Histoire secrète du XXème siècle, mémoires d’espions

Pendant la guerre froide, tous les grands pays ont renforcé leurs services de renseignement (SR). Pourtant, les dirigeants politiques ont souvent sous-utilisé leur production, pour des raisons diplomatiques ou ne débouchant pas sur une décision politique concrète.

Les « mémoires » de responsables de SR apportent un éclairage nouveau sur certains événements de 1945 à 1989. Ainsi, le célèbre agent double Kim Philby (1912-1988), travaillant pour le MI6 britannique et le KGB soviétique, était soupçonné par ce dernier d’appartenir à la CIA américaine. Le général du KGB Oleg Kalouguine (1934, réfugié aux Etats-Unis), chef du contre-espionnage, précise que tout « traître » soviétique était arrêté, jugé et fusillé. Il révèle qu’un nombre important d’agents communistes français ne furent jamais démasqués et prirent leur retraite lors de l’effondrement de l’URSS en 1991. Selon son ancien sous-directeur Peter Wright, le service de contre-espionnage britannique MI5 a organisé des cambriolages ou installé des micros un peu partout à Londres, y compris dans l’ambassade de France. Pourtant, cela n’a guère empêché le blocage, par le général de Gaulle, de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun. Le « maître-espion » est-allemand Markus Wolf, qui avait réussi à infiltrer une « taupe » dans l’entourage immédiat du chancelier ouest-allemand Willy Brandt (1913-1992), a été surpris de sa démission soudaine. Selon lui, Brandt, partisan d’une politique d’ouverture à l’Est, aurait été victime de dissensions à l’intérieur du SPD (Parti social-démocrate) et d’une crise de confiance dans son gouvernement. L’excentrique Miles Copeland, l’un des fondateurs de la CIA et qui y a effectué plusieurs allers-retours, lui attribue le coup d’Etat qui a renversé le roi Farouk d’Egypte et porté le colonel Nasser (1918-1970) au pouvoir. Il explique les ratés de la stratégie américaine au Proche-Orient à cette époque par le fait que les agents de la CIA sur le terrain ignoraient que personne à Washington ne lisait leurs rapports. L’ingénieur Hussein Sumaida, qui a évolué au sein de l’appareil sécuritaire du SR irakien Mukhabarat, en explique la corruption, les exactions et les opérations secrètes, notamment contre des pays arabes. L’Irak et la Syrie se détestaient mutuellement et méprisaient l’Egypte, signataire des accords de Camp David avec Israël (1978). Tous enviaient et méprisaient les riches Arabie Saoudite et Koweït. Toute alliance avec la Libye du colonel Kadhafi (1942-2011) s’avérait hasardeuse. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), les Etat-Unis apportaient un soutien limité à l’Irak, mais autorisaient des livraisons illégales d’armes à l’Iran dans l’espoir que les deux pays s’anéantiraient mutuellement. La France, l’Union soviétique, la Chine et Israël en vendaient également aux deux belligérants. Après leur défaite au Viêt Nam (1975), les Etats-Unis ont voulu prendre leur revanche en Afghanistan en armant la guérilla locale contre l’armée soviétique, qui avait soutenu les Nord-vietnamiens. La CIA achetait armes, munitions et équipements, que le SR pakistanais ISI redistribuait aux Moudjahidin. L’un de ses dirigeants, le général d’infanterie Mohammed Youssaf, a géré cette opération de 1983 à 1987. A chaque dollar dépensé par les Etats-Unis s’ajoutait un dollar de l’Arabie Saoudite. La plus grande quantité d’armes provenait de Chine, d’Egypte et même d’Israël, qui en avait récupéré lors de l’invasion du Liban.

Loïc Salmon

« Histoire secrète du XXème siècle, mémoires d’espions », Yvonnick Denoël. nouveau monde éditions, 430 pages, 10,90 €.

Les espions du Vatican

KGB-DGSE

Profession Espion

 




Qui ose vaincra

La victoire repose sur l’audace dans l’action…précédée d’une longue réflexion, comme l’expérimentent les chefs militaires à différents niveaux.

La prise de risque calculée explique le succès de la plupart des vingt opérations présentées. Lors de la bataille de Leuctres (6 juillet 371 avant JC) l’armée de Sparte, réputée invincible, affronte celle de Thèbes en situation défavorable. Pourtant, le chef thébain Epaminondas remporte la victoire en adaptant, de manière imprévisible, le schéma de combat de l’époque. Il attaque directement l’élite des troupes spartiates avec ses meilleurs combattants, créant un effet de surprise qui disloque le dispositif adverse, conditionné par de longues heures d’entraînement et difficile à rétablir rapidement. Alexandre le Grand s’inspire de cette tactique lors de la bataille de Gaugamèles (1er octobre 331 avant JC) contre l’armée perse, hétéroclite mais très supérieure en nombre et qui a imposé et aménagé le terrain d’affrontement. Dès son plan initial, Alexandre prend l’initiative pour atteindre directement le roi perse Darius III, avant que la masse de manœuvre de son armée puisse se mettre en mouvement. La fuite de Darius provoque la défaite de son armée puis la chute de son empire. En Chine, entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935, afin d’échapper à un encerclement par l’armée nationaliste de Tchang Kaï-chek, l’armée du jeune Parti communiste, commandée par Mao Tsé-toung, parcourt 12.000 km à travers 11 provinces et livre 500 combats contre les nationalistes, les « seigneurs de la guerre » et les pillards. Malgré la perte de 80 % de son effectif, l’Armée populaire de libération a réussi sa « longue marche », grâce à sa capacité de résilience qui a même entraîné le ralliement de certaines unités nationalistes et facilité les campagnes de recrutement. Le 10 mai 1940, le succès de l’attaque allemande du fort d’Eben-Emael, réputé imprenable, démoralise la Belgique, dont l’esprit de résistance s’effondre. La forteresse est tombée en quelques heures, surprise par l’audace et l’efficacité tactique d’un assaut aéroporté, mené par des soldats d’élite spécialement entraînés depuis six mois. Transportés par planeurs pour garantir la discrétion en vol et la concentration rapide des moyens à l’atterrissage, ils ont neutralisé la défense du fort par l’emploi de charges creuses à haut pouvoir de pénétration. Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1941, un commando italien de six hommes-grenouilles réussit à pénétrer dans le port égyptien d’Alexandrie, l’un des principaux points d’appui de la Marine britannique en Méditerranée. Chaque équipe de deux nageurs enfourche une torpille modifiée, emportant une charge détachable de 230 kg d’explosifs avec un détonateur à minuterie et une ventouse. Malgré des difficultés inouïes, ils parviennent à couler un pétrolier et deux cuirassés britanniques. Le 27 juin 1976, deux membres du Front populaire de libération de la Palestine et deux Allemands de la Fraction armée rouge détournent, vers l’aéroport ougandais d’Entebbe, un avion d’Air France avec 250 passagers, dont une centaine d’Israéliens. Ils exigent la libération de 53 prisonniers pro-palestiniens détenus au Kenya et en Israël, Allemagne de l’Ouest, France et Suisse. Après la libération de 147 otages, l’ultimatum est fixé au 4 juillet. Dans la nuit du 3, après un raid de 3.600 km, un commando israélien évacue les 106 otages restants dont l’équipage, tue les terroristes…mais déplore la mort de son chef.

Loïc Salmon

 « Qui ose vaincra », Gilles Haberey et Hugues Perot. Editions Pierre de Taillac, 154 p, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Lève-toi et tue le premier




Les espions du Vatican

Etat souverain, le Vatican dispose de moyens de renseignement pour soutenir son action diplomatique et assurer sa sécurité intérieure. Les six derniers papes les ont utilisés selon leurs priorités stratégiques et doctrinales, où le sentiment de continuité prédomine.

Le réseau diplomatique du Saint-Siège passe de 41 nonces (ambassadeurs) et 20 délégués apostoliques en 1945 à 183 représentations diplomatiques en 2018. La sécurité relève des Gardes suisses, pour la protection du pape, et de la « Vigilanza » (gendarmerie), qui rend compte directement au secrétaire d’Etat, chef du gouvernement du Vatican. Ce micro-Etat combine le domaine temporel aux directives spirituelles envers 1,3 milliard de catholiques dans le monde. Ainsi crédité d’une influence exceptionnelle, il a fait l’objet d’une attention particulière des services de renseignement (SR) des grandes puissances du moment. Dès les accords du Latran (1929) établissant les conditions juridiques et territoriales du Vatican, les SR italiens y infiltrent des agents et procèdent à des écoutes téléphoniques. Au début de la seconde guerre mondiale, le Vatican accepte d’inclure sa correspondance diplomatique…dans la valise diplomatique de la Suisse. Par la suite, il recourt aux SR britanniques, pour la correspondance avec l’empire, et américains. Dès les années 1930, il mène une politique offensive de lutte contre le communisme, avec un volet d’action clandestine, vis-à-vis de l’Union soviétique. Celle-ci considère alors la papauté comme le centre nerveux d’une « Internationale d’espionnage », opposée à l’Internationale communiste. Pour les Etats-Unis, le Vatican constitue un poste d’observation crucial sur le reste de l’Europe. Le plan Marshall (1947) de reconstruction économique de l’Europe de l’Ouest et endiguement de la menace du bloc de l’Est inclut un volet occulte pour financer l’Eglise dans sa lutte contre l’influence communiste en Italie. Dès 1949, la CIA développe un programme d’infiltration d’agents en URSS. Avec le MI6 britannique et le SDECE français, elle subventionne le « Russicum » (collège pontifical pour étudiants russophones), qui dispense aussi à ses missionnaires une formation militaire adaptée. Pape de 1939 à 1958, Pie XII mène cette croisade, qui durera jusqu’à la fin de la guerre froide (1991). Peu avant sa mort, il nomme évêque un prêtre polonais qui, vingt ans plus tard, deviendra pape jusqu’en 2005 sous le nom de Jean-Paul II et accomplira la mission, après la période de détente Est-Ouest amorcée sous les pontificats de Jean XXIII (1958-1963) et Paul VI (1963-1978). Jean-Paul II entend gérer directement les dossiers de tous les pays de l’Est, organise des « opérations spéciales » et développe une intense activité diplomatique. Plusieurs SR étrangers accroissent écoutes téléphoniques et infiltrations de « taupes » au Vatican. Cela n’empêchera pas le pape de contribuer à la chute du rideau de fer (1989) et à la fin de l’URSS en 1991. La lutte anti-communiste menée par le Saint-Siège a nécessité d’importants moyens financiers. La papauté a notamment bénéficié de l’aide de la riche organisation catholique Opus Dei, qui promeut « l’apostolat de pénétration » et fonctionne comme un service de renseignement. La gestion des « fonds secrets » du Saint-Siège a connu des dérapages. Ainsi, l’Institut pour les œuvres de religion, (banque du Vatican) s’est trouvé lié à divers scandales politico-financiers qui ont, parmi d’autres, provoqué la démission du pape Benoît XVI (2005-2013).

Loïc Salmon

« Les espions du Vatican », Yvonnick Denoël. nouveau monde éditions, 636 pages, 25,90 €.

Profession Espion

KGB-DGSE

Dictionnaire renseigné de l’espionnage




Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Le combat sur terre et sur mer repose sur la tactique et la ruse. Cette dernière peut renverser la situation pour celui qui risquait, au début, d’être vaincu par un adversaire plus nombreux.

Souvent, la victoire résulte de l’effet de surprise, planifié ou improvisé. De l’Antiquité, avec le cheval de Troie, à la seconde guerre mondiale, avec le faux projet de débarquement des troupes alliées dans le Pas de Calais en 1944, les exemples abondent. Face à l’armée thrace, le stratège athénien Iphicrate (419-353 avant JC) abandonne son camp avec tous ses bagages et bêtes de somme et attire l’ennemi dans une embuscade. A Salamine (480 avant JC), le stratège athénien Thémistocle dispose de 380 trirèmes qui risquent l’encerclement par une flotte perse de plus de 600 navires. Il parvient à la désorganiser en l’obligeant à franchir un chenal étroit où les trirèmes grecques, plus rapides, la déciment. En 332 avant JC, Alexandre le Grand assiège la ville phénicienne de Tyr, située sur une île. Après sept mois de travaux et d’échecs, il envisage de lever le siège quand un énorme monstre marin s’échoue sur la jetée macédonienne. Les deux belligérants y voient un signe favorable. Mais alors que les Tyriens festoient toute la nuit, Alexandre déplace la plus grande partie de sa flotte sur un autre point et donne l’assaut final des murailles. Lors de la bataille des Champs Raudiens (30 juillet 101 avant JC), une armée romaine de 52.300 hommes affronte 160.000 Cimbres, venus du Danemark et guère habitués à l’été italien. Ces derniers, obligés de progresser face à l’Est avec leurs boucliers devant les yeux, portent des casques et cuirasses métalliques qui décuplent la chaleur. Les Romains remportent une victoire écrasante. Grâce à la chaleur, le roi de France Philippe IV le Bel remporte la victoire de Mont-en-Pévèle, le 18 août 1304, contre les troupes flamandes. A l’issue d’une journée caniculaire, sa cavalerie contourne l’armée adverse et s’empare de son camp, la privant de nourriture et de boisson. Le 5 novembre 1757, le roi de Prusse Frédéric II établit son camp à Rossbach sur une colline escarpée face à une armée française deux fois plus nombreuse. Feignant la retraite, il la prend à revers et la désorganise complètement. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Paris assiégé survit grâce à deux ruses : les ballons pour acheminer le courrier (3 millions de lettres), évacuer des personnalités et relever les positions de l’ennemi ; les pigeons voyageurs transportés par ballons, pour ne pas être interceptés, et porteurs de microphotographies (2.000 messages par pigeon). Durant la première guerre mondiale, quand ils font surface dans les eaux territoriales, les sous-marins britanniques rejettent de grandes quantités de pain pour attirer les mouettes, qui repèrent vite ce type de navire. Les guetteurs surveillent les attroupements de mouettes et, si aucun submersible britannique n’est censé se trouver à cet endroit, il s’agit d’un sous-marin allemand. Pendant la guerre du désert (juin 1940-février 1943), le célèbre illusionniste britannique Jasper Maskelyne, mobilisé dans l’unité spéciale de dissimulation « A Force », trompe l’Afrikakorps allemand par le déploiement de chars camouflés en faux camions. Il fait construire un faux port d’Alexandrie et l’allumage d’incendies pour leurrer la Luftwaffe, qui attaque de nuit. Le faux port est reconstruit avant l’aube, afin de berner les avions de reconnaissance allemands.

Loïc Salmon

« Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre », Anne Pouget. Editions Pierre de Taillac, 192 pages, illustrations, 9,90 €.

L’Armée Française en Guerre en 100 objets et 100 mots

Le fusil à tirer dans les coins

Le livre qui va faire de vous un chef




Discours de guerre Napoléon Bonaparte

« Soldats, je suis content de vous. » Cette phrase et tant d’autres rythment l’épopée napoléonienne et laissent une empreinte durable dans les mémoires.

Pendant ses campagnes d’Italie (1796-1797) et d’Egypte (1798-1799), le général Bonaparte prend César pour modèle. Premier consul (1799-1804) puis empereur (1804-1815), Napoléon s’inspire du Polonais Jean Sobieski, vainqueur des Ottomans en 1683, et du roi de Prusse Frédéric II (1712-1786), dont il rapporte l’épée aux Invalides à Paris après la victoire de Wagram (1809). Son éloquence militaire renforce le moral des troupes et les électrise, mais ne convainc pas les parlementaires lors du coup d’Etat du 18 brumaire. Ses proclamations, destinées à être lues par des officiers devant quelques centaines de soldats, nécessitent des phrases courtes et audibles sur le champ de bataille. Ses discours de guerre, qui paraissent dans la presse, sont publiés intégralement dans le Moniteur universel, journal officiel du régime. Après chaque bataille, les Bulletins de la Grande Armée informent les participants aux combats et le grand public, qui suit ainsi la progression des armées. Même s’ils ne voient pas Napoléon lors de ses proclamations, les soldats savent qu’ils pourront lui parler de façon informelle aux bivouacs. Les références à la « grande nation » de la Révolution, qui exporte ses principes en Europe, s’estompent au profit de la gloire militaire sous l’Empire. Le sens de l’honneur, qui impose le respect de l’adversaire et des pays conquis, est exalté. Fin 1799, désireux de parvenir à la paix civile, le Premier consul exhorte l’Armée de l’Ouest à marcher contre les chouans, qualifiés de « rebelles » : « Des Français stipendiés de l’Angleterre ! Ce ne peuvent être que des hommes sans aveu, sans cœur et sans honneur. » A ses soldats les plus valeureux, il attribue des « armes d’honneur » dès 1800. Ce signe de la reconnaissance individuelle s’étend au monde civil par l’institution de l’ordre de la « Légion d’honneur » en 1802. L’année précédente, l’anniversaire du 14 juillet lui a donné l’occasion de rappeler aux Français l’héritage de la Révolution, à savoir l’abolition de la féodalité : « Un Code civil, mûri par la sage lenteur des discussions, protégera vos propriétés et vos droits. ». Napoléon transforme ses victoires en événements historiques. Le soir du 2 décembre 1805, il comprend que la « Grande Armée » vient de vivre une journée exceptionnelle lors de cette « bataille des trois empereurs » français, autrichien et russe, présents sur le terrain. Il proclame : « Soldats ! Vous êtes les premiers guerriers du monde ! La mémoire de ce jour et de vos exploits sera éternelle. » Le lendemain, l’annonce de la victoire se termine par : « il vous suffira de dire : J’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on vous réponde : Voilà un brave. » La signature de la paix le 26 décembre est accueillie avec enthousiasme. La victoire donne lieu à l’organisation d’une grande fête à Paris, où la Grande Armée est conviée, car : « Vous avez vu votre Empereur partager avec vous vos périls et vos fatigues ; je veux aussi que vous veniez le voir entouré de la grandeur et de la splendeur qui appartient au souverain du premier peuple de l’univers. ». Lors de sa seconde abdication en 1815, Napoléon rédige un discours testament : « Sauvez l’honneur, l’indépendance des Français ; soyez jusqu’à la fin tels que je vous ai connus depuis vingt ans et vous serez invincibles. » Le gouvernement provisoire interdit cette proclamation.

Loïc Salmon

« Discours de guerre Napoléon Bonaparte », Jacques-Olivier Boudon. Editions Pierre de Taillac, 198 pages, illustrations, 9,90 €.

Campagne d’Italie, 1796-1797

Soldats de Napoléon

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

 




Napoléon n’est plus

Par sa mort lente, Napoléon devient ce qu’il est aujourd’hui dans la mémoire collective et continue d’exister.

