Picasso et la guerre

Du camouflage de la première guerre mondiale au massacre pendant celle de Corée, en passant par celle d’Espagne, Picasso a vécu les conflits à distance.

Arlequin. Le 7 février 1915, Pablo Picasso suggère à son ami le poète et écrivain Guillaume Apollinaire, affecté au 38ème Régiment d’artillerie de Nîmes, de barbouiller les canons avec des couleurs vives et par morceaux rouges, jaunes, verts et blancs pour les dissimuler aux « aéroplanes » ennemis. Cette composition rappelle le vêtement d’Arlequin, personnage facétieux de la Commedia dell’arte (théâtre populaire italien du XVIème siècle). L’idée du camouflage Arlequin sera reprise du côté allemand mais…pour dissimuler les bombardiers lourds qui mèneront les premières attaques contre des civils. Le 12 février, le ministère français de la Guerre crée une équipe de camouflage, composée d’artistes et d’artisans pour décorer le théâtre de la guerre. Il s’agit de déstructurer les formes par la couleur pour les faire disparaître. En fait, le « caméléon » est préféré à l’Arlequin, trop visible, pour le camouflage de certains navires militaires, afin de gêner la vision de l’artilleur ennemi et ainsi perturber le calcul du tir. Cette innovation a été associée au « cubisme », qui apparaît dans la peinture de Picasso et Braque.

Guernica. Le 18 juillet 1936, au début de la guerre civile espagnole, le général Francisco Franco demande un appui militaire à ses alliés, le Führer allemand Adolf Hitler et le Duce italien Benito Mussolini. Hitler lui envoie la légion Condor, unité spéciale de la Luftwaffe chargée de prouver sa capacité de destruction aérienne et d’expérimenter bombardements, techniques nouvelles et plans d’attaque, en vue de la future guerre en Europe. En avril 1937, les troupes nationalistes espagnoles ne parviennent pas à prendre Madrid ni Bilbao. La ville basque de Guernica, sur la route de Bilbao, doit servir d’exemple de terreur pour briser le moral des troupes républicaines. Le 26 avril, 24 bombardiers et 19 chasseurs allemands ainsi que 3 bombardiers et 13 chasseurs italiens larguent entre 31 t et 41 t de bombes explosives et incendiaires sur Guernica de 16h20 à 19h40. Les chasseurs mitraillent les survivants des premières vagues de bombardement. Ceux qui ont réussi à échapper au pilonnage meurent asphyxiés ou brûlés par l’incendie. Le bilan s’établit à 271 bâtiments entièrement détruits (85,22 % de la ville) et plusieurs milliers de morts et blessés. Franco ordonne de nier l’attaque aérienne et d’annoncer que la ville a été incendiée par les « Rouges », version officielle jusqu’à la fin du régime franquiste en 1975. Pendant les deux mois suivants, Picasso peint son œuvre monumentale Guernica (3,49 m x 7,77 m), devenue l’icône universelle du pacifisme et à l’origine de son engagement ultérieur pour la paix, mais davantage comme compagnon de route du mouvement que militant actif. Pour lui, le message de Guernica remplaçait tous les discours qu’il aurait pu tenir.

La Corée. Le 25 juin 1950, en pleine guerre froide, un conflit éclate entre la République de Corée (Sud), soutenue par les Nations unies, et la République populaire démocratique de Corée (Nord), aidée par la République populaire de Chine et l’Union soviétique. En janvier 1951, Picasso peint Massacre en Corée, inspiré du Massacre des Innocents de Nicolas Poussin (1625-1632), du 3 mai 1808 à Madrid ou « les fusillés » (1814) de Francisco de Goya et de L’Exécution de Maximilien (1868-1869) d’Edouard Manet.

Loïc Salmon

 « Picasso et la guerre », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 352 pages, nombreuses illustrations, 35 €

Exposition « Picasso et la guerre » aux Invalides

Deux légionnaires dans la Grande Guerre, Zinoview et Cendrars




A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923

Les cartes et analyses de spécialistes de quinze pays différents expliquent pourquoi, cent ans après l’armistice de 1918, la paix n’est pas encore vraiment instaurée à l’Est de l’Union européenne et aux Proche et Moyen-Orient.

Les traités. Pourtant, la page de la Grande Guerre aurait dû être tournée avec les divers traités, rédigés en français, anglais et parfois italien, mais dont seule la version française fait foi : Versailles, 28 juin 1919, avec l’Allemagne ; Saint-Germain-en Laye, 10 septembre 1919 avec l’Autriche ; Neuilly-sur-Seine, 27 novembre 1919 avec la Bulgarie ; Trianon, 4 juin 1920 avec la Hongrie ; Sèvres, 10 août 1920 avec la Turquie, non appliqué et remplacé par celui de Lausanne, 24 juillet 1923. Outre le rétablissement de la paix en Europe et dans le monde, ces traités devaient redessiner la carte des Etats formés après la disparition des Empires allemand, austro-hongrois et ottoman, considérés comme responsables du conflit. Ces traités multilatéraux résultent d’un processus juridique complexe mis au point entre l’Acte final du congrès de Vienne (9 juin 1815), élaboré à l’issue des guerres napoléoniennes, et le premier traité multilatéral mettant fin à la guerre de Crimée (30 mars 1856). Hôte de la Conférence de la paix en 1919, la France devient la dépositaire des traités multilatéraux rédigés à l’issue des négociations. Un seul exemplaire étant signé par tous les Etats membres, le gouvernement français établit les procès-verbaux des dépôts de ratification des traités, remet des copies certifiées conformes aux pays signataires et indique leur date d’entrée en vigueur. Il doit rassembler les pièces constitutives de chaque traité, en vérifier la validité et en suivre l’exécution. Ainsi, le ministère français des Affaires étrangères conserve tous les documents signés par les chefs d’Etat et souverains des pays concernés par la première guerre mondiale. Il s’agit de la Belgique, de la Bolivie, du Brésil, de la Chine, de Cuba, de l’Equateur, de la Grèce, du Guatemala, de Haïti, du Hedjaz intégré aujourd’hui à l’Arabie saoudite, du Honduras, du Liberia, du Nicaragua, de Panama, du Pérou, de la Pologne, du Portugal, de la Roumanie, de l’Etat serbe-croate-slovène dont les composantes sont aujourd’hui indépendantes, du Siam (Thaïlande), de la Tchécoslovaquie (aujourd’hui scindée en deux) et de l’Uruguay. Tous ces documents sont désormais consultables sous forme numérique.

