Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

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Une fusée russe Soyouz a lancé quatre nouveaux satellites de renseignement d’origine électro-magnétique (ROEM) du programme « Elisa » et un satellite de renseignement optique « Pléiades », à partir de la base de Kourou (Guyane) le 17 décembre 2011 à 03h03 (heure de Paris). Ils complètent, pour l’engagement opérationnel des forces, les deux satellites d’observation optique Helios (4,2 t) 2 A et 2 B lancés respectivement en 2004 et 2009.

Le ROEM, complémentaire de l’imagerie satellitaire (optique et radar) et des capteurs terrestres, maritimes et aéroportés, consiste à intercepter, localiser et caractériser les capacités d’un adversaire en radar, systèmes d’armes et moyens de communication. Il établit notamment une cartographie des émetteurs au sol dont les paramètres seront intégrés à la bibliothèque d’un Rafale, dont le pilote pourra déceler les menaces sol/air qu’il risque de rencontrer au cours de sa mission, les éviter ou s’en protéger par le brouillage. La détection, discrète car sans interférence dans l’espace aérien national ou de l’adversaire potentiel, puis la reconstitution d’un réseau radio déterminent l’organisation d’un état-major ou d’une force de théâtre, dont l’évolution du niveau d’activité permet d’anticiper son action. Elisa comporte : quatre microsatellites (130 kg) en orbite à 700 km d’altitude et capables de couvrir simultanément une zone d’une manière très fine ; un segment sol (expérimentation technique) pour la Direction générale de l’armement (DGA) ; un segment sol pour la Direction du renseignement militaire. Pendant au moins trois ans, Elisa va devoir : démontrer la capacité de cartographier depuis l’espace les émissions radar ; compléter  la démonstration du système Essaim (4 microsatellites de 120 kg lancés en 2004)  dédié à l’interception des signaux de télécommunications ; préparer le futur système opérationnel Ceres (Capacité ROEM Spatiale), qui doit entrer en service en 2019-2020. La DGA a confié à Astrium et Thales Systèmes Aéroportés la réalisation des quatre satellites et du segment sol.

Par ailleurs, le satellite Pléiades 1 (1 t), en orbite à 694 km d’altitude, réalise des images en couleurs, fréquentes et précises de zones urbaines ou de terrain (60 km x 60 km) pour la planification, le ciblage et la caractérisation des objectifs: résolution de 70 cm et images en trois dimensions pour les missiles de croisière. Péiades 1 étant dual (militaire et civil), le commandement interarmées de l’espace de l’Etat-major des armées reçoit en priorité 50 images par jour. Il dispose également des images radar des systèmes allemand SAR Lupe et italien Cosmo Skymed.  Enfin, le Centre national d’études spatiales assure le lancement des satellites, leur mise en orbite définitive et leur maintien en position (correction des dérives et évitement des débris dans l’espace).

Loïc Salmon

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