Marine nationale : la guerre des mines, contrer les menaces d’aujourd’hui et de demain

Face à la prolifération des mines navales, l’emploi de drones va de pair avec la capacité humaine d’intervention, à savoir les plongeurs-démineurs.

Une capitaine de frégate, officier correspondant de la guerre des mines à l’état-major de la Marine, l’a expliqué au cours d’une visio-conférence, organisée le 9 juin 2022 par le Centre d’études stratégiques de la marine à Paris.

Les menaces. Arme idéale du temps de crise, la mine, susceptible d’endommager ou de couler un bâtiment de surface ou un sous-marin, dissuade de pénétrer dans une zone (mine défensive) ou entrave une voie de communication maritime (mine offensive). Le bloc soviétique disposait de centaines de milliers de mines, qui ont été dispersées après sa disparition en 1991. Les copies et les progrès technologiques ont conduit à une prolifération mondiale, estimée à un million de mines de plus de 400 types différents. En 2020, 36 pays exportent des mines et 65 sont capables d’en mouiller. Plusieurs facteurs favorisent la menace, notamment la profondeur de la mer et certains lieux privilégiés comme les golfes, les détroits et les ports européens de l’Atlantique et de la Manche. Des mines de la seconde guerre mondiale présentent encore un risque d’explosion intempestive. En mer Noire, la sécurisation d’un corridor maritime pour l’exportation des céréales d’Ukraine pourrait prendre plusieurs semaines. Une mine flottante à orin (chaîne la reliant à un « crapaud » au fond de la mer, photo), d’un coût de 1.500 $ et chargée de 100 kg d’explosifs, suffit pour causer, par contact, des dégâts estimés à 6 M$ sur un navire. Une mine de fond, immergée à 100 m, contient jusqu’à 1 t d’explosifs. Les mines de surface, dérivantes ou mobiles, fonctionnent par influence acoustique ou magnétique. Elles peuvent être mouillées par un navire ou un sous-marin ou même être larguées par avion. Limité dans le temps et l’espace, le minage permet un effet tactique, qui devient stratégique s’il dure longtemps.

Les moyens de lutte. Composante de la force d’action navale, la guerre des mines regroupe actuellement 10 chasseurs de mines, 3 bâtiments bases de plongeurs-démineurs, 3 groupes de plongeurs-démineurs, 3 bâtiments remorqueurs de sonar, 1 état-major, 1 centre de données, 2 centres d’expertise et 2 écoles, le tout réparti entre Brest, Toulon et Cherbourg. Toutefois, les unités datant des années 1980 seront désarmées d’ici à 2030. Le système anti-mines navales futur, à base de drones, permettra d’éloigner le plongeur-démineur de la menace, de moderniser la capacité de lutte, d’étendre le domaine d’emploi et d’opérer en toute discrétion. Suite au traité franco-britannique de 2010, le contrat de 2019 porte sur la réalisation de systèmes dits « MLCM », composés chacun de 2 drones de surface, 1 sonar remorqué, 1 robot télé-opéré et 2 drones sous-marins. Le retour d’expérience du temps de crise (guerre du Golfe 1991 et Libye 2011) et de paix (démonstrations industrielles en 2020 et 2021) ont permis d’en vérifier la pertinence, le potentiel et la compatibilité avec le tempo opérationnel. La Grande-Bretagne recevra 1 système et la France 4 en 2022-2023. La Marine procède déjà aux évaluations opérationnelles. En outre, à partir de 2026, elle comptera 4 à 6 bâtiments de surface dédiés aux MLCM et 5 bâtiments bases de plongeurs-démineurs de nouvelle génération. Ces unités sont destinées à la protection des ports militaires, à l’action de l’Etat en mer, aux opérations extérieures et aux expérimentations.

Loïc Salmon

Marine : une FGM projetable partout dans le monde

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations




Industrie de défense : Arquus, rebond mais incertitude

Le constructeur français de véhicules militaires terrestres Arquus a amélioré son chiffre d’affaires en 2021, malgré la pandémie du Covid-19. Toutefois, celle-ci rend encore difficile la prospection de clients à l’international en 2022.

Son président, Emmanuel Levacher, a présenté la situation à la presse le 16 février 2022 à Paris.

Résultats. Propriété du groupe suédois Volvo, Arquus est issu de la fusion de Renault Trucks Defense, ACMAT (Ateliers de constructions mécanique de l’Atlantique) et Panhard en 2018. Il ne publie pas de données financières, mais plutôt des pourcentages. La fusion avait entraîné une hausse du chiffre d’affaires de 38 % en 2019. Mais l’année suivante, le ralentissement de l’activité, consécutif à la pandémie, avait provoqué une baisse de 10 %, puis la reprise s’est traduite par une hausse de 6 % en 2021. Le chiffre d’affaires a été réalisé à 75 % sur le marché français et à 25 % à l’international. Le carnet des commandes cumulées totalise 5 Mds€ de prises de commandes, dont 1,20 Md€ de commandes fermes. Pour l’année 2021, les prises de commandes se montent à 275 M€ pour la France et 60 M€ à l’export en Afrique et au Moyen-Orient. La réalisation des engagements de la loi de programmation militaire 2019-2025 a permis la production de : 1.200 VT4 (véhicules tactiques polyvalents non protégés) en 2021 avec une prévision de 1.134 en 2022 ; 119 véhicules blindés multi-rôles Griffon (116 en 2022), dont certains sont déjà déployés en opération ; 20 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar (18 en 2022), destinés au 1er Régiment étranger de cavalerie ; 186 tourelleaux télé-opérés Hornet pour armer les Griffon (243 en 2022) ; 22 véhicules blindés légers (120 en 2022). Pour la première fois, Arquus a assuré le soutien des Griffon du programme de combat collaboratif Scorpion. Un conflit de haute intensité nécessiterait de la masse, à savoir des chars et de l’artillerie lourde sur une longue période, indique le président. Cela signifierait plus de blindage pour faire face à des engagements dans la durée. Arquus dispose de la capacité pour augmenter sa production si nécessaire.

