Recherche stratégique : connaître et comprendre chaque région du monde

L’évaluation, par les chercheurs, des transitions et des inflexions de l’environnement géopolitique dans le temps long, permet d’imaginer les menaces et les opportunités futures.

La ministre des Armées, Florence Parly, s’est exprimée à ce sujet lors d’un colloque organisé, le 11 septembre 2019 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM) à l’occasion de son dixième anniversaire. Y sont aussi intervenus : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’IRSEM ; général (2S) Jérôme Pellistrandi, Revue Défense Nationale ; Etienne de Durand, Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées ; colonel (er) Michel Goya, historien militaire ; Hervé Drévillon, Service historique de la défense (SHD).

Réflexion et action. En agrégeant tous les savoirs, études et recherches du ministère des Armées depuis dix ans, l’IRSEM agit comme la vigie de la défense de la France par l’observation, l’information et l’orientation, souligne Florence Parly. Il stimule la recherche stratégique « à la française », à la confluence de l’histoire, de la géographie, de l’économie et des sciences politiques. La vitalité de la recherche stratégique contribue aux capacités de connaissance, d’anticipation et d’analyse des crises pour éclairer les décisions et enrichir les échanges avec les partenaires étrangers. La DGRIS, à laquelle l’INSERM est rattaché, propose, aux « think tanks » et instituts de recherche, des contrats d’études sur plusieurs années et concentrés sur les enjeux majeurs, comme la dissuasion nucléaire, le cyber ou les arcs de crise. En outre, la DGRIS finance directement des projets de recherche et une quarantaine de thèses par an pour promouvoir l’émergence d’une relève parmi les jeunes. En 2018, ont été créés des labels « centres d’excellence », destinés à faire émerger des pôles académiques pour étudier la guerre. Ils ont déjà présélectionné des projets de recherche à Paris, Lyon, Bordeaux et Grenoble. En outre, la loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit un investissement de 10 M€ par an dans la recherche stratégique. En février 2019, la DGRIS a lancé le « Club Phœnix » pour créer un espace d’échanges et de dialogue entre l’administration, la recherche et le secteur privé. En janvier 2020, l’IRSEM et la DGRIS vont ouvrir la première édition du projet « Fabrique Défense » destiné aux jeunes de18-30ans, en vue de l’émergence d’une culture stratégique européenne. A ce propos, la nouvelle Commission européenne inclut, pour la première fois, un poste de commissaire à la défense. Enfin, deux jours avant le colloque de l’IRSEM, les ministres des Armées et des Affaires étrangères français et russes se sont rencontrés à Moscou pour reprendre le dialogue, interrompu depuis six ans, sur la coordination en matière de sécurité.

Perspective historique. Les nations font la guerre avec davantage de civils que de militaires, rappelle le colonel Goya. Pendant la première guerre mondiale, la transformation des armées a été réalisée grâce aux universitaires incorporés et aux militaires disposant d’un bagage universitaire. La recherche stratégique implique une argumentation scientifique avec un discours réfutable. Par exemple, comment une innovation technique et la démographie prennent autant d’importance dans les armées et la société. De son côté, Hervé Drévillon estime que la recherche stratégique nécessite une dimension internationale, car la guerre est une interaction entre nations. Il conviendrait aussi de développer des programmes de recherches pluriannuels. Pour mutualiser les moyens et élargir les réseaux, le SHD coopère déjà avec son homologue allemand et négocie avec son homologue canadien.

Défis à relever. Le monde redevient multipolaire, estime le général Pellistrandi, par le retour des empires, géographiques ou virtuels, avec un impact direct sur la démocratie. Face aux rapports de force imposés par les Etats-Unis, la Chine et la Russie, se pose la question de la capacité technologique européenne. Du fait de la vision mondiale de la France, la réalité opérationnelle de ses forces armées, qui paient le prix du sang, conditionne la réflexion stratégique. Celle-ci souffre du cloisonnement des approches et du manque de reconnaissance académique, car ses recherches ne correspondent pas aux critères universitaires. Le monde de la recherche stratégique n’inclut qu’une dizaine de militaires susceptibles de présenter le point de vue des praticiens. La réflexion sur le temps long nécessite la mise en perspective de leur expérience avec le dynamisme des jeunes chercheurs. Les travaux de la DGRIS et de l’Institut des hautes études de défense nationale méritent d’être diffusés, notamment auprès des élites administratives pour améliorer leur niveau sur les questions de défense et de sécurité. En matière de recherche stratégique, la DGRIS se trouve plus en position d’utilisateur que de demandeur, indique Etienne de Durand. Elle s’intéresse aux nouveaux domaines, à savoir l’espace, le cyber, l’intelligence artificielle et les drones, et le renouvellement des plus anciens, comme les programmes nucléaires et la compétition entre grandes puissances. Toutefois, l’insuffisance de la circulation des informations entre l’administration et le milieu de la recherche s’avère particulièrement dommageable. La capacité des chercheurs à comprendre les besoins du ministère des Armées va de pair avec la capacité de ce dernier à « absorber » les résultats des recherches. En effet, de nombreux articles, peu lisibles pour les non spécialistes, semblent déconnectés des enjeux du ministère des Armées. Par ailleurs, le nombre d’étudiants augmente plus rapidement que celui des débouchés. Il faudrait pouvoir aller au-delà des contrats de 3 ans, pour assurer une pérennité sur 10 ou 20 ans.

Loïc Salmon

Selon Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, la recherche stratégique française a longtemps souffert de marginalisation, en raison du peu d’échanges entre les universitaires et les milieux politique et militaire, par crainte d’une atteinte à son indépendance. Elle se trouve fragmentée au nom de la défense du « pré carré » sur l’étude de la guerre. « Think tanks » et grandes entreprises y réfléchissent…mais pas ensemble ! Les chercheurs français, formés à l’étranger, importent la culture anglo-saxonne en France. En outre, la question de l’employabilité professionnelle des jeunes chercheurs se pose. Toutefois, une fécondation croisée entre monde de la recherche et forces armés s’instaure par l’engagement de chercheurs dans la réserve opérationnelle et par le nombre croissant de militaires poursuivant des études universitaires. L’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM) parvient à concilier indépendance éditoriale et relations privilégiées avec l’Etat-major des armées et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie. En dix ans, il a réalisé une centaine de missions à l’étranger. Il organise 90 événements par an et publie en anglais la moitié de sa production écrite. Actuellement, les chercheurs de l’IRSEM viennent à 80 % de l’université. Finalement, la complémentarité avec le milieu militaire constitue la bonne formule, estime son directeur.

Recherche stratégique : de l’anticipation à la réponse

Recherche stratégique : lancement du « Club Phœnix »

IRSEM : à l’intersection de la défense et de l’université




Armée de l’Air et Marine : une seconde chance pour les jeunes en difficultés scolaires

L’Ecole d’enseignement technique de l’armée de l’air et l’Ecole des mousses offrent des perspectives d’avenir professionnel à des jeunes de 16 à 18 ans sans diplôme, en vue d’acquérir un savoir-faire, technique, et un « savoir-être », grâce à une formation militaire.

Le colonel Thierry Fluxa et le capitaine de frégate Emmanuel Rouve, sortis de ces écoles qu’ils dirigent aujourd’hui, l’ont expliqué à la presse, le 5 septembre 2019 à Paris. Une élève technicienne, qui souhaite devenir mécanicien d’avion, et un matelot diplômé, qui va rejoindre le corps des fusiliers-marins, ont également présenté leur témoignage.

Les « arpètes ». Créée en 1949, l’Ecole d’enseignement technique de l’armée de l’air, dite des « arpètes » et féminisée depuis 1999, a accueilli 46.000 élèves, dont 244 en 2019, indique le colonel Fluxa. L’outil numérique et la « réalité augmentée » facilitent l’évolution des formations pour s’adapter aux besoins de plus en plus sophistiqués de l’armée de l’Air et aux attentes des élèves, qui veulent apprendre « autrement » et entrer rapidement dans des unités opérationnelles. L’encadrement est assuré par une trentaine d’enseignants du ministère de l’Education nationale et des instructeurs militaires, issus des unités opérationnelles et qui parlent de leur métier. L’école transmet aussi des valeurs, à savoir respect, intégrité, sens du service, excellence, honneur, travail et discipline. Outre le certificat d’aptitude professionnelle « aéro systèmes », l’école propose aux arpètes, depuis 2016, une scolarité de deux ans débouchant sur le baccalauréat, options scientifique (« bac S ») et technologique (« bac pro »). Tous les élèves qui se sont présentés en 2019 l’ont obtenu : 57,8 % de mentions pour le « bacs S » ; 77,5 % pour le « bac ST2D » (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable) ; 88,4 % pour le « bac pro aéro systèmes » ; 100 % pour le « bac pro aéro avionique ». La filière des « bacs pros » devient de plus en plus demandée par les familles.

Les « mousses ». Créé en 1856 et fermée en 1988, l’Ecole des mousses rouvre ses portes en 2009 dans le cadre du plan « Egalité des chances ». Seul établissement à incorporer des mineurs (niveau 3ème demandé) sous statut militaire, elle constitue un socle fort pour les équipages de la Marine, souligne le capitaine de frégate Rouve. En effet, le mousse, nourri et logé, signe un contrat d’un an à 350 €/mois. Montée régulièrement en puissance, l’école accueille aujourd’hui 240 élèves/an (27 % de filles), répartis par sections de 30 dirigées par un cadre militaire, sur les sites de Brest et Cherbourg. En 2021, elle va ouvrir un second internat, outil pédagogique de « réalité augmentée ». L’école donne une formation maritime par la pratique de la voile pour acquérir le sens de la discipline et de la hiérarchie. La scolarité, assurée par des cadres de l’Education nationale, dure 10 mois, dont 7 de tronc commun et 3 de formation métier avant les écoles de spécialité (5 semaines à 4 mois) vers 9 métiers différents. Son brevet permet au mousse de s’engager 4 ans comme matelot ou quartier-maître. Ensuite, il pourra présenter un dossier à l’Ecole de maistrance et devenir officier marinier. En dix ans, l’école a formé 1.828 mousses, dont 80 % sont restés dans la Marine. La majorité des autres a repris goût aux études et continué jusqu’au baccalauréat. « Un ancien mousse se reconnaît à son sens du devoir, sa conscience professionnelle et son adaptation à la vie » (Amiral Bernard Louzeau, chef d’état-major de la Marine de 1987 à 1990).

Loïc Salmon

Défense : la jeunesse au cœur du lien Armées-Nation

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Armée de l’Air : le drone MALE Reaper, missions et équipages

Les opérations extérieures (Opex) et les dispositifs particuliers de sûreté aérienne (DPSA) nécessitent un engagement élevé de drones MALE (moyenne altitude longue endurance) et de former beaucoup d’équipages.

Leurs enjeux ont été présentés à la presse, le 16 mai 2019 à Paris, par le colonel, chef de la division ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) de l’état-major de l’armée de l’Air, et le lieutenant-colonel commandant l’escadron de drones 1/33 « Belfort », implanté sur la base de Cognac. De plus, le mensuel Air Actualités d’avril 2019 inclut un dossier sur les drones de l’armée de l’Air.

Missions. Outre la posture permanente de sûreté aérienne du territoire national, les DPSA concernent les grands événements : défilés du 14 juillet et du 11 novembre à Paris ; voyage du pape Benoît XVI à Lourdes en 2008 ; Conférence de Paris sur le changement climatique (COP 21, 2015) ; sommets du G8 à Evian (2003) et à Deauville (2011). Les drones MALE sont aussi déployés en Opex : Kosovo (2001-2002) ; Afghanistan (2009-2012) ; Libye (2011) ; « Serval » au Mali (2013) ; « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne (depuis 2014). Ainsi, un système de drone Reaper au standard Block 1 apporte un appui direct à « Barkhane », pour une mission de coordination de frappe et de reconnaissance par transmission, au poste de commandement interarmées de théâtre (PICAT) de N’Djamena (Tchad), d’un renseignement élaboré en temps réel par son équipage. Cette mission se déroule en quatre phases : recherche des objectifs sur zone puis extraction de leurs coordonnées GPS ; transfert des données tactiques aux Mirage 2000D et attribution de cibles après autorisation d’ouverture du feu du PICAT ; dans le cas de 3 cibles, illumination de la cible 1 et transmission des coordonnées des cibles 2 et 3 aux avions de chasse ; maintien sur zone pour s’assurer de la réussite de la mission. Depuis 2013, les deux Reaper de « Belfort » ont éclairé une soixantaine de bombes guidées laser GBU 12 de 250 kg. Fin 2019, le drone au standard Block 5 pourra emporter un missile à faible charge militaire et à autodirecteur laser. Un deuxième système pourrait être mis en place directement à Niamey (Niger) en 2020. Le Reaper aide à la décision en temps réel et participe à la fusion du renseignement, grâce à sa connectivité avec les autres moyens de l’armée de l’Air. En 2030, celle-ci déploiera en permanence : 3 satellites CSO (composante spatiale optique) ; 3 satellites Ceres d’écoute et de renseignement électromagnétique ; 3 avions Falcon CUGE (charge universelle de guerre électronique) ; 16 drones Reaper et 8 stations sol ; 8 ALSR (avions légers de surveillance et de reconnaissance), complémentaires des drones ; des nacelles ASTAC (analyseur de signaux tactiques) et des systèmes de reconnaissance de nouvelle génération montés sur chasseurs ; l’écoute mobile « Sternes » sur véhicule terrestre.

Formation. L’armée de l’Air, qui dispose de 20 équipages opérationnels de Reaper en 2019, devra en former de 80 à 100 d’ici à 2030. Un équipage compte 1 pilote de drone, 1 pilote opérateur de capteurs, 1 officier de renseignement et 1 opérateur images. La 33ème Escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque, créée en 2019, va constituer un vivier d’experts de planification et de conduite des opérations. Les pilotes de drones seront recrutés directement, pour les deux tiers, et issus des unités de combat de l’armée de l’Air, pour un tiers, afin de maintenir cette polyvalence et ce savoir-faire spécifiques.

Loïc Salmon

Drones : préparer le combat aérien de demain

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Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français




Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Avec le début du programme « Scorpion » en 2019, les forces terrestres préparent la supériorité opérationnelle sur l’adversaire par le partage immédiat de l’information et l’accélération de l’action au combat.

Un point de situation a été présenté à la presse, le 11 avril 2019 à Paris, par trois colonels : le chef de bureau « capacités Mêlée-Inter domaines Scorpion » du Commandement des forces terrestres ; l’officier de programme Scorpion à l’état-major de l’armée de Terre ; le commandant de la Force d‘expertise du combat Scorpion (FECS).

Equipements et infrastructures. Le programme d’armement Scorpion comprend : le véhicule blindé multi-rôles Griffon (24,5 t) ; l’engin blindé de reconnaissance et de combat Jaguar (25 t) ; le véhicule blindé multi-rôles léger Serval (17 t) ; le char Leclerc rénové (55 t) ; le système d’information du combat Scorpion (SICS) pour tous les niveaux du groupement tactique interarmes (GTIA), livré en 2019 ; le poste de « radio logicielle » Contact (communications numériques tactiques et de théâtre) de nouvelle génération à haut débit et sécurisé, livré dès 2020 ; le système de préparation opérationnelle. La « vétronique », à savoir l’électronique embarquée sur les véhicules Scorpion, transforme les informations captées (bruit et départ de missile) en informations de combat partagées entre tous les véhicules. D’ici à 2025, seront livrés : 936 Griffon sur une série cible de 1.872 ; 150 Jaguar (300) ; 489 Serval (978) ; 122 chars Leclerc rénovés (200). En matière d’infrastructures, l’Ecole du matériel de Bourges a déjà reçu des bâtiments logistiques en 2018. D’autres sont en construction au 3ème Régiment d’infanterie de marine de Vannes et au 13ème Bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, lesquels recevront les premiers Griffon. Conclu en 2018 avec la Belgique, le partenariat stratégique « Camo » (capacité motorisée) prévoit la vente de 382 Griffon, de 60 Jaguar et du SICS à l’armée belge. Son volet opérationnel inclut des entraînements, de la formation et le maintien en condition opérationnel des matériels. Le programme Scorpion sera bientôt interopérable avec le système « Strike », dont se dote l’armée britannique.

Formation et expertise. Toute en conduisant ses opérations extérieures (« Chammal » et « Barkhane ») et intérieure (« Sentinelle »), l’armée de Terre assure une formation décentralisée de ses personnels, pour raccourcir le temps de mixité entre équipements d’ancienne et de nouvelle générations. Des « primo-formateurs » sont formés dans différents centres ou écoles pour des sessions de 2,5 jours pour 15 personnels (8 instructeurs et 7 moniteurs-pilotes). Ensuite, ils vont assurer les formations individuelles dans leurs propres unités et régiments, qui seront suivies d’entraînements collectifs en centres spécialisés (photo). Il faut 2,5 ans pour former un régiment. Le Laboratoire du combat Scorpion expérimente, par des exercices, la doctrine Scorpion jusqu’à sa validation sur le terrain par les troupes combattantes. Il analyse aussi l’apport des technologies civiles ou de l’industrie de défense : intelligence artificielle, réalité augmentée, robotique, munitions intelligentes ou armes laser. Depuis l’été 2018, la trentaine d’experts du combat collaboratif infovalorisé de la FECS conduisent des exercices d’évaluation technico-opérationnelle et tactique pour mesurer la performance de toutes les composantes du futur GTIA Scorpion. Enfin, des rendez-vous sont prévus tous les trois ans pour l’intégration de nouvelles technologies, avec le concours de l’Agence innovation défense.

Loïc Salmon

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation




Défense : le « plan mixité » pour la performance opérationnelle

Donner envie aux femmes de rejoindre les armées, fidéliser celles qui y sont et lever les appréhensions des candidates potentielles par une meilleure image.

Tels sont les objectifs du « plan mixité », présenté à la presse, le 7 mars 2019 à Paris, par la ministre des Armées, Florence Parly, accompagnée de Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, du vice-amiral d’escadre Stanislas Goulez de la Motte, major général de la Marine nationale et du général de corps aérien Alain Ferran, directeur des ressources humaines de l’armée de l’Air (photo).

L’égalité. Il ne s’agit pas d’un plan de la féminisation des armées, souligne Florence Parly. : « Il n’y aura pas de discrimination positive, il n’y aura pas de passe-droit. La sécurité des Français est en effet notre priorité absolue, l’outil militaire, c’est notre assurance-vie. (…) Chaque poste sera donc attribué au regard des compétences et des mérites. » Dans la société civile, explique-t-elle, la réussite professionnelle d’une femme dépend de la bienveillance de son supérieur… et de son compagnon. Dans les armées, le taux « d’évaporation » des effectifs est plus rapide chez les femmes, en raison de la difficile conciliation entre les vies professionnelle et familiale. Par ailleurs, les femmes peuvent désormais accéder à toutes les spécialités militaires. En 2018, un équipage de quatre femmes a été validé sur un sous-marin lanceur d’engins. En outre, les futurs sous-marins d’attaque Barracuda sont aménagés pour l’accueil de femmes dans un espace plus confiné. Une adaptation des critères physiques généraux fait l’objet d’une réflexion. Toutefois, certaines situations de combat exigent les mêmes aptitudes physiques pour la sécurité du groupe, précise Florence Parly.

Le pragmatisme. Le plan mixité se décline en 22 mesures concrètes, dont 6 dites « phares ». La 1ère diversifie les profils dans les corps d’officiers, en élargissant le recrutement sous contrat et sur titre universitaire, au sein des grandes écoles militaires, à des profils non scientifiques. La 2ème assouplit la gestion pour l’accès aux grades et aux responsabilités afin de conserver les droits à l’avancement, lors d’un congé parental ou pour élever un enfant, dans la limite de cinq ans au cours de la carrière. La 3ème développe le « mentorat » pour tous, par des accompagnateurs hors hiérarchie, volontaires et expérimentés, pour les aider à construire leur carrière. La 4ème assouplit les conditions d’accès aux examens et concours, notamment à l’Ecole de guerre, pour les officiers sous contrat ou pour les candidats ayant acquis des compétences dans le civil lors d’une disponibilité. La 5ème généralise la mise en place de « référents mixité », qui assurent un rôle de prévention, conseil et appui au commandement. La 6ème renforce la féminisation du haut encadrement militaire, à savoir 10 % de femmes/an parmi les lauréats du concours de l’Ecole de guerre d’ici à 2025 et 10 % de femmes parmi les officiers généraux d’ici à 2022.

La féminisation en 2018. Les armées emploient 32.02 femmes militaires, soit 15,5 % des effectifs. Elles constituent 8 % des militaires déployés en opérations extérieures et 38 % des personnels civils. Elles représentent 15 % des officiers, 18 % des sous-officiers et 13 % des militaires du rang. L’armée de Terre emploie 10 % de femmes, la Marine 14 %, l’armée de l’Air 23 %, le Services des essences 30 % et le Service de santé 58 %, dont 40 % de médecins.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : la réussite devient possible

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain




Marine : GAN et « Mission Jeanne d’Arc » en océan Indien

Le groupe aéronaval (GAN) et l’Ecole d’application des officiers de marine (« Mission Jeanne d’Arc ») se déploient en océan Indien entre avril et juin 2019.

Leurs périples respectifs ont été présentés le 21 février 2019 à Paris.

« Mission Clemenceau ». Avant son départ, le GAN a validé sa capacité à conduire des opérations lors de l’exercice « Fanal » en Méditerranée occidentale, pendant deux semaines de février. Le porte-avions Charles-de-Gaulle, escorté de frégates française, espagnole et italienne et d’un destroyer américain, a couvert l’ensemble du combat naval : projection de puissance ; maîtrise des espaces aéromaritimes ; luttes anti-sous-marine, anti-aérienne et antinavires. Son groupe aérien se compose de 20 Rafale et 2 avions de guet aérien Hawkeye, de 2 hélicoptères Dauphin et d’un hélicoptère Caïman Marine. Il a procédé à 250 catapultages et appontages et divers entraînements, du pistage d’un sous-marin au sauvetage d’un pilote éjecté dans une zone de combat. Parti de Toulon début mars, le GAN entame sa « Mission Clemenceau » au Levant et en océan Indien jusqu’en juillet : pré-positionnement stratégique en Méditerranée orientale (mars-avril) ; franchissement du canal de Suez et du détroit de Bab-el-Mandeb pour un pré-positionnement similaire dans les zones Ouest et Est de l’océan Indien (avril, mai et juin). Ce déploiement s’adapte en fonction de situation des missions et des opérations. La « Mission Clemenceau » vise à : renforcer l’appréciation de situation ; développer l’interopérabilité et la coopération militaire ; renforcer des partenariats stratégiques ; réaffirmer la présence de la France dans ses zones d’intérêt ; intervenir en cas de menace sur la sécurité régionale. Le GAN doit se rendre à Singapour, mais pas en mer de Chine. Il pourrait participer à l’opération « Chammal » au Levant, dès l’arrivée de son groupe aérien sur zone. Des exercices bilatéraux sont prévus : dans le golfe du Bengale avec la Marine indienne (mai) puis avec les Marines japonaise, américaine et australienne (juin) ; en mer Rouge avec la Marine égyptienne (juillet). Outre le Charles-de-Gaulle, le GAN compte : 4 frégates, multi-missions Provence et Languedoc, anti-sous-marine Latouche-Tréville et de défense aérienne Forbin avec leurs 5 hélicoptères embarqués ; le bâtiment de commandement et de ravitaillement Marne ; un sous-marin nucléaire d’attaque. Un avion de patrouille maritime ATL2, des frégates danoise, britannique et portugaise et des bâtiments américain et australien apportent leur concours.

« Mission Jeanne d’Arc ». L’Ecole d’application des officiers de marine se compose du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de la frégate furtive La-Fayette. Elle embarque 130 officiers en formation (15 étrangers) et reçoit les concours de : l’armée de Terre jusqu’à Djibouti, avec 2 hélicoptères Gazelle, 150 passagers et leurs véhicules ; 2 hélicoptères Cougar espagnols ; 1 appareil de transport hybride V22 Osprey du Corps américain des marines (USMC). Entre février et juillet, la « Mission Jeanne d’Arc » effectue d’abord une préparation opérationnelle interarmées et interalliés en Méditerranée orientale, pour la protection des approches maritimes. Des exercices amphibies sont prévus : avec les forces égyptiennes en mars, puis djiboutiennes (mars) en mer Rouge ; au Brésil (mai), puis aux Etats-Unis (juin) dans l’océan Atlantique. La gestion de crise humanitaire sera traitée en avril à Mayotte (océan Indien), puis en juin aux Antilles (océan Atlantique) avec la Marine néerlandaise. L’exercice final se déroule près de Toulon (juillet).

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

L’océan Indien : espace sous tension

Marine nationale : « Jeanne d’Arc 2018 », missions opérationnelles et de formation




Armée de l’Air : l’humain, les opérations et la modernisation

La formation optimisée des personnels de l’armée de l’Air va de pair avec l’amélioration de leur cadre de vie et la modernisation des équipements pour affronter les menaces futures.

Son chef d’état-major, le général d’armée aérienne Philippe Lavigne, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 4 décembre 2018 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Formation et fidélisation. Quoique le recrutement soit passé de 2.000 jeunes en 2014 à 3.000 en 2018, l’armée de l’Air entend conserver ses anciens personnels, dont l’expérience permet de travailler le savoir être et le savoir-faire, souligne le général. La « smart school » ou méthode de formation repose sur la numérisation et l’intelligence artificielle pour gérer les compétences. Les personnels demandent de la valorisation et la reconnaissance des compétences acquises. L’adaptation aux besoins présents et futurs, du niveau brevet technique supérieur à celui de la recherche, nécessite d’obtenir la validation des enseignements par des diplômes reconnus par l’Education nationale. L’Ecole de l’Air de Salon-de-Provence a noué des partenariats avec l’ONERA et le CNES. Il s’agit de réduire le temps de formation au « juste besoin », afin de pouvoir exercer rapidement le métier. Ainsi, la réalité virtuelle permet de faire le tour de l’avion…sans avion. L’élève « voit » la manœuvre ou la réparation à effectuer. La simulation permet d’économiser les heures de vol. Un pilote de chasse français, qui effectue actuellement 164 h de vol sur avion et 70 h sur simulateur, devra, à terme, atteindre l’objectif OTAN, soit 180 h de vol et 70 h sur simulateur. La base de Mont-de-Marsan dispose d’un simulateur avec radar de pilote fictif et genèse de plots supersoniques, de missiles de croisière, d’avions de transport ou d’hélicoptères. Il élabore des scénarios de missions de plus en plus complexes et crée un lien avec le pilote qui vole réellement. Ensuite, la vigilance s’impose pour fidéliser les aviateurs, en améliorant leurs conditions de travail sur une base aérienne et celles de leur famille (Plan famille). Le secteur privé accueille en effet très facilement mécaniciens d’aéronautique, informaticiens, personnels médicaux et commandos.

Modernisation et coopération. La Russie et la Chine manifestent leur puissance en déniant l’accès à des théâtres pour des opérations des forces aériennes occidentales, par avions, missiles, défense sol-air et brouillages de GPS et de communications, indique le général Lavigne. D’ici à 2040, la menace portera sur la furtivité, qui sera déjouée par la recherche des failles techniques, et l’hypervélocité. Celle-ci, supérieure à mach 5, nécessitera d’augmenter la distance de tir, par un radar plus puissant, et le combat « collaboratif » : l’appareil repéré fuit, tandis qu’un autre tirera. L’avion de nouvelle génération sera piloté, car un robot n’inspire aucune confiance. Il sera équipé d’intelligence artificielle, comme le sont déjà certains capteurs. La transmission de données par satellite fera progresser le combat collaboratif. Déjà, un exercice dénommé « Point Blank » s’est déroulé en novembre 2018 en Grande-Bretagne pour tester les interopérabilités technique et opérationnelle entre le Rafale et le F-35 américain. Le prochain aura lieu en France en 2020. Le projet franco-allemand SCAF (système de combat aérien futur), dont les études vont commencer dans chaque pays, vise à élaborer des normes communes en vue de réaliser un démonstrateur. Toutefois, quels que soient les domaines concernés, il conviendra de conserver sa souveraineté en ne dévoilant pas tout.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : anticipation, audace et créativité

Armée de l’Air : le nouvel avion d’entraînement Pilatus PC-21

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires




Armée de l’Air : anticipation, audace et créativité

Les capacités de décider et de gérer l’aléatoire entrent dans la formation des cadres de l’armée de l’Air, qui devra créer compétences et scénarios pour les missions du futur, plus complexes.

Ces questions ont fait l’objet du colloque qu’elle a organisé le 29 novembre 2018 à Paris. Y sont notamment intervenus : le chef d’état-major de l’armée de l’Air (CEMAA), le général d’armée aérienne Philippe Lavigne ; Olivier Zadec, maître de conférences, université Lyon 3 « Jean Moulin » ; le général de brigade aérienne Frédéric Parisot, sous-chef d’état-major « préparation de l’avenir » ; le lieutenant-colonel Anne-Laure Michel, directrice générale de la formation militaire à l’Ecole de l’air de Salon-de-Provence (photo).

Projets structurants 2019-2025. Dans le document « Plan de vol » de l’armée de l’Air présenté lors du colloque, le CEMAA avertit que l’emploi de la puissance aérienne pourrait se trouver, à terme, entravée par la contestation croissante du milieu aérien. Cela résulte du durcissement de la dynamique des Etats puissances (Russie et Chine) et des organisations non étatiques ainsi que de la fragilisation des mécanismes de régulation internationaux. Le « Plan de vol » s’inscrit dans la remontée en puissance de l’armée de l’Air, initiée par la loi de programmation militaire 2019-2025. Il doit lui permettre de garder un temps d’avance et de conserver à la France une position forte sur la scène internationale. L’armée de l’Air assure en permanence la maîtrise du domaine aérien et spatial ainsi que la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, avec la Marine nationale. Ses modes d’action vont du recueil de renseignement au déploiement de forces terrestres et de la destruction des moyens militaires adverses aux missions humanitaires. La puissance permet de conserver l’avantage en opération, souligne le CEMAA. Elle se combine avec une « agilité », accrue notamment par : l’avion de ravitaillement en vol et de transport stratégique Phénix ; le commandement des opérations aériennes « JFAC France » dans le cadre de l’OTAN ; les opérations spatiales ; le Rafale au standard F3-R, équipé du missile air-air longue portée Meteor, de la nacelle de désignation d’objectif Talios et de la version à guidage terminal laser de l’armement air-sol modulaire, adapté aux cibles mobiles ; le drone Reaper armé ; les capacités de lutte contre le déni d’accès à un théâtre ; la modernisation de la composante nucléaire aéroportée ; le système franco-allemand de combat aérien futur. Lors d’une rencontre avec la presse, le CEMAA a indiqué que l’avion de transport tactique A400M est en train d’acquérir les capacités d’atterrissage sur terrain sommaire et de largage de parachutistes par la porte arrière (ouverture commandée) et par les portes latérales (ouverture automatique). En outre, le ravitaillement en vol d’hélicoptères, qui leur permettra d’aller plus loin dans la profondeur, évitera d’installer des plots de ravitaillement au sol. Il réduira d’autant « l’empreinte au sol » des forces spéciales, qui imaginent l’usage de certains équipements pour répondre aux menaces existantes ou futures. Par ailleurs, « agilité » et « audace » induisent le décloisonnement des organisations et le recours aux « Big data » (mégadonnées), à l’intelligence artificielle (IA, transformation numérique) et à la connectivité. Sont ainsi concernés : le combat aérien ; la capacité de l’hélicoptère lourd ; l’action aérienne de l’Etat ; le Rafale au futur standard F4, successeur du F3-R à partir de 2025, équipé d’un système de reconnaissance capable de trier en direct les éléments d’intérêt militaire ; l’avion léger de surveillance et de reconnaissance ; la capacité universelle de guerre électronique, à savoir trois avions de renseignement stratégique livrables entre 2025 et 2027. Enfin, la coopération en interalliés porte sur l’interopérabilité entre les armées de l’Air française, américaine et britannique ainsi que sur l’installation d’un escadron de transport franco-allemand de six Hercules C-130J à la base d’Evreux.

Complexité et accélération. La complexité politique d’un conflit, consécutive à la culture et à l’Histoire, s’inscrit dans le temps long, explique Olivier Zadec. Elle inclut le temps réel des opérations, avec des lignes de réaction politiques à prévoir. Il s’agit de trouver l’équilibre entre le temps prévisible et le temps imprévu. La transformation de très nombreuses données en connaissance entre dans l’accélération de la boucle décisionnelle, en vue de réduire l’adversaire. L’OTAN a fabriqué de l’interopérabilité mais laisse l’indispensable autonomie de décision. Or la réactivité se vit au quotidien avec une action sur court préavis, rappelle le général Parisot. Les frappes en coalition se décident en quelques heures. Les avions peuvent décoller entre 2 et 7 minutes, avec la capacité de rappel pour un raid limité au résultat le plus significatif. La réussite de la mission rend impératif le recours à l’innovation technologique. L’IA prépare les informations utiles, complétées par celles de l’état-major, et présente des options au chef, qui décidera en toute connaissance de cause. Ainsi, au Levant, indique le général Parisot, média et réseaux sociaux influencent le rythme des opérations. En effet, une mission peut être interrompue à la suite d’une information, dont la vérification fera perdre du temps. Seul un modèle d’armée complet permet de trouver une place dans une coalition, mener une action autonome et disposer d’une certaine masse pour rester longtemps sur plusieurs théâtres et affronter une menace nouvelle, souligne le général. Enfin, le maintien de la supériorité opérationnelle, par l’innovation technologique, répond à l’ambition de pouvoir, en permanence, entrer en premier sur un théâtre, capacité des seules forces armées américaine, britannique et française.

Loïc Salmon

Le taux de féminisation dépasse 20 % dans l’armée de l’Air et dans son Ecole de Salon-de-Provence. Quoique toutes les spécialités soient ouvertes aux femmes, faute de volontaires aux aptitudes suffisantes, elles ne sont que 12 pilotes de chasse, dont le lieutenant-colonel Anne-Laure Michel. Selon elle, les élèves de l’Ecole de l’air, âgés de 18 à 30 ans, ultra-connectés car nés à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, s’adaptent vite à la formation scientifique et technique dispensée. Une « smart school » ou formation à la carte, via la communication par internet, est en cours ainsi que des licences d’excellence sur le cyber, l’espace et les drones. Tout au long de sa carrière, un officier pourra accéder à son « passeport numérique de compétences ». La préparation au commandement consiste à faire prendre conscience de l’engagement en alliant compétences et qualités humaines pour obtenir l’adhésion des équipiers. Par exemple, lors de l’opération « Pamir » en Afghanistan (2001-2014), une mission de 6 heures, avec ravitaillements en vol dans un environnement hostile avec tirs possibles de missiles sol-air, était toujours dirigée par un « leader » apportant précision et audace. L’incertitude fait partie du métier de pilote de chasse, qui doit prendre la bonne décision au bon moment pour remplir sa mission. Les exercices interalliés permettent d’élaborer des méthodes communes par un travail « collaboratif », en vue d’une opération ultérieure en coalition.

Armée de l’Air : l’humain, les opérations et la modernisation

Armée de l’Air : le combat numérique au cœur des opérations




Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique

L’armement létal de demain, potentiellement accessible aux organisations terroristes, ne saurait échapper au contrôle du soldat, formé et entraîné à la maîtrise de la violence par ses qualités humaines, à savoir la force, la justice, la prudence et la tempérance.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 23 mai 2018 à Paris, par l’Ecole de guerre. Y sont intervenus : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées ; Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire ; le général de division Benoît Durieux, chef du cabinet militaire du Premier ministre ; le lieutenant-colonel Jean-Gaël Le Flem et le capitaine de frégate Olivier Brossolet, stagiaires à l’Ecole de guerre.

La guerre des robots. Un système d’arme létal autonome (SALA) ou « robot tueur » est capable de choisir sa cible et de s’adapter à un environnement évolutif sans intervention humaine, explique Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer. Le robot tueur se différencie du système d’arme automatique, qui réagit toujours de la même façon aux mêmes stimuli, que ce soit à bord d’un navire, sur un camion ou à partir d’un point fixe. Ainsi, les systèmes SGR-A1 surveillent la frontière entre les deux Corées. Si l’homme est dans la boucle décisionnelle, il peut arrêter le processus à tout moment (drones télépilotés). S’il ne l’est pas, l’arme continue sa mission, même en cas de rupture de communications (missiles tirés de sous-marins). Les SALA font l’objet d’un débat au sein de la représentation de l’ONU à Genève, où se prennent les décisions sur le droit humanitaire, dans le cadre de la Convention sur certaines armes conventionnelles. Les discussions annuelles réunissent 30 Etats et aussi des organisations non gouvernementales. Celles-ci, partisanes de l’interdiction préventive des SALA, ont rallié à leur cause 26 Etats d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient, l’Autriche et même la Chine, mais seulement pour les SALA « entièrement autonomes ». Selon Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, un débat moral sous-jacent entre sur la scène politique : la guerre souhaitable doit-elle être conforme à une norme (le droit) ou à des règles si elle entraîne de meilleures conséquences sur l’issue d’un conflit ? Ainsi, un bombardement sans discrimination, comme en Syrie par les forces russes et celles du régime syrien, apparaît plus problématique que le tir ciblé et sans dégât collatéral d’un SALA sur un pickup armé. Pourtant, les partisans de l’interdiction des SALA estiment que ceux-ci engendrent des risques : abaissement du seuil de l’emploi de la force, incitant des Etats à s’en doter ; course aux armements entre la Russie, la Chine et les Etats-Unis ; asymétrie des moyens, notamment par l’emploi d’essaims de SALA pour saturer les défenses anti-aériennes (argument de la Chine) ; réaction en chaîne incontrôlable ; acquisition de SALA par des organisations terroristes. Faute d’une entité supra-étatique de vérification avec des pouvoirs contraignants, les discussions semblent s’orienter vers un « code de bonne conduite » s’appuyant sur le droit applicable existant, en y incorporant certaines règles. Il ne s’agit plus d’empêcher la course aux armements dotés d’intelligence artificielle, mais de contrôler la situation pour ne pas inciter certains Etats à développer des SALA, conclut Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer.

Guerre et politique. Depuis des siècles, le concept européen de la guerre consiste à dépasser la contradiction entre la violence (nier l’autre) et la politique (définir ensemble un avenir commun), explique le général Durieux. La guerre est d’abord un reflet de l’environnement politique et une approche déterminante du sens de l’Histoire. Ainsi, en 1815, une victoire de Napoléon à Waterloo n’aurait pas réglé la crise politique profonde. De même en 1962, le général de Gaulle avait compris que la guerre d’Algérie n’entrait plus dans le combat politique. Aujourd’hui, l’usage de la guerre (déclarée) s’avère difficile, en raison de la pression médiatique et de l’évolution de l’opinion publique. La violence politique, visible, se présente comme un moyen « juste » face au « mal ». Elle apparaît comme une solution simple à un problème complexe et apporte des résultats rapides à une situation qui dure. Une belle opération tactique attire toujours les militaires, car techniquement bonne, immédiate et visible. Mais une réflexion s’impose sur son sens stratégique, à savoir l’évolution de la situation politique et une appréciation correcte de la guerre. Une autre concerne le statut de la guerre en tant que violence régulée. En cent ans, rappelle le général Durieux, la guerre a été rendue justifiable (droit international), impossible (dissuasion nucléaire) et inutilisable (opérations ciblées). Mais la violence s’accroît par l’élimination de l’adversaire, pour ne pas avoir à négocier avec lui. L’autorité politique fixe les objectifs, les militaires remplissent leur mission puis l’autorité politique reprend la main, par la diplomatie. De fait, dans la doctrine occidentale de l’effet recherché, l’autorité politique joue un rôle militaire par les plans de frappe et règles d’engagement. En opération extérieure, les militaires exercent un rôle politique par leur interaction avec les chefs de milices locales et entités non-étatiques.

Retours d’expériences.  Selon le lieutenant-colonel Le Flem, lors de l’engagement en Afghanistan (2001-2014), la maîtrise de la violence, pour la coalition occidentale, concernait la limite à ne pas dépasser mais, pour les Afghans, la capacité à vivre sereinement. Il s’agissait donc de comprendre cet écosystème et le risque de dégâts collatéraux par une surutilisation de la violence. Le chef militaire devait rendre ses hommes capables de violence en opération, tout en restant à des niveaux acceptables sur les plans technique et humain. De son côté, le capitaine de frégate Brossolet a souligné l’importance de la sélection des personnels des forces spéciales, aptes à maîtriser tout le spectre de la violence pour ne l’utiliser qu’au niveau requis, implacable ou très mesuré. Il s’agit de permettre à l’autorité politique un contrôle maximal de l’opération pendant un maximum de temps. Cela nécessite une planification extrême et élaborée en commun à tous les échelons, pour imaginer des solutions tactiques favorisant le contrôle de la violence et limitant les dommages collatéraux. Il s’agit d’éviter les dérives dues au surmenage, lors de la lutte contre le terrorisme ou la libération d’otages.

Loïc Salmon

Mgr Antoine de Romanet a mis en garde contre le risque de déshumanisation dû au sentiment d’invulnérabilité. La période de 1985 à 1995 a vu la transformation du vivant, celle de 1995 à 2005 l’essor des nanotechnologies et la suivante leur combinaison avec les communications. Il s’agit donc de savoir jusqu’où laisser la machine décider seule dans un contexte stable ou évolutif. La robotisation déresponsabilise, car chaque partie a été programmée par des individus isolés du « tout ». Malgré la tentation de toute-puissance (technologique), le soldat doit conserver une part de responsabilité pour pouvoir vaincre l’adversaire. L’enjeu consiste à éviter de transformer en machine l’homme par nature vulnérable, car en relation entre la biologie et le psychisme (émotion).

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre




Armée de l’Air : le nouvel avion d’entraînement Pilatus PC-21

Le mono turbopropulseur Pilatus PC-21, en service opérationnel en septembre 2018, assure les mêmes formations de pilotage que les actuels Epsilon et Alphajet, avec transposition directe sur Rafale des compétences acquises.

Sa présentation à la presse, le 13 septembre 2018 à Paris, a inclus ses atouts pédagogiques par le colonel Julien Moreau, commandant les Ecoles de formation du personnel navigant, et son contrat d’acquisition par l’ingénieur en chef de l’Armement Audrey Hermant, directrice du programme PC-21.

Un saut technologique. Destiné aux pilotes de chasse de l’armée de l’Air et de la Marine nationale ainsi qu’aux navigateurs officiers systèmes d’armes, le PC-21 prépare au combat aérien d’aujourd’hui et de demain, explique le colonel Moreau. Dans un environnement de plus en plus complexe, évolutif et connecté, le pilote de chasse doit être réactif et savoir durer, combattre, projeter force et puissance ou porter assistance. Par exemple, un groupe de plusieurs Rafale partis de France pour une mission de frappes lointaines au Levant, bénéficie des informations fournis par un avion d’alerte avancée AWACS et de plusieurs ravitaillements en vol jusqu’à l’arrivée sur zone. L’un d’eux largue son missile Scalp, dont la croisière, guidée par satellite, continue à basse altitude et franchit les défenses sol-air pour atteindre sa cible après un guidage terminal. Actuellement, la formation d’un pilote de chasse, d’une durée de 2,5 ans, se déroule en quatre phases : formation générale des officiers à la base de Salon-de-Provence ; formation des pilotes sur les avions biplaces monomoteurs Grob 120 et TB30 Epsilon ; spécialisation sur Alphajet, avion d’entraînement et d’attaque au sol, à l’Ecole d’aviation de chasse de Tours pour l’obtention du brevet de pilote ; formation au combat aérien à l’Ecole de transition opérationnelle de Cazaux, en vue d’une orientation sur Rafale ou Mirage 2000. Après une phase de transformation, le pilote rejoint son affectation en unité navigante. A l’horizon 2021, la phase 1 se déroulera à Salon-de-Provence sur Cirrus SR20 et la phase 2 sur Grob 120 et PC-21 à Cognac pour l’obtention du brevet de pilote. D’ici à février 2019, les écoles de formation du personnel navigant recevront 17 PC-21. Cet avion embarque un système d’armes garantissant un haut niveau de représentativité des missions tactiques, grâce à ses capacités de simulation air-air (tir de missiles et détecteur d’alerte) et air-sol (canon, tir de bombe en palier et en semi-piqué). Il permet l’acquisition des bases d’un système d’armes, de son pilotage vers son management avec de nouvelles compétences, à savoir tête haute, liaisons de données et carte numérique. Enfin, 40 % de la formation sur PC-21 se fait sur simulateur au sol. En 2018, l’Ecole de Cognac forme 30 pilotes de chasse et 10 navigateurs officiers systèmes d’armes de l’armée de l’Air, 10 pilotes de chasse embarquée de la Marine nationale et 10 moniteurs de simulateur de vol. Les prévisions portent sur 25 instructeurs formés en juin 2019 et début de transformation des navigateurs officiers système d’armes en janvier 2020.

Une organisation étatique. Le besoin porte sur 11.000 heures de vol par an, indique l’ingénieur en chef Hermant. Le contrat unique du programme PC-21 a été notifié en décembre 2016 à l’entreprise Babcock Mission Critical Services France. De type location-vente, il prévoit un transfert à l’Etat, en 2022, des moyens de formation (avions, système de préparation et de restitution de mission et simulateurs), du soutien et des infrastructures.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : « Pégase 2018 », projection lointaine dans le Pacifique

Armée de l’Air : l’appui aérien aux opérations terrestres