Armes nucléaires : arsenaux modernisés d’ici à 2040

Les Etats détenteurs de l’arme nucléaire portent leurs investissements futurs surtout sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et les performances des missiles.

Ce constat a fait l’objet d’une note publiée, le 2 octobre 2020 à Paris, par deux membres la Fondation pour la recherche stratégique : Bruno Tertrais, directeur adjoint, et Emmanuelle Maitre, chargée de recherche.

Perspectives. Après analyse des arsenaux nucléaires, actuels et futurs, notamment des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande-Bretagne, de l’Inde, du Pakistan et d’Israël, quatre tendances caractérisent leur modernisation : pérennisation des armes pour les Etats occidentaux, diversification et amélioration pour les autres ; développement de la composante maritime, à des degrés divers, pour tous ; montée en gamme des missiles en portée, vitesse et capacité d’emport ; dualité des systèmes d’armes, classique ou nucléaire, combinant porteurs (chasseurs-bombardiers ou sous-marins) et lanceurs (missiles balistiques ou de croisière). Vers 2030, l’Inde et le Pakistan, qui devraient disposer chacun de 200 à 1.000 armes nucléaires, deviendront des « puissances nucléaires de deuxième rang », au même titre que la Chine, la France et la Grande-Bretagne. De leur côté, les Etats-Unis et la Russie pourraient se lancer dans une course aux armements, en multipliant les têtes nucléaires sur les lanceurs balistiques. Toutefois, les conséquences économiques de la pandémie du Covid-19 pourraient provoquer une baisse des investissements dans ce domaine.

Les Etats-Unis. La modernisation de la triade nucléaire est estimée à 1.200 Mds$ sur 30 ans. Les SNLE de la classe Columbia (voir encadré), qui effectueront leur première patrouille en 2030-2031, coûteront le cinquième du budget de la construction navale militaire pendant une décennie. Leurs missiles Trident 2-D5LE resteront en service jusqu’en 2084. Le bombardier B-21 Raider, en cours de développement, remplacera les B-1B et B-2 à partir de la fin des années 2020. Il emportera des missiles LRSO à longue portée et des bombes B-61-12. Sur les 1.000 exemplaires de LRSO prévus, la moitié sera dotée d’une arme nucléaire. La bombe B-61-12 restera en service jusqu’en 2038. Transportable sur les F-15, F-16 et PA-200 Tornado, elle sera déployée en Europe avant 2025.

La Russie. Quatre nouveaux SNLE Borei sont entrés en service. A la fin des années 2020, dix unités seront réparties entre la Flotte du Nord et celle du Pacifique. Le programme de « drone torpille thermonucléaire » Status-6 Poseidon, s’il est maintenu, commencera en 2027. La modernisation de la composante terrestre, entreprise en 2000, sera achevée en 2025 avec 530 lanceurs opérationnels. Déjà, 140 lanceurs, mobiles ou en silo, RS-24 Yars (SS-27 Mod-2) peuvent emporter jusqu’à quatre armes nucléaires chacun. Certains lanceurs SS-19 modifiés sont équipés du planeur hypersonique Avangard, capable de déborder les boucliers anti-missiles américains, grâce à sa vitesse et sa faculté de changer de cap et d’altitude. Dans les années 2030, tous les bombardiers stratégiques actuels à long rayon d’action, Tu-160 et Tu-95, seront remplacés par l’appareil de nouvelle génération PAK-DA. Ils emporteront le missile AS-23B, mis au point pendant la décennie précédente.

La Chine. En 2020, 6 SNLE seraient déjà en service et équipés chacun de 12 missiles JL-2. Beaucoup plus discrets, de nouveaux submersibles de type O96 sont en développement pour constituer un parc de 10 SNLE au cours de la décennie 2030. Ils seront équipés du missile JL-3, en cours d’essais et dont la portée intercontinentale leur permettra d’élargir leurs zones de patrouille. Après vingt ans de développement, le missile intercontinental sol-sol DF-41 devrait bientôt entrer en service. Il aurait une capacité d’emport d’armes nucléaires accrue et des modes de lancement diversifiés par rapport aux missiles balistiques existants. A la fin des années 2020, le futur bombardier stratégique H20, comparable au B-2 américain, pourra emporter des missiles de croisière à charge militaire classique CJ-10K ou nucléaire CJ-20.

L’Inde. Un 2ème SNLE Arihant doit entrer en service en 2021 et deux sont en construction. Une base dédiée sur la côte Est (baie du Bengale) pourra en abriter quatre en 2030-2040. En outre, 2 bâtiments de surface emportent chacun 2 missiles Dhanush à courte portée et à tête nucléaire, dirigés contre le Pakistan. Le missile balistique intercontinental Agni-5, mobile, menace les centres vitaux chinois. Une version mer-sol de l’Agnis-6 pourrait voir le jour. Dans les années 2030, l’Inde va augmenter sa capacité de production de matières fissiles et doter des lanceurs à longue portée de têtes nucléaires multiples.

Le Pakistan. Le missile de croisière Babur-3 équipera les sous-marins classiques Agosta et quelques submersibles d’origine chinoise prévus dans la décennie 2020. Le missile sol-sol Abadeel pourra emporter des têtes multiples, pour contrer les défenses antimissiles indiennes. Les bombes Ra’ad (air-sol) et les missiles de croisières Babur (sol-sol) sont destinés à la dissuasion nucléaire du Pakistan.

Israël. Six sous-marins classiques auraient été adaptés à l’emport de missiles de croisière à charge nucléaire. Plusieurs dizaines d’armes nucléaires, en stock, peuvent déjà équiper les missiles sol-sol Jéricho-II et III, à portée régionale, ou être embarquées sur les chasseurs bombardiers F-16.

Loïc Salmon

A l’horizon 2030-2040, l’arsenal nucléaire stratégique des Etats-Unis devrait totaliser : 12 SNLE classe Columbia de 20.810 t en plongée emportant chacun 20 missiles balistiques Trident II D5LE/D5LE2, en remplacement de 14 SNLE Ohio (18.750 t) ; des missiles balistiques sol-sol GBSD remplaçant les 450 Minuteman III en service en 2020 ; des bombardiers B-21 transportant des bombes B61-12 et des missiles de croisière à propulsion nucléaire LRSO pour remplacer 46 B-52H et 20 B-2. L’arsenal nucléaire de la Russie devrait totaliser : 10 SNLE Borei (24.000 t) emportant chacun 16 missiles Balava et 1 SNLE Oscar (18.300 t) adapté pour le lancement de 6 torpilles Poseidon, en remplacement de 6 SNLE Delta IV et Delta III (12.600 t) en 2020 ; des missiles balistiques RS-28, SS27 Mod 1 et Mod 2 (RS-24 Yars) ; 60 bombardiers Tu-160M modernisés transportant des bombes AS-23B. L’arsenal nucléaire de la Chine devrait totaliser : 10 SNLE Jin (11.000 t) emportant des missiles JL-3, contre 6 emportant chacun 12 missiles JL-2 en 2020 ; des missiles balistiques DF-15, DF-21, DF-16, DF-5B, DF-31 et DF-41 ; 20 bombardiers H-20 transportant des bombes CH-AS-X-13. L’arsenal nucléaire de la Grande-Bretagne devrait se limiter à 4 SNLE Dreadnought (17.200 t) avec chacun 12 missiles Trident-2-D5 américains. L’arsenal nucléaire de l’Inde devrait totaliser : 4 SNLE Arihant (5.500-6.500 t) emportant 4-8 missiles H-4 et K-5 ; des missiles Agni III, IV, V et VI ; des bombardiers Mirage 2000H, Rafale et Su-30MKI transportant bombes et missiles. L’arsenal nucléaire du Pakistan devrait totaliser : des sous-marins classiques (1.760 t) avec des missiles Babur-3 ; des missiles balistiques Abadeel ; des bombardiers F-16 A/B et JF-17 transportant des bombes Ra’ad-2.

