Marine nationale : la police en mer, agir au bon moment et au bon endroit

La Marine intervient loin, longtemps et par tous les temps contre les trafiquants en tout genre et la piraterie, pour que les mers restent un espace de liberté.

Cette mission de police de la mer a été abordée au cours d’un colloque organisé, le 21 janvier 2016 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine (CESM) et l’École de guerre. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Thierry Rousseau, directeur du CESM ; le commissaire en chef Thierry de la Burgade, adjoint « action de l’État en mer » de l’état-major de la Marine ; Cyrille Poirier-Coutansais, directeur de recherche au CESM ; Geoffroy de Dinechin, directeur des opérations chez Orange Marine.

Résultats opérationnels. Dans la lutte contre les trafiquants, la Marine effectue des actions de la haute à la basse intensité en mer des Caraïbes, dans le golfe de Guinée, en Méditerranée et dans l’océan Indien, explique le commissaire de la Burgade. Elle coopère avec la Marine américaine au large des Antilles pour détecter les flux d’héroïne, dont les vecteurs, du semi-submersible au porte-conteneurs, nécessitent des modes de réaction différents. Ainsi, l’hélicoptère d’une frégate pourra obliger un navire suspect à s’arrêter en haute mer, afin qu’une visite soit effectuée à son bord par des commandos. La compagnie maritime CMA CGM fait inspecter la coque de ses navires dans les ports d’Amérique du Sud, depuis qu’une torpille chargée de cocaïne y a été découverte… soudée ! En Méditerranée, les narcotrafiquants remontent vers le Nord de l’Afrique et s’infiltrent dans les flux de migrants, secourus par la Marine italienne, pour tenter le passage. Selon l’agence européenne de contrôle des frontières extérieures Frontex, entre octobre 2014 et octobre 2015, l’immigration clandestine par la mer a augmenté de 1.009 % en Méditerranée orientale. La Marine française participe à plusieurs opérations européennes de lutte contre le trafic de migrants et les passeurs : « Indalo » (au large de l’Espagne) et « Héra » (Mauritanie et Cap Vert) en Atlantique ; « Triton » (Italie) et « Sophia » (Libye) en Méditerranée centrale. Suite au refus des autorités libyennes d’autoriser l’entrée dans les eaux territoriales (22 km), Frontex a redéployé ses moyens vers la côte turque, mais sans implication de la Marine française. En revanche, à Mayotte et en coordination avec les cinq radars terrestres, celle-ci intervient pour secourir les migrants qui sont reconduits dans leur pays d’origine, sauf les femmes enceintes et les enfants mineurs. En outre, elle participe aux opérations internationales de lutte contre la piraterie, dont : « Corymbe » (depuis 1990) pour la surveillance dans le golfe de Guinée et la formation des personnels des pays riverains ; « Atalante » (2008) avec déploiements du patrouilleur de haute mer L’Adroit et d’un avion de surveillance maritime F50M en océan Indien, où aucune attaque n’est survenue en 2015. Elle assure un contrôle naval volontaire avec les navires marchands par le partage du renseignement et la formation de convois ainsi que l’embarquement d’équipes armées sur les thoniers senneurs. Pour lutter contre la pêche illégale en Guyane où les comportements sont parfois violents, la Marine coopère avec les forces armées brésiliennes. Dans les terres australes et antarctiques françaises (TAAF), le pillage des ressources halieutiques, dont la légine à la chair très appréciée des Asiatiques, se fait à grande échelle. Le dispositif de coercition et de répression inclut la surveillance satellitaire et la saisie des filets, qui coûtent jusqu’à 50.000 € pièce. Depuis quelques années, des prospections pétrolières illégales ont été constatées dans les Iles Éparses (TAAF), où sont exercées la surveillance des études sismiques et l’observation par satellite et avion. Les biens culturels maritimes constituent un nouvel enjeu pour les trafiquants, notamment les épaves d’anciens vaisseaux à voiles disparus en mer. Pour toutes ces missions de police en mer, les commandants de navires et d’aéronefs de l’État sont habilités à constater l’infraction et en informer un procureur.

Dimensions géopolitiques. Pendant la guerre froide (1947-1991), la présence des Marines américaine, soviétique et européennes sur toutes les mers a réduit la piraterie et les trafics de drogue, rappelle Cyrille Poirier-Coutansais. Ils ont repris ensuite et profitent aujourd’hui de la globalisation du commerce légal. Par ailleurs, la Convention de l’ONU sur le droit de la mer (1982) a offert aux États côtiers une zone économique exclusive, que beaucoup d’entre eux sont incapables de protéger. Ainsi, les 38 délimitations de la zone des Caraïbes facilitent le trafic de cocaïne d’Amérique latine vers les États-Unis et l’Europe. Actuellement, les principales zones de piraterie sont situées le long des principales routes maritimes de transport d’hydrocarbures et de marchandises : Est de l’océan Indien et golfe de Guinée vers l’Europe ; Asie du Sud-Est vers l’Extrême-Orient. En outre, 15 % des pêches dans le monde sont illégales. L’Union européenne (UE) a nommément désigné 18 pays contrevenants : 8 ont reçu un avertissement ; 3 font l’objet de sanctions commerciales avec interdiction d’exportation vers l’UE ; 7 ont corrigé leurs pratiques par la suite.  Télécommunications sous-marines. Le monde entier est desservi par des câbles de fibres optiques reposant sur le fond des océans et qui acheminent plus de communications que les satellites depuis les années 1980. Les pays directement reliés à plus de 20 d’entre eux sont exposés au risque de « coupure internet » : États-Unis, Grande-Bretagne, Suède, Espagne, France, Italie, États riverains de la mer Rouge, Inde, Chine, Corée du Sud et Japon. Actuellement, Orange Marine installe des câbles sous-marins entre la Somalie et le Kenya (Afrique de l’Est) et entre le Cameroun, le Nigeria et le Bénin (golfe de Guinée). Les navires spécialisés, qui posent (80 km/jour) et réparent ces câbles, sont très lents (11km/h), souvent à l’arrêt et donc vulnérables, explique Geoffroy de Dinechin. La protection des équipages, tous volontaires mais non armés, est assurée par : la Marine nationale qui fournit conseils, analyses des situations locales et équipes de militaires embarquées ; les procédures de sûreté et les mesures de protection passive à bord (barbelés et « citadelle refuge »). Le coût de la sécurité se répercute sur les salaires des équipages, qui incluent une « prime de mer », et les primes d’assurances, majorées de 20 % pour risques de guerre.

Loïc Salmon

Piraterie maritime : l’action d’Europol

Lutte contre le trafic de drogue : réponse internationale

Les quantités de drogue saisies en mer en 2014 et 2015 et à destination de l’Europesont passées de 1% à 5 % pour le cannabis et de 17 % à 67 % pour la cocaïne. En 2015, la Marine nationale a saisi 1,9 t de cocaïne (+ 290 kg rejetés en mer) et 2,5 t de cannabis (+ 1,5 t rejetée en mer). Elle a aussi intercepté 1.289 migrants en Méditerranée et 1.736 à Mayotte. En matière de pêche illicite, elle a procédé à 1.537 contrôles, dressé 1.828 procès-verbaux, dérouté 55 navires et saisi 8,5 t de poisson et 155 km de filets. En 2015, selon l’International Maritime Bureau, il y a eu 7 actes de piraterie dans le golfe de Guinée et 18 en Asie du Sud-Est ainsi que 17 actes de brigandage maritime (attaques de navires à quai ou au mouillage dans les ports) dans le golfe de Guinée et 153 en Asie du Sud-Est.




