OTAN : garantie d’une vision globale en matière de défense

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« Nous jouons un rôle de cohérence et de prise de conscience, mais pas de décisions qui sont du ressort des (28) nations membres », a déclaré le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, chef du Commandement allié pour la transformation de l’OTAN, devant l’Association des journalistes de défense le 4 octobre 2011 à Paris.

Un groupe de travail de l’OTAN a étudié des approches innovantes sur la doctrine d’emploi, l’organisation, les finances et l’opérabilité. Au vu des retours d’expériences des conflits en Afghanistan et en Libye, indique le général Abrial, plusieurs lacunes ont été reconnues en ce qui concerne la lutte contre les engins explosifs improvisés (IED), le soutien médical en opérations, la maintenance des hélicoptères et l’entraînement des forces. En Libye, c’est la première fois, depuis la création de l’OTAN, qu’un pays européen assure le premier rôle, les Etats-Unis n’intervenant qu’en soutien. Le niveau des forces aériennes françaises a été jugé bon en termes d’entraînement, d’équipements, de capacité et de contrôle. Toutefois, des lacunes sont visibles dans le ravitaillement en vol, indispensable pour une opération de longue durée, et la chaîne complète de ciblage (détection, prise de décision et action). De plus, le retard de l’Europe en matière de drones est manifeste par rapport aux Etats-Unis. Les drones permettent des missions de longue durée sans risques excessifs. Mais, précise le général, une flotte aérienne ne peut se passer d’avions pilotés, «  car l’intelligence à bord n’est pas remplaçable ». En outre, l’avion de combat a une capacité d’emport plus importante et une plus grande souplesse d’emploi, grâce à l’emport de différents types d’armements. D’autre part, la coalition a préalablement sécurisé le ciel libyen. « Les drones n’auraient pas survécu dans une zone de combat contestée », indique le général Abrial, qui estime qu’il faut « plus de vecteurs globalement ».

En Afghanistan, l’OTAN doit garantir l’environnement de la population contre les IED et entraîner au mieux les forces afghanes pendant et après la période de transition d’ici à 2014 : « Si nous ne réussissons pas à bien les former, nous risquons de perdre les bénéfices de l’opération ».

Par ailleurs, l’OTAN entretient, en amont, des échanges avec 35 grandes sociétés d’armement des deux côtés de l’Atlantique et en recherche avec les petites et moyennes entreprises innovantes. La première présente sa perception de l’environnement opérationnel de demain et les secondes exposent leurs possibilités de développement technologique, en vue d’assurer des capacités aux besoins futurs des forces. L’architecture de recherche et développement fait partie de la réforme en cours de l’OTAN. « Nous ne décidons pas la prochaine crise, mais il faut être prêt », souligne le général. En outre, il faut tenir compte des coûts dans un contexte économique difficile et du choix des Etats membres entre solidarité et souveraineté : « Nous devons faire le mieux possible avec ce que l’on nous donne ». En conséquence, les projets multinationaux impliquent des choix de priorités, à harmoniser pour éviter une spécialisation rampante avec abandon de certaines capacités. Les décisions sont prises en fonction des contraintes économiques, car il faut une vision globale de l’Alliance Atlantique.

Enfin, le général Abrial a précisé que son successeur sera français. Les Etats membres se sont en effet mis d’accord sur l’attribution des postes OTAN, dont le nombre doit passer progressivement de 13.000 à 8.500.

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, entré à l’Ecole de l’Air en 1973, est breveté pilote de chasse en 1976.

Auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale, il a notamment commandé l’escadron de chasse 2/2 Côte d’Or (1984) et la 5ème escadre de chasse d’Orange et a participé à la guerre du Golfe (1991). Il a acquis une expérience internationale à l’Académie de l’aviation américaine (1974), à l’escadre de chasse allemande Mölders (1981-84), à l’Ecole de guerre aérienne américaine (1991) et à l’état-major international de l’OTAN (1996). Nommé adjoint Air au chef d’état-major particulier du président de la République en 2000, il devient chef du cabinet militaire du Premier ministre deux ans plus tard. Commandant de la Défense et des opérations aériennes en 2005, il est promu chef d’état-major de l’armée de l’Air l’année suivante. Enfin, le 9 septembre 2009, il prend la tête du commandement allié pour la transformation de l’OTAN, situé dans la base navale de Norfolk (Etats-Unis) et où se trouvent actuellement cent militaires français. Le général Abrial est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la croix de Guerre, de la médaille de l’Aéronautique et de diverses décorations étrangères.

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