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Armes nucléaires : l’interdiction des essais en question




Armée de l’Air : création du « Commandement de l’espace »

Depuis le 1er septembre 2019, l’armée de l’Air dispose du « Commandement de l’espace », dont le centre opérationnel est basé à Toulouse avec 220 personnes.

Annoncée le 25 juillet par la ministre des Armées Florence Parly, la création de ce centre vise à fédérer et coordonner tous les moyens du domaine spatial de défense, sous les ordres du chef d’Etat-major des armées et en lien avec le Centre de planification et de conduite des opérations. En outre, un campus spatial sera constitué autour du centre opérationnel avec un « Space Lab », laboratoire innovant du « spatial de défense », en collaboration avec la Direction générale de l’armement et le Centre national d’études spatiales. Enfin, une « Académie de l’espace » sera créée.

Opérations spatiales militaires. Selon le document « Stratégie spatiale de défense », rendu public en juillet 2019 par le ministère des Armées, l’espace exo-atmosphérique devient le cinquième domaine d’action après les milieux terrestre, maritime, aérien et cyber. Les opérations spatiales militaires (OSM) nécessitent des capacités spécifiques : segments sol, moyens de transmission et de contrôle, segments spatiaux, moyens d’exploitation et personnels qualifiés. La « connaissance de la situation spatiale » (sigle anglais SSA) complète et interprète les informations fournies par la surveillance et la trajectographie, obtenues partiellement en France par le système radar Graves, en vue d’élaborer une représentation de la situation dans l’espace. La SSA permet l’évaluation de la menace des systèmes spatiaux adverses sur les satellites français, le territoire national et les forces déployées ainsi que l’identification de l’origine étatique d’un acte illicite. Outre la prévention des risques de collision dans l’espace, elle assure la coordination en cas de brouillage involontaire. Les plateformes spatiales concourent aux fonctions interarmées : renseignement, surveillance et reconnaissance ; alerte avancée et suivi des lancements ; surveillance de l’environnement géographique, physique et humain ; communications ; positionnement, navigation et datation. En toute circonstance, les OSM visent à : conserver les libertés d’accès et d’action dans l’espace ; décourager et mettre en échec tout acteur tiers. Outre des capacités de résilience des moyens spatiaux et de défense dans l’espace, cela implique des mesures préventives sur les plans juridique, économique, médiatique et diplomatique.

Communauté spatiale militaire alliée. Les Etats-Unis jouent un rôle central en matière de SSA, car tous les opérateurs de satellites bénéficient de leur dispositif « Space Track » (suivi des objets spatiaux). L’Allemagne apporte une complémentarité radar au satellite optique français CSO avec le système SARah, pour la reconnaissance, et au radar Graves avec le système Gestra, pour la veille-poursuite. Outre l’échange de données d’observations optique et radar, l’Italie participe aux programmes bilatéraux de satellites de télécommunications, militaire avec Sicral 2 et dual avec Athena-Fidus. Depuis 2016, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale pilote un dialogue avec le Japon pour la surveillance de l’espace. Partenaire stratégique de la France dans la zone indopacifique, l’Australie va développer son secteur spatial. Devenue elle aussi partenaire stratégique, l’Inde entretient une coopération historique dans le domaine des lanceurs spatiaux. L’Union européenne développe les programmes civils Galileo (positionnement et navigation) et Copernicus (observation de la terre), avec des volets « sécurité ».

Loïc Salmon

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique`

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire




Armement : hausse de 30 % des exportations françaises en 2018

Les prises de commandes (contrats signés et entrés en vigueur) d’armements français à l’export ont dépassé 9 Mds€ en 2018, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 1er juin 2019. Elles se montaient à 6,9 Mds€ en 2017.

En préambule, la ministre des Armées, Florence Parly, souligne l’importance vitale de ces exportations pour l’autonomie stratégique et la diplomatie de la France. Ses relations spécifiques avec l’Inde, l’Australie et les pays du Moyen-Orient, régions-clés pour sa sécurité et ses approvisionnements énergétiques, lui permettent de lutter contre le terrorisme et de protéger ses ressortissants sur place.

Bilan des exportations. Les prises de commandes incluent six grands contrats d’un montant supérieur à 200 M€, dont la part augmente de 30 % par rapport à 2017. Parmi eux, cinq d’un montant supérieur à 500 M€ totalisent 3,5 Mds€. La part de l’Europe dépasse 25 % du total, contre 10 % en moyenne au cours des dix dernières années. Dans le cadre d’un partenariat stratégique, le contrat « CaMo » avec la Belgique porte sur la vente de véhicules blindés et entre dans la réalisation du programme « Scorpion » sur la mobilité terrestre. En outre, l’Espagne a acheté 23 hélicoptères de manœuvre et d’assaut NH90 (programme réalisé par la France, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas). Les prises de commandes au Moyen-Orient, encadrées par un dispositif rigoureux de contrôle des exportations, ont représenté un peu plus de 50 % du montant total, mais sont en baisse de 10 % par rapport à 2017. A lui seul, le Qatar a conclu deux grands contrats, à savoir l’achat de 28 NH90 et l’entrée en vigueur du contrat portant sur 12 avions de chasse Rafale supplémentaires, option prise lors de l’achat des 24 premiers appareils en 2015. La part des ventes en Asie-Pacifique reste inférieure à 15 % du total, comme en 2017. Les contrats inférieurs à 200 M€ totalisent un peu moins de 4 Mds€, comme en 2017. Ils correspondent à des activités de formation de personnels et de maintien en condition opérationnelle ou de modernisation de matériels acquis dans le cadre des grands contrats de la décennie précédente. Parmi les vingt principaux clients d’équipements militaires ou d’armements français entre 2009 et 2018, l’Inde arrive en tête devant l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Egypte, le Brésil, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis, Singapour, la Malaisie, le Koweït, la Corée du Sud, la Russie, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Indonésie, la Chine, l’Allemagne, l’Espagne, le Maroc et le Pakistan.