DGA : 2015, un excellent millésime pour l’armement

En 2015, la Délégation générale pour l’armement (DGA) a conclu des contrats d’équipement des armées d’un montant de 11 Md€,  a pris des commandes à l’export de 16 Md€ et a investi 727 M€ dans des études amont. Ces résultats ont été présentés à la presse, le 10 février 2016 à Paris, par Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement.

Pour les armées françaises. La DGA a livré 2 avions de transport tactique A400 M à l’armée de l’Air, qui en dispose ainsi de 8, et 5 avions de chasse Rafale. L’armée de Terre a reçu 6 hélicoptères de combat Tigre (55 livrés en tout) et 4 hélicoptères NH90 de transport tactique et la Marine nationale 3 hélicoptères NH90 de lutte antisurface et anti-sous-marine. Au total, 33 appareils NH90 sont en service dans les forces françaises. La Marine a pris livraison de 2 Rafale « rétrofités » (ajouts de nouvelles technologies ou de nouvelles fonctions à des systèmes plus anciens) et la frégate multimissions (FREMM) Provence. En tout, 142 Rafale ont déjà été livrés. En vue de préparer l’avenir, la DGA a commandé : un 3ème satellite MUSIS (système multinational d’imagerie spatiale pour la surveillance, la reconnaissance et l’observation) ; 2 satellites de communications militaires de nouvelle génération (COMSAT NG), qui succèderont au système actuel Syracuse III à partir de 2020 ; 241 véhicules légers et 202 véhicules lourds pour les forces spéciales ainsi que l’intégration d’équipements de renseignement et de communications sensibles avec leurs éléments de soutien. Les forces spéciales recevront 25 véhicules lourds dès 2016, pour répondre aux besoins les plus urgents, et les premiers véhicules légers à partir de 2018. Ce programme, qui correspond aux missions de renseignement, de neutralisation et d’actions dans la profondeur en zones hostiles, vise à améliorer l’interopérabilité et le niveau  de performance du parc de véhicules des composantes Terre, Air et Marine des forces spéciales. Par ailleurs, ont été lancés : le programme de définition du système de drones de chasse des mines marines ; le programme « B1NT » (Aster Block 1 Nouvelle Technologie). Ce dernier porte sur le développement  d’une nouvelle version du missile Aster 30, dont les premiers exemplaires seront livrés à l’armée de l’Air en 2023. Il inclut la modernisation du système de défense anti-aérienne SAMP/T pour le doter de capacités améliorées, notamment contre les missiles balistiques dans le cadre du programme OTAN de défense antimissile balistique.

A l’exportation. L’année 2015 a été qualifiée d’historique, par Laurent Collet-Billon, en matière d’exportations d’armement. Les prises de commandes, ,dont le résultat définitif sera connu fin mai 2016, sont estimées 16 Md€, contre 8,2 Md€ en 2014. Le Qatar a acheté 24 Rafale et l’Égypte 24 Rafale et 1 FREMM. Cinq grands contrats dépassent 500 M€. L’Afrique et le Moyen-Orient représentent plus de 80 % des contrats entrés en vigueur. Comme les pays clients demandent un soutien accru, la DGA compte recruter plus de 500 personnes à cet effet, dont 160 dès 2016.

Coopération internationale. Un accord a été conclu avec l’Allemagne sur le programme MUSIS/CSO (composante spatiale optique) pour une meilleure identification des petites cibles et un accès plus rapide à l’information qu’avec les systèmes actuels Pléiades et Hélios. Un autre, avec l’Italie et la Grande-Bretagne porte sur l’évolution du système naval de défense anti-aérienne FSAF-PAAMS. Enfin, les groupes d’armement terrestre français Nexter et allemand KMV ont fusionné dans le cadre du projet « Kant ».

Loïc Salmon

DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation

« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus




Défense : la guerre, une notion de plus en plus diffuse

Défense extérieure et sécurité intérieure  se confondent. La guerre doit donc être imaginée, non pas  avec les références d’hier, mais avec celles d’aujourd’hui, où le mandat de l’ONU rend légitime une intervention militaire extérieure.

Ce thème a été abordé au cours d’un colloque organisé, le 7 octobre 2015 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et l’Agence internationale diplomatie et opinion publique (AIDOP). Parmi les intervenants figurent : Fred Moore, dernier chancelier de l’Ordre de la Libération ;  le colonel (er) Paul Gaujac , ancien chef du Service historique de l’armée de terre ; le général (2S) Philippe Morillon, commandant des forces armées de l’ONU en Bosnie-Herzégovine (1992-1993) ; le général Olivier Salaün du Commandement des forces terrestres ; le général (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’État-major des armées ; l’ambassadeur Henri Froment-Meurice, président d’AIDOP ; des officiers stagiaires de l’École de guerre.

Maintien de la paix sous mandat ONU. Dès 1948, peu après la création de l’ONU, la France était partagée entre la satisfaction de son appui à la défense du monde libre et la crainte de la voir intervenir dans ses affaires intérieures (décolonisation), explique le général Morillon. En 1950, sa participation à la guerre de Corée sous mandat de l’ONU a été motivée par l’espoir d’une aide des États-Unis dans sa guerre contre le Viêt Minh en Indochine. En 1956, l’expédition franco-britannique de Suez, lancée après la nationalisation du canal par le gouvernement égyptien, s’est achevée sous la pression conjointe des États-Unis et de l’URSS, qui ont fait directement appel à l’assemblée générale de l’ONU sans passer par le Conseil de sécurité. Londres et Paris l’ont ressenti comme une humiliation, car ils n’ont pu utiliser leur droit de veto. La réticence française s’est alors transformée en opposition, surtout avec le retour au pouvoir du général De Gaulle en 1958. Quand Israël a envahi le Sud du Liban en 1978, la France a porté sa participation à la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) à 1.500 hommes avec un mandat autorisant l’emploi de la force, uniquement en cas de légitime défense, pour s’interposer dans la zone exposée. Toutefois, faute d’une doctrine satisfaisante de son emploi, la FINUL n’a pu s’opposer à l’offensive de l’armée israélienne. En 1983, des attentats suicides à Beyrouth ont coûté la vie à 58 parachutistes français et 241 « marines » américains. Après la chute de l’URSS en 1990, la France a envoyé plusieurs milliers d’hommes au Cambodge, dans les Balkans et au Rwanda, au nom du droit d’ingérence humanitaire et sous mandat de l’ONU. La nécessité d’une doctrine claire de l’engagement du feu s’est imposée, avec une force de réaction rapide pour protéger ses soldats et quand la mission le justifie. (Bosnie-Herzégovine, 1995).

Mali, conflit local devenu régional. L’opération « Serval », lancée en 2013, a bloqué l’avancée de djihadistes dans la boucle du fleuve Niger, à la demande du gouvernement malien de transition et sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Par la suite, l’opération « Barkhane » concerne un conflit armé dans la bande sahélo- saharienne, en tenant compte du droit local et des différentes règles d’engagement du feu de cinq pays, à savoir la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso. Dans le temps court, la mission de la force « Barkhane » (3.000 hommes) porte d’abord sur la lutte contre les groupes armés djihadistes, qui pratiquent le harcèlement et refusent le combat. Après leur localisation par le renseignement, elle doit : les neutraliser par des frappes ou les capturer en vue d’obtenir des renseignements ; réduire les attaques et attentats en les privant d’armements et de munitions ; tarir leur financement par la lutte contre les trafics, notamment de drogue. Parallèlement et dans le temps long, « Barkhane » a établi un partenariat élargi avec « G5 Sahel », l’organisation politique des cinq pays concernés, en vue d’assurer la sécurité par la création de structures transfrontalières permanentes. Le pilier défense du G5 Sahel consiste à passer des opérations conjointes ponctuelles à des dispositifs permanents. Enfin, La substitution des pratiques traditionnelles aux trafics illégaux (dont certaines tribus vivent) favorise l’aide au développement.

Prise de conscience européenne. Depuis la fin de la guerre froide en 1990, le nombre de conflits armés dans le monde a diminué de 80 %. Même si la liberté de déplacement s’est accrue, la situation n’est pas sûre dans certains pays, avertit le général Bentégeat. L’absence de menaces directes aux frontières de la France et de l’Union européenne (UE) a suscité une réticence de l’emploi de la force pour servir les intérêts nationaux ou communautaires. Avec la montée du néo-pacifisme, la guerre est devenue immorale. Les opinions publiques refusent le risque. En outre, le coût des opérations militaires augmente en raison des technologies nouvelles. La situation actuelle en Afghanistan, en Libye, en Irak et l’action contre Daech démontrent la puissance relative de la force dans la résolution des crises, pour des raisons politique, économique, militaire et institutionnelle. Il s’ensuit des désaccords au sein de l’ONU. Par ailleurs, l’évolution sociétale, liée à internet et aux téléphones portables, entraîne une transparence (révélations du lanceur d’alerte Wikileaks), qui crée des vulnérabilités pour les forces en opérations. L’impatience des opinions publiques résulte de l’instantanéité d’internet, qui va à l’encontre du temps long nécessaire. Les autorités politiques recourent alors systématiquement à des coalition ad hoc ou sous l’égide de l’ONU. Les restrictions d’emploi des forces de chaque pays participant, l’inégalité du partage de l’information et des règles d’engagement différentes entraînent un commandement de « marchandages », souligne le général. En outre, la relève tous les six mois nuit à la continuité du renseignement opérationnel. Enfin, « l’approche globale » de résolution des crises  avec des acteurs privés et locaux et des organisations non gouvernementales, s’avère très complexe à mettre en œuvre. Toutefois, le général note le succès de la lutte contre la piraterie au large de la Somalie, l’augmentation des crédits militaires de l’UE et la prise de conscience de la réalité au Moyen-Orient. Il convient de connaître l’ennemi et de le désigner.

Loïc Salmon

La guerre : nécessité d’une cohérence militaire et politique

Défense : outil de puissance dans un monde incertain

Etre militaire européen aujourd’hui : quel métier !

Les Forces françaises libres ont combattu pour l’honneur, se souvient Fred Moore. Les gouvernements français et britannique s’étaient engagés sur l’honneur à ne pas solliciter de l’ennemi un armistice séparé, « or Pétain l’a fait, donc il a terni notre honneur », précise-t-il. Opération de maintien de l’ordre, la guerre d’Algérie n’a pris cette appellation qu’une fois terminée, rappelle le colonel Gaujac. Les appelés du contingent, qui effectuaient un service militaire de près de trois ans, étaient d’excellents combattants à condition d’être bien commandés, ajoute-t-il. Par ailleurs, malgré les tensions extrêmes de la guerre froide, la dissuasion nucléaire a fonctionné, indique l’ambassadeur Froment-Meurice. L’Union européenne est devenue une zone de paix, mais les tensions persistent de façon permanente au Proche-Orient et en Afrique.




OTAN : synergie pour traiter les symptômes et causes des crises

Aucun pays n’est à même de gérer les crises actuelles, caractérisées par leur simultanéité et l’accélération de leur tempo. La solution repose sur la coordination et la capacité des États membres de l’OTAN à travailler ensemble.

Telle est l’opinion du général Jean-Paul Paloméros, chef du « Commandement suprême allié de la transformation » de l’OTAN. Il l’a exprimée, le 8 septembre 2015 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense et avant la fin de son mandat de trois ans à la fin du mois.

Dangerosité accrue. Le général Paloméros estime que la paix et la sécurité du monde sont plus menacées qu’au début de son mandat. En 25 ans, la guerre du Golfe, la fin de la guerre froide et les opérations dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak se sont succédé. En 2012, sous l’effet des coupes budgétaires et des engagements militaires, les armées de plusieurs pays membres de l’OTAN avaient réduit les nombres d’heures de vol et de jours à la mer ainsi que les grands exercices. Depuis, ces derniers ont été multipliés par trois, avec les mêmes objectifs que l’entraînement des armées de chaque pays membre. Aujourd’hui, les causes et les solutions des crises sont interdépendantes. Les acteurs non étatiques des guerres « hybrides » profitent des nouvelles technologies. L’OTAN définit la guerre hybride comme un conflit sans but clairement défini, mais qui combine actes politiques, diplomatiques, économiques, militaires, médiatiques et cyberattaques, en s’affranchissant des règles établies. Plusieurs États pratiquent cette stratégie hybride qui devient la norme, en vue de contourner les accords et l’ordre établi après la seconde guerre mondiale. Cette stratégie menace le continuum « sécurité/défense ». Or, les citoyens des pays occidentaux sont devenus plus sensibles à la sécurité. Les interventions au Mali (2013) et en Irak (2014) visent à anticiper les crises avant qu’elles affectent les populations occidentales. Dès 2013, l’OTAN avait identifié des crises majeures à ses frontières Est et Sud avec l’impact lourd des flux de réfugiés. Le conflit hybride en Ukraine met en évidence le besoin de défense collective, où chaque pays membre doit comprendre les préoccupations des autres. Au Sud, la menace, plus diffuse, se manifeste par les grands flux migratoires vers l’Europe. Des gens fuient leurs pays pour des raisons sécuritaires, sociales et sanitaires. De son côté, la Russie soutient le régime de Bachar el Assad, car la Syrie constitue sa dernière frontière pour lutter contre l’organisation État islamique (Daech). Selon le général Paloméros, une crise pouvait être circonscrite à un pays il y a encore quelques années. Aujourd’hui, elle se démultiplie dans une région à la puissance 10 ou 100. Enfin, certains pays s’investissent militairement pour dénier l’accès à différents théâtres, menaçant les déploiements de l’OTAN.

Réflexions et actions. Il faut mettre en synergie les forces de l’OTAN pour tirer parti de sa puissance globale, souligne le général. Il a donc fixé des priorités au début de son mandat : travaux de réflexions stratégiques sur les tendances lourdes pour les vingt ans à venir ; jeter les bases des capacités futures ; améliorer l’anticipation et la connaissance stratégique par le partage du renseignement. Il s’agit, entre autres, de déterminer les causes de la création de Daech et l’évolution climatique à l’origine d’exodes massifs de populations. L’OTAN doit aussi améliorer la souplesse d’emploi de ses forces pour les projeter plus rapidement, grâce à une interopérabilité accrue. Les pays membres doivent réinvestir dans la résilience en identifiant les failles dans leur sécurité : protection des infrastructures étatiques contre les cyberattaques ; élaboration d’une communication stratégique pour contrer la propagande adverse en cas de menace hybride. Cela nécessite des moyens budgétaires, un engagement politique constant dans la durée et une plus grande solidarité avec l’Union européenne. Depuis la fin de la guerre froide (1991), l’OTAN a été appelée en renfort comme outil de dernier recours dans les Balkans (1999), en Afghanistan (2001) et en Libye (2011). Elle doit rester prête à mener l’ensemble de ses missions sans délai, en donnant la priorité à la préparation opérationnelle par des exercices à grande échelle, car les crises peuvent dégénérer rapidement (voir encadré). Dans une guerre hybride, l’emploi de forces complexes nécessite des moyens techniques de plus en plus efficaces. Ainsi, les drones armés sont très utiles pour la reconnaissance et la frappe…si nécessaire. Dans l’Est de la Syrie, les forces de Daech, très mobiles, utilisent toutes les possibilités de cette vaste région. En revanche, la situation dans le Nord de l’Irak devrait se stabiliser, car la Turquie participe à la coalition internationale et déploie des missiles tactiques à sa frontière. États-Unis, Grande-Bretagne et France apportent un soutien aérien aux forces locales au sol pour faire peser une pression permanente sur Daech, en limitant les dommages collatéraux. Il s’agit de reconquérir du terrain et de déterminer ce qui peut unir les peuples de cette région, dévastée par la guerre. Enfin, l’OTAN assure la police du ciel des États baltes, pour faire comprendre à la Russie l’importance accordée à leur sécurité, rappelle le général Paloméros.

Permanence américaine. Les États-Unis continuent d’assumer leur rôle de superpuissance sur toute la planète. Mais cela implique des choix pour mener des actions durables, en concentrant leurs forces sur les théâtres de crise. Ils apportent leur soutien à l’OTAN du côté de l’Ukraine. Ils font de même sur le front Sud, au sein d’une coalition montée en quelques jours grâce aux normes d’intégration de l’OTAN. Leur coopération avec les forces françaises n’a jamais atteint un tel niveau, souligne le général. L’action de la France en Afrique, avec un vrai partage de responsabilités, une volonté et des capacités, correspond à ce qu’ils attendent des autres États membres. Ce que fait la France sur le front Sud est considéré comme très important pour tous les pays de l’OTAN. Cette dernière reste un organe politico-militaire, où tous discutent de ce qui dépasse ses frontières et implique certains pays membres. Ses structures permanentes de commandement à Naples et Izmir restent disponibles si nécessaire.

Loïc Salmon

OTAN : améliorer la disponibilité et la réactivité

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

Le CSAT de l’OTAN : un poste clé

L’exercice « Trident Juncture 2015 » mobilise, du 3 octobre au 6 novembre 2015,  36.000 militaires des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et des forces spéciales de plus de 30 pays membres ou partenaires de l’OTAN. Cet exercice, auxquels sont connectés divers exercices nationaux, se déroule en Italie, en Espagne, au Portugal, dans l’océan Atlantique et en Méditerranée, au Canada, en Norvège, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Il porte sur la cyberguerre, la défense anti-missiles, la guerre hybride et la réaction rapide. Y participent également une douzaine d’organisations internationales, dont l’Union européenne et l’Union africaine. A l’issue de l’exercice, le personnel du quartier général du Commandement commun des forces à Brunssum (Pays-Bas) obtient la certification officielle d’aptitude à diriger, pour l’année 2016, la Force de réaction rapide de l’OTAN, si elle devait être mise en œuvre.




La puissance au XXIème siècle : le poids de l’Histoire

La force militaire suffit-elle à garantir la puissance d’un État ? Russie, OTAN, Grande-Bretagne et Allemagne conservent-elles leur puissance ?

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 13 avril 2015 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), EuroDéfense-France, l’Institut Jean Lecanuet et la revue France Forum. Y ont notamment participé : le général de brigade Benoît Durieux, directeur du Centre des hautes études militaires ; Gabriel Bernier du secrétariat international de l’OTAN ; Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe ; le général (2S) Maurice de Langlois de l’IRSEM.

Capacité militaire durable. Le discrédit moral et juridique de la guerre perdure depuis 1945 dans une Europe qui se démilitarise, alors que les violences armées s’en rapprochent, note le général Durieux. Mais, la réflexion sur la puissance militaire se poursuit depuis une quinzaine d’années. Après leurs interventions en Afghanistan et en Irak, les États-Unis ont compris l’inadaptation de leur force militaire, dans un environnement mal perçu et un mode de combat déconnecté de la réalité du terrain et de la situation politique. Un débat s’est ouvert sur l’offensive et la défensive. Celle-ci l’emporte avec la dissuasion nucléaire et des armées conventionnelles qui coûtent de plus en plus cher. L’offensive repose sur la faiblesse conceptuelle de la puissance militaire. La destruction de l’adversaire rassure, mais c’est un résultat à court terme. Il faut donc repenser le concept de puissance militaire, estime le général. En raison de la nature politique de la guerre, les militaires ne peuvent pas régler des problèmes non militaires. La singularité de la guerre nécessite une approche globale : contrôle des milieux marin et aérien et destruction de l’adversaire. S’y ajoute le temps long du développement de la puissance militaire. Le premier effort porte sur « l’intelligence stratégique » : comprendre l’adversaire et ses motivations pour éviter la « facilité tactique », uniquement militaire, et la tentation de la « morale », conception étrangère à la politique. Le deuxième effort concerne la capacité d’un pays à s’engager de façon autonome sur un théâtre d’opérations, comme les États-Unis dans le passé, la France au Mali ou le Tchad contre l’organisation terroriste Boko Haram. Enfin, la pérennité de l’action militaire dépend de la capacité industrielle du pays et de la formation des personnels.

L’OTAN, outil de puissance. Pour l’opinion publique, l’OTAN se présente comme un multiplicateur de forces militaires entraînées et constitue un saut qualitatif en terme de puissance  avec la dissuasion nucléaire, indique Gabriel Bernier. Cela implique : un partage du fardeau transatlantique et intereuropéen, avec une plus grande autonomie pour l’Union européenne ; l’élaboration d’une politique de défense et d’une doctrine pour le contrôle de l’espace stratégique ; une approche internationale en matière d’équipements par la mutualisation et le partage des moyens. Le retour de la menace russe et l’apparition de Daech ont conduit à l’adaptation de la capacité de réaction rapide de l’OTAN, qui doit d’abord éviter tout conflit en Europe.

Résurgence de la Russie. Puissance régionale moyenne, la Russie s’étend de la Baltique au Pacifique. Inquiète pour sa sécurité, elle s’attend à une confrontation avec l’Occident, notamment au Moyen-Orient, estime Arnaud Dubien. En outre, elle ne s’estime pas vaincue à l’issue de la guerre froide (1947-1991). La dissuasion nucléaire a été modernisée, mais les forces conventionnelles devront être mises à niveau d’ici à 2020. Depuis les années 2000, la Russie souhaite la prise en considération de ses intérêts stratégiques, ignorés depuis 1990, surtout l’élargissement de l’OTAN aux pays de l’Europe de l’Est. Pour la Russie, l’Ukraine, dont elle est frontalière, ne doit appartenir ni à l’OTAN, ni à l’Union européenne. Considérant que son intérêt stratégique vital y est engagé, elle entend maintenir son rang dans les décennies à venir et est prête à en payer le prix, malgré les sanctions  économiques. La crise semble durable avec les États-Unis, malgré l’absence de véritable confrontation idéologique. L’attitude des autres pays est variable. Grande-Bretagne, Suède, Pologne et Pays Baltes prônent une ligne dure en matière de sanctions économiques. L’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre, la République Tchèque et la Hongrie préfèrent un assouplissement. L’Allemagne adopte une position médiane. La Russie, pour qui l’Occident a cessé d’être la référence, se tourne d’abord vers la Chine, qui représente 17 % de ses échanges extérieurs. Elle recherche des partenariats dans les domaines nucléaire et militaire avec l’Afrique du Sud et le Brésil. Enfin, elle développe ses relations diplomatiques et économiques avec l’Inde, le Viêt Nam, l’Égypte, la Turquie et l’Iran.

Prise de conscience de l’Allemagne. L’Allemagne se considère comme une puissance « civile », sceptique sur l’emploi de la force, explique le général Maurice de Langlois. Privilégiant une approche multilatérale pour éviter les risques, son Livre Blanc 2006 sur la sécurité n’évoque pas la notion d’intérêt national et manque de réflexion stratégique, selon le général. Intégrée à l’OTAN dès 1955, la Bundeswher est pourtant intervenue en ex-Yougoslavie, Afrique et Afghanistan, quoique souvent soumise au « caveat » national (limitation des missions opérationnelles par le gouvernement). Mais en 2011, l’opinion publique a pris conscience de la nécessité de maintenir la violence en cas de remise en cause de la co-existence pacifique. Le délai d’alerte opérationnelle de la Bundeswehr est passé à 48 h. Le budget de la Défense doit croître de 8 Md€ d’ici à 2019, notamment pour augmenter ses investissements et améliorer la disponibilité de ses équipements.

Réticences de la Grande-Bretagne. Malgré l’hésitation de son opinion publique à l’envoi de troupes en opérations extérieures, la Grande-Bretagne se croit encore une grande puissance et veut étendre son influence dans le monde, souligne le général de Langlois. Elle préfère envoyer des experts militaires et civils, à titre préventif. La force armée, quoique considérée comme la clé de voûte de la sécurité, ne doit être employée qu’après tous les autres moyens. De leur côté, les États-Unis estiment que la Grande-Bretagne ne remplit plus son rôle dans les grandes opérations qu’ils mènent.

Loïc Salmon

Selon Falashadé Soulé-Kohndou, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud constituent un groupe « d’États émergents », qui recherchent une influence politique internationale, basée sur leur statut de puissance régionale. Ils développent leur capacité militaire et préfèrent l’action collective à l’initiative individuelle. Ils utilisent la diplomatie selon les enjeux : système financier international, droits de l’Homme, gouvernance internationale ou réforme du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils s’impliquent dans les médiations entre pays en litige et dans les opérations de maintien de la paix. Toutefois, leur influence politique reste limitée. Ainsi, l’Inde et l’Afrique du Sud s’abstiennent régulièrement lors du vote sur des résolutions des Nations unies mettant en cause la Russie ou la Chine.




Cyber : de l’omniprésence à l’hyperpuissance

Présent dans tous les relais d’activités économiques, le monde numérique (cyber), surtout américain, dispose d’énormes moyens financiers, d’une formidable puissance de calcul et d’une capacité à modéliser des comportements dans tous les domaines.

Olivier Sichel, président-directeur général de Leguide Group et co-fondateur de l’Open Internet Project, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 19 mars 2015 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

L’hégémonie des États-Unis. La puissance financière de l’univers numérique se chiffre en centaines de milliards de dollars, explique-t-il. Sur les 20 plus grandes « plates-formes numériques » dans les monde, 13 sont américaines dont les 3 principales, à savoir Google, Facebook et Amazon, réalisent un chiffre d’affaires cumulé équivalent au produit intérieur brut du Danemark (248,9 Md€ en 2013). Google va devenir un opérateur mondial de téléphones mobiles, réduisant les autres au rôle de poseurs d’infrastructures. La capacité financière des plates-formes américaines leur permet de consolider leurs positions et de racheter des concurrents. Rien qu’en France, les « start up » (jeunes entreprises à fort potentiel de croissance) sont rachetées  jusqu’à 30 fois leur bénéfice annuel ! Il s’ensuit un très fort dynamisme du numérique américain, qui capte systématiquement tous les services informatiques gratuits. Ces données sont ensuite traitées en vue d’une rentabilité publicitaire. La plate-forme LinkedIn connaît ainsi une croissance exponentielle. Par ailleurs, l’irruption des logiciels dans tous les secteurs économiques transforme l’échelle des valeurs. Les États-Unis ne cachent plus leur volonté de contrôler la chaîne des valeurs, indique Olivier Sichel. Le président Barack Obama a même déclaré : « Nous possédons Internet » ! Son cabinet inclut 16 anciens cadres dirigeants venus de Google. Le « complexe digitalo-industriel » apparaît plus puissant que le « complexe militaro-industriel »… dénoncé en 1961 par un autre président américain, le général Dwight Eisenhower. Par la diffusion massive de messages écrits et de vidéos, les plates-formes américaines Facebook et YouTube développent en fait une grille de lecture culturelle de la société et des valeurs et exercent, sur le monde, une influence différente de celle des pays européens. Google, entend aussi conquérir, à terme, le marché de l’automobile. Depuis 2010, il développe le concept de la voiture autonome sans chauffeur, dont le pilotage automatique comprend un « lidcar » (faisceau de lumière), une caméra, un récepteur de navigation GPS et des capteurs sur les roues motrices. En outre, Google a déjà déposé un brevet de sélection des molécules ADN, qui renferment toutes les informations génétiques d’un être vivant et qui permettent son développement et son fonctionnement. D’autres entreprises travaillent sur les nanotechnologies (structures infiniment petites) et la biologie, en vue d’améliorer les capacités du corps humain. L’essentiel des capacités numériques américaines se trouve rassemblé dans la « Silicon Valley » (voir encadré) : laboratoires de recherches, universités de Berkeley et de Stanford, entreprises de hautes technologies, plates-formes numériques et ressources financières.

Le retard des autres pays. La Russie et la Chine ont développé leurs moteurs de recherche, pour éviter de passer par Google, et renforcé leur régulation pour se protéger de l’ingérence américaine. En revanche, l’Union européenne (UE) a raté le départ du « train numérique », constate Olivier Sichel. Selon lui, elle manque « d’intelligence numérique », pour concevoir les innovations qui intéressent l’usager dans sa vie quotidienne comme, par exemple, les bracelets ou lunettes donnant en direct des informations sur sa santé. Il s’ensuit peu de prospective et d’anticipation sur les décisions probables des internautes. Pourtant, les compétences ne manquent pas, mais l’absence de régulation empêche l’émergence de géants informatiques européens. En France, la formation aux hautes technologies se limite à certaines grandes écoles d’ingénieurs. Les crédits à l’innovation et à la recherche favorisent les « start up ». Mais, ils deviennent insuffisants pour les entreprises de taille intermédiaire, alors que leurs homologues américaines peuvent recevoir des millions de dollars. En outre, ces dernières profitent de la défiscalisation du commerce numérique dans certains pays de l’UE, comme l’Irlande ou le Luxembourg, pour s’y installer et payer moins d’impôts qu’aux États-Unis. Chaque année, la France perd 1 Md€ de recettes fiscales imputables à Google, Facebook et Amazon, qui paient 22 fois moins d’impôts que les sociétés françaises de services informatiques !

Comment inverser ces tendances. L’UE devrait se doter d’une autorité de régulation, faire valoir ses droits, imposer ses règles et prévoir des sanctions significatives en cas d’infractions, estime Olivier Sichel. France Télécom, où il a travaillé, pourrait techniquement éliminer du marché l’opérateur de téléphonie mobile Free en changeant simplement sa clé d’accès à Internet. Les pouvoirs publics pourraient créer les conditions de développement d’entreprises de services informatiques par la libre concurrence et éviter de devenir victimes de la position dominante de quelques grands groupes. En outre, l’UE devrait pouvoir conserver chez elle les données numériques ouvertes, d’origine publique ou privée (« open data »), et ne pas les laisser partir aux États-Unis. La France et surtout l’Allemagne, en raison de son passé (Gestapo et Stasi), s’inquiètent aussi de la collecte massive de données personnelles par les plates-formes américaines et exigent la transparence des algorithmes. Par ailleurs, l’affaire Snowden a révélé la collaboration entre l’agence de renseignement NSA et certaines plates-formes numériques américaines pour échanger des données contre un soutien politique, en vue de conquérir des marchés dans le monde. Toutefois, l’UE a compris le danger et rompu tout lien de confiance avec ces entreprises. Enfin, elle devrait développer sa capacité à lever l’impôt. L’Allemagne a pris conscience des enjeux stratégiques et de souveraineté liés au cyber et se positionne sur la scène diplomatique, alors que la France est jugée trop protectionniste pour se faire entendre en matière de fiscalité, souligne Olivier Sichel.

Loïc Salmon

Cyberespace : enjeu de puissance ou soupape de sécurité ?

Cyberespace : enjeux géopolitiques

La « Silicon Valley » (vallée du Silicium) dans la baie de San Francisco (côte Ouest des États-Unis) désigne une région de 2 millions d’habitants et 6.000 entreprises de hautes technologies. Elle a connu une immigration massive au début des années 2000. Une autre langue que l’anglais y est aujourd’hui parlée dans 48 % des foyers. Environ 55 % des employés dans les domaines des sciences et technologies sont nés hors des États-Unis, surtout en Inde et en Chine. Toutefois, la « Silicon Valley » est aujourd’hui concurrencée par de nouveaux « technopôles » : Bangalore en Inde, où de nombreuses entreprises de hautes technologies y délocalisent leurs centres d’appel et même une partie de leurs activités ; Paris-Saclay en France ; Skolkovo (banlieue de Moscou) en Russie.




Chine : une stratégie de plus en plus mondiale

Après avoir succédé à l’URSS comme principale nation rivale des États-Unis, la Chine durcit et élargit la dimension régionale de sa sécurité, avec le risque de heurter les pays voisins et au-delà.

Son rôle mondial a été abordé au cours d’un colloque organisé, le 8 décembre 2014 à Paris, par le Club Participation et Progrès et la revue Défense Nationale. Y sont intervenus : Michel Jan, sinologue ; le général (2S) Alain Lamballe de l’Académie des sciences d’outre-mer ; le général (2S) Henri Paris, président de « Démocraties ».

« L’Empire du Milieu ». En matière de sécurité nationale et de diplomatie, le président Xi-Jinping affirme les ambitions de la Chine sur son environnement régional, souligne Michel Jan. Sa nouvelle équipe dirigeante, opposée à la démocratie à l’occidentale, veut changer les règles internationales, une fois réalisées la stabilité intérieure du pays et la modernisation de ses armées. Résultante d’une classification confucéenne et du maoïsme, la loi chinoise codifie les directives du Parti communiste qui présentent une continuité avec la politique impériale. L’Histoire tumultueuse de la Chine montre que les périodes d’harmonie et de stabilité correspondaient à un pouvoir central fort. Selon Michel Jan, la Chine rêve de donner la priorité à l’Asie, mettre fin à la suprématie des États-Unis et mettre le droit international au service de sa politique commerciale. La puissance économique et militaire du pays devrait lui permettre de rouvrir l’antique « Route de la soie » vers l’océan Indien et l’Europe. Pour se préparer à assurer la sécurité régionale en mer de Chine méridionale, elle envoie ses bâtiments militaires s’entraîner en océan Indien avec ceux des Marines étrangères. Sa diplomatie périphérique porte sur la coopération régionale pour supplanter la suprématie militaire américaine en Asie, qui fait obstacle à sa politique économique et commerciale. La Chine promeut les organisations internationales où la présence occidentale reste limitée. Ainsi, lors du sommet  de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie, tenue à Shanghai en mai 2014 (27 pays membres et 6 observateurs), Xi-Jinping a proposé une « vision commune, globale, coopérative et durable ». Le 24 octobre 2014, la Chine et vingt autres pays ont signé un protocole d’accord sur l’établissement, en Asie, de la « Banque asiatique d’investissements dans les infrastructures » (BAII), conçue comme un contrepoids à la Banque mondiale ou à la Banque asiatique de développement. Selon les médias chinois, la BAII disposera d’un capital initial de 50 Md$, principalement d’origine chinoise, pour améliorer transports, barrages et ports dans la région. A l’ONU, la Chine n’hésite pas à utiliser son droit de veto, mais ignore le droit international de la mer. Quoique membre permanent du Conseil de sécurité, elle ne s’implique guère dans la résolution des crises internationales, sauf quand elle peut en tirer un avantage. Elle exige des pays partisans d’un dialogue qu’ils acceptent ses demandes, avec des conséquences insupportables pour eux et un risque élevé de guerre, conclut Michel Jan.

Différends frontaliers et fluviaux. La Chine n’oublie pas les traités qu’elle juge « inégaux » et, depuis 1949, tente de reprendre certains territoires perdus, indique le général Lamballe. Sa frontière avec le Bhoutan n’est pas délimitée et elle a déjà récupéré 1.000  km2 dans le Tadjikistan, riche en minerais. Avec la Russie, le traité de Nertchinsk de 1689 lui avait accordé un droit sur les populations chinoise et mandchoue vivant en Sibérie. Mais celui de Aihun (1858) lui a enlevé la rive gauche du fleuve Amour, qu’elle ne revendique plus. Celui de Pékin (1860), que la Chine conteste encore, lui a retiré la province de l’Oussouri, où sera fondé le port russe de Vladivostok. Aujourd’hui, les travailleurs chinois, dont la Russie a besoin pour développer la Sibérie, affluent à la périphérie des villes. Par ailleurs, la Chine n’a signé aucune convention internationale relative au partage des eaux des fleuves avec les autres pays riverains. Elle a déjà entrepris des travaux sur le Mékong sans en informer les pays en aval (Laos, Thaïlande, Cambodge et Viêt Nam). Ses contentieux avec l’Inde portent sur le Brahmapoutre, qui prend sa source au Tibet, et 90.000 km2 de territoire frontalier. Chine et Inde massent des troupes de part et d’autre, mais préfèrent la négociation à l’affrontement armé. Enfin, le centre de gravité du monde se déplace vers elles, car elles totalisent 40 % de sa population, souligne le général Lamballe.

Duel sino-américain. Grâce à l’extraction du gaz de schiste sur leur sol les États-Unis n’ont plus besoin d’importer du pétrole, contrairement à la Chine dont la consommation en dépend à 50 %, rappelle le général Paris. Il s’ensuit une rivalité entre eux pour le contrôle des zones maritimes riches en ressources pétrolières. Sur le plan militaire, la Chine ne dispose que de 3 sous-marins lanceurs d’engins (SNLE), tout juste capables de prendre la mer. De leur côté, les États-Unis déploient 12 SNLE, dont 4 ou 5 en patrouille opérationnelle, et 11 porte-avions pour contrôler le Pacifique et l’océan Indien. Présents en Extrême-Orient depuis 2012, ils n’ont laissé en Europe, depuis le 1er janvier 2014, que 70.000 hommes peu aptes au combat. En 2002, les États-Unis ont dénoncé le traité sur la limitation des armes nucléaires stratégiques signé en 1972 avec l’URSS, que respectent implicitement la France, la Grande-Bretagne et la Chine. Pour constituer leur bouclier antimissile, ils ont établi 35 sites de lancement en Alaska et dans le Dakota du Nord. Ce bouclier agirait par : destruction du missile assaillant par collision avec un missile lancé d’un de ces sites ; impulsion électromagnétique pour dérégler son système de navigation ; cyberattaque du segment sol par un virus. Il fonctionne grâce à la surveillance spatiale, qui détermine le tir du missile et sa provenance. Or la Chine est déjà parvenue à détruire un satellite par collision. En outre, sur le plan stratégique, elle entretient des alliances avec la Corée du Nord, devenue puissance nucléaire et perturbatrice dans la région Asie-Pacifique, et la Russie, qui s’écarte de l’Occident. Aujourd’hui, les États-Unis l’emportent sur la Chine, mais ce ne sera plus vrai dans 30 ans car celle-ci accroît sa puissance, avertit le général Paris. La perspective d’une guerre existe, non pas « nucléaire » mais « froide » avec l’Afrique comme enjeu, conclut-il.

Loïc Salmon

Chine : montée en puissance plus diplomatique que militaire

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Afrique : nouvelle frontière de la Chine avec des enjeux stratégiques

La France a été le premier grand pays occidental à reconnaître la Chine populaire en 1964 et à y nommer un ambassadeur de plein exercice. Selon le ministère des Affaires étrangères, la relation bilatérale se caractérise, depuis 1997, par un partenariat global stratégique de haut niveau et par un dialogue sur tous les sujets, y compris celui des droits de l’Homme. La Chine, l’un des moteurs de la croissance économique mondiale, est devenue le premier partenaire commercial de la France en Asie. Toutefois, le déficit de la balance commerciale de la France avec elle a atteint 26 Md€ en 2013, soit près de 40% du déficit extérieur total de la France. Le rééquilibrage par le haut s’appuie sur l’application nécessaire du principe de réciprocité, souligne le ministère.




Centrafrique : mission accomplie pour la Force européenne

L’intervention de la Force de l’Union européenne en Centrafrique (EUFOR RCA) a constitué un test d’efficacité et de réactivité en cas d’urgence pour les États membres, estime son commandant, le général de division Philippe Pontiès. Il en a dressé le bilan, devant la presse, à Paris le 19 mars 2015. Décidée par la résolution 2134 du Conseil de sécurité de l’ONU du 28 janvier 2014 autorisant le recours à la force, l’EUFOR RCA a disposé d’un budget total de 38 M€ pour 9 mois d’activité opérationnelle, du 15 juin au 15 décembre 2014 avec une prolongation jusqu’au 15 mars 2015. Avec les forces de police et de gendarmerie centrafricaines, elle a rétabli la sécurité dans les 3ème (quartier musulman) et 5ème (quartier chrétien) arrondissements de la capitale Bangui. Pour la première fois, un élément de gendarmerie européenne a été confronté à des groupes armés, au grand banditisme et à la lutte contre la fraude pendant des pics de violence. L’EUFOR RCA a aussi restauré la liberté de mouvement de la population par la construction d’un pont entre les 6ème et 2ème arrondissements. Aujourd’hui, ce pont de 300 kg, type même d’une action civilo-militaire, permet la circulation de 4.000 véhicules par jour. En outre, l’EUFOR RCA a assuré un soutien aux organisations humanitaires, gouvernementales ou non, et appuyé le déploiement de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies (MINUSCA). Le nombre de personnes réfugiées à l’aéroport du camp de M’Poko est passé de 100.000 en janvier 2014 à 20.000 en février 2015. L’EUFOR RCA a accompagné le dialogue de réconciliation nationale, à savoir des consultations populaires sur la lutte contre l’impunité des criminels, le rétablissement de la justice et la restructuration de l’État. Un rapport de synthèse doit déboucher sur un texte constitutionnel, qui sera soumis à référendum. Selon le général Pontiès, les clés du succès de l’EUFOR RCA résident notamment dans la qualité du dialogue politico-militaire avec les autorités centrafricaines, la mise en œuvre d’une approche globale et la coordination des forces internationales. L’EUFOR RCA comprenait : un quartier général d’opérations (OHQ, état-major stratégique) de 130 personnels (20 nations) à Larissa (Grèce) ; un quartier général de forces (FHQ, état-major sur le terrain) de 65 personnes (14 nations) à Bangui ; 750 militaires (8 nations) déployés dans Bangui. L’importance des effectifs des états-majors résulte du nombre élevé de nations engagées et du fait que certains pays ne voulaient pas envoyer de militaires sur le terrain. Par ailleurs, quoique non membre de l’Union européenne, la Géorgie a été la 2ème nation contributrice après la France. Les forces françaises de l’opération « Sangaris » (1.700 militaires aujourd’hui) ont en effet apporté un appui jugé indispensable. De son côté, l’Agence européenne de défense a participé à une cyberdéfense de niveau élevé. Toutefois, l’EUFOR RCA a présenté des lacunes en matière de renseignement, d’aéromobilité, de commandement et de contrôle, estime le général Pontiès. Enfin, elle déplore 16 blessés et 1 mort (français).

Loïc Salmon

Centrafrique : passage de relais des forces Sangaris et EUFOR RCA à la MINUSCA

Centrafrique : l’opération « Sangaris » un an après

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise




OTAN : améliorer la disponibilité et la réactivité

L’OTAN retrouvera sa réactivité, perdue depuis la fin de la guerre froide (1991), par l’entraînement et les exercices majeurs. En outre, les lignes de forces de demain doivent être tracées aujourd’hui.

Son chef du « Commandement suprême allié de la transformation », le général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, en a débattu, le 19 novembre 2014 à Paris, avec l’Association des journalistes de défense.

Incertitude permanente. Aux risques de tirs de missiles balistiques et d’emplois d’armes de destruction massive, s’ajoute aujourd’hui la menace dans le cyberespace. Il faut aussi, par l’anticipation, identifier les signaux faibles aux frontières terrestres, aériennes et maritimes des 28 pays membres de l’OTAN. La Russie et la Chine développent leurs moyens offensifs (missiles et avions de combat), mais leur capacité de déploiement reste encore difficile à évaluer dans le temps. Elles montent de très grands exercices, signes que leurs capacités techniques et humaines ne doivent pas être sous-estimées. Les États-Unis ont déjà déplacé leur pivot de défense vers l’Asie. L’OTAN adopte une position dynamique, pour disposer du volume de forces nécessaires là et quand le besoin s’en fait sentir. Si les forces aériennes russes enfreignent les règles internationales en matière de survol intempestif (Ukraine et États baltes), le niveau de risques de malentendus et de méprises augmente. Toutefois, le général Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air, recommande la prudence et la modération. Il s’agit de détecter, d’identifier et d’intercepter les avions qui ne respectent pas les règles d’authentification et de dépôt de plan de vol. La souveraineté des pays membres de l’OTAN n’a pas encore été menacée : aucun incident ne s’est produit récemment en matière de sûreté aérienne. Néanmoins, le nombre de décollages d’avions de chasse de l’OTAN augmente pour assurer la sécurité au-dessus des États baltes et de la Pologne. La relation de confiance, établie depuis une vingtaine d’années, entre l’Union européenne (UE) et la Russie s’effrite dans les domaines militaire, énergétique et financier. Par ailleurs, le continuum défense et sécurité s’impose contre la menace « hybride » (criminalité et terrorisme) de déstabilisation, souligne le général. Les grandes puissances peuvent influer sur le cours des événements par des pressions économiques, la communication et l’intimidation militaire. Les mouvements extrémistes, qui sévissent dans certains pays du Sud de la Méditerranée, manifestent de grandes capacités d’agressivité, de réactivité et d’anticipation. Leurs campagnes de communication deviennent tellement outrancières, que plus personne ne les contestent. « Dès qu’un responsable de l’OTAN parle, il y a une réaction dans les secondes qui suivent et qui insinuent au moins le doute ».

Réduire les déficits capacitaires.

Depuis 65 ans, l’OTAN a permis aux pays d’Europe de l’Ouest de se développer et a assuré leur défense collective, rappelle le général. Aujourd’hui, 22 pays de l’UE ont fait le choix stratégique d’adhérer à l’OTAN, avec la volonté politique que « les valeurs de démocratie et de liberté l’emportent sur le centralisme démocratique et l’obscurantisme ». Pourtant, depuis quelques années, les pays de l’OTAN, surtout les membres de l’UE, réduisent leur effort de défense. Les États-Unis comblent ce déficit capacitaire au niveau de l’OTAN et la France fait de même à celui de l’UE. L’OTAN, rappelle le général, est une alliance de nations souveraines, où chacune décide selon ses intérêts politiques, économiques et commerciaux et se positionne par rapport à sa vision du monde futur. Les restrictions budgétaires affectent surtout les équipements et, par voie de conséquence, les capacités militaires. Or, l’OTAN ne peut plus se permettre de se disperser. L’interopérabilité multiplie par 3 ou 4 les capacités de chaque pays membre. Ainsi, les armées de l’Air se sont transformées et s’entraînent en commun. « La disponibilité se gagne au quotidien ». La France adapte ses capacités à la menace en visant l’efficacité et la polyvalence. Elle construit bâtiments de projection et de commandement, frégates multimissions, avions multirôles (transport et ravitaillement en vol) et systèmes sol/air, qu’elle peut fournir aux pays partenaires qui le souhaitent. Par ailleurs, l’OTAN entreprend des exercices inopinés pour améliorer ses procédures d’entraînement et de contrôle. Ses engagements en Afghanistan et en Libye avaient entraîné une suppression des exercices en 2012. Cependant, les 4 grands exercices de 2014 ont été planifiés avant la crise ukrainienne. En outre, depuis mai 2014, le nombre d’exercices tactiques a été multiplié par 3, surtout à l’Est de l’Europe où il s’en déroule 1 tous les 2 jours. Lors du sommet de l’OTAN au pays de Galles (septembre 2014),  il a été décidé de créer, au sein de la NRF (encadré) une force opérationnelle interarmées dénommée VJTF, encore plus entraînée que l’IRF. Selon le général Paloméros, il s’agirait d’une brigade (7.000 personnels) avec des moyens de renseignement et de transport et capable de se déployer en 5 jours entre la Baltique et la mer Noire. Pour que l’OTAN regagne sa crédibilité, l’Italie, le Portugal et l’Espagne organiseront, en septembre et octobre 2015, un exercice majeur dénommé « Trident Juncture 2015 » et qui mobilisera 25.000 personnels. A partir de 2016, la NRF participera à un programme d’exercices élargis et de plus grande ampleur.

Préparer l’avenir. Les capacités militaires de demain devront être élaborées selon des mesures soutenables politiquement et dans la durée, souligne le général chargé de la transformation de l’OTAN. Il faudra, dès 2015, identifier les déficits capacitaires, établir un équilibre des grandes menaces à l’Est et au Sud et adapter les processus de planification. D’autres critères entrent en jeu : éviter de répondre à une menace par la technologie pure ; prendre en compte le coût d’entretien et de soutien des équipements ; éviter la fuite en avant technologique, car la plupart des pays membres ne pourront suivre. Il conviendra de se fixer des objectifs au-delà d’une quinzaine d’années. Par exemple, les AWACS (avions de détection et de commandement aéroporté), que seuls les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie Saoudite et l’OTAN possèdent, arriveront en fin de vie en 2030. Les armées auront à travailler avec les industriels pour déterminer les capacités de demain, tirer les leçons du passé, se concentrer sur le présent et évaluer les hypothèses, notamment démographiques et climatiques, dans une vingtaine d’années.

Loïc Salmon

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

OTAN : garantie d’une vision globale en matière de défense

La « Force de réaction de l’OTAN » (NRF en anglais) est une force internationale (30.000 personnels) de haut niveau de préparation, faisant appel aux technologies de pointe et regroupant des composantes terre, air et mer et des forces spéciales, que l’Alliance atlantique peut déployer rapidement partout où cela est nécessaire. Elle compte : un élément de commandement et de contrôle de la structure de commandement de l’OTAN ; la « Force interarmées de réaction immédiate » (IRF, 13.000 personnels); un pool de forces complémentaires.




Centrafrique : l’opération « Sangaris » un an après

Depuis leur intervention en République Centrafricaine le 5 décembre 2013, les forces françaises de l’opération « Sangaris » ont réussi à rétablir la sécurité dans la capitale Bangui et l’Ouest du pays. Leur commandant depuis le 17 juin 2014, le général Éric Bellot des Minières, a dressé un premier bilan devant la presse au cours d’une visioconférence, réalisée le 4 décembre 2014, entre Bangui et le ministère de la Défense à Paris. En un an, 9.000 soldats se sont succédé au sein de « Sangaris », qui déplore 3 morts et 120 blessés. Quelque 14 t de munitions et d’explosifs et 8.000 armes de guerre ont été saisis. « Le moral des troupes est bon », a souligné le général, qui l’a constaté à tous les niveaux. Par ailleurs, « la population, exaspérée, aspire à une paix durable. Les groupes armés ont perdu l’essentiel de l’adhésion de la population ». Les réfugiés estiment le niveau de sécurité suffisant pour envisager leur retour. En un an, leur nombre est passé de 100.000 à 20.000. Des pics d’insécurité demeurent, mais sont de plus en plus courts et de moins en moins violents. Il n’ y a pas de relents de djihadisme. L’action des groupes armés reste limitée et s’apparente plus au banditisme qu’à la lutte idéologique. L’activité économique a repris à Bangui et le contrôle douanier assure à nouveau des recettes fiscales importantes à l’État. Les soldats de « Sangaris » appuient ceux de la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation de la République Centrafricaine (MINUSCA) et ceux de la force de l’Union européenne en République Centrafricaine (EUFOR RCA). Le mandat initial de l’EUFOR RCA, qui devait se terminer mi-décembre, sera prolongée jusqu’en mars 2015. Cela permettra d’établir un calendrier de retrait de « Sangaris », en phase avec la montée en puissance de la MINUSCA. « Sangaris » densifie sa présence en diminuant le nombre de personnels sur le terrain, mais en accroissant celui des matériels pour renforcer les capacités aéromobiles et d’appui feu. A cet effet, , trois hélicoptères Tigre sont arrivés en novembre pour effectuer des missions d’attaques au sol, de reconnaissance et de protection, de jour comme de nuit. Ils complètent l’action des véhicules blindés de combat d’infanterie et des drones de reconnaissance au contact. Toutefois, la solution n’est pas seulement militaire, précise le général Bellot des Minières, et nécessite une approche plus globale avec l’action des organisations non gouvernementales sur le terrain et l’arrivée d’investisseurs industriels. Les autorités politiques de transition parcourent le pays pour adresser des messages d’apaisement à la population. Enfin, le Conseil national de transition réfléchit au mode de scrutin, en vue d’élections générales en été 2015.

Loïc Salmon

Centrafrique : passage de relais des forces Sangaris et EUFOR RCA à la MINUSCA

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise