Armée de Terre : l’action aéroterrestre en 2040

La victoire sur le terrain et dans la basse couche de l’atmosphère dépend d’une transformation collective de l’armée de Terre pour adapter sa létalité, sa manœuvre et sa protection, afin de pouvoir affronter tous les futurs possibles.

Ce thème a été abordé lors d’un séminaire organisé le 1er décembre 2025 à Paris par le Commandement du combat futur. Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Baratz, son commandant ; le colonel Doithier, chef du Bureau prospective, composante du Centre d’études stratégiques Terre.

Les menaces. Le milieu terrestre reste le cœur de l’affrontement des volontés, qui y commence et s’y termine et où se concentrent les effets recherchés, rappelle le colonel Doithier. Ce milieu, caractérisé par l’hétérogénéité, la difficulté, la rugosité et le cloisonnement, nécessite d’abord de l’endurance physique et morale. Son aspect humain, caractérisé par la densité, la variété et les sources de conflit, implique discernement et capacité à donner du sens. Sa dimension temporelle, caractérisée par la persistance, la persévérance et la « foudroyance » (frappe soudaine et brutale), impose d’organiser le chaos international. Des actualisations successives d’un document de 2016 font apparaître des ruptures stratégiques : recomposition de l’environnement international (primauté des intérêts sur les valeurs) ; dégradation environnementale ; accentuations des dépendances ; mutations technologiques (connectivité, robotique et intelligence artificielle). Le spectre de la conflictualité se répartit en risques multi-dimensionnels en deçà et au-delà du seuil de l’engagement armé. Ainsi, une puissance nucléaire fait courir des risques par la rhétorique et la prolifération nucléaires. Elle menace par l’emploi de la force sous parapluie nucléaire, que suit une escalade nucléaire incontrôlée. Un État-puissance contestataire pratique la cybermenace, la guerre cognitive et les actions hybrides sans engagement armé. Au-delà, elle recourt à des États subordonnés pour des actions hybrides plus violentes, emploie la force en vue d’un fait accompli et déclenche une guerre conventionnelle. Un groupe armé de type « techno-guérilla » exerce des actions de déstabilisation/subversion et des prestations criminelles. Au-delà, il organise un coup d’État, le harcèlement dans la profondeur du territoire visé et enfin l’engagement armé. Une milice paramilitaire effectue des actes de déstabilisation, par la guerre informationnelle, et des prédations criminelles. Au-delà, elle prend le contrôle d’un territoire par la force, provoque un coup d’État et conquiert le territoire. Une organisation terroriste commence par la subversion puis lance une cyberattaque et une action isolée. Au-delà, elle commet un attentat. Une organisation criminelle se limite aux vols, sabotages et prédations.

Le « radar prospectif ». La méthode prospective vise à imaginer les futurs possibles en étudiant un sujet thématique en profondeur à partir de variables et de scénarios, explique le colonel Doithier. Le Bureau prospective a rendu public, en décembre 2025, un document intitulé « Action aéroterrestre future », qui caractérise les formes d’engagement opérationnel en déclinant les équilibres et les capacités nécessaires pour créer des rapports de forces favorables et définir de nouvelles combinaisons pour réaliser des effets. L’horizon 2040 a été choisi pour se projeter dix ans après la loi de programmation militaire 2024-2030, qui fixe des engagements matériels et financiers. Le Bureau prospective a interrogé des experts en intelligence artificielle et en quantique ainsi que les Services de renseignement intérieur et extérieur pour connaître leur vision de l’horizon 2040. Ses réservistes ont utilisé des logiciels pour exploiter des centaines de documents, afin de repérer les thématiques les plus fréquentes sur la guerre et trier une cinquantaine de variables regroupées en cinq dynamiques du combat aéroterrestre. Celle de « l’accélération » concerne l’intelligence artificielle, les systèmes d’armes et la connectivité. Celle de « l’agilité » porte sur la robotisation, l’interface homme-machine, la maîtrise de la donnée et les technologies duales. Celle de la « complexification » concerne les capacités multi-milieux (terre, air, mer et espace) et multi-champs (cyber et informationnel), les ingérences d’acteurs privés et l’urbanisation. Celle du « durcissement » porte sur les systèmes redondants de défense aérienne, la létalité, la saturation des feux, les armes hypersoniques, le cyber et la guerre cognitive. Celle de la « vulnérabilité » concerne la transparence du champ de bataille et la congestion du champ électromagnétique. Ces dynamiques contribuent aux six fonctions stratégiques, qui resteront pertinentes en 2040 : rapport de forces stratégique potentiellement défavorable ; majorité des engagements en coalition multinationale ; engagement non choisi ; intégration multi-milieux multi champs systématique ; dimension nucléaire de l’engagement ; interconnexion du théâtre d’opérations extérieur et du territoire national. L’action aéroterrestre future se base sur une hiérarchie des normes. D’abord, la liberté d’action, l’économie des moyens et la concentration des efforts constituent les principes de la guerre, complétés par l’incertitude et la foudroyance. Les facteurs de supériorité opérationnelle sont les capacités ou qualités de nature à conférer l’ascendant sur l’adversaire. Cela nécessite des aptitudes pour remplir une mission fixée en termes généraux. L’aptitude s’exprime en termes de compétences, sans référence à un volume précis de moyens. Elle répond en termes stratégiques à la question : que doit-on pouvoir faire ? Elle sous-entend l’existence de capacités, à savoir doctrine (principes à suivre pour la réussite d’une action), organisation, ressources humaines, équipements, soutien et entraînement. Ces capacités, qui s’analysent par types de moyens (unités et systèmes d’armes) ou par fonction, représentent le « potentiel » du point de vue quantitatif.

La brigade de combat innovante. Le Commandement du combat futur crée un cadre facilitant l’innovation au sein de l’armée de Terre, indique le général Baratz. En 2025, il a conduit un projet de renforcement de l’efficacité d’une brigade de combat, susceptible d’être engagée ou de participer aux garanties de sécurité à l’Est de l’Europe. Avec la Direction générale de l’armement, il a recueilli les besoins de la 7ème Brigade blindée, équipée de chars Leclerc, et a dépensé 10,78 M€ pour des équipements disponibles. Ainsi pour la létalité, il a acquis : 300 claies de portage (équipements de transport de charges lourdes et encombrantes à dos d’homme) avec les kits de tireur d’élite à longue distance ; 180 claies de portage avec les kits de missiles moyenne portée ; 90 claies de portage avec les kits de poste de tir de missiles moyenne portée. Pour la protection, les achats ont porté sur 12 drones de reconnaissance dans un contexte de risques NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) et des cages de protection contre les drones, installées sur les tourelleaux de chars. Face la transparence du champ de bataille, les achats ont concerné : 14 leurres électromagnétiques autonomes et portables ; 2 systèmes de leurres gonflables, chacun correspondant à 1 équipement de protection collective, 1 véhicule poste de commandement, 1 véhicule de l’avant blindé et 1 plateforme Pamela pour système de missiles Mistral à courte portée. Pour la connectivité, les achats ont porté sur : 1 traducteur français/espagnol et 1 traducteur français/flamand pour le système d’information du combat collaboratif Scorpion ; des moyens de communications, à savoir 50 boîtiers d’anonymisation, 25 kits d’hybridation capables d’utiliser les moyens de communication commerciaux, 2 bulles tactiques 4G/5G et des déports d’antennes. Pour la guerre électronique, les achats ont concerné 18 détecteurs passifs, 20 détecteurs de brouillage, 3 détecteurs goniomètres et 13 brouilleurs offensifs.

Loïc Salmon

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial

Armée de Terre : le Commandement du combat futur

États-Unis : le combat aéroterrestre du futur




Les guerres des mers

La Marine nationale doit pouvoir s’adapter maintenant au niveau de la menace et d’innover au quotidien, sous la direction de son chef d’état-major.

L’amiral Nicolas Vaujour, qui exerce ces fonctions depuis 2023, présente notamment dans ce livre la Russie menaçante et la Chine hyperpuissante.

La Russie. Les protestations internationales contre l’invasion de la Crimée par la Russie en 2014 et les sanctions économiques n’ont pu empêcher celle de l’Ukraine en 2022. La Russie a conquis quelques territoires mais ses pertes maritimes affecteront sa posture stratégique longtemps. L’absence d’une supériorité aérienne complète accroît la vulnérabilité de ses navires, qui subissent régulièrement les attaques de drones ukrainiens. Elle dispose de bases navales en mer Noire (Sébastopol), en Baltique (Saint-Pétersbourg et l’enclave de Kaliningrad) et au Grand Nord (Mourmansk), mais a dû évacuer en grande partie celle en Syrie (Tartous) en 2024. Les adhésions de la Finlande (2023) et de la Suède (2024) ont renforcé la présence de l’OTAN en Baltique, par où transitent près de 35 % du commerce extérieur de la Russie et 80 % de ses exportations pétrolières. La Russie y exerce des incursions dans l’espace aérien et des manœuvres dangereuses en mer. Pour conserver ses accès maritimes, elle préserve ses relations au Moyen-Orient et tire parti de situations parfois volatiles. Elle développe un réseau d’un millier de navires, dans un état dégradé et changeant de pavillon, pour écouler son pétrole en contournant les sanctions. Sur le plan technologique, elle investit massivement dans les drones, les missiles hypersoniques et les sous-marins nucléaires d’attaque, au détriment d’une cohérence d’ensemble de sa flotte. Ses sous-marins opèrent seuls sans véritable intégration avec les forces aériennes ou les navires de surface. Ceux-ci, mal entretenus et datant souvent de l’ère soviétique terminée en 1991, n’ont bénéficié que de modernisations partielles. Les unités neuves sont produites à un rythme lent dû aux contraintes budgétaires et aux sanctions internationales limitant l’accès aux composants électroniques avancés. S’y ajoutent des lacunes importantes dans l’entraînement et le savoir-faire des équipages.

La Chine. Contrairement à la Russie, la Chine déploie une vision à long terme, méthodique, cohérente et dictée par des impératifs économique, militaire et politique. La légitimité du Parti communiste repose en gande partie sur une croissance économique de 5 % par an. Le programme de la « Nouvelle route de la soie » investit dans des infrastructures portuaires, capables d’accueillir des bateaux militaires, à Singapour, dans le sous-continent indien, au Moyen-Orient, en Afrique, Amérique du Sud et Europe pour sécuriser les approvisionnements en matières premières et en pétrole. La Chine pratique une pêche intensive dans le monde entier pour ses besoins en protéines. Elle a édifié une base de soutien logistique à Djibouti et ses navires traversent l’Arctique d’Est en Ouest. Elle construit des installations portuaires, pistes d’atterrissage et systèmes de défense sur des récifs et îlots en mer de Chine méridionale, en vue de surveiller les transits de navires étrangers et sécuriser une projection de puissance. Ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, basés sur l’île de Hainan, doivent parcourir une longue distance avant d’atteindre des eaux profondes pour remplir leur mission. Dans ces zones, se trouvent le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines, l’Indonésie et la Malaisie, dont certains ont conclu des accords de défense avec les États-Unis. Enfin, la Chine tire les leçons de la guerre en Ukraine et en constate les coûts humains, matériels et diplomatiques pour la Russie. Une invasion militaire de Taïwan semble peu probable, vu la complexité du franchissement d’un détroit de 180 km.

Loïc Salmon

« Les guerres des mers », Amiral Nicolas Vaujour. Éditions Tallandier, 240 pages, 20,90 €.

Marine nationale : depuis quatre siècles et sur tous les océans

Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage

Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins

 




Armée de Terre : le Commandement du combat futur

Créé en 2024 après l’invasion russe de l’Ukraine (2022), le Commandement du combat futur a pour missions d’éclairer l’armée de Terre, dynamiser l’innovation et transformer les idées en capacités.

Il a été présenté lors d’un séminaire organisé le 1er décembre 2025 à Paris. Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Baratz, son commandant ; le colonel Dabas, directeur du Centre d’études stratégiques Terre ; le lieutenant-colonel Nérich, Observatoire des conflits ; le colonel de Peretti, Bureau d’études sur la société et la guerre.

Raisonner autrement. Grâce à des études prospectives, le Commandement du combat futur (CCF) fixe le cap qui permet d’éviter d’aller vers de fausses pistes dans la préparation des capacités de demain, souligne le général Baratz. Avec un effectif de 130 personnes militaires et civiles, il fonctionne en petites équipes pour que l’information puisse circuler le plus librement possible sur les différents sujets. Il s’agit de chercher les expertises dans tous les domaines au sein de l’armée de Terre et dans son environnement puis de travailler en réseau pour bénéficier de leurs visions. Le CCF repose sur quatre piliers : Le Centre d’études stratégiques Terre ; la Section technique de l’armée de Terre ; le Laboratoire du combat futur ; la Division développement des forces. Les travaux du Centre d’études stratégiques Terre, ouvert sur le monde civil pour en tirer les bonnes idées, seront utilisés en interne pour définir les capacités nécessaires et les faire évoluer en fonction de nouvelles technologies (voir plus loin). La Section technique de l’armée de Terre (STAT) les exploite pour conduire les opérations d’armement, en liaison avec l’état-major de la l’armée de Terre, la Direction générale de l’armement et l’État-major des armées. Les technologies duales issues du monde civil, notamment les drones, imposent un rythme différent. Les équipements sont ivrés directement aux forces qui les expérimentent avec l’appui de personnels de la STAT. Déjà, le 61ème Régiment d’artillerie évalue des drones, à savoir le Patroller français et un système européen, et procède aux campagnes de tirs et d’expérimentation. Le Laboratoire du combat futur récupère les technologies civiles pour les intégrer aux systèmes militaires et modifier leur usage tactique, comme ce fut le cas avec internet et le système de transmissions maillé RITA. Dans le conflit russo-ukrainien, la zone de 20 km de profondeur du front se trouve la plus exposée et provoque un blocage tactique, où la défensive l’emporte sur l’offensive. Il s’agit d’imaginer une combinaison de capacités, dont la robotisation, pour s’affranchir du déni d’accès et retrouver un peu de manœuvre. En 1917, l’aviation et les chars ont redonné de la dynamique au front, alors que l’artillerie et les mitrailleuses avaient donné l’avantage à la défensive. Grâce à la simulation, les jeux de guerre et leurs expériences heureuses et malheureuses permettent de développer l’agilité intellectuelle. Les officiers d’état-major devront en effet s’adapter en permanence pour saisir les bonnes opportunités. L’entrée en service des blindés Griffon, Jaguar et Serval permet de maîtriser le combat collaboratif du système Scorpion. La Division développement des forces synthétise les fonctions opérationnelles : feux et actions dans la profondeur ; C2 (conduite et contrôle) et systèmes d’information et de communications ; manœuvre avec l’intelligence artificielle ; soutien et protection ; cyber et guerre électronique ; influence ; études transverses. Un concept validé sur le terrain et en cohérence devient une doctrine d’emploi. Ainsi le 1er Régiment d’infanterie de Marine a testé avec succès le concept d’escadron de drones de chasse avec 400 drones pour la reconnaissance, la frappe et les essaims. La synthèse des retours d’expérience remet de la cohérence dans les capacités de l’armée de Terre en termes de doctrine, d’organisation, de ressources humaines, d’équipements, de soutien et d’entraînement.

Le Centre d’études stratégiques Terre. L’engagement de la Russie en Ukraine depuis le 24 février 2022 marque le retour de la guerre de haute intensité, y compris dans l’espace extra-atmosphérique, la très haute altitude, le cyber et le champ informationnel avec la menace de l’arme nucléaire, rappelle le colonel Dabas. Il marque l’avènement d’un nouvel environnement stratégique, qui ferme définitivement la période issue de la chute du Mur de Berlin (1989). En conséquence, le Centre d’études stratégiques Terre a pour mission d’éclairer la transformation du combat futur par le développement d’une pensée militaire, qui replace la guerre aéroterrestre au cœur de la réflexion. En liaison avec le monde de la recherche privé et les centres de recherche étatiques, dont l’École de guerre, et par une recherche pluridisciplinaire, il propose des clés de compréhension de la conflictualité. Il pilote des études sur les évolutions du champ de bataille à l’horizon 2040 et l’engagement de l’armée de Terre dans un environnement nucléaire.

L’Observatoire des conflits. Composante du Centre d’études stratégiques Terre, l’Observatoire des conflits (Odc) présente la particularité d’être interarmées avec la participation du Centre d’études stratégiques de la Marine et du Centre d’études stratégiques aérospatiales. Confié à un consortium entre l’Institut français des relations internationales et la Fondation pour la recherche stratégique, il publie quatre notes d’analyses et une étude chaque année et organise un colloque. Les sujets portent sur le Proche et Moyen-Orient, le Flanc Est de l’Europe et la Russie. L’Odc se compose de quatre militaires d’active, d’assistants de recherche et de réservistes ayant une solide connaissance des relations internationales et une bonne maîtrise des réseaux sociaux pour travailler exclusivement sur des sources ouvertes, précise le lieutenant-colonel Nérich. Il ne s’agit pas de réagir aux interventions des belligérants mais de suivre l’apparition et l’évolution de de nouveaux appareils et les implications du monde civil et des réseaux sociaux dans les conflits. L’analyse des innovations observées permet de dessiner des tendances. Près de 90 % des notes sont accessibles au public et la moitié porte sur le conflit russo-ukrainien. C’est notamment le cas de l’opération « Toile d’araignée », conduite le 1er juin 2025 par le Service de sécurité ukrainien SBU et consistant en frappes coordonnées de drones, depuis des camions en territoire russe, contre cinq bases aériennes et qui ont endommagé une quarantaine d’avions. Outre les activités des organisations non gouvernementales, l’Odc suit la mobilisation de la jeunesse des deux côtés. En Afrique, il s’intéresse à la présence de sociétés militaires privées russes, chinoises et turques et aussi à l’utilisation des drones par les groupes armés au Sahel. Dans la « guerre des temples », endémique depuis 2008, l’armée cambodgienne, organisée selon le modèle soviétique, affronte l’armée thaïlandaise, calquée plutôt sur le modèle américain. Les opérations « Rising Lion » (13-24 juin 2025 menée par Israël) et « Midnight Hammer » (22 juin 2025 par les États-Unis) contre l’Iran illustrent le concept multi-milieux et multi-champs.

Le Bureau d’études sur la société et la guerre. Les armées gagnent les batailles et les nations la guerre, mais la perdent quand leur résilience s’affaiblit, indique le colonel de Peretti. Composante du Centre d’études stratégiques Terre, le Bureau d’études sur la société et la guerre s’intéresse donc aux dynamiques sociales, culturelles, psychologiques et climatiques ainsi qu’aux tendances informationnelles et démographiques. Il compte quatre officiers d’active, dont trois docteurs en histoire pour la mise en perspective dans le temps, et des réservistes spécialisés dans les neurosciences, l’anthropologie et la psychologie. Il réfléchit à la capacité de la société française à soutenir un effort de guerre dans la durée sur les plans humain et industriel, sans oublier les familles de militaires qui doivent supporter l’absence du soldat qui pourrait ne pas revenir.

Loïc Salmon

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Armée de Terre : en opération permanente

Armée de Terre : la zone urbaine, théâtre d’affrontement dur




Quatre Hauts lieux de la mémoire nationale en Île-de-France pour le civisme et la citoyenneté

Chaque année 159.000 visiteurs se rendent au Mémorial du Mont-Valérien, au Mémorial des martyrs de la Déportation, au Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et au Monument aux morts pour la France en opérations extérieures.

Le 14 octobre 2025, le ministère des Armées et l’Office national des combattants et victimes de guerre ont organisé une visite guidée dans ces Hauts lieux de la mémoire nationale, dont trois sont à Paris.

Mémorial du Mont-Valérien. Situé à Suresnes (banlieue parisienne), ce Mémorial de la France combattante est dédié aux « Morts pour la France » de 1939 à 1945. Le Fort du Mont-Valérien fut le lieu où 1.108 hommes ont été fusillés entre 1941 et 1944. Extraits des prisons et des camps d’internement, les condamnés étaient conduits dans une clarière en contrebas où se dressaient les poteaux d’exécution. Trois photos, prises clandestinement le 21 février 1944 par un sous-officier allemand de la Feldgendarmerie, montrent des hommes du « groupe Manouchian » (Francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée), attachés, les yeux bandés et fusillés par un peloton de soldats allemands en présence d’un médecin militaire. Sur l’une d’elles, figure, de dos, l’abbé Franz Stock, aumônier des prisons parisiennes qui a apporté un soutien moral à de nombreux condamnés. Il deviendra une figure de la réconciliation franco-allemande. Les corps étaient répartis dans différents cimetières de la région, afin d’éviter que les tombes deviennent un lieu de pèlerinage. Parmi les 1.008 fusillés, 40 % étaient des otages et 60 % des condamnés à mort par des tribunaux militaires allemands. En outre, 65 % étaient communistes, 17 % juifs et 20 % étrangers, certains issus de réseaux, organisations et mouvements clandestins. Leurs noms sont inscrits sur un monument de bronze en forme de cloche, face à une chapelle transformée en musée. Derrière une grande croix de Lorraine en pierre, une crypte abrite dix-sept cercueils.

Mémorial des martyrs de la Déportation. Entre 1933 à 1945, 15 à 20 millions de personnes ont été emprisonnées ou ont péri dans 40.000 sites en Europe et en Afrique du Nord. Situé à la pointe de l’île de la Cité, le Mémorial évoque le souvenir des déportés de la France vers l’Allemagne à partir de1943 et estimés aujourd’hui à 170.000, dont plus de 75.000 Juifs envoyés directement au camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau (Pologne). Une galerie présente le système concentrationnaire nazi, conçu pour terroriser, réprimer, « rééduquer » ou servir l’économie du IIIème Reich. Mal nourris, plongés dans un univers violent et placés au travail forcé, les détenus meurent en grand nombre dans les camps.

Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. Après de nombreux combats, les protectorats de Tunisie (depuis 1881) et du Maroc (depuis 1912) acquièrent leur indépendance en 1956. La guerre d’Algérie (1954-1962) a mobilisé deux millions de soldats français. Le Mémorial concerne la période 1952-1964, car des massacres ont eu lieu en violation des accords d’Évian (19 mars 1962). Situé près de la tour Eiffel, il consiste en une grille de couleurs bleue, blanche et rouge avec trois colonnes : la première fait défiler, en bleu, les 23.000 noms des soldats français et supplétifs (harkis) tués ; la deuxième ceux, en blanc, des victimes civiles ou disparues ; la troisième permet d’appeler, à partir d’un écran tactile, un nom en rouge.

Monument aux morts pour la France en opérations extérieures. Situé dans un jardin public près du ministère des Armées, ce monument rappelle les engagements de la France depuis1963. Outre six représentants en bronze de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air portant un cercueil invisible (photo), il inclut un mur avec les noms des morts pour la France…loin de ses frontières.

Loïc Salmon

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

L’intelligence artificielle au service de l’Histoire

Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

 

 




Asie du Sud : l’affrontement Inde-Pakistan de mai 2025

En représailles à des attentats terroristes au Cachemire, l’Inde a lancé l’opération de quatre jours (7-10 mai 2025) « Sindoor » contre le Pakistan, qui a utilisé des armements chinois au combat.

Thibault Fournol et Tom Abram, chargés de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, analysent cette crise, la plus grave depuis la guerre indo-pakistanaise de 1971, dans un article publié dans la revue Défense & Industries de juillet 2025.

L’Inde. Selon New Delhi, la première phase de l’opération « Sindoor », qui a duré 23 minutes, a visé, avec une grande précision, des infrastructures situées dans neuf sites au Pakistan et attribuées aux mouvements terroristes Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed, en réduisant au maximum les dommages collatéraux. L’ONU a reconnu que le premier avait commis des attentats, contre le Parlement indien à New Delhi en 2001 et à Mumbai en 2006 et 2008, et que le second avait attaqué les forces de sécurité indiennes au Jammu-et-Cachemire en 2016 et 2019. Dans la nuit du 6 au 7 mai, l’armée de l’Air indienne a brouillé au préalable le système pakistanais de défense aérienne pour s’assurer une liberté d’action. La guerre électronique permet de neutraliser, temporairement, les capteurs adverses dans un souci d’éviter, autant que possible, des pertes humaines et matérielles. Les infrastructures militaires n’ont donc pas été ciblées par des frappes, afin d’éviter toute escalade qui aurait déclenché un conflit conventionnel plus coûteux que les pertes possibles encourues par « Sindoor » (voir plus loin). Le Pakistan a riposté par l’opération « Bunyan-un-Marsous » consistant en l’envoi de drones et de missiles qui, selon New Delhi, ont été neutralisés par la défense aérienne avancée. Celle-ci compte, notamment, des missiles moyenne portée Akash indiens, des missiles BrahMos russo-indiens et des systèmes anti-missiles sol-air S-400 russes de moyenne portée, dont trois sont opérationnels et deux autres seront livrés en 2026. Toutefois, le 8 mai, des drones indiens ont visé un site radar à proximité de Lahore. Le 9 mai, les chasseurs indiens ont procédé à des frappes contre quatre sites de défense aérienne. Une analyse de l’affrontement montre que la préservation physique des capteurs adverses, avant l’engagement aérien, semble s’inscrire dans le cadre d’une sous-estimation indienne des capacités du Pakistan à mener une guerre conventionnelle. S’y ajoute le manque d’anticipation, basé sur les expériences passées, des contre-attaques pakistanaises. En effet, en février 2019, l’Inde avait bombardé un camp d’entraînement terroriste dans la région de Balakot à la suite d’un attentat-suicide, perpétré par le Jaish-e-Mohammed contre des forces de sécurité indiennes et qui avait fait 44 victimes à Pulwama (Jammu-et-Cachemire). L’armée de l’Air pakistanaise avait alors procédé à des frappes limitées sur le Cachemire indien, déclenchant un affrontement aérien qui s’était soldé par la destruction d’un chasseur MiG-21 indien et la capture de son pilote, libéré deux jours plus tard en signe de désescalade. Pendant l’opération « Sindoor », le discours de New Delhi est passé de la légitimité de sa riposte aux attaques terroristes à la présentation des performances technologiques de ses moyens militaires engagés, notamment dans la défense aérienne. Le narratif du succès de « Sindoor » permet de valoriser les capacités de la production locale d’armement dans la cadre de l’initiative « Make in India », lancée en 2014 pour stimuler la production manufacturière nationale et attirer les investissements étrangers. Celle-ci vise aussi à réduire la dépendance extérieure dans le domaine de la défense, en favorisant la production locale d’équipements militaires et en encourageant les transferts de technologies et la montée en puissance de la base industrielle et technologique de défense. L’Inde souhaite en effet prendre place parmi les premiers producteurs et exportateurs d’armement dans le monde.