Projets. Le groupe dispose de cinq sites répartis dans toute la France, dont quatre dédiés à la production : Marolles pour la militarisation des moteurs ; Limoges, chargé des véhicules neufs, reçoit 8 M€ sur la période 2020-2023 pour la construction d’un nouveau centre logistique et de nouveaux bureaux ; Garchizy, chargé des cabines blindées et de la distribution des pièces de rechange, reçoit 2,5 M€ d’investissement ; Saint-Nazaire, chargé de la maintenance opérationnelle terrestre, reçoit également 2,5 M€. Le site de Versailles-Satory abrite les bureaux d’études et la fonction support. L’armée de Terre devant renouveler ses capacités tactiques et logistiques, Arquus va développer : des « briques technologiques » innovantes ; la protection des véhicules ; l’hybridation du Griffon par stockage de l’énergie électrique ; des robots terrestres de 3 t ; la lutte anti-drones. Il anticipe le programme VBAE (véhicule blindé d’aide à l’engagement), conçu en coopération européenne. D’ici à 2030, Arquus compte faire passer son taux de féminisation à 35 % (20 % en 2021) et réaliser un chiffre d’affaires de 1 Md€. Outre la vente de VLRA (véhicules légers de reconnaissance et d’appui) et de camions tactiques Sherpa, il compte s’implanter en Europe (Grèce, Roumanie, Estonie, République tchèque, Suède et Belgique), mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient. Il vend déjà ses matériels dans 60 pays.

Loïc Salmon

Défense : les industriels pendant la crise du Covid-19

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : budget 2022, une hausse annuelle de 4,3 %




Aviation militaire : MCO, assurer la disponibilité entre flottes, Opex et métropole

Le soutien de sa base industrielle et technologique de défense, qui permet à la France de conserver sa liberté d’action, a notamment nécessité une réforme structurelle du maintien en condition opérationnelle (MCO) des moyens aériens des trois armées.

L’ingénieur général hors classe Monique Legrand-Larroche, à la tête de la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé), l’a présentée à la presse, le 6 janvier 2022 à Paris.

En 2017, la disponibilité technique des aéronefs militaires était inférieure à 50 % avec des disparités, à savoir « excellente » en opérations extérieures (Opex) mais « faible » en métropole, au détriment de l’entraînement. La DMAé, résulte de la transformation de l’ancienne SIMMAD (Structure intégrée de maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques du ministère de la Défense). La Loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 5,8 Mds/an pour le MCO, dont 3 Mds€/an pour l’aéronautique.

La réforme. La DMAé, placée directement sous l’autorité du chef d’Etat-major des armées, assure la maîtrise d’ouvrage étatique, comme cliente des industriels qui réalisent les travaux de bout en bout (maîtrise d’œuvre). Elle gère 1.150 aéronefs de 41 types différents tout au long de leur vie, de leur conception à leur retrait du service. Ainsi en 19 mois, 220 aéronefs et 350 moteurs ont été démantelés avec valorisation des matériaux recyclables. A l’été 2022, les flottes d’avions ravitailleurs C-135 et de transport tactique C-160 Transall feront l’objet de contrats de cession ou de démantèlement. Alors que le MCO d’un aéronef impliquait jusqu’à 30 contrats différents en 2017, un seul industriel gère la chaîne de sous-traitants pour la maintenance de chaque flotte avec un guichet unique pour la logistique. La durée du contrat a été portée à 10 ans. La DMAé a élaboré un fonctionnement en « plateau », qui regroupe industriels et utilisateurs opérationnels (pilotes et mécaniciens). L’industriel peut alors planifier, investir, recruter, innover et anticiper les obsolescences techniques. Sa rémunération dépend du nombre d’heures de vol des forces armées. Par ailleurs, le nouveau système « Brasidas » d’information numérique traite la navigabilité de flotte, l’exécution de la maintenance et la gestion du personnel.

Ses effets. Les disponibilités réalisées s’établissent ainsi : avion de chasse Rafale Marine, de 53 % en 2018 à 61 % en 2021 ; avion de patrouille maritime ATL2, de 24 % à 31 % ; Rafale Air, de 53 % à 55 % ; avion de transport stratégique et tactique A400M, de 27 % à 35 % ; hélicoptère d’attaque Tigre, de 29 % à 35 % ; hélicoptère polyvalent Dauphin/Panther, de 40 % à 46 % ; hélicoptère de manœuvre Cougar, de 24 % à 31 % ; hélicoptère de défense aérienne et de recherche et sauvetage Fennec, de 2.500 heures de vol à 5.100 ; pods, de 47 % à 54 %. La directrice de la DMAé a aussi annoncé la notification, le 29 décembre 2021, de deux importants contrats aéronautiques. Ainsi, la société Dassault a obtenu le marché « Balzac » des MCO des Mirage 2000 de l’armée de l’Air et de l’Espace pour garantir leur pérennité jusqu’en 2035. De même, Thalès va assurer, jusqu’en 2031, le soutien du Système de commandement et de contrôle des opérations aérospatiales. Ce dernier effectue la surveillance de l’espace aérien, la coordination de la défense sol-air, la planification, la programmation et la conduite des opérations sur le territoire national et en Opex. Thales va aussi mettre en place des guichets logistiques industriels sur des sites étatiques.

Loïc Salmon

Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations




Territoire national : soutien des armées, flexibilité et réactivité

Pour protéger la métropole et les outremers en cas de crise, les armées apportent leur appui par une combinaison des effets à tous les niveaux, quand les moyens des autorités civiles sont inexistants, insuffisants, inadaptés ou indisponibles.

Leurs missions ont été présentées à la presse, le 22 juillet 2021 à Paris, par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le colonel chargé du territoire national au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO).

Primo-interventions permanentes. Les menaces sur le territoire national risquent d’augmenter de façon exponentielle en période estivale, souligne Hervé Grandjean. Sous l’autorité, directe ou déléguée, du Premier ministre, les armées interviennent en premier en cas de crise dans les domaines aérien et maritime. La « posture permanente de sûreté aérienne » détecte, identifie et classifie 12.000 aéronefs qui survolent le territoire national chaque jour (hors contexte Covid-19). Mobilisés 24 heures sur 24, des équipages d’avions ou d’hélicoptères peuvent décoller en moins de 7 minutes le jour, 15 minutes la nuit ou même de 2 minutes en cas d’alerte renforcée. La « posture permanente de sauvegarde maritime » mobilise 1.300 marins dans les eaux territoriales (brigandage) et de la zone économique exclusive (luttes contre la pêche illégale et les narcotrafics). Les préfets maritimes de Cherbourg (Manche et mer du Nord), Brest (Atlantique) et Toulon (Méditerranée) exercent la police en mer. En outre-mer, ces postures sont assurées par les forces de souveraineté déployées aux Antilles, en Guyane, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Zone Sud Océan Indien (La Réunion et Mayotte).

Dialogue civilo-militaire. La « posture de protection terrestre » complète le dispositif des sécurités intérieure et civile, qui relève du préfet, précise Hervé Grandjean. Une chaîne de commandement militaire en garantit la cohérence et l’efficacité. L’opération « Sentinelle » déploie quotidiennement 7.000 militaires dans les gares et aérogares, sites culturels ou touristiques, écoles et établissements institutionnels et lieux de forte affluence, rappelle le colonel du CPCO. En été, une posture renforcée se concentre notamment autour des festivals. Face à un événement d’ampleur exceptionnelle, le président de la République peut engager une réserve de 3.000 militaires. L’opération « Héphaïstos » de lutte contre les feux de forêts porte sur 23 départements du Sud de la France, du 25 juin au 16 septembre. Elle mobilise : 48 militaires pour la surveillance et la sensibilité du public ; 3 hélicoptères, dont 1 Gazelle pour la reconnaissance des zones de feux et 2 Cougar pour le transport de pompiers ; 1 groupe du génie pour ouvrir des pistes forestières et créer des coupe-feux ; 20 véhicules pour la sécurité civile. Ce dispositif est complété par des détachements de pompiers militaires du camp de Canjuers et des bases d’Istres, de Solenzara et de Toulon, ainsi que par des camions-citernes de l’armée de Terre. Les aéronefs de la sécurité civile se ravitaillent à la base aéronavale d’Hyères. L’opération « Résilience » de vaccination contre le Covid-19 implique 500 personnes de 7 hôpitaux des armées, des Ecoles militaires de santé de Lyon-Bron et de 3 centres civilo-militaires (Olivet, Mérignac et Dijon). L’opération « Harpie » (300 militaires) en Guyane porte sur la destruction de sites et la neutralisation de flux logistiques de l’orpaillage clandestin.

Loïc Salmon

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Défense : opération « Résilience » contre le covid-19




Défense : relance de la politique immobilière des armées

Adaptation des infrastructures aux grands programmes d’armement, amélioration de l’habitat militaire et transition écologique constituent les piliers de la nouvelle politique immobilières des armées.

Un document, rendu public à Paris le 21 janvier 2021, récapitule les avancées réalisées dans le cadre de la loi de programmation miliaire 2019-2025.

Grandes infrastructures. Les armées bénéficient progressivement des investissements nécessaires à l’accueil et au soutien des grands équipements militaires de nouvelle génération. L’armée de Terre va recevoir des véhicules blindés multi-rôles Griffon et engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar. Ainsi, 17 M€ ont été consacrés à l’adaptation de la zone technique du 13ème Bataillon de chasseurs alpins à Saint-Alban/Barby, inaugurée en mars 2021. En outre, 4,5 M€ sont destinés à la construction du bâtiment d’accueil des simulateurs Griffon et Jaguar du 1er Régiment de chasseurs d’Afrique de Canjuers (juin 2021). La Marine nationale doit pouvoir assurer le soutien des sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et des frégates multi-missions (FREMM). Ainsi, 18,2 M€ ont été alloués à la construction d’un second ponton pour les FREMM à la base navale de Brest (mars 2021). Par ailleurs, 30,2 M€ ont financé la construction des bâtiments et aires aéronautiques pour la 3ème Flottille de chasseurs embarqués Rafale de la base de Landivisiau (janvier 2021). L’armée de l’Air et de l’Espace doit prendre en charge les avions de transport militaire polyvalents A400 M et de transport et de ravitaillement en vol Airbus A330 MRTT. Par ailleurs, 67 M€ ont été alloués à la construction, pour une inauguration en novembre 2021, des infrastructures « techniques et horizontales » pour l’unité de transport aérien franco-allemand C-130J sur la base aérienne 105 d’Evreux.

Habitat à « hauteur d’homme ». Le plan d’amélioration d’hébergement en enceinte militaire a engagé des travaux à hauteur de 237 M€ en 2021, soit une augmentation de 60 M€ par rapport à 2020 et deux fois plus qu’en 2019. Les livraisons portent sur 2.250 plans d’hébergement : 850 places nouvelles, dont 500 dans les bâtiments pour les cadres célibataires (BCC) ; 1.400 places réhabilitées. Ainsi ont été attribués en 2021 : 11,8 M€ à l’armée de Terre pour la construction de 100 places BCC à l’Ecole nationale des sous-officiers d‘active de Saint-Maixent ; 10,6 M€ à la Marine nationale pour 200 places sur la base de Lorient ; 3,5 M€ à l’armée de l’Air et de l’Espace pour la réhabilitation de logements sur la base de Saint-Dizier. En outre, le projet de loi de finances 2021 prévoit 160 M€ d’autorisations d’engagement en faveur du logement familial pour les personnels.

