Exposition « Les gendarmeries du monde » à Melun

Au service des Etats et des citoyens, les gendarmeries garantissent aussi l’indépendance et le choix des autorités judiciaires, en temps de paix, de crise ou de guerre, grâce à leurs organisation, formation et équipements adaptés.

Un même concept. Quels que soient les appellations, les uniformes ou leurs rattachements aux ministères de la Défense ou de l’Intérieur, les gendarmeries se caractérisent par leur structure militaire avec des valeurs partagées, un sentiment d’appartenance et un fort esprit de corps. Leurs armements varient des pistolets et fusils de petit calibre aux armes lourdes et véhicules blindés, avec emploi d’avions, d’hélicoptères et de bateaux. Organisées pour le traitement de l’insécurité intérieure et parfois extérieure, elles agissent de façon raisonnée et hiérarchisée, suivant des ordres déclinés d’un échelon à l’autre. En France, la « maréchaussée », apparue au XIVème siècle, devient « Gendarmerie nationale » en 1791. Elle s’exporte, d’abord en Europe par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes puis, à partir de 1830, lors de l’expansion coloniale en Afrique et en Asie jusqu’aux indépendances de nouveaux Etats entre 1954 et 1962. De même, le Portugal, l’Espagne et l’Italie développent leurs modèles dans leurs sphères d’influence. La Turquie s’est inspirée de l’Allemagne. L’Iran fait appel à la Gendarmerie suédoise en 1911. La Chine a réformé sa Police armée populaire (PAP) en 1982 et le Cambodge a recréé sa Gendarmerie royale khmère en 1993. Après la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, les gendarmeries sont réapparues en Roumanie, Lituanie, Moldavie, Serbie et même… Russie ! Leur modèle a été retenu au Qatar (2003), en Jordanie (2008) et au Mexique (2014). Ces cousinages ont débouché notamment sur des coopérations bilatérales frontalières, facilitées par la similitude des missions.

Le contrôle des flux. Le maillage des unités sur les axes de communication permet de contrôler l’espace terrestre national. Au Bénin et à Madagascar, la gendarmerie couvre 90 % du territoire où vit 81 % de la population. Le Niger, le Mali, la Mauritanie ont créé des brigades fluviales. En 2015, le Tchad a suivi leur exemple et a aussi institué un Groupement de sécurité et de protection des installations pétrolières. La Guinée s’est dotée d’une Gendarmerie de l’urbanisme et de l’habitat et d’une autre chargée des mines et de la géologie. La PAP chinoise a développé des « unités des mines d’or », des brigades de gardes forestiers et des « unités de travaux hydrauliques ». La surveillance des frontières est dévolue à la gendarmerie en Turquie et en Algérie. L’Union européenne dispose de l’agence Frontex pour le contrôle de ses frontières extérieures. En outre, la « Guardia Civil » espagnole surveille ses frontières terrestres avec le Maroc, pour les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, et maritimes par des patrouilles en haute mer. En Amérique, la répression de la criminalité transfrontalière dans les voies navigables communes est assurée par le Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis et la Gendarmerie royale canadienne. Des gendarmeries maritimes existent aux Comores, en France, au Gabon, en Guinée Conakry, au Maroc, en Mauritanie, au Portugal, au Togo, en Tunisie et au Venezuela. Le maillage territorial des brigades de gendarmerie, qui vivent sur place avec leur famille, facilite leur proximité avec la population. Une caserne de gendarmerie symbolise l’Etat, comme l’école, le lieu de culte ou la mairie. Ce lien social s’avère essentiel dans les pays peuplés de nombreuses ethnies aux affrontements récurrents, comme en Côte d’Ivoire (2002-2005) et en Centrafrique (2004-2007 et depuis 2012). Certaines gendarmeries côtoient des populations nomades : Touaregs (Tchad, Mali, Algérie et Niger) ; Bédouins (Jordanie) ; Peuls (Sénégal) ; Somalis (Djibouti). Suite à la guerre civile en Syrie depuis 2011, le Liban accueille 1,5 million de réfugiés et la Jordanie près d’un million.

La protection de la nation et de l’Etat. La plupart des gendarmeries assurent la police au sein des armées pour éviter les exactions à l’encontre des populations civiles. Certaines se sont trouvé directement confrontées aux groupes armés terroristes d’Aqmi ou de Boko Haram : Burkina Faso (9 octobre 2015) ; Cameroun (7 octobre 2016) ; Tchad (8 octobre 2016) ; Niger (6 mars 2017). En 2016, la Garde nationale tunisienne a été sévèrement attaquée par des groupes de Daech, venus de Libye pour établir un émirat en Tunisie. Depuis 2005, des carabiniers italiens forment des policiers d’Afrique et d’Asie avant leur déploiement dans les missions de l’ONU. Par ailleurs, les gendarmes assurent souvent la garde rapprochée du chef de l’Etat, des hôtes étrangers et des hautes personnalités (Côte d’Ivoire et Comores). Lors des déplacements, les escortes sont constituées de motocyclistes, mais aussi, parfois, de gendarmes à cheval comme ceux de la Garde républicaine française : Italie ; Mali ; Maroc ; Niger ; Portugal ; Burkina Faso ; Jordanie ; Sénégal (la Garde rouge) ; Togo. Les fanfares de gendarmerie rendent les honneurs aux plus hautes personnalités de l’Etat et animent les cérémonies patriotiques. Enfin, outre la garde des palais nationaux, les gendarmes assurent celle des ambassades à l’étranger.

