Grande-Bretagne : coopération militaire avec la France malgré le « Brexit » et l’AUKUS

La coopération bilatérale franco-britannique en matière de défense se développe sur les plans capacitaire, opérationnel et industriel, malgré les divergences politiques sur l’Europe et les conséquences de l’AUKUS.

Le colonel Bruno Cunat de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie l’a présentée à la presse le 23 mars 2023 à Paris. L’AUKUS, accord militaire conclu en septembre 2021 entre l’Australie, la Grande-Bretagne et les États-Unis, avait entraîné l’annulation immédiate, par l’Australie, d’un grand contrat avec la France portant sur la fourniture de sous-marins à propulsion diesel-électrique.

Pilier capacitaire. Puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les deux pays ont une lecture proche des enjeux internationaux et une culture militaire similaire. La France a élaboré son modèle d’armée de manière autonome et la Grande-Bretagne le sien en coordination avec les États-Unis. Cette dernière dispose d’une capacité terrestre restreinte, mais a mis l’accent sur la haute technologie et le cyber. La coopération franco-britannique, qui remonte au traité de Lancaster House de 2010, évolue selon un dialogue permanent. Le traité inclut un volet sur la recherche et l’expérimentation nucléaires et la capacité, effective depuis 2020, à déployer une force expéditionnaire, commune mais non permanente, de 10.000 militaires sur un théâtre avec un état-major interarmées. Depuis 2016, la fonction d’adjoint est attribuée à un général britannique dans une division française et à un Français dans une division britannique. Les deux pays, qui ont apporté leur soutien à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, développent une capacité de projection vers l’Est avec le déploiement de matériels lourds dans le cadre de l’OTAN. En 2023, la coopération inclut la logistique, le renseignement et le cyber.

Pilier opérationnel. La France et la Grande-Bretagne participent à la « Combined Maritime Force 150 », coalition multinationale de lutte contre le terrorisme dans l’océan Indien. Des patrouilles communes aériennes et maritimes, avec des ravitaillements en vol et à la mer mutualisés, sont menées dans la zone Indopacifique avec les pays riverains, dont le Japon, pour maintenir la liberté de navigation face à la Chine. Des unités britanniques ont participé à l’exercice interalliés Orion 2023, organisé en France de février à mai avec un volet spatial dénommé Aster(X).

Pilier industriel. Sur la période 2021-2024, la Grande-Bretagne investit 188 Mds£ (212,2 Md$) dans la défense, dont 3 Mds£ (3,4 Mds€) dans le nucléaire et 20 Mds£ (22,6 Mds£) dans la recherche et le développement. La coopération avec la France concerne d’abord la filière missile du groupe franco-britannique MBDA. Les futurs missiles de croisière, successeurs du Scalp français et du Shadow britannique, pourraient être déclinés selon deux technologies : furtivité à une vitesse subsonique ou manœuvrabilité à des vitesses supersoniques. La famille du missile anti-aérien et antibalistique Aster (supersonique) sera modernisée : Aster 15 pour l’auto-défense antinavire et contre avions, drones et missiles de croisière ; Aster 30 pour la défense de zone et contre missiles balistiques. La coopération industrielle franco-britannique inclut divers programmes : missile air-air Meteor ; projet de drone sous-marin pour la lutte anti-mines MMCM ; canon de 40 mm monté sur véhicules blindés Jaguar français et Ajax britanniques ; armes à énergie dirigée ; maîtrise des fonds marins ; hélicoptères.

Loïc Salmon

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Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité




Exposition « La haine des clans, guerres de religion 1559-1610 » aux Invalides

Huit guerres entre catholiques et protestants ensanglantent la France, conflits où interviennent les rivalités aristocratiques exacerbées par les images et les rhétoriques. La tolérance religieuse finale débouchera sur la laïcité…en 1905 !