Transition écologique. Dans le cadre de la Stratégie ministérielle pour la performance énergétique, près de 500 M€ ont été mobilisés jusqu’en 2025 pour réduire les consommations énergétiques des infrastructures du ministère des Armées, remettre aux normes les installations classées et dépolluer les sols et les eaux. En 2021, 65,30 M€ d’autorisations d’engagement (AE) et 38,72 M€ de crédits de paiement (CP) ont été affectés à des investissements de transition écologique. Ainsi, 53,46 M€ en AE et 34,24 M€ en CP doivent notamment financer le remplacement de chaufferies au charbon ou au fioul lourd ou les contrats de performance énergétique, comme au camp de Mourmelon. Par ailleurs, un champ solaire a été édifié à Saint-Christol et une chaufferie biomasse construite à Mailly-le-Camp.

Loïc Salmon

Défense : la stratégie énergétique, un atout opérationnel pour la résilience

Défense : budget 2021, commandes et livraisons

Défense : le ministère des Armées à l’ère du numérique




Défense : la réserve opérationnelle, outil indispensable aux armées

La Garde nationale crée une dynamique de l’engagement dans la réserve, militaire ou de sécurité. L’Etat-major des armées y puise des personnels de renfort, en fonction de ses besoins et des qualifications des réservistes.

La réserve a fait l’objet d’une présentation à la presse, le 6 octobre 2020 à Paris, par le général de division Walter Lalubin, délégué interarmées aux réserves, et le général de brigade aérienne Véronique Batut, secrétaire générale de la Garde nationale.

Imbrication permanente. Conseiller du chef d’Etat-major des armées, le délégué interarmées aux réserves lui propose des évolutions en fonction des capacités des armées. Tous les citoyens français concourent à la défense de la nation. Ce devoir peut s’exercer, dès l’âge de 17 ans, par une participation à des activités militaires dans la réserve. Les réservistes, militaires à part entière, peuvent effectuer les mêmes missions que les personnels d’active, y compris dans les forces spéciales et le renseignement. Les armées assurent leurs entraînement, préparation opérationnelle et maintien en condition opérationnelle. En 2020, 1.000 réservistes par jour ont participé aux opérations « Sentinelle » (protection du territoire) et « Résilience » (crise sanitaire du Covid-19). Pendant le pic de mars à juin, cette dernière a impliqué 3.000 militaires, dont 500 réservistes, pour l’assistance médicale (médecins, infirmiers et praticiens), la protection et la logistique santé, en appui du ministère des Solidarités et de la Santé, qui a mobilisé ses propres ressources de réserve. Par ailleurs, souligne le général Lalubin, outre la lutte contre le terrorisme (opération « Barkhane » au Sahel), les armées doivent se préparer au risque de confrontation conventionnelle de haute intensité. Environ un tiers des réservistes opérationnels font partie d’unités spécifiques de réserve des armées de Terre et de l’Air pour des missions de protection. Les autres suivent une formation en prévision d’un emploi, individuel ou en petit module, sur tous les théâtres d’opération. Le doublement des effectifs de la réserve opérationnelle a permis de compenser la diminution de ceux des armées d’active. Cette attrition, estimée à 75.000 postes, a résulté de la Révision générale des politiques publiques (2007-2012) et de la Modernisation de l’action publique (2012-2017). Outre la réserve opérationnelle de niveau I (voir encadré ci-dessous), le ministère des Armées dispose d’une réserve opérationnelle de niveau 2 (RO2), constitué d’anciens militaires de carrière ou sous contrat et de personnes ayant accompli un volontariat dans les armées. Tous sont soumis à l’obligation de disponibilité dans la limite de 5 ans à compter de la fin de leur lien au service. Mobilisable par décret du Premier ministre, la RO2 s’est montée à 58.000 réservistes en 2019. Avec les anciens du Service militaire volontaire et les volontaires issus du Service militaire adapté (insertion socioprofessionnelle au profit des jeunes des outre-mer), cette RO2 atteint 80.000 personnels de tous grades. Les réservistes opérationnels effectuent des carrières courtes, souvent de l’ordre de 3 à 5 ans. Par ailleurs, la « réserve citoyenne de défense et de sécurité » (RCDS) accueille les Français volontaires et bénévoles, pour servir comme « réserviste citoyen » au sein d’une armée ou d’un organisme rattaché. Contributeurs au rayonnement des armées, ils diffusent des informations sur elles au sein de la société civile, sous condition d’agrément. Le ministère des Armées a ainsi délivré 4.000 agréments RCDS en 2019. Conformément aux évolutions des lois de programmations militaires 2014-2019 et 2019-2025, le budget des réserves est passé de 70 M€ en 2016 à 170 M€ en 2020. La Garde nationale constitue un forum d’échanges de réflexion, d’études et de pratiques, conclut le général Lalubin.

Synergie des expériences. Créée le 13 octobre 2016 après les attentats terroristes de 2015, la Garde nationale (GN) repose sur deux piliers, rappelle sa secrétaire générale : deux tiers de réservistes pour la sécurité civile au sein de la Gendarmerie et de la Police, dépendant du ministère de l’Intérieur ; un tiers pour le ministère des Armées. Les personnels de 20 à 40 ans constituent la moitié des effectifs de la GN au 1er janvier 2020. Un réserviste sur deux vient du monde du travail. La sécurité intéresse surtout les gens ayant servi dans la Police. La GN leur apporte les bonnes pratiques des armées et autres composantes. Elle doit en priorité faire savoir les besoins des ministères de l’Intérieur et des Armées et connaître les attentes des réservistes. Ses objectifs en 2020 portent sur : l’accompagnement financier ; la valorisation de l’engagement des réservistes ; le partenariat avec leurs employeurs pour répondre à leurs attentes ; un accès amélioré à l’information par l’ouverture d’une plate-forme internet.