Evolution de la demande. La vive concurrence sur le marché mondial implique de consentir à des transferts de technologies ou de nouer des coopérations industrielles avec des pays désireux de développer leur industrie d’armement. Ainsi via le processus des « Strategic Partners », l’Inde incite les entreprises étrangères à investir sur place pour fabriquer leurs produits. Au Moyen-Orient, l’anticipation de la fin de la manne pétrolière et la nécessité de développer une politique économique et sociale ont amené les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite à inclure, dans les contrats de défense, des transferts de technologies et de production dans des domaines duaux comme l’aéronautique, l’espace ou les télécommunications. Toutefois, ces transferts sont examinés au cas par cas pour ne pas menacer les intérêts de la France. Des plans d’action, mis en œuvre par les industriels français, protègent leurs savoir-faire et leurs avantages. En outre, l’Agence de l’innovation de défense vise à leur conserver un temps d’avance.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Défense : augmentation des budgets mondiaux en 2018 et réaffirmations de puissance

Défense : l’AID à Viva Technology, salon des startups




L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

Zone de transit des hydrocarbures du Moyen-Orient vers l’Europe et l’Extrême-Orient et du commerce entre ces deux entités, l’océan Indien est aussi traversé par les câbles sous-marins d’internet, indispensable à l’économie mondiale et aux opérations militaires.

Il a fait l’objet d’un colloque organisé, le 7 février 2019 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Didier Piaton, commandant des forces françaises en océan Indien (Alindien) en 2016-2018 ; Vivien Fortat, économiste au « think tank » Asie 21 ; Gilles Boquerat, chercheur à la FRS ; Cédric Marteau, directeur de l’environnement des Terres australes et antarctiques françaises.

Une zone d’intérêts français. L’océan Indien couvre 22 Mkm2, soit sept fois la superficie de la Méditerranée, souligne l’amiral Piaton. La guerre au Yémen rappelle l’importance stratégique du détroit de Bab el-Mandeb pour les échanges maritimes mondiaux, mais aussi de ceux d’Ormuz, de Malacca, de la Sonde et de Lombok, des canaux de Suez et du Mozambique et du cap de Bonne-Espérance. La France déploie en permanence au moins un bâtiment de combat en océan Indien. Sa Marine est présente à : l’île de La Réunion avec 2 frégates de surveillance, 1 navire de ravitaillement polaire et 1 bâtiment multi-missions ; Djibouti, 2 chalands de transport de matériel et des forces spéciales ; Abou Dabi, siège de l’état-major d’Alindien, avec autorité sur 1 escadron de chasse aérienne, 1 régiment et 1 base navale pour les sous-marins. Une quinzaine de pays assurent une coopération opérationnelle pour sécuriser les voies maritimes stratégiques, dissuader toute attaque d’un Etat, en l’occurrence l’Iran, et pouvoir évacuer des ressortissants vers Djibouti. De son côté, l’Iran déploie en permanence un bâtiment en mer Rouge. La lutte contre la piraterie depuis 2008, consécutive à la faillite des Etats somalien et yéménite, a entraîné une présence navale de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis, de l’Allemagne, du Japon, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Union européenne. Le quartier général de l’opération européenne « Atalante », mise en œuvre à partir de Djibouti pour lutter contre la piraterie en océan Indien, sera transféré de Grande-Bretagne en Espagne. La lutte contre le trafic de drogue, notamment le cannabis et l’héroïne venant d’Afghanistan et destinés à l’Amérique du Nord, implique une coopération avec les Etats-Unis. Ceux-ci dirigent la force maritime multinationale combinée à partir de Bahreïn. Ils participent à la surveillance de l’océan Indien via deux commandements : l’un de l’Europe au Pakistan, l’autre de l’Inde à l’océan Pacifique. Mines, explosifs télécommandés et missiles antinavires artisanaux font l’objet de trafics entre Oman, Somalie, Inde, Pakistan, Iran et Afghanistan. L’Australie déploie un navire de combat en océan Indien, en raison de ses intérêts en Afghanistan et en Irak. L’Inde coopère avec la France pour le renseignement naval. Selon l’amiral Piaton, la Chine lance une frégate/mois et un sous-marin/an et a construit un tonnage équivalent à celui de la Marine française en…4 ans ! Sa base navale à Djibouti va accueillir 4.000 militaires et des sous-marins.

Les routes maritimes de la soie. En 2013, la Chine annonce son projet de « Nouvelles Routes de la Soie » vers l’Europe, pour diversifier ses liquidités financières en dépendant moins des bons du Trésor américain et utiliser ses surplus industriels, explique Vivien Fortat. Ce projet répond aussi à des objectifs stratégiques : sécuriser ses voies d’approvisionnement en énergie et matières premières ; réagir à la politique des Etats-Unis d’endiguement de son influence à l’étranger ; volonté de retrouver son rang de grande puissance sur les plans économique, diplomatique et militaire. La stratégie chinoise du « collier de perles » passe par la construction d’infrastructures portuaires en Birmanie, au Pakistan, aux Maldives, au Sri Lanka, au Bangladesh, à Djibouti, au Mozambique et au Kenya. Elle inclut des accords de financement, de construction et d’exploitation dans les télécommunications, l’énergie et les transports. Dans les zones économiques spéciales chinoises, les entreprises désireuses de s’implanter dans certains pays du Golfe et en Afrique bénéficient d’exemptions fiscales. Le projet des « Nouvelles Routes de la Soie » présente des spécificités chinoises : le commerce plutôt que la force ; aucune concertation avec les pays concernés avant l’annonce ; aucun objectif ni itinéraire précis pour pouvoir s’adapter en cours de route ; financements souples, à défaut d’être performants ; porosité public/privé ; infrastructures maritimes duales, civiles et militaires. Cette influence permet à la Chine de bloquer certaines dispositions des organisations internationales à son encontre. Mais les dépendances financières et techniques ainsi créées induisent des risques en matière de sécurité, d’islamisme radical et de rejets par les opinions publiques.

L’Inde et son océan. Outre 7.517 km de côtes et une zone économique exclusive de plus de 2 Mkm2, l’Inde dispose d’une diaspora de 6-7 millions de ressortissants en Asie du Sud-Est, Australie et Nouvelle-Zélande, indique Gilles Boquerat. Entre 1964 et 1985, elle a construit 2 bases navales et 3 bases aéronavales sur les îles Andaman et Nicobar dans le golfe du Bengale. Selon la doctrine maritime de 2015, sa Marine doit : assurer la défense côtière face au risque terroriste ; affirmer une présence du canal de Mozambique au détroit de Malacca par le déploiement de bâtiments et l’installation de stations d’écoute dans les Etats insulaires, pour lutter contre la piraterie et les trafics d’armes et de drogue ; sécuriser les voies maritimes stratégiques ; développer des partenariats régionaux. Son plan d’armement naval de 2017-2027 prévoit de passer de 138 bâtiments de surface et sous-marins à 212 et de 235 aéronefs à 458. Les chantiers navals, en cours de modernisation, construisent : 2 porte-avions pour compléter celui en service ; un 3ème sous-marin nucléaire lanceur d’engins ; 6 sous-marins d’attaque à propulsion diesel-électrique Scorpène, sous licence française ; des corvettes, frégates furtives et destroyers.

Loïc Salmon

Selon Cédric Marteau, les terres australes et antarctiques françaises (TAAF) s’étendent sur 670.000 km2 au sein d’une zone économique exclusive de 2,3 Mkm2. Administrées par un préfet à Saint-Pierre de La Réunion, elles se répartissent entre les Iles Eparses (5 îlots coralliens), les Iles Australes (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam) et le district de la Terre Adélie. La pêche (légine australe autour de Crozet et Kerguelen et langouste au large de Saint-Paul et Amsterdam) est autorisée pour seulement 8 navires qui embarquent des contrôleurs du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Cette activité génère 400 emplois directs et environ 1.000 indirects. La surveillance des TAAF est assurée par les Douanes et la Marine. Celle-ci met en œuvre des « albatros patrouilleurs », capables de parcourir 8.000 km/jour. Equipés d’une antenne de réception GPS et d’un radar sans système automatique d’identification, 140 albatros couvrent une zone de 25 Mkm2 autour des Iles Australes, de manière aléatoire, et y détectent tous les navires militaires.

Marine : GAN et « Mission Jeanne d’Arc » en océan Indien

Océan Indien : CTF 150, synergie franco-britannique

303 – Dossier : « La piraterie… contenue, mais pas éradiquée »




Stratégie : la dissuasion, nucléaire pour longtemps

Les espaces aérien et extra-atmosphérique, la haute mer, le cyber, l’émergence d’acteurs non-étatiques et les violences terroristes constituent de nouvelles dissuasions. Celle par l’arme nucléaire, quoique contestée, perdure.

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 décembre 2018 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont notamment intervenus : le général d’armée François Lecointre, chef d’Etat-major des armées ; l’ambassadeur Eric Danon, ministère des Affaires étrangères.

La dissuasion nucléaire française. Clé de voûte de la stratégie de la France pour la protection de ses intérêts vitaux, la dissuasion nucléaire fonctionne en permanence depuis 1964, rappelle le général Lecointre. Elle induit chez l’adversaire la certitude que son action, au-delà d’une certaine limite, sera source de dégâts inacceptables pour lui et que le courage de les lui infliger existe. Les armes nucléaires peuvent être mises en œuvre à tout moment avec une palette d’options entre missiles M51 des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (500 patrouilles à ce jour) et le missile air-sol moyenne portée amélioré des Forces aériennes stratégiques (plus de 20.000 jours de vol). La dissuasion française exclut l’arme nucléaire tactique, la riposte graduée et l’abaissement du seuil, pour ne pas laisser à l’adversaire le temps de calculer les risques inhérents à une agression. Le président de la République, chef des armées, décide en dernier ressort et le chef d’état-major des armées prépare les plans de frappe nucléaire. La crédibilité de la dissuasion dépend de l’architecture entre forces nucléaires et forces conventionnelles. La situation géopolitique actuelle produit des ruptures non encore explorées et prend en compte les visions des compétiteurs et des adversaires. La menace évolue avec le perfectionnement des armes nucléaires et leurs capacités. Sa fluidité varie de l’affrontement de nature physique sur terre, sur mer et dans les airs, à la confrontation dans l’espace et le cyber. La conflictualité se durcit avec le retour des Etats puissances, la remise en cause des traités et les tensions à l’Est de l’Europe, aux Proche et Moyen-Orient et dans la zone Asie-Pacifique. La frontière se brouille entre intimidation, chantage nucléaire et agressions de type hybride. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 5 Md€/an pour la modernisation des armes nucléaires, notamment la navigation inertielle, la discrétion acoustique et le ravitaillement en vol. Elle ne se fera pas au détriment des forces conventionnelles, pour éviter tout contournement de la dissuasion ou le dilemme ente escalade et renoncement.

Contestations récurrentes. La remise en cause de l’arme nucléaire, pour des raisons diverses, remonte aux bombardements de 1945 et à la constitution des arsenaux américain et soviétique, indique l’ambassadeur Danon. Le premier argument, d’ordre humanitaire et environnemental, rappelle les accidents techniques et les appréciations politiques contradictoires. Le deuxième en souligne l’inutilité, puisqu’elle a quand même conduit à la guerre par procuration en Afrique et en Asie du Sud-Est. Il repose sur la représentation de la détermination de l’adversaire à l’utiliser, à savoir que personne n’osera « appuyer sur le bouton » et assumer la responsabilité d’un suicide collectif. Selon le troisième, l’arme nucléaire ne profite qu’aux neuf pays détenteurs : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord. Certains abusent de la situation pour agir sur des théâtres extérieurs en toute impunité, comme la Russie en Crimée, la Chine en mer de Chine et l’OTAN en Libye. Cette situation risquant de perdurer, les contestataires veulent forcer, par traité, les pays nucléaires à désarmer. Or seul le contexte stratégique impose un traité, souligne l’ambassadeur, d’autant plus que les accords de protection mutuelle bénéficient à une trentaine de pays, soit 64 % de la population mondiale. La dissuasion nucléaire, consistant à empêcher la guerre pour préserver la paix, prend aussi une dimension morale. Celle-ci a d’abord reposé sur l’éthique de « conviction » de Churchill, justifiant l’emploi de la bombe atomique en 1945 pour éviter un nombre supérieur de morts dans une guerre conventionnelle. Aujourd’hui, l’éthique de « responsabilité » préfère conserver le système de sécurité collective existant pour éviter une guerre mondiale. Après trente ans de mondialisation, le retour des rapports de puissance démontre que l’architecture de défense et de sécurité établi après la seconde guerre mondiale ne fonctionne plus. En outre, la pérennité des alliances est remise en question par l’administration américaine depuis l’introduction du doute sur l’automaticité de l’article V de l’OTAN. Cet article stipule : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. » Il s’ensuit un clivage entre les pays européens, certains (à l’Est) souhaitant un rapprochement avec les Etats-Unis et les autres (à l’Ouest) voulant une autonomie européenne. La prolifération représente un risque considérable de déstabilisation mondiale car, si l’Iran décide de se doter effectivement de l’arme nucléaire, d’autres pays seront tentés de l’imiter. Nouveau champ d’affrontement, le cyber fait l’objet de réflexions comme autre moyen de dissuasion. Sur le plan technologique, l’utilisation de l’intelligence artificielle devrait permettre de contrer les cyberattaques. Elle existe déjà dans l’armement nucléaire. Le contexte nucléaire évolue en permanence, sans qu’apparaisse encore un autre système de sécurité collective, conclut l’ambassadeur Danon.

Loïc Salmon

Lors du colloque du 6 décembre 2018, la Fondation suisse « the House of the Rising Stars » a présenté un classement par pays en matière de sécurité globale. Elle a analysé l’action des gouvernements dans le domaine de la protection de l’intégrité du territoire et de la population, incluant la défense extérieure, la sécurité intérieure, la liberté d’opinion et d’expression, la santé publique et le développement durable. Voici les critères retenus : dépenses militaires (% du produit intérieur brut) ; dépenses courantes de santé (idem) ; homicides intentionnels pour 100.000 habitants ; espérance de vie à la naissance ; taux de mortalité infantile pour 1.000 enfants de moins de cinq ans ; indice de liberté d’opinion et d’expression ; indice de performance environnementale. Parmi les 127 pays étudiés, Israël arrive en tête des 10 premiers lauréats, devant les Etats-Unis, la France, la Norvège, l’Australie, la Grande-Bretagne, la Suisse, la Suède, l’Allemagne et le Japon.

Stratégie : contexte évolutif de la dissuasion nucléaire

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté




Stratégie : contexte évolutif de la dissuasion nucléaire

Malgré les guerres civiles et conflits régionaux, la dissuasion nucléaire, instrument de rapport de force entre puissances, connaît miniaturisation technique et évolution doctrinale.

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 décembre 2018 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont notamment intervenus : l’ambassadeur Philippe Errera, ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ; Benoît d’Aboville, ancien ambassadeur à l’OTAN et vice-président de la Fondation pour la recherche stratégique ; le général de brigade aérienne (2S) Jean-Vincent Brisset, Institut de relations internationales et stratégiques.

La Russie. Depuis 2000, explique l’ambassadeur Errera, la Russie a entrepris de moderniser les vecteurs de ses forces nucléaires sur les plans quantitatif et qualitatif : missiles balistiques intercontinentaux, sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et composante aéroportée. Face à ce qu’elle considère comme une menace euro-atlantique, elle développe le futur missile stratégique mobile MX229 à propulsion nucléaire. Malgré le traité de 1990 conclu avec les Etats-Unis sur la disparition des armes nucléaires tactiques, la Russie en a conservé et a annoncé, en 2018, la mise au point de torpilles nucléaires. Parallèlement, elle a poursuivi la modernisation de ses forces conventionnelles. En octobre dernier, elle a démontré ses capacités de déploiement opérationnel de moyens terrestres, de tir aérien et de lancement de missiles à longue portée à partir de sous-marins. En outre, la doctrine de défense a évolué après les interventions occidentales au Kosovo (1998-1999) et en Afghanistan (2001-2014), qui lui ont fait prendre conscience de la faiblesse de sa capacité militaire conventionnelle. Dès 2000, la doctrine officielle envisage la possibilité d’un conflit nucléaire et, pour les conflits régionaux, celle d’une escalade nucléaire. En 1999, des manœuvres ont simulé un conflit conventionnel de grande ampleur. En 2010, elles ont inclus un volet nucléaire. En cas de conflit régional proche de ses frontières, indique l’ambassadeur, la Russie pourrait utiliser une arme nucléaire de faible puissance pour amener l’adversaire à renoncer à l’action militaire, puis manifester sa volonté politique de recourir à l’arme stratégique contre les capitales occidentales. En outre, sa puissance aérienne lui donne la capacité de déni d’accès. L’intégration de la capacité nucléaire aux forces conventionnelles accroît sa liberté d’action, tout en diminuant celles des pays occidentaux par des manœuvres d’intimidation et de déstabilisation intérieure. Ainsi, en 2015, elle a averti qu’elle reconfigurera ses lignes de défense si la Suède et la Finlande rejoignent l’OTAN. De plus, elle attaquera les bâtiments militaires du Danemark en cas de présence du bouclier américain anti-missiles sur son sol. Cette évolution de la doctrine va de pair avec la remise en cause d’accords bilatéraux et multilatéraux. Par exemple, souligne l’ambassadeur, l’annexion de la Crimée constitue une violation de l’engagement des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la Russie à garantir la sécurité de l’Ukraine.

Les Etats-Unis. Le débat sur le partage du fardeau financier de l’OTAN remonte à l’administration Kennedy (1960-1963), rappelle l’ambassadeur d’Aboville. L’administration Carter (1977-1981) a préconisé une participation des pays membres égale à 3 % de leur produit intérieur brut. L’administration Trump veut la porter à 4 %, alors que les Etats-Unis investissent déjà 1 % de leur part en Europe même. Quoique ces derniers souhaitent une plus grande implication de l’Europe dans l’OTAN, ils maintiennent des troupes chez elle. L’ordre européen, instauré après la dislocation de l’URSS (1991), peut être remis en cause par la Russie. Elle le démontre par son différend avec l’Ukraine et n’exclut pas un chantage nucléaire, comme en 2014. La Pologne, inquiète, se dit prête à verser 2 Md$ pour l’accueil d’une brigade blindée américaine (3.000 personnels), alors que 1.000 GI s’y trouvent déjà. Selon l’ambassadeur, l’OTAN se présente comme un « mix » du bouclier antimissiles et de décisions en matière d’armement nucléaire. L’administration Obama (2009-2017) a lancé des programmes de modernisation des missiles stratégiques, que l’administration Trump veut élargir aux armes de faible puissance. En octobre 2018, les Etats-Unis se sont retirés du traité de 1981 sur les forces nucléaires intermédiaires (entre 500 et 1.000 km de portée), l’estimant violé par la Russie depuis 2014 et qui n’inclut pas la Chine.

L’Asie. Après son essai nucléaire en 1964, la Chine a élaboré une doctrine de frappe en second anti-cités. Depuis 1990, elle envisage un usage en premier en cas de menace contre ses intérêts vitaux (villes, centres de décision politique et installations nucléaires) et le déni d’accès en mer, notamment contre les porte-avions américains (Livre blanc 2015). Elle dispose d’au moins 250 ogives nucléaires, dont 200 pour les missiles balistiques sol-sol, 30 pour les SNLE et 20 pour le bombardement stratégique. Elle travaille sur le leurrage et les missiles « « MIRV », équipés de plusieurs têtes nucléaires à trajectoires indépendantes après leur rentrée dans l’atmosphère. La Corée du Nord, aidée dès 1952 par l’URSS, a poursuivi seule son programme nucléaire et procédé à six essais entre 2006 et 2017. Pourtant, l’administration Obama a retiré la garantie du parapluie nucléaire américain à la Corée du Sud et au Japon. Ce dernier pourrait développer très rapidement une capacité nucléaire. Taïwan a renoncé à s’en doter. L’Inde a lancé un programme nucléaire civil dès 1948, avec l’aide des Etats-Unis et du Canada. Son programme militaire a été décidé après son conflit contre la Chine en 1962 et l’explosion de la bombe atomique chinoise deux ans plus tard. Son premier tir nucléaire, en 1974, a été suivi du lancement d’un programme spatial. Après le succès de ses cinq essais en 1998, elle dispose aujourd’hui d’une triade, terrestre, aérienne et sous-marine, dirigée contre la Chine et le Pakistan. Ce dernier a bénéficié d’un soutien, matériel et non pas militaire, de la Chine au cours de ses trois guerres contre l’Inde. Il a effectué également cinq essais nucléaires en 1998, en réplique à ceux de l’Inde. Le Pakistan envisage l’utilisation strictement tactique de l’arme nucléaire, qu’il peut tirer à partir d’un sous-marin. Sa capacité technique nourrit la crainte d’une « bombe atomique islamique », montée sur un missile balistique chinois.

Loïc Salmon

La Fondation pour la recherche stratégique a répertorié les « crises nucléaires » depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le niveau d’alerte a été élevé lors de six d’entre elles : Berlin, 1948 ; Asie du Sud, 1971 ; Kippour, 1973 aux Etats-Unis et en Israël ; Able Archer, 1983 en URSS ; Cachemire, 1990 ; Kargil, 1999 en Inde et au Pakistan. Trois autres crises ont donné lieu à une planification de circonstance, sans emploi sérieusement envisagé : Dien Bien Phu, 1954 ; Viêt Nam, 1969 ; Golfe arabo-persique, 1980 ; Golfe arabo-persique, 1991. L’emploi de l’arme nucléaire a été sérieusement envisagé à quatre occasions : Corée, 1950-1953 ; Formose, 1954-1955 ; Formose, 1958 ; Cuba, 1962.

Chine et Russie : affirmations de puissance et difficultés internes

Baltique : Suède et Finlande, de la neutralité à l’engagement




Marines : outils de combat et affirmation de puissance

La supériorité navale a retrouvé son application dans les opérations à terre : Balkans, 1986 ; Irak, 1991 et 2003 ; Libye, 2001. Parallèlement, se manifeste une appropriation des océans, où le nombre de sous-marins est passé de 350 en 2000 à 500 en 2018.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 22 octobre 2018 à Paris, par le Groupement des industries de construction et activités navales et la Fondation pour la recherche stratégique. Y sont intervenus : le vice-amiral d’escadre Denis Béraud, major général de la Marine ; l’amiral Steve Allen, sous-chef d’état-major et commandant l’aviation navale britannique ; le vice-amiral Rainer Brinkmann, major général de la Marine allemande ; Alexandre Sheldon-Duplaix, chercheur à l’Ecole de guerre.

Evolution du contexte naval. Depuis 2010, indique l’amiral Béraud, se manifestent le développement de missiles anti-missiles, la construction accrue de sous-marins en Asie et…le retour des puissances ! Un sous-marin français lanceur d’engins (SNLE) effectue la 500ème patrouille de la dissuasion depuis 1972. L’emploi de la force est à nouveau envisagé à partir de la mer. La logique de captation pour l’accès aux ressources va de pair avec le contrôle de l’espace maritime et l’ambiguïté des intentions. Quelque 3.000 navires surveillent les côtes et archipels. Le détroit de Bab el-Mandeb, passage obligé vers l’océan Indien, est menacé par les mines, drones de combat et missiles, en raison de la guerre au Yémen. Le missile antinavire redevient d’actualité, notamment contre Israël et l’Egypte. Au large de la Syrie, une frégate française renseigne sur les présences aériennes russe, turque et iranienne. Les sous-marins algériens peuvent utiliser des missiles de croisière russes. Le nivellement technologique profite aux acteurs étatiques ou non. Le recueil d’informations par des drones navals permet d’identifier ce qui aura été détecté au radar et de limiter le risque de surprise. Chaque navire de guerre en sera doté dès 2030. La fusion des données obtenues par les navires, hélicoptères et drones facilite l’intervention tactique en temps réel. L’informatique permet le maintien en condition opérationnelle d’un bâtiment à la mer et en optimise l’emploi. Parmi les informations « officielles » fournies obligatoirement par un navire marchand, l’intelligence artificielle détecte les anomalies, qui permettront de déterminer sa destination effective et donc ses intentions véritables.

Capacités navales. En 2018, la Chine arrive à la 2ème place mondiale en nombre de navires et en tonnage, derrière les Etats-Unis, indique Alexandre Sheldon-Duplaix. Elle dispose de 60 sous-marins à propulsion diesel-électrique (SMD), 7 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et 7 SNLE, dont les deux plus récents lui donnent la capacité de frappe en second et d’atteindre les Etats-Unis, la Russie et l’Inde. Ses 6 transports de chalands de débarquement (TCD) et 2 porte-avions (PA) à tremplin (4 autres à catapultes électromagnétiques programmés) lui donnent une capacité de projection de puissance transrégionale. La Russie la suit avec 22 SMD, 24 SNA, 12 SNLE, 1 PA à tremplin et des missiles de croisière supersoniques. Le Japon (22 SMD et 3 TCD) met en service 4 porte-hélicoptères (PH) et 50 frégates. La Grande-Bretagne (voir encadré) arrive à la 5ème place et la France à la 6ème. L’Inde (14 SMD, 1 SNA, 1 SNLE, 1 PA à tremplin et 1 TCD) peut aussi déployer des missiles balistiques nucléaires à courte portée, à partir de patrouilleurs de haute mer. La Corée du Nord peut lancer un missile nucléaire balistique à courte portée (2.000 km), à partir d’un SMD. La Corée du Sud (12 SMD) déploie 1 PH, de même que le Brésil (5 SMD et 2 TCD) et la Turquie (13 SMD). Le Pakistan et Israël seront bientôt capables de tirer un missile de croisière à tête nucléaire, à partir d’un SMD. Chine, Russie, Corée du Nord et Iran disposent de Marines aux capacités défensives et de déni d’accès. Chine, Japon, Corée du Sud, Italie et Espagne utilisent leurs Marines pour protéger leurs approches maritimes commerciales. En outre, Chine, Russie, Inde, Brésil et Turquie veulent établir une prééminence régionale ou au moins faire face aux Marines plus puissantes, seules ou combinées, à leurs frontières.

Stratégies et technologies. Selon Alexandre Sheldon-Duplaix, la montée en puissance navale de la Chine vise notamment à dissuader ou combattre toute intervention militaire américaine pour soutenir Taïwan, au cas où Pékin déciderait une réunification par la force. Ses capacités de lutte anti-aérienne, antinavire et anti-sous-marine lui permettent d’agir jusqu’à 1.000 milles marins (1.852 km) de sa première chaîne d’îles. Elle déploie aussi un réseau de surveillance par drones sous-marins et poursuit des recherches sur la catapulte électromagnétique pour PA et le « navire tout électrique ». La Russie se sent menacée à ses frontières par l’OTAN et redoute une déstabilisation mondiale ou régionale, consécutive au déploiement des systèmes américains antimissiles en Europe, en Asie-pacifique et au Moyen-Orient, couplé à des systèmes d’armes de précision et au déploiement d’armes dans l’espace. Elle remplace ses SNLE et construit des frégates et corvettes lance-missiles. Son missile hypersonique Zircon, opérationnel vers 2022, pourrait neutraliser les nouveaux PA britanniques (encadré). Pour contourner le bouclier antimissile américain déployé en Roumanie et en Pologne, elle développe une torpille capable de rendre radioactive toute la côte d’un pays, lui causant des dommages économiques inacceptables. Enfin, elle va déployer des drones sous-marins en Baltique et dans l’océan Arctique. L’Inde étend sa zone d’intérêt maritime à la mer Rouge, le Sud-Ouest de l’océan Indien, la Méditerranée, la côte ouest-africaine et le Pacifique-Ouest incluant la mer de Chine du Sud. Pour contrer la Chine, elle noue des partenariats stratégiques avec les Etats-Unis, le Japon, l’Australie, le Viêt Nam, la France et la Grande-Bretagne. La Turquie entend manifester sa présence maritime dans le golfe Arabo-Persique, en océan Indien, Afrique, Asie-Pacifique et Amérique latine. Elle construit un PA et dispose de bases militaires en Somalie et au Qatar. Enfin, l’Iran déploie des drones au-dessus des PA américains dans le golfe d’Oman et en mer d’Arabie.

Loïc Salmon

L’amiral Allen a présenté le retour de la Grande-Bretagne dans la projection de puissance aéronavale pour exercer une diplomatie coercitive vis-à-vis d’Etats côtiers et décourager l’escalade d’un conflit, dans le cadre de l’OTAN. Le porte-avions Queen-Elizabeth, mis en service en 2018, sera suivi du Prince-of-Wales en 2019, pour maintenir une présence permanente à la mer à partir de 2021. D’un déplacement de 65.000 t à pleine charge, chacun est équipé d’un tremplin pour avions américains multi-missions F-35B à décollage court et atterrissage vertical (photo). Selon l’amiral Brinkmann, la Marine allemande participe à toute opération maritime de l’OTAN, notamment sur le front Nord de l’Europe et coopère avec toutes les Marines des pays riverains de la Baltique, sauf la Russie. Elle participe aux opérations européennes « Atalante » de lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden et l’océan Indien et « Sophia » (trafics de migrants) en Méditerranée.

Marine nationale : le fait nucléaire, dissuasion politique et actions militaires

331 | Dossier : « La France, puissance maritime »

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime




Défense : intelligence artificielle, vers une norme internationale de fiabilité

La maîtrise des risques liés à l’intelligence artificielle (IA) dans l’industrie de défense implique la détermination de normes ISO pour assurer la fiabilité des systèmes futurs.

Arnault Ioualalen, directeur général de la société Numalis, en a expliqué les enjeux au cours d’une conférence de presse organisée, le 24 septembre 2018 à Paris, par le Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT). Numalis fournit des outils logiciels de validation et d’aide à la conception de « systèmes critiques » appliqués à l’aéronautique, l’espace et la défense.

Evolution des systèmes. L’IA trouve des applications directes dans la maintenance, la sécurité, la détection de cible, les drones, les missiles, la robotique et les systèmes optroniques. En matière de frappe, il s’agit d’apporter une aide à la décision qui reste du ressort de l’homme. Ainsi dans le guidage terminal d’un drone autonome, il faut éviter l’automatisme du « fire and forget » (tu tires et oublies). Le « client » (utilisateur) fixe les exigences de la mission et en définit les paramètres pour atteindre l’objectif. Le pilote d’un avion ou l’opérateur d’un drone armé qui doit procéder au tir d’un missile, véritable robot qui suit la cible par sa signature thermique, peut décider de l’annuler au dernier moment pour une raison politique ou éthique (victimes collatérales). Quant aux tirs automatiques de systèmes d’armes américains, israéliens ou coréens (installés à la frontière entre les Corées du Nord et du Sud), la décision, prise en amont, ne peut empêcher les erreurs (ratés ou « bavures »). L’IA va permettre d’augmenter la capacité à comprendre et mieux évaluer la cible. Elle va améliorer les systèmes existants pour les rendre plus performants et moins coûteux pour l’utilisateur et l’industriel. Dans le flux des données, elle trie les informations nécessaires qui remontent la chaîne de décision pour la manœuvre ou le bombardement. Elle aide ainsi à la décision en amont, alors qu’une décision automatique manque de fiabilité.

Réseaux de Neurones. L’IA dite « connexioniste » consiste à mimer les mécanismes biologiques du raisonnement humain par les techniques du « Deep Learning » (réseaux de neurones). Ne pouvant retrouver que ce qu’elle connaît, l’IA se spécialise dans un seul usage comme la reconnaissance d’images, l’identification ou la prédiction de comportement en temps réel. Cela nécessite des normes pour établir une relation de confiance entre le concepteur de l’IA et son utilisateur. Il s’agit d’abord de montrer la robustesse et la sécurité de l’IA par une approche technique transverse. Ensuite, il convient de rassurer les citoyens sur son équité, sa transparence et sa confidentialité. Enfin, il faut constituer une barrière juridique contre la « colonisation numérique » (reconnaissance des données et leur traitement) par la responsabilisation des fabricants et vendeurs de systèmes.

Course internationale. L’IA suscite une compétition globale entre les Etats-Unis (entreprises privées) et la Chine (moyens étatiques). France, Allemagne, Grande-Bretagne, Irlande et Canada s’y intéressent de façon active. Russie, Italie, Israël, Japon, Inde et Corée du Sud se spécialisent sur certains sujets. Australie, Finlande, Suède et Luxembourg en observent les évolutions. En France, la Direction générale de l’armement suit l’ingénierie d’IA pour les armées. Au sein du comité ISO, le GICAT et Numalis présentent le projet français « Generate », norme de fiabilité du « Deep Learning ».

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Drones : préparer le combat aérien de demain




Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Les prises de commandes d’armements français à l’export ont atteint 6,9 Mds€ en 2017, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 4 juillet 2017. Elles se montaient à 14 Mds€ en 2016 et 16 Mds€ en 2015.

En préambule, la ministre des Armées, Florence Parly, souligne la vigilance de l’Etat dans la protection des savoir-faire de la France en matière d’exportations d’armement et du soutien à son autonomie stratégique. Cette vigilance s’exerce du contrôle de la fabrication des matériels de guerre à celui, a posteriori, des exportations, moyen de lutter contre la prolifération des armes de destruction massive et de prévenir la dissémination des armements conventionnels.

Bilan des exportations. L’année 2017 a été nettement moins favorable que la précédente pour les ventes d’armement. L’incertitude des élections présidentielle et législatives en France a incité les partenaires traditionnels de la France à attendre la tendance générale qui en résulterait, avant de s’engager sur des prises de commandes. En outre, suite à la baisse des prix du pétrole, la plupart des pays producteurs ont subi un ralentissement économique et ont reporté des acquisitions de systèmes d’armement. Par ailleurs, certains grands contrats signés en 2017, comme l’achat de 12 Rafale supplémentaires par le Qatar, n’entrent en vigueur qu’en 2018. Les missiles destinés aux Marines étrangères et les hélicoptères ont représenté plus de la moitié des ventes à l’export. En 2017, le Proche-Orient et le Moyen-Orient ont cumulé un peu plus de 60 % des exportations françaises d’armement. La zone Asie-Pacifique arrive à la deuxième place avec 17 % des commandes, alors qu’elle occupait la première en 2016 grâce la vente de 36 Rafale à l’Inde. Viennent ensuite l’Europe et le continent américain.

Capacités militaires accrues. Première puissance militaire, les Etats-Unis effectuent 40 % des dépenses mondiales. Après plusieurs années de baisse pendant la période 2008-2016, le budget du ministère de la Défense s’élève à 598,5 Mds$ pour l’année fiscale 2017, soit 20 Mds$ de plus que la requête initiale de l’administration Obama. En outre, l’administration Trump prévoit 639,1 Mds$ pour 2018 et 686 Mds$ pour 2019. Très engagée dans la modernisation des capacités de ses forces armées (armement, formation et entraînement) et désireuse de rattraper son retard technologique, la Chine devrait doubler son budget militaire d’ici à 2020. Ce dernier pourrait alors dépasser celui, cumulé, des 28 Etats membres de l’Union européenne (UE). En 2030, les dépenses militaires de la Chine devraient être supérieures à celle de tous les autres pays d’Asie (Inde et Japon compris). Asie et Moyen-Orient ont concentré près des trois quarts des importations mondiales d’armement entre 2012 et 2017. La zone Asie-Pacifique, qui consacre déjà plus de moyens à la défense que l’UE, ont augmenté leurs dépenses militaires de 5 % par an entre 2013 et 2016 afin, notamment, de développer des capacités navales et aériennes de projection. Cette militarisation de la zone résulte des contentieux territoriaux en mer de Chine, attisés par l’affirmation de puissance de Pékin, et des provocations nord-coréennes (tirs de missiles et essais nucléaires), actuellement suspendues. Les 27 pays membres de l’Agence européenne de défense (les 28 de l’UE moins le Danemark) ont augmenté leurs dépenses militaires de 9 % entre 2013 et 2016, dont une hausse de 23 % pour les investissements (achats d’équipements et recherche et développement) entre 2014 et 2016.

Loïc Salmon

Armement : légère baisse des exportations françaises en 2016

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

Défense : 2017, budgets mondiaux et modernisation




Trafics d’armes légères : la lutte contre les filières terroristes

Enjeu mondial de sécurité, la lutte contre les transferts clandestins d’armes à feu légères implique la prise en compte de la situation en fin de conflit, la mise en place de réseaux de renseignements, l’échange d’informations et l’élaboration de procédures en matière de traçabilité.

Ce thème a été traité lors d’un colloque organisé, le 31 janvier 2018 à Paris, par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité et l’Institut de relations internationales et stratégiques. Y sont intervenus : l’ambassadeur Jean-Claude Brunet, président désigné de la 3ème conférence de révision du Programme d’action des Nations unies sur les d’armes légères et de petits calibres (ALPC) prévue à New York du 18 au 29 juin 2018 ; l’ambassadeur Eric Danon, ministère des Affaires étrangères.

Diminuer l’incertitude. Depuis la fin de la guerre froide (1947-1991), les conflits intra-étatiques se multiplient, entraînant circulation et vols des stocks gouvernementaux d’ALPC, rappelle Jean-Claude Brunet. Les failles dans leur contrôle, pendant et après les conflits, et le crime organisé en facilitent les trafics qui alimentent les organisations terroristes, actives en Europe, dans les Balkans et en Afrique. Actuellement, 850 millions d’ALPC en circulation dans le monde tuent ou blessent 500.000 personnes par an, soit 90 % des victimes des conflits. Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan (1997-2006), les avait qualifiées d’armes de destruction massive et avait lancé un programme d’action adopté, par consensus, par l’assemblée générale en 2001 (voir encadré). Le premier degré de responsabilité, nationale, se situe au niveau des forces armées et de sécurité et autres agences d’application de la loi. Chaque Etat partie doit mettre en œuvre une législation en ce sens. Sur la base du volontariat, il doit publier un rapport annuel d’évaluation des besoins de coopération et d’assistance, assorti de mesures pratiquement contraignantes. Depuis 2001, des progrès significatifs ont été constatés dans de nombreux Etats en matière de contrôle et d’assistance. Toutefois, l’insuffisance de coordination persiste entre police, douane, justice et forces armées. De plus, le contrôle des exportations d’ALPC reste aléatoire. La 3ème conférence de révision du programme d’action de l’ONU, qui doit réunir 193 Etats, s’inscrit dans une stratégie globale impliquant l’Union européenne (mesures de coopération européennes et bilatérales) et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (Balkans). Elle doit définir des normes en termes d’engagement et d’échange de bonnes pratiques de contrôle et faciliter le dialogue entre forces armées et de sécurité, industriels et experts apportant un éclairage scientifique et technique, en vue de préserver la crédibilité du programme. La France, qui en assure la présidence, en a fixé les priorités, indique l’ambassadeur Brunet : amélioration de la lutte contre le détournement des ALPC ; prévention de leurs production et transformation par les nouvelles technologies (impression en 3 D et commerce par internet) ; coordination et efficacité de l’assistance. Cela implique l’inclusion des munitions et une synergie entre le programme de l’ONU et les autres instances internationales, notamment le protocole sur les armes à feu (2001) et le traité sur le commerce des armes (TCA, 2014), qui n’a pas encore de portée universelle.

Renforcer le dispositif. Autrefois, la violence résultait des guerres entre Etats forts, alors qu’aujourd’hui elle se manifeste par les importations d’armes dans les Etats déliquescents, explique Eric Danon. Le TCA vise à réguler leur mondialisation. La course aux armements converge vers le Moyen-Orient, où se trouvent de nombreux vendeurs. Avec 24 millions d’habitants, l’Arabie saoudite occupe la première place des importateurs avec l’Inde, qui en compte…1,26 milliard. Au bout de quelques mois, la traçabilité de ces armes, pourtant achetées légalement, disparaît et une partie va se disperser parmi les groupes armés terroristes. Le TCA engage l’Etat producteur, qui l’a ratifié, à vérifier qu’une exportation d’armes à feu correspond bien à la vente à un Etat déterminé et sans réexportation ultérieure. Les marquages et traçages permettent de remonter les filières de provenance et de complicités et les registres nationaux et internationaux d’établir l’écosystème terroriste. Il s’agit d’éviter la dissémination des ALPC dans une zone de guerre ou en situation de « post-conflit », où les populations les conservent en vue de trafics dans le monde entier (ex-Yougoslavie et Afghanistan). Les groupes terroristes utilisent aussi armes blanches, bombes, ou voitures-béliers contre une foule et recourent aux attentats suicides, mais font proportionnellement plus de victimes avec les ALPC. Il s’agit donc de lutter contre l’accès à leurs filières, alors qu’il n’existe pas encore de convention relative à la lutte contre le terrorisme par ALPC, indique l’ambassadeur Danon. Leur achat reste en effet légal dans certains pays, dont les Etats-Unis. La saisie d’un stock d’armes, achetées à des pays occidentaux, constitue une prise de guerre pour les groupes terroristes (Daech en Irak). Des armes fournies, par ces mêmes pays occidentaux, à une minorité de « résistants » suffit à les qualifier de « terroristes » par le régime en place (Kurdes en Syrie et en Turquie). Des armes à feu en provenance des Balkans ont été utilisées lors des attentats de 2015 en France, où la législation porte sur les trafics venant de l’extérieur du territoire national et mobilise les services de renseignement. Certaines armes neutralisées peuvent être remises, sur place, en état de fonctionner par l’impression en 3 D de la pièce manquante, ouvrant la voie aux trafics de logiciels. En outre, des ALPC, acquises clandestinement, peuvent être transformées, par exemple par l’achat légal d’un appareil de visée pour en améliorer la portée. Par ailleurs, certains grands pays exportateurs n’ont pas encore ratifié diverses conventions sur les armes. Souvent très spécifiques, ces dernières impliquent une coopération entre Etats et une entraide judiciaire, mais la moitié des pays membres de l’ONU ne peuvent les mettre en œuvre, faute de connaissances et de moyens techniques suffisants.

Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

Terrorisme : évolutions stratégiques et sociologiques

Loïc Salmon

Adopté en 2001, le Programme d’action des Nations unies de prévention, lutte et éradication du trafic illicite des armes légères et de petit calibre (ALPC) et présente les mesures à prendre aux niveaux national, régional et mondial. Elles portent sur : la législation sur les divers aspects de la production, du transfert et du détournement des ALPC ; le marquage, le stockage de données et la traçabilité ; la gestion des stocks et leur sûreté ; l’identification et la destruction des surplus ; les transferts internationaux ; le courtage ; l’information du public ; les programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion ; la coopération et l’assistance internationale pour faciliter la mise en œuvre de ce programme. Souple et non contraignant, ce dernier a été complété par d’autres instruments juridiques. Ainsi, le Traité sur le commerce des armes (2014) inclut, pour les Etats parties, l’obligation d’établir des normes communes pour le transfert international d’armes conventionnelles.