Cyberespace : enjeu de puissance ou soupape de sécurité ?

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A l’ère du cyberespace, la souveraineté étatique se dilue et de nouveaux acteurs montent en puissance. Guillaume Tessier, directeur général de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS), a présenté la situation au cours d’un séminaire organisé, le 21 mai 2014 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. La capacité cyber d’un pays multiplie sa puissance conventionnelle. Celle-ci varie de l’attraction à la coercition, en passant par la persuasion, l’assimilation, les sanctions et la menace. Le cybersepace se caractérise par trois « couches » susceptibles d’être attaquées : physique (les infrastructures et l’électronique) ; logique (les réseaux, données et applications) ; cognitive (le sens et les idées). La guerre électronique agit dans le spectre électromagnétique par brouillage, leurrage (contre-mesure électronique pour missiles autoguidés) ou même destruction des équipements et systèmes d’armes de l’adversaire (couche physique). La lutte informatique consiste à injecter des données dans la couche logique adverse, entraînant un déni de service de ses systèmes d’armes ou de ses réseaux de télésurveillance et d’acquisition de données (SCADA), qui contrôlent les serveurs et la bureautique (postes de travail) d’une entreprise ou d’une organisation. Enfin, la couche cognitive peut faire l’objet d’influences ou de duperies. Dans le cyberspace, la puissance d’un pays repose sur ses infrastructures, ses capacités scientifiques et techniques, sa base industrielle, sa capacité de lutte contre la cybercriminalité, sa cyberdéfense, sa stratégie globale et sa volonté politique. En matière de lutte contre la cybercriminalité, les États recrutent des « hackers » (pirates informatiques) pour développer  leur cyberdéfense. En 2013, les révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage des pays « amis » des États-Unis par l’agence de renseignement NSA, la croissance de la cybercriminalité sur le territoire américain et la montée en puissance de certains pays émergents ont ébranlé la suprématie des États Unis dans le cyberspace. Selon les critères de 1 à 6 dans l’échelle de puissance de la CEIS, les États-Unis restent en tête à 5, suivis de près par Israël (4,5), la Grande-Bretagne (4,5) la Chine (4,5), le Japon (4), la Corée du Sud (4), le Brésil (4),  l’Allemagne (4), l’Inde (3,5), la Russie (3,5), l’Iran (3) et … la Syrie (2,5) ! Les discours alarmistes des autorités politiques visent à préparer l’opinion publique au conflit dans le cyberespace. Alors que la Russie et la Chine cherchent à sécuriser les moyens physiques, les États-Unis préfèrent sécuriser les contenus. En France, selon Guillaume Tessier, les experts de la Direction des affaires stratégiques et de l’État-major des armées analysent leurs pratiques, en vue d’applications dans le domaine militaire.

Loïc Salmon

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