Le contexte. Au milieu du XVIème siècle, la France, pays le plus peuplé d’Europe qui dispose de riches terres agricoles et d’une importante production manufacturière, prend conscience du sentiment national. L’autorité royale se renforce et l’administration se centralise. Par le Traité de Cateau-Cambrésis de 1559 conclu à l’issue des guerres d’Italie, la France récupère Calais sur l’Angleterre et les évêchés de Metz, Toul et Verdun sur le Saint-Empire romain germanique, mais l’Espagne devient la première puissance européenne. Toutefois, comme la France a renoncé à la majorité de ses possessions italiennes, sa noblesse, qui se voit privée de son champ d’honneur et de richesses, ressent un déclassement social. Cette année-là, Henri II, roi depuis 1547, meurt accidentellement dans un tournoi sans héritier en âge de régner. En outre, l’État se trouve en banqueroute et la société confrontée à la hausse des prix, aux disettes et au retour des épidémies de peste. Elle se tourne alors vers Dieu mais perd confiance dans l’Église romaine et le clergé, de quoi susciter une grande angoisse et des conversions à la « Réforme ». Celle-ci remonte aux 95 thèses du moine allemand Martin Luther (1521) et à l’ouvrage « Institution de la religion chrétienne » par le théologien français Jean Calvin (1536). L’imprimerie les diffusent dans toute l’Europe. Les premières communautés protestantes, mises en place en France en 1555, regroupent près de 2 millions de fidèles en1562, soit 10 % de la population, dans diverses couches de la société. Les querelles théologiques prennent une dimension politique par la conversion de princes protestants, auxquels s’allie le roi catholique François 1er (1515-1547), lors de ses guerres contre l’empereur d’Allemagne et roi d’Espagne Charles-Quint (1519-1558), pourtant catholique lui aussi.

Les guerres civiles. En 1560, le jeune roi François II fait entrer ses oncles François de Lorraine, duc de Guise, et Charles, cardinal de Lorraine, au Conseil royal. Des nobles protestants tentent alors de l’enlever à Amboise pour le soustraire à leur influence. Cette conjuration donne lieu à une sanglante répression contre les protestants. A François II, mort la même année, succède son frère Charles IX, encore mineur. La reine-mère Catherine de Médicis exerce alors la régence et tente, sans succès, des réconciliations en 1560, 1561 et 1562. Le massacre de protestants à Wassy en 1562, par les troupes du duc de Guise, déclenche la première guerre de religion, qui se termine l’année suivante par l’édit d’Amboise accordant la liberté de conscience aux protestants avec une liberté de culte limitée. La tentative d’enlèvement à Meaux de la famille royale par les protestants, en septembre 1567, provoque la deuxième guerre de religion qui dure jusqu’en mars 1568. Au cours de la troisième guerre de religion, commencée en août de la même année, Louis 1er de Bourbon, prince de Condé, principal chef protestant et impliqué dans la conjuration d’Amboise, est assassiné sur le champ de bataille de Jarnac (1569) et remplacé par l’amiral Gaspard de Coligny. Cette guerre se termine en 1570 par la paix de Saint-Germain. Pour réconcilier les deux partis, Catherine de Médicis organise, deux ans plus tard, de grandes fêtes à l’occasion du mariage de sa fille Marguerite de Valois, qui entrera dans l’Histoire sous le nom de « Reine Margot », avec le roi de Navarre Henri de Bourbon, neveu de Louis 1er et qui a abjuré le protestantisme. Le 24 août, jour de la Saint-Barthélemy et lendemain de la cérémonie, l’amiral de Coligny et les chefs protestants présents à Paris sont assassinés, prélude à trois jours de massacre de protestants dans la capitale et plusieurs villes du royaume. La quatrième guerre de religion, qui s’ensuit, s’achève en 1573. L’année suivante, Henri III succède à son frère Charles IX, décédé, et les hostilités reprennent. La cinquième guerre de religion se termine en 1576 avec la « Paix de Monsieur », frère du roi et duc d’Alençon. Les victimes de la Saint-Barthélemy sont réhabilitées et les protestants se voient accorder la liberté générale de culte, sauf à Paris et dans les villes royales. La sixième guerre de religion, la plus courte, dure du 15 mars au 14 septembre 1577. La paix de Bergerac y met fin, puis l’édit de pacification de Poitiers accorde le droit au culte réformé dans les faubourgs. La septième guerre de religion (1579-1580) se clôt par la paix du Fleix, qui confirme les édits de Poitiers puis de Nérac (1579) accordant 14 places de sûreté supplémentaires aux protestants pendant six mois. En septembre 1584, le clan des Guise crée la Ligue (catholique) parisienne. La huitième et dernière guerre de religion dure du 31 mars au 30 avril 1598 avec plusieurs faits marquants. A Paris, la « Journée des Barricades » des 12-13 mai 1588 consiste en un soulèvement organisé par le duc de Guise, au motif qu’Henri III envisage de désigner Henri de Bourbon (redevenu protestant en 1576) comme son successeur. Les 23 et 24 décembre 1588 à Blois, la seconde génération des chefs du clan des Guise est assassinée : Henri dit le Balafré, duc de Guise et fils de François de Lorraine ; le cardinal Louis de Lorraine, son frère et neveu du cardinal Charles. Le 1er août 1589 à Saint-Cloud, Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément. Le 25 juillet 1593 à Saint-Denis, Henri de Bourbon, qui lui a succédé, abjure le protestantisme. Le 27 février 1594 à Chartres, Henri IV est sacré roi de France. Le 30 avril 1598, l’édit de Nantes garantit les libertés religieuses et met fin à quarante ans de guerres civiles. Le 2 mai 1598, la paix de Vervins termine celle avec l’Espagne, déclenchée en 1595.

L’activité diplomatique. Entre 1559 et 1589 et au-delà des différences religieuses, la royauté française constitue le réseau d‘ambassadeurs permanents auprès des cours étrangères le plus étendu d’Europe. Catherine de Médicis propose une politique matrimoniale impliquant ses enfants. Son fils Henri, duc d’Anjou, est élu roi de la Confédération de Pologne en 1573 et gouverne 7 millions de sujets catholiques, protestants et orthodoxes. Devenu roi de France l’année suivante, il met sur pied le premier « ministère » des Affaires étrangères. Dès 1555, l’amiral de Coligny lance des expéditions au Brésil et en Floride, où d’éphémères colonies donnent vie au rêve d’un Empire français aux Amériques où cohabiteraient catholiques et protestants. Mais, l’Espagne et le Portugal y voient une menace pour leur propre Empire colonial et…la foi catholique ! L’Angleterre, protestante, soutient financièrement ses coreligionnaires allemands, français et ceux des Provinces-Unies (qui deviendront l’État des Pays-Bas) en révolte contre l’Espagne, dont Londres veut contenir la puissance. Le traité de Blois de 1572 entre la France et l’Angleterre établit une alliance contre l’Espagne et assure la neutralité de l’Angleterre dans les guerres civiles en France. Par ailleurs, les Pays-Bas et le Palatinat allemand, États protestants, procurent argent et troupes aux « huguenots » français, moins par solidarité religieuse que par appât du gain ou des considérations politiques. L’alliance de la France avec les cantons suisses, conclue en 1516 et renouvelée en 1521, 1582 et 1602 sauf avec celui de Zurich (protestant), fournit des mercenaires à l’armée royale.

Loïc Salmon

L’exposition « La haine des clans, guerres de religion » (5 avril–30 juillet 2023), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Cette époque fait l’objet de deux autres expositions : « Visages des guerres de religion au château de Chantilly (4 mars- 21 mai) ; Antoine Caron (1521-1599), le théâtre de l’Histoire » au Musée national de la Renaissance, château d’Écouen (5 avril-3 juillet). L’exposition aux Invalides présente des tableaux, armes, armures, objets, livres et archives. Visites guidées, conférences et concerts sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr

Les guerres de religion, 1559-1610, la haine des clans

Défense : la laïcité, facteur de cohésion dans les armées

Quand le lys affrontait les aigles




Les guerres de religion, 1559-1610, la haine des clans

La « guerre des esprits » par la propagande imprimée et la diffusion de fausses nouvelles fait partie des guerres entre catholiques et protestants en France. Ce premier et intense conflit médiatique conduit à des massacres et à l’assassinat de deux rois. Pourtant, l’État fonctionne grâce à l’administration.

Pamphlets, placards (affiches) et divers opuscules servent la monarchie et les clans opposés. Certains traités politiques remettent en cause l’autorité royale. Placards exposés dans le domaine public, illustrations de livres et images volantes évoquent scènes de violence, caricatures et allégories codées pour célébrer ou condamner et souvent ridiculiser l’adversaire. Pour les auteurs occasionnels, il s’agit de servir un chef de clan ou une cause par la persuasion, issue de l’art de la rhétorique. A l’époque, celle-ci constitue la base de l’éducation humaniste des élites. L’orateur doit adapter son discours aux circonstances, à son public et au but recherché. Il compte sur sa mémoire pour disposer d’arguments, pour ou contre une thèse proposée, de lieux communs et de citations. Les images permettent de les stocker. Progressivement, les factions ne se définissent plus par la religion de leurs membres, mais par leur tolérance, plus ou moins grande, envers les « Réformés » (protestants) et leur loyauté à la Couronne. Ainsi en 1574, les « Malcontents » (catholiques) conduits par François d’Alençon, frère du roi Henri III (1574-1589), s’allient militairement à des protestants pour contrer l’influence du clan des Guise…catholiques ! En 1576, les catholiques créent la Ligue, soutenue par l’Espagne, qui se fait de plus en plus menaçante quand le protestant Henri de Navarre, cousin de Henri III, est désigné par lui comme seul héritier du trône en 1584. Accusé de complaisance envers les « hérétiques », Henri III perd toute légitimité auprès des catholiques après l’assassinat de leurs chefs, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine en 1588. Chassé de Paris, il est assassiné à son tour l’année suivante. Henri IV doit alors reconquérir une à une les villes contrôlées par la Ligue. Paris ne se rend qu’après le retour du roi à la foi catholique en 1593. Malgré l’aide de l’Espagne, les derniers chefs catholiques finissent par se soumettre en 1598, date de l’édit de tolérance de Nantes. Henri IV est lui aussi assassiné en 1610. Ce double régicide, par des catholiques fanatiques, est considéré comme un parricide, car le roi a acquis un statut exceptionnel par son sacre. Pendant cette longue période de guerres civiles entrecoupée de trêves, le renforcement du pouvoir royal apparaît comme seul à même de juguler les troubles. Après le massacre des protestants déclenché le jour de la Saint Barthélémy (24 août 1572), la crise religieuse se transforme en une profonde crise politique. L’idée de l’État, gardien du bien commun ou « Res publica », fait son chemin. Le roi a alors pour mission d’apaiser les violences et de créer les conditions d’une obéissance pérenne. Cette théorisation du pouvoir absolu pose les fondements de la « raison d’État », qui sera défendue au XVIIème siècle. Parallèlement, dans le domaine religieux, elle prône le « gallicanisme », qui rejette les ingérences de la papauté dans les affaires intérieures du royaume de France. En 1685, Louis XIV révoquera l’édit de Nantes au nom du principe « Un roi, une foi, une loi », entraînant un exil massif des « huguenots » vers les pays européens protestants.

Loïc Salmon

« Les guerres de religion, 1559-1610, la haine des clans », ouvrage collectif. Éditions In Fine et Musée de l’Armée, 360 pages, 200 illustrations, 39 €

Exposition « La haine des clans, guerres de religion 1559-1610 » aux Invalides

Cyber : champ de lutte informatique et d’influence

Géopolitique : poids de l’élément religieux dans les relations internationales




Ukraine : ascendant opérationnel incertain dans le conflit en cours

Dans la perspective de la contre-offensive annoncée, les forces armées ukrainiennes disposent d’une assistance occidentale massive en termes de renseignement et de soutien, mais doivent combiner la culture militaire soviétique avec les pratiques de l’OTAN. (Carte : situation au 26-4-2023)

Dans une note publiée en région parisienne en avril 2023 par la Fondation pour la recherche stratégique, Philippe Gros, maître de recherche, et Vincent Tourret, chercheur associé, fondent leur analyse sur les sources ouvertes et la littérature technico-militaire russe, mais restent prudents en raison de la propagande des deux camps, des informations erronées et des lacunes dans les données disponibles.

