Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

L’année 1918, marque un tournant dans le premier conflit mondial, en raison de l’évolution du combat terrestre, de l’emploi du char et de l’avion et enfin de l’intervention de l’armée américaine, qui se modernise très rapidement.

Evolutions et innovations. Au début de la guerre, l’infanterie, « reine des batailles », dispose de la cavalerie, pour l’éclairage et la reconnaissance en avant-garde et la protection de la retraite, et de l’artillerie, pour accompagner ses mouvements. Des tranchées sur un front de 700 km et les hécatombes de 1915-1917 remettent en question ces tactiques. Outre les premières lignes, l’artillerie frappe désormais les zones de ravitaillement et de concentration des troupes adverses, situées à une dizaine de km à l’arrière du front. Elle conquiert le terrain par un « barrage de feu roulant », inventé par les Français, pour annihiler toute résistance de l’ennemi et permettre à l’infanterie d’avancer de 200 m toutes les trois minutes. En quatre ans, cette dernière passe de 67 % à 47 % des effectifs de l’armée française. Pour éviter les pertes importantes, elle ne part plus à l’assaut par vagues de bataillons ou régiments entiers, cibles de choix pour les mitrailleuses adverses. Quoique réduites en taille, les unités d’infanterie disposent d’une puissance de feu très supérieure. Ainsi, entre 1914 et 1918, un bataillon français passe de 1.100 hommes et 24 mitrailleuses à 700 hommes, 108 mitrailleuses et 24 fusils-mitrailleurs, inexistants au début de la guerre. L’artillerie légère s’est enrichie des mortiers de 81 mm et de canons de 37 mm. De petits unités, spécialisées et très bien équipées, s’infiltrent dans le dispositif adverse pour en détecter les faiblesses et laisser aux troupes, qui les suivent, le soin de réduire les poches de résistance. Gaz et lance-flammes changent le visage du combat. L’avion de chasse, qui vole à 300 km/h en 1918 contre 100 km/h quatre ans plus tôt, dispose de lance-bombes et de mitrailleuses synchronisées, qui empêchent l’ennemi de se fixer dans des tranchées profondes comme auparavant. La mobilité, grâce au char capable de franchir les tranchées, devient un facteur de victoire. La coordination de toutes les armes et services nécessite un important travail, souvent méconnu, des états-majors. Enfin, la mise au point en 1918 du commandement unifié, confié à Ferdinand Foch, maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne, ouvre la voie aux grands combats interarmées.

L’armée allemande. L’armistice de Brest-Litovsk signé avec la Russie le 3 mars 1918 permet à l’Allemagne de concentrer ses forces sur le front Ouest. Elle veut gagner la guerre avant l’arrivée des renforts venus des Etats-Unis, qui ont décidé, le 6 avril 1917, de participer au conflit. Elle peut aligner 3,5 millions d’hommes, soit 400.000 de plus que les Alliés. Son artillerie, qui dispose de canons modernes et diversifiés, ne cherche plus à anéantir ses objectifs. Pour gagner du temps et économiser ses munitions, elle effectue des bombardements brefs et concentrés, qui conservent l’effet de surprise, sur des objectifs soigneusement repérés par l’aviation d’observation. Les tirs mixtes d’obus explosifs et toxiques empêchent les fantassins adverses de sortir de leurs abris. Les « offensives de printemps » mobilisent toutes les ressources de l’armée allemande pour percer le front par des coups de boutoir successifs. Mais elles occasionnent de lourdes pertes : 500.000 hommes entre mars et juillet puis encore 300.000 entre juillet et septembre. Faute d’une victoire décisive, l’armée allemande se met en position défensive dès le 16 juillet. Elle ne dispose pas de force adaptée contre les chars et le manque de chevaux et de camions gêne sa mobilité. Sa résistance s’écroule début novembre.

L’armée française. Les lourdes pertes de l’été 1914 font prendre conscience de l’impact des armes modernes. Dès le mois de novembre, les comportements des soldats et des matériels sont adaptés à la guerre de tranchées. L’effort porte aussi sur le développement de l’aviation et de l’artillerie. Celle-ci triple de volume en quatre ans et comble son déficit en canons de gros calibre dès 1916. La mise en place d’une réserve d’artillerie lourde permet des concentrations rapides de canons. La multiplication des tracteurs automobiles accroît la mobilité de pièces. L’aviation commence par des missions de renseignement puis acquiert, dès l’été 1917, la supériorité aérienne qui lui permet de pratiquer le bombardement sur les arrières de l’ennemi. En 1918, la coordination devient effective entre les troupes au sol, l’artillerie et l’aviation. En outre, l’armée française a multiplié son format par huit. A partir de l’été, les fantassins associent leur expérience des tranchées à la redécouverte du mouvement…qu’ils maîtrisent moins bien que les troupes d’assaut allemandes. Entre chaque offensive et malgré leur épuisement, ils doivent poursuivre l’armée allemande qui se replie. La motorisation progressive facilite leur mobilité et celle des matériels. S’y ajoute l’emploi massif de chars légers pour ébranler, lentement mais sûrement, les lignes allemandes.

L’armée américaine. Jusqu’à l’été 1918, la doctrine américaine prône la guerre de mouvement et donc l’attaque frontale de fantassins, le fusil à la main, comme…les Français en 1914 ! Les combattants en première ligne passent de 100.000 en mars à 750.000 en août. La mort de 60.000 hommes en quatre mois conduit à un infléchissement de la doctrine. Celle-ci reconnaît le rôle de l’artillerie lourde et recommande l’emploi de chars en soutien. Les soldats doivent évoluer en dispositif souple, attaquer les flancs de l’ennemi et utiliser des armes automatiques. Toutefois, la doctrine ignore la logistique (ravitaillement et munitions) et le travail d’état-major, rendant difficile la coordination avec les Alliés. Soucieux d’être « associé » à la guerre et non plus un simple exécutant, le général John Pershing obtient de Foch de participer à la reprise du saillant de Saint-Mihiel (12-13 septembre), pour couper la retraite de l’armée austro-allemande (80.000 hommes + 30.000 en réserve). Les effectifs se montent à 216.000 Américains (+ 200.000 en réserve) avec 260 chars (50 % pilotés par des Français) et 48.000 Français. Le capitaine Harry Truman, futur président des Etats-Unis (1945-1953) et le colonel Douglas Mac Arthur, qui jouera un rôle majeur dans la guerre du Pacifique (1941-1945), participent à la bataille. Avec la victoire de Saint-Mihiel, l’armée américaine a démontré sa valeur au combat, qu’elle poursuivra en Meuse-Argonne au prix de lourdes pertes. Mais elle aura réussi sa montée en puissance.

Loïc Salmon

L’exposition « Le nouveau visage de la guerre » (4 juillet-21 décembre 2018), est organisée par le Mémorial de Verdun-champ de Bataille et le National WWI Museum and Memorial de Kansas City. Elle met en exergue l’intervention des troupes américaines lors des offensives sur la Meuse en 1918. Outre des photos, documents, dessins et armes, elle présente, à l’extérieur du Mémorial, l’évolution d’une arme nouvelle : le char de combat Renault FT (6,7 t) de 1917 et le char Leclerc (57,7 t) de 1993. Cette exposition s’accompagne d’une reconstitution historique (24-26 août 2018) par environ 1.000 figurants des 18 nations belligérantes de la Grande Guerre (1914-1918) avec leurs armes et équipements. Renseignements : www.memorial-verdun.fr

Le nouveau visage de la guerre

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne

« La Nuit aux Invalides », spectacle du centenaire de 1918

 




Le nouveau visage de la guerre

En-1918, toutes les armes de mêlée, d’appui et de soutien coopèrent en vue d’atteindre une efficacité maximale, en tirant partie de l’expérience acquise depuis 1914 et en expérimentant l’avion et le char, armes nouvelles.

