciation de la menace, le renseignement, les moyens de communication spécifiques et la compréhension des ressorts de l’escalade. Pour gérer celle-ci sous le seuil nucléaire, il faut combiner satellites et radars, élargir défense aérienne et protections anti-missiles et anti-drones et pouvoir frapper dans la profondeur. Les pays partenaires pourront participer, sur le plan conventionnel, aux exercices de la dissuasion. La dispersion de forces aérienne stratégiques françaises sur le continent européen compliquera le calcul des adversaires.

Loïc Salmon

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Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

Opérations de rapprochement par des satellites patrouilleurs sur des satellites occidentaux, tirs de missiles antisatellites, brouillage GPS et cyberattaques en cours nécessitent de se préparer aux conflits de demain par des exercices type « SparteX ».

Le général de division aérienne Vincent Chusseau, qui dirige le Commandement de l’espace, l’a expliqué à la presse le 29 janvier 2026 à Paris.

La stratégie spatiale. Pour rester une puissance spatiale de premier rang d’ici à 2040, la France doit conserver l’accès autonome à l’espace et une industrie spatiale de défense. Cela implique de renforcer la résilience des infrastructures spatiales critiques, garantir l’autonomie opérationnelle de moyens spatiaux souverains de renseignement, d’alerte avancée et de communications. Il s’agit de renforcer les capacités françaises et européennes de surveillance de l’espace pour une autonomie d’appréciation et de décision face aux menaces orbitales et enfin de disposer d’une capacité nationale de défense active dans et vers l’espace, grâce à la mise en œuvre du système C2 (conduite des opérations et contrôle). La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 6 Mds$ pour l’espace. Le Commandement de l’espace se répartit entre Paris et la base aérienne 101 à Toulouse, qui abrite les trois quarts de l’effectif actuel de 370 personnes qui atteindra 500 en 2030. Les métiers portent sur l’action dans l’espace, le renseignement spatial, le droit spécialisé pour la planification des opérations, l’expertise numérique, le soutien, les ressources humaines, les finances et la stratégie pour appréhender les enjeux du futur dans la défense et le domaine civil. La formation dédiée à l’espace est dispensée par le Commandement de l’espace avec l’aide du Centre national d’études spatiales (CNES).

Le domaine opérationnel. Les efforts portent sur l’accélération de l’emploi de constellations satellitaires en orbite basse pour améliorer la connectivité et l’acquisition de renseignements, le développement d’un système d’alerte avancée européenne, via l’initiative franco-allemande « Jewel » à l‘horizon 2030 avec une capacité spatiale, des radars de très longue portée et une capacité C2 de commandement et de fusion de l’information. Complémentaire des systèmes américains, Jewel contribuera à la défense aérienne et antimissile intégrée de l’OTAN. En octobre 2024, la France a rejoint l’opération multinationale permanente de défense spatiale « Olympic Defender », qui regroupe l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Olympic Defender vise à renforcer la coopération opérationnelle et la compréhension de l’environnement spatial par l’échange de données. Dans ce cadre à l’automne 2025, la France et les États-Unis ont mené avec succès une manœuvre orbitale de rapprochement de deux satellites. Dès 2027, la France disposera de la capacité de surveillance et d’inspection en orbite géostationnaire « Orbit Guard » pour mieux identifier les menaces suivies par deux nanosatellites patrouilleurs-guetteurs du programme « Yoda », complémentaire du programme « Toutatis » de deux nanosatellites en orbite basse.

L’exercice « SparteX ». La 6ème édition de l’exercice spatial militaire « AsterX », devenu « SparteX », se déroule sur la base aérienne 101 (8-27 février 2026) et s’intègre en finale à l’exercice interarmées « Orion 2026 » (15 février-1er mars) de conflit de haute intensité. En partenariat avec le CNES et l’Office national d’études et de recherche aérospatiales, SparteX se décompose en séquences agression, confrontation et sécurisation des opérations face à 10 menaces différentes. Il simule 4.000 satellites, organise 28 événements et mobilise 29 capteurs, 13 systèmes mission et 1 supercalculateur. Y participent l’Allemagne, l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis, l’Italie, le Japon, la Norvège, la Grande-Bretagne, la Pologne et la Suisse.

Loïc Salmon

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Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale




Armée de Terre : en opération permanente

Outre sa contribution à la protection du territoire, de la population et des intérêts de la France, l’armée de Terre exprime la solidarité de celle-ci avec ses alliés et partenaires et mène des actions de prévention de crises et d’influence.

