Armée de Terre : de la gestion de crise à la guerre future

Les forces aéroterrestres se préparent à la guerre, asymétrique ou de haute intensité, par le maintien de leurs capacités et une technicité accrue.

Le général de division (2S) Charles Beaudoin, délégué général du Commissariat général des expositions et des salons d’armements aéroterrestres, l’a expliqué au cours d’une visioconférence-débat organisée, le 10 décembre 2020 à Paris, par l’Association de l’armement terrestre et l’Association 3ED-IHEDN (ex-AACHEAr).

Caractéristiques. Expérimentée, l’armée de Terre (AT) française s’est adaptée depuis 1990 aux différents conflits en urgence opérationnelle. Outil de puissance à forte valeur ajoutée avec un savoir-faire spécifique, ses forces spéciales sont déployées en petits effectifs pour une action rapide et complexe. Disposant de nouveaux équipements cinq ans avant les autres unités, elles ne coûtent pas cher par rapport aux effets obtenus par leurs missions. Les capacités de l’AT incluent les équipements, le soutien (approvisionnements, munitions et pièces de rechange), la doctrine (règles et modes d’emploi) et l’entraînement des forces. Destinés à fonctionner par des températures de – 30 °C à + 60 °C, les matériels doivent allier protection des personnels (blindage) et puissance de feu. Ainsi, dans tous les types de conflit, le véhicule blindé du combat d’infanterie (28-32 t) passe là où les autres blindés (10-15 t de plus), notamment allemands et américains, ne peuvent aller. Les opérations sont conduites en interarmées, voire en interalliés. Toutefois, l’artillerie permet d’exercer une riposte immédiate, par exemple sur un PC adverse protégé par des défenses sol-air ou quand un avion n’est pas disponible sur place au bon moment. L’AT dépend de l’espace pour : la navigation, grâce aux systèmes de positionnement par satellites (GPS américain et Galileo européen) et, en cas de brouillage, la centrale inertielle (divers instruments embarqués) permet de s’en affranchir ; les communications sur longue distance ou sur le théâtre d’opération ; la cartographie numérisée à bord des engins blindés. L’AT doit gérer ses équipements existants, faute de moyens financiers pour se moderniser d’un seul coup.

Conflictualité évolutive. Le budget de l’AT correspond à 22 % du budget total des trois armées et à 20 % de celui du soutien, rappelle le général Beaudoin. Ses matériels, d’une durée de vie de 40-50 ans, sont à 80 % âgés de 30 ans. Il faut 15 ans pour en concevoir un, qui devra être modernisé au bout de 10 ans pour éviter le déclassement. La guerre froide (1947-1991) a mobilisé effectifs et stocks importants, qui ont diminué lors des « dividendes de la paix ». L’AMX 30 a été remplacé par le char Leclerc, dont le coût de soutien a explosé en raison de l’électronique embarquée. Depuis, l’AT s’est adaptée au changement de la conflictualité…avec les mêmes matériels. Les opérations sont passées de l’interposition, sans perte, entre deux factions en Côte d’Ivoire (2007), à une longue présence, avec pertes, en Afghanistan sur un espace restreint (2001-2014) et dans la bande sahélo-saharienne aux grandes élongations (depuis 2013). Le drone armé est apparu lors des combats en Afghanistan, en Irak (2003) et dans le Haut-Karabagh (2020). L’AT a été formatée pour la gestion de crise et non pour la guerre, souligne le général Beaudoin. Entre 1990 et 2017, la diminution des budgets militaires a conduit à une réduction des capacités, mais sans abandons. La guerre symétrique apparaît peu probable jusqu’aux événements en Ukraine (2014) ou dans le Haut-Karabagh (2020) significatifs de la résurgence d’Etats puissances comme la Russie et la Turquie. La prochaine guerre se déroulera en zone urbaine, face à des adversaires disposant de drones armés ou kamikazes, avec le souci de limiter au maximum les pertes en vies humaines. Par ailleurs, les industriels de l’armement changent leurs procédés, élaborent des outils numériques et ne reconstruisent plus les systèmes obsolètes. Système de forces, Scorpion, conçu en 2005, atteindra sa pleine puissance en 2025 pour durer 40 ans. Des équipements à bas coût, rustiques mais peu performants, ne remplaceront jamais la haute technologie pour conserver la supériorité opérationnelle. La simulation au combat de haute intensité, du soldat en régiment au général dans un PC de division, effective en caserne, se fera bientôt sur le terrain. Elle prépare le personnel à partir en opération de quatre mois au moyen d’une zone numérisée (ville, montagne, fleuve, route etc.) pour imaginer un mode d’action face à l’adversaire.

Perspectives à moyen et long termes. D’ici à 2050, les deux tiers de la population mondiale résideront dans les grandes métropoles. Dans l’environnement complexe des Etats faillis, le combat terrestre se déroulera de plus en plus en zone urbaine, où l’adversaire se réfugiera en comptant sur l’attitude ambigüe des habitants, et de préférence la nuit quand sa présence est estimée et peu certaine. Il a fallu 90.000 hommes et des bombardements aériens pour prendre Mossoul (Irak, 2014), défendue par 1.000 combattants de Daech. Bientôt, il sera possible de détecter le départ d’un missile ou le tir d’un fusil. Le combat connecté, dès 2030, passera au traitement de données par l’intelligence artificielle pour déceler les signaux faibles de l’ennemi. Grâce à un « cloud », celle-ci gérera les flux de données à très haut débit, destinées au soldat qui les recevra sur son écran pour pouvoir réagir très vite. Toutefois, l’homme restera dans la boucle, comme pour le pilotage des drones armés. Des petits drones pourront lancer des grenades avec précision pour éviter les dommages collatéraux. Les prochains investissements porteront sur de nouveaux drones, la lutte anti-drones par brouillage, mitraillage de saturation ou laser actif qui suit une cible mouvante pour la neutraliser. L’adversaire pourrait cumuler les effets d’essaims de drones et…de drones anti-drones ! Les matériels de plus de 20 t du programme Scorpion seront renouvelés avec la prise en compte de la défense contre les engins explosifs improvisés, suite au retour d’expérience de l’opération « Pamir » en Afghanistan. La défense sol-air sera modernisée en 2035. L’adversaire pouvant détecter l’arrivée d’un avion, la portée de l’artillerie sera doublée à 80 Km avec une précision métrique, grâce à des munitions à propulsion additionnelle vers 2040. A cette date, l’hélicoptère d’attaque Tigre sera remplacé. Toutefois, avertit le général Beaudoin, des choix s’imposeront pour tenir les engagements et alléger les contrôles pour diminuer les coûts et raccourcir les délais de construction et de livraison.

Coopérations européennes. Prévu pour 2028, l’Eurodrone devrait être aussi performant que le Reaper américain pour le même prix. Le MGCS (système de combat terrestre principal) franco-allemand doit remplacer les chars Leopard 2 et Leclerc en 2035. Le partenariat franco-belge CaMo (2019) a permis la production en série des blindés légers Griffon et Jaguar, composants du système de combat Scorpion. Enfin, le traité de Lancaster House (2010) prévoit l’interopérabilité des AT française et britannique par des exercices conjoints réguliers.

Loïc Salmon

 

Armée de Terre : entraînement et juste équilibre technologique

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Armement : l’influence des SALA sur la conflictualité future




Avions espions

Dès l’origine, tous les avions armés puis de nombreux appareils civils ont recueilli des renseignements d’ordre tactique ou stratégique (photos et fréquences radar). Satellites et drones les complètent sans les remplacer.

En 1794 à Fleurus, l’observation par ballon a contribué à la victoire de l’armée française sur les troupes autrichiennes. Puis, cet avantage militaire tombe dans l’oubli jusqu’au développement de la photo aérienne au début du XXème siècle. Le premier « avion espion » est mis en service en 1911 par l’armée italienne pour la reconnaissance, en vue d’un bombardement aérien, réussi, contre des troupes et positions turques en Tripolitaine et Cyrénaïque (Libye actuelle). Pendant la première guerre mondiale, l’analyse des prises de vues aériennes de mouvements de troupes ou de navires conduit à la nécessité de la « maîtrise des airs », avant d’engager le combat. Les avions de chasse ont d’abord été conçus pour détruire…les appareils de reconnaissance adverses ! Dans les années1930, une organisation allemande pratique « clandestinement » la photographie aérienne au-dessus des Pologne, France, Grande-Bretagne, Tchécoslovaquie et Union soviétique. De leur côté, les services de renseignement français et britanniques recourent à une société civile pour faire de même au-dessus de l’Allemagne, de l’Italie et de la Libye. Pendant le second conflit mondial, l’Allemagne utilise des bombardiers modifiés pour les vols de reconnaissance à haute altitude (12.800 m !) au-dessus de l’URSS, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. La Grande-Bretagne met en œuvre les avions de reconnaissance photo Mosquito, fabriqués en grande partie en contreplaqué, à long rayon d’action et dont la vitesse et l’altitude leur permettent d’échapper aux chasseurs ennemis. Des hydravions japonais survolent clandestinement les îles britanniques du Pacifique, la Malaisie, Guam, les Philippines, l’île de Wake, les Indes néerlandaises et, peut-être, Hawaii. La Grande-Bretagne utilise l’avion pour les missions de renseignement électronique en appui des raids de bombardement contre l’Allemagne. L’armée de l’Air américaine l’emploie dans le Pacifique et au-dessus du Japon pour ouvrir la voie aux raids « atomiques » sur Hiroshima et Nagasaki (1945). En outre, l’interception des communications air-sol et air-air ennemies en Europe et dans le Pacifique réduisent les pertes en bombardiers. Dès le début de la guerre froide (1945-1991), les Etats-Unis accroissent les reconnaissances par des avions, de la Baltique à la mer Egée et dans les « couloirs » de Berlin à travers l’Allemagne de l’Est, et par des hydravions en Baltique, Méditerranée, mer du Japon et dans le Pacifique Nord. En 1949, l’analyse de la collecte d’échantillons d’air à haute altitude, entre le Japon et l’Alaska, conclut à l’explosion effective du premier engin nucléaire soviétique. En 1952, grâce à des ravitaillements en vol au-dessus de l’Allemagne de l’Ouest et du Danemark à l’aller et au retour, trois avions britanniques RB-45 C pénètrent en URSS au-dessus des pays baltes, de Moscou et de l’Ukraine pour tester les radars…sans être interceptés par les chasseurs soviétiques ! Pendant la guerre de Corée (1950-1955), des avions espions américains pénètrent jusqu’à 300 km en Chine. En 1960, après la frappe d’un avion U2 par des missiles et la capture de son pilote, les Etats-Unis renoncent au survol de l’URSS. A cette date, les satellites espions entrent en scène.

Loïc Salmon

« Avions espions » par Norman Polmar et John Bessette. Éditions E-T-A-I, 240 pages, 300 photos, 55 €.

Avions de combat

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR




Marines : le sous-marin, arme tactique puis outil stratégique

Arme du combat naval, le sous-marin a pris une dimension stratégique dans la conduite de la guerre, la dissuasion nucléaire et le déni d’accès à un théâtre.

Alexandre Sheldon Duplaix, chercheur au Service historique de la défense et conférencier à l’Ecole de guerre, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 3 décembre 2020 à Paris, par l’association Les Jeunes IHEDN.

Evolution technologique. Le premier submersible, mu par la force humaine, apparaît en1776 aux Etats-Unis pour transporter, sans succès, une charge explosive jusqu’à la coque d’un vaisseau adverse. Au cours du XIXème siècle, l’invention des piles et batteries électriques va déboucher sur un mode de propulsion mixte pour le « torpilleur submersible ». Celui-ci se déplace en surface au moyen d’un moteur à vapeur, qui lui permet aussi de recharger des batteries alimentant son moteur électrique pour naviguer en plongée. Pendant la première moitié du XXème siècle, le sous-marin augmente sa vitesse, grâce à sa forme hydrodynamique, pour attaquer en plongée des navires de surface avec des torpilles acoustiques. Toutefois, le « schnorchel », tube d’acier alimentant en air son moteur diesel pour recharger les batteries sans faire surface, constitue une vulnérabilité. En 1954, la propulsion nucléaire, développée aux Etats-Unis, lui permet de s’en affranchir, d’augmenter sa vitesse, de renouveler l’oxygène du bord et d’alimenter toutes les installations électriques. Le Nautilus devient le premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Dès 1961, l’armement nucléaire puis la technologie MIRV (missiles à plusieurs têtes suivant une trajectoire indépendante) donnent une dimension stratégique aux sous-marins américains lanceurs d’engins (SNLE). Pour combler son retard, l’URSS installe des missiles balistiques sur ses sous-marins à propulsion diesel-électrique puis construit des SNLE. Parallèlement dans les années 1950 et 1960, les Etats-Unis immergent des systèmes d’hydrophones dans les océans Atlantique et Pacifique pour surveiller les déplacements des submersibles soviétiques. Puis, l’augmentation de la portée des missiles n’oblige plus les SNLE américains à s’approcher des côtes soviétiques. L’URSS déploie alors des avions à long rayon d’action pour protéger les zones de patrouille de ses SNLE. Les Etats-Unis envoient des SNA chasser ses SNLE et menacent ses bases au moyen de leur aviation embarquée et de missiles de croisière. Par ailleurs, France, Grande-Bretagne et Chine construisent à leur tour des SNA pour développer une composante stratégique (SNLE). La Grande-Bretagne adopte la technologie et les missiles balistiques Polaris américains. Au début, la France dépend des Etats-Unis pour l’aide technique et l’uranium nécessaire aux réacteurs de ses sous-marins. Puis, elle met au point le concept de dissuasion pour interdire une attaque de l’URSS en visant ses principales métropoles. Dans les années 1980, l’URSS obtient, par espionnage, les codes et les zones de patrouille des sous-marins américains et les plans des hélices des SNA. A la fin de la guerre froide (1991), la Russie commence à déployer des SNA discrets.

Arme égalisatrice. L’arme sous-marine est déployée pendant les guerres de Crimée (1853-1856) et de Sécession (1861-1865). En 1917, l’Empire allemand lance la guerre sous-marine à outrance dans l’Atlantique, avant que les Etats-Unis soient prêts à intervenir. Les Marines alliées instaurent alors le blocus des ports allemands et organisent la protection des convois pour le transport rapide des troupes américaines. Entre les deux guerres mondiales, les Etats-Unis mettent au point le « plan Orange » pour couper les voies de communications du Pacifique au Japon, qui prévoit d’y affaiblir la flotte de croiseurs américains par des attaques de sous-marins avant une bataille navale décisive. L’Allemagne lance la production de sous-marins en 1942, alors que la Grande-Bretagne a déjà cassé le code de la machine Enigma utilisée par la Kriegsmarine. La guerre sous-marine américaine dans le Pacifique coupe les approvisionnements en combustibles du Japon, dont les pilotes ne peuvent obtenir une formation suffisante dès 1943. Dans les années 1980, le sous-marin intervient dans la guerre psychologique. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l’utilisent dans des opérations spéciales pour inquiéter l’URSS. Ainsi, suite à l’échouement accidentel d’un submersible soviétique sur une côte suédoise en 1981, des incursions sous-marines dans les eaux suédoises sont attribuées à l’URSS et admises par les Etats-Unis en…2000. Pendant la guerre des Malouines (1982), un SNA britannique coule le croiseur argentin Belgrado, contraignant la flotte de surface argentine à rester dans ses ports. Le sous-marin assure des missions de renseignement et d’infiltration-exfiltration de commandos. Il participe aux guerres contre l’Irak en 1991 et 2003, avec le lancement de missiles de croisières américains Tomahawk. Des SNA restent déployés en Adriatique pendant toute la guerre du Kosovo (1998-1999) et au large de la Libye en 2011. Par ailleurs, le sous-marin classique devient une arme du combat littoral. Les Marines américaine, britannique et française, qui n’en possèdent plus, développent des drones sous-marins pour la reconnaissance et la lutte contre les torpilles, afin de conserver leurs SNA au large. Enfin, les petits sous-marins sont déjà utilisés par les narcotrafiquants pour le transport de la drogue et pourraient l’être, bientôt, par les organisations terroristes.

Dissuasion géopolitique. Les Etats-Unis préparent des missiles de croisière, contre les missiles de croisière développés par la Chine, non contrainte par les traités de limitation conclus entre Washington et Moscou. Outre la mise en chantier d’un 2ème porte-avions, celle-ci a construit des pistes d’aviation sur 7 îlots et atolls poldérisés en mer de Chine du Sud, pour protéger ses côtes contre le Japon, la Malaisie et l’Australie. Elle compte sur le projet, en cours, des « Routes de la soie » pour apaiser les tensions politiques avec ses voisins, mais veut empêcher toute indépendance formelle de Taïwan, l’intégrer sans combat et empêcher la VIIème Flotte américaine, stationnée dans le Pacifique Ouest et l’océan Indien, d’intervenir. Elle modernise en conséquence ses sous-marins classiques anaérobies, pouvant rester en plongée quelques jours sans sortir leur schnorchel, et développe des SNA qui patrouillent en mer de Chine du Sud. Ses SNLE sont équipés de missiles balistiques J-L 2 d’une portée de 8.000 km. Les essais réussis du J-L 3 d’une portée de 14.000 km lui permettront de frapper des objectifs sur la côte Ouest des Etats-Unis et, si tirés dans le Pacifique, d’atteindre Washington. Par ailleurs, Israël dispose d’une capacité de frappe nucléaire à partir de sous-marins anaérobies. L’Inde va lancer un SNA et construit un SNLE. L’Iran développe des sous-marins classiques pour sa Marine et des petits submersibles pour l’organisation paramilitaire des Gardiens de la Révolution. La Russie, qui ne dispose que du sixième des la flotte sous-marine de l’ex-URSS, développe des drones sous-marins pour patrouiller en Baltique. L’Australie va construire 12 sous-marins anaérobies bénéficiant de la recherche sur les SNA français.

Loïc Salmon

Sous-marins militaires

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer




Campagne d’Italie, 1796-1797

Montenotte, Lodi, Castiglione, Arcole et Rivoli restent les plus connues des batailles d’une « campagne éclair », menée en Italie par un général de 27 ans, sans expérience de la guerre à ce niveau mais qui subjugue ses troupes par ses qualités humaines et techniques.

Entre le 1er avril 1796 et le 18 avril 1797, face à des généraux ennemis aguerris, Napoléon Bonaparte parvient à chasser les Autrichiens de l’Italie du Nord et à imposer la présence française dans toute la péninsule, son indépendance vis-à-vis de son propre gouvernement et la paix à l’empereur d’Autriche ! L’armée d’Italie du début, endurcie par la misère, les privations et les combats, est devenue inactive et peu disciplinée, avec un moral en baisse. Quand il la rejoint à Nice, Napoléon Bonaparte assoit rapidement son autorité de général en chef par l’abandon des familiarités en usage, le rétablissement de la distance avec ses subordonnés, plus chevronnés que lui, et la réorganisation des unités. Il en résulte plus d’exactitude dans l’obéissance, de régularité dans le service et de liaison dans les mouvements. Dans une note adressée au Directoire avant son départ, Bonaparte écrit qu’il appartient au pouvoir politique de définir le but de la guerre, les modalités d’exécution pour l’atteindre étant de la responsabilité du chef militaire. Il indique à l’appui qu’il faut un mois pour avoir une réponse de Paris à une dépêche venant de la ville italienne de Savone et que, pendant ce temps, tout peut changer. Le jeune général a saisi l’importance du secret et de la vitesse dans la manœuvre, pour surprendre les armées ennemies. Il doit compenser son infériorité globale par une économie rigoureuse des forces pour obtenir, à l’instant « T », la supériorité du nombre en vue de livrer bataille à l’endroit choisi par lui, si possible. Dans les faits, les petits combats se multiplient. Mais Bonaparte manifeste toujours une capacité de réaction immédiate, fruit d’une longue méditation antérieure. Sa présence en première ligne et même à l’avant-garde lui donne un ascendant durable sur ses soldats. Ce lien se renforce par ses proclamations et la rédaction de bulletins qui, publiés dans les journaux français, lui acquièrent une popularité en France même…qui inquiète le Directoire. Outre les réclamations incessantes de renforts, il traite les détails d’ordre logistique. Pour ne pas s’aliéner les populations des villages qui accueillent avec enthousiasme les troupes républicaines, il doit interdire, à plusieurs reprises, pillage et vexations, qui reprennent en cas de légères défaites ou même de révoltes sévèrement réprimées. Après les « suspensions d’armes », il impose, aux villes, provinces et princes vaincus, des contributions en vivres, habillements et chevaux, mais aussi en argent et biens culturels…qui prennent le chemin de la France. Mécontent du service d’espionnage, il le réorganise pour obtenir des informations sûres sur les armées ennemies et du renseignement politique à Naples, Rome, Florence, Turin, Venise, Vienne et même Paris ! Cette police secrète surveille personnels militaires et civils, généraux et hommes politiques. En Italie centrale et du Sud, il neutralise certains Etats hostiles par la diplomatie et impose des traités de paix à d’autres. Après la victoire de Lodi, une députation de l’armée lui confère le grade, hautement honorifique, de « caporal », auquel est ajouté « petit » en raison de sa jeunesse. En outre, il se sent capable de devenir un acteur décisif sur la scène politique de la France.

Loïc Salmon

« Campagne d’Italie, 1796-1797 », Michel Molières. Editions Pierre de Taillac, 780 pages, nombreuses illustrations, 29,90 €.

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Soldats de Napoléon

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides




US Marines

Le Corps des marines, ouvert aux femmes, dispose de ses propres moyens navals, aériens et terrestres pour intervenir à tout moment, en tout lieu et avec un préavis réduit, quand les Etats-Unis estiment leurs intérêts menacés.

Créée en 1775 à l’image des Royal Marines britanniques en prévision des batailles navales de la Révolution américaine, cette unité est rattachée à la Marine pour assurer la police à bord des navires, les tirs de précision et les opérations de débarquement de faible envergure. Pendant les guerres du Mexique (1846-1848), celle de Sécession (1860-1865) et celle contre l’Espagne (1898), la Marine américaine se transforme, abandonnant la voile au profit de la propulsion à vapeur. Les unités de marines, jugées obsolètes et superflues, risquent de disparaître. Toutefois, le territoire des Etats-Unis s’étendant jusqu’au Pacifique, les détachements de marines sont chargés de la défense des bases avancées et des opérations de police à terre. Lors de la première guerre mondiale, ils intègrent le Corps expéditionnaire américain. Ils y acquièrent l’expérience du combat terrestre en Europe et se forgent une réputation d’unité d’élite avec un esprit de corps unique, entretenus par leur bureau d’information et de promotion. Pendant la guerre des Boxers (Chine, 1900), des marines sont transférés des Philippines (colonie américaine de 1898 à 1946) à la Cité interdite de Pékin, aux côtés de militaires italiens, britanniques et japonais pour y protéger les délégations étrangères. Au début des années 1900, des marines sont envoyés à l’île de Cuba, annexée par les Etats-Unis de 1898 à 1902, pour assurer la police depuis la base navale de Guantanamo (encore sous contrôle américain). Dans les années 1920, le Corps des marines se spécialise dans les opérations amphibies. Pendant l’engagement des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale (1941-1945), ses effectifs doublent jusqu’à 100.000 hommes, pour effectuer de difficiles opérations amphibies de reconquête des îles du Pacifique tenues par l’armée impériale japonaise. Afin d’éviter une confrontation nucléaire pendant la guerre froide (1947-1991), les Etats-Unis et l’URSS s’affrontent en Corée (1950-1953) et au Viêt Nam (1965-1975). Les marines y subissent des pertes énormes. Lors d’une opération de maintien de la paix au Liban, un attentat suicide contre le quartier général américain à Beyrouth provoque la mort de 241 militaires américains, dont 220 marines. Les succès des opérations dans le golfe Persique en 1991 (Koweït) et 2003 (Irak) redorent le blason et remonte le moral des marines, durement éprouvés pendant la guerre du Viêt Nam. Enfin, des marines ont été déployés en Afghanistan entre 2009 et 2014, puis à nouveau en 2017.  Face aux menaces potentielles de la Russie, de la Chine ou de la Corée du Nord, les marines s’entraînent aujourd’hui au combat en milieu arctique. Déployés dans plusieurs zones du monde dans le cadre de forces combinées aériennes et terrestres, ils passent beaucoup de temps en mer et s’entraînent en permanence sur les navires de la Marine américaine. Ils peuvent employer dans la même journée et sur un seul théâtre : l’avion de combat furtif F35B Lightning II ; l’appareil de transport hybride V-22 Osprey à rotors basculants combinant les atouts de l’hélicoptère, pour le décollage vertical ou court et l’atterrissage, et de l’avion pour voler jusqu’à 565 km/h ; le char M1 Abrams ; l’aéroglisseur LCAC d’une vitesse de 74km/h pour l’assaut amphibie.

Loïc Salmon

« US Marines » par Colin Colbourn. Éditions E-T-A-I, 224 pages, 230 photos, 39,00 €.

« Catamaran 2014 » : exercice amphibie d’une force expéditionnaire interalliés

Bold Alligator 2012 : exercice amphibie interalliés à longue distance

Marines : outils politiques et de projection de puissance




Avions de combat

Inventé en Grande-Bretagne avant la seconde guerre mondiale, le moteur à réaction a permis de décliner divers types d’avions, en attendant les intercepteurs sans pilote à bord et contrôlés à distance pour détruire les drones de reconnaissance adverses.

Le premier prototype, privé, décolle le 27 août 1939…en Allemagne. Toutefois, le premier appareil militaire, biréacteur et dénommé He280, n’effectue son premier vol que le 2 avril 1941, soit six semaines avant le britannique Gloster/Whitlle E28/39. Dès 1943, l’Allemagne développe cette technologie pour doter la Luftwaffe d’avions de combat suffisamment rapides et puissants pour franchir les escortes de chasseurs alliés protégeant les bombardiers américains pendant les raids de jour. En outre, la Luftwaffe a besoin d’un avion de bombardement et de reconnaissance volant à haute altitude et plus vite que les intercepteurs adverses. En été 1944, le Me262 et l’Arado Ar234 sont testés sur le plan opérationnel, en même temps que l’avion de combat britannique Gloster Meteor. Après la guerre, le concept de « système d’armes », qui combine cellule, conduite, armes, conduite de tir et « avionique » (équipements électriques, électroniques et informatiques), permet de remplir les missions aériennes par tout temps, de jour comme nuit. Il donne naissance aux familles d’avions américains F-4 Phantom et français Mirage, conçus pour être modifiés en fonction de l’évolution des besoins opérationnels. Cinquante ans après leurs premiers prototypes, les Canberra britanniques, B-52 américains et Mig russes sont encore en service au début des années 2000. Pourtant, l’histoire de l’avion à réaction a connu des échecs consécutifs aux aléas politiques et coûts exponentiels de développement. En 1957, la Grande-Bretagne condamne les projets d’avions militaires pilotés au profit des missiles…pendant vingt ans ! Aux Etats-Unis, le développement des missiles de croisière a bloqué celui du bombardier Rockwell B1 à géométrie variable, jusqu’à celui du B-1B dans les années 1970. En URSS, le manque de porte-avions a conduit au développement du bombardier stratégique supersonique Tu-22M Backfire qui, ravitaillé en vol, peut frapper des cibles à plusieurs milliers de kilomètres des frontières. D’autres innovations ont vu le jour : le Harrier britannique à décollage court et atterrissage vertical ; l’avion américain d’attaque au sol F-117 à la signature radar très réduite ; le chasseur furtif américain F-22 Raptor, capable de remplir aussi des missions de soutien militaire au sol, de guerre électronique ou de renseignement d’origine électromagnétique. Mais les impératifs financiers dictent des compromis techniques imposant d’adapter les avions existants aux nouvelles missions, par suite de l’abandon de projets d’avions de nouvelle génération. Dans les années 1950, les avions, équipements et armements divers (américains, britanniques, français et italiens) des Etats membres de l’OTAN causent d’importantes difficultés au niveau opérationnel. Au cours de la décennie suivante, quelques pays européens se lancent alors dans une coopération internationale. Grande-Bretagne, Italie et Allemagne développent avec succès le Tornado. Dans les années 1990, les mêmes et l’Espagne mettent au point l’Eurofighter Typhoon. La France a poursuivi un programme autonome jusqu’au Rafale, entré en service en 2001 dans l’armée de l’Air et en 2002 dans la Marine.

Loïc Salmon

« Avions de combat » par Robert Jackson. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 256 pages, 49,00 €.

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue

Top Gun

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

 




Le Moyen-Age en sept batailles

L’évolution de la tactique, par la manœuvre combinée de l’infanterie, de la cavalerie et des armes de jet, et la révolution technique de l’artillerie modifient profondément l’art de la guerre au Moyen-Age (476-1453).

L’Empire romain d’Orient survit mille ans à celui d’Occident sur le plan militaire, grâce à une cavalerie puissante, une infanterie solide, une Marine efficace, l’art du siège et une réflexion stratégique. Dans le reste de l’Europe où la société militaire se structure sur le lien vassalique, émerge la figure du chevalier, suffisamment aisé pour acheter son cheval et son armure. Au début, la tactique consiste à combiner les effets de l’infanterie, des archers et des arbalétriers, pour fixer l’adversaire, à celui de la cavalerie pour le prendre à revers afin de disloquer son dispositif par le choc. Puis l’usage des arcs à longue portée et à grande précision permet de renforcer l’effet tactique à distance. Enfin, l’artillerie mobile de campagne avec des boulets métalliques modifie le rapport de force sur le champ de bataille. Les fantassins, disciplinés et armés de piques, manœuvrent par unités, et le combat corps à corps laisse la place à l’action à distance. La cavalerie n’emporte plus la décision par le choc mais devient l’arme de la mobilité. Des formations « mixtes » apparaissent, composées de soldats armés de piques, d’épées et d’armes de poing, pour affronter un ennemi à cheval ou à pied. Les chevaliers, qui avaient l’habitude de charger la « piétaille » moins bien armée et formée qu’eux, perdent leur prééminence initiale. Parallèlement à la bataille rangée, la ville, cœur du pouvoir politique et social, prend une dimension opérationnelle majeure avec le perfectionnement des fortifications, pour mieux briser les assauts des fantassins et résister aux jets de traits et de pierres des systèmes d’armes de siège. A Hastings (Angleterre, 1066), l’armée normande de 8.000 hommes remporte la victoire contre l’armée anglo-saxonne (7.500 hommes), grâce sa volonté de vaincre et ses capacités tactiques. La guerre de Cent Ans trouve alors son origine dans les liens vassaliques et dynastiques avec la Couronne de France qui en résultent. A Hattin (Palestine, 1187), l’armée musulmane l’emporte sur celle des Croisés, qui ont négligé le renseignement, la reconnaissance sur les hauteurs et la logistique. Ce désastre précipite la disparition des Etats latins d’Orient. A Las Navas de Tolosa (Espagne, 1212), l’union des princes ibériques et la fougue de leurs unités mettent en fuite les armées musulmanes, très supérieures en ombre et aguerries. Cette victoire relance la reconquête de toute l’Espagne. Au bord de la rivière Kalka (Ukraine, 1223), l’armée mongole vainc les troupes russes et polovtses (peuple nomade turcophone), plus nombreuses mais aux flux logistiques trop longs et amenées sur un terrain défavorable à leur cavalerie lourde. L’Empire mongol peut poursuivre son expansion vers l’Ouest. A Bannockburn (Ecosse, 1314), la petite armée de fantassins écossais, organisée en carrés défensifs, affronte sur un terrain favorable et aménagé, l’impétueuse cavalerie anglaise, dont la défaite assure l’indépendance de l’Ecosse pour plusieurs siècles. La prise de Constantinople (Empire romain d’Orient, 1453) par l’armée ottomane, très nombreuse, résulte d’un blocus total et de l’emploi de l’artillerie. A Castillon (France, 1453), celle-ci accélère la défaite anglaise, qui sonne la fin militaire de la guerre de Cent Ans.

Loïc Salmon

« Le Moyen-Age en sept batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 94 pages, nombreuses illustrations, 24,90 €. 

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

Histoires d’armes

L’âge d’or de la cavalerie




Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides

L’année 1940 rappelle « l’incroyable défaite » de la France face à l’Allemagne vaincue en 1918, mais aussi le sursaut de ceux qui ne l’acceptent pas et veulent continuer le combat jusqu’à la victoire.

Les signes annonciateurs. Les prémices de la revanche militaire de l’Allemagne apparaissent dans les années 1930 dans l’indifférence des démocraties occidentales, notamment des grandes puissances européennes de la Grande Guerre. La France et la Grande-Bretagne se trouvent alors à la tête de vastes empires coloniaux, le traité de Versailles (1919) ayant dépouillé l’Allemagne du sien. Dès 1933, celle-ci se retire de la Conférence du désarmement de Genève et de la Société des nations, qui vise à la sécurité collective par la prévention des guerres et la résolution des conflits par la négociation. En 1935, le gouvernement allemand rétablit le service militaire. L’année suivante, en violation du Traité de Versailles, il envoie des troupes réoccuper la Rhénanie, alors démilitarisée, sans la moindre réaction militaire de la part de la France ni de la Grande-Bretagne. Il lance alors un grand programme de réarmement et prépare l’économie nationale à la guerre. En mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche pour unifier les populations au sein d’une même nation. Grâce aux accords de Munich signés avec la France, la Grande-Bretagne et l’Italie, elle annexe aussi la région des Sudètes (population à majorité germanophone) de la Tchécoslovaquie en septembre. En mars 1939, elle crée le protectorat de Bohême-Moravie sur ce qui reste de ce pays. En août, elle signe un pacte de non-agression avec l’Union soviétique.

L’attente et les combats. Le 1er septembre 1939, la Wehrmacht envahit la Pologne. L’armée soviétique la rejoint 16 jours plus tard. Comprenant que l’ère des compromis a pris fin, la France et la Grande-Bretagne décident de déclarer la guerre au IIIème Reich le 3 septembre. Après la mobilisation générale, commence la « drôle de guerre ». Le Haut commandement français envoie des troupes en Sarre, en deçà de la ligne « Siegfried », pour soutenir brièvement l’armée polonaise, sans résultats significatifs. Ce dispositif de défense a été construit dans les années 1930 face à la ligne française « Maginot », où sont cantonnés 200.000 soldats qui attendent l’invasion allemande. Celle-ci tarde car la campagne de Pologne a révélé des déficiences à corriger avant d’affronter l’armée française, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Or l’inaction sape le moral des troupes françaises. La population civile se résigne à la guerre dans la persistance des tensions politiques, contrairement à « l’union sacrée » de 1914. L’invasion de la Norvège et du Danemark par la Wehrmacht en avril 1940 donne l’occasion à un corps expéditionnaire, composé des troupes françaises, britanniques et polonaises, de remporter la bataille de Narvik, coupant, temporairement, la « route du fer » (suédois). Le 10 mai 1940, la Wehrmacht pénètre aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. Le corps expéditionnaire britannique (400.000 hommes), débarqué en France en septembre 1939, s’est porté à sa rencontre en Belgique. Le 14 mai, les blindés allemands percent le dispositif français dans les Ardennes et atteignent les côtes de la Manche le 21 mai. Les troupes néerlandaises ont été défaites en cinq jours. Encerclées, les troupes alliées se replient sur Dunkerque, où 240.000 soldats britanniques et 120.000 soldats français et belges sont évacués par mer vers la Grande-Bretagne…grâce à l’appui de l’armée française ! Puis, le 4 juin, celle-ci se rétablit sur la ligne « Weygand » (entre la Somme et l’Aisne), percée par les troupes allemandes…qui défilent à Paris le 14 juin. Entretemps, l’Italie a déclaré la guerre à la France le 10 juin, mais ses troupes restent contenues dans les Alpes. Le 22 juin, les représentants des gouvernements français et allemands signent l’armistice à Rethondes (forêt de Compiègne), dans le même wagon où avait été signé celui du 11 novembre 1918 signifiant la défaite de l’Empire allemand (IIème Reich, 1871-1918). Cet armistice entre en vigueur le 25 juin, en même temps que celui signé la veille entre la France et l’Italie. En 45 jours de combat, l’armée française déplore 92.000 tués, 230.000 blessés, 1,84 million de prisonniers, 2.500 chars et 900 avions détruits. Malgré des capacités opérationnelles et tactiques supérieures, l’armée allemande compte 49.000 morts, 110.000 blessés, 1.800 chars et 1.400 avions détruits. En juillet, le massacre de 1.300 marins français de la flotte française, réfugiée à Mers el-Kébir (Algérie), par la Marine britannique sera utilisé par les propagandes du Reich et du gouvernement de Vichy. Ensuite, la bataille, aérienne, d’Angleterre dure du 13 août au 31 octobre 1940.

L’amertume de l’Occupation. Paniqués par les souvenirs des exactions allemandes de 1914 et les bombardements aériens, huit millions de Français fuient l’avance ennemie. Le tiers du territoire français s’est ainsi vidé entre le 10 mai et le 25 juin. La ligne de démarcation, qui coupe 13 départements sur 1.000 km, constitue une frontière politique, sociale et économique. Dans la zone Nord « occupée » (55 % du territoire), l’heure allemande est imposée à partir du 7 juin. Des tracts allemands, destinés aux forces militaires françaises pour les inciter à se rendre, reprennent le discours du maréchal Pétain, chef de « l’Etat français », radiodiffusé le 17 juin, leur demandant de « cesser de combattre ». Les départements d’Alsace (Bas-Rhin et Haut-Rhin) et de Moselle sont rattachés au Reich dès le 24 juin, puis annexés en novembre. Leurs populations subissent un régime de « défrancisation » et d’embrigadement. La bande littorale atlantique devient « zone interdite » en 1941. La délégation du ministère de la Propagande du Reich censure presse, radio, actualités cinématographiques et films pour lutter contre les influences juives, franc-maçonnes et antiallemandes.

Les rebelles. Les armistices empêchant les Français de lutter aux côtés des Alliés, le général de Gaulle, réfugié à Londres, doit combattre l’ennemi et le gouvernement légal de son pays. Parmi ses 1.038 Compagnons de la Libération (6 femmes), 790 sont entrés en résistance en 1940. Si l’armistice constitue le facteur déclencheur de leur engagement, leurs motivations varient : passion de la France ; humiliation de la défaite ; idéalisme ; goût de l’aventure ; l’irrationnel ; poids mental de la guerre de 1914-1918 ; combat ; loyauté ; anti-germanisme ; attaches familiales ; réflexion politique ; antinazisme.

Loïc Salmon

L’exposition « Comme en 40 » (17 septembre 2020-10 janvier 2021), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente uniformes, armes, objets, archives cinématographiques et documents. Concerts, conférences et projections de films sont aussi prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

L’exposition « 1940 ! Paroles de rebelles » (17 septembre 2020-3 janvier 2021), organisée par le musée de l’Ordre de la Libération (Invalides), présente des objets, photos, insignes, extraits audiovisuels et documents. Renseignements : www.ordredelaliberation.fr

335 | Dossier : “La BLITZKRIEG 1939-1942”

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Les plus grandes batailles en montagne

Connaissance du terrain, préparation opérationnelle de la troupe, raids et embuscades caractérisent la victoire dans la guerre en montagne.

Celle-ci vise surtout le contrôle d’une zone ou une action sur l’ennemi ou, accessoirement, à créer une diversion, une couverture ou un appui dans le cadre d’une manœuvre globale. La conception et la réalisation de la manœuvre, alliant audace, surprise et cohésion des troupes, restent toujours du ressort d’un chef déterminé. Toutefois, l’héroïsme ne suffit pas. Ainsi, quoique solidement retranché aux Thermopyles (- 480 avant JC) avec 300 Spartiates, Léonidas n’a pas imaginé que l’armée perse puisse le contourner, par surprise, à travers un sentier de montagne. Par contre, un coup d’audace et des techniques alpines ont permis à Alexandre le Grand de s’emparer du camp de la Roche sogdienne (Asie centrale, – 328 avant JC), place forte réputée imprenable. Malgré le terrain escarpé, la multiplicité des combats, la sévérité du climat, les accidents et les délais d’approvisionnements, Hannibal fait franchir les Alpes (- 218 avant JC) en 15 jours à une armée réduite à 26.000 fantassins et 6.000 cavaliers à son arrivée en Italie. L’année suivante, dans une embuscade montée sur les flancs des collines le long du lac Trasimène, il écrase l’armée romaine en l’empêchant de manœuvrer. De son côté, Vercingétorix réussit une manœuvre rapide d’infanterie en terrain montagneux à Gergovie (- 52 avant JC) et inflige à Jules César un important revers militaire. En 1675 et après un minutieux travail de réflexion et malgré un rapport de force défavorable, Turenne traverse les Vosges en plein hiver et remporte la bataille de Turkheim en disloquant par surprise le dispositif de l’armée austro-brandebourgeoise. En 1709, Berwick, Anglais au service de la France, protège 300 km de frontière alpine, grâce à une connaissance approfondie du terrain en toutes saisons et un raisonnement tactique fondé sur le renseignement et la mobilité. En 1808, face à une armée espagnole de 9.000 hommes et 16 canons installés sur le col de Somosierra, assez large pour quatre cavaliers de front, Napoléon ordonne une charge de chevau-légers, dans la brume, qui dure sept minutes et provoque la déroute de l’ennemi, ouvrant la route vers Madrid. Lors de la guerre d’indépendance du Chili en 1817, l’armée du général San Martin traverse la cordillère des Andes en 19 jours, soit 585 km à 4.800-5.000 m d’altitude avec des températures variant de 30° C le jour à – 10° C la nuit. L’allure de 28 km/jour ne laisse pas le temps aux renforts espagnols d’arriver et permet à San Martin de remporter par surprise la victoire de Chacabuco. En 1877 à la tête d’un détachement d’avant-garde russe composé majoritairement de cavalerie, le général Gourko traverse le Balkan d’Etropol du 25 au 31 décembre et défait l’armée turque à Baba-Konak. Le traité russo-turc de San Stephano (3 mars 1878) reconnaît la suprématie russe dans les Balkans à dominante slave et orthodoxe. En 1918, après un raid de plus de 500 km en 6 semaines dans la montagne, le général Jouinot-Gambetta et la cavalerie française remportent la victoire du Dobro Poljé, entraînant la capitulation de la Bulgarie. En 1944, le Corps expéditionnaire français du général Juin franchit les Monts Aurunci et gagnent la bataille du Garigliano au pied du Mont-Cassin, ouvrant aux Alliés la voie vers Rome.

Loïc Salmon

« Les plus grandes batailles en montagne », Colonel Cyrille Becker. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

L’ultime champ de bataille

 




La seconde guerre mondiale en six batailles

Engagements interarmées, modularité, décentralisation du combat et initiatives caractérisent le second conflit mondial.

Les progrès en matière d’armement entraînent des révolutions tactique et stratégique qui transforment la conduite de la guerre. Les bases industrielles, l’accès aux ressources et le contrôle des populations deviennent des enjeux majeurs dans la conception, puis la mise en œuvre des opérations. Les idéologies totalitaires effacent les limites entre les domaines politique et militaire, pour aboutir à la destruction de l’adversaire. Ainsi, le taux de pertes civiles est passé de 5 % lors de la première guerre mondiale à 67 % pendant la seconde. La mécanisation amène à repenser l’art de la guerre dans une logique de mouvement et de concentration des efforts. L’action du couple char-avion, réalisée grâce aux transmissions, assure le succès de la « guerre éclair » allemande par la percée du dispositif ennemi, suivie d’une exploitation rapide de l’infanterie motorisée, planifiée dès le commencement de l’action. L’emploi de commandos ou de troupes parachutistes garantit la surprise. Toutefois, la logistique constitue la principale vulnérabilité des armées, en raison de la croissance des effectifs, du nombre et des performances des systèmes d’armes, de la consommation de munitions et de carburant, mais aussi des élongations des théâtres d’opérations. Par ailleurs, en cas de rapport de forces défavorable, le succès militaire repose de plus en plus sur la force morale des soldats, à savoir l’esprit de corps et un entraînement réaliste développant le sens de l’initiative. La présentation de la situation générale, des intentions des forces en présence et du déroulement de six batailles et leurs enseignements tactiques expliquent ces transformations de l’art de la guerre. Entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, la guerre engage 800.000 hommes de l’Union soviétique contre 250.000 hommes de la Finlande. Amputée de 10 % de son territoire, celle-ci compte 25.000 soldats morts et 40.000 blessés, mais l’URSS reconnaîtra plus tard la perte de 270.000 morts et blessés, 1.500 chars et 700 avions. Lors de la bataille de Sedan (10-13 mai 1940), les forces allemandes déploient 60.000 hommes et 800 blindés contre les 112.000 hommes des forces françaises en défense. La Wehrmacht remporte la victoire, surtout grâce à sa « Panzerdivision », grande unité blindée interarmes disposant d’une grande autonomie. En Tunisie, pendant la bataille de Kasserine (19-25 février 1943), le savoir-faire allemand des forces de l’Axe (80.000 Allemands et 110.000 Italiens) anéantit une division américaine, peu aguerrie, des forces alliées (130.000 Britanniques, 95.000 Américains et 75.000 Français). La victoire finale de la bataille de Monte-Cassino (17 janvier-19 mai 1944), qui ouvre les portes de Rome, se solde quand même par 55.000 tués et blessés chez les Alliés, contre 20.000 pour les Allemands. En Russie, la bataille de Koursk (5 juillet-23 août 1943) oppose la Wehrmacht (800.000 hommes, 2.700 chars, 10.000 canons et 2.000 avions) à l’Armée rouge (1,3 million d’hommes, 3.300 chars, 19.000 mortiers ou canons et 2.400 avions). La défense soviétique s’est appuyée sur deux dispositifs successifs, coûteux en vies humaines, pour harceler l’ennemi. Lors des combats de Falaise en Normandie (12-21 août 1944), 90.000 soldats allemands échappent à l’encerclement des Alliés, supérieurs de plus de 2 fois en effectifs et de 14 fois en nombre de chars.

Loïc Salmon

« La seconde guerre mondiale en six batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 106 pages, 180 illustrations, 24,90€. 

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

Les généraux français de la victoire 1942-1945

Femmes en guerre 1940-1946