Les nouvelles menaces. Les gendarmeries ont constitué des unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme. La Guardia Civil reste la pionnière avec la création d’un service de renseignement dédié contre l’ETA (organisation armée indépendantiste basque de 1959 à 2011), suivie des carabiniers contre les Brigades rouges italiennes (1970-1988 et 1999-2003). Le GIGN français, créé en1974, a servi de modèle à des unités similaires : DSI en Algérie (intervention sur le site gazier de Tiguentourine en janvier 2013) ; SFE en Argentine ; GIGN au Bénin et au Tchad ; GPIGN au Cameroun ; GOPE au Chili ; PIGN aux Comores ; UIGN en Côte d’Ivoire ; UEI en Espagne ; PIGN au Mali ; GSI au Maroc ; GSI en Italie ; GSIGN en Mauritanie et au Togo ; « Scorpion » en Moldavie ; USI/GN au Niger ; BSB aux Pays-Bas ; JÖAK en Turquie. Ces unités ont acquis un savoir-faire particulier dans le tir de précision, l’emploi d’explosifs et la libération d’otages. La PAP chinoise intervient lors de prises massives d’otages. Quelques pays disposent d’unités de sécurité spécialisées dans le déminage : Portugal avec un centre à Bela ; Qatar pour les explosifs radioactifs, biologiques et chimiques (RBC) ; Espagne pour les menaces RBC et nucléaire.

Loïc Salmon

Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

Les gendarmes du ciel

Les spécialistes de la gendarmerie

L’exposition « les Gendarmeries du monde » (5 octobre 2017- 15 juillet 2018) est organisée par le musée de la Gendarmerie de Melun, avec notamment les participations du ministère des Affaires étrangères, de la Garde républicaine et de la Société nationale de l’histoire et du patrimoine de la gendarmerie. Elle présente des objets, documents, équipements, armes, uniformes, insignes, photos et clips vidéo des gendarmeries ou forces équivalentes de 46 pays dans le monde, dont le Vatican et Monaco. Entre 1951 et 2016, l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale de Melun a formé 837 officiers de 52 pays. (www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/musee)




SHD : signature d’une convention avec l’ANCGVM

Le Service historique de la Défense (SHD) a conclu une convention de publication avec l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM) le 19 septembre 2017. Cette convention a été signée au château de Vincennes, siège du SHD, par son directeur, l’administrateur civil hors classe Pierre Laugeay (à gauche), et le président de l’ANCGVM, le colonel Michel Bachette-Peyrade (à droite). Elle définit les conditions de publication d’articles rédigés par le SHD pour la revue trimestrielle Croix de guerre et Valeur militaire de l’ANCGVM. Ces articles alimentent la rubrique « Histoire » et apportent un éclairage complémentaire au dossier central de la revue. Depuis 2016, ce dossier, réalisé par des officiers de l’Ecole de guerre à Paris, traite d’une bataille terrestre, navale ou aérienne depuis le premier conflit mondial. La croix de Guerre a en effet été instituée le 8 avril 1915 pour commémorer les citations individuelles depuis le début des hostilités. La croix de la Valeur militaire a été créée par le décret du 11 avril 1956 pour récompenser les militaires ayant accompli une action d’éclat à l’occasion d’opérations de sécurité ou de maintien de l’ordre. Elle est décernée lors d’opérations extérieures sans déclaration de guerre par le Parlement. Ce dernier s’est prononcé lors de la guerre de libération du Koweït en 1991, au cours de laquelle ont été décernées des croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs. Cette décoration a été instituée par la loi du 30 avril 1921. Enfin, l’ANCGM dispose d’un site internet, alimenté notamment par des articles sur la défense d’aujourd’hui, et est présente sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter.

Colonel Michel Bachette-Peyrade, président de l’ANCGVM

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

Défense : la croix de la Valeur militaire a 60 ans

La croix de la Valeur militaire décernée à titre collectif

 

 




Du Sabre à l’Esprit

Le guerrier, qui a assimilé les techniques individuelles et collectives, garde l’esprit libre pour mieux appréhender la réalité et renforcer son efficacité au combat.

Le « sabre », qui symbolise la technique (armes et méthodes) doit rester subordonné à « l’esprit » (dimensions intellectuelle et morale) pour gagner la guerre, à savoir rétablir la paix. Ce concept s’applique au soldat et à l’unité combattante, comme aux populations qu’ils défendent et qui les soutiennent. Il reste universel, malgré les différences culturelles. Alors que le chevalier occidental recherchait l’exploit, le héros traditionnel chinois restait discret. Selon le stratège chinois Sun Tzu (VIème siècle avant JC), le « comble du savoir-faire ne consiste pas à remporter toutes les batailles, mais à pouvoir soumettre l’armée ennemie sans livrer bataille ». Si celle-ci devient inévitable, son issue dépend des conditions météorologiques, des potentialités du terrain, de l’organisation des forces armées, de la qualité de leurs chefs et de l’engagement du peuple derrière son souverain. En Occident, Alexandre le Grand et Napoléon l’ont amplement démontré. L’essor considérable des moyens techniques militaires depuis la première guerre mondiale a créé une dépendance de leurs utilisateurs, avec le risque d’un appauvrissement de la pensée stratégique et d’un amoindrissement de la volonté de combattre. En 1992, le professeur Thomas Caokley, retraité de l’armée de l’Air américaine, a identifié sept dangers générés par la technique dans le commandement et la conduite des opérations : excès de confiance dans ses capacités ; surdose d’informations ; exigences de soutien importantes ; défauts cachés ; étroitesse de la vision ; tromperie de la vitesse ; précision illusoire. Les dommages collatéraux, qui en découlent, provoquent une perte de légitimité des forces militaires sur le terrain qui doivent pourtant les éviter, conformément au droit international des conflits armés. Cette défaillance se propage au sein des populations et sur la scène internationale…par les nouvelles techniques d’information et de communication ! Au cours de multiples situations, chaque chef met à l’épreuve sa réactivité et la sûreté de son jugement, qui s’appuient sur une solide culture générale. Celle-ci, « véritable école du commandement », apporte des références permettant de « discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire » (Charles de Gaulle, 1932). L’efficacité au combat dépend aussi de la condition physique des soldats, pris dans le feu de l’action, et du chef, contraint de rester lucide malgré la pression des événements et le manque de sommeil. Dépositaires de la violence légale et légitime, les militaires peuvent donner la mort, même en dehors de la légitime défense, mais dans le respect des règles d’engagement (ouverture du feu). L’instinct de combat de chacun résulte en grande partie de la réminiscence de ce qui a été appris par un entraînement mécanique et répétitif. Au niveau collectif, par exemple, l’efficacité du commandement d’un détachement interarmes en milieu urbain repose sur un entraînement intensif et réaliste. En effet, l’intensité de la pratique porte à l’assimilation de la technique, tandis que le réalisme de l’entraînement permet de faire émerger les qualités requises pour un usage approprié de la technique. Par ailleurs, l’intuition du chef, qui lui permettra de gagner la bataille (objectif opérationnel), doit aller de pair avec une étude prospective en amont sur les effets recherchés (objectif stratégique). Le « Bushidô », (« Voie du guerrier » en japonais) associe la maîtrise d’un art martial à… la réflexion éthique.

