Livre « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre » sous la direction de Michel Merkel

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« Les champions sportifs décorés de la croix de guerre »

Sous la direction de Michel Merckel

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Histoire du drapeau de France et d’ailleurs

Emblèmes les plus importants d’une nation, les drapeaux sont disposés par ordre alphabétique dans la langue du pays d’accueil ou en anglais au siège des organisations et des conférences internationales ou d’événements sportifs.

Dans l’Antiquité, Gaulois et Germains se regroupent autour ou derrière d’une hampe surmontée d’un sanglier ou d’un taureau. Les Romains choisissent l’aigle jusqu’en 312, date de la conversion de l’empereur Constantin au christianisme. Pendant six siècles sur les champs de bataille, les rois de France adoptent comme emblème la chape rouge de Saint-Martin, devenue « oriflamme » de l’abbaye de Saint-Denis en 1124 jusqu’à la défaite d’Azincourt en 1415 face à l’Angleterre. Pendant les croisades des XIème et XIIème siècles, l’Ordre religieux et militaire des Hospitaliers arbore une oriflamme rouge à croix blanche sur terre et sur mer, constituant ainsi le premier des pavillons nationaux. Les cercueils des membres de l’ordre sont recouverts d’un drap rouge à croix blanche. L’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, devenu par la suite Ordre de Malte, adopte le même emblème mais avec une croix à huit pointes. Celui des Chevaliers Teutoniques porte la croix latine noire sur fond banc. Pendant la féodalité, l’héraldique différencie les figures peintes sur le bouclier, emblème individuel ou familial, de celles figurant sur la « bannière », signe de ralliement collectif appartenant non pas au seigneur qui en fait usage mais au territoire qu’il possède. La bannière, ancêtre du drapeau, est le signe de ralliement du « ban », ensemble des vassaux convoqués par leur suzerain pour la guerre. Celle du roi, suzerain de tous les suzerains du même pays, prend alors une importance considérable. A l’époque, la distinction est bien perçue entre la bannière du roi et l’oriflamme de Saint-Denis, qui conservait sa valeur sacrée. Les croisades ont provoqué la réunion de la totalité de l’islam sous l’emblème du croissant en opposition à la croix. Il ne sera repris que plus tardivement par les royaumes et empires musulmans et figure aujourd’hui sur les drapeaux de nombreuses nations musulmanes. Pour leur bannière, les rois d’Angleterre choisissent les léopards d’or sur fond rouge et ceux de France les fleurs de lys sur fond bleu, qui devient blanc sous Charles VII après 1422. La victoire de ce dernier à Castillon en 1453, grâce à l’artillerie, met fin à la guerre de Cent Ans. Les « bans » ont été remplacés dès 1445 par une armée royale permanente et soldée. Les bannières disparaissent alors au profit de l’unique « étendard » du roi (dénommé aussi « cornette » et en usage jusqu’en 1789), indiquant sa présence à la guerre. L’appellation d’étendard perdure dans les régiments de cavalerie, d’artillerie et du train. Le terme de « drapeau », dérivé de l’italien « drapello » (bannière) rapporté des guerres d’Italie (1494-1559), apparaît dans une ordonnance royale de 1684 pour désigner les emblèmes de l’infanterie. Dans son œuvre « Mes Rêveries » (1757), le maréchal Maurice de Saxe, artisan de la victoire de Fontenoy sur l’Angleterre en 1745, s’inspire de l’antique aigle romaine : « Les soldats (…) doivent se faire une religion de ne jamais abandonner leur drapeau ; il doit leur être sacré (…) et l’on ne saurait trop y attacher de cérémonies pour le rendre respectable et précieux ». La prise d’un drapeau à l’ennemi lui enlève un de ses moyens de communication sur le champ de bataille et affirme la victoire. En 1794, la Convention décrète que le pavillon des navires de guerre sera formé des trois couleurs nationales bleu, blanc et rouge, disposées verticalement. L’armée l’adopte pour ses drapeaux avec des dispositions en damier, rosace ou losange jusqu’en 1812. Il devient emblème national en 1880. Le drapeau britannique regroupe les croix rouges sur fond blanc de Saint George (Angleterre) et de Saint Patrick (Irlande du Nord) sur fond bleu (couleur de l’Écosse).

Loïc Salmon

« Histoire du drapeau de France et d’ailleurs » Bertrand Galimard Flavigny. Éditions Perrin, 294 pages 23 €.

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

L‘ordre de Saint-Michel

Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides




Liban : la TF Cèdre pour le respect du cessez-le-feu israélo-libanais

A la suite de l’accord du 26 novembre 2024 entre Israël et le Liban, la Task Force (TF) franco-américaine Cèdre est chargée de contrôler la cessation des hostilités sur le terrain avec l’appui de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).

Le général de brigade Guillaume Ponchin, représentant de la France au sein de la TF Cèdre, l’a présentée à la presse le 27 février 2025 à Paris.

La TF Cèdre. L’article 12 de l’accord stipule notamment que seules les forces militaires et de sécurité libanaises peuvent être déployées dans le sud du Liban après le retrait de Tsahal (forces armées israéliennes). La TF Cèdre doit poursuivre la « déconfliction », à savoir une procédure de sécurité militaire spécifique visant à prévenir les attaques et les meurtres par erreur de soldats appartenant à la même partie ou à une partie alliée à un conflit armé. La TF Cèdre doit aussi appuyer la montée en puissances des forces armées libanaises (FAL) et démanteler des infrastructures et des équipements militaires non étatiques. Son action se traduit par un dialogue quotidien entre les FAL et Tsahal. Entre le 17 janvier et le 17 février 2025, Tsahal s’est  retiré de la partie occidentale de la zone Sud du fleuve Litani, sauf de cinq polygones estimés stratégiques (voir carte). Ensuite, les FAL ont enlevé, classé et détruit les armes et autres équipements militaires découverts sur le terrain. Leur implantation sur la zone évacuée prend du temps en raison des difficultés d’accès dues aux destructions survenues et au danger représenté par les mines, engins explosifs improvisés, obus non explosés et pièges. Le 18 février et après dépollution du terrain, les FAL ont pris position dans la plus grande partie de la zone évacuée par Tsahal pour permettre à la population de revenir et pour renforcer la crédibilité de l’action du nouveau gouvernement libanais en matière de sécurité. Du 27 novembre 2024 au 17 février 2025, la TF Cèdre a réalisé plus de 1.200 actions de médiations ou de déconfliction, menées jour et nuit. Les FAL ont procédé à plus de 170 actions de désarmement d’installations militaires illégales et à plus de 250 destructions. En coordination avec la Finul, la TF Cèdre poursuit ses missions pour permettre le retour de la pleine souveraineté de l’État libanais dans ses composantes régaliennes sur l’ensemble de son territoire.

La Finul. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban a été établie en mars 1978 par le Conseil de sécurité pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du Sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationales et aider le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région. Le mandat de la mission a été ajusté deux fois en raison de l’incursion de Tsahal en 1982 et de son retrait en 2000. Après la crise de juillet-août 2006, le Conseil a décidé que la Finul devra, en sus de l’exécution de son mandat d’origine, contrôler la cessation des hostilités, accompagner et appuyer les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud et fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité. En décembre 2024, les effectifs de la Finul se montent à 9.730 militaires, dont 208 officiers. Depuis sa création, la Finul déplore la mort de 338 personnels. Début 2025, les dix principaux pays qui fournissent des contingents et du personnel de police aux opérations sont : l’Indonésie, 1.252 personnels ; l’Inde, 897 personnels ; le Ghana, 878 personnels ; le Népal, 874 personnels ; l’Italie, 846 personnels ; la Malaisie, 852 personnels ; l’Espagne, 690 personnels ; la France, 615 personnels ; la Chine, 419 personnels ; l’Irlande, 326 personnels. La Finul comprend : la Force Commander Reserve, armée par un bataillon franco-finlandais pour réagir rapidement ; la Maritime Task Force pour la surveillance des approches maritimes ; l’Air Medical Evacuation Team avec deux équipes médicales, italienne et française, pour les secours d’urgence.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : vers des guerres d’usure sans perspective de victoire stratégique

Liban : l’opération « Amitié », réactivité et efficacité

Liban (1978-1986) : actions de la Marine nationale




Europe : réarmement, épreuves technologiques et industrielles

L’Europe a engagé son réarmement en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, lequel s’est accéléré en 2022 après l’attaque contre l’Ukraine. Le 6 mars 2025, les pays membres de l’Union européenne ont approuvé un investissement de 800 Mds€ pour la défense, en raison des risques de désengagement militaire et de guerre commerciale des États-Unis.

Hélène Masson, maître de recherche, a présenté la situation actuelle dans une note publiée le 7 mars 2025 à Levallois-Perret (banlieue parisienne) par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Les domaines capacitaires. Pour tous les pays européens, ces guerres ont souligné l’urgence de moderniser leurs moyens de défense, accentuée par l’aide qu’ils ont accordée à l’Ukraine (blindés, systèmes d’artillerie, munitions, et systèmes de missiles), et de reconstituer leurs stocks d’équipements et de munitions. Le réarmement européen se déroule en deux phases. La première, entre 2014 et 2021, concerne l’engagement de l’OTAN à disposer d’une brigade opérationnelle en 2026. Elle inclut : la remise à niveau des véhicules blindés légers (à roues), médians (à chenilles) et lourds (chars) et des camions pour la logistique ; les systèmes d’artillerie constitués par les mortiers sous tourelle, systèmes d’artillerie à roues ou à chenilles, systèmes antichars et lance-roquettes multiples ; les équipements du combattant, armes légères et de petit calibre, fusils d’assaut et leurs munitions ; systèmes de drones de reconnaissance ; systèmes de communications et radars. La composante aérienne comprend les hélicoptères et les avions de combat, d’entraînement et de transport. Outre la défense antimissile, la composante missile inclut les roquettes guidées et les systèmes de missiles air-air, sol-air, antichars et antinavires. La deuxième phase du réarmement européen, commencée en 2022, prend en compte le retour d’expérience de la guerre en Ukraine et augmente les investissements dans divers domaines : drones aériens, terrestres et navals (sous-marins et de surface) pour le renseignement, la surveillance et la frappe avec les technologies contre les leurres ou le brouillage du système de navigation ; lutte anti-drones par la détection, l’identification et la neutralisation ; munitions téléopérées (drones kamikazes) ; défense à portées courte (15 km), moyenne (plusieurs centaines de km) et longue (jusqu’à 3.000 km) ; défense antiaérienne ; défense côtière par missiles antinavires, batteries et radars ; guerre électronique (cyber et espace) ; emploi de l’intelligence artificielle pour améliorer la protection des systèmes d’armes. Par ailleurs, un réarmement naval se manifeste au niveau européen mais aussi mondial, par suite des tensions résultant des ambitions de puissance en mer Baltique, Atlantique Nord, Méditerranée, golfe de Guinée, mer Rouge, océan Indien et Indopacifique (rivalité Chine-États-Unis). La nécessité de protéger les oléoducs, gazoducs et câbles sous-marins incitent les États à augmenter leurs capacités en frégates, patrouilleurs, sous-marins et robots téléopérés en grande profondeur.

Les ambitions industrielles. Les producteurs et exportateurs d’armement européens se répartissent en trois cercles. Le premier et le plus ancien regroupe la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède. Le deuxième rassemble les Pays-Bas, la Finlande, la Norvège et la Belgique. Le troisième cercle est constitué par les pays issus du bloc de l’Est après la dislocation de l’Union soviétique en 1991, à savoir Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Lettonie, Estonie et Lituanie. Certains États ont constitué des partenariats en bilatéral ou multilatéral, reposant sur des coopérations industrielles et technologiques avec des accompagnements financiers (crédits et/ou aides) pour lutter contre la concurrence des États-Unis, d’Israël, de la Corée du Sud, du Brésil et de la Turquie. La croissance de la demande d’équipements intervient dans un contexte sécuritaire marqué par l’urgence opérationnelle. Les dirigeants européens demandent aux industriels d’augmenter la cadence de production et de réduire les délais de livraison. Or ces exigences se manifestent juste après la crise consécutive à la pandémie du Covid-19 et en même temps que la reprise du marché aéronautique civil. Les industriels de défense doivent, très vite, adapter leur chaîne d’approvisionnement dans une période de tensions sur le marché mondial des matières premières, de renchérissement du coût de l’énergie et de difficultés à recruter du personnel hautement qualifié.