L’armée allemande crée des « Sturmtruppen » (troupes d’assaut) chargées de désorganiser le dispositif ennemi. Précédées par un tir d’obus fumigènes et à gaz, elles s’enfoncent le plus profondément possible dans le réseau de tranchées adverse, en contournant les nids de résistance pour atteindre très vite la ligne des postes de commandement et celle des batteries d’artillerie. Elles sont équipées de grenades, carabines, mitrailleuses d’accompagnement, lance-flammes ou mortiers légers. Toutefois en 1918, l’armée allemande manque d’hommes et surtout de chars de combat, faute de matière première. Son état-major a même douté de son utilité jusqu’en 1917. La mobilité de son artillerie est freinée par l’insuffisance de chevaux et aussi d’essence et de caoutchouc pour la motorisation. Son aviation, passée de 200 avions en 1914 à 2.500 en 1918, acquiert des suprématies aériennes ponctuelles, en concentrant ses actions sur les points les plus menacés du front. Malgré des progrès techniques considérables, le manque de carburant devient son principal handicap à partir de mai 1918. De son côté, l’armée française mise sur l’artillerie lourde pour démanteler complètement les défenses de l’ennemi. Elle améliore sa mobilité, grâce aux camions et à la voie ferrée, et sa discrétion par des réglages sans tirs préliminaires qui alertaient l’ennemi au début de la guerre. Les chars, considérés d’abord comme des canons mobiles, appartiennent à « l’artillerie d’assaut », qui démarre en 1916. Utilisés massivement l’année suivante, ils deviennent l’élément-clé des offensives de 1918. La cavalerie, inadaptée à la guerre de tranchées, entame sa motorisation et retrouve son rôle dans la reprise de la guerre de mouvement en 1918 avec deux groupes d’automitrailleuses autocanon. A la fin de la guerre, le fantassin s’est spécialisé pour remplir une mission correspondant à son arme : fusil, pistolet, grenades, fusil-mitrailleur, mitrailleuse ou mortier. Avec l’instauration de la conscription aux Etats-Unis, l’armée américaine passe de 300.000 hommes en mai 2017 à 4 millions en novembre 1918. Les fantassins n’ont guère connu de grand conflit. Après une formation sommaire aux Etats-Unis, ils rejoignent des camps d’instruction en France. Quoiqu’en grande partie équipés par les Français et les Britanniques, ils seront engagés au combat comme « armée américaine », hors de tout amalgame avec les troupes françaises et britanniques, malgré les injonctions répétées des Alliées. Faute d’une formation complète et adaptée, cette armée perd au combat plus de la moitié de ses fantassins et 80 % de ses officiers. Les artilleurs américains, dotés de nombreux canons français, sont formés par des instructeurs français aux Etats-Unis puis dans des camps dispersés en France. L’observation des premiers engagements des chars français en 1917 incite l’état-major américain à créer un service de « tanks » en janvier 1918. Des chars américains participent aux offensives aux côtés d’unités françaises. Les équipages reçoivent des formations dans des centres aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. L’aviation passe de 220 avions et 1.185 hommes en avril 1917 à 1.025 appareils, surtout français, et 200.000 hommes en novembre 1918.

Loïc Salmon

« Le nouveau visage de la guerre », ouvrage collectif. DAGRES Éditions, 88 pages, 18 €

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne

Entendre la guerre




Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Joseph et Marie Hackin, connus pour leurs travaux archéologiques en Afghanistan dans les années 1930, ont été nommés « compagnons de la Libération » à titre posthume. C’est le seul couple de l’Ordre de la France libre.

Le « savant combattant ». D’origine luxembourgeoise, Joseph Hackin (1886-1941), diplômé de l’Institut commercial de Paris, entre en 1905 à l’Ecole libre des sciences politiques (section économique et sociale). Son intérêt pour les civilisations orientales s’éveille par ses fréquentes visites au musée Guimet, place d’Iéna et proche du domicile familial. Cela l’incite à choisir un sujet de fin d’études politiques original : « Une phase de l’histoire comparée des religions (de l’Iran et du Japon) ». Il entretient une correspondance avec Emile Guimet, dont le nom est associé à celui des Arts asiatiques qu’il a fondé en 1888 à partir des collections amassées au cours de ses voyages. Engagé comme secrétaire d’Emile Guimet et diplômé de « Sciences-Po » en 1907, Joseph Hackin continue des études historiques et philologiques en sanscrit et en tibétain à l’Ecole pratique des hautes études. Une fois diplômé en 1911, il commence une thèse de doctorat sous la direction de son professeur de sanscrit, Sylvain Lévi, professeur au Collège de France. L’obtention de la nationalité française l’année suivante, grâce aux relations d’Emile Guimet, lui permet d’être embauché au musée Guimet comme conservateur-adjoint en 1913. Considéré comme trop âgé (27 ans !), il est dispensé de service militaire…mais pas de la mobilisation générale au début de la première guerre mondiale. Fantassin de 2ème classe en août 1914, il la termine comme lieutenant commandant de compagnie, au terme d’un long parcours de combattant : bataille de la Marne (1914) ; offensive en Artois (1915) ; Verdun (1916-1917) ; Serbie (1918) ; Ukraine (1919). Titulaire de la croix de Guerre (deux citations) et chevalier de la Légion d’honneur, il a été blessé trois fois (1915, 1916 et 1918). Il consacre une année complète de soins à continuer puis présenter, en 1916, sa thèse intitulée « Scènes figurées de la vie de Bouddha d’après les peintures tibétaines ». Son propre courage physique lui fera dire que « le danger mesure exactement la valeur de la personnalité humaine ». Dans ses carnets de guerre, il analyse, à partir de son expérience du combat, les raisons de son attachement à la France qui justifient de « tenir envers et contre tout ». Démobilisé en 1919, il revient au musée Guimet, dont il devient le conservateur quatre ans plus tard. Il en enrichit les collections et le réorganise avec deux galeries d’archéologie khmère et une salle dédiée aux fouilles du monastère de Hadda (Afghanistan). La bibliothèque devient un centre de recherche grâce à l’acquisition de nombreux ouvrages. En 1928, il épouse Marie Parmentier (1905-1941), elle aussi de famille luxembourgeoise. Arrivée à Paris quelques années plus tôt, Marie suit les cours de l’Ecole du Louvre en auditrice libre et réside avenue d’Iéna, près du musée Guimet. Naturalisée française par son mariage, elle participe aux recherches de Joseph, tant dans ses missions en Asie que pour ses travaux scientifiques au musée Guimet.

Les grands voyageurs. En 1924, Joseph Hackin effectue sa première mission en Afghanistan et vit « l’archéologie comme un sport », écrit-il dans ses carnets. Il se rend notamment dans la vallée de Bamyan, où il réalise sa première étude sur les Bouddhas géants. Il participe aux fouilles dans le Sud de Bagram et y découvre, dans le monastère de Païtava, un « Bouddha au grand miracle » (photo). Cette stèle révèle l’extension en Afghanistan de l’art bouddhique, venu de l’Inde et marqué par les influences iranienne, grecque et romaine. Elle représente Sâkyamouni, le Bouddha historique, qui manifeste sa puissance devant l’assemblée des maîtres « hérétiques » en accomplissant des miracles. Le lotus de la Loi est gravé dans la paume de sa main droite levée. Les dieux hindous Indra et Brahma tiennent un parasol au-dessus de sa tête, en signe de révérence. Deux petits bouddhas, assis en méditation, l’encadrent pour accentuer son aspect monumental. Cette campagne de fouilles va profondément marquer Joseph Hackin qui, rentré en France en 1925, se détourne du Tibet au profit de l’Afghanistan. Quatre ans plus tard, il repart pour Kaboul diriger les fouilles de la Délégation française en Afghanistan, en compagnie de Marie et de l’architecte Jean Carl. Lors des événements liés à la prise de pouvoir par Nadir Shah, sa participation, l’arme à la main, à la protection de la légation française, lui vaut une promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur. Ensuite, il organise la remise en ordre du musée de Kaboul et explore les sites de Bamiyan et de Kakrak. De 1930 à 1933, à la tête de la Maison franco-japonaise à Tokyo, Joseph y dirige l’action intellectuelle de la France au Japon. De mai 1931 à février 1932, il accompagne la mission Citroën Centre-Asie (la « Croisière jaune ») à travers l’Afghanistan, l’Himalaya et la Chine, où il acquiert des sculptures chinoises et tibétaines pour les musées Guimet et du Louvre. Rentré en France en 1933, il devient titulaire de la chaire d’art et d’architecture de l’Inde à l’Ecole du Louvre. Pendant quatre autres missions en Afghanistan et son séjour au Japon, Marie photographie et filme paysages, découvertes et gens.

Les Résistants. En Afghanistan en 1939, Joseph Hackin est mobilisé sur place comme officier de liaison auprès de la légation de France à Kaboul. En désaccord avec l’armistice de juin 1940, il informe de son ralliement le général de Gaulle, qui lui demande de le rejoindre à Londres. Le couple y arrive mi-octobre après un voyage de 20.000 km via l’Afrique du Sud. Joseph s’engage dans les Forces françaises libres le 19 octobre et Marie le 26 décembre. Début 1941, Joseph est chargé d’entrer en contact avec le gouvernement de l’Inde, de mettre de l’ordre entre les groupes rivaux de la France libre des comptoirs français, premiers ralliés de l’Empire colonial français, et d’établir des relations avec les gouvernements de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Le 20 février, Marie embarque avec lui comme secrétaire sur le Jonathan-Holt. Ils disparaissent lors de son torpillage par un sous-marin allemand le 24 février au large des Îles Féroé.

Loïc Salmon

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

L’exposition « De l’Asie à la France libre » (15 juin-16 septembre 2018) est organisée par et dans le musée de l’Ordre de la Libération aux Invalides à Paris. Elle présente des photographies, documents, objets et archives cinématographiques sur la « Croisière jaune » à travers l’Asie centrale jusqu’à Pékin (avril 1931-février 1932) et la destruction des Bouddhas de Bamyan (Afghanistan) par les talibans (mars 2001). L’ensemble provient des collections des musées des Arts asiatiques-Guimet, du Quai Branly-Jacques Chirac, de l’Armée, d’Art moderne-Centre Pompidou et de la Photographie, du Service historique de la défense, des Archives nationales et de la Cinémathèque française. Le musée de l’Ordre de la Libération accueille en moyenne 100.000 visiteurs par an. Il dispose de collections permanentes et d’un centre de recherches et de documentation : dossiers individuels de compagnons de la Libération ; collection de presse et périodiques ; 6.500 ouvrages ; 30.000 photographies. (www.ordredelaliberation.fr)




De l’Asie à la France libre

Joseph Hackin entre en 1924 à la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), dont il devient le directeur en 1934 jusqu’à son départ pour Londres en 1940. D’autres archéologues, en mission à l’étranger, rejoindront aussi la France libre.

La DAFA a été créée en 1922 à l’initiative d’Amanullah, roi d’un Afghanistan à peine sorti de l’emprise de l’Empire britannique (1880-1919). Un accord entre l’Afghanistan et la France accorde à cette dernière le monopole des fouilles pour trente ans, avec un partage égal des découvertes à l’exception de l’or et des bijoux. Ce partenariat a pour mission d’étudier, de valoriser et de protéger le patrimoine archéologique afghan. Le premier directeur (1922-1925) de la DAFA, l’orientaliste Alfred Foucher, tente de retrouver les traces de l’expédition du roi de Macédoine Alexandre le Grand (356-323 avant J.C.) lors de sa conquête de l’Empire perse. Joseph Hackin effectue quatre campagnes de fouilles entre 1929 et 1940 et en expose les résultats pendant ses séjours en France. L’un de ses adjoints se nomme Ahmad Ali Kohzad, futur conservateur du musée de Kaboul. Malgré la fin du monopole de la France sur les fouilles, les archéologues français poursuivent leurs travaux après la seconde guerre mondiale. La DAFA, dont les autorités afghanes reconnaissent l’expertise, forme des jeunes chercheurs. La révolution de 1978 met un terme à ses fouilles sur le terrain. Son bureau à Kaboul est fermé de 1982 à 2003, pendant la longue période de guerres, d’affrontements armés et de destructions de vestiges archéologiques par les talibans iconoclastes. Dans le cadre du traité d’amitié entre la France et l’Afghanistan en 2012, la DAFA redevient la seule institution archéologique étrangère permanente dans le pays. Par ailleurs, en France occupée, des réseaux de résistance s’organisent pour sauvegarder le patrimoine français par l’évacuation en province de 4.000 trésors nationaux dans des dépôts secrets. D’autres recueillent des renseignements sur la destination des œuvres saisies par les Allemands et qui seront récupérées après la guerre. Enfin, certains suivent l’exemple de Joseph Hackin et de son épouse et adjointe Marie. Ainsi, jacques Soustelle, vice-président du musée de l’Homme en mission de recherche au Mexique, rejoint le général de Gaulle. Ce dernier lui confie une mission similaire à celle de Hackin, à savoir coordonner l’action des comités de la France libre en Amérique du Sud. Au Proche-Orient, Henri Seyrig, directeur des Antiquités de Syrie et du Liban de 1929 à 1941, est connu pour ses fouilles menées à Baalbek et à Palmyre. Il démissionne et devient attaché culturel de la délégation de la France libre aux Etats-Unis. L’archéologue et historien de l’Afghanistan, Daniel Schlumberger, qui succèdera à Hackin à la tête de la DAFA en 1945, rallie la France libre en Syrie dès l’été 1941. Il commence par commenter l’actualité politique à Radio-Brazzaville puis dirige le Service d’information de la France libre au Levant. Jean Starcky, curé de Palmyre, s’engage dans les Forces françaises libres puis devient aumônier au sein de de la 1ère Division française libre, depuis la Libye jusqu’aux derniers combats dans le massif de l’Authon (Préalpes de Nice) où il sera blessé. Compagnon de la Libération, Jean Starcky participe au déchiffrement des manuscrits de la mer Morte en tant que membre de l’Institut d’archéologie de Beyrouth. Puis, il deviendra directeur de l’Institut français d’archéologie.

Loïc Salmon

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Angkor, naissance d’un mythe

« De l’Asie à la France libre », ouvrage collectif. Éditions Lienart, 144 pages, 25 €




Exposition « L’épopée du canal de Suez » à l’Institut du monde arabe à Paris

Projet amorcé dès l’Antiquité, la voie d’eau a été réalisée en 1869 pour relier la Méditerranée à l’Extrême-Orient et ainsi devenir un axe commercial mondial et un objectif militaire.

Un projet récurrent. Vers 1850 avant JC, l’influence de l’Egypte s’étend de Byblos au Sud de la Nubie, mettant en contact le Proche-Orient et l’Afrique, où circulent marchandises de toutes origines. Le pharaon Sésostris III fait creuser un canal à partir du Nil vers la mer Rouge, permettant à une embarcation de 15 m de long de transporter 30 t de fret, soit l’équivalent de la charge de 300 ânes. Le canal s’ensablant régulièrement, il est restauré vers 519 avant JC par le Perse Darius 1er, maître de l’Egypte, puis par le pharaon d’origine grecque Ptolémée II Philadelphe (282-246 avant JC). L’empereur romain Trajan (98-117) modifie le trajet du canal, qui sera à nouveau restauré en 643 par le général arabe Amr ibn al-As, conquérant de l’Egypte. Le canal se traverse alors en cinq jours. Au siècle suivant, il est abandonné aux sables du désert. En 1498, le Portugais Vasco de Gama découvre la route maritime des Indes via le Sud de l’Afrique, qui raccourcit considérablement le trajet par rapport aux voies terrestres et en partie maritimes des caravanes des « routes de la soie ». Celles-ci avaient fait la fortune de la République de Venise, qui monopolisait le commerce entre l’Orient et la Méditerranée. Pour contrer cette concurrence menaçante, la Sérénissime propose, dès 1504, au sultanat mamelouk de percer l’isthme par un canal à creuser à partir du port de Suez sur la mer Rouge, mais sans succès. En 1586, l’Empire ottoman, nouveau maître de l’Egypte, reprend l’idée et la soumet à Venise. Trop compliqué techniquement, le projet est abandonné, prélude au déclin progressif et inéluctable de la cité des doges. En 1798, à la tête d’une expédition militaire et scientifique, Napoléon Bonaparte conquiert l’Egypte, afin de couper la route des Indes à la Grande-Bretagne, en guerre contre la France. Il confie à Jacques-Marie Le Père, directeur des Ponts et Chaussées, l’étude d’un canal dans l’isthme de Suez. Ce dernier conclut que le niveau de la mer Rouge serait supérieur de 9 m à celui la Méditerranée et préconise le recours à la construction d’écluses. L’expédition d’Egypte a eu comme conséquence, en 1805, l’arrivée comme vice-roi d’Egypte de Méhémet Ali, désireux de moderniser le pays. A cet effet, il fait venir des experts français dans les domaines militaire, maritime, médical, éducatif, agricole et archéologique. Parmi eux, des ingénieurs effectuent de nouvelles recherches en 1846 et corrigent l’erreur de calcul du niveau des mers. Adeptes du « saint-simonisme », doctrine sociale, économique et politique, ils sont persuadés que les voies de communication servent à la compréhension universelle. Lorsqu’ils arrivent au Caire, l’ingénieur Linant travaille déjà sur un projet de canal direct, inspiré de celui de Bonaparte. S’appuyant sur ses travaux, l’un d’eux, Barthélémy Prosper Enfantin, fonde alors la « Société d’études du canal de Suez ». Puis il soumet à Méhémet Ali un projet tenant compte des corrections. Ce dernier n’y adhère pas, craignant les ingérences européennes que susciterait cette voie d’eau internationale. En revanche, son fils et successeur Saïd Pacha en sera convaincu par son ami Ferdinand de Lesseps, ancien consul de France à Alexandrie et à qui Linant avait communiqué son étude dès 1833.

Un chantier titanesque. En 1855, Saïd Pacha et Lesseps établissent la « Compagnie universelle pour le percement de l’isthme de Suez et l’exploitation d’un canal entre les deux mers ». La concession devait durer 99 ans à partir du jour de l’ouverture du canal. Puis le gouvernement égyptien, qui devrait recevoir chaque année 15 % des bénéfices nets de l’exploitation du canal, en deviendrait propriétaire. Les travaux, colossaux et compliqués en milieu désertique, débutent en 1859 et vont durer dix ans. Devant l’insuffisance de main-d’œuvre, le vice-roi recourt à la corvée. Chaque mois, 25.000 paysans viennent travailler sur le chantier dans de très mauvaises conditions et avec des outils rudimentaires. Plusieurs dizaines de milliers meurent au cours des premières années. Sous la pression internationale, Napoléon III arbitre en faveur de l’abolition de la corvée, mais exige une compensation financière pour dédommager la compagnie. De grandes dragues à vapeur sont alors mises en œuvre pour excaver, dégager les déblais et terrasser. Parallèlement, trois villes nouvelles sont bâties pour loger les employés de la Compagnie du canal : Port-Saïd au Nord, Ismaïlia et Port-Tawfiq au Sud. L’inauguration a lieu le 17 novembre 1869 (photo), en présence de 2.000 invités, dont l’empereur François-Joseph d’Autriche-Hongrie, de l’émir Abdelkader et surtout de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Celle-ci traverse le canal à bord du yacht impérial Aigle, en référence à Napoléon 1er. Le 24 décembre 1871, le khédive (vice-roi) Ismaïl Pacha fait jouer, au Caire, l’opéra « Aïda » de Verdi, dont le livret a été écrit par Auguste Mariette, fondateur de l’égyptologie avec Champollion. La statue de la Liberté, commandée au sculpteur Bartholdi et prévue à l’entrée du canal, ira finalement à New York.

Un enjeu stratégique. Quoique théoriquement neutre, la position stratégique suscite effectivement des convoitises extérieures. En 1875, la Grande-Bretagne rachète les parts du gouvernement égyptien dans la Compagnie du canal de Suez et en devient le principal actionnaire. En 1882, elle occupe l’Egypte, qui recouvre son indépendance en 1936. Le 26 juillet 1956, le président Gamal Abdel Nasser nationalise la compagnie pour assurer le financement de la construction du barrage d’Assouan, auquel les Etats-Unis ont refusé de participer. En octobre, la « crise de Suez » qui s’ensuit débouche sur une opération militaire conjointe de la Grande-Bretagne, de la France et d’Israël. Le canal sera ensuite l’enjeu des guerres entre l’Egypte et Israël de 1967 et 1973, jusqu’au traité de paix de 1979.

Loïc Salmon

Exposition « Le voyage de l’obélisque » au musée de la Marine

L‘Égypte en révolutions

L’exposition « L’épopée du canal de Suez » (28 mars-5 août 2018), organisée par l’Institut du monde arabe à Paris, présente des gravures, tableaux, documents, photos, modèles réduits des machines utilisées pour le percement et archives audiovisuelles. Un enregistrement vidéo, réalisé à partir de la passerelle d’un porte-conteneurs, donne une idée du paysage le long du canal. De 486 navires en 1870, le trafic annuel est passé à 21.250 en 1966, où le pétrole a représenté 72,6 % du fret. Le canal, fermé pendant la guerre israélo-arabe de 1973, reprend son activité deux ans plus tard avec 5.579 navires et jusqu’à 20.795 navires en 1980. Puis ce chiffre baisse régulièrement jusqu’à 14.142 en 2000, avant de remonter à 21.415 en 2008, année record, et se stabiliser à 17.300 navires/an entre 2009 et 2014. Parallèlement, le tonnage brut des navires est passé de 4.414 t en 1870 à 33.693 t en 1930, 150.000 t en 1980, 210.000 t en 2001 et 240.000 en 2008. A l’issue des travaux d’extension du canal et du creusement d’une nouvelle voie en 2015, le trafic journalier devrait passer de 49 navires en 2014 à 97 en 2023. Les recettes, de 5 Mds€ en 2015, pourraient atteindre 13 Mds€ en 2023.




Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

La stratégie prend en compte les paramètres militaire, économique, diplomatique et médiatique d’une guerre, en vue d’atteindre un objectif politique. Napoléon Bonaparte (1769-1821) l’a incarnée, par son génie et sa grande capacité de travail.

Au début de l’exposition qui lui est consacré, quelques bustes en marbre rappellent ses modèles : le Macédonien Alexandre le Grand (356-323 avant JC), qui a conquis l’Empire perse et atteint l’Indus ; le Carthaginois Hannibal (247-183 avant JC), qui fit trembler Rome après avoir franchi les Pyrénées et les Alpes ; le Romain Jules César (101-44 avant JC) qui, après avoir conquis la Gaule, prépara la transformation de la République en Empire ; le Prussien Frédéric II (1712-1786), qui a su combiner mouvements, manœuvres et résolution contre une armée plus forte que la sienne. Leurs exploits se reflèteront dans le destin de Napoléon.

Trois fois chef. Napoléon cumule les fonctions de chef de l’Etat, commandant en chef des armées et général en chef sur les champs de bataille. Premier consul (1799-1804) puis empereur des Français (1804-1815), il dirige une France qui comptera jusqu’à 130 départements, promulgue les lois et définit la politique extérieure. Il commande ce qui deviendra la « Grande Armée », l’organise, l’équipe et l’entraîne comme il l’entend. Il dispose d’une totale liberté d’action pour conduire la guerre et négocier la paix. Il fixe aux généraux et diplomates des objectifs qui servent au mieux ses buts politiques. Contrairement à Louis XIV, il dirige lui-même l’armée en campagne. Toutes ses victoires confortent ces trois fonctions. Premier consul à la suite d’un coup d’Etat en 1799, Bonaparte veut apporter la paix en mettant un terme aux troubles de la Révolution française. Par les traités de Campo-Formio (1797), de Lunéville (1801) et d’Amiens (1802), il conclut ses campagnes militaires d’Italie (1796-1797) et d’Egypte (1798-1801). Victoires et paix légitiment son rôle de chef de l’Etat, héritier de la Rome antique. Empereur, sacré pour reprendre la tradition monarchique française depuis Louis 1er le Débonnaire (816), il souhaite étendre l’influence de la France et son pouvoir en Europe occidentale par des accords ou des guerres victorieuses. Il n’a pas eu le temps de théoriser sa contribution à l’histoire de la stratégie. D’autres s’en chargeront, surtout le Prussien Clausewitz (1780-1831) et le Suisse Jomini (1779-1869), dont les travaux seront étudiés par des hommes politiques et des généraux, dont certains entreront ensuite en politique. Clausewitz inspirera, directement ou indirectement, les généraux allemands Moltke (guerre franco-prussienne de 1870-1871), Ludendorff (première guerre mondiale, 1914-1918) et Rommel (seconde guerre mondiale,1939-1945), les dirigeants politiques Lénine (fondateur de l’Union soviétique, 1922-1991) et Mao Tsé-Toung (fondateur de la République populaire de Chine en 1949), le général vietnamien Giap (guerre d’Indochine, 1946-1954) et même les généraux français Foch (première guerre mondiale) et De Gaulle (seconde guerre mondiale). De son côté, Jomini va influencer, directement ou indirectement, les généraux américains Lee, Grant et Sherman (guerre de Sécession, 1860-1865), Pershing (première guerre mondiale), Patton, Mac Arthur, Marshall et Eisenhower (seconde guerre mondiale) et enfin Schwarzkopf (guerre du Golfe, 1990-1991). Le chef d’état-major des armées des Etats-Unis (1989-1993), puis secrétaire d’Etat (2001-2005), Powell s’inspirera de Clausewitz et de Jomini.

Formation et apprentissage. Le jeune « Napoléone de Buonaparte », né en Corse un an après sa cession à la France par la République de Gênes, est admis à l’Ecole militaire de Brienne (1779-1784) puis à celle de Paris (1785), où il étudie l’histoire, les mathématiques, la géographie et l’art de la guerre. Il en sort à 16 ans avec le brevet de sous-lieutenant d’artillerie, signé de Louis XVI. Intéressé par les sciences naturelles et la géographie durant sa scolarité, il emmènera des savants lors de l’expédition d’Egypte (1798). Lecteur insatiable, il étudie, après les cours, les campagnes des grands capitaines de l’Histoire et celles des chefs de guerre et théoriciens militaires de son temps. Ainsi, le « Traité général de tactique » de Guibert, vétéran de la guerre de Sept Ans (1756-1763), l’influence durablement sur la manœuvre, l’utilisation du feu, l’organisation et le déplacement des armées. Il lit aussi des ouvrages politiques dont « Le Prince de Machiavel (1469-1527), analyse pragmatique du pouvoir et de ses mécanismes. L’armée française s’est distinguée au cours de la guerre d’indépendance américaine (1778-1781) et dispose du nouveau système d’artillerie « Gribeauval » et du fusil à silex modèle 1777. Considérée comme l’une des meilleures d’Europe, elle bénéficie de la levée en masse puis de la conscription sous la Révolution pour aligner des effectifs inégalés. Après avoir francisé son nom, Bonaparte, promu capitaine, commande l’artillerie lors du siège de Toulon (1793), ville royaliste soutenue par la flotte britannique, et contribue à sa reconquête. A 27 ans, nommé à la tête de l’armée française d’Italie (45.000 hommes), il remporte de brillantes victoires, marche sur Vienne et impose la paix à l’Autriche…sans en référer au gouvernement français. En 1798, il commande l’expédition militaire et scientifique chargée de conquérir l’Egypte, qu’il va gouverner pendant un an. Il a alors acquis suffisamment d’expériences militaire, diplomatique et politique pour s’estimer capable de prendre le pouvoir en France…à 30 ans !

Planification et mobilité. Pour Napoléon, une campagne se prépare par la connaissance de l’ennemi (livres et rapports d’espions) et de son armée en détail (intendance, habillement, munitions, service de santé). Celle-ci, peu chargée, doit être capable de se déplacer rapidement pour créer la surprise. Il s’agit de vaincre l’ennemi militairement par la bataille et la prise de sa capitale, puis politiquement en lui imposant ses conditions de paix. Il remporte des victoires décisives à Arcole (1796), aux Pyramides (1798), à Marengo (1800), à Austerlitz (1805), Iéna (1806), Eylau (1807), Friedland (1807) et Wagram (1809). Mais la victoire de la Moscowa et la retraite de Russie (1812), trop coûteuses en hommes, annoncent les défaites de Leipzig (1813) et Waterloo (1815). En outre, l’Empereur a toujours laissé trop peu d’initiative à ses généraux.