Une organisation perfectible. Depuis l’invasion russe de la Crimée en 2014, les forces armées ukrainiennes se sont préparées à une guerre défensive globale sur les plans doctrinaire, capacitaire et opérationnel en s’inspirant de la culture miliaire de l’OTAN. Toutefois, des officiers supérieurs, formés au modèle soviétique, laissent difficilement une marge d’initiative à leurs subordonnés. En outre, les unités régulières cohabitent avec des volontaires et des unités de défense territoriales dans le maintien d’une forte centralisation administrative. Cette hétérogénéité se retrouve dans la compétence des chefs, la gestion des ressources humaines, l’entraînement et les équipements des unités. Outre des critiques virulentes, elle entraîne trop de pertes pour pouvoir soutenir une guerre longue contre les forces russes. Cependant, les généraux et les états-majors ont démontré leur capacité à concevoir une manœuvre au niveau d’un théâtre grâce à leur maîtrise de l’offensive, par le siège et le mouvement, et à leur savoir-faire pour l’adapter aux menaces et à l’environnement. Dans le renseignement, le système de drones Delta, mis au point en 2016 par les développeurs civils nationaux selon les standards de l’OTAN, est déployé dans les sept zones de front. Il réalise une fusion des données ISR (renseignement multi-sources, surveillance et reconnaissance), accessible aux unités tactiques sur les tablettes ou les téléphones portables, via le réseau satellitaire privé américain Starlink. Si la parité avec les Russes apparaît au niveau des capteurs (mini-drones) au front, les Ukrainiens les surpassent pour le renseignement dans la profondeur du dispositif adverse, grâce d’abord à l’énorme capacité spatiale occidentale. Cette dernière combine la diffusion de renseignements de la part des pays alliés et les réponses rapides aux demandes de renseignement ukrainiennes. La production inclut le renseignement d’intérêt immédiat, celui de situation et celui d’appui au ciblage, avec une précision de 7 mètres pour la mise en œuvre des roquettes américaines Himars/M270 guidées par recalage GPS. En outre, les Ukrainiens disposent de nombreuses sources de renseignements d’origine humaine dans les zones occupées par les forces russes, mais peu dans le Donbass, et des moyens pour les récupérer et les fusionner dans le système Delta. En matière de soutien, le système ukrainien, très centralisé, manque de coordination et de plateformes logistiques aux échelons tactiques et repose sur des lignes de communications longues et confuses. Il dépend en grande partie de l’assistance des populations locales et des réseaux bénévoles ukrainiens et internationaux. Le ravitaillement, fourni par les États alliés et coordonné par des structures américaine, OTAN et européenne, se heurte à l’interopérabilité limitée des moyens mis en œuvre et à la réglementation des transports au sein de l’Union européenne. Le dysfonctionnement du service de santé auprès des unités en première ligne est compensé par l’assistance occidentale, à savoir équipements et formation pour les structures locales et accueil des blessés dans les hôpitaux des pays alliés. L’évacuation des blessés graves et des grands brûlés vers les hôpitaux de l’arrière, souvent entravée par l’état catastrophique des routes, se fait surtout par des trains médicalisés.

Des troupes à former. Les forces armées ukrainiennes, estimées à 120.000 hommes, subissent de lourdes pertes évaluées à plusieurs dizaines de morts et de blessés par jour, notamment parmi les troupes expérimentées et celles formées dans les pays de l’OTAN. Le grand nombre de contrats d’engagements militaires courts, souscrits durant la guerre dans le Donbass entre 2014 et 2022, a permis à l’Ukraine de disposer d’une certaine réserve expérimentée. Mais ce vivier a été mal exploité en raison de l’hétérogénéité des unités, de la guerre d’usure et d’une mauvaise gestion, comme l’envoi de conscrits au front sans un entraînement préalable de plusieurs semaines. La plupart des 400.000 « mobilisables » n’a aucune expérience militaire. La remontée en puissance des forces ukrainiennes repose donc sur la formation dans les pays alliés. L’opération britannique « Orbital » a ainsi formé 22.000 soldats entre 2015 et 2022. Puis l’opération « Interflex », qui rassemble plus de 800 instructeurs britanniques, australiens, danois, canadiens, lituaniens, néerlandais, néo-zélandais, norvégiens, finlandais et suédois, a organisé des stages de trois semaines à 10.000 hommes en 2022, chiffre qui devrait doubler en 2023. Un programme international, sous commandement américain et incluant des instructeurs britanniques, canadiens et lituaniens, a formé 23.000 officiers et sous-officiers entre 2015 et 2022. Entre avril et août 2022, la « Task Force Gator » (américaine) a formé 1.600 militaires sur 16 systèmes d’armes…américains ! En juin 2023, l’initiative « European Union Military Assistance Mission », qui rassemble 23 pays européens dont la Pologne, l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, aura formé 12.000 combattants et 2.800 spécialistes dans des stages de 30 jours.