Les efforts budgétaires. Lors du sommet de l’OTAN à Vilnius en juillet 2023, les dirigeants des pays membres se sont engagés à consacrer 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’effort de défense chaque année. Selon les statistiques de l’OTAN, 23 États sur 32 y sont parvenus en 2024, contre 3 en 2014, 7 en 2022 et 12 en 2023. La Croatie, le Portugal, l’Italie, le Canada, la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie et l’Espagne ne l’ont pas encore atteint. Voici les pourcentages calculés par l’OTAN et les annonces gouvernementales de chaque pays relatives aux dépenses de défense, par ordre décroissant : Pologne, 4,12 % du PIB en 2024 et un budget de 43 Mds€ en 2025 ; Estonie, 3,43 % (1,3 Mds€) du PIB en 2024 avec des objectifs de 3,7 % en 2026 et, à terme, de 5 % (objectif de l’administration américaine) ; Lettonie, 3,15 % du PIB en 2024 et un budget de 1,56 Mds€ pour 2025, soit 3,45 % du PIB, puis un objectif de 3,7 % les deux années suivantes ; Grèce, 3,08 % du PIB en 2024 et un budget de 6,1 Mds€ en 2025 (le double de celui de 2019) ; Lituanie, 2,85 % du PIB en 2024 avec un budget de 3,3 Mds€ pour 2025 et l’objectif de 5,5 % du PIB entre 2026 et 2030 ; Finlande, 2,41 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,5 Mds€ en 2025 avec l’objectif de 3,3 % du PIB d’ici à 2032 ; Danemark, 2,37 % du PIB en 2024 avec un financement supplémentaire de 1,9 Md€ pour la défense de l’Arctique, afin d’y renforcer la présence militaire, et la création d’un fonds de 6,8 Mds€ en 2025 et 2026 pour atteindre 3,2 % du PIB ; Grande-Bretagne, 2,33 % du PIB en 2024 avec un budget de 59,8 Mds€ pour l’exercice 2025-2026, des hausses annuelles de 6 Mds€ pour atteindre 2,5 % du PIB d’ici à 2027 et la publication d’un nouveau Livre blanc sur la Défense (« Strategic Defence Review ») ; Roumanie, 2,25 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 3 % du PIB sur la période 2025-2029 ; Norvège, 2,20 % du PIB en 2024 avec un budget de 9,3 % Mds€ pour 2025 et l’objectif de 15,6 Mds€ en 2036 ; Bulgarie, 2,18 % du PIB et l’objectif de s’y tenir jusqu’en 2032 ; Suède, 2,14 % du PIB en 2024 avec un budget de 12Mds€ en  2025 et l’objectif de 2,6 % du PIB en 2030 ; Allemagne, 2,12 % du PIB avec un budget de 53,2 Mds€ en 2025 grâce à une exemption du désendettement du pays ; Hongrie, 2,11 % du PIB en 2024 avec un budget 4,2 Mds€ en 2025 ; République tchèque, 2,10 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,85 Mds€ en 2025 ; France, 2,06 % du PIB en 2024, un budget de 50,54 Mds€ en 2025 et des réflexions en cours sur de nouveaux leviers de financements, publics et privés, supplémentaires ; Pays-Bas, 2,05 % du PIB en 2024, un budget de 2,4 Mds€ en 2025 et l’objectif d’inscrire les 2 % dans la loi ; Slovaquie, 2 % du PIB en 2024 mais avec une baisse à 1,8 % à partir de 2027 ; Croatie, 1,81% du PIB en 2024 et un budget de 1,5 Md€ en 2025 ; Portugal, 1,55 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2029 ; Italie, 1,49 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2028 ; Belgique, 1,30 % du PIB en 2024 avec les objectifs de 1,5 % en 2030 et de 2 % en 2035 ; Luxembourg, 1,29 % du PIB en 2024 avec un budget de 798 € en 2025 ; Slovénie, 1,29 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2030 ; Espagne, 1,28 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2029. La liste de la FRS inclut trois pays non-membres de l’OTAN : Autriche, 1,07 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 1,5 % en 2027 ; Chypre, budget de 563 M€ en 2024 avec l’objectif de 2 % du PIB en 2029 ; Irlande, budgets de 1,35 Md€ en 2025 et de 1,5 Mds€ en 2028 ; Malte, 0,56 % du PIB en 2023.

Loïc Salmon

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Europe : vers une nouvelle stratégie énergétique

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Déclenchée le 24 février 2022 par la Russie, la guerre en Ukraine se déploie dans tous les milieux (terre, air, mer, cyber et espace) et le champ informationnel et celui des perceptions. Elle est passée de la haute intensité à un format hybride mêlant armes d’usure et haute technologie.

Cette évolution a été présentée à la presse, le 20 février 2025 à Paris, par le général de brigade Rodolphe Hardy, commandant en second du Combat futur de l’armée de Terre et chargé du retour d’expérience, et le vice-amiral Emmanuel Slaars, sous-chef d’état-major « opérations aéronavales » de l’état-major de la Marine.

Opérations terrestres. Sur la défensive depuis le 30 novembre 2023, les forces armées ukrainiennes (FAU) semblent dans l’incapacité de reprendre l’ascendant sur les forces armées russes (FAFR), indique le général Hardy. Au cours de 2024, ces dernières enregistrent progressivement des gains territoriaux en recherchant l’anéantissement de l’ennemi. Tactiquement, elles pratiquent le combat en zone urbaine, modélisé en phase préparatoire, encerclement, attrition et conquête. Le 17 février, après quatre mois de combats et le repli des FAU, les FAFR ont investi la ville d’Avdiivka (Sud de l’Ukraine) et reprennent l’initiative dans le Donbass. La contre-offensive ukrainienne de 2023 ayant échoué, la loi sur la mobilisation entre en vigueur le 18 mai, baisse l’âge de la mobilisation de 27 à 25 ans et rend l’engagement possible jusqu’à 60 ans. Il s’agit en effet de tenir un front de près de 1.000 km et de compenser les pertes massives. Le 6 août, les FAU entrent dans l’oblast (division administrative) russe de Koursk (Est de l’Ukraine) et progressent rapidement dans le secteur de Soudja, mais les FAFR se réorganisent et forment de nouvelles lignes défensives. Le 2 octobre, ces dernières prennent, en deux mois, la ville de Vouhledar, bastion ukrainien de la région du Donetsk et qui avait résisté deux ans. Le 18 octobre, les services renseignement sud-coréens signalent un déploiement ferroviaire de 12.000 soldats nord-coréens vers la Russie. Le 21 novembre, un missile balistique intercontinental russe Orechnik, de portée intermédiaire (3.000-5.500 km) et capable d’emporter une charge nucléaire, frappe la ville de Dnipro. Le conflit se caractérise par l’incapacité des deux côtés à maîtriser le ciel à cause des défenses sol-air, par l’emploi de l’artillerie et de la frappe dans la profondeur, la transparence du champ de bataille (drones et satellites) et le raccourcissement du cycle innovation, mise en service et retour d’expérience. Mais la technologie ne remplace pas l’engagement du soldat ni la nécessité des réserves.