Loïc Salmon

La guerre électronique : nouvel art de la guerre

La guerre par ceux qui la font

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

« Du Sabre à l’Esprit » par Matthieu Debas. Editions JPO, 192 pages, 9,90 €.




19ème Régiment du génie, entreprendre et réussir

Depuis 1876, le 19ème Régiment du génie, décoré des croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945, apporte un appui incontournable aux opérations.

Le nom de « sapeurs d’Afrique », employé dans le chant régimentaire, reste attaché à cette unité. Dès les premières années de son existence, le 19ème Régiment du génie (RG) est déployé en Extrême-Orient et en Afrique. A Madagascar, le génie assure, durant 8 ans, la construction et l’entretien des casernements, hôpitaux, voiries et installations d’assainissement. Il joue déjà un rôle de pacificateur qui marquera son histoire à diverses reprises. Dès l’automne 1914, il s’illustre dans la guerre de position à laquelle se livrent Français et Allemands dans les tranchées : aménagement des fortifications de campagne ; appui aux offensives ; construction de galeries sous les tranchées ennemies lors de la « guerre des mines ». Le génie connaît une croissance rapide avec la création de nouvelles unités spécialisées : télégraphistes, sapeurs de chemins de fer, pontonniers et colombophiles. Les sapeurs s’imposent à tous les niveaux de la hiérarchie, à l’arrière comme au front, jusqu’à entrer les premiers dans le fort de Douaumont (bataille de Verdun, 1916). Le 19ème RG reçoit son appellation officielle en 1935.Il changera plusieurs fois de nom.

Durant l’entre-deux-guerres, il développe sa vocation nord-africaine en menant des travaux d’aménagements en Algérie et au Maroc, dont un réseau de 100 km de ligne télégraphique au sommet de collines tunisiennes ou une voie ferrée algéro-tunisienne. Au cours de la seconde guerre mondiale le 19ème RG participe aux campagnes de Tunisie, d’Italie, de France et d’Allemagne. Il compte alors dans ses rangs le fameux Alain Mimoun…futur champion olympique du marathon en 1956 ! Déminage, franchissement et rétablissement d’itinéraires font partie du quotidien des sapeurs. A la fin du conflit, une citation à l’ordre de l’armée leur est décernée. La 19ème Compagnie de marche du génie, issue du 19ème RG, participe au conflit en Indochine de 1949 à 1955. La tâche est rendue difficile par le terrain, le climat, l’action ennemie incessante, un matériel ancien et défaillant. Au cours de 22 opérations, les sapeurs d’Afrique réalisent près de 600 km de routes et de pistes, construisent plus de 100 ponts et radiers (souvent détruits par le Viêt Minh puis reconstruits), trois pistes d’aviation, un terrain pour les hélicoptères et un autre pour les avions de transport. Le régiment, regroupé à Hussein-Dey, est aux premières loges lorsqu’éclatent « les événements d’Algérie » (1954). Outre leurs missions traditionnelles de mise en valeur du territoire et d’assistance aux populations, les sapeurs d’Afrique sont déployés dans des opérations de maintien de l’ordre. A la fin de la guerre d’Algérie (1962), le 19ème RG s’installe à Besançon. Les sapeurs poursuivent leur instruction, s’entraînent à la navigation en courant rapide, à construire et détruire des ponts de nuit… pour faire face à la menace venant de l’Est. Depuis les années 1990, le  19ème RG s’illustre dans de nombreuses opérations extérieures : Balkans, Côte d’Ivoire, Liban, Kosovo, Afghanistan et bande sahélo-saharienne. En 2016, composée de 1500 personnels, l’unité est organisée en 9 compagnies et devient le régiment d’appui de la  1ère Division.

Nathalie Deleau

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Opérations : Afghanistan, Libye, Côte d’Ivoire et Tchad

Robotisation du champ de bataille : état de l’art

« Entreprendre et réussir, histoire du 19ème Régiment du génie », par Christophe Lafaye. Editions Pierre de Taillac, 2016, 175 pages, 35€.




Les commandos parachutistes de l’air

Les commandos parachutistes de l’air, forces spéciales, prolongent l’action de l’arme aérienne à terre sur tous les théâtres d’opérations extérieurs.

Dans cet ouvrage riche en photographies et en témoignages, une partie est consacrée à leur histoire, particulièrement mouvementée depuis leur création en mars 1956 dans le contexte de la guerre d’Algérie. La France se trouve alors engagée dans une nouvelle forme de conflit : la guérilla ! L’armée de l’Air souhaite créer la surprise en appuyant la manœuvre aérienne par ses propres troupes au sol. La solution consiste à parachuter ou héliporter les troupes là où personne ne les attend. Agglomérations, déserts sahariens, djebels…la topographie variée demande des conditions physiques hors normes. Les trois premières sections de commandos parachutistes de l’air (CPA), numérotées 10, 20 et 30, sont formées en quelques semaines, puis aguerries au contact des unités d’élite de l’armée de Terre. Les CPA assurent précision de tir et protection des équipages des hélicoptères en cas de poser dans un endroit imprévu. En 1957, sont créés le groupement des commandos parachutistes de l’air (GCPA) et le CPA 40 puis, en 1959, le CPA 50. En opérations, ces cinq CPA utilisent les indicatifs « Martel » (CPA 10), « Manoir » (20), « Maquis » (30) et « Maxime » (40). En 1961, le CPA 40 s’étant rallié au putsch des généraux le 21 avril, disparaîtra. Pourtant, pour la majorité de la population et des militaires, les commandos parachutistes de l’air font partie des putschistes. Le GCPA, dissous le 31 mai 1961, est reconstitué le lendemain sous le nom de Compagnie des commandos parachutistes de l’air (CCPA). Elle comprend les hommes des CPA 30 et 50, dont la mission va consister à protéger, dans le Massif central, les armes nucléaires confiées par les Etats-Unis à la France dans le cadre de l’OTAN (1949). Le retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966, signe la disparition de la CCPA. La guerre du Golfe (1991) représente un tournant pour les CPA. En effet, le retour d’expérience rend nécessaire la constitution d’une composante Air des forces spéciales, créées en 1992. Celles-ci incluent aussi des unités de l’armée de Terre et de la Marine nationale. Dès 1993, l’Escadron d’intervention des commandos de l’air, regroupant CPA 10 et CPA 40, agit au profit du Commandement des opérations spéciales. Sa première mission a lieu au Rwanda en 1994. Pour la première fois, les CPA sont mêlés à d’autres composantes, à savoir des hommes des commandos Marine et du 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine. Entre 1994 et 1999, les CPA sont réduits à trois unités : les 10, 20 et 30. Depuis 2000, le CPA 10 (248 personnels) s’est notamment illustré au Kosovo (2000-2001), en Afghanistan (2002-2012), en République démocratique du Congo (2003), dans la bande sahélo-saharienne (depuis 2013), en République Centrafricaine (2005-2015) et en Irak (depuis 2014). Le CPA 20 (272 hommes et…femmes !) assure surtout le guidage d’aéronefs, la reconnaissance de terrain pour le poser d’assaut et le renseignement. Quant au CPA 30, (210 personnels dont 2 s  fusiliers-commandos (féminins), sa mission principale demeure la recherche et le sauvetage au combat, notamment la récupération des équipages des avions tombés en zone hostile.

Nathalie Deleau

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

« Les commandos parachutistes de l’air », par Jean-Marc Tanguy, éditions Pierre de Taillac, 192 pages,  plus de 200 photographies, 29,90 €. 




France Allemagne(s) 1870-1871

« L’Année terrible » (19 juillet 1870-28 mai 1871) transforme durablement les sociétés de chaque côté du Rhin. Un empire s’effondre, un autre surgit. Paris, capitale culturelle de l’Europe, devra se relever de ses ruines. Berlin deviendra celle du IIème Reich.

Napoléon III dirige 280.000 hommes (7 corps d’armée) et la Garde impériale. Malade, il en confie le commandement au maréchal Bazaine après 25 jours de guerre. Guillaume Ier, roi de Prusse, dispose de 500.000 soldats de la Confédération de l’Allemagne du Nord (16 corps d’armée). Toutefois, il délègue la conduite des opérations à son chef d’état-major, le général von Moltke. La modernisation de son armée a permis à la Prusse de gagner les guerres précédentes contre le Danemark (1864-1865) et contre l’Autriche (1866) : augmentation des effectifs ; service militaire obligatoire de 3 ans ; armée de réserve permanente. L’armement des forces prussiennes et françaises connaît des innovations importantes : chargement du fusil par la culasse ; canon rayé qui accroît la portée et la précision du projectile ; cartouche métallique ; remplacement des boulets par des obus, explosifs ou à balles. Après la déchéance de l’Empire consécutive à la défaite de Sedan (1er septembre 1870), le Gouvernement de la défense nationale favorise la fabrication, par l’industrie privée, de mitrailleuses multitubes pour les armées de secours. Mais elles ne sont guère décisives, faute de doctrine d’emploi et de formation du personnel. Par la suite, les hauts commandements vont minimiser les innovations de l’armement et la létalité du feu et privilégier l’esprit offensif de l’infanterie. L’Empire allemand est proclamé le 18 janvier dans la galerie des glaces du château de  Versailles, suivi de l’armistice du 28 janvier mettant fin au siège de Paris. Le 13 février, la capitulation de Belfort, également assiégé, entraîne un armistice complet le 15 février. L’instauration de la Commune de Paris, le 28 mars, est suivie d’une guerre civile jusqu’au 28 mai, faisant entre 5.700 et 7.400 victimes la dernière semaine. Paris, défiguré par le feu et les massacres, voit son économie dévastée et sa population diminuée de plus de 100.000 personnes. Cette guerre bouleverse la représentation réciproque de la France et de l’Allemagne, dans laquelle la culture joue un rôle décisif. Celle-ci s’incarne dans deux compositeurs allemands qui vont chercher dans le Paris du Second Empire une reconnaissance, tremplin pour une carrière internationale : Jacques Offenbach (1819-1880) et Richard Wagner (1813-1883). Créateur de l’opérette, Offenbach réussit et prendra la nationalité française en 1860. Wagner, précurseur de la musique romantique, échoue. La guerre de 1870 place Offenbach dans une position délicate, écartelé entre son pays d’origine et  celui qu’il a adopté. En revanche, Wagner triomphera avec le festival de Bayreuth inauguré en 1876. Un tableau de l’exposition montre l’empereur Guillaume Ier chevauchant sur un champ de bataille escorté de Walkyries germaniques. Après la guerre, la IIIème République développe l’enseignement de l’histoire de France et l’éducation civique pour exalter la patrie, l’héroïsme et le sacrifice. Les monuments aux morts se multiplient pour symboliser l’esprit de résistance. Le tourisme de mémoire se développe sur les champs de bataille de l’Est et du Nord. Dans la société allemande militarisée, la rhétorique commémorative perpétue la victoire de 1870 et la fidélité à l’empereur.

Loïc Salmon

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes

« France Allemagne(s) », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 304 pages, 35 €




Henri Gouraud, photographies d’Afrique et d’Orient

Le général d’armée Henri Gouraud (1867-1946), qui finira gouverneur militaire de Paris avec la grand-croix de la Légion d’Honneur, s’est passionné toute sa vie pour la photo. Archétype de l’officier colonial qui construit des routes plutôt que de rechercher des actions d’éclat (théorie du maréchal Hubert Lyautey), sa carrière l’a amené en Afrique sub-saharienne et au Levant. Il en a rapporté 10.000 clichés et 200 cartons d’archives, témoignages de ses peuples, de leur histoire, de leur culture et de leurs combats. Utilisées précédemment à des fins personnelles ou scientifiques, les photos vont trouver des applications militaires et justifieront les opérations coloniales aux yeux du public français et des autres puissances européennes. Soucieux de « montrer sa force sans avoir à s’en servir », Lyautey, résident général au Maroc, utilise la presse, les correspondants de guerre et la photo comme outils de gouvernement au début du premier conflit mondial. Suivant son exemple, Gouraud apprend à se servir de l’image à des fins politiques : magnifier le rôle des troupes, conserver celui d’intercesseur avec la famille, former les soldats et employer le pittoresque pour incarner la « pacification ». La photo de presse participe à l’essor de l’usage du document photographique par les officiers, qui voyagent facilement partout dans le monde. Lors de son mandat de haut-commissaire en Syrie et au Liban et de commandant en chef des troupes du Levant, Gouraud lance un programme archéologique et envoie ses équipes photographier la région. Les prises de vues, parfois destinées aux élèves des écoles des Beaux-Arts, servent aussi aux opérations de propagande de la « vulgarisation coloniale » au développement du tourisme. Dès sa formation à Saint-Cyr (1888-1890), Gouraud a été atteint par le « virus » de l’Afrique, mais commence par intégrer…le 21ème bataillon de Chasseurs à pied de Montbéliard. Faute d’une affectation à la Légion étrangère en 1893, il obtient un poste d’état-major au Soudan l’année suivante. Il se donne pour objectif de devenir un bon « broussard » au contact d’officiers et de soldats qui se qualifient tous « d’Africains ». En 1898, à la tête d’une colonne de 271 hommes (9 Européens, 212 tirailleurs et 50 porteurs), le capitaine Gouraud recherche Samory, un chef de tribu qui dispose d’une armée de 100.000 personnes et sème la terreur dans la bande sahélo-saharienne. Il parvient à le capturer… sans tirer un seul coup de feu ! En 1907, le colonel Gouraud doit empêcher les rezzous des populations maures, qui descendent régulièrement vers le Sénégal. En outre, l’Adrar, au cœur de la Mauritanie, est devenu la plaque tournante d’un vaste trafic d’armes à travers le Sahara. Gouraud pratique alors une guerre de partisans face à la guérilla incessante. Ses clichés sur l’Adrar lui permettront de soutenir les propositions de décorations pour ses officiers et soldats. Après la signature du traité de protectorat par le sultan du Maroc en 1912, Gouraud réprime avec succès une révolte des tabors de Fès et obtient ses étoiles de général de brigade. De retour en France pendant la première guerre mondiale, il est blessé à deux reprises et doit être amputé du bras droit en 1915. Commandant de la IVème Armée en Champagne, il remporte, le 15 juillet 1918, une bataille décisive qui lui vaut l’honneur d’entrer le premier à Strasbourg le 22 novembre.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Afrique : les armées, leur construction et leur rôle dans la formation de l’État

« Henri Gouraud, photographies d’Afrique et d’Orient » par Julie d’Andurain. Éditions Pierre de Taillac et Archives diplomatiques, 240 pages, nombreuses illustrations, 35 €.




Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

La guerre de 1870-1871 provoque le basculement de l’Europe. L’Allemagne en sort unifiée. La France va réformer ses armées en profondeur et cultiver la mémoire et l’esprit de revanche.

Le bouleversement géopolitique. La défaite de la Prusse à Iéna en 1806, face à la France, suscite un sentiment nationaliste parmi les diverses composantes du Saint-Empire romain germanique remontant à Charlemagne (800). En 1813, la défaite de la France à Leipzig, face à la coalition de la Russie, l’Autriche, la Suède, la Prusse et la Saxe, anéantit l’idée française de l’Europe et renforce le sentiment d’appartenance à la « nation allemande ». Mais le Congrès de Vienne (1814-1815) établit une « Confédération germanique » de monarchies (34) et villes libres (4) allemandes sous l’emprise de l’Empire d’Autriche. Après sa défaite à Sadowa en 1866 face à la Prusse, celui-ci se transforme en une double monarchie dénommée « Autriche-Hongrie ». Pendant cette période, la France a connu tous les régimes : Premier Empire jusqu’en 1815 ; Restauration de la monarchie absolue (1815-1830 avec l’épisode des Cent-Jours de 1815) ; Révolution de 1830 ; Monarchie constitutionnelle de Juillet (1830-1848) ; Révolution de 1848 ; IIème République (1848-1852) ; Second Empire (depuis 1852). Epoque fondatrice de la tumultueuse relation franco-allemande, la guerre de 1870-1871 met un terme à l’équilibre des puissances connu sous le nom de « Concert européen », qui repose sur la diplomatie. Les deux pays vont développer leurs empires coloniaux jusqu’à la première guerre mondiale, à l’issue de laquelle l’Alsace-Lorraine, annexée par l’Allemagne en 1871, réintègrera la France en 1919. L’Allemagne perdra toutes ses colonies et songera, à son tour, à la revanche.