Loïc Salmon

Napoléon stratège

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Exposition « Napoléon à Sainte-Hélène » aux Invalides

L’exposition « Napoléon stratège » (6 avril-22 juillet 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Outre des gravures, tableaux, documents, armes et objets, elle présente des témoignages sonores reconstitués à partir de lettres et mémoires de soldats et d’officiers. Des dispositifs multimédias permettent de comprendre les raisonnements stratégique et tactique de l’Empereur lors de ses victoires et ceux de ses adversaires lors de ses défaites. L’un facilite la compréhension de l’efficacité de la chaîne de commandement, en fonction des circonstances de la bataille. Un autre explique la justesse du choix, par Napoléon, des chefs militaires les plus aptes à remplir une mission correspondant à leurs qualités. Renseignements : www.musee-armee.fr




Dans la peau d’un soldat

La vie quotidienne du soldat évolue lentement au fil du temps, alors qu’armes, équipements et techniques de la guerre connaissent des mutations.

Les objets de son univers, d’abord outils de survie, deviennent des compagnons intimes et rassurants. Son vêtement, uniforme et coloré à partir du XVIIème siècle, perd son utilité d’identification et de différenciation après l’invention de la poudre sans fumée (1884), au profit de tenues plus neutres pour se camoufler. Celle dite « léopard » des parachutistes français des guerres d’Indochine et d’Algérie, interdite en métropole après le putsch des généraux d’Alger (1961), réapparaît lors de la guerre du Golfe (1991) avec des variantes pour les théâtres européens. Protégé par son casque, sa cuirasse et son bouclier, le légionnaire romain sait se servir de toutes les armes existantes. Son éthique inclut le courage, le service de l’Etat et l’obéissance (« disciplina »). Au début du Moyen-Age, le guerrier, barbare, lié par la fidélité à son clan, lui doit un service militaire gratuit. Pendant la féodalité, la guerre devient l’affaire du cavalier noble, titulaire d’un fief en échange du service « d’ost » à son suzerain. Les charges de chevaliers à la lance couchée sous le bras, avec des montures spécialement dressées, en démultiplie la puissance. Ce dispositif reste au cœur de la tactique jusqu’au milieu du XVIème siècle. Les autorités politiques créent alors une « intendance » pour assurer leur subsistance et renouveler leurs armements et chevaux pendant la durée des opérations. Parallèlement, une administration dédiée veille au bon emploi des deniers du prince. Après la disparition de la chevalerie française à Azincourt, l’ordonnance royale de 1445 instaure la solde permanente. Progressivement, s’inspirant du modèle des piquiers suisses, l’infanterie et sa tactique s’imposent au détriment de la cavalerie. Le soldat ne dépend plus d’une maison noble, il vit et combat au milieu de son unité et de ses compagnons d’armes, ses égaux. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, il ne connaît que le capitaine de sa compagnie, qui l’entretient, et le roi auquel il est personnellement lié par un engagement volontaire. Il apprend son métier pendant les campagnes par les exercices répétés et mécaniques de gestes et de mouvements. La discipline progresse et la désertion diminue, car les conditions de vie du soldat s’améliorent. Au XIXème siècle, à partir de la guerre de Sécession américaine, la logistique devient essentielle. Le chemin de fer devient un avantage militaire, même si le soldat continue de se déplacer souvent à pied ! Pendant la première guerre mondiale, les véhicules automobiles acheminent les troupes fraîches au front et en ramènent les blessés et les unités relevées. Au cours de la seconde, 20.000 véhicules de tous types débarquent en Normandie le 6 juin 1944. Dans le camp retranché de Dien Bien Phu (1954), la destruction des pistes d’atterrissage a interrompu l’évacuation des blessés graves. Aujourd’hui, dans toute opération extérieure, la conjonction des transports automobiles et aériens permet de les rapatrier en quelques heures. Avec les affrontements dits « asymétriques, le « front » n’existe plus. L’environnement, simplement hostile, peut se transformer en champ de bataille en quelques secondes. Tout soldat, quelle que soit sa spécialité, redevient un combattant. Le soldat de demain, « augmenté » et hyper protégé, devra quand même conserver un visage et une identité vis-à-vis des populations civiles et de ses compagnons d’armes.

Loïc Salmon

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat et la putain

 

« Dans la peau d’un soldat », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 256 p., 350 illustrations, 35 €




Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat consacre seulement 5 % de son temps au combat et il l’attend longtemps. Il doit s’y préparer par une formation continue, s’entraîner en permanence et subvenir à ses besoins dans un environnement souvent hostile.

24 h de la vie d’un soldat. Le rythme des déplacements détermine le confort nocturne. La légion romaine bâtit son camp, protégé par des palissades, pour la nuit que les soldats passent sous des tentes de cuir. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, le camp d’une armée en campagne, où hommes et animaux dorment sur la paille, constitue une véritable ville avec ses tentes, échoppes et cabanes. La vitesse des armées napoléoniennes nécessite de dormir dehors ou dans les granges croisées à l’étape. Les veillées autour d’un feu entretiennent la cohésion de l’unité, avant l’affrontement avec l’ennemi. Le lit pliant généralisé apparaît sous le Second Empire. Aujourd’hui, dans les opérations extérieures en pays chauds, le soldat reçoit aussi une moustiquaire. L’hygiène corporelle reste très rudimentaire jusqu’à la fin du XIXème siècle. Il s’ensuit une prolifération des maladies, principales causes de mortalité dans les armées. Pendant la première guerre mondiale, les « poilus » français des tranchées doivent vivre dans la boue et la saleté forcée. Mais dans l’armée impériale allemande, des officiers de santé s’occupent des troupes sur les plans hygiénique et prophylactique. La coupe de cheveux, très courte, facilite la prévention des infections par les poux ainsi que le port d’équipements spéciaux, comme le casque et le masque à gaz. Pendant la seconde guerre mondiale, l’intendance américaine fournit des trousses de toilette complètes aux soldats américains et français de l’armée de Libération. Du Moyen-Age à la seconde moitié du XVIIème siècle, les soldats, vêtus comme les civils mais souvent de loques, pillent ou dépouillent des cadavres après les combats, pour se procurer souliers et vêtements. Suite à l’essor des grandes nations centralisées et aux réorganisations des armées aux effectifs accrus, les Etats définissent et financent les uniformes, entraînant une chaîne de production et la fonte de l’individualité du soldat dans l’anonymat de l’institution militaire. Toutefois, couleurs, symboles et vêtements identifient les troupes de près et de loin et en renforcent le sentiment d’appartenance. Par la suite, sur les champs de bataille, les uniformes feront place aux « tenues de combat », moins voyantes, jusqu’à celle de 2010 en tissu anti-déchirure et qui s’adapte au port du gilet « balistique » (pare-balles). Toutefois, le soldat individualise sa tenue par les marques de grade, les insignes de spécialité ou de corps et les décorations, récompenses pour ses faits d’armes, ou la fourragère pour ceux de son unité. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, les soldats de toutes les armées du monde se déplacent à pied et parcourent jusqu’à 40 km par jour. Les moyens de transport servent surtout à l’acheminement des vivres, armes et munitions en grandes quantités. Les semelles de cuir cloutées du fantassin perdurent de l’époque romaine au milieu du XXème siècle, où elles sont remplacées par du caoutchouc. Le bruit caractéristique d’une troupe à pied disparaît alors au profit de la marche silencieuse. Depuis 2010, des chaussures de randonnée à doublure étanche et « respirante » ont succédé aux « rangers ». En revanche, même si son matériau a été allégé, « l’armoire du soldat », 30 kg en moyenne, pèse toujours aussi lourd sur son dos depuis deux millénaires ! Durant les longues campagnes du Premier Empire à travers l’Europe, les officiers de cavalerie fortunés disposent d’un cheval supplémentaire pour le transport de vêtements et vivres dans des sacoches de part et d’autre du dos. Depuis la guerre franco-prussienne de 1870, la cadence de tir des armes à feu augmente et réduit l’autonomie du combattant. La « discipline du feu » vise à économiser ses munitions et assurer sa survie. En mission de combat, le soldat d’aujourd’hui emporte 6 kg de munitions, contre 3 kg pour celui de 1914. L’invention de la conserve (1795) et de la « marmite ambulante » (1806) révolutionnent l’alimentation du soldat jusqu’à l’arrivée de la ration de combat, dès 1942 dans l’armée américaine.

Au niveau de l’armée. Pour maintenir le moral des troupes entre les combats, le commandement doit veiller au versement de la solde à temps et aux conditions de la vie quotidienne, y compris les loisirs. Des relations dégradées entre chefs et soldats minent discipline et cohésion. Une mauvaise gestion des contacts avec la population civile et l’arrière (congés) favorise l’agitation ou la désertion. La logistique, autrefois confiée à des auxiliaires civils, devient progressivement militaire et se complexifie au XXème siècle, par suite de l’allongement des voies de communication, de la mécanisation des moyens de transport, de la multiplication des matériels indispensables et de la dépendance envers les sources d’énergie. En 2010, un soldat américain engagé en Afghanistan emporte 12 équipements électroniques contenant plus de 70 piles ! Bataille rangée, embuscade ou tir isolé, équilibré ou non, le début du combat provoque les symptômes universels de stress : accélération des battements du cœur, assèchement de la bouche et souffle court. Ensuite, le combat blesse beaucoup et gravement. Au XVIème siècle, le chirurgien Ambroise Paré améliore la ligature des artères et imagine une prothèse de main articulée. En 1671, Louis XIV fonde l’institution des « Invalides » pour ses soldats estropiés. Au cours du XXème siècle, les progrès de l’asepsie, de l’anesthésie, de la transfusion sanguine, de la chirurgie réparatrice (les « gueules cassées » de 1914-1918) et la rééducation fonctionnelle ont accru les chances de survie des combattants, malgré la souffrance physique persistante et les mutilations. Longtemps ignorés, les traumatismes psychiques sont aujourd’hui pris en compte. Le métier de soldat implique de donner la mort mais aussi de la recevoir. La postérité ne retient souvent que les personnalités mortes au combat et ignore les anonymes tombés loin de leur pays natal. Le rapatriement des corps ne se généralise qu’après 1950. Depuis quelques années seulement, tous les combattants morts pour la France reçoivent un hommage aux Invalides.

Loïc Salmon

Dans la peau d’un soldat

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

L’exposition « Dans la peau du soldat » (12 octobre 2017-28 janvier 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente plus de 330 objets, uniformes, armes et documents d’archives sur trois niveaux. La galerie du rez-de chaussée parcourt 2.000 ans de l’histoire du soldat, des guerres de l’Empire romain au conflit en Afghanistan, sur fond d’illustrations ou de photos d’ambiance. Des dispositifs multimédias interactifs abordent les réalités de la vie militaire : la place du soldat dans le contexte de son temps ; les multifonctions d’objets usuels ; l’influence des uniformes sur la mode civile ; les logistiques de masse pour acheminer les approvisionnements ; les diverses finalités du camouflage ; l’évolution technologique possible de l’équipement individuel. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr




Exposition « Les gendarmeries du monde » à Melun

Au service des Etats et des citoyens, les gendarmeries garantissent aussi l’indépendance et le choix des autorités judiciaires, en temps de paix, de crise ou de guerre, grâce à leurs organisation, formation et équipements adaptés.

Un même concept. Quels que soient les appellations, les uniformes ou leurs rattachements aux ministères de la Défense ou de l’Intérieur, les gendarmeries se caractérisent par leur structure militaire avec des valeurs partagées, un sentiment d’appartenance et un fort esprit de corps. Leurs armements varient des pistolets et fusils de petit calibre aux armes lourdes et véhicules blindés, avec emploi d’avions, d’hélicoptères et de bateaux. Organisées pour le traitement de l’insécurité intérieure et parfois extérieure, elles agissent de façon raisonnée et hiérarchisée, suivant des ordres déclinés d’un échelon à l’autre. En France, la « maréchaussée », apparue au XIVème siècle, devient « Gendarmerie nationale » en 1791. Elle s’exporte, d’abord en Europe par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes puis, à partir de 1830, lors de l’expansion coloniale en Afrique et en Asie jusqu’aux indépendances de nouveaux Etats entre 1954 et 1962. De même, le Portugal, l’Espagne et l’Italie développent leurs modèles dans leurs sphères d’influence. La Turquie s’est inspirée de l’Allemagne. L’Iran fait appel à la Gendarmerie suédoise en 1911. La Chine a réformé sa Police armée populaire (PAP) en 1982 et le Cambodge a recréé sa Gendarmerie royale khmère en 1993. Après la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, les gendarmeries sont réapparues en Roumanie, Lituanie, Moldavie, Serbie et même… Russie ! Leur modèle a été retenu au Qatar (2003), en Jordanie (2008) et au Mexique (2014). Ces cousinages ont débouché notamment sur des coopérations bilatérales frontalières, facilitées par la similitude des missions.

Le contrôle des flux. Le maillage des unités sur les axes de communication permet de contrôler l’espace terrestre national. Au Bénin et à Madagascar, la gendarmerie couvre 90 % du territoire où vit 81 % de la population. Le Niger, le Mali, la Mauritanie ont créé des brigades fluviales. En 2015, le Tchad a suivi leur exemple et a aussi institué un Groupement de sécurité et de protection des installations pétrolières. La Guinée s’est dotée d’une Gendarmerie de l’urbanisme et de l’habitat et d’une autre chargée des mines et de la géologie. La PAP chinoise a développé des « unités des mines d’or », des brigades de gardes forestiers et des « unités de travaux hydrauliques ». La surveillance des frontières est dévolue à la gendarmerie en Turquie et en Algérie. L’Union européenne dispose de l’agence Frontex pour le contrôle de ses frontières extérieures. En outre, la « Guardia Civil » espagnole surveille ses frontières terrestres avec le Maroc, pour les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, et maritimes par des patrouilles en haute mer. En Amérique, la répression de la criminalité transfrontalière dans les voies navigables communes est assurée par le Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis et la Gendarmerie royale canadienne. Des gendarmeries maritimes existent aux Comores, en France, au Gabon, en Guinée Conakry, au Maroc, en Mauritanie, au Portugal, au Togo, en Tunisie et au Venezuela. Le maillage territorial des brigades de gendarmerie, qui vivent sur place avec leur famille, facilite leur proximité avec la population. Une caserne de gendarmerie symbolise l’Etat, comme l’école, le lieu de culte ou la mairie. Ce lien social s’avère essentiel dans les pays peuplés de nombreuses ethnies aux affrontements récurrents, comme en Côte d’Ivoire (2002-2005) et en Centrafrique (2004-2007 et depuis 2012). Certaines gendarmeries côtoient des populations nomades : Touaregs (Tchad, Mali, Algérie et Niger) ; Bédouins (Jordanie) ; Peuls (Sénégal) ; Somalis (Djibouti). Suite à la guerre civile en Syrie depuis 2011, le Liban accueille 1,5 million de réfugiés et la Jordanie près d’un million.

La protection de la nation et de l’Etat. La plupart des gendarmeries assurent la police au sein des armées pour éviter les exactions à l’encontre des populations civiles. Certaines se sont trouvé directement confrontées aux groupes armés terroristes d’Aqmi ou de Boko Haram : Burkina Faso (9 octobre 2015) ; Cameroun (7 octobre 2016) ; Tchad (8 octobre 2016) ; Niger (6 mars 2017). En 2016, la Garde nationale tunisienne a été sévèrement attaquée par des groupes de Daech, venus de Libye pour établir un émirat en Tunisie. Depuis 2005, des carabiniers italiens forment des policiers d’Afrique et d’Asie avant leur déploiement dans les missions de l’ONU. Par ailleurs, les gendarmes assurent souvent la garde rapprochée du chef de l’Etat, des hôtes étrangers et des hautes personnalités (Côte d’Ivoire et Comores). Lors des déplacements, les escortes sont constituées de motocyclistes, mais aussi, parfois, de gendarmes à cheval comme ceux de la Garde républicaine française : Italie ; Mali ; Maroc ; Niger ; Portugal ; Burkina Faso ; Jordanie ; Sénégal (la Garde rouge) ; Togo. Les fanfares de gendarmerie rendent les honneurs aux plus hautes personnalités de l’Etat et animent les cérémonies patriotiques. Enfin, outre la garde des palais nationaux, les gendarmes assurent celle des ambassades à l’étranger.

Les nouvelles menaces. Les gendarmeries ont constitué des unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme. La Guardia Civil reste la pionnière avec la création d’un service de renseignement dédié contre l’ETA (organisation armée indépendantiste basque de 1959 à 2011), suivie des carabiniers contre les Brigades rouges italiennes (1970-1988 et 1999-2003). Le GIGN français, créé en1974, a servi de modèle à des unités similaires : DSI en Algérie (intervention sur le site gazier de Tiguentourine en janvier 2013) ; SFE en Argentine ; GIGN au Bénin et au Tchad ; GPIGN au Cameroun ; GOPE au Chili ; PIGN aux Comores ; UIGN en Côte d’Ivoire ; UEI en Espagne ; PIGN au Mali ; GSI au Maroc ; GSI en Italie ; GSIGN en Mauritanie et au Togo ; « Scorpion » en Moldavie ; USI/GN au Niger ; BSB aux Pays-Bas ; JÖAK en Turquie. Ces unités ont acquis un savoir-faire particulier dans le tir de précision, l’emploi d’explosifs et la libération d’otages. La PAP chinoise intervient lors de prises massives d’otages. Quelques pays disposent d’unités de sécurité spécialisées dans le déminage : Portugal avec un centre à Bela ; Qatar pour les explosifs radioactifs, biologiques et chimiques (RBC) ; Espagne pour les menaces RBC et nucléaire.

Loïc Salmon

Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

Les gendarmes du ciel

Les spécialistes de la gendarmerie

L’exposition « les Gendarmeries du monde » (5 octobre 2017- 15 juillet 2018) est organisée par le musée de la Gendarmerie de Melun, avec notamment les participations du ministère des Affaires étrangères, de la Garde républicaine et de la Société nationale de l’histoire et du patrimoine de la gendarmerie. Elle présente des objets, documents, équipements, armes, uniformes, insignes, photos et clips vidéo des gendarmeries ou forces équivalentes de 46 pays dans le monde, dont le Vatican et Monaco. Entre 1951 et 2016, l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale de Melun a formé 837 officiers de 52 pays. (www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/musee)




France Allemagne(s) 1870-1871

« L’Année terrible » (19 juillet 1870-28 mai 1871) transforme durablement les sociétés de chaque côté du Rhin. Un empire s’effondre, un autre surgit. Paris, capitale culturelle de l’Europe, devra se relever de ses ruines. Berlin deviendra celle du IIème Reich.

Napoléon III dirige 280.000 hommes (7 corps d’armée) et la Garde impériale. Malade, il en confie le commandement au maréchal Bazaine après 25 jours de guerre. Guillaume Ier, roi de Prusse, dispose de 500.000 soldats de la Confédération de l’Allemagne du Nord (16 corps d’armée). Toutefois, il délègue la conduite des opérations à son chef d’état-major, le général von Moltke. La modernisation de son armée a permis à la Prusse de gagner les guerres précédentes contre le Danemark (1864-1865) et contre l’Autriche (1866) : augmentation des effectifs ; service militaire obligatoire de 3 ans ; armée de réserve permanente. L’armement des forces prussiennes et françaises connaît des innovations importantes : chargement du fusil par la culasse ; canon rayé qui accroît la portée et la précision du projectile ; cartouche métallique ; remplacement des boulets par des obus, explosifs ou à balles. Après la déchéance de l’Empire consécutive à la défaite de Sedan (1er septembre 1870), le Gouvernement de la défense nationale favorise la fabrication, par l’industrie privée, de mitrailleuses multitubes pour les armées de secours. Mais elles ne sont guère décisives, faute de doctrine d’emploi et de formation du personnel. Par la suite, les hauts commandements vont minimiser les innovations de l’armement et la létalité du feu et privilégier l’esprit offensif de l’infanterie. L’Empire allemand est proclamé le 18 janvier dans la galerie des glaces du château de  Versailles, suivi de l’armistice du 28 janvier mettant fin au siège de Paris. Le 13 février, la capitulation de Belfort, également assiégé, entraîne un armistice complet le 15 février. L’instauration de la Commune de Paris, le 28 mars, est suivie d’une guerre civile jusqu’au 28 mai, faisant entre 5.700 et 7.400 victimes la dernière semaine. Paris, défiguré par le feu et les massacres, voit son économie dévastée et sa population diminuée de plus de 100.000 personnes. Cette guerre bouleverse la représentation réciproque de la France et de l’Allemagne, dans laquelle la culture joue un rôle décisif. Celle-ci s’incarne dans deux compositeurs allemands qui vont chercher dans le Paris du Second Empire une reconnaissance, tremplin pour une carrière internationale : Jacques Offenbach (1819-1880) et Richard Wagner (1813-1883). Créateur de l’opérette, Offenbach réussit et prendra la nationalité française en 1860. Wagner, précurseur de la musique romantique, échoue. La guerre de 1870 place Offenbach dans une position délicate, écartelé entre son pays d’origine et  celui qu’il a adopté. En revanche, Wagner triomphera avec le festival de Bayreuth inauguré en 1876. Un tableau de l’exposition montre l’empereur Guillaume Ier chevauchant sur un champ de bataille escorté de Walkyries germaniques. Après la guerre, la IIIème République développe l’enseignement de l’histoire de France et l’éducation civique pour exalter la patrie, l’héroïsme et le sacrifice. Les monuments aux morts se multiplient pour symboliser l’esprit de résistance. Le tourisme de mémoire se développe sur les champs de bataille de l’Est et du Nord. Dans la société allemande militarisée, la rhétorique commémorative perpétue la victoire de 1870 et la fidélité à l’empereur.

Loïc Salmon

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes

« France Allemagne(s) », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 304 pages, 35 €