Forte de 110.000 militaires en 2025, elle va se renforcer avec l’arrivée des volontaires du Service national, dont le recrutement a commencé le 12 janvier 2026.

Les missions. Plus de 30.000 soldats sont en posture opérationnelle permanente. La protection du territoire nationalengage 2.800 soldats et en maintient 3.200 en alerte dans le cadre des opérations « Sentinelle » (2.200) dans la lutte contre le terrorisme en coordination avec la Gendarmerie et la Police, « Héphaïstos » (150) dans la lutte contre les feux de forêt, « Harpie » (350) dans la lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane avec la Gendarmerie et « Titan » (protection du Centre spatial guyanais à Kourou). Les opérations extérieures mobilisent 3.300 soldats et en maintient 9.100 en alerte à l’échelon national d’urgence et en alerte OTAN dans le cadre de la contribution à la protection du Flanc Est de l’Europe via les missions « Aigle » en Roumanie, « Althéa » en Bosnie-Herzégovine, « Gerfaut » en Pologne er « Lynx » en Estonie. S’y ajoutent les opérations « Daman », contribution à la Force intérimaire des Nations unies au Liban, et « Chammal » dans la coalition internationale contre l’État islamique en Irak. L’armée de Terre participe aux Détachements de liaison interarmées en Côte d’Ivoire et au Gabon. Les Forces de souveraineté déploient 6.400 soldats, dont des régiments du Service militaire adapté aux Antilles, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie, en Zone Sud de l’océan Indien et en Polynésie française. Les Forces de présence mobilisent 1.700 soldats à Djibouti et aux Émirats arabes unis.

Les matériels. L’armée de Terre doit utiliser des matériels anciens en cohérence avec ceux conçus avec de nouvelles technologies. Selon une brochure publiée en 2025, elle dispose à la fin de 2024 d’environ 12.000 blindés, dont 80 chars de combat, 200 véhicules chenillés, 6.200 blindés à roues et 5.400 véhicules à roues. Son parc d’artillerie compte 300 pièces, dont 80 canons Caesar, 30 véhicules de l’avant blindé (dont des Griffon), 180 mortiers de 120 mm et 9 lance-roquettes unitaires. Son parc de milliers de drones inclut 2 systèmes de drones tactiques Reaper, 70 systèmes de minidrones de renseignement, plus de 4.000 microdrones et 1.000 nanodrones. L’Aviation légère de l’armée de Terre compte 280 hélicoptères, dont 80 Gazelle, 70 Tigre, 20 Cougar, 20 Puma SA 330, 10 Caracal, 60 Caïman NH90 et 20 Fennec. Les 1.000 systèmes antichars se répartissent en 400 missiles moyenne portée et 600 Éryx (courte portée). La défense sol-air compte 200 postes de tir Mistral (altitude 3.000 m et distance d’interception 6.000 m). Depuis 2019, le programme Scorpion modernise les chars Leclerc et livre des véhicules blindés Griffon, Jaguar et Serval, des transporteurs de mortiers MEPAC et des Systèmes d’information du combat de Scorpion.

Les ressources humaines. L’armée de Terre emploie 118.000 personnes, dont 110.000 militaires (âge moyen 32 ans), dont 12 % de femmes, et 8.000 civils dans une centaine de métiers. Elle compte 53 % de militaires du rang, 35 % de sous-officiers et 12 % d’officiers. Environ 58 % des sous-officiers sortent du rang et 50 % des officiers sont d’anciens sous-officiers. La Réserve opérationnelle compte 26.000 personnes servant sous-contrat 37 jours par an en moyenne dans les unités ou en état-major. La Réserve citoyenne se compose de 2.400 bénévoles du service public chargés de faire rayonner l’armée de Terre. Chaque année, celle-ci recrute 16.000 soldats et 5.000 réservistes et sensibilise 340.000 jeunes aux enjeux de défense. Le personnel militaire de l’armée de Terre représente 55 % de celui du ministère des Armées, contre 20 % pour l’armée de l’Air et de l’Espace (40.000) et 17 % pour la Marine nationale (35.000).

Loïc Salmon

Armée de Terre : le Commandement du combat futur

Défense : création d’un Service national volontaire en 2026

Défense : la mort, au cœur de la singularité militaire




Stratégie : les missions de défense, outils complémentaires de l’action diplomatique

Les Missions de défense (MDD) auprès des ambassades françaises à l’étranger permettent de construire des dialogues entre les autorités de défense des pays d’accueil dans la durée et de constituer l’expertise indispensable à la conduite politico-diplomatique.

Le colonel Frédéric Guillou, département « présence française à l’étranger » de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), et le colonel André Sanchez, département « liaisons avec les missions étrangères en France », les ont présentées à la presse, le 18 décembre 2025 à Paris.

Un réseau mondial. Le ministère des Armées déploie 93 MDD couvrant 165 pays, soit le troisième réseau diplomatique de défense dans le monde après ceux des États-Unis et de la Chine, souligne le colonel Guillou. Elles se répartissent par zone géographique : 24 en Europe occidentale ; 7 en Russie-Europe orientale, Asie centrale et Caucase ; 25 en Afrique sub-saharienne mais pas au Mali ni au Burkina Faso ni au Niger, en raison de l’évolution de la situation diplomatique ; 15 en Afrique du Nord et Moyen-Orient mais pas en Syrie ni en Iran ; 13 en Asie-Océanie mais pas en Corée du Nord ; 9 sur le continent américain mais pas à Cuba ni au Honduras ni au Nicaragua. En 2024, des MDD ont été ouvertes en Moldavie et aux Philippines. Ce réseau est complété par des représentations auprès de l’ONU, de l’OTAN, de l’Union européenne, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Ce réseau totalise 364 militaires et 170 réservistes (100 « réservistes citoyens »). Ces derniers, recrutés localement ou constitués d’anciens militaires installés à l’étranger, permettent de renforcer ponctuellement une mission de défense dans le cadre d’une activité accrue. Depuis l’instruction ministérielle du 16 octobre 2015, l’attaché de défense doit contribuer à la préservation, au développement et à la promotion des intérêts français, dans son pays d’accréditation en relayant les initiatives de la ministre des Armées. Placé localement sous l’autorité de l’ambassadeur, il le conseille pour la compréhension de certains dossiers locaux ou nationaux. Il accompagne les travaux de l’ambassade en matière de sécurité des équipes locales et des ressortissants français dans le cadre d’évacuations, comme au Soudan en 2023 (opération « Sagittaire »). Il contribue à la promotion de l’industrie française d’armement et au contrôle de ses exportations dans le cadre défini par la Délégation générale de l’armement (DGA), qui dispose d’une trentaine d’attachés dans 10 % du réseau, notamment en Inde et en Grèce.

Les missions étrangères. Lieu stratégique pour le dialogue militaire et la coopération internationale de défense, Paris accueille 103 MDD étrangères, indique le colonel Sanchez. Elles comptent 178 attachés militaires ou civils, dont 91 de défense et 87 spécialisés (Terre, Marine, Air et Armement), placés sous statut diplomatique. Ce réseau compte 32 officiers généraux et 136 officiers supérieurs. Il permet le maintien des canaux de communication en période de tension et jouent un rôle essentiel dans les relations bilatérales de défense et la compréhension mutuelle des doctrines. Les attachés de défense restent en poste trois ans en moyenne et leur accréditation relève de la DGRIS, du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et des Services de renseignement. Interlocuteurs des directions internationales de l’État-major des armées, de la DGA, de la Marine et des armées de Terre et de l’Air, ils reçoivent chaque année un programme et un calendrier d’activités (visites et conférences). La liaison avec l’attaché de défense russe est actuellement réduite au minimum, mais peut être relancée par la DGRIS pour faire passer un message.

Loïc Salmon

Défense : les attachés militaires, soldats et diplomates

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CEMA : les menaces des grands pays compétiteurs




Défense : l’information, champ de bataille dans un monde de crises

La compétition internationale se joue sur les capacités militaires et sur le récit, les perceptions et les interprétations dans un environnement saturé, contesté et instable.

Catherine Vautrin, ministre des Armées, et Olivia Penichou (photo), déléguée à l’information et à la communication de la Défense (Dicod), l’ont souligné au cours du Séminaire des communicants de défense, tenu le 17 novembre 2025 à Paris et qui a réuni 650 participants.

Une mission essentielle. « Vous, communicants de la Défense, êtes une belle et grande famille, indispensable à nos armées », déclare Catherine Vautrin dans un message vidéo. Selon elle, la Dicod doit relever trois défis principaux. Le premier consiste à expliquer la Défense, la rendre compréhensible en disant ce que font les Forces armées, pourquoi et avec qui elles le font. Cela inclut la dissuasion nucléaire, les opérations, les entraînements, les innovations, l’Europe de la Défense, l’engagement des soldats, marins aviateurs, gendarmes et civils du ministère des Armées, la présentation d’unités militaires, de chaque métier et de chaque compétence jusqu’aux postes en état-major. Le deuxième défi consiste à expliquer les choix capacitaires et les partenariats industriels et à valoriser la présence d’unités dans les bases de défense sur tout le territoire national. Enfin, le troisième défi concerne l’évolution du lien Armée-Nation en allant au plus près des citoyens dans les territoires, les écoles et les entreprises en y associant les anciens combattants. La communication de crise suppose une coordination parfaite entre les services, le cabinet ministériel, l’État-major des armées et les communicants de défense partout en France, pour contrer la désinformation, les tentatives d’ingérence et les actions de déstabilisation.

Cohérence et attractivité. La première mission des communicants de défense, « c’est d’expliquer, c’est de rendre clair sans être simpliste », précise Olivia Penichou. En montrant la réalité concrète du quotidien des armées sur le territoire national ou en opérations, il s’agit aussi de parler d’une seule voix, même si les communicants sont nombreux à la porter. En effet, une seule voix dissonante efface la portée du message et profite immédiatement à la désinformation. La crise, quotidienne, s’installant dans la durée, les récits hostiles, les manœuvres informationnelles et les ingérences étrangères sont devenues courantes. Les communicants de défense doivent alors répondre vite mais sans se précipiter, apporter de la vérité, des repères et du sens. Ils doivent parler à la jeunesse, la comprendre et s’y intéresser pour être audibles. L’intelligence artificielle leur permettra d’analyser avec rigueur, éthique et méthode, d’anticiper des situations et de simplifier certaines tâches, mais ne remplacera jamais leur intuition ni leurs discernement et capacité de décider.

La Dicod. Rattachée à la ministre déléguée (Alice Rufo) auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants (Catherine Vautrin), la Dicod exerce la tutelle de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense et compte environ 700 personnes, dont 52 % de femmes et 48 % d’hommes. Sur la période 2024-2025, elle a formé près de 200 communicants des armées, envoyé 12 militaires en opérations et exercices et maintenu 11 militaires en alerte opérationnelle. Elle a accueilli 700 journalistes aux points de presse hebdomadaires. Elle a réalisé 32 enquêtes et mesures d’opinion, 130 notes d’analyses (hors thématiques spécifiques) et 250 produits quotidiens d’informations médias. Elle a diffusé 414 communiqués de presse, notes aux rédactions, dossiers de presse, messages, agendas et discours des ministres. Elle compte 1,44 million d’abonnés sur les réseaux sociaux ainsi répartis : 350.000 sur Facebook ; 334.900 sur X ; 318.000 sur LinkedIn ; 257.000 sur YouTube ;161.000 sur Instagram ; 20.000 sur WhatsApp. Enfin, elle a participé à 15 grands salons et événements majeurs.

Loïc Salmon

Stratégie : la guerre informationnelle, affaiblir de l’intérieur les démocraties

Chine : désinformation et guerre informationnelle

Russie : menaces informationnelles contre l’Ukraine et les pays occidentaux




Défense : l’innovation, indispensable aux performances des systèmes d’armes

Dans le cadre des conflits de haute intensité, la maîtrise des nouveaux champs de conflictualité et l’anticipation des technologies de rupture visent à assurer en permanence la supériorité opérationnelle.

L’ingénieur général de l’armement Frédéric Bouyer, directeur de DGA Maîtrise de l’information (DGA MI), et Bertrand Rondepierre, directeur de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), l’ont expliqué à la presse le 13 novembre 2025 à Bruz.

L’architecte numérique des systèmes d’armes. DGA Mi est né de la fusion, en 2009, du Centre électronique de l’armement et du Laboratoire de recherche balistique et aérodynamique, rappelle l’ingénieur général Bouyer. Cela a permis de rassembler les expertises complémentaires de l’électronique de défense, de la cybersécurité et des systèmes d’armes. Aujourd’hui, DGA MI est devenu le centre d’expertise et d’essais dédié à la cyberdéfense, aux systèmes d’information et de télécommunication sécurisés, au quantique, au spatial, à la guerre électronique, à l’autoprotection, au guidage-navigation et aux systèmes de missiles. Présent dans plus de 50 domaines d’expertise, DGA MI emploie 1.500 personnes, dispose de 54 moyens techniques et de 200 systèmes d’information et investit plus de 100 M€ par an. Éclaireur technologique, il doit anticiper les technologies de rupture pour maintenir une longueur d’avance face aux menaces émergentes. En tant que référent technique cyber du ministère des Armées et expert des systèmes numériques, il contribue directement à la performance et à la sécurité des systèmes d’armes français. DGA MI travaille avec le Commissariat du numérique de défense, l’AMIAD, l’État-major des armées, le Secrétariat général pour l’administration et des entreprises extérieures. Le site de Bruz, situé au cœur de la Bretagne, s’est engagé localement avec le Pôle d’excellence cyber et le « Cluster Bretagne Innovation Grand Ouest ». Il constitue le laboratoire des solutions de demain pour préparer l’efficacité opérationnelle des armées. Ainsi, les techniques innovantes en cyber et en numérique appliquées à l’autoprotection des systèmes d’armes permettent, d’analyser, de neutraliser et de contrer les menaces pesant sur les forces engagées sur un théâtre d’opération. Les moyens de survivre et d’évoluer dans un environnement brouillé, comme en Ukraine, sont devenus indispensables, en raison de l’omniprésence des brouillages ennemis et même…amis !

Les solutions d’intelligence artificielle. L’AMIAD doit rester connectée à l’ensemble de l’écosystème des armées et y déployer des solutions d’intelligence artificielle (IA), souligne Bertrand Rondepierre. L’innovation militaire ne fonctionne que lorsque l’opérationnel se trouve impliqué, notamment avec l’IA dans le numérique et les systèmes d’armes. La montée en puissance de la technologie dans la guerre impose de réfléchir à la conception du combat. En 18 mois d’existence, l’AMIAD a recruté 150 ingénieurs pour ses sites de Bruz (pôle technique et siège) et de Palaiseau (pôle recherche) et compte arriver à 300 personnes en 2026. Elle pourra alors « passer à l’échelle », à savoir changer de taille selon les besoins en matière d’IA et d’ingénierie. En mars 2025, elle s’est engagée à livrer, à l’automne 2027, une unité robotique de combat autonome avec des robots terrestres et des drones légers (photo). Il s’agit du projet « Pendragon », qui fonctionne avec de l’IA. Les moyens d’expérimentation et de développement sont déjà en cours. Par ailleurs, l’AMIAD a mis en œuvre le supercalculateur Asgard, qui commence à utiliser les volumes massifs de données issues de capteurs militaires pour l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées. Il s’agit d’entraîner des modèles spécifiques et non pas de reproduire ce qui se fait déjà dans le domaine civil.

Loïc Salmon

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Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle




Défense : création d’un Service national volontaire en 2026

Le Service national volontaire, uniquement en métropole et dans les Outre-mer, doit renforcer les lien Armée-Nation et capacité de résistance de la France et consolider la formation militaire, avec solde, des jeunes hommes et femmes entre 18 et 25 ans.

Le président de la République, Emmanuel Macron, l’a annoncé le 27 novembre 2025 à Varces (massif du Vercors) devant la 27ème Brigade d’infanterie de montagne.

Faire face aux risques. Devant l’accélération des crises et le durcissement des menaces, le chef des Armées a décidé de proposer un Service national purement militaire mais non universel. La fin de la Guerre froide (1947-199O) avait rendu inutile un modèle d’armée de masse au coût disproportionné par rapport à son efficacité. En conséquence, la décision de suspendre la conscription (uniquement masculine) en 1996 a répondu au besoin d’une armée professionnelle, plus réactive et qui n’a pas vocation à accueillir une classe d’âge de 600.000 à 800.000 jeunes. Ce nouveau Service national sera institué progressivement dès l’été 2026. Il s’adresse aux jeunes qui auront exprimé leur volontariat lors de la « Journée Défense et Citoyenneté », lien social avec l’État, qui rend apte à exercer des droits civils et politiques et à acquitter des obligations envers la société. Cette journée deviendra la « Journée de Mobilisation ». En cas de crise majeure, le Parlement pourra autoriser les armées à faire appel, au-delà des seuls volontaires, à ceux et celles dont les compétences auront été repérées pendant cette journée, le Service national devenant alors obligatoire. A part cette exception, les jeunes du Service national seront formés pendant un mois pour acquérir l’esprit de discipline, le maniement des armes, la marche au pas et l’ensemble des rituels nourrissant la fraternité de armées et concourant à la grandeur de la France. Après sélection, ils seront affectés pendant neuf mois dans une unité militaire pour effectuer les mêmes missions que les armées d’active, afin de les renforcer en fonction de leurs besoins, à savoir sentinelles, assistance aux populations ou postes en état-major. Afin de les accueillir dans les garnisons, il s’agit d’abord de construire des infrastructures et de dégager progressivement et suffisamment de cadres pour les former et les commander. L’actualisation de la loi de programmation militaire 2026-2030 prévoit un budget supplémentaire de plus de 2 Mds€ pour le Service national.