Opérations navales. Selon l’amiral Slaars, de nombreux navires russes, venus de Mourmansk, Kaliningrad, Méditerranée et Vladivostok, ont rallié la mer Noire dès janvier 2022, afin de la verrouiller : 2 croiseurs ; 2 destroyers ; 1 frégate ; 1 pétrolier-ravitailleur ; 6 bâtiments amphibies. Pourtant les FAFR abandonnent l’idée d’un débarquement dans les ports ukrainiens d’Odessa et de Kherson en juin 2022, privilégiant des assauts terrestres sur Kiev et Hostomel, qui échouent. De juillet 2022 à juillet 2023, des initiatives internationales, notamment de la Turquie, tentent de restaurer la liberté de navigation en mer Noire. De juillet 2023 à octobre 2024, la plupart des navires russes sont détruits ou endommagés, à quai ou dans des bassins d’entretien, par des missiles de croisière ukrainiens. Depuis juin 2023, l’Ukraine a pu reprendre ses exportations de céréales au niveau de celui de 2021 (45 Mt) et de pétrole (60 % des exportations en volume financier) grâce à la mise sur pied d’un corridor. La Russie contourne les sanctions internationales par la mise en œuvre d’une flotte de commerce fantôme. Toutefois, la mer Noire reste infestée d’un millier de mines défensives et offensives. Le conflit souligne l’importance des armes de précision, de la maîtrise du spectre électromagnétique (données venant de l’espace ou du sol), du traitement de la donnée et de la lutte anti-drones.

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Ukraine : accélération de l’innovation en temps de guerre

Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

 




Économie : le rôle clé du Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité

Conseil du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, le Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité (SHFDS) contribue à la gestion des risques et d’une ou de plusieurs crises en cours et protège l’information stratégique.

Son chef, Samuel Heuzé, en a expliqué les missions lors d’une conférence-débat organisée, le 28 janvier 2025 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Île-de-France.

Les missions. Tous les ministères participent à la défense et à la sécurité nationale, responsabilités assurées par le secrétaire général. Quant au ministère de l’Économie, le Code de la défense précise qu’il doit assurer la continuité de l’activité économique en cas de crise majeure, de la protection des intérêts économiques de la nation et de l’adoption de mesures d’ordre financier nécessitées par la conduite de la guerre. Ces missions sont exercées par le haut fonctionnaire de défense par délégation du secrétaire général et correspondant prioritaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui relève du Premier ministre. Pour cela, il dirige le SHFDS qui compte : 60 agents permanents; un réseau territorial placé auprès des préfets de zones de défense et de sécurité ; un secteur d’activités d’importance vitale regroupant environ 70 opérateurs publics et privés, hors énergie ; 183 zones pour la protection du potentiel scientifique et technique ; 8.400 habilitations au secret en gestion pour la protection du secret de la défense nationale ; 330 sites d’infrastructures sensibles de la Direction générale des finances publiques ; 34 plans de continuité de l’activité malgré la perte des ressources critiques. Ces plans incluent la posture Vigipirate pour la préparation, la vigilance et la réaction face à la menace terroriste, le plan contre la crue de la Seine, la lutte contre la pandémie ou la grippe aviaire et tous les plans interministériels. Une autre mission porte sur l’orientation de l’action des ministres responsables de la production, de l’approvisionnement et de l’utilisation des ressources nécessaires à la défense et la sécurité nationale. Le centre opérationnel du ministère de l’Économie, situé à Paris-Bercy, dispose de tous les moyens de communications adaptés pour coordonner une crise de son ressort et discuter des structures interministérielles avec la cellule de crise du ministère de l’Intérieur, qui a pour correspondants tous les hauts fonctionnaires de de défense. Celui du ministère de l’Économie s’assure que chaque direction a pris toutes les mesures nécessaires pour continuer à fonctionner en mode dégradé, notamment en cas de crise numérique majeure. La France compte 350 entreprises et établissements publics, répartis entre tous les ministères, considérés comme essentiels à la continuité de l’État et devant faire face à toutes les crises possibles. Le ministère de l’Économie en surveille 70 dans quatre secteurs d’activités : télécommunications et opérateurs du numérique ; banques et grands organismes financiers ; l’audiovisuel, historiquement lié aux réseaux de télécommunications (photo), et les grands opérateurs de diffusion de l’information et des grands programmes audiovisuels ; l’industrie. Cette dernière compte une cinquantaine d’opérateurs, notamment dans l’énergie, la chimie et l’industrie lourde. Si l’un d’eux disparaît ou ne peut plus fonctionner, la continuité de l’État se trouve en péril. Il s’agit alors de continuer à remplir certaines missions de service public en tout temps et à tout moment, quelles que soient les catastrophes. Par exemple, le ministère de l’Économie s’assure que la chaîne de production de biens stratégiques spécifiques tourne malgré des coupures d’électricité, grâce à un groupe électrogène, ou une attaque informatique, par le renforcement de la cybersécurité.

La sécurisation. La protection du potentiel scientifique et technique concerne les innovations et les savoir-faire très spécifiques et stratégiques disséminés dans les grandes entreprises, les centres de recherche et les écoles d’ingénieurs. Des pays d’Asie, d’Europe et même les États-Unis veulent capter des savoirs, dont ils ont besoin pour développer certaines technologies. La protection consiste à créer, dans les entreprises, centres de recherches et laboratoires, des zones réservées aux personnes habilitées (chercheurs et étudiants), des contrôles d’accès et des enquêtes de sécurité sur les personnels étrangers invités. Il s’agit de contrer la menace sur l’avance technologique, que la France entend conserver, et d’éviter une concurrence économique déloyale. Une autre menace concerne le terrorisme, dont des organisations veulent acquérir des connaissances dans la bactériologie et la chimie, où travaillent des centaines d’entreprises françaises. Le ministère de l’Économie s’assure du respect des traités internationaux en matière de prolifération chimique et biologique dans le domaine civil. Certaines nations souhaitent disposer de savoir-faire pour développer des armes nucléaires ou une dissuasion à partir de sous-marins. Dans ces cas, il s’agit de s’assurer que les personnes travaillant dans un laboratoire spécialisé dans l’acoustique sous-marine ne cherchent pas à capter des informations susceptibles de mettre en difficulté la dissuasion nucléaire de la France ou utiles pour développer une flotte sous-marine transportant des armes biologiques ou chimiques. Un autre niveau de sécurité concerne le contrôle des investissements étrangers en France. L’État s’assure que les entreprises compétentes en matière de défense ou de sécurité ne fassent pas l’objet d’opérations de rachat ou de prises de participations agressives ou intrusives. Le Service de l’information stratégique et de sécurité économique s’assure que les grandes entreprises stratégiques pour la France se trouvent en bonne santé et ne font pas l’objet d’intentions malveillantes. Par ailleurs, le SHFDS coordonne la lutte contre la menace cyber dans un ministère qui compte 130.000 agents et 300 systèmes sensibles. Le Trésor, les Douanes et la Direction des finances publiques disposent d’outils performants pour développer des systèmes d‘information spécifiques pour traiter les fonctions classifiées. Il n’en est pas de même pour les structures plus petites qu’il faut accompagner dans le travail de cyberdéfense, notamment lors d’une saturation des services internet par un acte de malveillance pour en dénier l’accès.

La résilience nationale. En 2024, les hauts fonctionnaires de défense ont dû gérer trois crises différentes. Au cours de celle en Nouvelle-Calédonie (8 mois et 21 jours depuis le 13 mai), les émeutiers ont attaqué des infrastructures critiques, entraînant des coupures d’électricité et de télécommunications jusqu’à l’intervention des forces de sécurité. Lors des Jeux Olympiques à Paris (26 juillet-11 août), il a fallu renforcer les réseaux de télécommunications par 17 antennes supplémentaires en raison de l’affluence de visiteurs, afin garantir les services d’appels d’urgence, de distribution automatique de billets de banque et des terminaux de cartes bancaires. S’y sont ajoutés les renforcements de la cybersécurité et des services de dédouanement dans les aéroports. A Mayotte, le cyclone Chido (14 décembre) a balayé les antennes de télécommunications et les pylônes électriques. Il a fallu rétablir rapidement les réseaux de la Poste et de la Banque de France, car 50 % de la population mahoraise vit des allocations de minima sociaux. Le ministère de l’Économie y a mobilisé 17 personnes pendant un mois. Par ailleurs, le conflit en Ukraine rappelle les enjeux des câbles sous-marins pour le trafic internet (photo). En cas d’engagement majeur de plusieurs semaines à ses frontières, la France est identifiée comme pays d’accueil des troupes britanniques, américaines et canadiennes de l’OTAN en renfort. Quelque 60.000 militaires et des milliers de blindés devraient traverser la France pour se rendre vers l’Est de l’Europe. Des travaux sont en cours avec l’État-major des armées.

Loïc Salmon

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : renforcement industriel en armement et munitions

Sécurité : la résilience, travail de fond préparé en amont




Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées

Avec déjà plus de 400 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA), le ministère des Armées développe l’accès aux données, les infrastructures, les capteurs et les capacités de calcul dans l’administration et les opérations. Un investissement massif dans ce domaine en France a été annoncé lors du sommet mondial pour l’action sur l’IA tenu à Paris les 10 et 11 février 2025.

Orienter, anticiper et accélérer. L’Agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad), créée en mai 2024, dispose d’un pôle recherche, situé à l’École polytechnique à Palaiseau (banlieue parisienne), et d’un pôle technique, localisé chez DGA Maîtrise de l’Information à Bruz (Bretagne), afin que la France conserve sa souveraineté en matière d’IA. Son effectif de 100 personnes au 1er janvier 2025 doit passer à 300 en 2026, dont 250 au pôle technique et 50 au pôle recherche. Le 10 février, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé un investissement de 109 Mds€, auquel participent les Émirats arabes unis, sur les cinq prochaines années pour la construction de centres de données et d’infrastructures associées dans une trentaine de sites en France. Dès 2025, un super calculateur permettra de mettre en œuvre des opérations mathématiques considérables pour préserver et traiter les données confidentielles. L’IA pourra traiter la masse de données générées par les satellites, radars, smartphones et réseaux sociaux pour proposer des choix prévus à l’avance, afin de gagner du temps en raison de l’urgence d’une situation ou du volume trop important de données. Elle devient indispensable dans l’autonomie des systèmes d’armes, l’observation, la logistique, le ravitaillement, la santé du personnel et les ressources humaines. Sur le champ de bataille où chaque seconde compte, l’IA permet au commandement de mieux comprendre, d’anticiper et de décider plus vite que l’adversaire. L’IA analyse et traite l’information de façon plus globale et rapide qu’un opérateur humain.

Combat collaboratif info-valorisé. Les forces armées vont se transformer en réseaux de systèmes interconnectés, capables de s’adapter rapidement à un environnement opérationnel en constante évolution. L’IA va collecter et fusionner les données de multiples capteurs (radars, caméras, véhicules et drones) pour fournir une image complète de l’environnement opérationnel en temps réel. Ce sera le cas pour l’armée de l’Air et de l’Espace avec le programme Scaf (Système de combat aérien du futur) et pour l’armée de Terre avec le programme Scorpion (Synergie du contact transformée par la polyvalence et l’info-valorisation). Pour les systèmes d’observation de Scorpion, l’Amiad a mis au point une « détection d’engins assistée par l’IA » (Demaia) qui alerte l’équipage d’un véhicule des premiers indices de danger et accélère sa compréhension de l’environnement en vue d’une décision plus rapide. Libéré des tâches d’observation, l’équipage se concentre alors sur ses actions en vue d’un avantage décisif sur le terrain. La Demaia dispose de viseurs optroniques de nouvelle génération enrichissant en temps réel les flux vidéo des différents capteurs. Son algorithme avancé assure une détection précise des véhicules amis ou ennemis, tout en intégrant ces données à l’environnement tactique. Il s’ensuit un gain en sécurité et en réactivité. Par ailleurs, l’Amiad et DGA Maîtrise de l’Information ont développé le démonstrateur Oasis qui détecte et identifie les drones amis ou ennemis dans l’environnement électromagnétique, grâce à une analyse fine et précise par l’IA. En outre, Oasis neutralise les capacités adverses par un brouillage sélectif rendant la détection du brouilleur plus difficile, tout en préservant les capacités opérationnelles alliées. L’Amiad et la section technique de l’armée de Terre travaillent sur le système Proteus standard 2, constitué d’un canon anti-aérien de 20 mm, d’une caméra et d’un ordinateur, pour intégrer l’IA, prédire la position future de la cible, proposer la visée et calculer des tirs ultraprécis.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

 




Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

La modélisation numérique des blindés, drones et robots multi-milieux permet une immersion dans un contexte tactique complexe. L’intelligence artificielle (IA) peut les confronter à un ennemi réactif dès la conception et évaluer leurs avantages, points faibles et doctrines d’emploi.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan (CReC) en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense). Y sont notamment intervenus : Fabien Lionti, doctorant à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique ; Olivier Parodi, expert en autodirecteurs, et Jean-Michel Tran, responsable du domaine scientifique IA chez Naval Group ; Thierry Berthier, chercheur au CReC ; Bruno Ricaud, spécialiste IA chez KNDS France.

Véhicule terrestre. L’IA sert à construire des modèles pour valider le comportement d’un véhicule afin d’en analyser la sécurité, indiquent Fabien Lionti. La modélisation de toute l’enveloppe dynamique du véhicule sur de longs horizons temporels pourra limiter l’accumulation des erreurs. Celles-ci résultent de la faible quantité de données, de données parasitées par des bruits ou perturbées et des limitations des instruments de mesure eux-mêmes. En revanche, l’IA permet d’exploiter des connaissances « a priori » (déjà acquises) sur la dynamique du véhicule et réutilise des campagnes d’essais antérieures. Elle établit des méthodologies d’apprentissage robustes au bruit. La recherche porte sur la maîtrise des connaissances « a priori », en identifiant les informations utiles parmi toutes celles disponibles. La prise en compte de phénomènes dynamiques implicites (stabilité du véhicule) entraîne une complexification de l’architecture.

Domaine naval. La simulation d’un combat naval consiste à entraîner une IA face à d’autres IA, expliquent Olivier Parodi et Jean-Michel Tran. L’accélération du temps de calcul permet de confronter l’IA apprenante à des scénarios qu’un être humain n’a peut-être pas encore imaginés. Cela répond au besoin de réponses en temps réel, voire plus rapides que le temps réel, de modèles souvent complexes. L’IA doit générer des solutions tactiques respectant les doctrines en usage dans les armées. Pour cela, il faut réaliser des aides à la décision pour l’emploi de systèmes d’armes qui soient entraînées, en amont, à répondre dans le cadre des doctrines. Celles-ci vont évoluer grâce aux scénarios inédits de l’IA, qui va d’abord en détecter les failles puis les améliorer. Les images synthétiques et la base de données permettront de déterminer plus rapidement la classification d’un navire et son fonctionnement. L’IA permettra d’hybrider la situation tactique d’un sous-marin, d’un porte-avions ou d’une frégate en simulant des adversaires qui n’existent pas et d’autres mus par une certaine intelligence. Par exemple, des IA ennemies conduiront des torpilles, tandis que des IA amies proposeront des solutions de trajectoires, de plans et de contre-mesures. Puis, petit à petit, le niveau des incidents va monter. L’idée consiste à modéliser les doctrines à partir de machines, d’entraîner un réseau et, dans un second temps, de les utiliser avec des humains dans la boucle. Par ailleurs, l’emploi de l’IA et de la simulation nécessite une approche complémentaire pour la validation des comportements des drones de surface et sous-marins. Cette dernière subit diverses contraintes : travail dans un environnement marin européen tout en préservant la sécurité de défense ; protection de la confidentialité de la doctrine vis-à-vis des industriels ; interfaçage avec d’autres acteurs ; rapidité de la mise à disposition de prototypes à bord des navires ; ressources très limitées ; simplicité d’emploi pour l’opérateur. Outre les aspects technique et opérationnel cités plus haut, la « war room » (salle de crise) doit transférer plus rapidement la recherche et le développement dans les mains des opérationnels et rationaliser l’utilisation des ressources. Les simulateurs d’entraînement embarqués sur des navires de surface permettent d’expérimenter, sous contrôle humain, les solutions à base d’IA, d’évaluer les IA en environnement réel et de tester le facteur humain face à l’IA. Simulation et IA vont entraîner l’évolution des systèmes d’armes autonomes : drones ; torpilles ; aides à la décision ; outils d’analyse et de conduite de l’action. L’apprentissage par renforcement permet à un agent autonome (robot) d’apprendre à prendre des décisions face à une menace dans un environnement dynamique, en fonction du temps, de l’incertitude et des conséquences non immédiates de ses actions.

Drones aériens. La robotique, notamment aérienne, connaît une montée en puissance en termes de vélocité, d’autonomie, de miniaturisation, d’agressivité, de furtivité, d’endurance et de résilience, indique Thierry Berthier. Ainsi, le 26 septembre 2024, la Chine a procédé au-dessus du parc de la baie de Shenzhen à un vol simultané de 10.197 drones d’une vitesse de 200 km/h. Pour militariser cet essaim civil, il suffit d’embarquer 1 kg d’explosif sur chaque drone, portant sa puissance destructrice à plus de 10 tonnes d’explosif conventionnel. L’attaquant a l’avantage, car la défense s’avère plus complexe et doit se constituer elle aussi en essaim. Un intercepteur, en vol automatique, doit détecter une cible mobile, effectuer un suivi de vol, la rattraper et la neutraliser par choc cinétique, détonation à distance pour l’endommager ou déclencher sa charge militaire. La société française Eos Technologie a déjà mis au point le drone Veloce 330 « kamikaze » (munition opérée à distance) d’une vitesse de 500 km/h avec une extension possible à 800 km/h. Grâce à l’IA, le simulateur capacitaire de combat Blacksoft a déjà intégré : l’autopilote embarqué ; les détection, suivi, poursuite et ciblage ; l’identification amie ou ennemie ; l’optimisation de trajectoires d’interception ; l’optimisation de trajectoire pour échapper à l’intercepteur. Un essaim de lutte anti-drones à vitesse faible peut contrer l’attaque d’un essaim adverse à vitesse élevée si son propre effectif lui est supérieur en nombre.

Coopération humain-robot. Le domaine militaire terrestre évolue selon le contexte géopolitique et le niveau technologique qui intègre très rapidement les innovations civiles, rappelle Bruno Ricaud. L’IA accroît l’automatisation pour améliorer la protection des opérationnels, en évitant le contact direct, et l’optimisation des forces par rapport à l’adversaire. Sur le terrain, la coopération entre un robot et un être humain vise à laisser à ce dernier la prise de décision d’ouvrir le feu. La simulation de l’activité opérationnelle prépare et accompagne les changements, anticipe les besoins d’utilisateurs futurs et mesure les incidences d’un nouveau système dans le déroulement des activités des opérateurs. Ainsi le moyen d’étude, dénommé « principe du magicien d’Oz », consiste à immerger l’utilisateur de systèmes blindés futurs au sein de robots hautement automatisés, en se concentrant sur son « ressenti ». Il simule un niveau variable d’automatisation et de robotisation ainsi que des interactions via la commande vocale pour donner des ordres de haut niveau. Il varie aussi le nombre d’opérateurs et la fréquence d’apparitions d’impondérables. Le facteur humain s’y trouve associé par le recueil de données objectives et subjectives. Les résultats de la répartition des rôles entre l’humain et le robot portent sur l’identification des informations cruciales pour l’opérateur et l’évaluation de la collaboration de l’humain avec des systèmes automatisés. Ils identifient le moment et de la raison de la reprise du contrôle de leurs robots par les humains, grâce à l’analyse et la gestion de la complexité de l’imprévu par l’humain. Toutes ces informations permettent une analyse fine de l’intégration de l’IA et des systèmes automatisés dans les opérations, afin d’orienter les développements technologiques effectués en parallèle pour, finalement, disposer de technologies répondant aux besoins opérationnels.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées




Walk-Ins

L’agent d’un service de renseignement (SR) qui décide volontairement d’offrir ses services à un pays adverse devient un « walk-in », quand il franchit le seuil d’un bâtiment officiel ou envoie un courrier. Cela peut entraîner des conséquences graves pour son SR et son pays d’origine et influer sur les relations internationales.

L’analyse des parcours complexes de 42 Walk-Ins, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, apporte un éclairage sur cette particularité de la « guerre de l’ombre ». Le monde du renseignement ne connaît que des alliances, variant selon la conjoncture internationale. Les agents de SR partagent deux valeurs indispensables à leur métier, le secret et le sentiment d’œuvrer à la protection de leurs concitoyens et des intérêts de leur pays. Or le walk-in offre la connaissance intime de son SR (organisation, moyens, objectifs, personnels, sources et opérations en cours), la possibilité d’accès direct au circuit décisionnel et l’opportunité d’agir et de défaire ses plans. Ses motivations diffèrent : l’argent, la possibilité d’une vie meilleure, l’idéologie ou la déception politique, le chantage à la personne ou à la famille, le besoin de valorisation, le déséquilibre entre les vies familiale et professionnelle, la vengeance ou même la crainte d’une sanction, d’un déclassement, d’une arrestation ou de la mort (dans les régimes totalitaires). La contrainte d’un long travail d’approche en vue d’un recrutement n’existe pas pour un walk-in qui, s’il est haut placé dans la hiérarchie, apporte des renseignements proportionnels, en qualité et en quantité, à l’importance de ses responsabilités. Comme il ne peut tout connaître en raison du fonctionnement cloisonné du SR, il lui suffit de voler les « bons » documents car tout est écrit quelque part. En revanche, les SR d’accueil devra déterminer les causes de sa défection pour s’assurer de sa loyauté et éviter de se retrouver face à un faux transfuge, envoyé pour tester ses défenses, diffuser de fausses informations, jeter la suspicion ou lancer de fausses pistes. Un walk-in, officier de renseignement ou assimilé, connaît le fonctionnement du SR où il va, sait qu’il y aura une demande de compensation et l’obligation de fournir des preuves de sa bonne foi. A l’issue de « débriefings » longs, stressants et difficiles, il connaît une vie totalement différente de la précédente. Il a obtenu l’asile politique, une nouvelle nationalité, un changement de patronyme, l’installation dans un endroit tenu secret, voire une prise en compte psychologique. De nombreux walk-ins ressentent le besoin d’écrire, souvent avec l’aide d’un tiers. Précédés d’articles dénonçant le régime ou le SR qu’ils ont quitté, leurs livres, parfois autobiographiques, servent à justifier leur acte ou font suite à la forte incitation du SR d’accueil, qui y voit une propagande à bon compte contre le camp adverse. Parmi les 42 walk-ins cités dans l’ouvrage, 19 ont publié 42 livres en Allemagne, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Lettonie, en France, au Japon, en Roumanie et au Danemark entre 1930 et 2005. Certains ont pu démarrer une nouvelle vie, mais d’autres ont dû se cacher le restant de leurs jours et tous ont rencontré des difficultés diverses : crainte de la découverte de leur passé, dépression ou alcoolisme. Un walk-in, resté sur place, s’estime suffisamment expérimenté pour évaluer les risques, mais reste vulnérable à toute indiscrétion d’une « taupe » infiltrée dans le SR étranger auquel il collabore. Toute défection dans le SR d’origine provoque audits, sanctions, sentiment de trahison, crainte d’imitations et réorganisation. Grâce aux walks-ins, les pays occidentaux ont découvert que l’URSS avait monté un réseau d’espionnage et de pillage industriel et économique, avant même la fin de la guerre. Ils ont alors constitué une protection collective en 1949 par le traité de l’Atlantique Nord et l’OTAN. Dès 1947, les États-Unis, qui avaient démantelé leur SR extérieur en 1945, ont créé la CIA pour renforcer leur sécurité.

Loïc Salmon

« Walk-Ins » par Michel Guérin. Mareuil Éditions, 342 pages 21,90 €

La DST sur le front de la guerre froide

Renseignement : l’affrontement des services au début de la guerre froide (1945-1955)

Renseignement et espionnage pendant la seconde guerre mondiale




Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

L’immersion des combattants dans des environnements opérationnels virtuels, grâce à la simulation puis l’intelligence artificielle (IA), permet d’évaluer l’acquisition de leurs savoir-faire.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense).Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du combat futur ; le lieutenant-colonel Grégory Fierling, officier de synthèse de la fonction simulation à la section technique de l’armée de Terre ; le capitaine de frégate Laurent Ollivier, division Plans & Programmes à l’état-major de la Marine ; le capitaine Erwan Le Garrec, officier de cohérence opérationnelle sur la simulation, armée de l’Air et de l’Espace.

Le combat futur. La simulation permet de se préparer à faire face à tous les types de conflit possibles afin d’améliorer les capacités de l’armée de Terre, estime le général Baratz. Elle sera encore plus utilisée pour la formation des combattants avec l’arrivée des systèmes immersifs, générés par l’IA, pour un apprentissage en ciblant des pédagogies pour chaque soldat confronté à des situations anormales. La simulation, très employée pour la formation des équipages de blindés et d’hélicoptères, vise à mécaniser systématiquement certaines activités. Chaque régiment dispose d’un espace de simulation et de numérisation, en vue du combat info-valorisé du système Scorpion qui met en réseau l’ensemble des moyens. L’armée de Terre envisage de mettre en réseaux tous les systèmes d’entraînement collectif afin d’entrevoir des scénarios. Ainsi, le simulateur Élite permet de faire travailler plusieurs équipages simultanément en variant les conditions métrologiques et d’engagement, en vue d’une acquisition plus rapide de compétences. Pour l’entraînement tactique, la simulation permet d’avoir une vision objective de la phase d’entraînement lors du « débriefing » du soir et de gagner en réalisme et en efficacité.  En outre, la simulation collective, accrue par l’IA, forge les esprits des officiers d’état-major. Via les « jeux de guerre », ces derniers s’habituent à saisir les opportunités face à un adversaire manœuvrant. Les analyses à froid avec des algorithmes dégagent des tendances, notamment l’efficacité des combinaisons des capacités, et de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. La simulation valide des hypothèses ou des choix possibles. Enfin, elle permet de tester des doctrines, d’envisager les armements futurs et de préparer des opérations.

L’armée de Terre. Les outils de simulation, apparus en 1992 pour l’entraînement des états-majors, atteindront la 6ème génération dénommée Taran et utilisant l’IA en 2026-2030, indique le lieutenant-colonel Fierling. En école, le soldat apprend à utiliser un système d’arme avec des simulations d’armements légers en cabine pour qu’il puisse manœuvrer. L’IA facilitera l’adaptation des processus pédagogiques aux caractéristiques des différents individus ou à leur amélioration. Des outils de simulation permettent déjà de générer des situations tactiques pour provoquer la rédaction d’ordres de la part des chefs et la rédaction de comptes rendus de la part des servants. Ensuite, tous sont envoyés dans des structures de combat en zone ouverte ou en zone urbaine, où leurs savoir-faire et aguerrissement sont contrôlés face à un ennemi réaliste en vue de combattre dans les engagements les plus durs. Des outils de simulation, disposés sur des engins et des systèmes réels, modélisent les cibles à viser et les tirs par des rayons laser. Ils optimisent les savoir-faire individuels et collectifs avant l’emploi effectif de matériels très onéreux. L’armée de Terre dispose de 6.000 machines installées dans 120 sites et reliées par 160 serveurs. Les outils de simulation génèrent des situations tactiques pour entraîner les postes de commandement, du niveau de groupement tactique interarmes (infanterie, cavalerie et génie ou artillerie) à celui de la division. Ce dispositif permet de faire travailler, ensemble et dans leur garnison, des individus issus de ces différentes fonctions opérationnelles. Il permet aussi aux états-majors de brigades de s’entraîner depuis leur garnison avec des unités subordonnées du niveau régiment qui restent chez elles. Il intègre des situations tactiques réalisées de manière réelle sur le terrain. Grâce à l’IA, les outils de simulation procèdent à la confrontation des modes d’action amis et ennemis. Ils donnent une indication sur la manœuvre interarmes (combinaison du feu et du mouvement) choisie et sur ses chances de succès. Le prochain enjeu porte sur le combat interarmées.

La Marine nationale. La formation à de nombreux métiers s’effectue sur des simulateurs d’apprentissage avec des instructeurs, explique le capitaine de frégate Ollivier. Les simulateurs, embarqués ou à terre et destinés à l’entraînement tactique, correspondent aux composantes de la Marine. Ceux des forces sous-marines sont installés à Toulon : Sycobs pour la sécurité/plongée ; Mercure pour la conduite normale de propulsion ; Vulcain pour la conduite en cas d’incident de propulsion ; Jupiter et Minerve pour la conduite des opérations et Mars pour la mise en œuvre des armes. Les simulateurs Espadon et Esturgeon reconstituent l’environnement du Central Opérations d’un bâtiment de surface pour les luttes anti-sous-marine, sur la mer et anti-aérienne. L’aviation navale dispose du Simulateur d’entraînement tactique pour l’équipage d’avion de patrouille maritime ATL2 et du Centre de simulation de la base aéronavale de Landivisiau pour les Rafale Marine et les avions de guet aérien avancé E2C Hawkeye du porte-avions Charles-de-Gaulle. L’entraînement des états-majors de niveaux opératif et stratégique est réalisé avec Taran (technologie de l’IA), Direct CGF et CMO (Command Moderne Operations) pour configurer des scénarios impliquant différents types de plateformes en interaction (jeux de guerre). A terme, la Marine nationale va disposer de simulateurs drones, d’autres pour la lutte asymétrique (défense à vue) ainsi que d’une simulation distribuée entre les navires de surface et les aéronefs et des liaisons entre simulateurs des unités en mer et à quai. L’IA présente des avantages pour l’analyse et la reprise de scénarios simulés mais également des contraintes : capacité d’enregistrement et de stockage des informations ; définition de critères de succès pour les tactiques envisagées ; confidentialité de la modélisation, réalisée par les industriels, des tactiques et doctrines de la Marine nationale.

L’armée de l’Air et de l’Espace. La simulation existe pour tous les types d’aéronefs, de systèmes et de missions simples, rappelle le capitaine Le Garrec. Les pilotes passent 70.000 heures chaque année dans une cabine de simulateur Rafale qui coûte plus cher qu’un avion, soit un peu moins de la moitié des heures de vol. Mais la simulation reste insuffisante pour les misions complexes et les exercices nationaux et internationaux, qui nécessitent un environnement réaliste et immersif. Les outils doivent être complétés pour : l’entraînement à la haute intensité impliquant de plus en plus de moyens et d’acteurs connectés ; la maîtrise des coûts ; l’enrichissement des missions d’entraînement en vol ; la diversification et la densification de l’entraînement tactique simulé. Le spectre s’élargit avec le combat collaboratif et l’arrivée du système de combat aérien futur dans un contexte multi-milieux (terre, mer, air, espace et cyber) et multi-champs (informationnel et électromagnétique). La simulation massive en réseau permet de réaliser des missions tactiques, simples et complexes, faisant intervenir des acteurs plus variés et en plus grand nombre. Sur la période 2023-2025, les 12 bases aériennes auront remplacé 12 anciennes cabines et reçu 65 nouvelles : 31 typées chasse ; 13 typées avions de transport tactique ; 21 typées hélicoptères.

Loïc Salmon

Armée de Terre : l’IA dans la conduite des opérations

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle