Toute une histoire !

Dédié à l’armée de Terre lors de sa création en 1905 aux Invalides à Paris, le musée de l’Armée s’engage dans une mission interarmées. La guerre y est évoquée sous son aspect militaire.

Ses collections, d’environ 500.000 objets, incluent armures, uniformes, armes blanches et à feu, pièces d’artillerie, emblèmes, décorations, figurines historiques, trophées et même objets de la vie quotidienne du soldat. S’y ajoutent : un fonds de peintures, d’estampes, de dessins, de photographies et de sculptures ; une bibliothèque de manuscrits, de livres, de périodiques et d’archives privées ; des pièces ethnographiques dépassant le cadre européen et celui de l’ancien empire colonial français. Le musée de l’Armée a hérité des collections du Garde-Meuble de la Couronne, des saisies révolutionnaires, des campagnes militaires des XVIIIème et XIXème siècles et du musée de l’Artillerie. Pendant son mandat, le directeur du musée reçoit l’appellation de « gardien du tombeau de l’Empereur », car l’Hôtel national des Invalides abrite la sépulture de Napoléon 1er depuis 1840. Conformément à une politique scientifique et cohérente, les collections s’enrichissent par des achats, commandes, dons, legs, « dations » (remplacements exceptionnels de droits de succession) et collectes. Ensuite, une longue procédure les rend inaliénables, imprescriptibles et insaisissables, en vue de leur exposition au public. Déjà, près de 1.000 actes d’achats ont complété les cessions à titre gracieux de plus de 6.000 personnes, associations, sociétés, établissements et ministères. Toutefois, les aléas de l’histoire militaire ont gravement affecté les collections. La fin des guerres napoléoniennes conduit au pillage du musée de l’Artillerie en 1815. C’est pourquoi, dès le début de la guerre de 1870, la partie la plus riche des collections a été évacuée en province. En 1921, les dispositions du traité de Versailles suscitent l’afflux d’objets issus des guerres de 1870-1871 et de 1914-1918. Les mêmes événements se reproduisent en 1940 et 1949. Le musée a aussi connu des pertes par vols, demandes des restitutions, accidents ou destructions volontaires. Ainsi le 30 mars 1814, le maréchal Sérurier, gouverneur des Invalides depuis 1803, ordonne de brûler les drapeaux conquis par la France, pour éviter leur remise à l’ennemi. En 1938, un incendie a ravagé la façade Nord de l’Hôtel des Invalides et détruit le décor du Grand Salon. Parmi les pièces rares, rescapées de toutes ces péripéties, figurent deux armures japonaises datant de 1580-1590, cadeaux d’une ambassade nippone à la Couronne d’Espagne. Puis le roi Charles III les a offertes à la Cour de France lors du mariage de sa fille Anne à Louis XIII en 1615. Le musée possède les bâtons de maréchalat de quatre généraux de la seconde guerre mondiale, à savoir Leclerc, de Lattre de Tassigny et Kœnig à titre posthume et Juin de son vivant. De Gaulle a refusé cette dignité, prestigieuse sous l’Ancien régime, abolie pendant la Révolution et rétablie sous le Premier Empire. « L’Historial Charles de Gaulle », réalisé entre 2003 et 2008, a été intégré au programme de modernisation du musée (1994-2010), dénommé ATHENA (Armes, Technique, Histoire, Emblématique, Nation, Armée). Son expérience sert au projet MINERVE (Mémoire, Invalides, Engagement, Recherche, Visite évolutive). En 2025, trois nouveaux parcours concerneront l’histoire de la colonisation et de la décolonisation, l’histoire militaire de la France après 1945 et l’actualité des engagements militaires français.

Loïc Salmon

 « Toute une histoire ! », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 256 p., 197 illustrations, 32 €.

Défense : mémoire et culture, véhicules des valeurs militaires

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante




S’engager ! De l’Antiquité au XXIème siècle

Au cours de l’Histoire, les armées professionnelles n’ont jamais suffi pour défendre un pays en cas de menace directe. Les circonstances ont imposé le recours aux réserves fournies par la conscription, pas toujours universelle.

Dans la Grèce antique, remplir ses obligations militaires à 18 ans donne au jeune homme accès aux droits civiques. Les conquêtes et le développement du commerce favorisent le recours aux mercenaires. Sous la République romaine, tout citoyen est mobilisable dès 17 ans. Au IIIème siècle, la défense de l’Empire ne repose plus que sur une armée de métier et surtout les tribus barbares alliées…qui finiront par provoquer sa chute en 476. En Gaule, en contrepartie de terres, la dynastie mérovingienne institue le « ban », forme embryonnaire du service militaire pour les nobles. Pendant la féodalité, celui-ci devient « l’ost », où la garantie de l’Etat en Grèce et à Rome est remplacée par une relation d’assistance mutuelle entre le vassal et son seigneur. Charlemagne impose à ces derniers l’obligation de fournir le dixième de leurs serfs pour assurer la logistique de l’ost. La guerre ne se pratique qu’au printemps. En 1303, Philippe le Bel convoque exceptionnellement le ban pour quatre mois au lieu de trois. Dès le Xème siècle, certaines villes constituent des milices pour se défendre. Par ailleurs, les nobles subissent la concurrence des bourgeois au sein du ban, qui se dévalorise avec l’apparition d’une armée royale de soldats de métier soldés par la « taille », impôt permanent. Cette armée, bien organisée, mieux entraînée et immédiatement disponible, se diversifie en infanterie, cavalerie et artillerie au cours de la guerre dite de Cent Ans (1337-1453). A partir du XVIIème siècle, la fonction militaire devient une profession à part entière, où l’éducation initiale et le perfectionnement des connaissances supplantent le respect des traditions ancestrales. L’entrée de la France dans la guerre de Trente Ans (1618-1648) et la disparition du mercenariat conduisent à un recrutement des troupes, pendant l’hiver, par les sous-officiers et les « bas-officiers » qui assurent la continuité de l’encadrement et du commandement. Les nobles, colonels ou capitaines propriétaires de leur unité, ne sont militaires que pendant les périodes de combat puis se retirent dans leurs terres. Les ordonnances royales améliorent la condition du soldat, notamment par la constitution d’un cops d’inspecteurs des troupes et de leur matériel (1667) et la construction de l’Hôtel royal des Invalides (1675). Pour compléter les effectifs, Louis XIV institue, au sein des paroisses, la milice royale, fondement du devoir militaire des sujets du roi par tirage au sort mais avec des exemptions possibles. La désertion, passible de la peine de mort depuis l’ordonnance de 1635, se trouve, dans les faits, commuée en condamnation aux galères de la Marine royale. Devant la menace d’invasion de la France par les armées européennes l’Assemblée nationale déclare la patrie en danger en 1793 et décrète la levée en masse des volontaires. La conscription, officialisée par la loi Jourdan-Delbrel de 1798, perdure, avec le retour des exemptions et du tirage au sort, pendant les guerres napoléoniennes et après. Les deux conflits mondiaux nécessitent la mobilisation générale. Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), 80 % des soldats déployés sont des « appelés ». Depuis 2002, la conscription, suspendue mais pas supprimée, concerne aussi les filles.

Loïc Salmon

« S’engager ! De l’Antiquité au XXIème siècle », Matthieu Chillaud. Editions Pierre de Taillac, 200 pages, illustrations, 29,90 €.

Soldats de Napoléon

Défense : durer et vaincre dans un conflit de haute

intensité

Faut-il recréer un service national ?




Exposition « Napoléon n’est plus » aux Invalides

Par sa très lente agonie à Sainte-Hélène en 1821, Napoléon 1er devient plus humain. Le retour de ses cendres en 1840 constitue une nouvelle apothéose, qui le transforme en image de référence pour l’Histoire de la France.

La fin. Dans le climat insalubre de l’île de Sainte-Hélène, au milieu de l’Atlantique Sud, Napoléon trompe l’ennui en dictant ses mémoires. A l’inaction et la contrariété, s’ajoute une intensification de ses douleurs abdominales dues à son ulcère à l’estomac. Il s’affaiblit depuis cinq ans, au point de rester constamment alité dès la fin de l’année 1820. Fièvres et vomissements aggravent son état. Dès avril 1821, son entourage comprend qu’il va mourir, malgré les soins intensifs. Le matin du samedi 5 mai, Napoléon, inconscient depuis deux jours, est étendu sur son lit de camp à baldaquin dans sa résidence de Longwood. Assistent à ses derniers instants : l’abbé Vignali ; les médecins Antommarchi, Burton et Arnott ; le général comte Bertrand, son épouse et leurs deux fils ; le général comte de Montholon ; le capitaine Crockat ; les valets Marchand et Noverraz ; l’huissier Santini ; le mamelouk Ali Saint-Denis. Selon les témoignages, l’Empereur prononce des mots indistincts. Le comte Bertrand entend « le nom de son fils » puis « à la tête de l’armée ». Le comte de Montholon croit entendre les mots « France, armée, tête d’armée, Joséphine ». Selon le valet Marchand, Napoléon dit des mots inarticulés, traduits par « France », « tête » et « armée ». L’Empereur expire à 5 h 49 de l’après-midi. Antommarchi lui ferme les yeux et les Britanniques Arnott et Crockat enregistrent l’heure du décès.

La veillée funèbre. L’abbé Vignali dit la messe. Après la toilette mortuaire, Napoléon est présenté sur un lit de campagne, tête nue et couvert d’un drap, pour la veillée entre Français. Le 6 mai au matin, le général britannique Lowe, gouverneur de Sainte-Hélène, entre, pour la première fois, dans l’appartement privé de l’Empereur pour constater le décès et reconnaître le corps. Dans l’après-midi puis dans la matinée du 7 mai, Longwood ouvre ses portes au public. Sous l’autorité du capitaine britannique Crokat, deux valets gardent la dépouille vêtue de l’uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale et coiffée du « petit chapeau ». Parmi les civils, seuls les notables de Sainte-Hélène peuvent pénétrer dans l’enceinte de Longwood. Ils entrent par groupes de quatre à dix pour un hommage de quelques minutes. Beaucoup prennent sa main et l’embrassent, laissant couler leurs larmes. Certains amènent leurs enfants et d’autres viennent plusieurs fois. Le 7 mai dans l’après-midi, le moulage en plâtre du masque mortuaire est pris et les funérailles se préparent. Divers tableaux allégoriques immortaliseront Napoléon sur son lit de mort. Après la mise en bière le 9 mai, une dernière messe est dite à Longwood avant le départ du corps à 11 h. Refusant de rendre les honneurs à un empereur déchu, Lowe, dont le caractère intransigeant, tatillon et parfois obtus le fait passer à la postérité, organise des obsèques « d’officier général du plus haut rang ». Au son d’une marche funèbre entendue dans toute l’île, le cercueil, porté par huit grenadiers anglais, précède un long cortège composé de la suite française de l’Empereur, en tenue de deuil, de l’état-major de Lowe et de nombreux civils. Les drapeaux sont en berne. Les canons anglais tonnent sur terre et sur mer.

La tombe. Devant l’impossibilité pour les Français et les Anglais de s’entendre sur le titre à décerner à Napoléon, « empereur » ou « général », en vue de l’inscrire sur la pierre tombale, celle-ci reste vierge, sans même son nom. L’Empereur est alors inhumé sur l’île, dans le val entouré de géraniums, qu’il a lui-même désigné. Cette tombe est aujourd’hui reconstituée aux Invalides, avec la pierre tombale d’origine, dans le jardin jouxtant la cathédrale Saint-Louis, église des Soldats.

Le testament. Dans son testament, Napoléon règle ses comptes avec ceux qui l’ont trahi ou ont démérité à ses yeux. Il cite nommément ceux qui ont provoqué ses défaites finales en 1814 et 1815 et se sont ralliés à Louis XVIII : le maréchal Marmont, qui a livré son corps d’armée à l’ennemi en 1814, privant l’Empereur de capacité de riposte et donc contraint à abdiquer ; le maréchal Augereau, qui évacue Lyon sans combattre en 1814 ; Talleyrand, ministre des Relations extérieures de 1799 à 1807 ; La Fayette, rayé de la liste des émigrés en 1800 par le Premier Consul Bonaparte mais qui organise avec Fouché (ministre de la Police de 1804 à 1810 puis 3 mois en 1815) la seconde abdication de l’Empereur en 1815. Napoléon invoque la raison d’Etat pour justifier l’exécution du duc d’Enghien, considéré comme traître à la solde de l’Angleterre. Enfin, l’Empereur lègue 10.000 francs à Cantillon, arrêté et jugé pour avoir tiré, en 1818, sur le duc de Wellington, son adversaire britannique à Waterloo (1815), sauvé de la défaite par l’arrivée du général prussien Blücher. Ce testament rédigé de sa main le 15 avril 1821, sera envoyé à Londres puis restitué en mars 1853 à la France, dirigée à l’époque par un autre empereur, son neveu Napoléon III.

Le « retour des cendres ». Les pétitions sur le retour du corps de Napoléon, adressées au gouvernement dès 1821, finissent par aboutir en 1840. Les autorités britanniques acceptent et le Parlement français dote le projet d’un million de francs. Sous l’autorité du diplomate Rohan-Chabot, la « Mission de Sainte-Hélène » se compose de la frégate Belle-Poule, commandée par le prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe, et de la corvette Favorite. Font partie du voyage : le grand maréchal du palais Bertrand et son fils ; le général Gourgaud ; le fils du comte de Las Cases (auteur du « Mémorial de Sainte-Hélène ») ; cinq anciens domestiques, dont Marchand et Saint-Denis. Partie de Toulon le 7 juillet, la mission arrive à Sainte-Hélène le 8 octobre. Lors de la remise officielle le 15 octobre, après l’ouverture des enveloppes d’acajou, de plomb, de bois et de fer blanc du cercueil, le corps de l’Empereur apparaît parfaitement préservé. Le cercueil, embarqué sur la Belle-Poule, arrive à Cherbourg le 30 novembre. Il remonte la Seine jusqu’à Courbevoie à bord des bateaux à vapeur Normandie puis Dorade-III. Le 15 décembre 1840, malgré le froid, une foule immense observe le passage du convoi funèbre jusqu’aux Invalides à Paris. Louis-Philippe reçoit le corps de l’Empereur « au nom de la France », avec l’épée portée à la bataille d’Austerlitz (1805) et son chapeau, entré dans la légende.

Loïc Salmon

L’exposition « Napoléon n’est plus » (31 mars-19 septembre 2021), organisée par le musée de l’Armée et la Fondation Napoléon, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente uniformes, armes, objets, décorations, gravures, tableaux et documents. Cette exposition se double du parcours d’art contemporain intitulé « Napoléon ? Encore ! » (7 mai 2021-30 janvier 2022). Par ailleurs, les espaces permanents du musée de l’Armée dédiés au Premier Empire présentent une maquette de la bataille de Lodi (10 mai 1796) et le bivouac de l‘Empereur. Le Dôme des Invalides, qui abrite son tombeau, a été restauré, grâce à une souscription publique. Renseignements : www.musee-armee.fr

Napoléon n’est plus

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Exposition « Napoléon à Sainte-Hélène » aux Invalides




Napoléon n’est plus

Par sa mort lente, Napoléon devient ce qu’il est aujourd’hui dans la mémoire collective et continue d’exister.

Après avoir côtoyé la mort sur les champs de bataille, il avait envisagé le suicide à Fontainebleau lors de sa première abdication en 1814. Il y repense à bord du navire anglais Northumberland en route vers Sainte-Hélène en 1815. A la fin de sa vie, il demande que soit pratiquée l’autopsie de son corps pour établir la cause de sa mort, probablement due à son ulcère à l’estomac. Après avoir dicté ses mémoires à Las Cases pendant les premières années de sa captivité, sentant la mort proche en avril 1821, il écrit son testament en tant que particulier et… monarque pour la postérité ! La plupart de ses objets personnels, légués à son fils (1811-1832), le duc de Reichstadt (Napoléon II), ne lui parviendront jamais, conformément à( la volonté de l’empereur d’Autriche (son grand-père) et de son chancelier Metternich. A la mort du duc, les reliquats seront répartis entre les membres survivants de la famille Bonaparte. Toutefois, les armes de Napoléon, dont l’épée d’Austerlitz et un sabre de l’expédition d’Egypte, seront transférées à la France par leur dépositaire, le général Bertrand présent à Sainte-Hélène. Napoléon prévoit des dons financiers à ses « vieux soldats », « fidèles serviteurs », aux anciennes zones de combat (26 départements) et villes de Brienne et Méry, qui ne le sauront qu’en 1853, le testament ayant été mis au secret à Londres. A cette date, les relations avec l’Angleterre se sont améliorées. A la demande de l’empereur Napoléon III et par l’entremise de l’ambassadeur de France à Londres, le comte Walewski (fils naturel de Napoléon 1er), les pièces testamentaires sont restituées. L’Etat français verse des dons de 100 à 500 francs de l’époque à 7.500 soldats et officiers ou leurs veuves et héritiers. Napoléon III décerne la « médaille de Sainte-Hélène » à tous les anciens combattants survivants des guerres de 1792 à 1815. Pour ajouter un dernier chapitre au roman extraordinaire de sa vie, Napoléon inscrit dans son testament la clause, qui sera gravée à l’entrée de la crypte de son tombeau aux Invalides : « Je désire que mes cendres reposent au bord de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé. » Il décède le 5 mai 1821 dans sa résidence de Longwood. Le 7 mai, le navire Heron quitte Sainte-Hélène pour l’Angleterre avec les dépêches le certifiant. La nouvelle, parvenue à Londres le 4 juillet, est publiée dans les journaux anglais et français, puis transmise dans toute l’Europe jusqu’en Russie. Lors de l’autopsie, le cœur et l’estomac de l’Empereur sont déposés dans un vase d’argent, rempli d’alcool fermenté et placé dans le cercueil. Napoléon avait choisi la « vallée du Géranium » comme son lieu d’inhumation à Sainte-Hélène, vœu accepté par le gouverneur Howe qui y fait installer des barrières gardées par des sentinelles jour et nuit. Lors du « retour des cendres » en 1840, le cercueil n’est ouvert que deux minutes pour permettre la reconnaissance du corps, parfaitement conservé, et éviter sa décomposition à l’air libre. Le 15 décembre, la cérémonie aux Invalides rassemble environ 800.000 personnes. Le gouvernement britannique reconnaît à Napoléon le titre d’empereur et fait retirer la dénomination de « général Bonaparte » de tous les rapports officiels. En 1858, la France rachète la résidence de Longwood et la vallée du Géranium pour 2.200 £ de l’époque (296.500 €), domaine affecté au ministère des Affaires étrangères.

Loïc Salmon

 « Napoléon n’est plus », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 296 pages, nombreuses illustrations, 35 €

Exposition « Napoléon n’est plus » aux Invalides

Campagne d’Italie, 1796-1797

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire




Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides

L’année 1940 rappelle « l’incroyable défaite » de la France face à l’Allemagne vaincue en 1918, mais aussi le sursaut de ceux qui ne l’acceptent pas et veulent continuer le combat jusqu’à la victoire.

Les signes annonciateurs. Les prémices de la revanche militaire de l’Allemagne apparaissent dans les années 1930 dans l’indifférence des démocraties occidentales, notamment des grandes puissances européennes de la Grande Guerre. La France et la Grande-Bretagne se trouvent alors à la tête de vastes empires coloniaux, le traité de Versailles (1919) ayant dépouillé l’Allemagne du sien. Dès 1933, celle-ci se retire de la Conférence du désarmement de Genève et de la Société des nations, qui vise à la sécurité collective par la prévention des guerres et la résolution des conflits par la négociation. En 1935, le gouvernement allemand rétablit le service militaire. L’année suivante, en violation du Traité de Versailles, il envoie des troupes réoccuper la Rhénanie, alors démilitarisée, sans la moindre réaction militaire de la part de la France ni de la Grande-Bretagne. Il lance alors un grand programme de réarmement et prépare l’économie nationale à la guerre. En mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche pour unifier les populations au sein d’une même nation. Grâce aux accords de Munich signés avec la France, la Grande-Bretagne et l’Italie, elle annexe aussi la région des Sudètes (population à majorité germanophone) de la Tchécoslovaquie en septembre. En mars 1939, elle crée le protectorat de Bohême-Moravie sur ce qui reste de ce pays. En août, elle signe un pacte de non-agression avec l’Union soviétique.

L’attente et les combats. Le 1er septembre 1939, la Wehrmacht envahit la Pologne. L’armée soviétique la rejoint 16 jours plus tard. Comprenant que l’ère des compromis a pris fin, la France et la Grande-Bretagne décident de déclarer la guerre au IIIème Reich le 3 septembre. Après la mobilisation générale, commence la « drôle de guerre ». Le Haut commandement français envoie des troupes en Sarre, en deçà de la ligne « Siegfried », pour soutenir brièvement l’armée polonaise, sans résultats significatifs. Ce dispositif de défense a été construit dans les années 1930 face à la ligne française « Maginot », où sont cantonnés 200.000 soldats qui attendent l’invasion allemande. Celle-ci tarde car la campagne de Pologne a révélé des déficiences à corriger avant d’affronter l’armée française, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Or l’inaction sape le moral des troupes françaises. La population civile se résigne à la guerre dans la persistance des tensions politiques, contrairement à « l’union sacrée » de 1914. L’invasion de la Norvège et du Danemark par la Wehrmacht en avril 1940 donne l’occasion à un corps expéditionnaire, composé des troupes françaises, britanniques et polonaises, de remporter la bataille de Narvik, coupant, temporairement, la « route du fer » (suédois). Le 10 mai 1940, la Wehrmacht pénètre aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. Le corps expéditionnaire britannique (400.000 hommes), débarqué en France en septembre 1939, s’est porté à sa rencontre en Belgique. Le 14 mai, les blindés allemands percent le dispositif français dans les Ardennes et atteignent les côtes de la Manche le 21 mai. Les troupes néerlandaises ont été défaites en cinq jours. Encerclées, les troupes alliées se replient sur Dunkerque, où 240.000 soldats britanniques et 120.000 soldats français et belges sont évacués par mer vers la Grande-Bretagne…grâce à l’appui de l’armée française ! Puis, le 4 juin, celle-ci se rétablit sur la ligne « Weygand » (entre la Somme et l’Aisne), percée par les troupes allemandes…qui défilent à Paris le 14 juin. Entretemps, l’Italie a déclaré la guerre à la France le 10 juin, mais ses troupes restent contenues dans les Alpes. Le 22 juin, les représentants des gouvernements français et allemands signent l’armistice à Rethondes (forêt de Compiègne), dans le même wagon où avait été signé celui du 11 novembre 1918 signifiant la défaite de l’Empire allemand (IIème Reich, 1871-1918). Cet armistice entre en vigueur le 25 juin, en même temps que celui signé la veille entre la France et l’Italie. En 45 jours de combat, l’armée française déplore 92.000 tués, 230.000 blessés, 1,84 million de prisonniers, 2.500 chars et 900 avions détruits. Malgré des capacités opérationnelles et tactiques supérieures, l’armée allemande compte 49.000 morts, 110.000 blessés, 1.800 chars et 1.400 avions détruits. En juillet, le massacre de 1.300 marins français de la flotte française, réfugiée à Mers el-Kébir (Algérie), par la Marine britannique sera utilisé par les propagandes du Reich et du gouvernement de Vichy. Ensuite, la bataille, aérienne, d’Angleterre dure du 13 août au 31 octobre 1940.

L’amertume de l’Occupation. Paniqués par les souvenirs des exactions allemandes de 1914 et les bombardements aériens, huit millions de Français fuient l’avance ennemie. Le tiers du territoire français s’est ainsi vidé entre le 10 mai et le 25 juin. La ligne de démarcation, qui coupe 13 départements sur 1.000 km, constitue une frontière politique, sociale et économique. Dans la zone Nord « occupée » (55 % du territoire), l’heure allemande est imposée à partir du 7 juin. Des tracts allemands, destinés aux forces militaires françaises pour les inciter à se rendre, reprennent le discours du maréchal Pétain, chef de « l’Etat français », radiodiffusé le 17 juin, leur demandant de « cesser de combattre ». Les départements d’Alsace (Bas-Rhin et Haut-Rhin) et de Moselle sont rattachés au Reich dès le 24 juin, puis annexés en novembre. Leurs populations subissent un régime de « défrancisation » et d’embrigadement. La bande littorale atlantique devient « zone interdite » en 1941. La délégation du ministère de la Propagande du Reich censure presse, radio, actualités cinématographiques et films pour lutter contre les influences juives, franc-maçonnes et antiallemandes.

Les rebelles. Les armistices empêchant les Français de lutter aux côtés des Alliés, le général de Gaulle, réfugié à Londres, doit combattre l’ennemi et le gouvernement légal de son pays. Parmi ses 1.038 Compagnons de la Libération (6 femmes), 790 sont entrés en résistance en 1940. Si l’armistice constitue le facteur déclencheur de leur engagement, leurs motivations varient : passion de la France ; humiliation de la défaite ; idéalisme ; goût de l’aventure ; l’irrationnel ; poids mental de la guerre de 1914-1918 ; combat ; loyauté ; anti-germanisme ; attaches familiales ; réflexion politique ; antinazisme.

Loïc Salmon

L’exposition « Comme en 40 » (17 septembre 2020-10 janvier 2021), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente uniformes, armes, objets, archives cinématographiques et documents. Concerts, conférences et projections de films sont aussi prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

L’exposition « 1940 ! Paroles de rebelles » (17 septembre 2020-3 janvier 2021), organisée par le musée de l’Ordre de la Libération (Invalides), présente des objets, photos, insignes, extraits audiovisuels et documents. Renseignements : www.ordredelaliberation.fr

335 | Dossier : “La BLITZKRIEG 1939-1942”

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Témoin des hauts faits du passé et des combats douloureux du présent, l’Hôtel national des Invalides abrite un hôpital, un patrimoine historique, le siège du gouverneur militaire de Paris et celui de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, qui prend aussi en charge celles du terrorisme.

Cette mémoire vivante a été présentée à la presse le 24 février 2020, jour du 350ème anniversaire de la décision de Louis XIV de faire bâtir cet édifice pour les officiers et soldats malades, blessés ou âgés ayant dignement servi la France. Y sont intervenus : Le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris (au centre sur la photo) ; le général de division Alexandre d’Andoque de Sariège, directeur du musée de l’Armée (à gauche) ; Ariane James-Sarazin, directrice adjointe du musée de l’Armée (à droite). Les temps forts de cet anniversaire incluent : des concerts dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides, église des soldats et salle de concert depuis 1993 ; la célébration du 14 juillet, après le défilé militaire, sur l’esplanade et, pour la première fois, à l’intérieur du site ; des événements exceptionnels pour les journées du patrimoine (21-22 septembre). Outre le tombeau de Napoléon, les Invalides abritent : le musée des Plans-Reliefs, maquettes de places et de ports fortifiés datant du XVIIème au XIXème siècle ; le musée de l’Armée, qui a accueilli 1,2 million de visiteurs en 2019 ; celui de l’Ordre de la Libération, qui explique le rôle joué par les Compagnons de la Libération dans la France Libre et la Résistance (1940-1945). Enfin, 2.000 personnes travaillent aux Invalides.

Hospice et nécropole militaires. Construit entre 1671 et 1675 en pierre calcaire blonde acheminée jusqu’à la plaine de Grenelle via la Seine, l’Hôtel national des Invalides doit aussi célébrer la gloire militaire du roi, représenté à cheval sur la façade Nord avec ses insignes (soleil et grille d’entrée bleue et or avec des fleurs de lys) encadré par la prudence et la justice et surplombant les statues d’Arès-Mars et d’Athéna-Minerve de chaque côté du porche. Les pensionnaires sont logés, bien nourris et…occupés (ateliers de calligraphie, tapisserie et maroquinerie). Des tableaux rappelant les victoires du roi au cours des guerres de Dévolution et de Hollande décorent leurs quatre réfectoires. Les Invalides accueillent 2.000 pensionnaires en 1690 puis 3.000 à 4.000 en 1715. Tout cela contribue au recrutement de nouvelles troupes. Le Dôme de 107 m de haut, voulu par Louis XIV, domine l’église royale face à celle des soldats avec un autel double. Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris s’empare des fusils et des canons des Invalides pour prendre la Bastille. L’église du Dôme, dont tous les insignes royaux ont été détruits, devient une nécropole militaire. Napoléon y fait déposer les cendres de Turenne en 1800 et le cœur de Vauban en 1808, puis accorde, vers 1812, le droit d’y inhumer des personnalités de l’histoire militaire qui n’ont pas été gouverneur des Invalides. Ainsi, s’y trouvent notamment les cendres de Rouget de l’Isle, auteur de la Marseillaise, et du maréchal Foch, vainqueur de la première guerre mondiale. Pour le « Retour des Cendres » de Napoléon en 1840, Louis-Philippe fait aménager la crypte de l’église du Dôme pour installer le tombeau en quartzite rouge foncé, couleur impériale, entouré des statues rappelant ses victoires militaires et des bas-reliefs ses réalisations civiles. En 1940, Hitler fait transférer de Vienne aux Invalides les cendres de l’Aiglon, Napoléon II. En 1961, celles du maréchal Lyautey, inhumé au Maroc, sont transférées dans l’église du Dôme.

Loïc Salmon

GMP : rôles opérationnel, civilo-militaire et de rayonnement

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Une certaine idée de la France…et du monde




Exposition « Les canons de l’élégance » aux Invalides

L’aspiration à la beauté et à la richesse des uniformes militaires, des armes, des insignes et des décorations répond à des nécessités matérielles, idéologiques ou sociales. Instruments du métier, ils rappellent les épreuves du combat et soulignent l’appartenance à une caste anoblie par le service des armes.

L’autorité des armes. Moyen pour les Etats de s’affirmer, de s’étendre ou de protéger leurs intérêts, la guerre se trouve à l’origine du pouvoir politique. La puissance des souverains face à leurs sujets ou à leurs homologues étrangers se manifeste par la conduite de la guerre et les attributs de la richesse. Les conflits qui recomposent l’Europe au cours des guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815) leur donnent l’occasion de s’afficher comme chefs militaires. Restauration et Seconde Républiques (1815-1848) se veulent plus pacifiques. Le Second Empire (1852-1870) assume l’héritage du Premier. Les Troisième, Quatrième et Cinquième Républiques maintiennent les fastes militaires et son président, comme dans toutes les démocraties occidentales, demeure chef des armées. Par leur tenue et le décorum qui les entourent lors des rencontres internationales ou le déroulement de la vie des institutions, les chefs d’Etat entretiennent cette dimension militaire.

La grandeur du pouvoir. L’usage maîtrisé de la force fait partie intégrante du pouvoir politique. Dans le contexte troublé de la fin du Moyen-Age, les souverains européens s’entourent de gardes, pour assurer leur protection personnelle et afficher un apparat destiné à affirmer la puissance des Etats nationaux en gestation. La Renaissance confirme cette tendance, notamment dans les cours des princes allemands et des cités italiennes, pour impressionner populations, corps constitués ou ambassadeurs étrangers. Ces unités sont les premiers corps militaires à porter une « livrée », ancêtre de l’uniforme. Celle de la Garde suisse pontificale, de rigueur dans les grandes cérémonies, remonte au XVème siècle. A partir de la seconde moitié du XVIIème siècle, les monarchies se renforcent et se centralisent, surtout en France. Les gardes royales ou impériales voient leurs tenues codifiées pour participer aux fastes de la cour, qui devient l’un des lieux de formation des officiers. Pour Louis XIV, sa garde représente l’élite de l’armée et participe à la propagande visuelle de son règne. La lame de leur pertuisane (lance apparue au XVème siècle) est richement décorée pour marquer la prédominance du Roi-Soleil sur la scène diplomatique européenne. Durant la Révolution, le glaive, d’inspiration antique, remplace l’épée, synonyme de l’oppression monarchique et nobiliaire, comme arme d’apparat. Symbole d’autorité et de pouvoir, il constitue un marqueur social et bénéficie souvent d’un soin particulier dans sa fabrication. Aujourd’hui, la Garde républicaine garantit le protocole militaire de l’Etat, incarne un certain prestige et constitue un vecteur du rayonnement de la Nation. Lors du défilé militaire du 14 juillet à Paris, le président de la République descend l’avenue des Champs-Elysées en voiture découverte, entouré du régiment de la garde à cheval, sabre au clair. Au cours des temps, les administrations civiles se sont organisées et ont adopté les codes militaires, symboliques et visuels, qui contribuent au prestige de l’Etat, comme l’uniforme ou l’épée.

Affirmer son rang. A la fin du Moyen-Age, le métier des armes est exercé par les nobles, ossature militaire et politique du royaume, et les mercenaires, peu considérés car ils en vivent. Sous Louis XIV, apparaissent un nouveau type de soldat, le « militaire », et la notion de « service », issue de la centralisation de l’Etat et qui l’emporte sur les intérêts privés. Uniformes, signes et symboles, souvent d’origine officieuse, indiquent la position de celui qui les arbore, au sein de la hiérarchie militaire mais aussi vis-à-vis du monde civil. La notion de mérite tend à l’emporter sur la naissance. L’officier n’est plus un guerrier en armure mais un spécialiste en uniforme, dont le rang hiérarchique ne dépend plus de son ascendance. Grâce à leur service, les roturiers accèdent au port de l’épée et d’une tenue à la mode, comme les nobles. La première épée réglementaire française remonte à 1680. A son départ du service, le soldat peut conserver ce symbole de son statut de combattant. Toutefois, la promotion au mérite n’efface pas les inégalités sociales et financières. Le rang s’affirme par le mode de vie et la qualité des matériaux utilisés pour la confection des armes et des uniformes de dotation réglementaire…ou personnelle ! Les nombreux conflits du règne de Louis XIV structurent l’armée comme groupe social spécifique et nourrissent des traditions militaires, avec des signes permettant d’afficher son rang au sein de corps en apparence uniformes. Les ors et les broderies signalent le rang hiérarchique du sergent au maréchal, le soldat disposant d’atours plus modestes pour se distinguer du « civil ». A la fin du XVIIIème siècle, la cravache, accessoire du cavalier, devient un élément de distinction suggérant la maîtrise du noble art de l’équitation et remplace la canne, « bourgeoise » et piétonne. Pour renforcer le prestige de sa personne et du régime impérial, Napoléon III accorde à chaque unité militaire une somme pour la mise en place d’un lieu de cohésion, le « mess », réservé aux officiers et où sont organisés événements et repas de prestige avec assiettes et couverts portant l’emblème de l’unité, signe d’appartenance.

Symboles d’autorité. Sur les champs de bataille de l’époque médiévale, panaches, armoiries ou croix diverses indiquent le parti des combattants et manifestent l’autorité des souverains ou des commandants d’armées. L’augmentation des effectifs à partir du XVIIème siècle nécessitent de rendre reconnaissables les différents échelons de l’encadrement, afin de faciliter la transmission des ordres et assurer la chaîne de commandement. Symboles d’autorité, les écharpes, épaulettes et autres signes distinctifs se multiplient au fur et à mesure du développement et de la complexification de la structure hiérarchique. Le bâton, souvent associé à l’épée, porte la plus haute valeur symbolique liée à l’Etat. Il est donc arboré par le roi ou ses plus grands serviteurs, qui ont reçu délégation d’une partie de son autorité. Le bâton réglementaire de maréchal de France est un cylindre de bois, recouvert de velours de soie bleue avec des broderies de fil métallique de fleurs de lys ou d’aigles impériales, remplacées sous la République par des étoiles en or. Il est orné de deux calottes en vermeil : l’une avec la devise « Terror Belli, Decus Pacis » (Terreur de la guerre, Honneur de la paix) ; l’autre avec le nom du titulaire et la date de la remise. Ferdinand Foch (1851-1929) aura été élevé à la dignité de maréchal de France en 1918, de Grande-Bretagne (1919) et de Pologne (1923). Pierre Kœnig (1898-1970) le sera à titre posthume en 1984.

Loïc Salmon

L’exposition « Les canons de l’élégance » (10 octobre 2019-26 janvier 2020), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente environ 220 pièces, dont certaines le sont très rarement : uniformes, armes, objets, décorations, gravures, tableaux et documents. Concerts, conférences et projections de films sont aussi prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr

Les canons de l’élégance

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Exposition “Armes et bagages” du soldat




Les canons de l’élégance

Devoir de distinction, goût du prestige, grandeur du statut guerrier et éclat du triomphe se manifestent par la beauté de la tenue du soldat, que ses décorations valorisent. L’arme, outil du combat, peut devenir œuvre d’art et même cadeau diplomatique.

« Etre élégant participe d’une forme de dissuasion, une troupe à l’allure martiale impressionne l’adversaire. Le message est puissant » (Général Thierry Burkhard, chef d’état-major de l’armée de Terre). En son temps, le général Marcel Bigeard (1916-2010) avait amélioré la coupe des treillis des parachutistes et créé la casquette qui porte son nom, renforçant ainsi leur aura. L’uniforme apprend au jeune officier à être regardé et à assumer le regard des soldats. Repéré par tous, il doit montrer l’exemple en temps de paix et surtout de guerre. Sur le terrain ou au milieu des combats, le chef militaire d’aujourd’hui se distingue difficilement, pour éviter d’être une cible prioritaire pour l’adversaire. Les moyens modernes de transmission et une position géographique adaptée lui offrent une meilleure vue d’ensemble sur le terrain, ses soldats souvent dispersés et l’ennemi. En France, l’uniforme s’est imposé par une réforme de 1662. A l’époque, le chef doit être vu en train de payer de sa personne. Il est signalé par des soldats portant bannières, étendards ou drapeaux. Ses ordres doivent être entendus par des sonneries, rapidement réglementées, ou des roulements et battements de tambour pour donner le rythme de la marche et le style de l’action. Au Moyen-Age, le roi de France cumule les fonctions de souverain et de chef militaire sur le champ de bataille. Pour éviter une crise politique majeure en cas de revers, la charge de « connétable » est instituée en 1060, donnant à un gentilhomme, devenu premier officier du royaume, délégation pour commander les armées en l’absence du roi. Au cours d’une investiture solennelle, il reçoit une épée au fourreau et au baudrier ornés de fleurs de lys, soulignant sa valeur symbolique. La dignité de connétable sera remplacée par celle de « maréchal » en 1626. Toutefois pour rappeler leur prééminence, les rois se font représenter avec une épée d’apparat au côté. Lors de l’ouverture des Etats généraux en 1789, Louis XVI en porte une décorée de diamants. En 1798, le Directoire réglemente l’uniforme des chefs militaires et généralise le don d’armes d’honneur comme « récompense nationale ». En 1804, Napoléon reçoit de Suède un sabre richement ouvragé, rappelant ses exploits militaires en Europe et en Egypte, comme jeune général puis Premier consul. L’empereur l’emporte à Sainte-Hélène en 1815 et, à sa mort, le confie au général Bertrand, qui le remettra à Louis-Philippe en 1840. Le maréchal Joffre, quoiqu’écarté des responsabilités militaires en 1916, jouit d’une réputation internationale intacte. Elle se manifeste par les épées d’honneur qu’il reçoit au cours de ses voyages aux Etats-Unis en 1917, à Paris et Perpignan en 1919, en Roumanie, en Serbie, au Portugal et en Espagne en 1920, en Indochine, au Siam, au Japon, en Corée et en Chine en 1921. L’ambassadeur d’Argentine lui offre un sabre en 1922. Les armes à feu de luxe deviennent aussi objet de cadeaux. Ainsi, le Premier consul distribue des fusils d’honneur avant de créer, en 1802, l’ordre national de la Légion d’honneur. Son neveu, Napoléon III, institue la Médaille militaire en 1852, réservée aux sous-officiers et…aux maréchaux de France ayant commandé en chef au feu.

Loïc Salmon

« Les canons de l’élégance », ouvrage collectif. Editions Faton et Musée de l’Armée, 384 pages, 49 €

Exposition « Les canons de l’élégance » aux Invalides

Histoire des décorations

Une certaine idée de la France…et du monde




Exposition « Le Chant des partisans » aux Invalides

Hymne de la Résistance française créé en 1943, le Chant des partisans suscite la marche et la mobilisation, conformément au souhait de sa compositrice Anna Marly.

Il sert d’abord d’indicatif à Honneur et Patrie, émission de radio de la France libre, diffusée par la BBC et à destination de la Résistance intérieure. Sifflée, sa mélodie échappe aux brouillages allemands. Quoiqu’inspiré par la lutte des partisans soviétiques à Smolensk contre la Wehrmacht en 1941, ce chant a été réalisé par…des « Russes blancs » réfugiés à Londres. Anne Marly (photo) compose et écrit, dans sa langue maternelle, une première version intitulée La marche des partisans. De son vrai nom Anna Betoulinskaïa (1917-2006), elle naît à Petrograd en état d’insurrection lors de la révolution bolchevique, émigre en France en 1921. Passée par le Conservatoire de Paris, elle devient chanteuse de cabaret en s’accompagnant de sa guitare et prend le nom de scène de Marly. Pendant la seconde guerre mondiale, elle gagne Londres et s’engage comme cantinière dans les Forces françaises libres puis au Théâtre aux armées. Elle fait la connaissance d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969), officier de Marine puis journaliste. Ce dernier écrit la Complainte du partisan sur la musique d’Anna Marly et demande à Joseph Kessel de transcrire en français les paroles du Chant des partisans, en vue d’une diffusion clandestine en France. Joseph Kessel (1898-1979), dont les parents sont originaires de la Russie impériale, est né en Argentine. Engagé dans l’aviation lors de la première guerre mondiale, il rejoint les Forces aériennes françaises libres pendant la seconde. En avril 1943, Kessel se met au travail avec son neveu Maurice Druon (1918-2009), futur écrivain à succès et qui s’est évadé de France en 1942 avec lui pour rejoindre Londres, où il travaillera pour l’émission Honneur et Patrie. Pendant la rédaction du chant, son oncle lui déclare : « C’est peut-être tout ce qu’il restera de nous deux ». La chanteuse Germaine Sablon (1899-1985), compagne de Kessel, l’enregistre le 31 mai 1943. Pour sa diffusion, un document dactylographié précise les instructions sur le rythme et l’anonymat de ses auteurs…afin de laisser croire qu’il surgit du maquis de la France occupée. Ensuite, il sera repris, imité et arrangé à de multiples reprises par divers artistes ou groupes, dont il est possible d’écouter les interprétations dans le cadre de l’exposition. Ainsi, celle des Chœurs de l’Armée rouge donne l’impression d’une troupe qui s’avance puis disparaît dans la nuit. Germaine Sablon le chante avec des accents guerriers. Johnny Halliday alterne chant et paroles prononcées d’un ton martial. La Complainte du partisan connaît un grand succès après la guerre et devient célèbre dans le monde anglophone, grâce à la version de Leonard Cohen (1969) reprise par Joan Baez. En France, à partir de 1962, le Chant des partisans devient obligatoire dans les écoles comme les hymnes révolutionnaires, à savoir la Marseillaise (1792) et le Chant du départ (1794). Il est encore joué lors de cérémonies officielles.

Loïc Salmon

L’exposition « Le chant des partisans » (7 octobre 2019-5 janvier 2020) est organisée par et dans le musée de l’Ordre de la Libération aux Invalides à Paris. Elle présente des photographies, documents, objets et archives sonores. L’ensemble provient des collections du musée de l’Armée, de celui de la Légion d’honneur et des ordres de la chevalerie, de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) et du réalisateur audiovisuel Georges Mourier.

(www.ordredelaliberation.fr)

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance

Femmes dans la Résistance




Exposition « Eisenhower-De Gaulle » aux Invalides

Deux généraux contemporains, l’Américain Dwight Eisenhower (1890-1969) et le Français Charles de Gaulle (1890-1970), ont vu leur destin se croiser pendant la seconde guerre mondiale, puis au cours de leur carrière politique à la tête de leur pays.

Le jeune Charles ressent très tôt une vocation militaire et entre à Saint-Cyr en 1909. La même année, Dwight, qui travaille pour financer son entrée à l’université, apprend qu’elle est gratuite pour les écoles d’officiers et sera admis à l’Académie militaire de West Point en 1911. Tous deux sortis de leur école sous-lieutenant, de Gaulle en 1912 et Eisenhower en 1915, sont frustrés des combats de la Grande Guerre. Blessé plusieurs fois puis capturé en mars 1916 à Douaumont, le premier reste prisonnier en Allemagne jusqu’à l’armistice de 1918. Le second, instructeur aux Etats-Unis, n’obtient pas d’affectation sur le front européen. Le retour à la paix leur permet des affectations à l’étranger : de Gaulle en Pologne (1919-1921), en Allemagne (1927-1929) et au Liban (1929-1931) ; Eisenhower au canal de Panama (1922-1924), à Paris (1929) et aux Philippines (1933). Tous deux commencent une carrière d’écrivain militaire et préconisent l’arme blindée, pour éviter l’enlisement des tranchées. En 1929, Eisenhower profite de son affectation à Paris pour parcourir l’Europe, mais surtout les zones des combats de 1914-1918 en France, afin de réviser le « guide de la Commission des champs de bataille américains en Europe ». Persuadé d’une reprise de la guerre avec l’Allemagne, de Gaulle publie une analyse de sa défaite dans « La discorde chez l’ennemi » (1924) et plaide pour une armée professionnelle (effective en 2002 !) dans « Le fil de l’épée » (1932), « Vers l’armée de métier » (1934) et « La France et son armée (1938). La hiérarchie militaire n’apprécie guère leurs idées avant-gardistes et Eisenhower risque même la… cour martiale ! La seconde guerre mondiale les trouve généraux. En 1942, malgré l’inexpérience des troupes américaines, Eisenhower commande, avec succès, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. En 1943 à Alger, il rencontre de Gaulle, entré en politique depuis l’appel du 18 juin 1940. Contre l’avis de son gouvernement, il reconnaît les qualités d’homme d’Etat du chef de la France combattante soutenu par la Résistance intérieure, lequel apprécie sa valeur militaire et son sens de la diplomatie. Cette estime réciproque perdurera jusqu’à la fin de leur vie. En 1944, à la demande du chef de la France libre, le commandant en chef des forces armées en Europe accepte d’engager une division française au débarquement en Normandie et d’envoyer la 2ème DB libérer Paris. Tous deux exerceront deux fois la magistrature suprême : de Gaulle comme chef du gouvernement provisoire (1944-1946) et président de la République (1959-1969) ; Eisenhower comme président des Etats-Unis (1953-1961). Après l’avoir fait « compagnon de la Libération » (photo) en 1945, de Gaulle avait remis à Eisenhower une épée ayant appartenue…au général Bonaparte ! Trois autres Américains, engagés dans la France libre, seront faits compagnons de la Libération : John Hasey (1916-2005) qui fera carrière à la CIA ; l’acteur de cinéma Jacques Tartière (1915-1941), qui sera tué en Syrie ; l’ambulancier James Worden (1912-2004).

Loïc Salmon

L’exposition « Eisenhower-De Gaulle » (1er juin-29 septembre 2019), organisée par le musée de l’Armée, la Fondation Charles de Gaulle et la Eisenhower Presidential Library, se tient aux Invalides à Paris. (www.musee-armee.fr)

Une certaine idée de la France…et du monde

Les Français du jour J

Leclerc, du héros de guerre au diplomate