L’École militaire, une histoire en cartes postales

Depuis sa création en1751, l’École militaire es à la fois témoin et actrice de l’histoire militaire, de celle de Paris et de celle de la France. Média populaire à partir du XXème siècle, la carte postale en donne un aperçu.

Décidée par Louis XV, la construction de l’école répond au besoin de doter l’armée française de chefs et d’officiers maîtrisant le métier des armes et l’art du commandement. A l’issue de leur scolarité, les jeunes officiers rejoignent un régiment, d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie ou la Marine. La création de l’école fait suite à la victoire de Fontenoy remportée par le maréchal de France Maurice de Saxe contre l’Angleterre (1745) … et à l’édification de l’Hôtel des Invalides par Louis XIV (1674) ! Le financement est assuré par l’impôt prélevé sur les jeux de cartes, l’établissement d’une loterie, devenue nationale par la suite, et les contributions personnelles du financier Joseph Pâris-Duverney et de la marquise de Pompadour, favorite du roi. Les travaux durent 80 ans, en raison de l’aménagement de l’esplanade du Champ-de-Mars, de plusieurs arrêts et des évènements politiques. Ils mobilisent successivement les architectes Ange-Jacques Gabriel (dont le restaurant intérieur de la Rotonde porte le nom), Étienne-Louis Bouillé et Alexandre-Théodore Brongniart, qui réalisera en partie le Palais de la Bourse à Paris. Un certain Napoléon Bonaparte, âgé de 16 ans, sort de l’École royale militaire de Paris en 1785 avec son brevet de sous-lieutenant d’artillerie. Dix ans plus tard, général de brigade, il y installe le quartier général de l’armée de l’Intérieur qu’il commande. Son neveu, Napoléon III, agrandit l’école en 1856 avec les pavillons « Cavalerie » et « Artillerie ». Lors de la Commune de Paris, l’École militaire, abandonnée par la Garde impériale, est investie en 1871 par les Fédérés, qui y installent 200 pièces d’artillerie mais ne s’en servent pas face aux troupes du général Douay, dont les premières balles touchent la façade le 22 mai. L’une d’elles frappe le grand miroir du Salon des maréchaux, dont l’impact est toujours visible. Les « Cours militaires spéciaux », institués par décret le 18 février 1876 et installés à l’Hôtel des Invalides, sont transformés en « École supérieure de guerre » en 1880, transférée l’année suivante à l’École militaire. Élève en 1885-1887, le chef d’escadron Ferdinand Foch y enseigne plus tard l’histoire militaire, la stratégie et la tactique générale. Il en prend le commandement comme général de brigade entre 1908 et 1911 et termine sa carrière comme généralissime des armées alliés et maréchal de France en 1918. L’École militaire a servi de cadre à deux événements de l’affaire Dreyfus. Le capitaine Alfred Dreyfus, déclaré coupable de trahison au profit de l’Allemagne, y est dégradé devant 4.000 soldats le 5 janvier 1895 puis envoyé au bagne en Guyane. L’événement n’a pas été immortalisé par des cartes postales mais par une illustration, largement reproduite dans la presse, et la couverture en couleurs de l’hebdomadaire Le Petit journal du 13 janvier 1895. Réhabilité par la Cour de cassation le 16 juillet 1906, Dreyfus est réintégré dans l’armée et promu chef d’escadron le lendemain puis fait chevalier de la Légion d’honneur le 21 juillet dans l’enceinte de l’École militaire. Cette fois-ci, chaque étape de la cérémonie est décrite sous forme de reportage par une dizaine de cartes postales. En juin 1940, l’établissement est transformé en caserne par les autorités militaires allemandes. Le 25 août 1944, il est libéré par des éléments de la 2ème Division blindée du général Leclerc. Devenue centre de réflexion et de stratégie, l’École militaire, héberge une vingtaine d’organismes de formation supérieure, qui reçoivent des officiers aguerris et des gens issus du monde civil. Les cursus des officiers les destinent à occuper des responsabilités de haut commandement et, pour certains, au sein des hautes institutions de l‘État.

Loïc Salmon

« L’École militaire, une histoire en cartes postales », Lionel Pétillon. Éditions Pierre de Taillac, 152 p., illustrations, 24,90 €.

L’École militaire, une histoire illustrée

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française




Ukraine : formation d’une brigade complète en France

L’armée de Terre forme une brigade ukrainienne d’infanterie (2.300 soldats) dans le Grand-Est de la France en octobre et novembre 2024, sur les plans technique et tactique avec le soutien, l’appui et le poste de commandement.

Le général de division Damien Wallaert, sous-chef opérations aéroterrestres, l’a expliqué à la presse le 10 octobre 2024 à Paris. Depuis le début de l’agression de la Russie le 24 février 2022, la France apporte à l’Ukraine un soutien dans les domaines humanitaire, diplomatique et militaire. Les formations s’effectuent dans le cadre de la Mission d’assistance militaire de l’Union européenne en soutien à l’Ukraine.

Approche intégrée. Il s’agit de constituer les situations les plus concrètes possibles comme celles du champ de la bataille en cours. Les Ukrainiens s’entraînent sur des matériels qu’ils utiliseront au combat. Le stage de la « Brigade de régénération » nécessite 150 véhicules blindés. Les capacités de manœuvre mobilisent des VAB (véhicules de l’avant blindés) et des AMX-10 RC (véhicules blindés de reconnaissance-feu) équipés d’un canon de 105mm. Les capacités d’appui comprennent des radars de surveillance de zone, des canons Caesar de 155mm, des missiles antichars et des systèmes antiaériens à courte portée. Le 9 octobre, le président de la République, Emmanuel Macron, et les ministres des armées français et ukrainien ont pu assister à des tirs de tous calibres et visiter les villages de combat et les pôles de maniement d’explosifs, utilisés pour la préparation opérationnelle de l’armée française. Les capacités de soutien comptent des VAB Santé pour l’évacuation de blessés, des camions de transport et des camions-citernes. Le stage mobilise 1.500 militaires français de toutes les spécialités de l’armée de Terre. Un général de brigade français se trouve aux côtés de son homologue ukrainien pour l’appuyer dans la démarche de montée en puissance de cette brigade, que les Ukrainiens désignent sous le nom d’Anne de Kiev, épouse du roi de France Henri 1er de 1051 à 1060. Durant le stage, des unités françaises du génie ont effectué des travaux de réseaux de tranchées et des points d’appui de compagnies, selon les spécifications des Ukrainiens. La première phase porte sur les formations séparées de fantassins, de sapeurs et d’artilleurs, spécialités regroupées lors de la deuxième phase « interarmes ». En outre, les instructeurs transmettent les doctrine et savoir-faire français en termes d’interaction et de synergie de tous les systèmes d’armes, en vue d’obtenir un effet décisif sur l’adversaire sur le terrain. Ils essaient de coller au plus près au retour d’expérience en temps réel des combats qui se déroulent en Ukraine. Des instructeurs ukrainiens, anciens combattants, les aident à donner plus de précision et d’aspects concrets à la formation et à l’entraînement de la Brigade de régénération. Celle-ci, qui sera équipée des matériels cédés par la France, devrait atteindre une cohésion suffisante pour un engagement sur le champ de bataille. Avec l’aide de l’École d’état-major, les instructeurs français et ukrainiens montent des exercices jusqu’au niveau de la compagnie (140 militaires). Certaines formations sont délocalisées dans des centres dont l’infrastructure s’y prête mieux. En décembre 2024, la formation et l’équipement de trois bataillons permettront l’entraînement interarmes de la Brigade de régénération.

Autres formations en France. Depuis le début de la guerre contre la Russie, la France a formé plus de 14.000 militaires ukrainiens dans ses écoles de spécialités : formation initiale ; formation au combat ; déminage ; sauvetage au combat ; artillerie ; maintenance des matériels ; logistique opérationnelle ; défense sol-air ; génie ; combat blindé ; combat en zone urbaine ; pilote de chasse ; appui feu air-sol. En Pologne, des instructeurs français forment déjà des bataillons ukrainiens, suffisamment cohérents pour être engagés immédiatement au combat.

Loïc Salmon

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Armement : la coalition « Artillerie pour l’Ukraine »

Ukraine : accélération de l’innovation en temps de guerre




L‘armée romaine, première armée moderne

Après la désastreuse défaite de la bataille de Cannes (216 avant J.-C.) face à l’armée carthaginoise, l’armée romaine a su modifier régulièrement ses méthodes et maintenir l’Empire d’Occident jusqu’à son effondrement interne (476). Les principes qui s’en dégagent ont perduré et seront finalement théorisés au XXème siècle.

Directeur de l’École de guerre en 1908 et vainqueur décisif en 1918, le maréchal Foch les a énoncés en une formule simple, toujours d’actualité : concentration des efforts, économie des moyens et liberté d’action. Instrument d’Alexandre le Grand pour la conquête de l’Empire perse (333-331 avant J.C.), la phalange macédonienne, jamais vaincue, devient le modèle de la légion romaine, composée de fantassins lourdement armés. A Cannes, l’armée d’Hannibal, quoique fatiguée par son périple depuis l’Espagne et la traversée des Alpes, parvient à encercler les troupes romaines, pourtant supérieures en nombre. Rome analyse son échec, réorganise son armée, modifie sa doctrine et conquiert la Grèce et l’Asie Mineure (Turquie actuelle) par les trois victoires de Cynocéphales (- 197), Magnésie (-189) et Pydna (- 168), face aux phalanges, efficaces sur un vaste champ de bataille plat mais incapables de manœuvrer sur un terrain étroit et accidenté. Disposant de ressources considérables, les grands empires hellénistiques recourent à des mercenaires, entraînés et très rapidement mobilisables. Jusqu’au IIème siècle avant J.-C., l’armée romaine se compose de citoyens en armes, où chacun participe selon ses moyens. Le consul Marius la professionnalise par le recrutement, sur une longue durée, de soldats formés et entraînés uniquement pour la guerre. L’équipement se standardise ainsi : cuirasse lamellée, compromis entre protection, légèreté relative et liberté de mouvement ; bouclier rectangulaire semi-cylindrique ; casque ; glaive ; poignard ; javelot lourd ; lance. Le fantassin romain devient aussi sapeur pour construire des routes, ponts et canaux ainsi qu’un camp retranché pour se reposer à l’abri la nuit. Cette forteresse, qui se déplace à la vitesse du soldat, entretient le savoir-faire au bon niveau, même en temps de paix en territoire ami. Bien sûr, l’armée romaine a connu des désertions, séditions et fuites devant l’ennemi. Toutefois, une discipline de fer et un entraînement rigoureux, par répétition de gestes jusqu’à l’obtention des réflexes pour exécuter rapidement les ordres à la voix durant le combat, lui ont permis d’acquérir une solide capacité de résilience. La légion, forte de 6.000 hommes, comme une brigade actuelle, est complétée par des unités de cavalerie auxiliaires, recrutées surtout parmi les peuples conquis (Gaulois, Germains, Numides et Syriens). Elle fonctionne comme un « système d’armes » actuel et pratique ce qui se nommera le « combat interarmes » au XXème siècle. Son artillerie se compose d’archers, de frondeurs et surtout de lourdes machines pour la guerre de siège. La capitale ennemie constitue une cible prioritaire, car centre du pouvoir politique, de l’administration, de la justice, des échanges commerciaux et surtout résidence des dieux avec ses temples et ses richesses. La longue guerre contre la Judée, commencée en 66 sous Vespasien, bascule en 70 lors de la prise de Jérusalem par Titus après un siège de 139 jours, mobilisant 60.000 hommes, et la destruction du Temple ; Elle se termine en 73 après la prise de la forteresse de Massada. L’assaut, par surprise, d’une ville récalcitrante présente l’avantage d’éviter la mobilisation d’une armée en territoire hostile, avec le risque d’épidémie, et la nécessité de besoins logistiques considérables. Au cours des Ier et IIème siècles, les légions romaines ont conquis 34 capitales, sous les ordres des empereurs Trajan, Marc Aurèle et Septime Sévère. En outre, 20 % des villes menacées ont ouvert leurs portes sans combat.

Loïc Salmon

« L’armée romaine, première armée moderne », général Nicolas Richoux. Éditions Pierre de Taillac, 160 pages, illustrations, 16,90 €.

L’Antiquité en six batailles

L’âge d’or de la cavalerie

Triangle tactique, décrypter la bataille terrestre

 




Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française

L’Académie de défense de l’École militaire (ACADEM) regroupe, sur le même site, 21 organismes d’études et de recherche, rattachés au ministère des Armées, au ministère de l’Intérieur ou à vocation interministérielle, afin de nourrir le débat européen et atlantique et accroître la capacité d’influence de la France vers les pays partenaires et alliés.

L’ACADEM a été inaugurée le 26 octobre 2023 à Paris par le ministre de Armées, Sébastien Lecornu, qui a annoncé une subvention de 77 M€ pour le rayonnement de la pensée stratégique dans le cadre de la loi de programmations militaire 2024-2030, soit une augmentation de 40 % par rapport à la période précédente. Le président de l’ACADEM, le général de corps d’armée Benoît Durieux, l’avait présentée à la presse le 19 octobre à Paris.

Bouleversements stratégiques. Le contexte géopolitique est aujourd’hui déstabilisé : conflits en Afghanistan, en Libye, au Sahel et au Levant ; attaque de la Russie contre l’Ukraine ; reprise de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans le Haut Karabagh ; agression de l’organisation terroriste Hamas de la bande de Gaza contre Israël, suivie de la riposte israélienne à Gaza. De nouveaux concepts émergent : guerre hybride ; conflit de haute intensité ; débats sur la frontière entre guerre militaire, terrorisme, cyberdéfense, cybersécurité et guerre économique. S’y ajoute la fragilisation des cadres internationaux du multilatéralisme. La conception de stratégies et la réflexion sur la défense nationale deviennent vitales, souligne le général Durieux. Elles concernent la défense militaire, mais aussi toutes les menaces contre les libertés et les intérêts de la France, comme la souveraineté industrielle, la défense des zones (maritimes) économiques exclusives et les luttes contre la désinformation, les cyberattaques et les ingérences.

Forum et interface. L’ACADEM rassemble des chercheurs de diverses disciplines, notamment en droit, sciences politiques, histoire, sociologie et économie. Elle inclut des experts dans leurs domaines, des décideurs, des acteurs opérationnels et des ingénieurs qui travaillent à la mise au point de l’avion de chasse futur, mais aussi des militaires ayant combattu en Afghanistan, au Sahel et au Levant, d’autres qui ont pisté les sous-marins russes en Méditerranée orientale ou qui ont survolé des territoires hostiles au Levant et enfin des commissaires qui adaptent l’administration à chaque opération militaire. Au sein de la « confédération » ACADEM, chacun de ses 21 organismes (voir encadré ci-dessous) conserve sa pleine indépendance ou, au moins, reste au service de son autorité d’emploi. Tous ont validé une charte sur le travail en commun. Enfin, l’ACADEM souhaite constituer une interface avec des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, français et étrangers.

Loïc Salmon

L’ACADEM regroupe déjà vingt et un organismes à l’École militaire à Paris : Académie du renseignement ; Bibliothèque de l’École militaire ; Centre de doctrine et d’enseignement du commandement ; Centre d’enseignement militaire supérieur air ; Centre d’enseignement supérieur terre ; Centre d’études stratégiques de la marine ; Centre de formation des dirigeants de la gendarmerie ; Centre de formation au management de la défense ; Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale ; Centre des hautes études militaires ; Centre interarmées de concepts, de doctrine et d’expérimentation ; Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) ; Chaire de cyberdéfense et souveraineté numérique de l’IHEDN ; Chaire d’économie de défense de l’IHEDN ; Chaire « Défense et sécurité du territoire national » de l’État-major interarmées du territoire national métropolitain ; Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA) ; Chaire « stratégies aérienne et spatiale » appliquées intégrée au CESA ; Conseil général de l’armement ; École de guerre ; Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur ; Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Défense : se réapproprier la question militaire

Histoire de l’IHEDN




L’Antiquité en six batailles

Jusqu’à la chute de Rome en 476, les combats entre États se composent du choc et du mouvement, en combinant les capacités physiques de l’homme et du cheval. L’issue d’une bataille résulte surtout de l’organisation supérieure d’une armée et du génie militaire de son chef.

Introduit en Égypte au XVIIIème siècle avant J.-C., le char, qui emporte jusqu’à quatre combattants, constitue un redoutable engin de guerre pour le choc. A partir du VIIème siècle avant J.-C., les cités grecques remplacent la lourde cuirasse de bronze du soldat, héritée des héros de la guerre de Troie, par le linothorax, tunique faite de couches de lin superposées et renforcée d’écailles de bronze. Le gain en ergonomie et en manœuvrabilité leur permet de vaincre les armées perses, pourtant plus nombreuses, au cours des guerres médiques (- 490 puis – 480/479). En outre, leur efficacité repose sur la phalange, organisation tactique des fantassins armés de lances de 5,5 m de long et de petits boucliers ronds, une discipline rigoureuse et une forte cohésion sociale entre citoyens d’une même cité. Puis la légion romaine l’emporte sur la phalange, grâce une organisation plus souple, un armement permettant de se battre dans toutes les configurations et un bouclier offrant une protection individuelle complète. Par la suite, les légions, composées surtout de fantassins, ne parviennent plus à protéger les 10.000 km de frontière de l’Empire des incursions des cavaleries des peuples barbares. Par ailleurs, jusqu’au Vème siècle avant J.-C., la défense d’une ville dépend de la qualité de ses fortifications, de la durée du siège, du nombre et de la patience des assiégeants. Au siècle suivant, les moyens techniques, hérités des Assyriens (IIème millénaire – 609 avant J.-C.), réapparaissent chez les Grecs, qui en inventent de nouveaux : tour, catapulte, arbalète géante à grande cadence de tir, bélier protégé d’une structure et foreuse contre les murailles. Enfin, les Romains montent la catapulte sur des roues pour la rendre plus mobile. A Leuctres (- 371), l’armée thébaine, quoique inférieure en nombre à celle de Sparte considérée comme invincible, transforme une défaite annoncée en une brillante victoire. Son chef, Épaminondas, a créé la surprise par une attaque frontale au centre du long dispositif spartiate, dont elle ébranle la cohérence. A Gaugamèles (- 331), l’armée macédonienne (40.000 fantassins et 7.000 cavaliers) l’emporte sur les troupes perses (250.000 fantassins 20.000 cavaliers et 200 chars), grâce à l’audace tactique d’Alexandre qui compte sur l’effet de choc de ses phalanges et le manque de réactivité des troupes perses. Cette victoire permet la conquête de l’Empire perse. A Cannes (- 216), l’armée carthaginoise (50.000 hommes) fait face aux légions romaines (82.000 hommes). Par une manœuvre enveloppante de sa cavalerie, Hannibal parvient à disloquer les formations d’infanterie romaines. A Carrhes (- 53), l’armée romaine (34.000 fantassins et 4.000 cavaliers), épuisée par des marches forcées dans le désert sous une chaleur accablante, est massacrée par la cavalerie parthe (10.000 cavaliers), qui a choisi le lieu de la bataille. Le triumvir Crassus comptait égaler César et Pompée sur le plan militaire par une expédition facile. Mais il a sous-estimé son adversaire, très mobile, bien renseigné et supérieur par la portée de ses armes. A Teutoburg (9 après J.-C.), des tribus germaniques anéantissent trois légions romaines dans une embuscade en forêt. Leur chef, Hermann, avait auparavant servi dans l’armée romaine et en connaissait les faiblesses. Le Rhin marque ensuite la limite de l’Empire. A Massada (79), l’armée romaine construit des machines de siège et une rampe artificielle pour accéder à une forteresse juive, surplombant la mer Morte de 450 m. Après sept mois d’un siège éprouvant, elle donne l’assaut…pour ne trouver que des cadavres.

Loïc Salmon

« L’Antiquité en six batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Éditions Pierre de Taillac, 84 pages, nombreuses illustrations, 29,90 €. 

Le Moyen-Age en sept batailles

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

 




Histoire de l’IHEDN

Liberté de ton, originalité de la pensée et brassage civilo-militaire ont conduit à un consensus national sur la défense de la France et à la diffusion de l’esprit de défense parmi sa population.

Ces caractéristiques de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) résultent d’expérimentations, d’études et de réflexions depuis…1936 ! Après l’effondrement du Second Empire en 1870, le « gouvernement de la Défense nationale » inspire un nouveau concept appelé à se développer. La crise de Fachoda (Afrique de l’Est,1898), entre la France et la Grande-Bretagne, souligne l’absence d’un organe de coordination politico-stratégique, mais il faut attendre 1932 pour la constitution d’un ministère de la Défense nationale remplaçant, temporairement, les ministères dédiés à chaque armée. En 1911, pour préparer le recrutement du haut commandement, le Centre des hautes études militaires (CHEM) vient compléter l’Ecole de Guerre (1880) et l’Ecole supérieure de Marine (1893). Le décret de 1921 transforme celle-ci en Ecole de guerre navale et lui adjoint le Centre des hautes études navales (CHEN), dont le directeur, en 1928, n’est autre que le contre-amiral Raoul Castex, futur fondateur de l’IHEDN. Tirant l’expérience de la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne innove en 1926 avec l’instauration de « l’Imperial Defence College » pour former un corps d’officiers et de fonctionnaires civils à la stratégie impériale sous son aspect le plus large. Dix ans plus tard, la France s’en inspire avec le Collège des hautes études de défense nationale (CHEDN) pour les officiers du grade de lieutenant-colonel ou équivalent, admis sans concours mais ayant suivi le CHEM ou le CHEN, et de hauts fonctionnaires civils. Son directeur, l’amiral Castex conçoit un programme sur la défense nationale avec ses aspects politique, financier, militaire (terre, mer et air), économique, colonial et diplomatique, incluant visites, discussions et restitutions de travaux collectifs. Lors de la première session, le lieutenant-colonel Charles de Gaulle, écrivain militaire reconnu, y prononce une conférence sur l’organisation politico-militaire de la défense de la nation en temps de guerre, traduite en acte à l’été 1940 et annonciatrice de sa future ordonnance de…1959 ! Une logique de réseaux des anciens auditeurs se met en place jusqu’à la fermeture du CHEDN en septembre 1939. Il est rouvert en 1948 sous le nom d’Institut des hautes études de défense nationale, d’une durée d’une année universitaire et dont la méthodologie de travail, empruntée à « l’Imperial Defence College » et au « National War College » américain, se pérennise pendant une dizaine d’années. Progressivement, le caractère civilo-militaire s’accentue avec la règle, encore en vigueur, des trois tiers : militaires, fonctionnaires civils et membres du secteur privé. Dès 1948, se crée l’Association des anciens auditeurs et cadres de l’IHEDN, dénommée AA-IHEDN. Dès 1959, les officiers du CHEM suivent la session nationale. Les femmes y accèdent en 1956 et les étrangers en 1999. Présidents de la République et Premiers ministres s’y expriment. Par la suite, l’IHEDN évolue avec l’ouverture de sessions beaucoup plus courtes en province, à l’international (auditeurs d’Afrique, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine) et aux « jeunes » et instaure des sessions thématiques. L’Union-IHEDN, fondée en 1975, fédère les associations des anciens. Entre 1948 et 2020, l’IHEDN a formé 25.000 auditeurs, dont plus d’un tiers au sein des sessions nationales.

Loïc Salmon

« Histoire de l’IHEDN », Philippe Vial et Guillaume Denglos. Editions Tallandier, 208 pages, 29 €.

IHEDN : vision présidentielle de la défense et de ses moyens

Défense : se réapproprier la question militaire

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain




Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Le combat sur terre et sur mer repose sur la tactique et la ruse. Cette dernière peut renverser la situation pour celui qui risquait, au début, d’être vaincu par un adversaire plus nombreux.

Souvent, la victoire résulte de l’effet de surprise, planifié ou improvisé. De l’Antiquité, avec le cheval de Troie, à la seconde guerre mondiale, avec le faux projet de débarquement des troupes alliées dans le Pas de Calais en 1944, les exemples abondent. Face à l’armée thrace, le stratège athénien Iphicrate (419-353 avant JC) abandonne son camp avec tous ses bagages et bêtes de somme et attire l’ennemi dans une embuscade. A Salamine (480 avant JC), le stratège athénien Thémistocle dispose de 380 trirèmes qui risquent l’encerclement par une flotte perse de plus de 600 navires. Il parvient à la désorganiser en l’obligeant à franchir un chenal étroit où les trirèmes grecques, plus rapides, la déciment. En 332 avant JC, Alexandre le Grand assiège la ville phénicienne de Tyr, située sur une île. Après sept mois de travaux et d’échecs, il envisage de lever le siège quand un énorme monstre marin s’échoue sur la jetée macédonienne. Les deux belligérants y voient un signe favorable. Mais alors que les Tyriens festoient toute la nuit, Alexandre déplace la plus grande partie de sa flotte sur un autre point et donne l’assaut final des murailles. Lors de la bataille des Champs Raudiens (30 juillet 101 avant JC), une armée romaine de 52.300 hommes affronte 160.000 Cimbres, venus du Danemark et guère habitués à l’été italien. Ces derniers, obligés de progresser face à l’Est avec leurs boucliers devant les yeux, portent des casques et cuirasses métalliques qui décuplent la chaleur. Les Romains remportent une victoire écrasante. Grâce à la chaleur, le roi de France Philippe IV le Bel remporte la victoire de Mont-en-Pévèle, le 18 août 1304, contre les troupes flamandes. A l’issue d’une journée caniculaire, sa cavalerie contourne l’armée adverse et s’empare de son camp, la privant de nourriture et de boisson. Le 5 novembre 1757, le roi de Prusse Frédéric II établit son camp à Rossbach sur une colline escarpée face à une armée française deux fois plus nombreuse. Feignant la retraite, il la prend à revers et la désorganise complètement. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Paris assiégé survit grâce à deux ruses : les ballons pour acheminer le courrier (3 millions de lettres), évacuer des personnalités et relever les positions de l’ennemi ; les pigeons voyageurs transportés par ballons, pour ne pas être interceptés, et porteurs de microphotographies (2.000 messages par pigeon). Durant la première guerre mondiale, quand ils font surface dans les eaux territoriales, les sous-marins britanniques rejettent de grandes quantités de pain pour attirer les mouettes, qui repèrent vite ce type de navire. Les guetteurs surveillent les attroupements de mouettes et, si aucun submersible britannique n’est censé se trouver à cet endroit, il s’agit d’un sous-marin allemand. Pendant la guerre du désert (juin 1940-février 1943), le célèbre illusionniste britannique Jasper Maskelyne, mobilisé dans l’unité spéciale de dissimulation « A Force », trompe l’Afrikakorps allemand par le déploiement de chars camouflés en faux camions. Il fait construire un faux port d’Alexandrie et l’allumage d’incendies pour leurrer la Luftwaffe, qui attaque de nuit. Le faux port est reconstruit avant l’aube, afin de berner les avions de reconnaissance allemands.

Loïc Salmon

« Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre », Anne Pouget. Editions Pierre de Taillac, 192 pages, illustrations, 9,90 €.

L’Armée Française en Guerre en 100 objets et 100 mots

Le fusil à tirer dans les coins

Le livre qui va faire de vous un chef




Liberté du commandement

Liberté du commandement

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Défense : détecter les cyberattaques et réagir vite

La doctrine militaire française inclut le cyber comme arme d’emploi sur les théâtres d’opérations. Au-delà de son aspect technique, le cyber prend des dimensions juridique et politique.

A l’occasion de la 8ème édition de l’exercice interarmées « Defnet » (15-26 mars), l’état de la cyberdéfense militaire a été présenté à la presse, le 18 mars 2021 à Paris, notamment par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le général de division aérienne Didier Tisseyre (photo), commandant la cyberdéfense.

« Cyberconflictualité ». Le commandement de la cyberdéfense (Comcyber) dispose d’un état-major, installé à Paris, pour les orientations stratégiques, la conception et la conduite des opérations, via le centre opérationnel cyber. Le Groupement de la cyberdéfense des armées a été créé le 1er septembre 2020 à Saint-Jacques de la Lande (Bretagne), à proximité de l‘incubateur civilo-militaire « Cyberdéfense Factory ». Ce dernier permet aux petites et moyennes entreprises et aux universitaires de travailler au contact des opérateurs des armées et des experts de la Direction générale de l’armement. Outre la cybercriminalité, le terrorisme ou les actions hybrides de la part de groupes mercenaires rattachés à des Etats, l‘hypothèse d’un engagement majeur dans le cyberespace est prise en compte, indique le général Tisseyre. Des exercices au sein de l’OTAN permettent de s’y préparer. Sur le plan national, il s’agit d’attribuer l’origine des cyberattaques, sans en divulguer la méthode pour éviter une vulnérabilité ultérieure. Leur gravité détermine la proportionnalité de la riposte, au niveau diplomatique, économique ou militaire. Le Comcyber travaille avec les services de renseignement dans la lutte informatique, défensive ou offensive, sur un théâtre d’opérations. Ainsi, l’exercice Defnet 2021 inclut des simulations de vrais incidents sur des systèmes d’armes en service, dans un contexte international au plus près de la réalité.

Defnet 2021. Cet exercice permet de tester la planification, la coordination et la mise en œuvre des mesures défensives face aux cyberattaques. Près de 260 « cybercombattants » sont mobilisés à Brest, Istres, Paris, Rennes et Toulon. Pour la première fois, les réservistes opérationnels sont intégrés aux équipes, afin de s’entraîner aux procédures militaires de gestion de crise cyber. L’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et huit maîtres d’œuvre industriels, signataires de la convention sur la cybersécurité des systèmes d’armes en service, participent à Defnet. En outre, le Comcyber organise la compétition « Capture the Flag » entre 14 écoles d’enseignement supérieur à Paris, Laval, Rennes, Vannes, Saint-Malo et Lannion.

« Cybercombattants ». En 2020, l’ANSSI a détecté quatre fois plus de cyberattaques qu’en 2019 ainsi que 2.700 « événements de sécurité » au ministère es Armées, indique Hervé Grandjean. Pour contrer cette menace, la loi de programmation militaire 2019-2025 consacre 1,6 Md€ au cyber. Le nombre de cybercombattants, de 3.400 en 2020, doit atteindre 4.500 en 2025. Les armées assurent déjà des formations spécialisées : brevet de technicien supérieur « Système numérique informatique et réseau » au lycée militaire de Saint-Cyr l’Ecole ; mastère « Cybersécurité des systèmes complexes pour l’industrie et la défense » à l’Ecole de l’air et à l’Ecole centrale de Marseille ; mastère « Cybersécurité des systèmes maritimes et portuaires », mis en place par l’Ecole navale et trois autres écoles d’ingénieurs en Bretagne.

Loïc Salmon

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Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Le groupe aéronaval (GAN) a quitté Toulon le 21 février 2021 pour la mission « Clemenceau » (quatre mois) jusqu’en océan Indien. La mission « Jeanne d’Arc » (146 jours), qui emmène le Groupe école d’application des officiers de marine (GEAOM) jusqu’en mer de Chine et au Japon, est partie de Toulon le 18 février.

Ces deux missions présentent un volet opérationnel avec des spécificités : lutte contre le terrorisme islamiste et renforcement des partenariats pour le GAN ; formation, coopération et assistance humanitaire pour le GEAOM.

Clemenceau 2021. En Méditerranée orientale, le GAN participe à l’opération américaine « Inherent Resolve » contre le djihadisme au Levant, via son intégration au dispositif français « Chammal » de soutien des forces irakiennes, engagées au sol pour détruire les capacités militaires de Daech. Dans le cadre des opérations « Inherent Resolve » et « Agénor » (Union européenne) en mer Rouge, dans le golfe Arabo-Persique et en océan Indien (mer d’Arabie), il approfondit les connaissances des zones traversées et assure une présence opérationnelle, réactive et adaptable pour garantir la sécurité régionale. Le GAN se compose du porte-avions Charles-de-Gaulle, qui embarque : 20 avions de chasse Rafale marine (F3R) ; 2 avions de guet aérien E-2C Hawkeye ; 2 hélicoptères Dauphin pour la sécurité des équipages et les missions de recherche et de secours ; 1 hélicoptère Caïman pour les luttes anti-sous-marine et antinavire et le transport logistique. Il est escorté par : la frégate de défense aérienne et de commandement des opérations aériennes Chevalier-Paul ; la frégate multi-missions Provence, renforcée temporairement par sa jumelle Auvergne, pour les luttes anti-sous-marine et antinavire, l’appui aux opérations terrestres et la projection de puissance, chacune embarquant un hélicoptère Caïman ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour le recueil de renseignement, l’intervention contre des enaces navales ou sous-marines et la mise en œuvre de forces spéciales ; le bâtiment de commandement et de ravitaillement Var. En outre, un avion de patrouille maritime Atlantique-2, basé à terre, assure, pour le GAN, des missions de renseignement en haute mer, de lutte anti-sous-marine et, éventuellement, de puissance de feu sur des objectifs terrestres par des bombes guidées laser. « Clemenceau 2021 » prévoit la participation partielle de la frégate belge Leopold-1er, d’une frégate grecque et du destroyer américain Porter.

Jeanne d’Arc 2021. Dans le cadre de la présence française ans la zone indopacifique, le GEAOM intègre la « Combined Task Force 150 » de la coalition internationale en océan Indien, pour lutter contre les trafics et activités illicites liées au terrorisme et sécuriser les espaces maritimes. Il contribue au maintien de la connaissance des zones et de l’étude de leurs évolutions, afin d’anticiper l’apparition des crises tout en conservant une liberté autonome d’appréciation de la situation. Le GEAOM se compose du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de la frégate Surcouf. Outre un groupement tactique et des hélicoptères de l’armée de Terre, les deux navires embarquent 148 officiers de Marine en formation, dont 14 femmes, 8 enseignes de vaisseau étrangers (Allemagne, Cameroun, Côte d’Ivoire, Madagascar, Togo et Viêt Nam) et 5 officiers invités (Egypte, Ethiopie, Indonésie, Malaisie et Maroc). « Jeanne d’Arc 2021 » inclut des exercices majeurs avec les Marines d’Inde, d’Australie, du Japon et des Etats-Unis.

Loïc Salmon

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