Journées nationales des réservistes. Sur le thème de l’engagement individuel à l’engagement collectif destiné à favoriser la cohésion nationale, la GN organise les « Journées nationales des réservistes » du 10 octobre au 12 novembre 2020 sur l’ensemble du territoire national.  En effet, les crises successives amènent les employeurs et les établissements d’enseignement à s’interroger sur l’impact sociétal des réservistes. Atouts opérationnels de leurs unités, ceux-ci représentent également la GN au sein de leurs environnements professionnels, sociaux et familiaux. Pendant les journées nationales des réservistes, des événements, dénommés « Rencontres de la Garde nationale » permettent au grand public de prendre la mesure des engagements des réservistes, hommes et femmes, qui garantissent une mobilisation quotidienne. Des réservistes y apportent leur témoignage en « présentiel », par visioconférence ou diffusion de vidéos en raison du contexte sanitaire. Ces rencontres ont rassemblé 54.000 personnes en 2019. Les Journées nationales sont organisées en coopération avec les ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, les entreprises, les collectivités territoriales et les associations de réservistes. Elles se terminent le 12 novembre par un ravivage de la Flamme à l’Arc de Triomphe à Paris, cérémonie organisée par le commandement des réserves de la Gendarmerie nationale et le secrétariat général de la Garde nationale.

Loïc Salmon

La réserve d’engagement de premier niveau (RO1) est constituée de volontaires issus de la société civile, des armées d’active ou d’anciens appelés du contingent. Tous doivent souscrire un engagement à servir dans la réserve. En 2019, 40.321 personnes ont intégré la RO1, contre 26.000 en 2016. Ils ont été répartis ainsi : 24.255 dans l’armée de Terre ; 6.252 dans la Marine nationale ; 5.759 dans l’armée de l’Air ; 3.325 dans le Service de santé des armées ; 524 dans le Service du commissariat des armées ; 206 dans le Service des essences des armées. 4.000 réservistes sont employés chaque jour, dont plus de 1.000 dédiés à la protection du territoire national. 48 % sont issus de la société civile et 37 % sont âgés de moins de 30 ans. Chaque réserviste effectue en moyenne 40 jours d’activités par an, alors que l’objectif a été fixé, en 2016, à 36,5 jours/an.

Réserve militaire : nécessité de fidéliser les « civils »

Réserve : montée en puissance pour la sécurité nationale

Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes




Marine nationale : un BSAH autour du monde, via l’Arctique

Pour la première fois, une unité militaire française, le bâtiment de soutien et d’assistance hauturier (BSAH) Rhône, a relié Brest à San Francisco après avoir franchi le détroit de Béring, au cours d’un déploiement de 104 jours.

Ont été présentés à la presse, le 20 décembre 2018 à Paris : son périple par son commandant, le capitaine de frégate Philippe Guena, et un premier maître chef de quart ; le programme BSAH par un ingénieur en chef des études et techniques de l’armement.

Le périple. En 73 jours de navigation, le Rhône a parcouru 35.000 km à 25 km/h en moyenne, à travers les océans Arctique, Pacifique et Atlantique, onze mers et le canal de Panama, avec des variations de température de – 0,5°C à 3°C pour l’eau de mer et de – 10°C à 38°C pour l’air. Après avoir quitté Brest le 23 août et le port norvégien de Tromso le 1er septembre, il a franchi le détroit de Béring le 14 septembre et fait escale à Dutch Harbor (Alaska), Victoriaville (Canada), San Francisco (Californie), Huatulco (Mexique). Après Panama, il a relâché à la Martinique, Halifax (Canada), Saint-Pierre-et-Miquelon et La Corogne (Espagne), avant de rentrer à Brest le 4 décembre. Des conditions météorologiques clémentes et la fonte importante des glaces ont permis une bonne visibilité des icebergs (eau douce gelée) et de la banquise (eau de mer gelée et recouverte de glace), car seul l’œil peut appréhender la glace. Pendant la traversée de la mer de Sibérie orientale (4 jours), le Rhône s’est faufilé entre les énormes glaçons sans les toucher, en navigant de jour pour plus de sécurité. Celle-ci a été renforcée par la présence à la passerelle de deux chefs de quart au lieu d’un et de deux veilleurs supplémentaires, en raison de la concentration nécessaire pendant des « quarts » de 4 à 6 heures. La redondance des équipements et le recours, éventuel, aux centres de secours russes auraient permis de pallier tout incident sérieux. Ce déploiement s’est déroulé dans les eaux internationales avec des « passages inoffensifs » dans les eaux territoriales russes, dans le cadre de la Convention de Montego Bay. Il a inclus des entraînements communs avec les Marines riveraines et la formation d’un 2ème équipage sur la fin de la traversée. Outre le raccourcissement des distances et des délais, la voie maritime du Nord présente, pour le transport de vracs et de matières premières, les avantages de l’absence de taxes et de l’inexistence de la piraterie. Son trafic commercial pourrait atteindre 20 à 40 navires par an, par suite du réchauffement climatique. La Chine en tient compte pour ses « nouvelles routes de la soie ». La Russie redoute une dégradation de l’environnement, en raison de l’exploitation future des réserves de gaz de l’Arctique estimées à 50 Mt.

Le programme BSAH. D’un coût de 162 M€, le programme BSAH porte sur quatre navires de 2.960 t répartis entre Brest et Toulon et armés chacun de deux mitrailleuses de 12,7 mm. Le Rhône et la Loire ont été livrés en 2018. La Seine et la Garonne suivront en 2019. Chacun compte deux équipages de 17 marins et peut accueillir 12 passagers ou plongeurs équipés. Capable de remorquer le porte-avions Charles-de-Gaulle ou un bâtiment de projection et de commandement, un BSAH peut effectuer des recherches sous-marines ou réaliser des équipements pour l’accueil de sous-marins nucléaires d’attaque. Avec 30 jours de vivres, il peut parcourir 9.260 km à 20-22 km/h. Le maintien en condition opérationnelle inclut une formation sur la conduite et l’entretien des installations, qui assure une disponibilité de 330 jours/an.

Loïc Salmon

L’océan Arctique : nouveaux enjeux stratégiques

L’océan Arctique : atouts économiques, guerre froide larvée

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique




Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

L’intelligence artificielle, appliquée aux systèmes d’armes, va transformer la conduite des opérations et obliger à repenser les doctrines. Son emploi dans les unités robotisées permettra d’exclure les soldats des zones meurtrières de combat immédiat.

L’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé, le 4 octobre 2017 à Paris, un colloque sur ce sujet, auquel ont participé des experts et de hauts responsables dans les domaines du numérique et du renseignement. Par ailleurs, une exposition au musée de l’Armée à Paris (12 octobre 2017-28 janvier 2018) évoque l’évolution du combattant futur (2010-2040).

Le théâtre d’opérations de demain. La connaissance de l’environnement tactique sera accrue par la mise en réseau de données de capteurs et d’images et l’extension, par l’emploi de robots, de la zone contrôlée par une unité, explique un expert du numérique. Le soldat sera ainsi mieux renseigné sur les intentions de son chef qui, lui, en saura davantage sur les capacités physiologiques de son unité (niveaux de fatigue et d’attention). Déjà, pour pallier les contraintes relatives à des systèmes plus performants, mais aussi plus complexes, l’interface avec le combattant reste simple et lui laisse les mains libres quand il communique. A terme, l’aide à la décision sera renforcée par : des traductions simultanées dans le dialecte local ; la consultation de bases de données externes, dûment validées, stockées et sécurisées à distance pour faciliter la détection et l’identification de cibles, notamment par la reconnaissance faciale. Tout cela implique un entraînement intensif sur simulateur.

Les ruptures technologiques. A l’horizon 2040, l’équipement du soldat devrait évoluer dans la continuité de celui de 2010 (voir encadré) ou bien connaître de véritables mutations, selon une hypothèse présentée à l’exposition « Dans la peau d’un soldat » du musée de l’Armée. Ainsi, le casque intégral avec interface cerveau/ordinateur permettrait : l’assistance à la décision ; la réduction du stress en temps réel ; la détection et l’analyse d’images, de sons, de signaux radar, de traces d’explosifs et de risques nucléaires, bactériologiques et chimiques ; la prise en compte de cibles multiples par l’intelligence artificielle ; l’interface de gestion de drones aériens et terrestres ; les commandes par le regard et la pensée ; l’intégration d’un filtre et d’un respirateur. Des sous modules de communication pourraient intégrer la collecte de renseignements par l’analyse de tous les réseaux (téléphone, internet, radio et satellite). Le fusil électromagnétique utiliserait des électro-aimants pour tirer à plusieurs kilomètres des projectiles spécifiques contre les personnels, les matériels ou les systèmes électroniques. Des « cyber armes » consisteraient en : brouilleurs de réseaux ; aspirateurs de données ; leurres numériques ; grenades contre les systèmes électroniques ; un couteau/outil multifonctions. Un système d’intégrité verrouillerait les autres systèmes par l’identification d’ADN ou l’analyse biométrique et pourrait s’autodétruire, s’il n’est pas employé par son propriétaire. Une armure connectée avec un exosquelette intégré, qui permet de marcher ou d’agir même avec un membre brisé, disposerait d’un camouflage adaptable, dynamique et « intelligent ». L’armure emporterait : un « fluide/pâte balistique » et des plaques en graphène (matériau 200 fois plus solide et 6 fois plus léger que l’acier) ; des équipements pour la surveillance des fonctions vitales ou secondaires, l’autodiagnostic des blessures, l’arrêt des hémorragies et l’injection d’antalgiques en cas de blessure ; un système anti-déshydratation. Les chaussures seraient munies de semelles avec un dispositif adhésif pour faciliter l’escalade et le franchissement. Elles emporteraient aussi un système « piézoélectrique » (production d’électricité par contrainte mécanique) pour alimenter les batteries des systèmes. Des modifications cybernétiques (implants) ou même génétiques augmenteraient les capacités physiques et mentales des combattants. Ces derniers seraient accompagnés de robots androïdes de combat, dotés d’une intelligence artificielle. Autour d’eux, des drones terrestres et aériens armés pourraient fonctionner en « ruches », produire d’autres drones ou se combiner entre eux.

La future puissance stratégique. L’intelligence artificielle (IA) accélère la convergence entre nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (mécanismes de la pensée humaine et animale). Selon un expert du numérique, l’IA des systèmes armés nécessite un entraînement de systèmes d’apprentissage automatisés à partir de très grands volumes de données, susceptibles d’être manipulées ou détournées. La cybersécurité devra pouvoir détecter les structures de données fictives destinées à tromper les systèmes d’apprentissage. Les Etats-Unis, la Russie et la Chine considèrent déjà l’IA comme le vecteur de la puissance stratégique. Ils se sont déjà lancés dans la course aux systèmes d’armes robotisées, plus ou moins autonomes, à déployer sur les théâtres de conflit. La Russie exclut l’homme du combat en première ligne. En conséquence, elle a déjà développé sa robotique militaire : unité de combat Platform-M ; sentinelle Volk-2 ; démineur Ouran-6 ; engin Argo, équipé d’une mitrailleuse et de grenades ; tireur Strelok ; char T-14 Armata à tourelle automatisée ; système armé autonome Kalachnikov. La Chine, qui souhaite devenir la première puissance en robotique, n’a communiqué que sur un petit destructeur d’engins explosifs. Les Etats-Unis investissent dans les secteurs où l’IA est déterminante : armements hypersoniques ; armes à énergie dirigée ; domaine sous-marin ; développement de l’autonomie ; reconquête de la supériorité dans le domaine électromagnétique contre la menace protéiforme ; lutte informatique. La Marine et l’agence d’armement Darpa ont lancé le programme Sea Hunter, navire autonome de lutte anti-sous-marine, capable d’évoluer pendant plusieurs mois sur des milliers de kilomètres, tout en respectant les règles de la navigation internationale. La Corée du Sud a mis en œuvre le robot armé sentinelle SGR A1 à la frontière avec celle du Nord. Israël développe le robot armé Dogo pour le combat rapproché et les opérations antiterroristes.

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

Dans le système FELIN (Fantassin à Equipements et Liaisons INtégrés) entré en service en 2010, le soldat français est coiffé d’un casque avec « coque balistique » anti-éclat pour : transmettre des sons à l’oreille interne par les os du crâne ; fixer des optiques de vision nocturne pour visualiser les images et informations captées par la lunette de l’arme (visée déportée). Dans son gilet électronique, il emporte des batteries, un boîtier calculateur, une radio, un système GPS, une gourde souple et des munitions. Son fusil d’assaut Famas FELIN, qui peut recevoir une baïonnette, est équipé d’une lunette multifonctions pour le tir de jour jusqu’à 600 m et de nuit jusqu’à 300 m. Il peut renvoyer l’image de visée de l’arme vers le casque (visée déportée), effectuer des prises d’images et les transmettre à sa hiérarchie. Une interface sur la poignée avant permet de piloter la lunette et d’accéder à la radio.




Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat consacre seulement 5 % de son temps au combat et il l’attend longtemps. Il doit s’y préparer par une formation continue, s’entraîner en permanence et subvenir à ses besoins dans un environnement souvent hostile.

24 h de la vie d’un soldat. Le rythme des déplacements détermine le confort nocturne. La légion romaine bâtit son camp, protégé par des palissades, pour la nuit que les soldats passent sous des tentes de cuir. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, le camp d’une armée en campagne, où hommes et animaux dorment sur la paille, constitue une véritable ville avec ses tentes, échoppes et cabanes. La vitesse des armées napoléoniennes nécessite de dormir dehors ou dans les granges croisées à l’étape. Les veillées autour d’un feu entretiennent la cohésion de l’unité, avant l’affrontement avec l’ennemi. Le lit pliant généralisé apparaît sous le Second Empire. Aujourd’hui, dans les opérations extérieures en pays chauds, le soldat reçoit aussi une moustiquaire. L’hygiène corporelle reste très rudimentaire jusqu’à la fin du XIXème siècle. Il s’ensuit une prolifération des maladies, principales causes de mortalité dans les armées. Pendant la première guerre mondiale, les « poilus » français des tranchées doivent vivre dans la boue et la saleté forcée. Mais dans l’armée impériale allemande, des officiers de santé s’occupent des troupes sur les plans hygiénique et prophylactique. La coupe de cheveux, très courte, facilite la prévention des infections par les poux ainsi que le port d’équipements spéciaux, comme le casque et le masque à gaz. Pendant la seconde guerre mondiale, l’intendance américaine fournit des trousses de toilette complètes aux soldats américains et français de l’armée de Libération. Du Moyen-Age à la seconde moitié du XVIIème siècle, les soldats, vêtus comme les civils mais souvent de loques, pillent ou dépouillent des cadavres après les combats, pour se procurer souliers et vêtements. Suite à l’essor des grandes nations centralisées et aux réorganisations des armées aux effectifs accrus, les Etats définissent et financent les uniformes, entraînant une chaîne de production et la fonte de l’individualité du soldat dans l’anonymat de l’institution militaire. Toutefois, couleurs, symboles et vêtements identifient les troupes de près et de loin et en renforcent le sentiment d’appartenance. Par la suite, sur les champs de bataille, les uniformes feront place aux « tenues de combat », moins voyantes, jusqu’à celle de 2010 en tissu anti-déchirure et qui s’adapte au port du gilet « balistique » (pare-balles). Toutefois, le soldat individualise sa tenue par les marques de grade, les insignes de spécialité ou de corps et les décorations, récompenses pour ses faits d’armes, ou la fourragère pour ceux de son unité. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, les soldats de toutes les armées du monde se déplacent à pied et parcourent jusqu’à 40 km par jour. Les moyens de transport servent surtout à l’acheminement des vivres, armes et munitions en grandes quantités. Les semelles de cuir cloutées du fantassin perdurent de l’époque romaine au milieu du XXème siècle, où elles sont remplacées par du caoutchouc. Le bruit caractéristique d’une troupe à pied disparaît alors au profit de la marche silencieuse. Depuis 2010, des chaussures de randonnée à doublure étanche et « respirante » ont succédé aux « rangers ». En revanche, même si son matériau a été allégé, « l’armoire du soldat », 30 kg en moyenne, pèse toujours aussi lourd sur son dos depuis deux millénaires ! Durant les longues campagnes du Premier Empire à travers l’Europe, les officiers de cavalerie fortunés disposent d’un cheval supplémentaire pour le transport de vêtements et vivres dans des sacoches de part et d’autre du dos. Depuis la guerre franco-prussienne de 1870, la cadence de tir des armes à feu augmente et réduit l’autonomie du combattant. La « discipline du feu » vise à économiser ses munitions et assurer sa survie. En mission de combat, le soldat d’aujourd’hui emporte 6 kg de munitions, contre 3 kg pour celui de 1914. L’invention de la conserve (1795) et de la « marmite ambulante » (1806) révolutionnent l’alimentation du soldat jusqu’à l’arrivée de la ration de combat, dès 1942 dans l’armée américaine.

Au niveau de l’armée. Pour maintenir le moral des troupes entre les combats, le commandement doit veiller au versement de la solde à temps et aux conditions de la vie quotidienne, y compris les loisirs. Des relations dégradées entre chefs et soldats minent discipline et cohésion. Une mauvaise gestion des contacts avec la population civile et l’arrière (congés) favorise l’agitation ou la désertion. La logistique, autrefois confiée à des auxiliaires civils, devient progressivement militaire et se complexifie au XXème siècle, par suite de l’allongement des voies de communication, de la mécanisation des moyens de transport, de la multiplication des matériels indispensables et de la dépendance envers les sources d’énergie. En 2010, un soldat américain engagé en Afghanistan emporte 12 équipements électroniques contenant plus de 70 piles ! Bataille rangée, embuscade ou tir isolé, équilibré ou non, le début du combat provoque les symptômes universels de stress : accélération des battements du cœur, assèchement de la bouche et souffle court. Ensuite, le combat blesse beaucoup et gravement. Au XVIème siècle, le chirurgien Ambroise Paré améliore la ligature des artères et imagine une prothèse de main articulée. En 1671, Louis XIV fonde l’institution des « Invalides » pour ses soldats estropiés. Au cours du XXème siècle, les progrès de l’asepsie, de l’anesthésie, de la transfusion sanguine, de la chirurgie réparatrice (les « gueules cassées » de 1914-1918) et la rééducation fonctionnelle ont accru les chances de survie des combattants, malgré la souffrance physique persistante et les mutilations. Longtemps ignorés, les traumatismes psychiques sont aujourd’hui pris en compte. Le métier de soldat implique de donner la mort mais aussi de la recevoir. La postérité ne retient souvent que les personnalités mortes au combat et ignore les anonymes tombés loin de leur pays natal. Le rapatriement des corps ne se généralise qu’après 1950. Depuis quelques années seulement, tous les combattants morts pour la France reçoivent un hommage aux Invalides.

Loïc Salmon

Dans la peau d’un soldat

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

L’exposition « Dans la peau du soldat » (12 octobre 2017-28 janvier 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente plus de 330 objets, uniformes, armes et documents d’archives sur trois niveaux. La galerie du rez-de chaussée parcourt 2.000 ans de l’histoire du soldat, des guerres de l’Empire romain au conflit en Afghanistan, sur fond d’illustrations ou de photos d’ambiance. Des dispositifs multimédias interactifs abordent les réalités de la vie militaire : la place du soldat dans le contexte de son temps ; les multifonctions d’objets usuels ; l’influence des uniformes sur la mode civile ; les logistiques de masse pour acheminer les approvisionnements ; les diverses finalités du camouflage ; l’évolution technologique possible de l’équipement individuel. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr




Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

« Rendre possible la conciliation entre l’engagement dans les armées et une vie familiale épanouie », tel est l’objectif du « plan famille » 2018-2022.

Florence Parly, ministre des Armées, a ainsi présenté à la presse, le 31 octobre 2017 à Paris, ce plan destiné à améliorer les conditions de vie des militaires.

Compréhension et concertation. Le plan famille a été établi avec les instances de concertation (Conseils et Conseil supérieur de la fonction militaire) et les associations impliquées dans l’action sociale. D’un montant de 300 M€ de crédits nouveaux sur 5 ans, il sera mis en œuvre à 70 % dès 2018. Il comprend douze mesures, dont la moitié pourra s’appliquer au personnel civil du ministère des Armées : faciliter la vie du conjoint par un élargissement et une simplification de l’offre des prestations sociales ; fournir au militaire déployé un accès internet wifi gratuit, surtout dans les emprises mal équipées du territoire national ; amplifier le soutien moral et psychologique des familles avant, pendant et après les missions opérationnelles ; exonérer de toute avance de fonds le militaire lors des déplacements en mission ; offrir aux militaires une meilleure visibilité sur leur mutation, soit 5 mois de préavis dans 80 % des cas ; améliorer le dispositif de prise en compte des déménagements ; renforcer et améliorer l’offre de logement dans les zones de densification ou de tension locative forte, notamment en Ile-de-France, en proposant 660 logements en métropole de 2018 à 2020 ; accompagner tous les membres de la famille, à savoir dans le travail du conjoint, la garde des enfants (240 places supplémentaires en crèche en 2018) et leur scolarité ainsi que la vie associative ; faciliter l’information et l’intégration des familles à la communauté de défense (création d’un portail e-social) ; faciliter la capacité du commandement à organiser localement des activités de cohésion incluant les familles ; individualiser les parcours professionnels, notamment pour les familles monoparentales ou séparées et les couples de militaires, en vue de pouvoir exercer leur droit de visite des enfants ; épauler les familles lors de la blessure du militaire ou de son décès.

Sociologie militaire. Selon une étude réalisée par le ministère des Armées, 47 % des militaires sont mariés, 6 % ont signé un PACS et 18 % ont vécu une rupture d’union. De nombreuses femmes militaires vivent en couple avec un conjoint militaire. Environ 55 % des militaires ont des enfants (deux en moyenne). En tout, 70 % des militaires ont constitué leur propre famille : 90 % en famille nucléaire, avec ou sans enfant ; 7 % dans une famille recomposée ; 3 % dans une famille monoparentale, surtout des femmes. En matière de logement, 42 % des militaires sont locataires de leur résidence principale, 33 % en sont propriétaires et 25 % sont hébergés à titre gratuit. La mobilité et ses contraintes conduisent 11 % des militaires, contre 1% des Français, à choisir le célibat géographique en raison du travail du conjoint, de la scolarité des enfants, de l’environnement social ou de la propriété de la résidence principale.

Djihadistes français. Florence Parly a précisé que les djihadistes français, capturés en Irak, seront jugés dans ce pays. La situation de leurs enfants sera examinée au cas par cas. Certains pourront être rapatriés, mais en tenant compte de la volonté de leurs parents. En Syrie, les Français combattant dans les rangs de Daech font l’objet d’un signalement auprès du Comité international de la Croix-Rouge. S’ils rentrent en France, ils s’exposent à des poursuites judiciaires systématiques.

Loïc Salmon

L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

Service de santé : « Maison des blessés et des familles » à Percy

Défense : les armées, leur image et leurs moyens