La guerre. Entre le 19 juillet et le 1er septembre 1870, les armées allemandes sous commandement prussien, plus nombreuses et mieux instruites, l’emportent sur les françaises, battues à Wissembourg, Frœschwiller-Wœrth, Rezonville-Mars-la-Tour, Gravelotte-Saint-Privat et Sedan. Soldée par 152.000 soldats mis hors de combat, cette première partie de la guerre surprend les belligérants : les Allemands par la facilité des victoires et la déliquescence de l’armée impériale ; les Français par la rapidité de l’invasion et l’enchaînement des défaites. Malgré la capitulation de Sedan et la capture de Napoléon III, la victoire allemande n’est pas encore totale. Un gouvernement provisoire, réuni à Paris, proclame la déchéance de l’Empire le 4 septembre, instaure la IIIème République et décide la poursuite des combats. Le Haut-commandement prussien envoie alors 400.000 soldats assiéger Paris dès le 20 septembre. Mais l’assaut n’aura pas lieu, en raison des solides protections de la capitale et du risque de sanglants combats de rues, face à 450.000 combattants soutenus par 1,75 million de civils. Les Parisiens en sont réduits à manger toute la faune disponible, surtout les chevaux. Les rats, bœufs et animaux exotiques du zoo de Vincennes et du Jardin des plantes ne figurent que sur les menus des restaurants. La rigueur de l’hiver affecte particulièrement les plus pauvres, qui manquent de charbon et de nourriture. La communication avec le reste du pays s’établit par des pigeons voyageurs transportant des microfilms. De nombreux ballons parviennent à quitter la capitale pour acheminer le courrier et évacuer les personnalités. La société d’armement Krupp met alors au point les premiers canons antiaériens, quoique peu efficaces en raison de l’altitude. Devant la résistance opiniâtre de la population, l’Etat-major prussien déclenche, le 5 janvier 1871, un intense bombardement sur la ville et sa banlieue, sans obtenir la reddition attendue. Cela concrétise la volonté de la Prusse d’accélérer puis de terminer la guerre, en vue de prévenir une prise de position des opinions publiques européennes en faveur de la France. En effet, la presse relaie les exactions contre les populations civiles et les dégâts des bombardements sur Strasbourg, Belfort et Paris. En outre, le nombre considérable de prisonniers dépasse les prévisions de l’Etat-major prussien : 398.000 Français pour 40.000 Allemands. Par ailleurs, chaque armée reproche à l’autre sa sauvagerie, personnifiée par le « uhlan » (lancier à cheval prussien) et le pilleur, d’un côté, et le franc-tireur et le « turco » (tirailleur algérien) de l’autre. Les armées françaises, reconstituées à partir d’unités impériales, de bataillons de la Garde nationale mobile et de volontaires, ne parviennent pas à libérer Paris et inverser le cours de la guerre, faute de cadres, d’instruction militaire et d’équipements suffisants. Finalement, le gouvernement de la Défense nationale parvient à négocier un armistice qui met fin, le 28 janvier, à un siège de 132 jours, assure le ravitaillement de la capitale et lui évite l’occupation allemande. Belfort résiste jusqu’au 13 février. Le traité de Francfort (10 mai 1871) termine cette guerre, qui aura coûté 139.000 morts et 143.000 blessés français pour 65.000 morts et 89.000 blessés allemands ainsi qu’une indemnité de guerre de 5 Mds de francs-or contre le retrait des troupes allemandes (septembre 1873).

La Commune. Le 1er mars 1871, le défilé des troupes allemandes à Paris provoque l’indignation d’une partie des habitants, qui vivent l’armistice comme une trahison. S’y ajoutent la fin du moratoire sur les loyers, qui s’envolent, et la suppression de la solde des gardes nationaux. Le 18 mars, une insurrection provoque la tenue d’élections municipales et la proclamation de la « Commune de Paris » par la Fédération républicaine de la garde nationale, suivie de celles de Lyon, Marseille et Toulouse, vite réprimées. Le gouvernement, installé à Versailles, envoie l’armée régulière reconquérir la capitale, avec l’accord de l’Allemagne qui facilite le retour des prisonniers à cet effet. La « semaine sanglante » (21-28 mai) donne lieu à de nombreuses destructions, dont l’incendie du palais des Tuileries et de l’Hôtel de Ville. Arrestations, exécutions, condamnations à la prison ou la déportation en Nouvelle-Calédonie s’ensuivent. Les « Communards » seront amnistiés en 1879 et 1880 et les victimes de la Commune réhabilitées en 2016.

Loïc Salmon

France Allemagne(s) 1870-1871

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

L’exposition « France-Allemagne (s) » (13 avril-30 juillet 2017), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Dans un angle de la cour d’honneur, est installé un « canon à balles », ancêtre de la mitrailleuse. Cette arme secrète de l’empereur Napoléon III a été sous-employée et mal utilisée pendant la guerre de 1870-1871, faute d’une formation suffisante des artilleurs. Le musée de l’Armée actuel résulte de la fusion du « musée d’Artillerie » du Second Empire et du « musée historique de l’Armée » de la IIIème République qui refondra l’outil militaire. L’Ecole supérieure de guerre sera créée en 1876 et l’Ecole supérieure de guerre navale en 1896. L’exposition présente plus de 320 objets, uniformes, armes et documents d’archives, prêtés par des institutions et musées français (35) et allemands (5) et quelques particuliers. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr




Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

La diplomatie saoudienne présente un caractère hybride, à savoir la volonté de légitimité institutionnelle vis-à-vis de l’Occident et la promotion d’un art de vivre religieux traditionnel dans les pays musulmans d’obédience sunnite.

Auteur de l’ouvrage « Dr. Saoud et Mr Djihad », Pierre Conesa s’est exprimé lors d’une conférence-débat organisée, le 2 février 2017 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Contexte politico-religieux. Au XVIème siècle, l’empire ottoman s’étend au Sud et à l’Est de la Méditerranée, au Proche-Orient et aux Balkans. En 1914, il ne comprend plus que la Turquie, l’Arménie, le Kurdistan, la Mésopotamie (Irak) et des bandes côtières (mer Rouge et golfe persique) de la péninsule arabique. Au XVIIIème siècle, dans la partie centrale qui n’a jamais été colonisée, le royaume d’Arabie se constitue sous l’égide de l’émir Mohammed ibn Saoud, allié de Mohammed ben Abdelwahab, fondateur de l’Islam « wahabite ». Depuis, leurs descendants, liés par des mariages, se partagent la direction du pays : le pouvoir politique pour les Saoud et l’autorité religieuse pour les Al-Shaikh (Wahab). Au cours de la première guerre mondiale, les Saoud déposent le Chérif gardien des lieux saints de l’Islam et descendant du prophète Mahomet. Par la suite Abd el-Aziz, premier roi du nouvel Etat d’Arabie Saoudite de 1932 à 1953, instaure un mode de succession selon lequel ses fils se transmettent le pouvoir les uns après les autres. Ainsi, souligne Pierre Conesa, les Saoud, qui n’ont aucune filiation avec le prophète, constituent une petite entreprise familiale où tout se règle entre soi. De leur côté, les Al-Shaikh cumulent les directions de 14 institutions qui ne sont pas toutes religieuses, notamment : le système judiciaire ; l’Institut supérieur de la magistrature ; l’administration chargée de l’éducation des filles ; la fondation gérant les médias ; l’Université islamique de Médine ; le Haut Conseil de la Ligue islamique mondiale (voir encadré). Jusqu’à la découverte du pétrole dans les années 1930, les tribus arabes n’ont jamais subi d’influence étrangère depuis le XIIIème siècle. Dès 1932, les Al-Saikh se qualifient de « salafistes », excluent tout intermédiaire avec Dieu et prônent une religion sunnite rigoureuse …proche de celle de l’Etat islamique (Daech) d’aujourd’hui ! Pierre Conesa présente quelques exemples de châtiments comparables pour les mêmes délits : peine de mort pour meurtre, trafic de drogue, reniement de l‘Islam, blasphème ou homosexualité ; coups de fouet pour adultère ; coups de fouet pour relations sexuelles avant le mariage ; à l’appréciation du juge (Arabie Saoudite) ou coups de fouet (Daech) pour diffamation et consommation d’alcool ; amputation de la main et du pied pour vol à main armée ; amputation de la main pour vol. Comme Daech, les Saoud détruisent les monuments symboliques comme le cimetière d’Al-Baqi à Médine et la tombe de Khadija, première épouse de Mahomet. Depuis le début, la charte du royaume précise que l’Etat doit appliquer une diplomatie religieuse.

Turbulences. En 1945, la Ligue Arabe est fondée au Caire par l’Arabie Saoudite, l’Egypte, l’Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen du Nord. En 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez pour financer le barrage d’Assouan, destiné à gérer les crues du Nil. La crise internationale qui s’ensuit déclenche un panarabisme contre l’Occident, mené par l’Egypte et la Syrie. Ces régimes républicains et nationalistes s’opposent aux monarchies saoudienne et jordanienne, pro-occidentales. Pour contrer l’influence de l’Université millénaire al-Azhar du Caire, l’Arabie Saoudite instaure l’Université islamique de Médine en 1961. Celle-ci a déjà formé 30.000 stagiaires, attirés par des bourses d’études et la gratuité du logement. Dès 1962, elle accueille des membres du mouvement panislamiste des Frères musulmans, chassés d’Egypte et qui y retourneront pour occuper des fonctions de cadres dans l’enseignement supérieur, l’administration et la restructuration du droit coranique. Le panislamisme, revendiqué également par les  organisations djihadistes Al Qaïda et Daech, est un mouvement politico-religieux réclamant l’union des territoires considérés comme musulmans sous la direction d’un calife. Au cours des années 1960, la diplomatie religieuse saoudienne commence à agir en Afrique francophone, notamment au Mali, pour équilibrer l’influence du socialisme arabe de l’Algérie, de la Libye et de l’Irak. En 1973, la guerre du Kippour oppose Israël à  l’Egypte et la Syrie, soutenues notamment par l’URSS et la Ligue Arabe. L’Organisation des pays producteurs de pétrole, créée en1960 à l’initiative du Venezuela et de l’Arabie Saoudite, quadruple alors le prix du pétrole. Ce soudain enrichissement bouleverse la société tribale saoudienne, qui connaît la modernisation sans le changement. En février 1979, la révolution islamiste en Iran porte au pouvoir les mollahs chiites, qui prônent un Islam républicain contre les Etats-Unis et la France et demandent une gestion collégiale des lieux saints. En novembre, des fondamentalistes islamistes occupent la Grande Mosquée de La Mecque, qui sera reprise avec l’aide du GIGN français. La répression est marquée par 74 décapitations en 24 heures. En décembre, les troupes soviétiques envahissent l’Afghanistan, pays musulman. A chaque crise, la mainmise religieuse s’est accélérée, souligne Pierre Conesa.

Ambiguïtés. En 1945, l’Arabie Saoudite conclut avec les Etats-Unis le « Pacte de Quincy », qui garantit une protection militaire de la dynastie en échange d’approvisionnements pétroliers. Cet accord de 60 ans sera renouvelé en 2005. Lors de la guerre du golfe contre l’Irak de Saddam Hussein en 1991, l’Arabie saoudite accueille 150.000 soldats américains, dont 10.000 juifs, en terre d’Islam. Quoique 15 Saoudiens figurent parmi les 19 auteurs des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, l’administration Bush incrimine l’Iran, l’Irak et même la Corée du Nord ! Elle censure 28 pages d’un rapport du Congrès américain sur l’attentat qui, rendu public 20 ans plus tard, souligne la collusion entre l’industrie pétrolière texane et l’Arabie Saoudite. Par la suite, les Etats-Unis imposent la fermeture de 253 organisations non gouvernementales, soupçonnées d’entretenir des relations avec les djihadistes. Celles du Pakistan ont organisé des attentas en Inde avec des fonds venus d’Arabie Saoudite. Selon Pierre Conesa, l’efficacité du lobby saoudien aux Etats-Unis et en France, par le biais de sa diaspora qui a accès aux plus hautes autorités de l’Etat, repose sur une stratégie d’influence et non pas de pression, pour éviter une mise en accusation dans les instances internationales. Par ailleurs, Wikileaks a déclassifié 60.000 documents diplomatiques saoudiens indiquant : une concentration des services de renseignement au niveau du roi ; une diplomatie planétaire en matière de prédication salafiste, notamment en Inde considérée comme le 2ème pays chiite après l’Iran ; un ennemi principal, le chiisme, suivi des autres pratiques de l’Islam. Cette capacité d’influence se double d’un système de commissaires politiques à la soviétique, souligne Pierre Conesa. Les gens formés à l’Université de Médine doivent aller transformer leur société d’origine avec un impératif : pas d’attentat sur le territoire saoudien !

Loïc Salmon

Moyen-Orient : crises, Daech et flux de migrants en Europe

Arabie saoudite : prédominance au Moyen-Orient menacée

Outre ses représentations diplomatiques officielles, l’influence de l’Arabie saoudite se manifeste par l’implantation des bureaux de la Ligue islamique mondiale au Moyen-Orient, en Australie, en Asie du Sud-Est, en Afrique, en Europe, en Russie, au Canada et en Amérique du Sud. En 2015, la Ligue y a distribué des exemplaires du Coran : 9,2 millions au Moyen-Orient et en Asie ; 230.669 en Afrique ; 87.635 en Europe ; 14.233 en Amérique du Nord ; 6.506 en Australie ; 6.460 en Amérique du Sud.




2017 : centenaire de la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale

L’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 marque un tournant pour les Alliés, mais aussi pour les forces armées sur terre et sur mer. Tournée aérienne aux Etats-Unis, présentation à la presse le 6 avril 2017 à Paris et exposition aux Invalides (1er février-9 avril) ont ponctué ce centenaire.

La Patrouille de France. Pour commémorer cet événement, l’armée de l’Air a mobilisé 72 personnels, 10 Alphajet de la Patrouille de France, 1 avion de transport tactique A400M et 25 t de fret pour une tournée aux Etats-Unis (mars-avril 2017), avec survol de la statue de la Liberté à New York (25 mars, photo), cérémonie de la commémoration au musée de la 1ère guerre mondiale à Kansas-City (5-6 avril) et meeting aérien à la base aérienne de Maxwell (7-9 avril).

Evolutions militaires. Le 6 avril 1917, le Congrès américain vote la déclaration de guerre contre l’Allemagne aux côtés de la Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Russie). Pour pouvoir peser sur la paix, le président Woodrow Wilson veut disposer d’une armée forte, qui atteindra 2 millions d’hommes en France (1 million au combat) et 2 millions en entraînement aux Etats-Unis à l’armistice du 11 novembre 1918. Mais, selon le lieutenant-colonel Rémi Porte, référent Histoire de l’armée de Terre, en 1917, les Etats-Unis ne disposent que des gardes nationales des Etats, d’une armée fédérale embryonnaire de 230.000 hommes et de 55 avions, dont 5 incapables de voler et 50 inaptes à la guerre. La conscription se met alors en place avec recensement, sélection, recrutement et formation initiale de plusieurs mois. En France, après les pertes massives des offensives lancées depuis 1914, le haut commandement militaire économise les effectifs et renvoie, par vagues successives, les grandes unités à l’instruction. La nouvelle compagnie d’infanterie privilégie la puissance de feu, la spécialisation des soldats et l’intégration interarmes des officiers, qui doivent effectuer une période dans une autre arme que la leur. La mobilisation industrielle commence à produire ses effets avec l’entrée en service de matériels nouveaux, de plus en plus nombreux et techniquement développés. L’effort porte aussi sur le renseignement (écoutes et photos aériennes) et le retour d’expérience. Pour l’armée américaine, un programme d’instruction complémentaire de 4 mois en France est instauré avec formation de spécialistes et de personnels d’état-major. Débarquées dans les ports de l’Atlantique, les troupes transitent par les camps de manœuvre de l’intérieur, sont équipées en armes collectives et en matériels lourds, puis connaissent une période d’aguerrissement dans les secteurs « calmes » du front avec patrouilles et coups de mains dans les tranchées allemandes pour capturer des prisonniers. Sur mer, rien qu’en avril 1917, des bâtiments de commerce, totalisant 860.000 t, sont coulés par les sous-marins allemands. Pour maintenir les flux logistiques, les Marines des Alliés innovent : invention de l’hydrophone (ancêtre du sonar) ; patrouille maritime ; escorte de navires de charge en convois ; camouflage pour leurrer les périscopes des sous-marins.

« La Fayette, nous voilà ». L’exposition des Invalides à Paris rappelle les engagements réciproques de la France et des Etats-Unis pendant la guerre d’indépendance (1775-1783) et le 1er conflit mondial (1914-1918). Ce dernier a inclus aide financière et combattants américains, précédés par des volontaires : personnels soignants et pilotes de l’escadrille « La Fayette ».

Loïc Salmon

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe