Exposition « Les canons de l’élégance » aux Invalides

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L’aspiration à la beauté et à la richesse des uniformes militaires, des armes, des insignes et des décorations répond à des nécessités matérielles, idéologiques ou sociales. Instruments du métier, ils rappellent les épreuves du combat et soulignent l’appartenance à une caste anoblie par le service des armes.

L’autorité des armes. Moyen pour les Etats de s’affirmer, de s’étendre ou de protéger leurs intérêts, la guerre se trouve à l’origine du pouvoir politique. La puissance des souverains face à leurs sujets ou à leurs homologues étrangers se manifeste par la conduite de la guerre et les attributs de la richesse. Les conflits qui recomposent l’Europe au cours des guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815) leur donnent l’occasion de s’afficher comme chefs militaires. Restauration et Seconde Républiques (1815-1848) se veulent plus pacifiques. Le Second Empire (1852-1870) assume l’héritage du Premier. Les Troisième, Quatrième et Cinquième Républiques maintiennent les fastes militaires et son président, comme dans toutes les démocraties occidentales, demeure chef des armées. Par leur tenue et le décorum qui les entourent lors des rencontres internationales ou le déroulement de la vie des institutions, les chefs d’Etat entretiennent cette dimension militaire.

La grandeur du pouvoir. L’usage maîtrisé de la force fait partie intégrante du pouvoir politique. Dans le contexte troublé de la fin du Moyen-Age, les souverains européens s’entourent de gardes, pour assurer leur protection personnelle et afficher un apparat destiné à affirmer la puissance des Etats nationaux en gestation. La Renaissance confirme cette tendance, notamment dans les cours des princes allemands et des cités italiennes, pour impressionner populations, corps constitués ou ambassadeurs étrangers. Ces unités sont les premiers corps militaires à porter une « livrée », ancêtre de l’uniforme. Celle de la Garde suisse pontificale, de rigueur dans les grandes cérémonies, remonte au XVème siècle. A partir de la seconde moitié du XVIIème siècle, les monarchies se renforcent et se centralisent, surtout en France. Les gardes royales ou impériales voient leurs tenues codifiées pour participer aux fastes de la cour, qui devient l’un des lieux de formation des officiers. Pour Louis XIV, sa garde représente l’élite de l’armée et participe à la propagande visuelle de son règne. La lame de leur pertuisane (lance apparue au XVème siècle) est richement décorée pour marquer la prédominance du Roi-Soleil sur la scène diplomatique européenne. Durant la Révolution, le glaive, d’inspiration antique, remplace l’épée, synonyme de l’oppression monarchique et nobiliaire, comme arme d’apparat. Symbole d’autorité et de pouvoir, il constitue un marqueur social et bénéficie souvent d’un soin particulier dans sa fabrication. Aujourd’hui, la Garde républicaine garantit le protocole militaire de l’Etat, incarne un certain prestige et constitue un vecteur du rayonnement de la Nation. Lors du défilé militaire du 14 juillet à Paris, le président de la République descend l’avenue des Champs-Elysées en voiture découverte, entouré du régiment de la garde à cheval, sabre au clair. Au cours des temps, les administrations civiles se sont organisées et ont adopté les codes militaires, symboliques et visuels, qui contribuent au prestige de l’Etat, comme l’uniforme ou l’épée.

Affirmer son rang. A la fin du Moyen-Age, le métier des armes est exercé par les nobles, ossature militaire et politique du royaume, et les mercenaires, peu considérés car ils en vivent. Sous Louis XIV, apparaissent un nouveau type de soldat, le « militaire », et la notion de « service », issue de la centralisation de l’Etat et qui l’emporte sur les intérêts privés. Uniformes, signes et symboles, souvent d’origine officieuse, indiquent la position de celui qui les arbore, au sein de la hiérarchie militaire mais aussi vis-à-vis du monde civil. La notion de mérite tend à l’emporter sur la naissance. L’officier n’est plus un guerrier en armure mais un spécialiste en uniforme, dont le rang hiérarchique ne dépend plus de son ascendance. Grâce à leur service, les roturiers accèdent au port de l’épée et d’une tenue à la mode, comme les nobles. La première épée réglementaire française remonte à 1680. A son départ du service, le soldat peut conserver ce symbole de son statut de combattant. Toutefois, la promotion au mérite n’efface pas les inégalités sociales et financières. Le rang s’affirme par le mode de vie et la qualité des matériaux utilisés pour la confection des armes et des uniformes de dotation réglementaire…ou personnelle ! Les nombreux conflits du règne de Louis XIV structurent l’armée comme groupe social spécifique et nourrissent des traditions militaires, avec des signes permettant d’afficher son rang au sein de corps en apparence uniformes. Les ors et les broderies signalent le rang hiérarchique du sergent au maréchal, le soldat disposant d’atours plus modestes pour se distinguer du « civil ». A la fin du XVIIIème siècle, la cravache, accessoire du cavalier, devient un élément de distinction suggérant la maîtrise du noble art de l’équitation et remplace la canne, « bourgeoise » et piétonne. Pour renforcer le prestige de sa personne et du régime impérial, Napoléon III accorde à chaque unité militaire une somme pour la mise en place d’un lieu de cohésion, le « mess », réservé aux officiers et où sont organisés événements et repas de prestige avec assiettes et couverts portant l’emblème de l’unité, signe d’appartenance.

Symboles d’autorité. Sur les champs de bataille de l’époque médiévale, panaches, armoiries ou croix diverses indiquent le parti des combattants et manifestent l’autorité des souverains ou des commandants d’armées. L’augmentation des effectifs à partir du XVIIème siècle nécessitent de rendre reconnaissables les différents échelons de l’encadrement, afin de faciliter la transmission des ordres et assurer la chaîne de commandement. Symboles d’autorité, les écharpes, épaulettes et autres signes distinctifs se multiplient au fur et à mesure du développement et de la complexification de la structure hiérarchique. Le bâton, souvent associé à l’épée, porte la plus haute valeur symbolique liée à l’Etat. Il est donc arboré par le roi ou ses plus grands serviteurs, qui ont reçu délégation d’une partie de son autorité. Le bâton réglementaire de maréchal de France est un cylindre de bois, recouvert de velours de soie bleue avec des broderies de fil métallique de fleurs de lys ou d’aigles impériales, remplacées sous la République par des étoiles en or. Il est orné de deux calottes en vermeil : l’une avec la devise « Terror Belli, Decus Pacis » (Terreur de la guerre, Honneur de la paix) ; l’autre avec le nom du titulaire et la date de la remise. Ferdinand Foch (1851-1929) aura été élevé à la dignité de maréchal de France en 1918, de Grande-Bretagne (1919) et de Pologne (1923). Pierre Kœnig (1898-1970) le sera à titre posthume en 1984.

Loïc Salmon

L’exposition « Les canons de l’élégance » (10 octobre 2019-26 janvier 2020), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente environ 220 pièces, dont certaines le sont très rarement : uniformes, armes, objets, décorations, gravures, tableaux et documents. Concerts, conférences et projections de films sont aussi prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr

Les canons de l’élégance

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Exposition “Armes et bagages” du soldat

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