OTAN : la « Task Force X » et la surveillance de la Baltique

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L’initiative « Task Force X » de l’OTAN préconise les drones pour renforcer la détection d’intrus, face aux menaces maritimes et aux sabotages de câbles et de gazoducs sous-marins en Baltique.

L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’OTAN (ACT en anglais) l’a présentée à la presse le 26 juin 2025 à Paris.

Innovation et industrie. Lors du dernier sommet à La Haye (24-25 juin), les 32 pays membres de l‘OTAN ont décidé de porter leur effort de sécurité à 5 % de leur produit national brut à l’horizon 2035 ainsi réparti : 1,5 % pour la protection des infrastructures critiques et des réseaux et pour la préparation de la société à la résilience ; 3,5 % pour les dépenses militaires et la réalisation d’objectifs capacitaires. Sur ce dernier point, l’ACT avait négocié auparavant les contributions des 32 États. L’accélération de l’innovation technologique dans tous les domaines et sur tous les théâtres d’opérations change la donne et permet d’obtenir un effet de masse d’armements peu chers. Parallèlement, les programmes plus complexes nécessitent recherche, énergie, savoir-faire et moyens industriels. L’ACT, (1.000 personnes) doit organiser la cohabitation entre les deux secteurs. Elle passe les innovations au crible du terrain pour faciliter l’entrée des États membres sur des marchés nouveaux dans une logique d’interopérabilité, notamment pour la surveillance maritime. Il s’agit de mettre les industriels en compétition pour amener les plus performants vers le succès opérationnel. Récemment, l’ACT a loué à une entreprise américaine un service spatial de 200 satellites pour surveiller 18 Mkm2 de Mourmansk à la mer Noire. Chaque passage repère une nouveauté, à savoir tranchée, bâtiment ou gare de triage, qu’un renseignement électromagnétique, humain ou satellitaire à haute résolution permettra de préciser ce qui s’y passe.

Task Force X. En janvier 2025 à la suite du sectionnement d’un câble sous-marin, l’OTAN a lancé la mission « Sentinelle de la Baltique » pour en renforcer la surveillance par des avions, corvettes et bâtiments garde-côtes. Le mois suivant, pour la compléter, l’ACT lance un appel d’offres à des entreprises de construction de drones, retient 10 projets sur 70 et procède ensuite à des essais à Upinniemi (Finlande), Gotland (Suède), Gnieben (Danemark), Ustka (Pologne) et Rostock (Allemagne). Les expérimentations ont vérifié que les flux de données peuvent s’agréger et qu’ensuite il sera possible d’y intégrer de l’intelligence artificielle. Elles ont mobilisé 40 drones de surface et 30 drones aériens ou sous-marins complémentaires. En juin, le Commandement maritime de l’OTAN a ainsi pu disposer de deux flottes de drones de surface et sous-marins, l’une dans le golfe de Finlande et l’autre dans le détroit du Danemark en vue de décider le pistage d’un bateau, selon la situation tactique et en fonction du traitement de nombreuses vidéos. La compilation des détections par des bâtiments de surface (en jaune sur la photo) et des drones (en bleu) ont permis de repérer, fin juin, un pétrolier chinois commandé par un capitaine russe de la « flotte fantôme », utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales consécutives à son invasion de l’Ukraine. Les Russes ont tenté de brouiller les drones. L’exercice « Dynamic Messenger 2025 », prévu en septembre, vise à réaliser la dimension offensive. L’OTAN n’ayant pas d’armée, des discussions sont en cours sur la mise en place d’une flotte commune de drones de surface par les pays riverains de la Baltique (Norvège, Suède, Finlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne et Allemagne) pour une surveillance permanente et pour militariser les drones, comme le fait l’Ukraine en mer Noire. A titre indicatif, la surveillance en cours de la Baltique avec des frégates et des avions de patrouille maritime coûte environ 4 à 5 M€ par jour. Les expérimentations de la Task force X ont nécessité la location pendant un mois de 40 drones navals pour seulement 10 M€.

Loïc Salmon

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