« Atlas raisonné ». L’ouvrage « A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », catalogue de l’exposition éponyme au musée de l’Armée, présente un aperçu du destin de vingt-cinq pays concernés. Ces entités politiques, étendues ou minuscules, anciennes ou récentes, durables ou éphémères, restituent la grande variété des situations. Une carte de synthèse, établie par les ingénieurs géographes du Centre des archives diplomatiques rappelle les frontières de 1923, avec des éléments antérieurs pour une meilleure mise en perspective. L’histoire de chaque pays, entre 1918 et 1923, présente sa participation aux divers conflits avec les conséquences en termes de territoires, de nationalités et d’instabilité politique (révolutions et contre-révolutions). Les interventions militaires françaises, significatives, sont parfois mentionnées. En effet, forte de sa prépondérance militaire en 1918, la France a tenté, avec ses soldats, ses diplomates et ses alliés, de mettre en place un nouvel ordre stratégique.

Loïc Salmon

« A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 336 pages, 300 illustrations, 29 €

Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides




Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

La Grande Guerre se termine le 11 novembre 1918 à l’Ouest, mais se poursuit jusqu’en 1923 dans les Empires russe, allemand, austro-hongrois et ottoman. Leurs populations se trouvent prises dans des révolutions et des guerres civiles, entraînant des modifications de frontières et même la naissance de nouveaux Etats.

Les nationalités. Malgré leur puissance apparente, ces empires subissent, à partir de 1916-1917, d’importants revers militaires à l’origine de tensions internes grandissantes. En Russie, la révolution bolchévique de 1917 renverse le régime impérial. En 1918, les grandes défaites des armées allemandes, austro-hongroises et ottomanes provoquent l’éclatement des empires. Ces derniers gouvernaient des peuples aux langues diverses, essentiellement romanes, germaniques, finno-ougriennes, slaves, baltes, caucasiennes, altaïques et perses. Dès mai 1916, la Grande-Bretagne et la France envisagent la création d’Etats arabes dans la région syrienne sous domination ottomane. Les « Accords Sykes-Picot » prévoient trois types de statut : administration directe ou indirecte par l’une ou l’autre ; Etats indépendants sous l’influence de l’une ou de l’autre ; zone sous administration internationale. Ces ambitions et la déclaration Balfour sur l’installation d’un foyer national juif en Palestine (2 novembre 1917) empêchent la naissance d’un vaste Etat arabe indépendant. Par ailleurs, le 8 janvier 1918 et après l’armistice entre la Russie soviétique et les Empires allemand et austro-hongrois (15 décembre 1917), le président Woodrow Wilson présente au Congrès américain un plan de paix en 14 points, recommandant un nouveau tracé des frontières selon le sentiment des populations et non par le sort des armes. Ainsi, après la guerre, la sécurité des Etats pourrait reposer, non plus sur des alliances, mais sur un multilatéralisme garanti par une « Société des Nations ». Mais ce plan ne rencontre guère l’adhésion du Congrès, qui refuse les traités de paix et l’intégration de la Société des Nations. Celle-ci inaugurera quand même son siège à Genève en1924. Les armistices, conclus en septembre et octobre 1918, entre les puissances alliées et l’Autriche-Hongrie, la Bulgarie et la Turquie contraignent l’Allemagne à faire de même le 11 novembre. Les forces du IIème Reich se trouvent en effet seules face aux offensives de celles de « l’Entente » (France, Grande-Bretagne, Italie depuis 1915 et Etats-Unis depuis 1917), en Italie, dans les Balkans et en Thrace (aujourd’hui partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie). Ensuite, les négociations de paix s’avèrent difficiles en raison des tensions nationales. La politique idéaliste des nationalités de l’Américain Wilson se heurte à la tradition de l’équilibre européen du Britannique Lloyd George et à la hantise d’une menace allemande persistante du Français Clemenceau. De son côté, l’Italie s’estime mal récompensée de son engagement. Les diplomates doivent imaginer et négocier la suite d’empires multiethniques disloqués alors que les réalités territoriales et nationales enchevêtrées s’accordent mal avec le modèle de l’Etat-nation homogène. Des peuples, longtemps dominés, tentent de retrouver leur indépendance. Vaincus, l’Empire ottoman, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Bulgarie, tenus à l’écart des négociations, en éprouvent du ressentiment. La Russie, en pleine révolution, en est exclue. Les résultats des consultations occasionnelles, mais non systématiques, des populations, sont parfois faussés pour des motifs stratégiques. La Conférence de la paix, tenue à Paris de janvier 1919 à l’été 1920, réunit une trentaine d’Etats et des groupes de pression plus ou moins officieux. L’occupation de larges territoires de l’Empire ottoman par les Alliés leur permet de projeter la création de nouveaux Etats et des cessions territoriales. Le sentiment national turc se focalise sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et démontre statistiquement la part majoritaire de la population turque au sein des zones disputées. La Hongrie, issue de l’Empire austro-hongrois, a perdu les deux tiers de son territoire et son accès à la mer.

Les révolutions et guerres civiles. En janvier 1918, la République soviétique russe remplace l’Armée impériale par l’Armée rouge, qui affronte les troupes allemandes à Pskov (Russie) et Narva (Estonie) le 23 février. En mars, elle dissout l’éphémère République populaire du Kouban (Nord de la Géorgie) peuplée de Cosaques, dont une partie soutient l’Armée blanche russe et l’autre l’Ukraine qui intégrera l’URSS en 1922. L’Armée rouge a pour mission de combattre les ennemis de la révolution et de la Russie, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur. Dès le 8 novembre 1917, le gouvernement bolchévique avait proclamé le droit à l’autodétermination de toutes les nationalités de l’Empire des tzars. Le 20 novembre, la partie ukrainienne se proclame République populaire d’Ukraine et se sépare de la Russie. Il en est de même pour la République démocratique de Moldavie qui sera réunie à la Roumanie, de la Lituanie, de la Finlande, de l’Estonie, de la Biélorussie qui intégrera l’URSS et de la Lettonie. La Révolution bolchévique a débouché sur une guerre civile en Russie (1917-1922) avec des répercutions en Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Ukraine, Biélorussie et…Allemagne. Hormis en Russie, toutes les forces contre-révolutionnaires l’emportent sur les insurrections communistes. Guerres interétatiques et intra-étatiques ses recoupent, au cours desquelles les minorités sont prises à partie, surtout les juifs régulièrement victimes de pogroms. En raison de l’hostilité, ouverte ou masquée, de la Russie et de l’Allemagne, Pologne, pays baltes et Ukraine s’affrontent parfois entre eux pour conforter leurs frontières.

Les interventions alliées. Pour garantir les traités et la stabilité politique, Les puissances alliées interviennent de multiples façons, y compris militaires. Le 1er juillet 1918, des détachements britanniques, français et américains débarquent à Mourmansk et Arkhangelsk (Russie), suivis, le 17 décembre, d’un détachement français à Odessa et Sébastopol (Ukraine). Une mission militaire française est envoyée en Pologne (février-avril 1919), une division navale française mise en place en Baltique (avril) et un bataillon de chasseurs alpins français envoyé au territoire de Memel/Klapeida (8 avril 1920). Des troupes françaises, britanniques et italiennes occupent Constantinople de novembre 1918 à septembre 1923. Cette année-là, le traité de Lausanne met fin au long conflit gréco-turc au prix d’un échange forcé de populations. La Grande Bretagne exerce son influence sur la Palestine, l’Irak et l’Arabie saoudite. Les mandats français syrien et libanais se stabilisent. A l’Est de l’Europe, la Pologne s’affirme comme puissance régionale.

Loïc Salmon

L’exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » (3 octobre 2018-20 janvier 2019), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Outre des gravures, tableaux, documents, armes et objets, elle présente des images d’archives cinématographiques. Sont aussi prévus concerts, conférences et colloques. Renseignements : www.musee-armee.fr

A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923

Armistice

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale




Exposition « L’ Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

La Convention d’armistice de 1918 a été hâtivement rédigée, en français, pour finir la guerre le plus tôt possible. Les généraux en chef allemands Ludendorff et Hindenburg refusent de la signer pour éviter la responsabilité de la défaite.

Le document initial de 13 pages dactylographiées (il en comptera 254 ultérieurement) aura une validité de 36 jours et sera prolongé trois fois. Une ultime séance des négociations de détail se déroule pendant près de trois heures dans un wagon stationné à Rethondes, dans la forêt de Compiègne. L’armistice est finalement signé le 11 novembre à 05 h, pour entrer en application à 11 h par une sonnerie de clairon, répercutée sur la ligne de front.

Document unique. La page 13 du document original, présenté à l’exposition, porte les signatures du maréchal Foch, commandant en chef les armées alliées, de l’amiral britannique Wemyss, « First Sea Lord » (chef d’état-major de la Marine), et des quatre délégués allemands : le secrétaire d’Etat Erzberger, président de la délégation ; l’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, le comte von Oberndorff ; le général major (général de brigade à l’époque) von Winterfeldt ; le capitaine de vaisseau Vanselow. Le maréchal Foch emporte lui-même l’exemplaire français à Paris, conservé au Service historique de la défense depuis 1921. La délégation allemande est ramenée, à bord d’un avion français, à Spa (Belgique) où se trouve le Grand Quartier général allemand. L’exemplaire original allemand de la convention, qu’elle emporte, a été perdu. Afin d’empêcher toute reprise du combat par l’Allemagne, les Alliés, dont les intérêts divergent, lui imposent des conditions dépassant le strict cadre militaire. Pour sécuriser ses frontières et se relever de ses ruines, la France exige le retrait des troupes allemandes et l’occupation par les siennes de la rive gauche du Rhin, la livraison de matériel et le paiement des dommages de guerre. La Grande-Bretagne obtient des clauses destinées à renforcer sa maîtrise, militaire et commerciale, des mers. Depuis le 9 novembre, le mouvement révolutionnaire allemand s’est étendu à Berlin. Le lendemain, pendant les ultimes négociations de Rethondes, les plénipotentiaires allemands avouent l’épuisement de leur armée, privée de vivres et de munitions. Plus tard, Foch a déclaré que, avec 15 jours de plus, il aurait eu le temps de remporter une victoire incontestable en raison de l’offensive américaine, programmée pour le 14 novembre en vue d’empêcher le repli de l’armée impériale vers l’Allemagne. Selon les notes de l’officier interprète de son état-major, Foch redoutait que, plus tard, l’Allemagne impute sa capitulation à une révolution intérieure et non pas à une défaite militaire, puisque les Alliés n’ont pas franchi sa frontière.

Joie et recueillement collectifs. A l’annonce de l’armistice, les combattants se sentent coupables d’être encore en vie, après la mort de leurs compagnons d’armes, et reprochent aux civils leurs débordements de joie, jugés déplacés. Dès le 8 décembre, les plus hautes autorités de l’Etat se rendent en Alsace et en Lorraine, perdues pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Loïc Salmon

L’exposition « L’Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » (22 octobre 2018-22 janvier 2019), organisée par le Service historique de la défense, se tient au château de Vincennes (banlieue parisienne). Elle présente photos, objets, drapeaux et documents écrits et cinématographiques. Renseignements : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides

Armistice

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides




Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

L’année 1918, marque un tournant dans le premier conflit mondial, en raison de l’évolution du combat terrestre, de l’emploi du char et de l’avion et enfin de l’intervention de l’armée américaine, qui se modernise très rapidement.

Evolutions et innovations. Au début de la guerre, l’infanterie, « reine des batailles », dispose de la cavalerie, pour l’éclairage et la reconnaissance en avant-garde et la protection de la retraite, et de l’artillerie, pour accompagner ses mouvements. Des tranchées sur un front de 700 km et les hécatombes de 1915-1917 remettent en question ces tactiques. Outre les premières lignes, l’artillerie frappe désormais les zones de ravitaillement et de concentration des troupes adverses, situées à une dizaine de km à l’arrière du front. Elle conquiert le terrain par un « barrage de feu roulant », inventé par les Français, pour annihiler toute résistance de l’ennemi et permettre à l’infanterie d’avancer de 200 m toutes les trois minutes. En quatre ans, cette dernière passe de 67 % à 47 % des effectifs de l’armée française. Pour éviter les pertes importantes, elle ne part plus à l’assaut par vagues de bataillons ou régiments entiers, cibles de choix pour les mitrailleuses adverses. Quoique réduites en taille, les unités d’infanterie disposent d’une puissance de feu très supérieure. Ainsi, entre 1914 et 1918, un bataillon français passe de 1.100 hommes et 24 mitrailleuses à 700 hommes, 108 mitrailleuses et 24 fusils-mitrailleurs, inexistants au début de la guerre. L’artillerie légère s’est enrichie des mortiers de 81 mm et de canons de 37 mm. De petits unités, spécialisées et très bien équipées, s’infiltrent dans le dispositif adverse pour en détecter les faiblesses et laisser aux troupes, qui les suivent, le soin de réduire les poches de résistance. Gaz et lance-flammes changent le visage du combat. L’avion de chasse, qui vole à 300 km/h en 1918 contre 100 km/h quatre ans plus tôt, dispose de lance-bombes et de mitrailleuses synchronisées, qui empêchent l’ennemi de se fixer dans des tranchées profondes comme auparavant. La mobilité, grâce au char capable de franchir les tranchées, devient un facteur de victoire. La coordination de toutes les armes et services nécessite un important travail, souvent méconnu, des états-majors. Enfin, la mise au point en 1918 du commandement unifié, confié à Ferdinand Foch, maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne, ouvre la voie aux grands combats interarmées.

L’armée allemande. L’armistice de Brest-Litovsk signé avec la Russie le 3 mars 1918 permet à l’Allemagne de concentrer ses forces sur le front Ouest. Elle veut gagner la guerre avant l’arrivée des renforts venus des Etats-Unis, qui ont décidé, le 6 avril 1917, de participer au conflit. Elle peut aligner 3,5 millions d’hommes, soit 400.000 de plus que les Alliés. Son artillerie, qui dispose de canons modernes et diversifiés, ne cherche plus à anéantir ses objectifs. Pour gagner du temps et économiser ses munitions, elle effectue des bombardements brefs et concentrés, qui conservent l’effet de surprise, sur des objectifs soigneusement repérés par l’aviation d’observation. Les tirs mixtes d’obus explosifs et toxiques empêchent les fantassins adverses de sortir de leurs abris. Les « offensives de printemps » mobilisent toutes les ressources de l’armée allemande pour percer le front par des coups de boutoir successifs. Mais elles occasionnent de lourdes pertes : 500.000 hommes entre mars et juillet puis encore 300.000 entre juillet et septembre. Faute d’une victoire décisive, l’armée allemande se met en position défensive dès le 16 juillet. Elle ne dispose pas de force adaptée contre les chars et le manque de chevaux et de camions gêne sa mobilité. Sa résistance s’écroule début novembre.

L’armée française. Les lourdes pertes de l’été 1914 font prendre conscience de l’impact des armes modernes. Dès le mois de novembre, les comportements des soldats et des matériels sont adaptés à la guerre de tranchées. L’effort porte aussi sur le développement de l’aviation et de l’artillerie. Celle-ci triple de volume en quatre ans et comble son déficit en canons de gros calibre dès 1916. La mise en place d’une réserve d’artillerie lourde permet des concentrations rapides de canons. La multiplication des tracteurs automobiles accroît la mobilité de pièces. L’aviation commence par des missions de renseignement puis acquiert, dès l’été 1917, la supériorité aérienne qui lui permet de pratiquer le bombardement sur les arrières de l’ennemi. En 1918, la coordination devient effective entre les troupes au sol, l’artillerie et l’aviation. En outre, l’armée française a multiplié son format par huit. A partir de l’été, les fantassins associent leur expérience des tranchées à la redécouverte du mouvement…qu’ils maîtrisent moins bien que les troupes d’assaut allemandes. Entre chaque offensive et malgré leur épuisement, ils doivent poursuivre l’armée allemande qui se replie. La motorisation progressive facilite leur mobilité et celle des matériels. S’y ajoute l’emploi massif de chars légers pour ébranler, lentement mais sûrement, les lignes allemandes.

L’armée américaine. Jusqu’à l’été 1918, la doctrine américaine prône la guerre de mouvement et donc l’attaque frontale de fantassins, le fusil à la main, comme…les Français en 1914 ! Les combattants en première ligne passent de 100.000 en mars à 750.000 en août. La mort de 60.000 hommes en quatre mois conduit à un infléchissement de la doctrine. Celle-ci reconnaît le rôle de l’artillerie lourde et recommande l’emploi de chars en soutien. Les soldats doivent évoluer en dispositif souple, attaquer les flancs de l’ennemi et utiliser des armes automatiques. Toutefois, la doctrine ignore la logistique (ravitaillement et munitions) et le travail d’état-major, rendant difficile la coordination avec les Alliés. Soucieux d’être « associé » à la guerre et non plus un simple exécutant, le général John Pershing obtient de Foch de participer à la reprise du saillant de Saint-Mihiel (12-13 septembre), pour couper la retraite de l’armée austro-allemande (80.000 hommes + 30.000 en réserve). Les effectifs se montent à 216.000 Américains (+ 200.000 en réserve) avec 260 chars (50 % pilotés par des Français) et 48.000 Français. Le capitaine Harry Truman, futur président des Etats-Unis (1945-1953) et le colonel Douglas Mac Arthur, qui jouera un rôle majeur dans la guerre du Pacifique (1941-1945), participent à la bataille. Avec la victoire de Saint-Mihiel, l’armée américaine a démontré sa valeur au combat, qu’elle poursuivra en Meuse-Argonne au prix de lourdes pertes. Mais elle aura réussi sa montée en puissance.

Loïc Salmon

L’exposition « Le nouveau visage de la guerre » (4 juillet-21 décembre 2018), est organisée par le Mémorial de Verdun-champ de Bataille et le National WWI Museum and Memorial de Kansas City. Elle met en exergue l’intervention des troupes américaines lors des offensives sur la Meuse en 1918. Outre des photos, documents, dessins et armes, elle présente, à l’extérieur du Mémorial, l’évolution d’une arme nouvelle : le char de combat Renault FT (6,7 t) de 1917 et le char Leclerc (57,7 t) de 1993. Cette exposition s’accompagne d’une reconstitution historique (24-26 août 2018) par environ 1.000 figurants des 18 nations belligérantes de la Grande Guerre (1914-1918) avec leurs armes et équipements. Renseignements : www.memorial-verdun.fr

Le nouveau visage de la guerre

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne

« La Nuit aux Invalides », spectacle du centenaire de 1918

 




Le nouveau visage de la guerre

En-1918, toutes les armes de mêlée, d’appui et de soutien coopèrent en vue d’atteindre une efficacité maximale, en tirant partie de l’expérience acquise depuis 1914 et en expérimentant l’avion et le char, armes nouvelles.

L’armée allemande crée des « Sturmtruppen » (troupes d’assaut) chargées de désorganiser le dispositif ennemi. Précédées par un tir d’obus fumigènes et à gaz, elles s’enfoncent le plus profondément possible dans le réseau de tranchées adverse, en contournant les nids de résistance pour atteindre très vite la ligne des postes de commandement et celle des batteries d’artillerie. Elles sont équipées de grenades, carabines, mitrailleuses d’accompagnement, lance-flammes ou mortiers légers. Toutefois en 1918, l’armée allemande manque d’hommes et surtout de chars de combat, faute de matière première. Son état-major a même douté de son utilité jusqu’en 1917. La mobilité de son artillerie est freinée par l’insuffisance de chevaux et aussi d’essence et de caoutchouc pour la motorisation. Son aviation, passée de 200 avions en 1914 à 2.500 en 1918, acquiert des suprématies aériennes ponctuelles, en concentrant ses actions sur les points les plus menacés du front. Malgré des progrès techniques considérables, le manque de carburant devient son principal handicap à partir de mai 1918. De son côté, l’armée française mise sur l’artillerie lourde pour démanteler complètement les défenses de l’ennemi. Elle améliore sa mobilité, grâce aux camions et à la voie ferrée, et sa discrétion par des réglages sans tirs préliminaires qui alertaient l’ennemi au début de la guerre. Les chars, considérés d’abord comme des canons mobiles, appartiennent à « l’artillerie d’assaut », qui démarre en 1916. Utilisés massivement l’année suivante, ils deviennent l’élément-clé des offensives de 1918. La cavalerie, inadaptée à la guerre de tranchées, entame sa motorisation et retrouve son rôle dans la reprise de la guerre de mouvement en 1918 avec deux groupes d’automitrailleuses autocanon. A la fin de la guerre, le fantassin s’est spécialisé pour remplir une mission correspondant à son arme : fusil, pistolet, grenades, fusil-mitrailleur, mitrailleuse ou mortier. Avec l’instauration de la conscription aux Etats-Unis, l’armée américaine passe de 300.000 hommes en mai 2017 à 4 millions en novembre 1918. Les fantassins n’ont guère connu de grand conflit. Après une formation sommaire aux Etats-Unis, ils rejoignent des camps d’instruction en France. Quoiqu’en grande partie équipés par les Français et les Britanniques, ils seront engagés au combat comme « armée américaine », hors de tout amalgame avec les troupes françaises et britanniques, malgré les injonctions répétées des Alliées. Faute d’une formation complète et adaptée, cette armée perd au combat plus de la moitié de ses fantassins et 80 % de ses officiers. Les artilleurs américains, dotés de nombreux canons français, sont formés par des instructeurs français aux Etats-Unis puis dans des camps dispersés en France. L’observation des premiers engagements des chars français en 1917 incite l’état-major américain à créer un service de « tanks » en janvier 1918. Des chars américains participent aux offensives aux côtés d’unités françaises. Les équipages reçoivent des formations dans des centres aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. L’aviation passe de 220 avions et 1.185 hommes en avril 1917 à 1.025 appareils, surtout français, et 200.000 hommes en novembre 1918.

Loïc Salmon

« Le nouveau visage de la guerre », ouvrage collectif. DAGRES Éditions, 88 pages, 18 €

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne

Entendre la guerre




Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Joseph et Marie Hackin, connus pour leurs travaux archéologiques en Afghanistan dans les années 1930, ont été nommés « compagnons de la Libération » à titre posthume. C’est le seul couple de l’Ordre de la France libre.

Le « savant combattant ». D’origine luxembourgeoise, Joseph Hackin (1886-1941), diplômé de l’Institut commercial de Paris, entre en 1905 à l’Ecole libre des sciences politiques (section économique et sociale). Son intérêt pour les civilisations orientales s’éveille par ses fréquentes visites au musée Guimet, place d’Iéna et proche du domicile familial. Cela l’incite à choisir un sujet de fin d’études politiques original : « Une phase de l’histoire comparée des religions (de l’Iran et du Japon) ». Il entretient une correspondance avec Emile Guimet, dont le nom est associé à celui des Arts asiatiques qu’il a fondé en 1888 à partir des collections amassées au cours de ses voyages. Engagé comme secrétaire d’Emile Guimet et diplômé de « Sciences-Po » en 1907, Joseph Hackin continue des études historiques et philologiques en sanscrit et en tibétain à l’Ecole pratique des hautes études. Une fois diplômé en 1911, il commence une thèse de doctorat sous la direction de son professeur de sanscrit, Sylvain Lévi, professeur au Collège de France. L’obtention de la nationalité française l’année suivante, grâce aux relations d’Emile Guimet, lui permet d’être embauché au musée Guimet comme conservateur-adjoint en 1913. Considéré comme trop âgé (27 ans !), il est dispensé de service militaire…mais pas de la mobilisation générale au début de la première guerre mondiale. Fantassin de 2ème classe en août 1914, il la termine comme lieutenant commandant de compagnie, au terme d’un long parcours de combattant : bataille de la Marne (1914) ; offensive en Artois (1915) ; Verdun (1916-1917) ; Serbie (1918) ; Ukraine (1919). Titulaire de la croix de Guerre (deux citations) et chevalier de la Légion d’honneur, il a été blessé trois fois (1915, 1916 et 1918). Il consacre une année complète de soins à continuer puis présenter, en 1916, sa thèse intitulée « Scènes figurées de la vie de Bouddha d’après les peintures tibétaines ». Son propre courage physique lui fera dire que « le danger mesure exactement la valeur de la personnalité humaine ». Dans ses carnets de guerre, il analyse, à partir de son expérience du combat, les raisons de son attachement à la France qui justifient de « tenir envers et contre tout ». Démobilisé en 1919, il revient au musée Guimet, dont il devient le conservateur quatre ans plus tard. Il en enrichit les collections et le réorganise avec deux galeries d’archéologie khmère et une salle dédiée aux fouilles du monastère de Hadda (Afghanistan). La bibliothèque devient un centre de recherche grâce à l’acquisition de nombreux ouvrages. En 1928, il épouse Marie Parmentier (1905-1941), elle aussi de famille luxembourgeoise. Arrivée à Paris quelques années plus tôt, Marie suit les cours de l’Ecole du Louvre en auditrice libre et réside avenue d’Iéna, près du musée Guimet. Naturalisée française par son mariage, elle participe aux recherches de Joseph, tant dans ses missions en Asie que pour ses travaux scientifiques au musée Guimet.

Les grands voyageurs. En 1924, Joseph Hackin effectue sa première mission en Afghanistan et vit « l’archéologie comme un sport », écrit-il dans ses carnets. Il se rend notamment dans la vallée de Bamyan, où il réalise sa première étude sur les Bouddhas géants. Il participe aux fouilles dans le Sud de Bagram et y découvre, dans le monastère de Païtava, un « Bouddha au grand miracle » (photo). Cette stèle révèle l’extension en Afghanistan de l’art bouddhique, venu de l’Inde et marqué par les influences iranienne, grecque et romaine. Elle représente Sâkyamouni, le Bouddha historique, qui manifeste sa puissance devant l’assemblée des maîtres « hérétiques » en accomplissant des miracles. Le lotus de la Loi est gravé dans la paume de sa main droite levée. Les dieux hindous Indra et Brahma tiennent un parasol au-dessus de sa tête, en signe de révérence. Deux petits bouddhas, assis en méditation, l’encadrent pour accentuer son aspect monumental. Cette campagne de fouilles va profondément marquer Joseph Hackin qui, rentré en France en 1925, se détourne du Tibet au profit de l’Afghanistan. Quatre ans plus tard, il repart pour Kaboul diriger les fouilles de la Délégation française en Afghanistan, en compagnie de Marie et de l’architecte Jean Carl. Lors des événements liés à la prise de pouvoir par Nadir Shah, sa participation, l’arme à la main, à la protection de la légation française, lui vaut une promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur. Ensuite, il organise la remise en ordre du musée de Kaboul et explore les sites de Bamiyan et de Kakrak. De 1930 à 1933, à la tête de la Maison franco-japonaise à Tokyo, Joseph y dirige l’action intellectuelle de la France au Japon. De mai 1931 à février 1932, il accompagne la mission Citroën Centre-Asie (la « Croisière jaune ») à travers l’Afghanistan, l’Himalaya et la Chine, où il acquiert des sculptures chinoises et tibétaines pour les musées Guimet et du Louvre. Rentré en France en 1933, il devient titulaire de la chaire d’art et d’architecture de l’Inde à l’Ecole du Louvre. Pendant quatre autres missions en Afghanistan et son séjour au Japon, Marie photographie et filme paysages, découvertes et gens.

Les Résistants. En Afghanistan en 1939, Joseph Hackin est mobilisé sur place comme officier de liaison auprès de la légation de France à Kaboul. En désaccord avec l’armistice de juin 1940, il informe de son ralliement le général de Gaulle, qui lui demande de le rejoindre à Londres. Le couple y arrive mi-octobre après un voyage de 20.000 km via l’Afrique du Sud. Joseph s’engage dans les Forces françaises libres le 19 octobre et Marie le 26 décembre. Début 1941, Joseph est chargé d’entrer en contact avec le gouvernement de l’Inde, de mettre de l’ordre entre les groupes rivaux de la France libre des comptoirs français, premiers ralliés de l’Empire colonial français, et d’établir des relations avec les gouvernements de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Le 20 février, Marie embarque avec lui comme secrétaire sur le Jonathan-Holt. Ils disparaissent lors de son torpillage par un sous-marin allemand le 24 février au large des Îles Féroé.

Loïc Salmon

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

L’exposition « De l’Asie à la France libre » (15 juin-16 septembre 2018) est organisée par et dans le musée de l’Ordre de la Libération aux Invalides à Paris. Elle présente des photographies, documents, objets et archives cinématographiques sur la « Croisière jaune » à travers l’Asie centrale jusqu’à Pékin (avril 1931-février 1932) et la destruction des Bouddhas de Bamyan (Afghanistan) par les talibans (mars 2001). L’ensemble provient des collections des musées des Arts asiatiques-Guimet, du Quai Branly-Jacques Chirac, de l’Armée, d’Art moderne-Centre Pompidou et de la Photographie, du Service historique de la défense, des Archives nationales et de la Cinémathèque française. Le musée de l’Ordre de la Libération accueille en moyenne 100.000 visiteurs par an. Il dispose de collections permanentes et d’un centre de recherches et de documentation : dossiers individuels de compagnons de la Libération ; collection de presse et périodiques ; 6.500 ouvrages ; 30.000 photographies. (www.ordredelaliberation.fr)




De l’Asie à la France libre

Joseph Hackin entre en 1924 à la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), dont il devient le directeur en 1934 jusqu’à son départ pour Londres en 1940. D’autres archéologues, en mission à l’étranger, rejoindront aussi la France libre.

La DAFA a été créée en 1922 à l’initiative d’Amanullah, roi d’un Afghanistan à peine sorti de l’emprise de l’Empire britannique (1880-1919). Un accord entre l’Afghanistan et la France accorde à cette dernière le monopole des fouilles pour trente ans, avec un partage égal des découvertes à l’exception de l’or et des bijoux. Ce partenariat a pour mission d’étudier, de valoriser et de protéger le patrimoine archéologique afghan. Le premier directeur (1922-1925) de la DAFA, l’orientaliste Alfred Foucher, tente de retrouver les traces de l’expédition du roi de Macédoine Alexandre le Grand (356-323 avant J.C.) lors de sa conquête de l’Empire perse. Joseph Hackin effectue quatre campagnes de fouilles entre 1929 et 1940 et en expose les résultats pendant ses séjours en France. L’un de ses adjoints se nomme Ahmad Ali Kohzad, futur conservateur du musée de Kaboul. Malgré la fin du monopole de la France sur les fouilles, les archéologues français poursuivent leurs travaux après la seconde guerre mondiale. La DAFA, dont les autorités afghanes reconnaissent l’expertise, forme des jeunes chercheurs. La révolution de 1978 met un terme à ses fouilles sur le terrain. Son bureau à Kaboul est fermé de 1982 à 2003, pendant la longue période de guerres, d’affrontements armés et de destructions de vestiges archéologiques par les talibans iconoclastes. Dans le cadre du traité d’amitié entre la France et l’Afghanistan en 2012, la DAFA redevient la seule institution archéologique étrangère permanente dans le pays. Par ailleurs, en France occupée, des réseaux de résistance s’organisent pour sauvegarder le patrimoine français par l’évacuation en province de 4.000 trésors nationaux dans des dépôts secrets. D’autres recueillent des renseignements sur la destination des œuvres saisies par les Allemands et qui seront récupérées après la guerre. Enfin, certains suivent l’exemple de Joseph Hackin et de son épouse et adjointe Marie. Ainsi, jacques Soustelle, vice-président du musée de l’Homme en mission de recherche au Mexique, rejoint le général de Gaulle. Ce dernier lui confie une mission similaire à celle de Hackin, à savoir coordonner l’action des comités de la France libre en Amérique du Sud. Au Proche-Orient, Henri Seyrig, directeur des Antiquités de Syrie et du Liban de 1929 à 1941, est connu pour ses fouilles menées à Baalbek et à Palmyre. Il démissionne et devient attaché culturel de la délégation de la France libre aux Etats-Unis. L’archéologue et historien de l’Afghanistan, Daniel Schlumberger, qui succèdera à Hackin à la tête de la DAFA en 1945, rallie la France libre en Syrie dès l’été 1941. Il commence par commenter l’actualité politique à Radio-Brazzaville puis dirige le Service d’information de la France libre au Levant. Jean Starcky, curé de Palmyre, s’engage dans les Forces françaises libres puis devient aumônier au sein de de la 1ère Division française libre, depuis la Libye jusqu’aux derniers combats dans le massif de l’Authon (Préalpes de Nice) où il sera blessé. Compagnon de la Libération, Jean Starcky participe au déchiffrement des manuscrits de la mer Morte en tant que membre de l’Institut d’archéologie de Beyrouth. Puis, il deviendra directeur de l’Institut français d’archéologie.

Loïc Salmon

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Angkor, naissance d’un mythe

« De l’Asie à la France libre », ouvrage collectif. Éditions Lienart, 144 pages, 25 €




Exposition « L’épopée du canal de Suez » à l’Institut du monde arabe à Paris

Projet amorcé dès l’Antiquité, la voie d’eau a été réalisée en 1869 pour relier la Méditerranée à l’Extrême-Orient et ainsi devenir un axe commercial mondial et un objectif militaire.

Un projet récurrent. Vers 1850 avant JC, l’influence de l’Egypte s’étend de Byblos au Sud de la Nubie, mettant en contact le Proche-Orient et l’Afrique, où circulent marchandises de toutes origines. Le pharaon Sésostris III fait creuser un canal à partir du Nil vers la mer Rouge, permettant à une embarcation de 15 m de long de transporter 30 t de fret, soit l’équivalent de la charge de 300 ânes. Le canal s’ensablant régulièrement, il est restauré vers 519 avant JC par le Perse Darius 1er, maître de l’Egypte, puis par le pharaon d’origine grecque Ptolémée II Philadelphe (282-246 avant JC). L’empereur romain Trajan (98-117) modifie le trajet du canal, qui sera à nouveau restauré en 643 par le général arabe Amr ibn al-As, conquérant de l’Egypte. Le canal se traverse alors en cinq jours. Au siècle suivant, il est abandonné aux sables du désert. En 1498, le Portugais Vasco de Gama découvre la route maritime des Indes via le Sud de l’Afrique, qui raccourcit considérablement le trajet par rapport aux voies terrestres et en partie maritimes des caravanes des « routes de la soie ». Celles-ci avaient fait la fortune de la République de Venise, qui monopolisait le commerce entre l’Orient et la Méditerranée. Pour contrer cette concurrence menaçante, la Sérénissime propose, dès 1504, au sultanat mamelouk de percer l’isthme par un canal à creuser à partir du port de Suez sur la mer Rouge, mais sans succès. En 1586, l’Empire ottoman, nouveau maître de l’Egypte, reprend l’idée et la soumet à Venise. Trop compliqué techniquement, le projet est abandonné, prélude au déclin progressif et inéluctable de la cité des doges. En 1798, à la tête d’une expédition militaire et scientifique, Napoléon Bonaparte conquiert l’Egypte, afin de couper la route des Indes à la Grande-Bretagne, en guerre contre la France. Il confie à Jacques-Marie Le Père, directeur des Ponts et Chaussées, l’étude d’un canal dans l’isthme de Suez. Ce dernier conclut que le niveau de la mer Rouge serait supérieur de 9 m à celui la Méditerranée et préconise le recours à la construction d’écluses. L’expédition d’Egypte a eu comme conséquence, en 1805, l’arrivée comme vice-roi d’Egypte de Méhémet Ali, désireux de moderniser le pays. A cet effet, il fait venir des experts français dans les domaines militaire, maritime, médical, éducatif, agricole et archéologique. Parmi eux, des ingénieurs effectuent de nouvelles recherches en 1846 et corrigent l’erreur de calcul du niveau des mers. Adeptes du « saint-simonisme », doctrine sociale, économique et politique, ils sont persuadés que les voies de communication servent à la compréhension universelle. Lorsqu’ils arrivent au Caire, l’ingénieur Linant travaille déjà sur un projet de canal direct, inspiré de celui de Bonaparte. S’appuyant sur ses travaux, l’un d’eux, Barthélémy Prosper Enfantin, fonde alors la « Société d’études du canal de Suez ». Puis il soumet à Méhémet Ali un projet tenant compte des corrections. Ce dernier n’y adhère pas, craignant les ingérences européennes que susciterait cette voie d’eau internationale. En revanche, son fils et successeur Saïd Pacha en sera convaincu par son ami Ferdinand de Lesseps, ancien consul de France à Alexandrie et à qui Linant avait communiqué son étude dès 1833.

Un chantier titanesque. En 1855, Saïd Pacha et Lesseps établissent la « Compagnie universelle pour le percement de l’isthme de Suez et l’exploitation d’un canal entre les deux mers ». La concession devait durer 99 ans à partir du jour de l’ouverture du canal. Puis le gouvernement égyptien, qui devrait recevoir chaque année 15 % des bénéfices nets de l’exploitation du canal, en deviendrait propriétaire. Les travaux, colossaux et compliqués en milieu désertique, débutent en 1859 et vont durer dix ans. Devant l’insuffisance de main-d’œuvre, le vice-roi recourt à la corvée. Chaque mois, 25.000 paysans viennent travailler sur le chantier dans de très mauvaises conditions et avec des outils rudimentaires. Plusieurs dizaines de milliers meurent au cours des premières années. Sous la pression internationale, Napoléon III arbitre en faveur de l’abolition de la corvée, mais exige une compensation financière pour dédommager la compagnie. De grandes dragues à vapeur sont alors mises en œuvre pour excaver, dégager les déblais et terrasser. Parallèlement, trois villes nouvelles sont bâties pour loger les employés de la Compagnie du canal : Port-Saïd au Nord, Ismaïlia et Port-Tawfiq au Sud. L’inauguration a lieu le 17 novembre 1869 (photo), en présence de 2.000 invités, dont l’empereur François-Joseph d’Autriche-Hongrie, de l’émir Abdelkader et surtout de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Celle-ci traverse le canal à bord du yacht impérial Aigle, en référence à Napoléon 1er. Le 24 décembre 1871, le khédive (vice-roi) Ismaïl Pacha fait jouer, au Caire, l’opéra « Aïda » de Verdi, dont le livret a été écrit par Auguste Mariette, fondateur de l’égyptologie avec Champollion. La statue de la Liberté, commandée au sculpteur Bartholdi et prévue à l’entrée du canal, ira finalement à New York.

Un enjeu stratégique. Quoique théoriquement neutre, la position stratégique suscite effectivement des convoitises extérieures. En 1875, la Grande-Bretagne rachète les parts du gouvernement égyptien dans la Compagnie du canal de Suez et en devient le principal actionnaire. En 1882, elle occupe l’Egypte, qui recouvre son indépendance en 1936. Le 26 juillet 1956, le président Gamal Abdel Nasser nationalise la compagnie pour assurer le financement de la construction du barrage d’Assouan, auquel les Etats-Unis ont refusé de participer. En octobre, la « crise de Suez » qui s’ensuit débouche sur une opération militaire conjointe de la Grande-Bretagne, de la France et d’Israël. Le canal sera ensuite l’enjeu des guerres entre l’Egypte et Israël de 1967 et 1973, jusqu’au traité de paix de 1979.

Loïc Salmon

Exposition « Le voyage de l’obélisque » au musée de la Marine

L‘Égypte en révolutions

L’exposition « L’épopée du canal de Suez » (28 mars-5 août 2018), organisée par l’Institut du monde arabe à Paris, présente des gravures, tableaux, documents, photos, modèles réduits des machines utilisées pour le percement et archives audiovisuelles. Un enregistrement vidéo, réalisé à partir de la passerelle d’un porte-conteneurs, donne une idée du paysage le long du canal. De 486 navires en 1870, le trafic annuel est passé à 21.250 en 1966, où le pétrole a représenté 72,6 % du fret. Le canal, fermé pendant la guerre israélo-arabe de 1973, reprend son activité deux ans plus tard avec 5.579 navires et jusqu’à 20.795 navires en 1980. Puis ce chiffre baisse régulièrement jusqu’à 14.142 en 2000, avant de remonter à 21.415 en 2008, année record, et se stabiliser à 17.300 navires/an entre 2009 et 2014. Parallèlement, le tonnage brut des navires est passé de 4.414 t en 1870 à 33.693 t en 1930, 150.000 t en 1980, 210.000 t en 2001 et 240.000 en 2008. A l’issue des travaux d’extension du canal et du creusement d’une nouvelle voie en 2015, le trafic journalier devrait passer de 49 navires en 2014 à 97 en 2023. Les recettes, de 5 Mds€ en 2015, pourraient atteindre 13 Mds€ en 2023.




Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

La stratégie prend en compte les paramètres militaire, économique, diplomatique et médiatique d’une guerre, en vue d’atteindre un objectif politique. Napoléon Bonaparte (1769-1821) l’a incarnée, par son génie et sa grande capacité de travail.

Au début de l’exposition qui lui est consacré, quelques bustes en marbre rappellent ses modèles : le Macédonien Alexandre le Grand (356-323 avant JC), qui a conquis l’Empire perse et atteint l’Indus ; le Carthaginois Hannibal (247-183 avant JC), qui fit trembler Rome après avoir franchi les Pyrénées et les Alpes ; le Romain Jules César (101-44 avant JC) qui, après avoir conquis la Gaule, prépara la transformation de la République en Empire ; le Prussien Frédéric II (1712-1786), qui a su combiner mouvements, manœuvres et résolution contre une armée plus forte que la sienne. Leurs exploits se reflèteront dans le destin de Napoléon.

Trois fois chef. Napoléon cumule les fonctions de chef de l’Etat, commandant en chef des armées et général en chef sur les champs de bataille. Premier consul (1799-1804) puis empereur des Français (1804-1815), il dirige une France qui comptera jusqu’à 130 départements, promulgue les lois et définit la politique extérieure. Il commande ce qui deviendra la « Grande Armée », l’organise, l’équipe et l’entraîne comme il l’entend. Il dispose d’une totale liberté d’action pour conduire la guerre et négocier la paix. Il fixe aux généraux et diplomates des objectifs qui servent au mieux ses buts politiques. Contrairement à Louis XIV, il dirige lui-même l’armée en campagne. Toutes ses victoires confortent ces trois fonctions. Premier consul à la suite d’un coup d’Etat en 1799, Bonaparte veut apporter la paix en mettant un terme aux troubles de la Révolution française. Par les traités de Campo-Formio (1797), de Lunéville (1801) et d’Amiens (1802), il conclut ses campagnes militaires d’Italie (1796-1797) et d’Egypte (1798-1801). Victoires et paix légitiment son rôle de chef de l’Etat, héritier de la Rome antique. Empereur, sacré pour reprendre la tradition monarchique française depuis Louis 1er le Débonnaire (816), il souhaite étendre l’influence de la France et son pouvoir en Europe occidentale par des accords ou des guerres victorieuses. Il n’a pas eu le temps de théoriser sa contribution à l’histoire de la stratégie. D’autres s’en chargeront, surtout le Prussien Clausewitz (1780-1831) et le Suisse Jomini (1779-1869), dont les travaux seront étudiés par des hommes politiques et des généraux, dont certains entreront ensuite en politique. Clausewitz inspirera, directement ou indirectement, les généraux allemands Moltke (guerre franco-prussienne de 1870-1871), Ludendorff (première guerre mondiale, 1914-1918) et Rommel (seconde guerre mondiale,1939-1945), les dirigeants politiques Lénine (fondateur de l’Union soviétique, 1922-1991) et Mao Tsé-Toung (fondateur de la République populaire de Chine en 1949), le général vietnamien Giap (guerre d’Indochine, 1946-1954) et même les généraux français Foch (première guerre mondiale) et De Gaulle (seconde guerre mondiale). De son côté, Jomini va influencer, directement ou indirectement, les généraux américains Lee, Grant et Sherman (guerre de Sécession, 1860-1865), Pershing (première guerre mondiale), Patton, Mac Arthur, Marshall et Eisenhower (seconde guerre mondiale) et enfin Schwarzkopf (guerre du Golfe, 1990-1991). Le chef d’état-major des armées des Etats-Unis (1989-1993), puis secrétaire d’Etat (2001-2005), Powell s’inspirera de Clausewitz et de Jomini.

Formation et apprentissage. Le jeune « Napoléone de Buonaparte », né en Corse un an après sa cession à la France par la République de Gênes, est admis à l’Ecole militaire de Brienne (1779-1784) puis à celle de Paris (1785), où il étudie l’histoire, les mathématiques, la géographie et l’art de la guerre. Il en sort à 16 ans avec le brevet de sous-lieutenant d’artillerie, signé de Louis XVI. Intéressé par les sciences naturelles et la géographie durant sa scolarité, il emmènera des savants lors de l’expédition d’Egypte (1798). Lecteur insatiable, il étudie, après les cours, les campagnes des grands capitaines de l’Histoire et celles des chefs de guerre et théoriciens militaires de son temps. Ainsi, le « Traité général de tactique » de Guibert, vétéran de la guerre de Sept Ans (1756-1763), l’influence durablement sur la manœuvre, l’utilisation du feu, l’organisation et le déplacement des armées. Il lit aussi des ouvrages politiques dont « Le Prince de Machiavel (1469-1527), analyse pragmatique du pouvoir et de ses mécanismes. L’armée française s’est distinguée au cours de la guerre d’indépendance américaine (1778-1781) et dispose du nouveau système d’artillerie « Gribeauval » et du fusil à silex modèle 1777. Considérée comme l’une des meilleures d’Europe, elle bénéficie de la levée en masse puis de la conscription sous la Révolution pour aligner des effectifs inégalés. Après avoir francisé son nom, Bonaparte, promu capitaine, commande l’artillerie lors du siège de Toulon (1793), ville royaliste soutenue par la flotte britannique, et contribue à sa reconquête. A 27 ans, nommé à la tête de l’armée française d’Italie (45.000 hommes), il remporte de brillantes victoires, marche sur Vienne et impose la paix à l’Autriche…sans en référer au gouvernement français. En 1798, il commande l’expédition militaire et scientifique chargée de conquérir l’Egypte, qu’il va gouverner pendant un an. Il a alors acquis suffisamment d’expériences militaire, diplomatique et politique pour s’estimer capable de prendre le pouvoir en France…à 30 ans !

Planification et mobilité. Pour Napoléon, une campagne se prépare par la connaissance de l’ennemi (livres et rapports d’espions) et de son armée en détail (intendance, habillement, munitions, service de santé). Celle-ci, peu chargée, doit être capable de se déplacer rapidement pour créer la surprise. Il s’agit de vaincre l’ennemi militairement par la bataille et la prise de sa capitale, puis politiquement en lui imposant ses conditions de paix. Il remporte des victoires décisives à Arcole (1796), aux Pyramides (1798), à Marengo (1800), à Austerlitz (1805), Iéna (1806), Eylau (1807), Friedland (1807) et Wagram (1809). Mais la victoire de la Moscowa et la retraite de Russie (1812), trop coûteuses en hommes, annoncent les défaites de Leipzig (1813) et Waterloo (1815). En outre, l’Empereur a toujours laissé trop peu d’initiative à ses généraux.

Loïc Salmon

Napoléon stratège

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Exposition « Napoléon à Sainte-Hélène » aux Invalides

L’exposition « Napoléon stratège » (6 avril-22 juillet 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Outre des gravures, tableaux, documents, armes et objets, elle présente des témoignages sonores reconstitués à partir de lettres et mémoires de soldats et d’officiers. Des dispositifs multimédias permettent de comprendre les raisonnements stratégique et tactique de l’Empereur lors de ses victoires et ceux de ses adversaires lors de ses défaites. L’un facilite la compréhension de l’efficacité de la chaîne de commandement, en fonction des circonstances de la bataille. Un autre explique la justesse du choix, par Napoléon, des chefs militaires les plus aptes à remplir une mission correspondant à leurs qualités. Renseignements : www.musee-armee.fr