Des armements lourds insuffisants. Malgré les captures d’équipements russes, dont seulement 30 % réutilisables, et les livraisons d’armes occidentales, l’usure opérationnelle et les pertes freinent la montée en puissance des parcs ukrainiens. Celui des chars, qui en a déjà perdu de 800 à 1.000, n’en compterait qu’entre 700 et 1.000. En raison de la perte plausible de 2.000 véhicules ukrainiens, le parc d’engins blindés atteindrait 3.000, grâce à la capture de quelques centaines de véhicules russes et surtout aux livraisons occidentales de 3.500 véhicules blindés de combat d’infanterie (VBCI), transports de troupes blindés et autres véhicules. S’y ajouteront les livraisons, promises et échelonnées sur plusieurs mois, de 300 chars tous modèles confondus, 200 VBCI, 450 véhicules tout terrain, 300 MRAP (véhicules conçus pour résister aux engins explosifs improvisés et aux embuscades) et 120 canons autopropulsés, qui subiront aussi des pertes et dont il faudra assurer le maintien en condition opérationnel. Leur expérience du combat, acquise depuis 2014, et leur formation à l’américaine ont permis aux Ukrainiens de réagir dans l’emploi de l’artillerie. Ils disposent de bombes de petit diamètre lancées du sol (bombes guidées planantes) combinant longue portée et précision, de lance-missiles balistiques Vilkha-M ukrainiens et de canons Caesar français et PzH 2000 allemands. Très utilisés, ces canons subissent une usure accélérée. Des centres de maintien en condition opérationnelle ont donc été installés en Lituanie, Pologne et Slovaquie.

Des stocks de munitions limités. L’intensité des combats entraîne des cadences de tirs de 5.000 à 7.000 obus/jour et réduit les stocks. Les 1.500 canons d’origine soviétique tirent des obus de 122 mm et 152 mm, mais les canons « occidentaux » surtout des obus de 155 mm. Or les tirs d’obus de 155 mm atteignent 3.500/jour. Entre mai 2022 et février 2023, les États-Unis ont livré 1,1 million d’obus de ce calibre et les autres pays alliés (France, Grande-Bretagne, Canada, Finlande, Allemagne, Italie, Norvège, Espagne et Suède) 100.000, soit en tout trois mois de munitions au rythme actuel. Enfin, le brouillage russe réduit le stock des drones. En moyenne, le drone d’une unité d’infanterie ne dure qu’un jour contre 40 pour une unité d’artillerie.

Loïc Salmon

Ukraine : livraisons accrues d’armements étrangers

Ukraine : les drones, symboles de la résistance pour Kiev

Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité




Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Un accident aérien résulte de diverses failles dans la sécurité, dont l’analyse fine et le traitement permettent de sauver des vies, de préserver des aéronefs et de renforcer la « culture » de l’unité.

Le général de brigade aérienne Franck Mollard, directeur du Bureau Enquêtes Accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État (BEA-É, créé en 2003) l’a expliqué au cours d’un point de presse tenu le 6 avril 2023 à Paris. Le BEA-É traite les aéronefs (avions, hélicoptères, drones et planeurs) de sept institutions : armée de Terre ; Marine nationale ; armée de l’Air et de l’Espace ; Délégation générale de l’armement ; Gendarmerie nationale et Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (ministère de l’Intérieur) ; Douane et droits indirects (ministère de l’Économie et des Finances). Dans le cadre d’une activité de défense, il intervient au niveau interministériel quand des événements graves impliquent les opérations de largage, le contrôle aérien et l’armement embarqué si l’aéronef ou son équipage peut être identifié parmi les causes. Le BEA-É traite aussi les accidents et incidents relatifs aux aéronefs non immatriculés à l’Organisation de l’aviation civile internationale (prototypes et vols de réception) ou affrétés pour des missions d’État. Enfin, il conduit de enquêtes sur les aéronefs étrangers concernés par un événement aérien survenu en France.

Les accidents. Un accident aérien se définit par un appareil détruit. Il est considéré comme grave s’il aurait pu en causer un autre encore pire, indique le général Mollard. Le nombre d’accidents aériens a beaucoup diminué depuis vingt ans, par suite des progrès techniques et de l’automatisation des systèmes. L’erreur organisationnelle ou humaine se trouve à l’origine de 80 %-85 % d’entre eux, contre 20 %-25 % pour une raison technique et 15 % pour une cause environnementale ou d’infrastructures. Le total dépasse 100 % car un accident peut résulter de plusieurs facteurs. En cas de morts ou de blessés graves, il faut assurer la communication aux familles. Dans le contexte actuel du conflit de haute intensité en Ukraine, souligne le général Mollard, il s’agit de ne pas perdre des équipages, lors de l’entraînement et de la préparation opérationnelle, et de diminuer l’attrition des parcs aériens, afin de contribuer à la résilience des forces.

Les missions. Les BEA-É doit réaliser : la collecte et l’analyse des informations utiles ; la détermination des circonstances et causes certaines ou possibles ; l’établissement des recommandations de sécurité et d’un rapport d’enquête public. Depuis sa création en 2003, le BEA-É a effectué 377 enquêtes de sécurité, soit 12 à 27 par an, et émis 2.700 recommandations de sécurité. Totalement indépendant des autorités d’emploi, sa crédibilité lui permet d’être écouté dans la durée. Selon le général Mollard, il contribue à celle de la France lorsqu’elle exporte des aéronefs. En effet, le partenaire étranger sait qu’il pourra bénéficier de l’expertise, de la discrétion et de la neutralité du BEA-É en cas d’événement grave au sein de ses propres forces armées ou de sécurité.

Les enquêtes. En cas d’accident aérien, trois enquêtes sont lancées simultanément : celle du BEA-É pour la sécurité ; celle du commandement au sein de l’institution militaire concernée ; l’enquête judiciaire. Le BEA-É coopère avec divers organismes : Direction des services de la navigation aérienne ; Direction générale de l’aviation civile ; Direction de la sécurité de l’aviation civile ; Direction de la sécurité aéronautique d’État ; Institut de recherche biomédicale des armées ; Office national d’études et de recherches aérospatiales ; Délégation générale de l’armement ; Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile ; Agence européenne de la sécurité aérienne. Un protocole de procédures communes et de partage d’informations existe avec les bureaux enquêtes accidents aéronautiques britannique, belge, néerlandais, espagnol et italien.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue




Commando Marine Ponchardier

Le Commando Marine Ponchardier, titulaire de la croix de Guerre 1939-1945 avec 2 palmes, a été dissous en 1946 puis recréé le 11 septembre 2015 à Lorient.

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05ème Régiment de cuirassiers

Le 5ème Régiment de cuirassiers est titulaire de la croix de Guerre 1914-1918 avec 2 palmes, de celle de1939-1945 avec 1 palme et de celle des théâtres d’opérations extérieurs avec 2 palmes.

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Saint-Cyr

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40ème Régiment d’artillerie

Issu de la réorganisation de l’armée française après la défaite de 1870 contre la Prusse, le 40ème Régiment d’artillerie (RA) s’est couvert de gloire au cours des deux guerres mondiales et après.

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Premiers emblèmes nationaux de la Gendarmerie

La salle des emblèmes du Service historique de la Défense à Vincennes rend visible de façon spectaculaire l’importance sacrale des drapeaux et étendards au sein des forces armées. Des morceaux d’étoffe sont investis d’une forte charge symbolique : militaire, par les noms de batailles et/ou de campagnes qui les ornent, et politique, par l’histoire héroïque des formations combattantes à la défense de la République et la permanence de la Nation.

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