Le Pakistan. Dès le 9 mai, le Pakistan a annoncé la destruction de 5 avions de combat indiens, dont 3 Rafale, sur la base d’éléments matériels et techniques. Le 15 et le 28 mai, ce bilan passe à 6 avions, dont 4 Rafale. Or le 7 mai, la chaîne américaine CNN s’est fait confirmer la perte d’un seul Rafale par un représentant de l’avionneur français Dassault. Deux jours plus tard, le quotidien américain Washington Post cite plusieurs analystes qui ont identifié 1 Rafale et 1 Mirage 2000 parmi les débris. Le 31 mai à Singapour, en marge de la conférence internationale « Shangri-La Dialogue », le général Anil Chauhan, chef d’État-major des armées indiennes, a reconnu des pertes, sans les préciser, mais a réfuté les chiffres des autorités pakistanaises. En conséquence, il avait dû modifier la tactique pour assurer le succès des frappes ultérieures. Il a ajouté que 80 % de équipements militaires acquis par le Pakistan depuis quelques années proviennent de Chine, qui apporte aussi un soutien technique. Officiellement, celle-ci reste discrète sur les matériels utilisés, mais sa presse étatique souligne que le Pakistan a utilisé des chasseurs monomoteurs monoplaces J-10 chinois conter les Rafale indiens, alors qu’il possède aussi des F-16 américains. En outre, la Chine profite de l’occasion pour vanter les performances de ses équipements en situation de combat réel. Les médias chinois attribuent la « victoire pakistanaise » à l’interopérabilité entre le chasseur J-10, le missiles air-air longue portée (300 km) PL-15 et le systèmes sol-air HQ-9 (inspiré du S-300 russe), tous chinois. Le missile PL-15, qui équipe aussi l’avion de combat furtif J-20, intéresse particulièrement les autorités militaires américaines et taïwanaises. Toutefois, les performances des matériels chinois utilisés lors de l’affrontement indo-pakistanais restent difficiles à analyser en raison d’absence d’informations sur les conditions précises de l’engagement, la distance entre les aéronefs et l’altitude relative et l’usage du système de contremesures (détection et brouillage des menaces) Spectra du Rafale par les pilotes indiens. Le Pakistan importe de Chine des matériels pour ses forces armées terrestres, navales et aériennes. Il lui achète aussi des drones moyenne altitude longue endurance Wing Loong, CH-3 et CH-4. Son acquisition du J-10 semble répondre à celle du Rafale par l’Inde à la France. Enfin, l’affrontement de mai 2025 donne à la Chine l’opportunité de promouvoir ses matériels à l’export auprès des pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine. Déjà, elle a présenté le chasseur J-10 au salon international « Langkawi Air Show », tenu en Malaisie les 20-24 mai 2025, et au Salon international de l’aéronautique du Bourget les 16-22 juin.

Évolution du rapport de force. Ses victoires successives sur le Pakistan en 1948, 1965, 1971 et 1999 ont conforté l’Inde dans sa supériorité dans le domaine conventionnel. Le Pakistan, qui l’a prise en compte, a développé sa capacité nucléaire dès les années 1980 et renforcé ses moyens de guerre asymétrique. Il a cherché à accroître le coût d’une riposte conventionnelle pour l’Inde en s’appuyant sur le risque d’escalade nucléaire, tout en maintenant une pression constante sur la question du Cachemire en instrumentalisant la notion islamique de Djihad (guerre sainte). Dès sa création en tant que nation musulmane en 1947, le Pakistan a utilisé des groupes armés du Cachemire pour mener ses actions militaires, totalement ou en partie. L’utilisation avérée de matériels chinois dans l’affrontement indo-pakistanais de mai 2025 en fait de la Chine un acteur indirect. Cette dépendance accrue du Pakistan à l’égard de la Chine pourrait modifier l’équilibre stratégique avec l’Inde et la stabilité en Asie du Sud. En effet, le Pakistan envisage d’acheter à la Chine un avion d’alerte avancée KI-500, capable de détecter un chasseur à 470 km, et un système anti-missile balistique et antisatellite HQ-19, (portée 3.000 km). Selon des analystes indiens, la Chine peut transformer l’organisation et les capacités militaires du Pakistan et ainsi s’établir comme facteur d’équilibre face à l’inde.

Loïc Salmon

Asie du Sud : Inde et Pakistan se veulent des puissances nucléaires responsables

Chine : montée en puissance régionale et internationale

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial




Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

Le Service historique de la Défense (SHD) conserve la mémoire des armées depuis le XVIIème siècle. En 2005, il réunit les archives des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie nationales. De septembre 2025 à janvier 2026, une exposition itinérante retrace son histoire et ses missions dans ses dix sites en France.

Les Vingt Ans. Premier service national d’archives en France avec 450 km linéaires de documents et première bibliothèque d’Europe en histoire militaire (1 million de documents), le SHD est rattaché à la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA), qui dépend du Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées. Il a fêté son vingtième anniversaire le 17 septembre 2025 à Vincennes, en présence du directeur de la DMCA, Évence Richard, et de la nouvelle cheffe du SHD, Nadine Marienstras. Ce fut l’occasion de présenter la collection d’insignes militaires réalisée par la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie Maroc et Tunisie et léguée au SHD en 2025. Cette collection de 1.460 pièces constitue l’image symbolique de l’ensemble des unités militaires françaises stationnées en Afrique du Nord, directement engagées dans la guerre d’Algérie ou qui ont contribué à former et instruire les appelés du contingent depuis la métropole. Le SHD conserve, étudie et valorise les emblèmes, drapeaux, insignes et décorations des armées. Il veille à leur homologation, leur bon usage et leur transmission. Au cours de la journée du 17 septembre, ont été présentés des documents acquis par le SHD lors de la vente aux enchères des archives privées du général de Gaulle chez Artcurial en décembre 2024 (photo). En effet, des documents originaux de tout type (lettres, journaux intimes, carnets de notes, photographies, dessins etc.) et de toute époque peuvent avoir vocation à rejoindre les collections du SHD. En outre, les archives publiques (documents papier ou numériques), produits ou reçus par le ministère des Armées et ses prédécesseurs, présentent un caractère inaliénable et imprescriptible, qu’elles soient administratives, opérationnelles, techniques ou scientifiques. Enfin, depuis 1974, le SHD collecte plusieurs milliers de témoignages oraux de civils et de militaires de tous grades portant sur l’histoire militaire de la France de la première guerre mondiale aux opérations extérieures.

Les missions. Les archives du SHD sont accessibles gratuitement et sans conditions, en dehors des réserves juridiques induites par le Code du patrimoine et la protection des secrets de l’État. Ses fonds et collections sont répartis ainsi : Centre historique de archives à Vincennes (Val-de-Marne) et Caen (Calvados) ; Centre des archives de l’armement et du personnel civil à Châtellerault (Vienne) et Le Blanc (Indre) ; Centre des archives du personnel miliaire à Pau (Pyrénées-Atlantiques) ; Centre du réseau territorial à Cherbourg (Manche), Brest (Finistère), Lorient (Morbihan), Rochefort (Charente-Maritime) et Toulon (Var). Le SHD valorise ses fonds par des conférences et colloques ouverts aux chercheurs et au grand public. Il diffuse l’histoire militaire par la publication d’ouvrages, de catalogues et de revues scientifiques, dont la Revue historique des armées qui consacre son N°317 (2ème trimestre 2025) aux « 20 Ans du SHD ». Outre la rédaction de notes, fiches et études pour répondre aux demandes d’expertise historique, il mène des recherches administratives pour la reconstitution de carrières militaires, l’appui aux commissions de décorations, celui aux politiques publiques de mémoire et la vérification de faits historiques.

Les « talents ». Le SHD nécessite divers métiers, dont ceux d’archiviste, de bibliothécaire et de chargé de recherches. L’intelligence artificielle leur permet d’extraire des données et des images et d’améliorer la qualité de l’information. La numérisation des fonds d’archives du SHD les rend accessibles au plus grand nombre.

Loïc Salmon

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Renseignement : les archives secrètes françaises et allemandes de la seconde guerre mondiale accessibles




L’HISTOIRE DU DÉFILÉ MILITAIRE DU 14 JUILLET

 

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A l’assaut des murailles

La cité concentre population, richesses et pouvoirs exécutif, législatif, religieux, économique et juridique. La saisie ou la destruction de la capitale adverse constitue l’acte final d’une guerre de domination.

Outre la défense de la cité, les murailles symbolisent la protection du territoire avec des objectifs divers. La muraille de Chine, construite entre le IIIème siècle avant J.-C. et le XVIIIème siècle, doit empêcher la pénétration des peuples nomades. Le mur d’Hadrien en Grande-Bretagne (122-127 après J.-C.) protège la civilisation romaine en freinant les offensives des peuples barbares, pour laisser le temps aux forces mobiles en arrière de la fortification de se concentrer puis d’intervenir. La même approche tactique s’applique aux lignes Maginot (France) et Siegfried (Allemagne) avant la seconde guerre mondiale. La défense d’une ville fortifiée est surtout assurée par ses habitants, capables de livrer des combats acharnés et très coûteux en soldats chez l’assaillant. Pour s’emparer de la cité, celui-ci recourt à la brutalité et l’action psychologique. L’évolution de la guerre avec l’emploi du canon à la fin du XIVème siècle conduit à revoir la solidité et la conception des murailles. Sur le plan stratégique, la création d’un réseau de « places fortes » sur l’ensemble du territoire permet aux armées de se constituer, de se ravitailler et d’élaborer des bases de départ pour briser une offensive ennemie visant le cœur de l’État. L’art du siège présente divers modes opératoires, récurrents au cours de l’Histoire. Une ville assiégée doit impérativement conserver un espace pour la circulation des flux économiques avec l’extérieur, qui lui fournit l’essentiel pour vivre et résister. L’assiégeant doit alors au préalable couper ce cordon ombilical avec la zone arrière. Ainsi à Orléans (23 octobre-8 mai 1429), Jeanne d’Arc et des renforts ont pu ainsi y entrer, contraignant les troupes anglaises à lever le siège. Lors de celui de La Rochelle (13 août 1627-28 octobre 1628), le cardinal de Richelieu a construit une digue pour empêcher les ravitaillements anglais par mer. Assiégés et assiégeants doivent gérer le temps de disponibilité de leurs ressources. A Metz (20 août-28 octobre 1870), l’attentisme et les négociations secrètes du maréchal Bazaine, gouverneur, entraînent la capitulation et l’occupation pendant 48 ans. Murs, murailles ou fortifications constituent toujours un avantage, dont l’assaillant doit percer le système défensif. A Syracuse (213-212 avant J.-C.), le Sénat romain veille à fournir à son armée les ressources nécessaires pour maintenir durablement le siège. Mais à Saint Jean d’Acre (5 avril-28 mai 1291), les États chrétiens ne conduisent aucune action directe contre l’Égypte pour soulager le siège. La prise d’une infrastructure-clé rend inutile toute résistance et précipite la capitulation. A Carthage (149-146 avant J.-C.), la prise par les troupes romaines de la colline, où se trouve le temple de Baal, met fin aux violents combats de rues. A Tenochtitlan (30 mai-13 août 1521), l’armée espagnole coupe l’aqueduc alimentant la ville en eau et atteint, par attaques successives, les lieux symboliques du pouvoir mexicain. Une fois entré dans la ville assiégée, l’assaillant doit empêcher toute manœuvre coordonnée des défenseurs. A Aix-la-Chapelle (16 septembre-21 octobre 1944), l’intégration interarmes (infanterie, chars, artillerie et génie) permet à l’armée américaine de contrôler la ville, sans laisser aux défenseurs allemands la moindre disposition de l’espace urbain. A Mossoul (17 octobre 2016-10 juillet 2017) occupée par les djihadistes de l’État islamique, les troupes de la coalition internationale (onze pays) combinent le dispositif progressant au sol avec les appuis feux terrestres et aériens et évitent tout tir fratricide. Enfin, l’assaillant doit disposer d’un ascendant moral, incarné par des valeurs supérieures à celles des défenseurs, afin d’inhiber leur volonté de combattre.

Loïc Salmon

« A l’assaut des murailles », général Gilles Haberey. Éditions Pierre de Taillac, 288 pages, illustrations, 26,90 €.

Qui ose vaincra

Le Moyen-Age en sept batailles

La seconde guerre mondiale en six batailles




Petite histoire de l’armée française

La France a forgé son destin par les armes, depuis la conquête de la Gaule par l’armée romaine jusqu’à la suspension du service militaire, effective en 2001.

Tout commence en 52 avant J.-C., quand Jules César assiège sans succès la ville sacrée de Gergovie, devenue symbole de la résistance à l’envahisseur. Au début du Moyen-Âge, les rois de France lèvent des troupes en convoquant le « ban » pour des opérations de conquête et « l’arrière-ban » pour repousser une invasion. Le « devoir d’ost » oblige les hommes d’armes à suivre leur seigneur. Base de toutes les traditions militaires, la chevalerie devient une caste de combattants avec ses codes : équilibre des vertus guerrières, de courage et d’honneur mais aussi de respect de l’adversaire et protection des plus faibles. Héritages des huit croisades (1095-1270), les musiques militaires avec trompettes, timbales et tambours, importées d’Orient, rythment encore la vie des soldats. A Bouvines, le 27 juillet 1214, l’armée royale et les milices communales repoussent les troupes germaniques, anglaises et flamandes, pourtant plus nombreuses. De cette victoire naît le sentiment d’appartenance à une même nation avec le profond dévouement à la patrie (terre des pères). Pendant la guerre de Cent Ans au XIVème siècle, le connétable Bertrand Du Guesclin harcèle l’armée anglaise par des embuscades et des « coups de main » derrière leurs lignes, ancêtres de la tactique « commando » souvent mise en œuvre pendant la seconde guerre mondiale et par les forces spéciales d’aujourd’hui. A Azincourt (1415), les archers anglais anéantissent la cavalerie française, marquant ainsi la fin de la chevalerie. A Castillon (1453), la cavalerie anglaise, fauchée par les 300 canons français, est achevée par la cavalerie royale et celle de la Bretagne (rattachée pacifiquement à la France en 1532). Cette victoire met fin à la guerre de Cent Ans. Au XVIIème siècle, le cardinal de Richelieu Premier ministre, organise le corps des intendants d’armée (ancêtre du Service du commissariat) et la Marine de guerre. Puis le secrétaire d’État à la Guerre, Michel Le Tellier, instaure les grades, encore en vigueur, de sous-lieutenant à colonel dans chaque régiment. Son fils et successeur, François-Michel Le Tellier marquis de Louvois, généralise l’uniforme et la discipline. Louis XIV édifie à Paris l’Hôtel royal des Invalides, hôpital et hospice pour les anciens soldats. Il instaure aussi l’ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1693 pour honorer les plus valeureux ayant au moins dix ans de service. Abolie sous la Révolution, cette récompense sera rétablie sous le nom de Légion d’honneur en 1802 par Bonaparte Premier consul. En 1792, face aux menaces des monarchies européennes, l’Assemblée nationale décrète « la Patrie en danger » et la levée en masse de volontaires, qui remportent les victoires de Jemappes et de Valmy au son du « chant de guerre de l’armée du Rhin », renommé ensuite la « Marseillaise ». La bataille d’Austerlitz (1805) contre les Austro-Russes, victoire la plus éclatante de Napoléon 1er, est reconstituée chaque année par les élèves de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, qu’il a fondée en 1802. Louis-Philippe crée la Légion étrangère en 1831, dans la lignée des lansquenets, Gardes suisses, hussards et mamelouks entrés au service de la France. La victoire de Napoléon III sur l’Autriche à Solferino (1859) ouvre la voie à l’unité de l’Italie. Mais le nombre considérable de morts et les déplorables conditions de secours aux blessés incitent le Suisse Henri Dunant, présent, à créer la Croix-Rouge. La défaite de 1870, face à la Prusse, conduit à la création de l’École de guerre à Paris pour former des futurs grands chefs. Le souvenir de la meurtrière victoire de Verdun, contre l’Allemagne, perdure par la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe à Paris, symbole des morts pour la France.

Loïc Salmon

« Petite histoire de l’armée française », Efflam Maizières et Charles-François Ngo. Éditions Pierre de Taillac, 96 pages, illustrations, 22,90 €.

Grands discours de guerre de l’Histoire de France

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse




Régiments et bases du matériel

Histoire et tradition des soldats maintenanciers

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