Renseignement : la DRSD, vigilance et anticipation

Depuis 2022, les pays compétiteurs de la France recourent délibérément à la guerre hybride pour réduire sa compétitivité industrielle et sa souveraineté. La Direction du renseignement et la sécurité de la défense (DRSD) identifie et anticipe les menaces, en vue de les neutraliser.

Son directeur, le général de corps d’armée Aymeric de Bonnemaison, l’a expliqué à la presse le 28 mai 2026 à Paris.

Un contexte innovant. Dans la guerre russo-ukrainienne, l’innovation technologique se trouve de plus en plus au contact avec un tempo opérationnel rapide. Il ne s’agit plus de disposer d’un système qui sera transformé dans deux ou trois ans, mais de le remettre en question et de l’améliorer sans cesse pour affronter l’adversaire. Un frein à l’innovation à un moment donné entraînera, plus tard, le risque de la surprise et même de la sidération par l’action d’un adversaire. Actuellement, les budgets de défense explosent dans le monde, ouvrant la compétition à un marché où la France se trouve en bonne position. Les technologies innovantes duales, comme le cyber, les drones et l’intelligence artificielle, entrent de plus en plus dans le champ militaire. Des entreprises, actives dans d’autres domaines, viennent sur le marché de la défense en raison de leurs capacités de production en cas de conflit majeur. Or la radicalisation propagée par les réseaux sociaux et les moyens numériques pourrait briser le lien Armée-Nation. Sur le plan sociétal, une minorité agissante glisse vers l’antimilitarisme, tandis qu’un nombre croissant de jeunes veulent s’engager dans les armées ou dans l’économie de défense.

Menaces nouvelles. Outre l’espionnage croissant avec ses perspectives de sabotage et de subversion, le risque de terrorisme reste élevé. La DRSD doit déceler tout foyer de radicalisation au sein des entreprises de défense. S’y ajoutent les incidents de sécurité, les survols de drones et la manipulation en ligne qui permet d’approcher beaucoup de gens plus facilement. Autre nouveauté, l’instrumentalisation des normes internationales constitue la suite de lois américaines d’exterritorialité. Les contrôles à l’exportation, notamment chinois, s’amplifient. Les règles anti-corruption concernant l’embargo sur certains produits permettent à des cabinets spécialisés de venir acquérir de la donnée dans les entreprises françaises sous l’angle de la norme et de l’inspection légale qui s’ensuivrait. L’intelligence artificielle démultiplie les capacités de subversion par la création d’images et d’imitations de voix de personnalités connues diffusées sur les réseaux sociaux, pour semer le doute sur la véracité des informations. Au début des années 2020 au Sahel, la Russie avait lancé des campagnes de désinformation en Afrique francophone pour dénigrer les troupes françaises luttant contre les groupes armés terroristes. Aujourd’hui, les attaques de réputation contre les entreprises françaises visent à les discréditer. Le lien Armée-Nation est visé par l’hypertrucage et de fausses informations de désaccord entre le pouvoir exécutif et des généraux en 2ème section. Les vols de données d’une entreprise, par cyberattaque ou en interne, et leurs reventes sur le « Dark Web » (réseaux accessibles via des logiciels, configurations ou protocoles spécifiques) constituent une fragilité potentielle. De plus, cela montre que l’entreprise en cours de négociation d’un contrat à l’export n’est pas fiable.

Réactions. La DRSD pratique le « Red Teaming », à savoir désigner un groupe jouant le rôle d’agresseur pour effectuer une intrusion physique ou numérique, afin d’améliorer la sécurité d’une entreprise. Elle effectue des démarches de sensibilisation, car 80 % des compromissions relèvent de simples négligences. Les comptes rendus des compromissions permettent de détecter les signaux faibles d’une action coordonnée contre la France. Enfin, la DRSD travaille avec les services de renseignement, dont la DGSI (lntérieur) et la DNRED (Douane)

Loïc Salmon

DGA : bilan 2025, commandes publiques records

Renseignement : ingérences et menaces contre la BITD en 2025

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




Stratégie : l’anxiété géopolitique, enjeu de la lutte d’influence

Dans un monde incertain et surmédiatisé, la compréhension de l’anxiété due aux événements internationaux et sa prise en compte par un État lui donnent un avantage décisionnel.

Le professeur Mathieu Guidère, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), l’a expliqué au cours d’une conférence, organisée le 17 mars 2026 à Paris, par l’association AED/SNC-IHEDN.

Le renseignement médico-sanitaire. La pandémie du Covid-19 et ses conséquences sur la santé publique deviennent un enjeu de souveraineté et prennent une dimension géopolitique avec la compétition des États pour acquérir des vaccins. Le renseignement médico-sanitaire, qui commence en 2020, vise trois objectifs. Le premier porte sur les vulnérabilités d’un État dans ses infrastructures sanitaires, ses chaînes logistiques d’approvisionnement et ses ressources humaines pour cartographier les capacités de production des vaccins, les stocks d’antivirus, les laboratoires ainsi que la capacité de résilience du pays. Le deuxième concerne l’anticipation de crises sanitaires et les menaces, accidentelles ou délibérées. Le troisième vise à protéger ou capter innovations pharmaceutiques et brevets et à sécuriser les infrastructures de santé. Le renseignement médico-sanitaire connaît un tournant en 2022 avec la guerre en Ukraine, survenue deux ans après la pandémie qui avait fragilisée la santé mentale des populations en raison du confinement et de la peur d’un virus potentiellement mortel. S’y est ajoutée la peur que la guerre ne s’étende à tout le continent européen, début de l’anxiété géopolitique. Celle-ci s’est exacerbée avec les opérations d’Israël à Gaza, en Iran et au Liban, sans compter les guerres aux Yémen, Soudan, Sahel, Nigeria et Pakistan ainsi qu’en Birmanie et Afghanistan. Toutefois la guerre en Ukraine a conduit à une militarisation de la santé mentale, à savoir que la Russie, la Chine et les États-Unis envisagent d’intégrer renseignement sanitaire et santé mentale dans leurs actions de guerre « hybride ». L’anxiété géopolitique pourrait se définir comme un état d’inquiétude ou de peur provoqué par l’instabilité des relations internationales et comme la perception de menaces globales hors de contrôle et soumise au bon vouloir de quelques dirigeants. Alors que le stress dépend d’un événement personnel ponctuel, l’anxiété s’installe dans la durée à la suite d’une cause non maîtrisée avec des effets psychologiques et physiologiques, notamment des troubles du métabolisme et du sommeil. L’anxiété géopolitique se manifeste selon trois types. Le premier consiste en un sentiment d’impuissance avec l‘impression d’être un spectateur passif de décisions prises par les grands dirigeants dont les conséquences (guerre, crise, inflation et pénurie) impactent la vie quotidienne. Le deuxième type porte sur la perte de repères stables sur les relations internationales et l’ordre mondial, jusqu’alors garanti par le Conseil de sécurité de l’ONU, où s’entremêlent conflits armés, menaces terroristes, cyberattaques et crises énergétiques. Le troisième type consiste en la perception d’une menace sur la survie du modèle de société, en raison de la menace nucléaire (de la Russie), de l’effondrement des alliances (notamment avec les États-Unis) et du déclassement socio-économique. A la suite d’une étude d’une masse de données obtenues sur les réseaux sociaux et leur analyse par l’intelligence artificielle concernant la population française d’aujourd’hui, l’IRSEM a défini quatre déclencheurs principaux de l’anxiété géopolitique et leurs impacts psychologiques. Les conflits de haute intensité d’Ukraine et d’Iran réactivent le traumatisme de la guerre mondiale avec la peur d’une escalade incontrôlable. La guerre hybride provoque un sentiment permanent d’insécurité dû à la désinformation et aux piratages de données, intrusions et attaques à la souveraineté. Depuis 2020, la prise de conscience de la dépendance économique entraîne une peur de la coupure technologique (interdiction d’accès aux services de Google, d’Amazon, de Facebook, d’Apple et de Microsoft sur ordre du gouvernement américain) et la crainte d’une pénurie alimentaire ou énergétique due à des tensions lointaines. La surexposition médiatique par les téléphones portables et les chaînes d’informations en continu, provoque une saturation cognitive qui affaiblit les capacités de résilience émotionnelle et d’évaluation rationnelle.

Les stratégies cognitives. Le degré d’inquiétude d’une population sur la situation dans le monde ou indice d’anxiété géopolitique est suivi par différents États en raison de son importance stratégique. L’IRSEM a établi des tendances en collaboration avec dix pays. La France arrive en tête avec 87 % de personnes éprouvant une peur de guerre mondiale et de déclassement. Cet indice passe à 85 % en Israël avec la peur d’un second attentat terroriste du 7 octobre 2023 et d’un état d’hypervigilance. Il atteint 79 % en Ukraine avec la peur de la Russie et l’anxiété d’annexion. Il se monte à 76 % en Corée du Sud avec la peur de la Corée du Nord et l’anxiété de performance (ne pas être capable de résilience en cas d’agression). Il atteint 68 % à Taïwan avec la peur de la Chine et l’anxiété d’annexion. Il se monte à 65 % aux Émirats arabes unis avec la peur de l’Iran et l’anxiété de la guerre régionale. Il atteint 63 % au Qatar avec la peur de l’Iran et l’anxiété de la guerre régionale. Il se monte à 61 % au Liban avec la peur d’Israël et l’anxiété de l’occupation ou de l’annexion. Il descend à 58 % au Japon avec la peur de la Chine et l’anxiété de la performance comme en Corée du Sud. Enfin, il tombe à 55 % en Allemagne avec la peur de l’administration américaine actuelle et l’anxiété de déclassement. Théorisé aux États-Unis, le « pessimisme armé » consiste à mesurer régulièrement le degré de négativité d’un peuple et d’avancer ses intérêts dans ce domaine-là. Des algorithmes vont transformer une déprime nationale en une déstabilisation stratégique. Ainsi, si une population croit qu’elle a déjà perdu une guerre possible, elle ne se battra pas. L’IRSEM a analysé le degré de démotivation et de démobilisation en Europe par la mesure du pourcentage de la population prête à se battre pour leur pays : 74 % en Finlande ; 62 % en Ukraine ; 58 % en Russie ;48 % en Pologne ; 38 % en Roumanie ; 27 % en Espagne ; 25 % en Allemagne ; 25 % en Italie ; 22 % en Grande-Bretagne ; 18 % en France. Les États-Unis, qui disposent des mêmes données, en concluent que l’Europe n’est pas capable de défendre son territoire et qu’ils ne peuvent compter sur elle. L’intelligence artificielle (IA) ouvre l’ère de la « révolution cognitive », où la production massive du langage écrit, depuis l’invention de l’imprimerie en Occident, ne dépend plus de l’homme. En 2025, le nombre d’écrits générés par l’IA a dépassé celui produit par des humains. Le centre de gravité de la guerre se déplace du domaine physique vers le cognitif. Il s’agit d’altérer, voire d’orienter, la manière dont la personne perçoit la réalité et prend ses décisions via des technologies, dont ChatGPT et autres. La saturation cognitive, utilisée par la Russie en Ukraine consiste à injecter, via l’IA, des millions d’hypertrucages, de vidéos et d’ordres pour saturer la phase d’observation du commandement adverse. Des agents conversationnels par IA ont ciblé les familles de militaires ukrainiens et les réseaux sociaux avec des rumeurs dénigrant leurs dirigeants pour déstabiliser la population. La guerre cognitive est pratiquée par la Chine contre Taïwan et l’Iran contre les pays du golfe.

La défense cognitive. Se prémunir contre la guerre cognitive nécessite un aguerrissement psychologique face aux menaces hybrides. La neutralisation des agents cognitifs repose sur l’analyse du profil de la population concernée. La protection nationale des systèmes de production de la connaissance reste à élaborer, car celle-ci est produite à 99 % avec des outils d’abonnement où toutes les données sont gérées aux États-Unis.

Loïc Salmon

Médias : réseaux sociaux, désinformation et manipulation

Stratégie : la guerre « hybride », sous le seuil du confit armé ouvert

Défense : la lutte contre la manipulation de l’information

 




Défense : prendre conscience de la menace du retour à la force

Contenu par le droit international garanti par l’ONU depuis la seconde guerre mondiale, l’emploi de la force redevient d’actualité avec la renaissance des empires.

Tel est le constat dressé par le général d’armée Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, lors d’une conférence organisée, le 16 mars 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La bascule stratégique. Trois éléments concourent aujourd’hui à un bouleversement géopolitique stratégique. D’abord, le monde connaît une bascule démographique vers l’Asie. S’appuyant sur la puissance économique, les États du BRICS (fondé par la Chine, la Russie et le Brésil et auquel divers pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ont adhéré) considèrent la réalité historique du droit occidental comme temporaire et la contestent, manifestation d’une bascule culturelle. Ensuite, la révolution du numérique, commencée depuis des dizaines d’années, se poursuit et constitue la bascule technologique. Ses outils ont acquis une telle puissance dans l’activité humaine quotidienne permanente, qu’elle devient un espace ouvert à la confrontation et à la guerre. Cette révolution de l’information s’étend au cyberespace et à l’espace exo-atmosphérique. Il est tentant d’en faire un parallèle avec la première guerre mondiale, quand le pétrole et l’électricité existaient à peine en 1914 et que l’automobile et l’avion ont connu de grands progrès en 1918. Cette guerre entre puissances majeures a été transformée par la surmultiplication de la révolution technico-industrielle. Dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie, les drones déployés de deux côtés, qui se montaient à quelques dizaines en 2022, se comptent en plusieurs millions quatre ans plus tard. Ce conflit, l’attaque terroriste du Hamas palestinien contre Israël à partir de la bande de Gaza en 2023 et le changement radical de la posture des États-Unis en 2025 constituent les facteurs déclencheurs du basculement stratégique mondial.

L’hybridité et l’ambiguïté. Par rapport à un empire qui s’impose par la force, un pays doit se positionner en vassal ou en adversaire, estime le général Schill. Or la force peut contrôler, contraindre, détruire, neutraliser ou attaquer, mais pas nécessairement construire. Sans aller jusqu’à engager le combat, les empires veulent employer tous les moyens possibles de la politique, la paix n’étant finalement qu’un accident. Il s’agit alors d’en profiter pour exercer la contrainte sur l’adversaire, tradition de l’Empire soviétique puis russe. Un même état d’esprit pourrait se développer en Chine et aux États-Unis. Le monde a quitté l’état de paix pour se trouver dans un continuum de la compétition, forme normale des relations internationales y compris entre pays alliés, vers la contestation et peut-être l’affrontement. Les questions se posent sur l’action dans la dualité entre civils et militaires et dans celle autour de la compétition et de l’affrontement, sur l’action dans le domaine de l’information et comment ne pas franchir le seuil de la conflictualité, tout en faisant peser sa puissance sur l’adversaire. L’hypothèse d’un engagement majeur est redevenue possible. Il s’agit de tout faire pour empêcher la montée aux extrêmes. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine confirme que les armées gagnent les batailles, mais que les nations gagnent les guerres.

L’Europe et l’OTAN. L’Union européenne (UE) regroupe 27 nations et ne connaît pas de vassalisation, ni d’affrontement, ni de montée aux extrêmes, mais constitue une forme de puissance pour défendre son mode de vie et son avenir. Sur le plan militaire, cette idée est portée par l’OTAN. Les pays de son flanc Est estiment se trouver sous l’ombre portée de l’Empire russe, qui dispose de forces plus puissantes qu’en 2022 malgré leurs difficultés à conquérir l’Ukraine. Selon eux, cette évolution les menacera directement et leur seule protection reste l’OTAN. En 2022, l‘UE disposait des mêmes informations que les États-Unis sur le dispositif militaire en cours de la Russie et en a conclu qu’elle n’irait pas plus loin. Mais lorsque des poches de sang ont été distribuées dans les postes de secours avancés, les États-Unis ont estimé qu’elle allait attaquer, ce qui s’est effectivement produit. De leur côté, ils ont exprimé leur potentialité militaire contre l’Iran (en 2025 et 2026). Depuis 2022, la Pologne, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Suède et la Finlande prennent en compte la potentialité militaire de la Russie à leurs frontières et, pour s’en protéger, comptent sur l’OTAN dont les États-Unis restent l’allié majeur. En effet, l’article 5 de l’OTAN précise que l’attaque contre un de ses membres sera considérée par les autres comme une attaque contre chacun d’entre eux et qu’ils apporteront leur appui. De fait, l’OTAN est, aux yeux de ses membres européens, l’outil de l‘expression de la défense collective. La puissance de l’OTAN dépend en grande partie de la présence et de l’engagement de l’allié américain ainsi que de ses moyens que l’UE n’a pas encore. L’OTAN est aussi une coalition de puissances nucléaires, à savoir les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Deuxième piler de l’OTAN, les pays européens membres ont décidé de monter à 3,5 % de leur produit intérieur brut le montant de leur effort militaire et à 5 % en y incluant l’ensemble des dépenses s’agrégeant à la défense. La menace russe risquant de se manifester dans six mois ou dans un an selon certains, les pays est-européens veulent acquérir en urgence les équipements nécessaires auprès du pays qui leur en propose immédiatement, à savoir les États-Unis. Or une puissance durable et souveraine n’existe que par une industrie de défense, qui le soit aussi. Conserver les États-Unis au sein de l’OTAN tout en développant son pilier européen peut, éventuellement, conduire à une compétition avec eux dans le domaine des équipements de défense. Il s’agit pour l’Europe, souligne le général Schill, de se préparer à une confrontation et de pouvoir déterminer sa détermination face à la Russie. Or tous les jours, celle-ci perd de 1.000 à 1.500 soldats blessés, tués ou disparus en Ukraine, qu’elle dit vouloir conquérir petit à petit. Face à elle, l’Europe peut exprimer sa détermination par la coalition de l’OTAN. L’enjeu porte sur une stratégie de puissance dans les domaines économique, diplomatique et militaire en passant par…le moins possible de pertes humaines. Déjà, la France et la Grande-Bretagne dirigent une coalition de pays volontaires pour garantir la sécurité de l’Ukraine par une régénération de ses forces aériennes, navales et terrestres.

La France. La ligne stratégique de la France, qui remonte à Philippe-Auguste (1165-1223), consiste à peser sur son destin de manière souveraine. Sur le plan militaire, la souveraineté a un coût à assumer pour pouvoir disposer d’une appréciation autonome de la situation. Le général Schill, qui a été adjoint Terre au chef de l’état-major particulier du président de la République (2012-2017), estime que ce dernier est l’un des rares dirigeants du monde capable d’avoir, non pas une connaissance parfaite, mais une intime conviction sur quasiment tous les événements, base de la souveraineté au sens de la capacité à décider de l’action. Cette souveraineté repose sur le socle de la dissuasion nucléaire. Elle permet à la France, puissance d’équilibre, de générer des coalitions et de construire, notamment en tant que membre fondateur de l’ONU, de l’OTAN et de l’UE. Cette capacité de construction fait partie des outils de la puissance comme la diplomatie, la culture, l’économie et la défense. Celle-ci s’appuie sur la loi de programmation militaire 2024-2030, soit 413Mds€ pour transformer l’outil militaire. Son actualisation va l’augmenter de 36 Mds€ pour les années 2026 à 2030. L’exercice interarmées et multinational « Orion 26 », organisé en France (7 avril-1er mai), a préparé à un engagement majeur. Le déploiement au sol constitue un enjeu de détermination, rappelle le chef d’état-major de l’armée de Terre. Celle-ci, qui doit innover en permanence sur les plans tactique, technologique et organisationnel, recrute 15.000 jeunes hommes et femmes par an.

Loïc Salmon

Ukraine : soutien de la France après quatre ans de guerre

Stratégie : la guerre « hybride », sous le seuil du confit armé ouvert

Défense : « Orion 26 », exercice interarmées et multinational




14 juillet 2026 : affirmation du soutien à l’Ukraine, première ligne de la défense de l’Europe

Le défilé du 14 juillet 2026 constitue une démonstration stratégique et opérationnelle, une vitrine de la puissance militaire et le continuum défense-sécurité.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 8 juin aux Invalides. Le défilé compte plus de 8.500 participants, dont 6.500 à pied, 95 avions, 35 hélicoptères et 193 chevaux de la Garde républicaine.

Solidarité et cohésion. Afin de souligner la notion de coalition, des invitations ont été envoyées à 35 pays volontaires pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine, après la guerre, à l’initiative lancée en 2025 par la France et de la Grande-Bretagne, ainsi qu’à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et au général de corps aérien américain Alexus Grykewich, commandant suprême de l’OTAN et des forces alliées en Europe. Le défilé met à l’honneur les troupes de la mission de réassurance dans les airs et au sol sur le flanc Est de l’Europe. Ensuite, les armées françaises montrent leur capacité à entrer en premier sur un théâtre en coordonnant les opérations entre les armées de Terre, de l’Air et de l’Espace et de la Marine nationale qui fête ses 400 ans d’existence. De plus, comme le démontre la défense aérienne de Kiev, capitale de l’Ukraine, la séparation entre le front et l’arrière n’existe plus et la continuité dans l’espace et le temps entre défense et sécurité devient essentielle. Enfin, le défilé inclut les jeunes qui croient aux valeurs de l’engagement militaire.

Défilé aérien. La Patrouille de France arrive en tête avec 9 Alphajet et 2 Mirage 2000 ukrainiens. L’intervention aérienne pour entrer en premier est représentée par 16 chasseurs Rafale et 12 Mirage 2000 français, 4 Rafale européens et 3 Airbus A330 MRTT (transport et ravitaillement en vol). La posture permanente de sûreté présente 1 avion de détection et de commandement aéroporté E-3 F, 2 Rafale et 2 Mirage 2000. Les Forces aériennes stratégiques sont représentées par 1 A330 MRTT et 7 Rafale. La Marine nationale déploie 1 avion de guet aérien E2C Hawkeye et 13 Rafale Marine. La Surveillance et le Renseignement sont représentés par 1 Rafale 30 de reconnaissance nouvelle génération, 2 Mirage 2000 équipés d’une nacelle ASTAC (analyse de signaux tactiques), 1 Falcon 50 de surveillance maritime et de secours en mer, 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance et 2 avions de lutte anti-sous-marine ATL2. L’appui aux opérationscomprend : 6 A400M Altas français et 2 A400M européens, 2 avions de transport tactique C-130J Super Hercules français, 2 C-130J européens et 4 avions tactiques CN-235 Casa. Le défilé d’hélicoptères présente des appareils de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), de la Marine nationale, de l’armée de Terre, de la Gendarmerie, de la Police nationale et de la Douane.

Troupes à pied. Les 20 écoles militaires défilent en tête, suivies d’unités de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre, de la Marine nationale, de l’AAE, des directions et services interarmées et des réservistes opérationnels. Puis arrivent des unités des ministères civils (Intérieur et Outre-mer, Justice et Économie). La Légion étrangère ferme la marche de son pas lent.

Troupes motorisées. Les unités motorisées se répartissent ainsi : Commandement des actions spéciales Terre ; Centre interarmées des actions sur l’environnement ; 1er Corps d’armée ; Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement ; 9ème Brigade d’infanterie de marine ; Commandement de l’appui terrestre numérique et cyber ; Commandement de l’appui et de la logistique du théâtre ; Flottille 36 F (hélicoptères de lutte anti-sous-marine, lutte antinavires et mise en œuvre de commandos Marine) ; Force maritime des fusiliers marins ; Défense sol-air ; Gendarmerie nationale ; Police nationale ; Douane ; Brigade des sapeurs-pompiers de Paris ; Bataillon des marins-pompiers de Marseille.

Loïc Salmon

14 juillet 2025 : montrer la crédibilité opérationnelle

14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international




CEMA : la défense nationale se construit dans le temps long

La paix en Europe depuis 1945 a fait oublier que les États employaient la force dans leur politique étrangère. Les répercussions des décisions en matière de défense, prises en périodes de crises, se feront sentir 15 ou 20 ans plus tard.

Telle est l’opinion du chef d’état-major des armées (CEMA), le général d’armée aérienne Fabien Mandon, qui s’est exprimé devant 1.000 participants en ligne en plus des présents à une conférence-débat organisée, le 22 juin 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Les grands changements. Les crises se multiplient de façon simultanée avec une intensité acrue. La dégradation massive de l’environnement géopolitique se double d’une forte contestation des valeurs portées par la France. Des puissances frappent et discutent après, en espérant obtenir des gains qu’elles auraient normalement obtenus par la diplomatie. Les règles internationales sont contestées par certaines et même non respectées par d’autres. Les institutions, dont l’ONU, crées après plusieurs conflits mondiaux pour réguler la paix entre États et permettre, par le dialogue, d’éviter d’en arriver à la force, se trouvent paralysées. Après la guerre froide (1947-1991), les États-Unis, devenus une hyperpuissance qui a beaucoup forgé les relations en termes de défense dans le monde, sont aujourd’hui contestés. Le 3 septembre 2025, la Chine a organisé à Pékin un défilé militaire de grande ampleur pour montrer sa détermination en termes de volume de forces armées et de qualité d’équipements. Elle a pris de l’avance dans de très nombreux domaines technologiques, dont le numérique et l’intelligence artificielle. Les États-Unis se désengagent de l’Europe et de l’Afrique par nécessité, afin de garantir leurs priorités sur tout le continent américain et financer leur « Golden Dome » (bouclier contre les missiles balistiques, hypersoniques et de croisière). Après l’attentat terroriste du Hamas (2023), Israël a étendu sa riposte à Gaza, en Cisjordanie, en Iran avec les États-Unis et au Liban où la France déploie 800 soldats. Outre son programme nucléaire, l’Iran a entrepris la modernisation de son arsenal balistique, dont certains missiles peuvent atteindre la France. En outre, il encourage des groupes armés pour étendre son influence au Proche et Moyen-Orient et le déstabiliser. L’attaque israélo-américaine de 2026 aura des conséquences de longue durée dans la région avec des approches différentes entre les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Syrie qui tente de recouvrir sa souveraineté et l’Irak en pleine recomposition politique. Un déséquilibre similaire se produit en Afrique, notamment au Sahel où la présence militaire de la France s’est réduite considérablement à la suite des coups d’État aux Mali (2021), Burkina Faso (2022) et Niger (2023), alors qu’elle était intervenue (opérations « Serval », 2013-2014, puis « Barkhane », 2014-2022) à la demande des autorités locales pour lutter contre les groupes djihadistes. Malgré les discours diffusés sur les réseaux sociaux, les groupes terroristes gagnent beaucoup de terrain en 2026, jusqu’à la côte Est de l’Afrique avec des effets sur le long terme. Aux déséquilibres géopolitiques s’ajoute la « désinhibition » dans les actes, quand les États-Unis coulent (depuis 2025) des embarcations de trafiquants de drogue en l’absence de tout cadre juridique alors que la France, via ses forces armées aux Antilles, coopère avec eux dans la lutte contre les narcotrafics. En outre, la désinhibition dans les discours, y compris entre Alliés, fragilise la solidarité dans les échanges entre les militaires. Toutefois, souligne le CEMA, la France manifeste une très grande détermination à affirmer, sans compromission, les valeurs sur lesquelles elle fonde sa défense.

Les transformations essentielles. Quatre pays, à savoir la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, ont constitué, non pas une alliance comme l’OTAN ou une solidarité comme l’Union européenne, mais une convergence d’intérêts. Pendant la guerre en Ukraine, l’Iran a appris à la Russie comment utiliser les drones puis à en fabriquer chez elle sous licence. De plus en 2025, la Corée du Nord a fourni des obus et les trois quarts de l’artillerie de la Russie. En outre, des milliers de soldats nord-coréens se battent en Ukraine aux côtés de ses soldats. Certaines entreprises privées chinoises ont contribué à alimenter les équipements déployés en Ukraine et en Iran. Dans la guerre (2026) entre Israël, les États-Unis et l’Iran, la Russie et la Corée du Nord ont aidé l’Iran. Sur un plan plus général, plusieurs pays ne se reconnaissent pas dans l‘ordre établi par d’autres au XXème siècle, selon des règles favorables aux pays occidentaux. La Russie, qui en a fait partie avant d’en être exclue, anime une dynamique d’alternative aux puissances occidentales, en y associant un discours sur leur déclin en vue de contester l’ordre international et de poser des règles de gouvernance différentes. Malgré des histoires et des modèles de société légèrement différents, les pays européens partagent la même géographie. Leur liberté, gage de souveraineté, a un coût à assumer pour défendre leurs intérêts qui divergent de ceux de la Chine et des États-Unis. Selon le CEMA, la défense de l’Europe se construit toujours au sein de l’OTAN avec sa promesse de solidarité (article V). La France dispose d’une défense pour se protéger le jour où le besoin s’en fera sentir. La continuité de sa souveraineté absolue sur sa dissuasion nucléaire n’exclut pas des discussions avec d’autres pays européens face aux rivaux stratégiques, mais elle ne suffit pas pour garantir leur sécurité. L’idée d’une armée européenne désincarnée des États est prématurée. Chaque chef d’État ou de gouvernement assume la responsabilité de la protection de son pays devant ses concitoyens. Cette souveraineté n’est pas incompatible avec une plus grande coordination et des réflexions communes sur la défense entre pays européens, via des Livres blancs et des exercices militaires. Les rivaux stratégiques exploitent tout le potentiel de la guerre hybride, qui rend difficile la compréhension de la situation d’une zone aux frontières floues, freine le processus décisionnel et ralentit les réactions. Récemment, la Russie a adopté une loi lui permettant d’intervenir militairement à l’étranger pour protéger une communauté russophone qui serait maltraitée, notamment dans les pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie). Elle interviendrait avec des forces de sécurité intérieures, de généreux moyens de secours et une campagne médiatique très relayée dans les sociétés occidentales. Déjà, des chutes de drones dans les pays baltes ont conduit à l’arrêt de cours dans toutes les écoles. Début 2026, la Russie produit 7 millions de drones par an et l’Ukraine 10 millions avec un objectif de 20 millions à la fin de l’année. Malgré le bombardement intensif de ses défenses sol-air et de ses centres névralgiques par Israël et les États-Unis, l’Iran a pratiqué la guerre d’usure par l’envoi, dans toute la région, d’énormes quantités de drones stockés dans des tunnels depuis des années. L’intelligence artificielle va se cumuler avec la « dronisation » du champ de bataille. Enfin, la propagande sur les réseaux sociaux, organisée par l’intelligence artificielle, vise à fragiliser les sociétés des pays européens.

La stratégie de la France. Le CEMA veut développer la réactivité des armées françaises sur des scénarios de guerre hybride. Outre les chars, avions et bateaux, la manœuvre militaire inclut l’informationnel, l’espace et le cyber. Toutefois, alors que les trois quarts du renseignement technique israélien proviennent du cyber, celui-ci n’a pu confirmer les alertes d’origine humaine sur les mouvements du Hamas. Demain, la défense dépendra de la connectivité qui passe par l’espace. Vu que les grands compétiteurs mondiaux investissent beaucoup dans le spatial pour neutraliser les satellites qui les dérangeront, la France a élaboré une stratégie spatiale en 2019. Elle ne décidera pas la guerre, souligne le CEMA, mais en cas d’attaque contre un pays allié, les jeunes de ses armées iront l’aider…par solidarité !

Loïc Salmon

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Défense : devoir de mémoire et regard sur un monde en conflit

La paix n’est que relative et l’expérience de la guerre reste toujours présente, peut-être pas pour l’ensemble de la société française, mais certainement chez les militaires déployés en opérations extérieures.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a expliqué lors d’une conférence organisée, le 30 mars 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Se souvenir. Le devoir de mémoire éclaire le présent, nourrit la conscience collective et participe à la formation de citoyens lucides et engagés. Les commémorations constituent des hommages rendus aux générations passées et une reconnaissance des sacrifices consentis dans des périodes de guerre et de rupture. La « quatrième génération du feu », après celles de la première guerre mondiale (1914-1918), de la seconde (1939-1945) et des conflits en Indochine et en Algérie (1946-1962), a perdu plusieurs centaines de morts et entre 15.000 et 20.000 blessés au cours des opérations extérieures. La défaite de la France en 1940 face à l’Allemagne nazie résulte moins de l’incapacité de penser la guerre du moment et plus de son épuisement collectif, lorsqu’elle a demandé à de gens de 40 ans de repartir au front qu’ils avaient connu à 20 ans quand le traitement des maladies post-traumatiques n’existait pas encore. Parmi les 1.038 Compagnons de la Libération, figure André Zirnheld, professeur de français au lycée de Tunis et syndiqué à la CGT, donc peu enclin au militarisme. Pourtant, il a rejoint le Special Air Service britannique en 1940 et a été tué au combat en Libye en 1942. A l’issue de la Guerre froide (1947-1991) et pendant une trentaine d’années, la France a construit une armée qui avait pour vocation de porter sa parole à travers son expérience militaire. Dans ce contexte, le service national obligatoire a perdu de son utilité et a été suspendu effectivement en 2002. Le gouverneur militaire de Paris commande le 24ème Régiment d’infanterie composé de réservistes et dont les anciens avaient participé à la victoire de Yorktown en 1781. Affecté à Washington en 2014, il avait remarqué l’absence de la France parmi les souvenirs de l’histoire des États-Unis dans les couloirs du Pentagone. En novembre 2025, il a dévoilé une statue du maréchal Foch serrant la main du général Pershing avec l’inscription de la fameuse phrase : « La Fayette, nous voilà ! »

Préparer la guerre de demain. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, le monde connaît actuellement entre 50 et 60 conflits ouverts. En 2026, les forces armées françaises se composent de personnels d’active, de réservistes dont le nombre augmente considérablement et de jeunes du Service national volontaire. La France doit se préparer à la résilience totale. En 2022, l’armée ukrainienne a subi le premier choc contre les forces russes mais c’est le peuple ukrainien dans son ensemble qui résiste. La Russie a commencé par attaquer l’Ukraine à partir de la Biélorussie, pour faire tomber le gouvernement ukrainien en quelques jours…sans succès ! La réalité de la guerre apparaît dans les pertes humaines. Actuellement, la Russie perd plus d’un millier d’hommes par jour. Les stratèges ukrainiens cherchent donc à tuer plus de soldats que son armée puisse former et engager sur le terrain. La cohésion nationale constitue le centre de gravité de la France, dont les adversaires tentent de fracturer la société en permanence. Récemment, le chef d’État-major des armées a déclaré qu’il faut se préparer à un choc. Cela ne veut pas dire qu’il va se produire, mais qu’il faut disposer d’un outil suffisamment puissant et dissuasif pour qu’il n’arrive pas, comme pendant la Guerre froide qui a été gagnée face au bloc soviétique. En France, démocratie solide, les prises de décision de haut niveau sont organisées au sein du Conseil de défense. Le président de la République réunit un petit groupe de personnes, qui vont lui proposer des décisions sur le choix d’une action militaire ou d’une entrée en guerre.

Loïc Salmon

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Défense : pouvoir augmenter la production d’équipements

Les industriels de défense doivent rendre soutenable sur le temps long l’action des opérationnels, tout en conservant leur souveraineté et leur compétitivité.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Y sont notamment intervenus : Vincent Quintana, directeur des affaires publiques du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres ; Pauline Martre, responsable des Affaires publiques et Partenariats chez Alta Ares, startup spécialisée dans la détection et l’interception de drones au moyen de l’intelligence artificielle.

Connexions politico-industrielles. Les commandes publiques impliquent une capacité de production technologiquement à jour pour, par exemple, multiplier par deux ou trois la production de munitions, indique Vincent Quintana. Les armées ne souhaitent pas disposer d’un stock de drones devenus obsolètes en six mois, comme pendant la guerre en Ukraine où les Russes ont trouvé la parade au retour du drone filaire. L’outil industriel se structure sur une commande et non sur une injonction politique. Il ne peut être poussé à 100 %, car l’offre ne crée pas la demande. Dans cette guerre, la masse devient un facteur dimensionnant susceptible d’emporter une décision sur le terrain. Elle s’accompagne d’une attrition remettant en cause la conception d’équipements, comme les missiles onéreux contre les drones bon marché, leur mode de production et leur utilisation. L’État achète un système d’arme et sa capacité de production. Une chaîne de production de missiles nécessitant des investissements lourds, l’industriel ne l’ouvrira pas sur une visibilité de 18 mois à 2 ans, temps d’action du personnel politique. Dans leur guerre contre l’Iran depuis le 28 février 2026, les États-Unis ont délivré en 30 jours une puissance de feu technologiquement très performante. Mais la question se pose du maintien de l’effort des chaînes de production dans la durée. Lors de la création par la France d’une base industrielle de défense (BITD) dans les années 1990, l’avionneur Dassault produisait un ou deux Rafale par mois pour le maintien des compétences et des bureaux d’études. Aujourd’hui, il faut produire plus au moment voulu, en équilibrant les commandes françaises (50 %) et celles à l’export (50 %).

Accélération des cycles technologiques. Il ne s’agit plus seulement de produire plus mais aussi de produire vite, souligne Pauline Martre. Cela implique de mettre en œuvre de nouvelles capacités tout en restant connecté au terrain, parce que l’innovation et son intégration sont très rapides. La recherche et le développement doivent se poursuivre pour pouvoir adapter la production. S’y ajoutent les besoins en financement pour passer de la production pour de la démonstration à celle à grande échelle, afin d’assurer les commandes et les livraisons dans des délais très contraints. Le champ de bataille a été complètement transformé par l’arrivée de drones, relativement peu chers, pour saturer l’espace aérien et obliger à repenser la défense sol-air. A la consolidation de la BITD pendant les années des dividendes de la paix succède une forme d’agilité, portée par les startups qui travaillent dans l’urgence. En outre, pour assurer les commandes, il faut constituer des stocks. Les retours d’expérience des forces armées induisent des adaptations, quasiment en temps réel, des modèles des productions avec des financements pour garantir celles-ci, tout en s’adaptant à l’évolution technologique. Par ailleurs, les industriels tentent de limiter les dépendances en matières premières et en composants électroniques, souvent fabriqués en Asie. Enfin, pour trouver des solutions très courtes à des technologies en évolution rapide et parfois permanente, ils doivent recruter des ingénieurs en systèmes embarqués, en intelligence artificielle et en robotique, compétences rares et très recherchées.

Loïc Salmon

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Défense : la lutte contre la manipulation de l’information

La guerre informationnelle se décompose en opérations stratégiques, pour faire douter et convaincre l’adversaire, et en opérations tactiques, pour modifier ses comportements. L’analyse de chaque incident se transforme en renseignement.

Anaïs Meunier, spécialiste de la cyberdéfense et de la manipulation de l’information, et le colonel Bertrand Boyer, chef du Centre interarmées des actions sur l’environnement, l’ont expliqué lors d’une conférence tenue à Paris le 27 janvier 2026 et relative à leur Livre blanc sur ce sujet.

Les menaces. Selon l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information), la cybermenace vise la compromission de la sécurité d’un système en altérant sa disponibilité, son intégrité ou sa confidentialité ou de l’information qu’il contient. Elle repose sur un socle technique et juridique solide. Selon Viginum (Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères), la menace informationnelle étrangère en ligne tente de porter atteinte aux intérêts de l’entité ciblée et/ou promouvoir des revendications. Les manœuvres consistent à diffuser de fausses informations ou à amplifier des contenus malveillants déjà présents dans le débat public.

Les opérations stratégiques d’influence. Le « minage informationnel » vise à persuader une population ciblée et transformer durablement ses convictions et croyances. Il s’inscrit dans le remps long, dont les effets se mesurent avec des indicateurs indirects sur plusieurs années. Ainsi le récit du « déclin de l’Occident », porté par la Russie à partir de 2014 lors de l’invasion de la Crimée, résulte de sa perception de déclassement après la chute de l’Union soviétique (1991). Les médias de propagande Russia Today et Sputnik présentent systématiquement les démocraties occidentales comme corrompues, décadentes et vouées à l’effondrement. Ils ne visent pas à convaincre les audiences de rejeter la démocratie, mais à rendre normale l’idée que d’autres modèles politiques, c’est-à-dire autoritaires, pourraient se montrer plus efficaces. Afin d’en minimiser l’impact, la défense se conçoit sur le long terme par l’éducation et des politiques publiques proposant une offre alternative positive. Une autre opération consiste à marteler pendant des mois, voire des années, un récit souvent simpliste pour fragiliser et disloquer le tissu social du pays ciblé. Ainsi dès 2021, les réseaux d’influence russes ont élaboré un récit pour le Sahel, selon lequel « la France arme les terroristes ». Ce récit a été systématiquement martelé de façon coordonnée sur les pages Facebook au Mali et présentant la Russie comme « un partenaire viable et une alternative à l’Occident », en vue de préparer l’acceptation de ses conseillers militaires.

Les opérations tactiques actives. Lors de conflits armés, les « Psyops » (opérations psychologiques) visent à modifier le comportement d’un adversaire précis dans un lieu circonscrit et un temps limité. Lors de la première guerre du Golfe (1991), la campagne de « déception » (tromperie) de la coalition internationale a alimenté la crainte d’un débarquement en Irak, alors que l’offensive terrestre se préparait depuis l’Arabie saoudite. Les nombreux déserteurs et les 85.000 prisonniers irakiens n’ont pas abandonné leur socle de croyances ni soutenu la cause de la coalition. Lors des Jeux Olympique de Paris 2024, Viginum a identifié, dès 2023, les manœuvres informationnelles (vidéos) de l’Azerbaïdjan appelant à leur boycott mais sans obtenir une visibilité suffisante dans le débat public numérique francophone pour obtenir des effets réels. Lors du conflit de mai 2025 entre l’Inde et le Pakistan, la perte d’un Rafale indien a donné lieu à des récits sur les réseaux sociaux visant à discréditer l’avion et la qualité de la coopération militaire de la France. Des comptes ont amplifié les pertes indiennes, diffusé des images détournées de leur contexte et promu des équipements chinois au détriment des matériels français sur le marché d’Asie-Pacifique.

Loïc Salmon

Stratégie : la guerre « hybride », sous le seuil du confit armé ouvert

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

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Marine nationale : depuis quatre siècles et sur tous les océans

Au cours de son histoire, les missions de la Marine ont évolué pour, aujourd’hui, porter sur la dissuasion nucléaire, la protection du territoire (métropole et outremers), la connaissance et l’anticipation, l’intervention, la prévention et l’influence dans le champ informationnel.

En 1626, le cardinal de Richelieu décide de faire de la mer un pilier de la puissance de la France, de sa prospérité et de son indépendance. Trois événement majeurs marquent ce 400ème anniversaire : 8 mai, démonstration d’une force navale aux abords de Marseille ; 14 juillet, la Marine nationale à l’honneur dans les défilés ; 5 septembre, cérémonies commémoratives, à Paris et en régions, de la bataille décisive de la Chesapeake (1781) dans la guerre d’indépendance américaine.

Les déploiements. La Marine mobilise en permanence environ 35 bâtiments, dont au moins un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) et 5 aéronefs en vol, soit 5.000 marins en mer, dans les airs et à terre. Chaque jour, elle sauve au moins une vie en mer. Elle doit surveiller 18.500 km de frontières maritimes et 10,9 Mkm2 de zones économiques exclusives ainsi réparties avec des points d’appui : métropole (base navale de Brest) ; Manche et mer du Nord ; océan Atlantique (bases navales à Saint-Pierre-et-Miquelon, Dakar au Sénégal et Abidjan en Côte d’Ivoire) ; Antilles avec la Guadeloupe, la Martinique (base navale) et la Guyane (base navale) ; Méditerranée (base navale de Toulon) ; océan Indien avec Djibouti (base navale), Abou Dhabi (base navale) aux Émirats arabes unis, Mayotte (base navale), La Réunion (base navale), les Îles Éparses et les Terres australes et antarctiques françaises ; océan Pacifique avec la Nouvelle-Calédonie (base navale), Wallis et Futuna, la Polynésie française (base navale) et l’îlot de Clipperton. Voici les zones de crises récurrentes : Antilles ; golfe de Guinée et Sud de la Côte occidentale d’Afrique ; mer d’Arabie, golfe d’Aden et Sud de la Côte orientale d’Afrique ; Asie du Sud-Est, mer de Chine méridionale, péninsule coréenne et côte de l’Extrême-Orient russe.

Les moyens. Les forces opérationnelles sont réparties en quatre domaines d’actions commandés par des amiraux : Alfan, pour la Force d’action navale ; Alfost pour les Forces sous-marines et la Force océanique stratégique ; Alavia pour la Force de l’aéronautique navale ; Alfusco pour la Force maritime des fusiliers marins et commandos. Chargée de préparer et soutenir un réservoir de forces et de compétences, la Force d’action navale (10.500 marins) dispose de près de 100 bâtiments de surface, 3 Groupes de plongeurs-démineurs, 4 centres d’expertise, la flottille amphibie et la force aéronavale nucléaire. Chargée de la maîtrise de l’espace aérien au-dessus de la mer et au-delà de l’horizon et de concourir à la dissuasion nucléaire, la Force de l’aéronautique navale (4.160 marins) déploie, depuis la terre ou la mer, des avions de chasse, de reconnaissance, de patrouille, de surveillance et d’intervention maritime, des hélicoptères de combat et de service public et des drones. La Force océanique stratégique dispose de quatre SNLE, qui assurent la permanence à la mer de la dissuasion. Les Forces sous-marines comptent six sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) pour la sûreté et le soutien des SNLE, la protection d’une force aéronavale, la connaissance et l’anticipation et enfin l’intervention. Les trois SNA les plus récents peuvent également effectuer des frappes de précision au sol dans la profondeur. La Force maritime des fusiliers marins et commandos (2.900 marins implantés sur 10 sites) compte 3 bataillons et 6 compagnies de fusiliers pour la défense et l’interdiction maritime. Les commandos Marine se répartissent en 5 commandos d’assaut et 2 commandos d’appui pour des missions complexes dans des environnements hostiles. En tout, la Marine nationale compte 42.000 personnels militaires et civils et 5.700 réservistes.

Loïc Salmon

Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage

Les guerres des mers

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future




Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage

Pour se préparer à une guerre de haute intensité non choisie où elle n’agirait pas seule, la Marine nationale doit augmenter la masse et la létalité de ses unités, servies par des personnels en nombre suffisant.

Son chef d’état-major, l’amiral Nicolas Vaujour, l’expliqué lors d’une rencontre avec l’Association de journalistes de défense le 11 février 2026 à Paris.

Les coopérations interalliées. Les pays membres de l’OTAN manifestent leur volonté de faire face à la menace de la Russie dans le Grand Nord en Arctique. Les États-Unis prennent la tête de tous les commandements, à savoir Marcom (naval), Aircom (aérien) et Landcom (terrestre). Au quotidien, Marcom déplace les navires de l’OTAN en fonction des différents besoins. Le Grand Nord, où se trouve la base navale russe de Mourmansk, reste une zone stratégique. Les Marines britannique, norvégienne, américaine et française partagent des informations sensibles pour le pistage des sous-marins russes. Ce n’est pas le cas dans les zones où les intérêts politiques divergent. Ainsi en mer Rouge en 2024 et 2025, les Marines britannique et américaine ont frappé des bases de rebelles Houthis au Yémen, tandis que la française s’est limitée à la protection du trafic commercial. Les relations entre les Marines américaine et française sont très bonnes et le non-alignement sur certains dossiers est assumé et accepté, précise l’amiral Vaujour. En mer Baltique, l’Otan montre sa détermination par l’opération « Baltic Sentry » qui mobilise navires, aéronefs, drones sous-marins et intelligence artificielle pour surveiller les infrastructures et les protéger contre toute tentative de sabotage, comme la section d’un câble par un navire laissant traîner son ancre. En Manche et mer du Nord, tout bateau russe est accompagné par la Marine française ou britannique. Lancée en 2020 et prorogée jusqu’en 2027, l’opération européenne « Irini » avec la France, l’Italie et la Grèce assure la sécurité maritime au large de la Syrie, où la Russie a perdu sa base de Tartous, et la lutte contre les trafics vers la Libye. Depuis la fermeture des détroits turcs aux navires militaires, la Marine française agit en mer Noire à partir de la Bulgarie et de la Roumanie. Des avions de patrouille maritime surveillent les mines russes, qui dérivent depuis le port d’Odessa, et des démineurs travaillent avec leurs homologues roumains et turcs. Les Marines française, britannique, turque et d’autres pays préparent les garanties de sécurité, indispensables à la reprise des investissements en Ukraine après la fin de la guerre. La Marine française participe aux opérations européennes de sécurité maritime en cours, « Aspides » en mer Rouge et « Atalante » dans le golfe d’Aden.

Les matériels et équipements. Seule en Europe, la Marine française peut compter sur la disponibilité de 80 % de ses frégates et de 60 % de ses sous-marins, c’est-à-dire prêts à partir en mer avec leurs équipements et leus armes. Une Marine est un écosystème, souligne l’amiral Vaujour, avec des bateaux, des marins, des infrastructures, des industriels et des savoir-faire techniques. La construction de trois bassins pour les sous-marins à Toulon constitue un investissement pour un siècle. Le Service de soutien de la flotte négocie avec les industriels pour baisser les coûts, mais pas trop pour garder les savoir-faire. Le Service logistique dispose de capacités en interne pour pallier la défaillance d’un industriel ou une prestation trop onéreuse. L’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 prend en compte le retour d’expérience de la guerre en Ukraine en vue d’accroître la masse, la létalité et la cohérence des plateformes navales. Les armes de décision nécessitent des munitions complexes comme les missiles anti-aériens et antibalistiques Aster ou antinavires, efficaces mais longs à produire. Les munitions téléopérées (drones suicides), moins chères, permettent de créer de la masse. Le maintien d’une présence permanente en Baltique, en Méditerranée ou en océan Indien implique trois frégates. Or il faut sept ans pour en concevoir et construire une. La Marine nationale dispose de 15 frégates, dont 2 de défense aérienne, 8 FREMM (multi-missions) et 5 FDI (frégates de défense et d’intervention). Ces dernières, équipées de missiles Aster 5 et 30, remplissent des missions de défense aérienne, de lutte anti-sous-marine et de lutte au-dessus de la surface. Parmi les 41 avions de chasse Rafale Marine, certains seront retirés du service à l’issue d’études théoriques et de terrain sur le vieillissement de leur cellule. La Marine assure la maintenance des Hawkeye, seuls avions de guet aérien catapultables et achetés aux États-Unis, mais dépend d’eux pour les pièces de rechange. Le contrat d’achat des catapultes du porte-avions Charles-de-Gaulle aux États-Unis, qui a permis d’en réduire le coût pour la Marine américaine, inclut une clause de maintenance en France après formation de techniciens. Selon leur fonction, les drones commencent à arriver sur les bateaux. Le S-100, conçu pour la surveillance, la reconnaissance, l’acquisition d’objectif et de renseignement, équipe déjà les patrouilleurs hauturiers et les porte-hélicoptères amphibies. Le Service logistique de la Marine produit déjà des petits drones de surface. L’Agence de l’innovation de défense travaille avec la Marine sur le programme DANAE (drone de surface autonome naval avec capacité d’armement embarqué) pour la protection des bases navales et de l’escorte des navires. La France a fourni plus de 50 % des drones de la « Task Force X » pour la surveillance de la Baltique en 2025, après le sectionnement d’un câble sous-marin. Les munitions téléopérées sont embarquées sur les bateaux et participent à la protection du porte-avions. Le programme franco-britannique SLAMF (système de lutte anti-mines marines futur) avec des drones sous-marins et de surface, lancé depuis une dizaine d’années, est en cours d’expérimentation de façon hypersécurisée dans la rade de Brest. Afin d’acquérir la maîtrise des grands fonds marins, la Marine a acheté un drone capable de plonger à 6.000 m pour vérifier les câbles et infrastructures critiques. Déjà, au cours d’un exercice, elle a utilisé les planeurs sous-marins de l’entreprise française Alseamar, très lents qui écoutent ce qui se passe au fond de l’eau. Demain, le Groupe aérien hybride, centré sur le porte-avions, lancera des drones de combat pour pénétrer les défenses adverses, afin d’acquérir la supériorité aéromaritime. La Marine américaine dispose déjà des drones MQ-25 Stringay pour ravitailler les avions de chasse en vol. Le programme franco-allemand-espagnol SCAF (système de combat aérien futur) devrait combiner les avions et les drones en remplacement des Rafale et des Eurofighter à l’horizon 2035-2040. Toutefois, précise l’amiral Vaujour, « il faut piloter lorsque c’est nécessaire et droniser dès que c’est possible ».

La qualité des ressources humaines. L’usage du double équipage sur les sous-marins se répand sur les frégates. Il augmente le nombre de jours de mer opérationnels et donne davantage de disponibilité au bateau et de prévisibilité sur l’emploi des marins, qui planifient leur vie personnelle. A terre, ils peuvent améliorer leur formation et augmenter leur savoir-faire par l’entraînement. Chaque année, la Marine recrute 4.000 jeunes et, vu l’effondrement démographique, va élargir l’éventail des cursus, actuellement centrés sur les profils techniques. Selon des critères de sélection identiques à ceux des hommes, toutes les spécialités sont ouvertes aux femmes (16 %), sauf encore les forces spéciales d’assaut. A bord des sous-marins, la féminisation des équipages par chambrées de six se passe plutôt bien. Aujourd’hui, 15 femmes commandent des unités, y compris des frégates. Mais pour atteindre le premier grade d’amiral, elles doivent rester longtemps dans la Marine.

L’action de l’État en mer. Sous l’autorité du Secrétaire général de la mer, chaque préfet maritime coordonne l’action de l’État et chaque commandant est habilité à constater des infractions administratives, dont le trafic de drogue en mer.

Loïc Salmon

Marine nationale : depuis quatre siècles et sur tous les océans

Les guerres des mers

Marine nationale : dissuasion, protection, intervention et partenariats extérieurs