Défense antimissiles : surtout protection des forces, moins celle des populations

La défense antimissiles balistiques (DAMB) est un outil défensif face aux armes de destruction massive, qui constituent une capacité crédible de projection de puissance à bas coût pour certains pays capables d’en fabriquer.

Le colonel (Air) Loïc Rullière, chef du bureau Prospective technologique et industrielle de la Délégation aux affaires stratégiques, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 6 mars 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’institut des hautes études de défense nationale.

Menaces concrètes. La prolifération balistique reste une préoccupation majeure de la communauté internationale. Toutefois, la Chine, l’Inde, la Russie et les États-Unis continuent de financer recherches et développements dans ce domaine. En outre, des échanges de technologie ont lieu entre pays proliférants ainsi que des ventes de matériels susceptibles d’entrer dans la composition d’un missile. La Chine a effectué le plus grand nombre de tirs de missiles depuis 2007. La Turquie, à la recherche d’une capacité spatiale, investit massivement dans les lanceurs, dont la technologie s’applique aux missiles. Déjà, les missiles de la Corée du Nord peuvent atteindre la Corée du Sud, le Japon, Taïwan et les bases américaines qui s’y trouvent. L’Iran développe des missiles à courte et moyenne portées, en vue d’actions régionales. Il ne menace pas encore les États-Unis, mais n’a pas besoin de missiles à longue portée pour atteindre les pays européens. Des acteurs non étatiques pourront bientôt intervenir. Ainsi, le mouvement chiite libanais Hezbollah et les groupuscules palestiniens disposent de roquettes de plus en plus lourdes. La Marine israélienne a intercepté récemment un cargo contenant des roquettes de 60 km de portée, capables de frapper au centre de l’État hébreu.

Défis opérationnels. Souvent mais pas uniquement porteurs d’armes de destruction massive (nucléaire, chimique, radiologique ou biologique), les missiles balistiques sont constitués de plusieurs étages pour augmenter leur portée, l’ogive contenant la charge militaire se séparant à partir de 600 km de la cible. Les types de propulsion possèdent des propriétés différentes. Le carburant liquide permet de contrôler la poussée et de faire varier la portée. Mais, son entreposage à température fixe exige de remplir les réservoirs du missile au dernier moment. Le carburant solide, plus facile à stocker, permet de transporter le missile dans son silo par camion, de le positionner et de le déplacer ailleurs après le tir. Pendant la guerre du Golfe (1991), les forces américaines ont rencontré des difficultés pour retrouver les bases de lancement des Scud irakiens. Les missiles balistiques à portées moyenne et intermédiaire visent les villes en raison de leur précision limitée par le manque de guidage terminal, technologiquement difficile aux vitesses de rentrée dans l’atmosphère, de l’ordre de plusieurs km/s. La possession de missiles à longue portée implique des étapes difficiles et incontournables : tête séparable ; séparation des étages ; aide à la pénétration ; ogives à têtes multiples à trajectoire unique sur une seule cible ; ogives à têtes multiples à trajectoires indépendantes, qui produisent le maximum d’effet sur des objectifs différents de la même zone.

Défis technologiques. Les trajectoires de ces missiles, situées en grande partie hors de l’atmosphère, sont prévisibles, principe sur lequel reposent les capacités d’interception, indique le colonel Rullière. La DAMB dite « passive » limite l’impact du missile, tandis que celle dite « active » l’empêche d’atteindre sa cible. La composante spatiale de la DAMB constitue l’alerte avancée pour déterminer le point de lancement et ainsi identifier l’agresseur. La détection, par infrarouge, de la chaleur dégagée par le missile permet de connaître l’axe et l’altitude de sa trajectoire, de préciser sa catégorie et localiser la région d’impact. Ensuite, les radars de très longue portée (5.000 km) à basses fréquences effectuent une recherche en « nappe », où chaque antenne regarde dans une direction donnée (« sectorisée ») pour affiner la zone d’impact et alerter les systèmes d’interception. Déplaçables et installés à proximité des pays « menaçants », ces radars aident à la contre-prolifération en reconstituant les données sur les caractéristiques des missiles. Les renseignements d’origine humaine permettent de savoir quels sont les pays capables de les munir de charges conventionnelles ou nucléaires. Le relais passe aux radars de veille et de trajectographie, qui portent jusqu’à 1.500 km et assurent une veille de 360 ° ou sectorisée. Les radars de conduite de tir prennent la main pour raccourcir le plus possible la chaîne d’engagement dans le temps, notamment dans les basses couches de l’atmosphère, où le trajet dure moins d’une minute. L’interception en dehors de l’atmosphère étant autorisée, le « véhicule tueur » va chercher le missile assaillant avec son radar auto-directeur, en vue d’un impact direct à 80-120 km d’altitude. Si l’interception échoue, le missile pourra aller n’importe où. En cas de succès, les débris s‘éparpilleront, causant peu de dégâts collatéraux sur l’immensité presque vide de l’Amérique du Nord protégée par le système NORAD, mais beaucoup plus sur le territoire européen, à forte densité de population. Russie, Chine, États-Unis et Israël disposent d’intercepteurs montés sur camions. Les  systèmes THAAD américain et Aster 30 franco-italien sont installés sur des navires.

Défis politiques. La DAMB coûte très cher, avec un taux de réussite de 50 % et un système de commandement et de contrôle (C2) étalé sur 4.000 km. « On ne pourra pas tout protéger, il faudra faire des choix sur certaines parties du territoire, l’une des grosses difficultés de l’OTAN », souligne le colonel Rullière. En fait, 88 % des missiles balistiques sont à courte portée pour exercer des menaces régionales. L’Union européenne investit donc dans la défense de théâtre pour protéger surtout les forces armées et moins les territoires. Les négociations entre l’OTAN et la Russie sont interrompues. Celle-ci cherche à obtenir un accord contraignant pour les États-Unis, qui ont pris une avance technologique et la maîtrise. Pour la France, indique le colonel, la DAMB reste un outil capable de faire face à une attaque simple et limitée. Elle complète la dissuasion, mais ne peut s’y substituer.

Loïc Salmon

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

Les missiles balistiques stratégiques, dotés d’une charge non conventionnelle, jouent un rôle dissuasif par leur capacité à frapper les intérêts adverses sans réelle possibilité d’interception. Parmi les missiles à courte portée (jusqu’à 1.000 km), se trouvent les Iskander-E russes (vendus à l’exportation), Shaheen I pakistanais, Scud soviétiques et Pershing américains. Parmi les missiles à moyenne portée (1.000 à 3.000 km), figurent les Shahab-3 M et Ashura iraniens, Nodong-1 nord-coréens, Shaheen 2 pakistanais, Agni II indiens et Jericho-II israéliens. Parmi les missiles à portée intermédiaire (3.000 à 5.500 km), se trouvent les Agni III et IV indiens. Parmi les missiles à longue portée (5.500 à 13.000 km) figurent les Taepodong 2 nord-coréens et les Topol-M et SS-18 russes.




Europe de la défense : ça avance à petits pas

Dans un environnement international plus difficile, l’Union européenne (UE) peine à se focaliser sur sa défense, alors que les États-Unis se tournent vers l’Asie pour faire face à la Chine. Pourtant, des avancées sont possibles, à condition qu’elle s’en donne les moyens.

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 23 janvier 2014 à Paris, par les associations « Forum du futur » et « Minerve EMST ».

Contexte international. L’Europe de la défense a été relancée lors du sommet franco-britannique de Saint-Malo en 1998, puis a connu deux coups d’arrêt : l’intervention de la Grande-Bretagne en Irak avec les États-Unis (2003) et le rejet du projet de constitution européenne par référendum populaire aux Pays-Bas et en France (2005). Toutefois, l’UE s’est engagée avec succès dans l’opération « Artémis » (2003) pour éviter un génocide au Congo. Avec l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie, elle affirme sa présence en océan indien depuis décembre 2008, aux côtés des Marines de la Russie, de la Chine, de la Corée du Sud, du Japon… et des États-Unis dans le cadre de l’OTAN. Par le traité de Lisbonne (2009), l’UE s’est dotée d’un Service d’action extérieure, dirigé par un haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et également vice-président de la Commission européenne. Cet outil, qui lui permet d’avoir une lecture commune d’une situation stratégique dans un endroit donné à un moment donné, assure une production d’analyses partagées, essentielles pour la sécurité. Ainsi, au Moyen-Orient, indique François Heisbourg, les révolutions arabes ont débouché sur l’incertitude, l’instabilité et la conflictualité. « En Libye, on est parti en guerre et en Syrie, on a failli partir en guerre ». Il ajoute que la guerre civile redémarre en Irak, que la situation en Arabie saoudite est sclérosée sur les plans social et politique et que la Russie s’affirme davantage. Au Mali, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les États-Unis coopèrent en matière de renseignement (partage et fusion des données). La Chine, dont le produit intérieur brut a cumulé ceux de l’Allemagne et du Japon en 2013, et l’UE sont les premières partenaires commerciales l’une de l’autre. Il s’ensuit un risque de conflit politique et stratégique avec les États-Unis dans la région Asie-Pacifique, que l’UE gèrerait difficilement, du fait qu’elle dépend des États-Unis pour ses capacités militaires. Seule région du monde à dégager une croissance économique nulle en 7 ans, l’UE, a diminué ses dépenses de défense de 15 % depuis 2008, soit 30 Md€ de moins en 5 ans ! Or, par suite du plafonnement du budget de la défense aux États-Unis, les entreprises américaines d’armement, qui ont un besoin vital d’exporter, vont tenter d’absorber ce qui reste de l’industrie de défense dans l’UE, en commençant par les pays les plus faibles.

Intérêts nationaux. « La Grande-Bretagne s’intéresse à la défense, mais peu à l’Europe, l’Allemagne s’intéresse à l’Europe mais peu à la défense et la France ne sait à quel saint se vouer », estime François Heisbourg. Il rappelle qu’une grande partie de l’opinion publique britannique est passée de « l’euroscepticisme » à « l’europhobie ». Si la majorité actuelle est reconduite après les élections générales de 2015, elle organisera un référendum en 2017 sur l’appartenance du pays à l’UE. En conséquence, il n’y a guère de progrès à attendre sur la défense européenne de la part de la Grande-Bretagne. En outre en 2009-2010, par souci d’économies, celle-ci a sacrifié son aviation de patrouille maritime… composante qui s’est révélée indispensable en Libye en 2011. De son côté, l’Allemagne ne se détermine plus par rapport aux positions des autres pays dans les domaines militaire et international. Pendant la guerre froide, qu’elle vivait mal, elle ne s’engageait qu’au sein de l’OTAN et contre l’URSS. Après la chute du mur de Berlin en 1989, elle a participé à des opérations extérieures en coalition et sous drapeau de l’ONU : service de santé au Cambodge et en Somalie, puis troupes combattantes au Kosovo. Mais en 2003, elle s’est émancipée de la tutelle des États-Unis en refusant de participer à leur intervention en Irak. En revanche, elle a décidé d’envoyer en Afghanistan, sous l’égide de l’OTAN, un contingent qui s’y trouve encore 7 ans plus tard. Quoique ses régiments d’infanterie de marine soient intervenus souvent en Afrique subsaharienne, la France a sous-estimé les difficultés en Centrafrique par insuffisance de renseignement, indique François Heisbourg : «  Ce n’est plus l’efficacité des réseaux Foccart » (la « Françafrique ») et « la garde présidentielle n‘est plus gérée par le Service action de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) ». Aujourd’hui, il s’agit de « ne pas apparaître comme néocolonial ». Par ailleurs, tout en réduisant le format de ses armées, la France a préféré en conserver toutes les capacités plutôt que de perdre des savoir-faire : «  Un Rafale détruit plus de cibles à coup sûr que 1.000 bombardiers pendant la seconde guerre mondiale ». Désormais, les recherches porteront surtout sur la technologie de l’information, dont la capacité de traitement double tous les 18 mois.

Perspectives communautaires.

Le Commandement européen du transport aérien militaire fonctionne bien et permet de réaliser des économies substantielles. Mais, pendant l’intervention au Mali, l’Agence européenne de défense a pu mobiliser 50 avions de ravitaillement en vol… dont la plupart n’étaient pas certifiés pour ravitailler tous les types d’avions de l’UE ! En raison de l’urgence opérationnelle, il a fallu effectuer les certifications très rapidement, processus désormais systématique. Les directives européennes sur l’ouverture des marchés publics de la défense ont été transposées dans les droits nationaux des États membres, mais il reste des failles en matière de transfert de technologies, estime François Heisbourg. De plus, l’UE dispose d’une pléthore de moyens d’essais, héritage historique très onéreux, mais une rationalisation nécessiterait une mise de fonds très importante. Enfin, l’interopérabilité des drones européens implique une formation commune préalable des utilisateurs.

Loïc Salmon

Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense

Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien

L’AED : vision stratégique, recherche et technologie

La Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), partie intégrante de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), donne à l’Union européenne (UE) la possibilité d’utiliser des moyens civils et/ou militaires dans le but de prévenir des conflits et gérer les crises internationales. Composé d’ambassadeurs des États membres de l’UE, le Comité politique et de sécurité (COPS) assure le suivi de la situation internationale dans les domaines relevant de la PSDC et émet des propositions d’objectifs politiques et recommandations d’options stratégiques à l’intention du Conseil européen (chefs d’État et de gouvernement). Le Comité militaire (représentants permanents des chefs d’État-major) fournit au COPS des recommandations et avis sur toutes les questions militaires et évalue les options stratégiques de gestion des crises et de développement des capacités définies par l’État-major de l’UE, auquel il donne ses directives.




Le basculement océanique mondial

Le trafic maritime marchand mondial est passé de 550 Mt de marchandises en 1995 à 8 Mdt en 2008. La plaque arabique, longue de 2.000 km et large de 500 km, recèle près des trois quarts des réserves mondiales d’hydrocarbures et 40 % de la production mondiale de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz.

Placé entre le golfe Persique et la mer Caspienne qu’il relie par des oléoducs, l’Iran se retrouve au centre géopolitique du monde, dont il est le 4ème producteur de pétrole et dépositaire de la 2ème réserve de gaz après la Russie. Par le détroit de Malacca, 50.000 navires transportent chaque année 30 % du commerce mondial et 80 % des importations pétrolières de la Chine et du Japon. A l’importance stratégique des canaux de Suez et de Panama, pourrait s’ajouter, à terme, celle du passage de l’Atlantique au Pacifique par le Nord-Est par suite du réchauffement climatique. La montée en puissance des marines de commerce s’est accompagnée de l’essor des flottes de guerre pour sécuriser ces axes maritimes, menacés par les trafics illicites et la piraterie. A la suite d’analyses géographiques, historiques et statistiques, les auteurs constatent que les anciennes puissances océaniques (Europe, États-Unis et Japon) ont réduit leur présence sur les mers, alors que les pays émergents (Chine, Inde et Brésil) augmentent la leur. A partir des années 1990 et afin de maîtriser la route maritime la reliant au golfe Persique, la Chine lance sa stratégie du « collier de perles » par la construction de bases navales en Birmanie, au Bangladesh, au Pakistan et au Sri-Lanka. Pour la contrer, les Etats-Unis ont renforcé leur base de Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos au milieu de l’océan Indien, pour surveiller les zones sensibles et lutter contre le terrorisme. Ils considèrent en effet que l’Asie-Pacifique présente un risque d’embrasement  pour diverses raisons : poursuite du programme nucléaire nord-coréen ; non règlement du contentieux Chine/Taïwan ; montée de l’islamisme en Indonésie ; instabilité politique des Philippines ; brigandage maritime en mer de Chine méridionale. Le Japon modernise sa Marine pour contrôler les routes maritimes indispensables à sa sécurité et pallier la montée en puissance chinoise. Dans l’océan qui porte son nom, l’Inde développe sa Marine pour : bloquer les trafics d’armes et de stupéfiants ; protéger ses voies de navigation pour ses approvisionnements énergétiques et son commerce extérieur ; patrouiller dans sa zone économique exclusive de 2,3 Mkm2. Par ailleurs, la Russie cherche à monopoliser l’écoulement des exportations pétrolières des pays riverains de la mer Caspienne par son propre réseau d’oléoducs continentaux. Pour cela, elle a reconduit ses accords militaires avec l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan et renforcé sa flotte en mer Caspienne. Les États-Unis ont alors lancé une coopération avec l’Azerbaïdjan, fourni une aide militaire à la Géorgie et un soutien financier à l’Arménie. De son côté, la Chine a conclu un accord de coopération avec le Kazakhstan. En Amérique latine, le Brésil développe sa Marine avec notamment l’aide de la France. Celle-ci, déjà présente à Djibouti, a construit une base navale à Abou Dhabi face à l’Iran, exemple qu’envisage de suivre la Grande-Bretagne dans le sultanat d’Oman !

Loïc Salmon

Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Marine et Diplomatie

« Le basculement océanique mondial » par Olivier Chantriaux et Thomas Flichy de La Neuville. Éditions Lavauzelle, 150 pages.




Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

La France développe, en coopérations multiples, une capacité de surveillance de l’espace, de plus en plus menacé, pour y garantir sa liberté d’action et protéger ses intérêts et ses forces militaires déployées, tout en respectant ses engagements internationaux.

Le général de division aérienne Yves Arnaud, commandant le Commandement interarmées de l’espace, a fait le point sur la question au cours d’une conférence-débat organisée, le 17 décembre 2013 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Enjeu de puissance. Aujourd’hui, quelque 50 pays disposent d’une capacité spatiale par l’acquisition de satellites, sans posséder de lanceurs. « Google Earth » réalise des images satellites avec des résolutions inférieures à 50 cm… que peuvent éventuellement se procurer des organisations terroristes. L’espace est devenu un instrument de politique étrangère et un multiplicateur de forces militaires. Grâce au niveau élevé de ses ingénieurs et une volonté de soutien à l’industrie et la recherche, la France est la seule en Europe à mettre en œuvre une capacité spatiale complète : alerte avancée pour détecter le départ de missiles, navigation par satellites (système de positionnement Galileo) et lancement (Ariane Espace et Soyouz depuis la base de Kourou). Sa capacité autonome de situation lui donne son autonomie stratégique. La capacité spatiale permet de remplir les missions militaires. Le Livre blanc 2008 sur la défense et la sécurité nationale précise : « L’espace extra-atmosphérique est devenu un milieu aussi vital pour l’activité économique mondiale et la sécurité internationale que les milieux maritime, aérien et terrestre ». Sur le plan juridique, l’espace n’appartient à personne, mais le Traité de 1967 interdit d’y placer des armes de destruction massive. Toutefois, l’espace est devenu une zone de confrontation, où certains États ont déjà manifesté leur capacité d’agression. Ainsi, la Chine, qui a réalisé en quelques années des progrès remarquables dans le domaine spatial, a tiré en 2007 un missile sur un de ses satellites en orbite. L’année suivante, les États-Unis ont fait de même sur un satellite en orbite plus basse… démontrant ainsi leur propre capacité. Leur système de positionnement GPS, constitué d’une constellation de satellites en orbite à 20.400 km d’altitude, permet de prévoir les précisions de tir sur un théâtre donné. L’autorisation de tir de l’arme dépend en effet de la qualité du signal. En outre, le GPS fournit l’horloge de référence pour toutes les opérations bancaires dans le monde, dont le dysfonctionnement engendrerait un véritable chaos. Mais, leurs propres intérêts les obligent à en garantir l’accès aux services civils. Les petits satellites ont une orbite et une durée de vie inférieures aux gros satellites militaires, qui emportent de lourds moyens optiques performants. Ainsi, les satellites « Pleiades » français pèsent 980 kg et « Hélios » 4,2 t. Ils surveillent les zones où sont déployées les forces et renseignent les autorités politico-militaires. Les études des satellites post-Pleiades et post-Hélios commenceront en 2017.

Surveillance indispensable. Un débris de 1 cm2, qui se déplace dans l’espace à 7 km/s,  détruit un satellite de plusieurs tonnes. Le 10 février 2009, la collision entre le satellite américain « Iridium-33 » de téléphonie mobile et le satellite russe « Cosmos-2251 » a causé plusieurs milliers de débris d’une surface supérieure à 1 cm2 et dispersés sur des orbites de 250 km à 1.300 km. Ces « nuages » de débris menacent notamment les orbites des satellites français « Hélios » (observation optique) et « Elisa » (écoute électromagnétique pour la détection des radars). Une collision similaire polluerait, par une réaction en chaîne, la totalité des orbites basses. Actuellement, 30.000 débris en orbite basse sont « traçables ». Un satellite, dont l’orbite est modifiée, peut éviter une collision, mais au détriment de sa durée de vie. La redondance de ses appareils vitaux, placés à des endroits séparés, augmente sa capacité de survie. En outre, la rentrée d’un satellite dans l’atmosphère représente un risque pour les populations sur terre. Par ailleurs, la menace, intentionnelle et identifiée, contre un satellite en orbite constitue un acte de guerre. La surveillance de l’espace porte donc sur la détection des risques et menaces et la protection des satellites contre collisions et attaques. La France met en œuvre le radar « Graves » (grand réseau adapté à la veille spatiale), conçu pour détecter les objets en orbite de 400 km à 1.000 km, en suit environ 2.400. Les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Japon disposent des mêmes capacités. Les autres moyens français incluent les radars de trajectographie « SATAM » (centres d’essais et champs de tir) et « TIRA » (franco-allemand) et ceux du Monge, bâtiment d’essais et de mesures des tirs de missiles balistiques (dissuasion nucléaire). Les logiciels français « Ciborg » et américain « STK » analysent les données de « Graves ». Depuis 2012, le programme « Oscegeane » permet d’observer depuis la terre les satellites géostationnaires à 36.000 km d’altitude et de suivre les satellites d’écoute de communications.  C’est aussi à partir des données de « Graves » et des radars américains plus performants que le Centre national d’études spatiales élabore les risques de collision. Son centre opérationnel d’orbitographie détecte également des objets d’intérêt militaire en coordination avec le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes.

Coopérations incontournables. Les coopérations opérationnelle et de partage de données avec les États-Unis, diplomatiques au début, sont devenues commerciales. La confidentialité est de règle, car chaque pays connait les orbites fines des satellites de l’autre. Les satellites optiques français complètent les satellites radars allemands et italiens. Une observation optique donne une image réelle…quand le ciel est dégagé. Une observation radar est de moins bonne qualité, mais possible par tous les temps ! Toutefois, son interprétation est plus complexe que celle de l’image optique. Enfin, la coopération franco-allemande (armée de l’Air, CNES et centre allemand GSSAC) constitue le noyau du programme européen de surveillance de l’environnement spatial à l’horizon 2020 (« Galileo » et « Copernicus »).

Loïc Salmon

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Les « géocroiseurs » ou astéroïdes susceptibles de rencontrer la terre y causeraient des dégâts considérables. Les effets des rayons solaires peuvent perturber le fonctionnement ou même endommager les satellites. S’y ajoutent les millions de débris de toutes sortes dans l’espace (photo), dont la durée de vie varie de 6 mois à plus de 10.000 ans selon les orbites. Le Centre national d’études spatiales (CNES) et l’Agence spatiale européenne assurent la météorologie de l’espace. A ce titre, le CNES entretient des relations avec la Russie et la Chine. L’armée de l’Air surveille l’espace pour détecter les collisions possibles et les rentrées à risques dans l’atmosphère. Elle évalue aussi les menaces que représentent les survols de satellites adverses ou le rapprochement de satellites français d’intérêt militaire.




Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Apprendre, comprendre et décider dans un environnement militaire complexe, évolutif et incertain. Tels sont les objectifs des officiers qui suivent le cursus de l’enseignement militaire supérieur, en vue d’occuper des responsabilités importantes d’état-major national ou multinational, puis de hautes fonctions militaires.

La Direction de l’enseignement militaire supérieur ne dispose pas de corps professoral intégré, mais s’appuie sur des intervenants extérieurs pour adapter le contenu de la formation. Elle entretient des relations avec des établissements civils de haut niveau : École des hautes études commerciales de Paris (HEC), École nationale d’administration, ISCPA (école supérieure des médias) et Institut des hautes études de défense nationale (rattaché au Premier ministre). Les orientations sont fixées par le chef d’État-major des armées, assisté des chefs d’état-major des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie, des directeurs de l’Armement et des Services du commissariat, des essences et de santé des armées. L’enseignement militaire supérieur a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 27 novembre 2013 à l’École militaire à Paris, par son directeur, le général de corps d’armée Jean-Marc Duquesne. Y ont notamment participé le directeur de l’École de guerre, le contre-amiral Marc de Briançon, et celui du Centre des hautes études militaires, le général de brigade aérienne Bruno Maurice.

L’École de guerre, accessible uniquement par concours, dure une année universitaire et met l’accent sur l’enseignement tactique. Elle a remplacé le Collège interarmées de défense en 2011, en raison de l’évolution des conflits dans les Balkans et en Afghanistan, car « la guerre est revenue en tant que réalité », souligne le général Duquesne. Les officiers élèves apprennent à traiter de nombreuses informations multidisciplinaires, utiliser des techniques de pointe, travailler avec des gens de cultures différentes et innover pour anticiper le champ de bataille en état-major. Ils doivent réaliser une mutation intellectuelle pour passer de l’esprit d’exécutant à celui de décideur et préparer des hommes au combat. Ils sont mis en situation opérationnelle pour acquérir l’esprit interarmées et celui de synthèse, indispensable à toute prise de décision. L’enseignement interarmées porte sur : la planification et la conduite des opérations militaires ; le fonctionnement des chaînes décisionnelles nationales et multinationales dans un contexte interministériel ; la description de l’outil de défense et la compréhension des rouages de l’administration des armées ; la préparation au commandement. A l’issue de leur formation et avec une bonne connaissance de l’anglais opérationnel, les officiers brevetés doivent être aptes à : participer à la conception, la planification et la conduite des opérations interarmées dans un cadre national, multinational ou interallié ; exercer des responsabilités de commandement et de management au sein des unités, des états-majors de forces et des organismes de l’administration centrale du ministère de la Défense. Tout cela va de pair avec le développement de leur aptitude au « leadership » : capacité à fédérer les énergies autour d’une action collective. Il s’agit de travailler dans « l’esprit » et non dans la « lettre », explique le général Duquesne : « Un officier breveté a un devoir de contre argumentation avant l’ordre du chef. Mais après que l’ordre est tombé, il doit assumer ».

Le Centre des hautes études militaires (CHEM), dont les auditeurs sont désignés par le ministre de la Défense, dure de septembre à juin. Niveau d’enseignement militaire le plus élevé en France, il regroupe des colonels ou assimilés ayant cinq ans de grade, une bonne compétence professionnelle, une maturité émotionnelle et une « agilité intellectuelle ». Parmi les auditeurs de la session 2013-2014, les 2/3 viennent du commandement des opérations en Afghanistan, en Libye et au Mali, connaissent l’emploi des drones et ont des approches différentes du processus décisionnel. Tous suivent une formation de niveau politico-militaire et stratégique sur les domaines opérationnels, la préparation du futur, le management et l’organisation des armées et les aspects interministériels et internationaux de la défense et de la sécurité. Ils contribuent aussi à l’enrichissement des réflexions stratégiques. Les thèmes d’études donnent lieu à des travaux de synthèse sur des dossiers « brûlants », qui collent à la réalité et sont destinés à l’État-major des armées. La session est répartie en comités ou en groupes de travail au cours desquels les auditeurs partagent leurs expériences. Quel que soit leur parcours individuel, ils doivent acquérir la capacité de développer une vision stratégique et affirmer leurs convictions. « L’échange est important, souligne le général Maurice, on apprend individuellement mais on se construit collectivement ». Les auditeurs travaillent avec les stagiaires de l’École de guerre, pour créer un lien entre les générations d’officiers, et suivent le cursus complémentaire de l’Institut des hautes études de défense nationale (2/3 de civils). Ils effectuent également des voyages d’études, notamment à Mons (OTAN), Bruxelles (Union européenne), New York (ONU), Washington, Londres et Berlin. Les 2/3 des futurs officiers généraux seront passés par le CHEM, les autres ayant travaillé auprès des hautes autorités de l’État.

Le Centre de documentation de l’École militaire (CDEM) sert en priorité l’enseignement militaire supérieur et la recherche. Ses fonds comptent 10.000 volumes de monographies et documents de recherche (thèses, mémoires et congrès), 1.000 titres de périodiques et des ressources électroniques spécialisées ainsi que des manuscrits, imprimés, cartes et plans anciens du XVIème au XIXème siècle. Sur le plan international, le CDEM crée des partenariats avec des bibliothèques et centres de documentation similaires. Enfin, il s’ouvre largement au monde universitaire : la moitié de son lectorat ne relève pas du ministère de la Défense.

Loïc Salmon

Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

A Paris, l’École militaire abrite 10 centres et instituts supérieurs relatifs à la défense, dont l’École de guerre (EG), le Centre des hautes études militaires (CHEM), le Centre de documentation de l’École militaire et l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Chaque année, l’EG accueille 300 stagiaires (âge moyen 36 ans) dont 100 étrangers. Les Français viennent des armées de Terre et de l’Air, de la Marine, de la Gendarmerie et de la Direction générale de l’armement. Le CHEM compte 25 auditeurs français (âge moyen 46 ans), issus de l’EG et des Services du commissariat et des essences des armées et membres de droit de l’IHEDN, ainsi que 6 étrangers. Il participe à des colloques avec ses homologues espagnol (CESEDEN), italien (CASD), portugais (IDN), américain (NWC) et britannique (RCDS). Enfin, dans le cadre du Traité de Lancaster House, un auditeur du CHEM suit le cours spécifique (4 mois) du HCSC (Higher Command and Staff Course) à Shrivenham en Grande-Bretagne.




Espionnage : de la réalité à la fiction par l’écriture

Les romans d’espionnage reposent sur du « vrai », à savoir l’expression de la vie quotidienne de ces hommes et femmes de l’ombre fiers de leur métier, mais soumis à la pression de résultats rapides que les décideurs exigent d’eux.

Trois auteurs au profil différent, dont deux anciens des Services de renseignement, en ont parlé au cours d’une conférence-débat organisée, le 30 octobre 2013 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il s’agit de Bernard Besson (police), Paul Fauray (Commandement des opérations spéciales) et Pierre Boussel (presse).

Des gens peu ordinaires. En général, les personnels du renseignement ne connaissent rien les uns et des autres. Ils se croisent sans savoir s’ils se reverront plus tard. Leur capacité à observer, analyser et restituer leur donne une grande ouverture d’esprit et une créativité certaine. Par ailleurs, ils fréquentent des gens « peu fréquentables » et prennent des risques avec leurs informateurs avec qui ils créent des liens de confiance et parfois d’amitié, au nom de leur mission. Ils se sentent donc douloureusement seuls lorsque leurs supérieurs ne les soutiennent pas.  « Les Services de renseignement (SR) servent la République, rappelle Bernard Besson, si on ne leur dit rien, ils vont faire de la paperasse ». Mais en général, l’État sait ce qu’il veut. Les SR donnent des éléments pour l’aide à la décision. Les décideurs politiques leur posent des questions auxquelles ils répondent. Puis, de nouvelles interrogations surgissent. « La DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), souligne Pierre Boussel, c’est énormément de métiers, de compétences qui s’expriment dans des domaines précis ».  Son travail s’enrichit de la collaboration des SR alliés et de celle de simples citoyens, qui peuvent servir leur pays en détectant un « signal faible ». « En Opex (opération extérieure), indique Paul Fauray, le respect mutuel (entre SR) se manifeste avec les Russes, les Britanniques et les Danois, mais moins bien avec les Américains ».

Une dimension planétaire. Les États-Unis disposent de 16 SR, dont le dernier assure la coordination entre les autres. La NSA, cette agence qui n’existait pas officiellement, a été créée dans les années 1950 par le président Truman pour écouter le monde entier. Aujourd’hui, elle emploie 50.000 fonctionnaires qui accumulent des données sur des personnalités et des missions, les traduisent, les analysent et traitent dans une vision prospective à moyen et long termes. Le contre-terrorisme ne peut fonctionner que par les interceptions de communications et aucun dirigeant politique ne prendra le risque d’en exclure une. L’exploitation des « métadonnées » (tout ce qui s’échange sur les réseaux) permet de croiser des données sur des entreprises et des gens, en vue de déterminer des surveillances particulières et le profil d’individus ciblés. Quant aux fuites dans la presse d’informations confidentielles sur les ambassades et les SR américains par l’association Wikileaks, Bernard Besson estime que le secret existe de moins en moins et que la vitesse le remplace en efficacité. « La qualité de l’information dépend de l’ignorance en amont, dit-il, ce qui marche le mieux, c’est là où les gens se parlent ». De son côté, Paul Fauray juge irresponsable l’attitude de Wikileaks, car elle met en péril des agents, dont nul ne sait s’ils travaillent encore sur le terrain : « Ces gens sont exposés et vont risquer leur vie ».

Des approches particulières. Les trois auteurs s’accordent sur l’important travail de recherche que demande l’écriture d’un roman d’espionnage. Selon Bernard Besson, la NSA est toujours citée dans les romans où les enjeux sont économiques et Wikileaks donne une vision américaine de la France, source d’informations pour un romancier. Quant à lui, il ne relate pas les affaires qu’il a traitées. Il invente des personnages qui pensent comme les gens du monde du renseignement. Quoique ses récits soient de pure fiction, leurs contextes correspondent aux grands cadres géostratégiques. Le roman d’espionnage se présente comme une opportunité de mettre en scène des hommes et des femmes, tenus au devoir de réserve de la neutralité républicaine, et de leur faire dire ce qu’ils ont sur le cœur. Les Français n’ont pas la culture du renseignement, qui renvoie à des périodes douloureuses de leur Histoire (l’Affaire Dreyfus et l’Occupation). En revanche, les Américains, les Britanniques, les Israéliens et les Chinois sont plus alertes dans ce domaine et font spontanément du renseignement d’ambiance au cours de leurs voyages à l’étranger. Pierre Boussel a commencé par écrire des romans d’aventures inspirés de son expérience de reporter. Il a rencontré des gens du monde du renseignement, dont il apprécie la connaissance des langues étrangères, le regard qu’ils portent sur le monde et les qualités humaines. L’important dans un roman d’espionnage, estime-t-il, n’est pas le « factuel » des événements, mais le « ressenti » des personnages. Il insiste sur la « temporalité ». Il veut savoir « comment le combattant se conçoit dans un temps politique ou théologique ». Alors que les romans américains jouent sur « une hystérie du temps où tout est très rapide », il préfère prendre le temps de faire sentir la vie des gens de l’ombre pour toucher un grand public. De son côté, Paul Fauray rappelle que le premier roman d’espionnage date de 1898 et fait intervenir la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. « Tout colle à la politique du moment », avec un cadre enchanteur, un sous-marin et une femme fatale, bref les ingrédients qui feront plus tard le succès des romans de Ian Fleming (« James Bond »). Auditeur d’une session nationale de l’Institut des hautes études de défense nationale, il y a trouvé des liens communs avec le renseignement : de la géopolitique, des problèmes stratégiques et une grille de lecture de l’actualité internationale. L’approche transversale et la présence de gens de terrain du renseignement parmi les auditeurs permettent de faire de la prospective, à savoir la réflexion à six mois ou un an. Mais quid du personnel de ce monde de l’ombre dans tout ça ? Un personnage de son dernier roman lance cyniquement à un collègue amer : « Vous n’êtes qu’un de ces pions qui évitent qu’on se foute sur la gueule » !

Loïc Salmon

Renseignement et littérature : un filon pour les écrivains

Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles

Auteur de « Les confessions de l’ombre », Pierre Boussel (à gauche) est journaliste à « Radio Méditerranée Internationale », station de radio bilingue (français et arabe) à capitaux marocains (51 %) et français (49 %). Il affirme n’avoir jamais travaillé pour la Direction générale de la sécurité extérieure. Auteur de « Le partage des terres », Bernard Besson (au milieu) est contrôleur général honoraire de police. Ancien des Renseignements généraux et de la Direction de la sûreté du territoire, il est aujourd’hui consultant en intelligence économique. Auteur de « La bombe des mollahs », Paul Fauray (à droite) est officier et haut fonctionnaire. Médecin de Marine et ancien élève de l’École nationale d’administration, il a servi au Commandement des opérations spéciales. Aujourd’hui, il apporte à l’État-major des armées son expertise sur le monde arabe, le terrorisme et le nucléaire.




Défense et sécurité : complémentarité et responsabilités internationales

Lors de l’ouverture des sessions nationales de l’Institut des hautes études de défense nationale et de l’Institut nationale des hautes études de la sécurité et de la justice le 4 octobre 2013 à Paris, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a fait le point sur ces deux domaines d’action. Une Direction générale de la sécurité intérieure et un Service central du renseignement territorial seront prochainement créés, pour lutter contre la menace terroriste intérieure dans un contexte international tendu. En outre, la nouvelle Délégation interministérielle à l’intelligence économique est placée sous la juridiction directe du Premier ministre. La protection contre la cybermenace est désormais l’une des priorités de la stratégie française de défense et de sécurité nationale. La cyberdéfense militaire sera dotée d’une chaîne opérationnelle dédiée avec des capacités défensives et offensives accrues. Le projet de loi de programmation militaire (2014-2019), présenté au Parlement, définit trois priorités : protection du territoire et de la population ; maintien de la capacité de dissuasion nucléaire ; capacité d’intervention extérieure. La spécificité du métier des armes implique de prévenir une « judiciarisation » excessive de l’action militaire, a indiqué le Premier ministre : « C’est pourquoi nous voulons mieux protéger les militaires agissant dans le cadre spécifique des opérations de combat, sans bien sûr signifier l’impunité des acteurs ni porter atteinte aux droits légitimes des familles ». De son côté, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a présenté les grandes lignes de l’exercice budgétaire 2014 au cours d’une conférence de presse tenue le 3 octobre à Paris. Le budget du ministère se monte à 31,4 Md€, comme en 2013. Le chapitre « équipement des forces » atteint 16,5 Md€ (+3,1 % en un an) ainsi répartis : opérations d’armement hors dissuasion, 42 % ; dissuasion, 21 % ; entretien programmé du matériel, 19 % ; petits équipements, 9 % ; infrastructures, 6 % ; études hors dissuasion, 3 %. En 2014, seront livrés ou commandés : des avions ravitailleurs multi-rôles ; des drones moyenne altitude longue endurance ; des pods de désignation laser nouvelle génération pour les Rafale ;  des véhicules du programme Scorpion (armée de Terre) ; le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque Barracuda ; le satellite franco-italien de télécommunications spatial SICRAL ; 1 frégate multi-missions ; 4 hélicoptères de combat Tigre ; 7 hélicoptères NH90 ; 11 avions de chasse Rafale ; 4 avions de transport A-400 M, dorénavant dénommés « Atlas » ; 60 missiles de croisière navals ; 77 véhicules blindés d’infanterie. Premier employeur de France, le ministère de la Défense va procéder à 17.000 recrutements militaires et civils. Toutefois, 7.881 postes seront supprimés, le 4ème Régiment de dragons sera dissous et 2 sites de l’armée de l’Air seront fermés.

Loïc Salmon

IHEDN : vision présidentielle de la défense et de ses moyens

DCRI : anticiper les menaces futures

Cyberdéfense : perspectives européennes




OTAN : convergence de volontés pour intervenir ensemble

Défense collective et gestion des crises selon un accord international constituent les principales missions de l’OTAN, qui doit assurer les meilleurs emplois de ses moyens pour stabiliser les théâtres d’opérations. Tel est l’avis du général d‘armée aérienne Jean-Paul Paloméros, qui s’est exprimé le 18 septembre 2013 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense. A la tête du « Commandement suprême allié pour la transformation » de l’OTAN, il préfère parler plutôt d’Alliance Atlantique, dont l’OTAN n’est que l’organisation militaire, car les dimensions politique et militaire sont intiment liées. Il rencontre en effet les chefs d’Etat et de gouvernement, les ministres de la Défense et les chefs d’Etat-major des armées des 28 pays membres. A ces missions prioritaires, s’ajoute la « sécurité coopérative » avec des partenaires extérieurs pour apporter la paix et la sécurité dans un espace plus vaste. Toutefois, la règle d’automaticité de défense collective s’applique seulement aux membres de l’Alliance. Ainsi, l’OTAN protège la frontière commune de la Turquie, pays membre, avec la Syrie. Elle teste son niveau d’intégration et en tire les conséquences en termes de commandement, déploiement de moyens, préparation des hommes et capacités d’autres pays. « Il y a des progrès à faire », indique le général Paloméros. Quant au Mali, il souligne que la coalition a apporté des soutiens militaire, technique et politique pour l’aider à reconstruire ses capacités. Les moyens ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) ont fourni une bonne connaissance du théâtre pour l’engagement de forces sur le terrain. L’ISR constitue un développement majeur pour l’OTAN : de 80 à 100 projets en cours s’inspirent de retours d’expériences au Kosovo, en Afghanistan et des opérations maritimes. Ainsi, l’avion de patrouille maritime ATL2 dispose d’une capacité ISR à intégrer dans le système global. Il s’agit de déterminer les besoins dans dix ans, former les personnels et améliorer les connexions des systèmes. L’engagement capacitaire majeur de l’OTAN en matière d’ISR concerne la surveillance terrestre. Le système « Alliance Ground Surveillance » (AGS), qui sera disponible entre 2015 et 2017, comprendra cinq drones à haute altitude (18.000 m), longue endurance (36 heures) et capables d’embarquer des radars. La base de déploiement ISR et le centre de formation et d’exploitation des données seront implantés à Sigonella (Italie). Complémentaire des avions radar AWACS pour la surveillance aérienne, l’AGS donnera des renseignements tous temps sur un théâtre, avant, pendant et après une opération. Selon le général Paloméros, il faudra y ajouter une capacité satellitaire d’identification à distance et régler le problème d’intégration des drones dans le trafic aérien civil.

Loïc Salmon

Libye : bilan final de l’opération Harmattan dans le cadre OTAN

OTAN : garantie d’une vision globale en matière de défense

OTAN : sommet de Chicago




Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Interopérable avec les armées de Terre et de l’Air, la Marine française doit aussi assurer permanence de l’action, polyvalence des moyens, prévision et complémentarité avec les Marines alliées (Union européenne et OTAN).

Son chef d’état-major, l’amiral Bernard Rogel, l’a présentée au cours d’une rencontre organisée, le 10 juillet 2013 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Un théâtre dense. La Marine doit conserver sa cohérence dans un environnement mondial avec des moyens budgétaires restreints. Le trafic commercial maritime mondial a progressé de 40 % en 10 ans, induisant des mesures accrues de sécurité, sauvegarde et protection. En outre, les navires deviennent de plus en plus grands : les derniers porte-conteneurs atteignent 18.000 EVP (400 m de long, 59 m de large et 73 m de haut). Les hydroliennes, qui récupèrent l’énergie des courants marins, constituent autant d’écueils artificiels. L’exploitation des ressources minières en mer augmente : plus de 100 projets de plates-formes ont été lancés en 2012. Enfin, la « territorialisation » de la mer a fait son apparition : certains pays côtiers augmentent la surface de leur plateau continental pour protéger leur accès aux ressources naturelles, créant de fait de nouvelles frontières maritimes. La France s’intéresse aussi à l’océan Arctique : sa Marine s’y entraîne avec les Marines canadienne et norvégienne pour conserver son savoir-faire en zone polaire.

Des missions multiples. La dissuasion, avec dorénavant un seul sous-marin nucléaire lanceur d’engins à la mer, reste la principale mission permanente de la Marine. Par ailleurs, les crises sont imprévisibles et rapides, rappelle l’amiral Rogel. La présence de bâtiments en Méditerranée orientale, dans le golfe de Guinée et en océan Indien (zones prioritaires) permet de récolter, à la mer, sur la côte et même au-delà, les renseignements indispensables à la connaissance et l’anticipation. Elle permet aussi de lutter contre la piraterie et les trafics illicites. En océan Indien, l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie, sous l’égide de l’Union européenne, est dirigée du Centre de Northwood (banlieue de Londres) par un amiral britannique, secondé par un amiral français. Elle porte ses fruits : le nombre d’attaques réussies est passé de 22 en 2011 à 3 au premier semestre 2013. En outre, 15 équipes de protection (5 à 10 hommes) embarquent sur des navires civils sous pavillon français, après autorisation du Premier ministre. Il s’agit de navires lents, bas sur l’eau et remorquant quelque chose : thoniers, câbliers et navires de recherche sismiques. La Marine assure 80 % des demandes. En revanche, la piraterie augmente dans le golfe de Guinée et change de forme. Ce n’est plus la prise d’un équipage en otage pour en obtenir une rançon comme en océan Indien, mais du brigandage à grande échelle. Au début, les pirates attaquaient les navires de servitude des plates-formes pétrolières offshore. Aujourd’hui, ils capturent les pétroliers eux-mêmes et les vident de leur cargaison pour la revendre. Par ailleurs, la Marine intervient également dans des opérations à l’intérieur des terres. Pendant l’opération « Serval » au Mali (2013), elle a déployé des commandos dans les forces spéciales pour l’intervention au sol et un avion radar de patrouille maritime ATL2 à long rayon d’action pour le renseignement électromagnétique et optique. En mer, l’ATL2 participe à la lutte anti-sous-marine et à la recherche et au sauvetage d’équipages. L’opération « Harmattan » en Libye (2011) a mobilisé 27 bâtiments : sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), frégates, porte-avions, bâtiments de projection et de commandement et chasseurs de mines. L’opération « Baliste » au Liban (2006-2008) avait porté sur l’évacuation de 13.000 ressortissants français et européens. Depuis 2013, des chasseurs de mines sécurisent les routes du pétrole en océan Indien. En outre, la Marine assure l’action de l’Etat en mer. En 2012, elle a contrôlé 9.500 navires civils dont 43 ont été déroutés, dressé 333 procès-verbaux, arrêté 135 passeurs d’immigrants illégaux, sauvé 200 personnes en mer et procédé à 2000 déminages (bombes, torpilles et munitions de la deuxième guerre mondiale). La protection des pêches dans les zones économiques exclusives nécessite une surveillance régulière. La lutte contre le narcotrafic (13 t de drogues saisies en 2 ans, surtout dans les Caraïbes) devient une véritable opération militaire avec un ATL2, une frégate et des commandos.

Un futur complexe. Selon l’amiral Rogel, la conception de la Marine de demain prend en compte deux impératifs : les missions et le temps. Il faudra défendre les frontières pour garantir la souveraineté de l’Etat, alors que des flux croissants de biens, de personnes et de données (cyberdéfense) traversent les frontières en toute liberté. Or, le temps se comprime de plus en plus. A l’époque de la « blogosphère » et des réseaux sociaux, l’information va vite, la réaction politique aussi et le préavis de l’intervention militaire raccourcit : la montée en puissance n’a pris que quelques heures pour les interventions en Libye et au Mali. Il faut donc se prépositionner au plus près et assurer une préparation opérationnelle permanente. Compte tenu du resserrement de son budget, la Marine devra pouvoir se maintenir sur 1 ou 2 théâtres extérieurs, au lieu de 3 auparavant, avec 15 ATL2 modernisés et 40 avions de la chasse embarquée. La coopération avec la Grande-Bretagne  prévoit une force expéditionnaire commune avec 1 porte-avions (français ou britannique), 1 bâtiment amphibie, 1 escorte binationale et 1 état-major binational vers 2020. Les drones à voilure tournante, qui élargissent le périmètre de connaissance autour du bâtiment sans risque de pertes humaines, équiperont les frégates de haute mer dépourvues de plate-forme pour hélicoptère. L’amiral Rogel exclut l’externalisation du sauvetage en mer, qui nécessite des hélicoptères lourds (type Caïman) capables d’intervenir loin, de nuit et par mauvais temps et de rester longtemps en « stationnaire ». Enfin, l’arrivée des missiles de croisière navals à bord des frégates multi-missions (FREMM) et des SNA permettra des frappes dans la profondeur. « On peut les déployer dans une zone de crise, sans augmenter le niveau de crise », conclut l’amiral.

Loïc Salmon

La sécurisation des océans : un impératif mondial

L’appropriation des mers

Marine et Diplomatie

 

La Marine déploie 5.000-7.000 personnels à la mer sur un effectif d’environ 30.000 hommes et femmes. La Loi de programmation militaire en cours (2009-2014) lui a supprimé 6.000 postes. Le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale prévoit une enveloppe globale, toutes armées confondues, de 24.000 suppressions d’emplois supplémentaires. La Marine devra donc procéder à une nouvelle déflation d’effectifs, encore à déterminer, tout en fidélisant ses spécialistes de haut niveau (aéronautique et nucléaire).

 




Sénat : vers une défense européenne

L’Union européenne dispose d’« outils » de défense, mais pas d’instance d’arbitrage capable de prendre des décisions dans l’intérêt commun, estime un rapport sénatorial rédigé dans la perspective du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement (Conseil européen) de décembre 2013 consacré à la défense.

Ce rapport d’information, intitulé « Pour en finir avec l’Europe de la défense, vers une défense européenne », a été présenté à la presse, le 3 juillet 2013 à Paris, par les sénateurs Daniel Reiner, Jacques Gautier, André Vallini et Xavier Pintat, co-présidents d’un groupe de travail de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées. Le président de celle-ci, Jean-Louis Carrère, a indiqué qu’elle se veut « une force de proposition et d’action » avec pour objectif de « faire prévaloir le souci de l’intérêt supérieur de la République en matière de diplomatie et de défense ».

Nouvelle donne stratégique. Par suite de la crise économique et financière, indique le rapport, tous les membres de l’Union européenne (UE), sauf la Pologne, ont réduit leur budget de défense. La Grande-Bretagne y consacre 2 % (hors pensions) de son produit intérieur brut, la France 1,54 %, l’Allemagne 1,1 % et 14 autres moins de 1 %. Les capacités militaires et le format des armées ont diminué. Ainsi, les dépenses d’équipement représentent plus de 30 % du budget de défense en France, mais 21 % en Allemagne, 11 % en Italie et 8 % en Espagne. La Grande-Bretagne a renoncé à maintenir ses moyens aériens de patrouille maritime. Les Pays-Bas ont abandonné l’arme blindée. La Suède reconnaît ne pouvoir résister à une attaque simultanée sur deux fronts. Aucun pays européen n’est capable de financer seul un grand programme aéronautique. L’avion de combat Eurofighter coûtera 175 Md$ pour 472 appareils, contre 27,3 Md$ pour l’avion de transport tactique A-400M (173 appareils). Faute de travailler ensemble, les pays européens ont raté le tournant des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) de surveillance, en partie celui des drones tactiques et s’intéressent avec beaucoup de retard au drone de combat (démonstrateur européen Neuron). L’Europe militaire spatiale ne dispose d’aucune capacité autonome d’alerte avancée depuis la désorbitation du démonstrateur français « Spirale ». Par ailleurs, les industries européennes de défense devront bientôt affronter une concurrence accrue des entreprises américaines d’armement. En effet, les Etats-Unis comptent diminuer leur budget militaire de 1.000 Md$ sur les 10 prochaines années. Echaudés par leurs interventions en Irak et en Afghanistan, ils sont moins enclins aux expéditions lointaines. Enfin, leur centre d’intérêt stratégique est passé du continent européen à l’Asie-Pacifique. Parallèlement, le monde réarme. Entre 2001 et 2011, les dépenses de défense des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) sont passées de 8 % des dépenses militaires mondiales à 13,5 %. Avec 5,5 % à elle seule, la Chine a dépassé tous les pays européens. Le Japon dépense autant que la France (3,6 %). L’Arabie saoudite (2,9 %) a dépassé l’Allemagne (2,7 %). En 2015, le budget de défense de la Chine devrait dépasser le total cumulé des 8 principaux pays européens.

Constat d’échec. Le groupe de travail constate l’absence de grand programme industriel européen depuis celui de l’A-400 M en 2003. Le projet de fusion des groupes franco-allemand EADS et britannique BAE s’est brisé sur l’intérêt des Etats. Sur le plan opérationnel, l’UE a manqué les rendez-vous des Balkans (1999), de la Libye (2011) et du Mali (2013), faute de capacité militaire autonome et de volonté politique en direction de la défense européenne. Le rapport explique ce blocage d’abord par l’absence de menaces manifestes incitant les Etats membres à s’unir. Ensuite, l’articulation entre l’OTAN et l’UE fonctionne mal. Les Etats-Unis assurent 75 % du financement de l’OTAN, alors que 10 pays de l’UE n’en fournissent même pas 1% des capacités. Autre faiblesse de l’UE, son Agence européenne de défense (AED) ne fonctionne que par consensus, permettant éventuellement à certains pays de bloquer un projet industriel. Enfin, souligne le rapport, la méthode progressive de l’UE en matière de défense et de sécurité n’avance pas, faute de « continuum » entre « l’Europe de la défense » intergouvernementale et la « défense européenne » d’essence fédérale (voir schéma). Première puissance économique mondiale avec 500 millions d’habitants, l’UE consacre 175 Md€ par an à la défense et mobilise 1,5 million de personnels. Mais, souligne le rapport, l’efficacité de ces dépenses est annihilée par les duplications des équipements et la dispersion des projets entre les 28 Etats membres.

Propositions concrètes. Selon l’AED, la mutualisation des efforts permettrait des économies de 1,8 Md€ dans le domaine spatial, 2,3 Md€ sur les bâtiments de surface et 5,5 Md€ sur les véhicules blindés sur les 10 prochaines années. En conséquence, le rapport préconise la fusion de l’AED et de l’OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement) en une Agence européenne de l’armement avec décision à la majorité qualifiée pour déterminer les besoins et combler les lacunes : ravitaillement en vol ; formation commune des pilotes et mécaniciens de l’A-400M ; programme de drones MALE pour 2025 ; base industrielle de cyberdéfense ; filière optronique (instruments d’observation à distance). Actuellement, toutes les plates-formes de renseignement, surveillance et reconnaissance dépendent d’équipements américains ou israéliens. Par ailleurs, une stratégie maritime d’ensemble faciliterait la lutte contre les trafics illicites et la surveillance commune des routes maritimes vitales. Cela passe par la mutualisation des moyens de surveillance des approches maritimes et l’harmonisation de la fonction garde-côtes. Enfin, le groupe de travail souhaite la création d’un quartier général à Bruxelles pour la planification et la conduite des opérations militaires (seule la Grande-Bretagne s’y oppose) et un rapprochement des règles d’engagement du feu en opérations extérieures sous l’égide de l’UE ou de l’OTAN.

Loïc Salmon

Union européenne : les défis stratégiques d’aujourd’hui

L’Europe de la défense pour faire face aux crises

Cyberdéfense : perspectives européennes

Le rapport d’information sur l’Europe de la défense a été réalisé en 6 mois par 10 sénateurs de la majorité et de l’opposition. En France, ils ont entendu 18 personnalités civiles et militaires. Parmi les civils figurent : Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères ; Pierre Vimont, secrétaire général du Service européen pour l’action extérieure ; Claude-France Arnould, directrice de l’Agence européenne de défense ; Louis Gautier, membre de la commission du Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale. Parmi les militaires figurent : l’amiral Edouard Guillaud, chef d’Etat-major des armées  (CEMA); Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement ; le général d’armée (2S) Henri Bentégeat, ex-CEMA et ancien président du comité militaire de l’UE ; le général d’armée aérienne (2S) Stéphane Abrial, ancien commandant suprême chargé de la transformation à l’OTAN. Enfin, le groupe de travail s’est rendu à Berlin, Bruxelles et Londres.