Exposition « Explorations : une affaire d’État ? » aux Invalides

 Depuis le XVIIIème siècle, la France mène des explorations dans le monde pour assurer sa souveraineté au prix d’immenses efforts financiers, logistiques, technologiques et humains. Les militaires y contribuent par leurs compétences en navigation, cartographie, ingénierie, médecine, sécurité et recherche.

Enjeux et découvertes. Pendant trois siècles, en matière d’explorations, pouvoir, connaissance et gloire vont de pair avec danger et échec. En Europe, la fin de la guerre de Sept Ans (1756-1763) bouleverse l’ordre mondial. La France a perdu le Canada et la Louisiane en Amérique et ne conserve que cinq comptoirs aux Indes. En outre, elle accuse un retard dans l’exploration du monde par rapport au Portugal, à l’Espagne, aux Pays-Bas et à l’Angleterre. Louis XV mobilise alors savants, ingénieurs et militaires dans de grandes expéditions autour du monde pour reconnaître des régions encore inconnues et souvent déjà peuplées. La cartographie facilite le développement du commerce par l’implantation de comptoirs et l’exploitation des ressources et, dans certains territoires, l’installation de colonies. Au cours de son voyage autour du monde (1766-1769), le capitaine de frégate Bougainville doit rechercher un « continent austral » (L’Antarctique, qui sera découvert en 1819). Par la suite, Louis XVI nomme le capitaine de vaisseau La Pérouse à la tête d’une expédition maritime autour du monde (1785-1788), laquelle disparaît corps et biens à Vanikoro dans le Pacifique. A partir des récits de voyage, l’Institut de France, créé en 1795, soutient des commissions scientifiques par le choix des savants, la définition des objectifs et le financement. Les publications de leurs travaux participent au rayonnement de la France en Europe. Outre leur apport à la connaissance, les vestiges archéologiques et spécimens rapportés en France contribuent à enrichir les musées et à promouvoir les victoires militaires françaises. Ces commissions lient souvent science et armée : campagne d’Égypte (1798-1801) du général Bonaparte ; voyage des découvertes aux Terres australes (1800-1804) du capitaine de vaisseau Baudin ; expédition de Morée (Grèce, 1829) et exploration de l’Algérie (1839-1841) du colonel Bory de Saint-Vincent ; voyage au Pôle Sud et dans l’Océanie (1837-1840) du capitaine de vaisseau Dumont d’Urville ; commissions scientifiques pendant la guerre du Mexique (1864-1867) ; exploration du Mékong (1866-1868) du capitaine de frégate Doudart de Lagrée ; Mission saharienne de l’Algérie au lac Tchad (1898-1900) de Fernand Foureau et du commandant Lamy ; Mission Saoura-Tidiket dans le Sud de l’Algérie (1919) du commandant Bettembourg. Après la seconde guerre mondiale, la compétition technologique s’accélère entre les grandes puissances, dont la France : création des expéditions polaires par Paul-Émile Victor (1947) ; plongée du bathyscaphe FNRS-3 à 4.050 m au large de Dakar (1954) ; lancement du satellite Astérix (1965) ; premier vol spatial habité du colonel Jean-Loup Chrétien à bord de la station russe Saliout 7 (1982) ; Mission Epsilon de la colonelle et astronaute Sophie Adenot à bord de la station spatiale internationale (2026). L’approche décloisonnée entre grands fonds marins et espace décuple la connaissance. La découverte des ressources potentielles attise les tensions entre États et menacent les écosystèmes. Toutefois, les grands programmes de recherches appliquées aux milieux extrêmes ont fait émerger la notion de « patrimoine commun de l’Humanité » pour l’Antarctique, l’espace et les fonds marins au-delà des juridictions nationales. Les nouvelles technologies (satellites, drones et intelligence artificielle) appuient l’innovation scientifique, en vue d’une meilleure compréhension de l’état du monde. L’exploration contemporaine, encouragée par l’État, peut se modéliser dans une approche multi-milieux. Employée pour la recherche militaire et civile, cette démarche globale se fonde sur l’analyse simultanée des données produites par des capteurs installés sur un satellite, un drone, un bateau, des plongeurs, des animaux ou des bouées équipées de balises GPS. Cette vaste collecte d’informations permet de disposer d’éléments précis pour la connaissance la plus exacte possible d’un milieu déterminé.

Évolution des moyens. Au fil des époques, l’État s’impose comme principal organisateur et financeur des expéditions françaises, via les ministères de la Guerre, de la Marine, de Colonies, de l’Instruction publique et des Affaires étrangères. Certaines missions sont financées par des souscriptions publiques ou des acteurs privés, comme les explorateurs eux-mêmes ou des sociétés savantes, dont la Société de Géographie et le Comité d’Afrique française. A chaque fois, la réussite dépend d’une préparation minutieuse sur les plans administratif et financier. Leur très coûteuse logistique nécessite d’importantes ressources en hommes, matériels, nourriture et armements. Outre des scientifiques civils, des militaires sont recrutés parmi les corps des ingénieurs-géographes, du génie, de la médecine navale et du service hydrographique et dans les spécialités de botaniste, de cartographe, d’astronome et de plongeur. Après la première guerre mondiale, l’avion, l’automobile et l’installation de postes de télégraphie sans fil démultiplient les possibilités d’exploration.

Colonisation puis coopération. Entre 1870 et les années1930, les explorations françaises se mettent au service de la colonisation en Afrique et en Asie. Lors de la conférence de Berlin de 1884-1885, quelques nations européennes (Allemagne, Belgique, France et Grande-Bretagne) se partagent le continent africain. Des militaires mènent alors des missions d’agrandissement de la zone d’influence française ou de maîtrise de terres et de ressources, sans oublier des motifs géographiques, cartographiques et économiques. L’effectif varie d’un seul homme à une colonne de 1.700 personnes, incluant des troupes d’escorte, des scientifiques civils, des guides, des porteurs et des interprètes Certains officiers explorateurs deviennent, plus tard, les administrateurs des territoires qu’ils ont reconnus. Toujours dirigées par des militaires, ces expéditions permettent à l’État français de conclure des traités avec les autorités locales, d’établir des réseaux de postes et d’étudier les mœurs des populations. Elle se déroulent dans un contexte de rivalités entre les puissances impériales européennes. S’y ajoutent les guerres locales, notamment en Afrique de l’Ouest où éclatent des révoltes et des insurrections dans les royaumes et sultanats. L’expansion coloniale exacerbe les rapports de violence. Une fois conquis, un territoire fait l’objet de nombreuses missions d’exploration pour délimiter les frontières, rechercher de nouvelles voies de communication maritimes, fluviales navigables et ferroviaires à tracer. Ainsi, la France organise des expéditions en Chine, formellement indépendante mais dont une grande partie du territoire est découpée, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, en zones d’influence des grandes puissances européennes. Elle y procède à des relevés géographiques sur des territoires encore inconnus de ses savants et étudie la possibilité d’y implanter de comptoirs commerciaux. Après 1945, les grandes puissances explorent les abysses et l’espace, en concurrence ou en coopération. Puis des entreprises privées accèdent à l’espace au début du XXIème siècle. En France, la loi de programmation militaire 2024-2030 donne aux armées les moyens de maîtriser les fonds marins et de préserver les équipements (câbles et engins spatiaux).

Loïc Salmon

L’exposition « Explorations : une affaire d’État ? » (15 avril-16 août 2026), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des cartes, tableaux, documents, photographies, objets, armes et instruments scientifiques. Des conférences, visites guidées, concerts et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Explorations, une affaire d’État ?

Défense : nécessité de préserver la souveraineté spatiale

Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins




Explorations, une affaire d’État ?

Collectives, les explorations dépendent d’abord de l’État, qui y trouve le moyen d’approfondir la connaissance du monde, une occasion d’enrichissement scientifique, intellectuel et artistique et une condition nécessaire de sa souveraineté.

Celle entreprises par la France, au milieu du XVIIIème siècle, ont impliqué un processus de professionnalisation pour transformer les militaires en explorateurs et les explorateurs civils en militaires. Le militaire se distingue du civil notamment par des obligations, des compétences techniques et des cultures professionnelles multiples. Au cours du XIXème siècle, exploration et cartographie deviennent étroitement liées. Dans une première phase, les missions militaires restent très proches des voyages d’exploration. Dans une deuxième phase, elles consistent en interventions militaires et conquêtes coloniales. Après la période des conflits, la troisième phase correspond à l’administration et la mise en valeur des territoires conquis. La cartographie d’exploration se transforme en cartographie de reconnaissance puis en cartographie régulière. Dans le dernier tiers du XIXème siècle et le contexte de l’expansion coloniale de l’Europe, des civils interviennent dans l’organisation et la préparation des missions, les travaux menés sur le terrain, l’exploitation et la diffusion des résultats. Fondée en 1821 et reconnue d’utilité publique en 1827, la Société de Géographie a décerné des grands prix à autant de civils que de militaires. Dans les années 1880, les savoirs disponibles sur l’Afrique apparaissent insuffisants, car réalisés par des explorateurs peu équipés et moins bien formés que les officiers sortis de Saint-Cyr ou de l’École navale. Sur ce continent, les liens entre exploration et conquête diffèrent d’une région à l’autre. Dans sa partie occidentale, l’exploration à vocation scientifique, menée par des savants, des officiers ou des individus non affilés à une institution, précède la pénétration coloniale de plusieurs dizaines d’années. Il s’agit de reprendre les travaux géographiques précédents, selon de nouveaux objectifs, et de prendre contact avec les chefs des nouveaux États formés dans l’intervalle. En Afrique centrale, exploration et appropriation se confondent presque. Des officiers géodésiens et topographes participent à l’expédition militaire de 1894-1895, en vue de produire une cartographie systématique de la « Grande Île ». La pose des premiers câbles télégraphiques sous-marins, commencée au XIXème siècle, impose la connaissance des fonds marins pour des raisons économiques et militaires. Aujourd’hui, les câbles en fibre optique assurent 98 % des échanges numériques intercontinentaux. Depuis le « Brexit », la France est devenue le carrefour numérique de l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Longtemps, la principale menace venait des coupures accidentelles par les ancres des navires. Certaines peuvent se révéler volontaires, notamment en mer Baltique, par des bateaux de pêche ou de commerce, et donc difficilement attribuables à un État (la Russie). Outre leurs ressources et les gazoducs, oléoducs et câbles électriques qui les parcourent, les fonds marins constituent un enjeu stratégique majeur. Depuis les années 2000, une nouvelle dynamique profite à la connaissance géographique, à savoir l’intégration multi-milieux et la fusion des données géolocalisées multi-capteurs. Comme dans les siècles passés, il s’agit de maîtriser les milieux géographiques à partir des récentes technologies et de penser différemment les espaces matériels (terre, mer, air et espace) et immatériels (réseaux sociaux et environnements numérique, électromagnétique et informationnel). Il s’agit de répondre aux besoins immédiats de connaissance opérationnelle des armées et, pour le monde civil, de mieux exploiter les informations géographiques.

Loïc Salmon

« Explorations, une affaire d’État ? », ouvrage collectif. Éditions Locus Solus/Musée de l’Armée, 320 pages, 310 illustrations. 35 €

Exposition « Explorations : une affaire d’État ? » aux Invalides

Défense : le cyber, de la conflictualité à la guerre froide

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations




Défense : « Orion 26 », exercice interarmées et multinational

Inspiré des standards OTAN et basé sur un scénario crédible, l’exercice « Orion 26 » s’est déroulé du 7 avril au 1er mai 2026 dans 20 départements pour recréer les formes du combat actuel, de la menace hybride à la haute intensité.

La première phase (7-17 avril) a porté sur les combats assistés par ordinateurs et focalisés sur le poste de commandement. La seconde (18 avril-1er mai) a consisté en combats réels de troupes sur terrain libre en présence, le 30 avril dans l’Est de la France, du président de la République, Emmanuel Macron, et de la ministre des Armées, Catherine Vautrin (photo).

Au sein de l’OTAN. Mises en œuvre par le 1er Corps d’armée basé à Lille en tant que « Warfighting Corps » (corps d’armée de combat), les deux phases intègrent tous les milieux et champs d’action incluant les domaines cyber, informationnel et exo-atmosphérique, les forces spéciales, le renseignement et le soutien logistique. En tout, « « Orion 26 » a engagé 12.500 militaires, 1 état-major de niveau corps d’armée, 4 divisions (dont 3 multinationales) et 3 brigades interarmes pendant trois semaines d’opérations, dont 10 jours en terrain libre, ainsi que 90 directions, services et organismes interarmées du ministère des Armées et des Anciens Combattants. En outre, douze pays membres de l’OTAN ont envoyé des unités : Allemagne ; Belgique ; Espagne ; États-Unis ; Grèce ; Grande-Bretagne ; Italie ; Luxembourg ; Pays-Bas ; Pologne ; République tchèque ; Roumanie. L’armée de Terre, chargée de la reconquête de zone et de la réassurance de la population locale, a engagé un système de combat divisionnaire (voir plus loin) sous le commandement du 1er Corps d’armée et a déployé 1.800 véhicules tactiques, 30 hélicoptères et 800 drones de combat et de spécialité. Elle peut conduire des missions de renseignement dans la profondeur, s’engager dans la zone de contact et défendre des emprises sensibles. A partir des bases aériennes d’Orange et de Nancy, Saint-Dizier et Luxeuil, l’armée de l’Air et de l’Espace a assuré la sécurisation de l’espace aérien et le maintien de la supériorité aérienne, la coordination des frappes dans la profondeur et la maîtrise du ciel avec un contrôle aérien avancé. Chargée de la continuité de la coordination interarmées et de l’interopérabilité avec les unités alliées, elle a contribué à la combinaison des effets partout, y compris dans les champs cyber et spatial. Sous la direction du Commandement en chef pour l’Atlantique à Brest, la Marine nationale a assuré la supériorité aéro-maritime et a contribué aux frappes dans la profondeur par la mise en œuvre des Rafale Marine du porte-avions Charles-de-Gaulle et de la capacité de tirs de missiles de croisière navals par une frégate multi-missions et un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque de type Suffren, même en plongée.

Système de combat divisionnaire. Afin de dominer le champ de bataille de haute intensité, la division le structure en trois : « Deep », zone des combats de 40 km dans la profondeur ; « Close », zone des combats rapprochés de 60 km ; « Rear », zone arrière de 50-100 km. Elle intègre et synchronise les effets pour faire fondre la masse adverse, soutenir l’effort et permettre aux brigades au contact de porter le coup décisif. Dans « Rear », le Groupement de soutien interarmées de théâtre assure la sûreté, garantit la protection du commandement et des moyens logistiques (flux massifs et élongations) et coordonne les feux dans la profondeur pour mettre l’ennemi à la portée des brigades de combat. Dans « Close », trois brigades, équipées de canons Caesar, de chars Leclerc et de véhicules blindés, manœuvrent pour emporter la décision par des engagements directs. Dans « Deep », les moyens interarmées coordonnent les effets dans la profondeur : destruction des systèmes de défense aérienne et de moyens de guerre électronique ; destruction des capacités de feu longue portée ; désorganisation du commandement et des soutiens logistiques.

Loïc Salmon

Ukraine : soutien de la France après quatre ans de guerre

Armée de Terre : l’action aéroterrestre en 204

OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel




Intelligence artificielle : tirer parti de sa puissance en la maîtrisant

Le chef sur le terrain ne doit pas subir l’intelligence artificielle (IA), mais pouvoir profiter de ses possibilités et être toujours capable de justifier sa décision.

L’IA et les fonctions opérationnelles embarquées ont fait l’objet d’un colloque organisé, à Paris le 20 janvier 2026, par l’Académie militaire Saint Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France. Y sont notamment intervenus : le général de brigade Marc Espitalier, officier général « numérique et cyberdéfense » à l’État-major de l’armée de Terre ; Sylvain Thorel, KNDS / Robotics ; Alexandre Chapoutot, École nationale des techniques avancées (ENSTA) Paris ; le colonel Cédric Abriat, adjoint « Plans » à l’État-major de l’armée de l’Air et de l’Espace ; Laurent Duport, président de NEODE Systems ; Thierry Berthier, chercheur associé CReD / AMSCC, Université de Limoges ; Joël Bougron, doctorant, KNDS / ENSTA Paris.

Fonction mobilité. Le numérique, nouveau champ de conflictualité, agit directement sur ceux de la terre, de la mer, des airs et de l’espace, rappelle le général Espitalier. Il impacte les forces armées, mais aussi directement les décideurs et les populations par ses caractéristiques propres (actions cyber et informationnelles). Les drones et robots, nouveaux effecteurs qui incluent le numérique, permettent la saturation, le harcèlement et l’action dans des compartiments de terrain jusqu’à présent interdits à l’homme. Le numérique impacte les systèmes de décision, qui doivent accélérer autant que possible la boucle observation, orientation, décision et action, tout en maintenant la place de l’homme dans ce cycle. Au sein du Commandement des forces terrestres OTAN à Lille, une partie de l’équipe cyberdéfense étudie le projet de dissuasion et de défense à l’Est, consistant à mettre une masse robotique très importante sur le terrain entre les forces armées de la Russie et celles de l’OTAN pour pallier son manque de masse. Dans le domaine terrestre, les robots deviennent multiplicateurs de forces pour la sécurité du périmètre d’emploi et le déminage, mais ne doivent pas entraver la manœuvre, précise Sylvain Thorel. La taille conditionnant l’emploi, les « légers » (1-25 kg) sont utilisés pour la reconnaissance, la surveillance, la détection et l’intervention. Les « moyens » (25-500 kg) servent à la lutte contre les engins explosifs improvisés, la dépollution de munitions non explosées, et le combat. Les « lourds » (500 kg-5 t) sont utilisés pour la logistique notamment en Ukraine, la surveillance et la levée de doutes NRBC (risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Les « très lourds » (5-40 t) pourront servir pour l’ouverture d’itinéraire, les travaux du génie et le combat. Afin d’accroître l’autonomie de mobilité, la navigation téléopérée permet d’aller rapidement d’un point à un autre sans connaissance à priori ou presque, de nuit, de jour ou dans le brouillard, sur un terrain accidenté et glissant, de façon furtive et sans GPS. L’opérateur doit se repérer lui-même sur une carte en visuel, par lidar (détection et télémétrie par la lumière) ou radar, disposer d’une liaison radio à haut débit, mais de portée limitée et sensible au brouillage, et comprendre la situation. Cela entraîne un accroissement de la complexité et …de sa charge cognitive ! De fait, le domaine d’emploi dépend encore de la maturité technologique. La « traversabilité » du robot, qui dépend de ses capacités de franchissement, consiste à percevoir les espaces en temps réel grâce à des images aériennes ou satellitaires et la méthode SLAM lidar. Celle-ci lui permet de construire la carte d’un environnement inconnu, tout en suivant simultanément sa propre position sur cette carte. Dans la navigation autonome en terrain ouvert, l’IA répond aux besoins d’adaptation à une grande variété de types de terrain, de détection et d’évitement de divers types d’obstacles, indique Alexandre Chapoutot. La perception nécessite une carte satellitaire et les capteurs GPS, lidar, caméras et ultrasons pour caractériser les obstacles et planifier la trajectoire du robot. Les approches de l’IA permettent d’augmenter l’adaptabilité du robot pour la navigation, grâce à un apprentissage en ligne tout en restant vigilant sur les contraintes de l’IA embarquée. La réponse adéquate résulte du développement conjoint des approches théoriques et expérimentales. Dans les airs, une plateforme autonome progressant à basse altitude pourrait profiter des accidents de terrain, mais doit prendre en compte les conditions météorologiques et les masses nuageuses, rappelle le colonel Abriat. Avançant vite, elle doit pouvoir se maintenir en vol et ne pas s’écraser au sol. Dans un contexte de conflictualité accrue, il est probable qu’au cours d’un raid de vingt avions, quelques-uns ne reviendront pas en raison d’une panne de moteur, d’un « décrochage » (perte soudaine d’altitude) ou d’un tir de défense sol-air. Il s’agit de s’adapter à la menace et de reconfigurer rapidement les missions. Sur le terrain, les opérateurs devront traiter les algorithmes. L’agilité ne doit pas faire peser de risque sur la réussite de la mission.

Fonction gestion des effets. La société NEODE Systems, filiale du groupe MBDA, a développé un système senseur-effecteur augmenté par l’IA autour du missile antichar dénommé Akeron MP, indique Laurent Duport. D’une portée supérieure à 4.000 m, ce missile est équipé d’un autodirecteur TV ou infrarouge et d’une liaison de données par fibre optique. Le tireur doit détecter la cible dans le flux vidéo de l’autodirecteur et y « accrocher » le missile, qui va aller la frapper. Au-delà de la vue directe, derrière une colline ou des arbres, il faudra guider le missile dans la bonne direction. NEODE Systems développe donc le « Ground Warden », système senseur-effecteur au niveau du groupe de combat antichar débarqué, constitué de missiles et postes de tir, de missiles moyenne portée, de drones et de tablettes pour l’interface homme-machine. Le Ground Warden nécessite cinq personnes : un pilote de drone, deux tireurs et deux chefs de pièce derrière chaque place de tir. Il est équipé de nombreuses fonctionnalités : compas numérique avec l’IA ; pilotage automatique du drone ; détection automatique de cibles sur flux de données du drone par l’IA ; élaboration d’une situation tactique partagée ; allocation des cibles aux chefs de pièces ; tirs coordonnés de deux missiles ; aide à l’accrochage des missiles en vol grâce à l’IA ; évaluation des résultats des tirs. Dans le domaine aérien, la société EOS Technologie a fait voler, en 2025, un drone intercepteur hypervéloce dénommé Fury, premier vecteur de la robotique « vamafer », acronyme pour vélocité, autonomie, miniaturisation, agressivité, furtivité, endurance et résilience, explique Thierry Berthier. D’une envergure et d’une longueur de 110 cm, il emporte une charge explosive de 2 kg, vole déjà à 700 km/h et devrait bientôt atteindre 1.000 km/h grâce à son microréacteur. Il effectue des carrés dans le ciel par des braquages à plus de 20 G (196 m/s). Mis en œuvre par un seul homme, il se lance par catapulte, rampe ou verticalement. Insensible aux pluies et vents forts, températures hautes ou basses et tempêtes de sable, il peut voler ou planer, réacteur coupé, de manière furtive et concurrence le drone biréacteur américain Roadrunner d’Anduril. Par ailleurs, le champ de bataille se robotise et se massifie avec de plus en plus de télé-opérations à effectuer, souligne Joël Bougron. Cela crée une forte charge cognitive pour les opérateurs et un besoin d’embarquer et d’automatiser certaines fonctions, dont la planification pour assigner les meilleurs effecteurs possibles aux cibles les plus adéquates. La réalité du terrain est perçue par les capteurs, dont les informations peuvent être incomplètes, caduques ou même fausses. Afin de décider, l’humain, responsable, doit pouvoir réduire les incertitudes par l’automatisation de la planification des séquences d’actions (déplacements et engagements) et leur exécution. La hiérarchie algorithmique peut coïncider, partiellement, avec celle entre unités et entre un chef et ses subordonnés.

Loïc Salmon

Intelligence artificielle : l’enjeu de souveraineté sur le calcul

Armée de Terre : le Commandement du combat futur

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle




Chasseur de mines tripartite Aigle

Le chasseur de mines tripartite Aigle est l’héritier des traditions du contre-torpilleur Aigle titulaire de la croix de Guerre 1939-1945 avec une palme.

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01er Régiment de hussards parachutistes

Le 1er Régiment de hussards parachutistes est titulaire des croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945 et de celle de la Valeur militaire.

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Gorcy Septembre 2025

 

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Institut national du service public

L’INSP, Grande École et nouveau membre de l’ANCGVM

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Résistance PTT

Le mouvement « Résistance PTT » est titulaire du grade de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, de la croix de Guerre 1939-1945 avec palme et de la médaille de la Résistance.

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L’honneur d’un colonel

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