Modèle d’armée hybride. Afin de répondre aux menaces, la France va disposer d’un modèle d’armée complète rassemblant les unités militaires d’active, les réservistes et les jeunes du Service national. A l’issue de leur temps sous les drapeaux, ces derniers pourront suivre des études ou se lancer dans la vie professionnelle civile, tout en intégrant la réserve opérationnelle. Les armées les accompagneront s’ils recherchent un emploi. Ceux qui le souhaitent pourront s’engager dans l’armée d’active, où leur expérience acquise sera valorisée. Depuis la fin des années 1990, l’armée d’active a été renforcée, consolidée et mieux équipée. Elle se trouve complétée par 45.000 réservistes, effectif qui sera porté à 80.000 en 2030. En outre, celui du Service national, estimé à 3.000 personnes en 2026, sera augmenté progressivement en fonction de la menace, afin d’atteindre 10.000 en 2030 et 50.000 en 2035. Par ailleurs et afin de consolider les efforts entrepris dans le cadre du Service national universel expérimenté auprès de jeunes de 15-16 ans dès 2019, la durée des « classes de défense et de sécurité globale » va passer d’un an à trois ans avec la participation à une cérémonie commémorative par an dans chaque établissement. Les jeunes pourront effectuer dans les armées leur stage d’apprentissage de la vie professionnelle, inclus dans le programme de la classe de seconde au lycée. Enfin, le Service national complètera les dispositifs actuels d’engagement, dont le Service civique qui accueille déjà plus de 10.000 jeunes par an.

Loïc Salmon

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S’engager ! De l’Antiquité au XXIème siècle

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Armée de l’Air et de l’Espace : l’innovation pour gagner le combat aérospatial

L’innovation dans le domaine aérien militaire vise à moderniser les capacités, préparer le combat futur et valoriser le personnel, en tenant compte de l’évolution du contexte stratégique et des menaces.

Le colonel Arnaud Déné, commandant en second du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), et le colonel Alexandre Ribot, directeur « technique et innovation » du CEAM, l’ont expliqué à la presse le 7 novembre 2025 à Paris.

Le Centre d’expertise aérienne militaire. Le CEAM doit remplir trois grandes missions, indique le colonel Déné. D’abord, il expérimente chaque nouvel équipement livré à l’arme de l’Air et de l’Espace (AAE) pour augmenter un peu son rendement opérationnel. Ensuite, il développe les expertises opérationnelles et les tactiques pour améliorer la préparation des forces. Enfin, il pilote l’innovation dans le domaine opérationnel et l’entraînement. L’innovation planifiée, expression d’un besoin, est prise en compte dans un programme d’armement, une étude technico-opérationnelle ou un programme technologique de défense. En liaison avec les industriels et les mondes académique et de la recherche, le CEAM (750 personnes et 70 métiers) développe des laboratoires dans la lutte anti-drones (Battle Lab Drone), les outils de commandement et de conduite (C2 Factory), la guerre électronique (exercice « Black Crow ») et le facteur humain (médecine aéronautique et recherche biomédicale des armées). L’innovation ouverte se présente sous la forme participative par la captation d’initiatives au sein de l’AAE dans huit domaines : opérations et entraînement ; maintien en condition opérationnelle ; commandement et conduite, ressources humaines ; simplification et organisation du travail ; transition écologique ; spatial ; protection des forces. Elle fournit aux industriels et chercheurs des espaces sur les bases aériennes pour mettre en œuvre sans risque leurs outils de conception et de fabrication. Cela permet de comprendre les limitations d’une nouvelle technologie et ainsi d’améliorer la définition d’un besoin.

Le développement capacitaire. L’AAE occupe le terrain de l’innovation, du numérique et de l’intelligence artificielle, souligne le colonel Ribot. Parmi les nombreux projets élaborés en interne, quatre, apparemment simplistes, présentent une véritable plus-value opérationnelle. « Hélibox » permet des livraisons par air de colis de vivres et de matériels jusqu’à 20 kg. Son conditionnement particulier le fait enter en rotation pour assurer un profil aérodynamique, sans utiliser de parachutes réservés pour d’autres matériels plus lourds. A bord de l’avion de transport tactique A 400 M, la tablette numérique « Cargo Ready » effectue les calculs de centrage des chargements, intégralement, sans erreur et rapidement, à la place de deux opérateurs. Pour la sûreté aérienne, le « Bras Strike Hélicoptère » stabilise le tireur d’élite embarqué à la place d’un opérateur. Le retrait du poids de ce dernier permet d’emporter plus de carburant et d’améliorer l’autonome de vol. Sur un théâtre d’opérations, « FR Ace », constitué d’adaptateurs techniques (quelques kg) aux groupes électrogènes et systèmes de traçage d’un pays allié, permet d’éviter d’emporter les siens (plusieurs tonnes) et ainsi de réduire l’empreinte logistique. Dans le cloud de combat du CEAM, « ISR Box », connecté au Centre de commandement et de conduite des opérations aérospatiales de Lyon-Mont Verdun, permet de partager la situation tactique au sein de l’équipage d’un drone Reaper (pilotage et recueil de données géographiques très précises). L’intelligence artificielle est en cours d’expérimentation. Pour l’aviation de combat, un Mirage 2000 D au cockpit rénové embarque un calculateur capable d’agréger des applications numériques diverses. L’unité de développeurs informatiques du CEAM code le besoin opérationnel et met à jour ces applications tous les neuf mois.

Loïc Salmon

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DSAÉ : s’adapter pour répondre aux besoins opérationnels

La Direction de la sécurité aéronautique d’État (DSAÉ) permet la réussite des opérations aériennes militaires et assure la sécurité des aéronefs civils et étatiques, face aux drones et jusqu’à la très haute altitude, nouvel espace de confrontation.

Son directeur, le général de division aérienne Cyrille Duvivier, en a présenté les missions à la presse, le 17 octobre 2025 à Paris. Ce service interministériel concerne les trois armées, la Direction générale de l’armement, la Gendarmerie nationale, la Direction générale des douanes et droits indirects, celle de la Sécurité civile et de la Gestion de crises et la Police nationale.

La sécurité aéronautique. Bien commun, l’espace aérien jusqu’à 20 km d’altitude est réglementé par le Code des transports (1924) et la Convention de Chicago (1944) à l’origine de l’Organisation internationale de l’aviation civile, qui en formule les règles. L’encombrement du ciel européen par des avions de plus en plus rapides a conduit à l’initiative « Ciel unique européen » (2004) et à la création de l’EASA (Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne) qui élabore des règles de circulation pour les diverses Directions générales de l’aviation civile, qui les appliquent au niveau national sur les compagnies aériennes desservant l’Europe. Du fait de leur souveraineté, les États sont exonérés des règles commerciales ou civiles pour leur aéronefs militaires et étatiques, c’est-à-dire qu’ils les suivent mais n’y sont pas tenus lors de leurs missions opérationnelles. En France, la DSAÉ conseille, en matière de risques, les huit autorités d’emploi, citées plus haut, pour l’Aviation légère de l’armée de Terre, les aéronefs des Douanes et les chasseurs de la Marine nationale et de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Elle élabore, avec elles, des règles spécifiques pour l’accomplissement des missions, les représente au sein de l’OTAN et de l’Union européenne et coordonne la surveillance de l’espace aérien. La Délégation générale pour l’armement apporte aux ministères des Armées, de l’Intérieur, des Transports et de l’Économie l’expertise technique dans la conception ou l’usage d’un aéronef exploité par une autorité d’emploi, afin de garantir un cadre de sécurité maîtrisée.

Les principaux enjeux. En 1945, le général de Gaulle institue par décret le Commandement de la défense aérienne pour assurer la souveraineté du ciel français. Le Directoire de l’espace aérien met en œuvre l’accord cadre entre les ministères des Armées et des Transports pour élargir les zones d’entraînement des aéronefs des huit autorités d’emploi, notamment pour les distances de tirs de missiles Meteor (air-air longue portée). Une trentaine de plateformes aéronautiques assurent les contrôles aériens militaire et civil. La DSAÉ intervient dans le domaine de la navigabilité, à savoir l’ensemble des conditions techniques pour qu’un aéronef ne constitue pas un danger pour lui-même ou pour des tiers. En ce qui concerne l’exploitation des aéronefs civils et étatiques, elle aide les autorités d’emploi dans l’évolution des règles pour remplir de nouvelles missions ou celles de demain. La sécurité aéronautique se trouve souvent imbriquée avec la sûreté aéronautique, qui relève du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (Premier ministre). Par ailleurs, les flux aériens devraient doubler dans une dizaine d’années, réduisant d’autant l’espace de circulation disponible. A basse altitude l’accroissement du parc éolien constitue un triple risque pour l’État : pollution de la détection des radars, sûreté et sécurité aéronautiques. S’y ajoute l’émergence des services civils de drones nécessitant des espaces de vol. En outre, les armées devront pouvoir créer leurs propres services de drones. En haute altitude, la règlementation pourrait s’étendre à 50 km. Enfin, la préparation à un conflit de haute intensité implique une coordination interministérielle pour le contrôle de l’espace aérien civil au profit des aéronefs étatiques, pour garantir leur navigabilité et leur maintenance en temps de guerre.

Loïc Salmon

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Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle

Le Commissariat au numérique de défense (CND) rassemble les structures et compétences numériques du ministère des Armées depuis le 1er septembre 2025. Son supercalculateur classifié Asgard, dédié à l’intelligence artificielle et installé au Fort du Mont-Valérien (banlieue parisienne), sera opérationnel en novembre 2025.

Le Commissariat au numérique. Les conflits récents en Ukraine et au Moyen-Orient soulignent la nécessité d’innover dans le domaine du numérique sur le champ de bataille. Le CND concentre donc les ressources existantes pour remplir trois missions : apporter un appui numérique performant et résilient aux opérations ; faciliter la construction du futur système de combat autour du numérique et de la donnée ; apporter un appui numérique au fonctionnement du ministère. Il pilote les domaines répartis entre la Direction générale du numérique et des systèmes d’information et de communication, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information de la Défense et l’Agence du numérique de défense, dont il occupe les locaux. L’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) l’intégrera en 2026. Le CND est dirigé par le général de corps d’armée Erwan Rolland (commissaire) et l’ingénieur général hors classe de l’armement Lionel Morin (commissaire adjoint). Doté d’un budget de 20 Mds€ par la loi de programmation militaire 2024-2030, le CND emploie 6.745 personnes (55 % de militaires et 45 % de civils), effectif qui augmentera de 5, 8 % d’ici à 2030. Il dispose de plus de 2.000 systèmes d’information et de communication et d’une enveloppe annuelle de 1,3 Md€ pour des acquisitions numériques. Il développe 220 projets numériques complexes, organiques et non organiques, sur 600 marchés actifs et procède à 530.000 interventions par an pour installer, assister et dépanner 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Ses ressources humaines, métiers et compétences s’exercent dans cinq fonctions transverses. La gouvernance et la stratégie définissent la politique numérique du ministère des Armées, notamment en termes de souveraineté numérique. Le commandement numérique interarmées met en œuvre les systèmes numériques et de communication nécessaires au fonctionnement courant et à la conduite des opérations dans toutes les fonctions stratégiques, dont la dissuasion nucléaire. La fabrique numérique porte sur la fabrique des systèmes d’information et leur soutien. Les données et l’intelligences artificielle (IA) sont traitées par l’AMIAD. Les achats, la logistique et la distribution des ressources numériques sont assurés en cohérence avec les besoins opérationnels. Un secrétariat commun du « numérique de système de défense », qui réunit le CND, l’État-major des armées et la Direction générale de l’armement, intervient dans les programmes d’armement.

Le supercalculateur Asgard. Capable de traiter les données classifiées et celles non protégées, Asgard couvre l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées, directions et services. Il permet notamment d’entraîner des modèles d’IA générique adaptables à un large éventail de tâches nécessitant de grandes quantités de données et d’importantes capacités de calcul. Ses GPU (unités de traitement graphiques), optimisées pour les opérations matricielles et les algorithmes d’apprentissage profond, pourront traiter d’énormes quantités de données de manière collective. Mis en œuvre par l’AMIAD, Asgard est exclusivement opéré et maintenu en condition opérationnelle par des citoyens français habilités au secret de la Défense nationale. N’étant pas connecté à internet, il permet à la France de conserver sa souveraineté dans le traitement des données confidentielles pour les besoins de ses armées. Enfin, la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 10 Mds€ pour l’innovation, dont notamment le développement de l’IA.

Loïc Salmon

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