Après avoir côtoyé la mort sur les champs de bataille, il avait envisagé le suicide à Fontainebleau lors de sa première abdication en 1814. Il y repense à bord du navire anglais Northumberland en route vers Sainte-Hélène en 1815. A la fin de sa vie, il demande que soit pratiquée l’autopsie de son corps pour établir la cause de sa mort, probablement due à son ulcère à l’estomac. Après avoir dicté ses mémoires à Las Cases pendant les premières années de sa captivité, sentant la mort proche en avril 1821, il écrit son testament en tant que particulier et… monarque pour la postérité ! La plupart de ses objets personnels, légués à son fils (1811-1832), le duc de Reichstadt (Napoléon II), ne lui parviendront jamais, conformément à( la volonté de l’empereur d’Autriche (son grand-père) et de son chancelier Metternich. A la mort du duc, les reliquats seront répartis entre les membres survivants de la famille Bonaparte. Toutefois, les armes de Napoléon, dont l’épée d’Austerlitz et un sabre de l’expédition d’Egypte, seront transférées à la France par leur dépositaire, le général Bertrand présent à Sainte-Hélène. Napoléon prévoit des dons financiers à ses « vieux soldats », « fidèles serviteurs », aux anciennes zones de combat (26 départements) et villes de Brienne et Méry, qui ne le sauront qu’en 1853, le testament ayant été mis au secret à Londres. A cette date, les relations avec l’Angleterre se sont améliorées. A la demande de l’empereur Napoléon III et par l’entremise de l’ambassadeur de France à Londres, le comte Walewski (fils naturel de Napoléon 1er), les pièces testamentaires sont restituées. L’Etat français verse des dons de 100 à 500 francs de l’époque à 7.500 soldats et officiers ou leurs veuves et héritiers. Napoléon III décerne la « médaille de Sainte-Hélène » à tous les anciens combattants survivants des guerres de 1792 à 1815. Pour ajouter un dernier chapitre au roman extraordinaire de sa vie, Napoléon inscrit dans son testament la clause, qui sera gravée à l’entrée de la crypte de son tombeau aux Invalides : « Je désire que mes cendres reposent au bord de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé. » Il décède le 5 mai 1821 dans sa résidence de Longwood. Le 7 mai, le navire Heron quitte Sainte-Hélène pour l’Angleterre avec les dépêches le certifiant. La nouvelle, parvenue à Londres le 4 juillet, est publiée dans les journaux anglais et français, puis transmise dans toute l’Europe jusqu’en Russie. Lors de l’autopsie, le cœur et l’estomac de l’Empereur sont déposés dans un vase d’argent, rempli d’alcool fermenté et placé dans le cercueil. Napoléon avait choisi la « vallée du Géranium » comme son lieu d’inhumation à Sainte-Hélène, vœu accepté par le gouverneur Howe qui y fait installer des barrières gardées par des sentinelles jour et nuit. Lors du « retour des cendres » en 1840, le cercueil n’est ouvert que deux minutes pour permettre la reconnaissance du corps, parfaitement conservé, et éviter sa décomposition à l’air libre. Le 15 décembre, la cérémonie aux Invalides rassemble environ 800.000 personnes. Le gouvernement britannique reconnaît à Napoléon le titre d’empereur et fait retirer la dénomination de « général Bonaparte » de tous les rapports officiels. En 1858, la France rachète la résidence de Longwood et la vallée du Géranium pour 2.200 £ de l’époque (296.500 €), domaine affecté au ministère des Affaires étrangères.

Loïc Salmon

 « Napoléon n’est plus », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 296 pages, nombreuses illustrations, 35 €

Exposition « Napoléon n’est plus » aux Invalides

Campagne d’Italie, 1796-1797

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire




KGB-DGSE

Russes ou français, les agents de renseignement acquièrent la même façon de penser et s’intéressent, en priorité, au pillage économique et technologique des pays en pointe. Le reste de leurs tâches s’apparente au travail des diplomates.

Deux anciens officiers traitants (OT), en service des années 1970 à la chute de l’URSS en 1991, l’expliquent sous forme de dialogue. A sa grande époque, le KGB soviétique compte 420.000 personnels, dont la moitié garde les frontières, une bonne partie assure la police politique et seulement 10.000 gèrent le renseignement extérieur sur l’ensemble du monde. Avec un budget dix fois inférieur, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) concentre les efforts de ses 2.500 personnels sur les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne, mais aussi les anciennes colonies françaises pour le renseignement politique. D’une façon générale, le recueil de renseignement porte d’abord sur les sources « ouvertes » : presse spécialisée ; documentations professionnelles ; publications universitaires ou de recherche ; études à diffusion restreinte accessibles dans les bibliothèques d’universités ; interventions dans les colloques et congrès. Viennent ensuite les sources secrètes, à savoir documents internes d’entreprises, de laboratoires, d’institutions ou de ministères. Ce renseignement d’origine humaine concerne rarement des directeurs, ingénieurs ou cadres haut placés, car rapidement identifiables par les services de contre-espionnage adverses en cas de fuite. Or, de bons analystes de sources ouvertes peuvent arriver aux mêmes conclusions que ceux travaillant sur les renseignements confidentiels recueillis…par les OT, qui récoltent aussi du renseignement d’ambiance, très apprécié. Les procédures de transmission ou d’espionnage varient selon la « culture » des services. Ainsi, l’OT du KGB dispose d’un émetteur radio compressant des données transmises en une seconde, quand il passe devant l’ambassade soviétique. La DGSE utilise des « canons spéciaux » qui captent les vibrations de la voix à travers les murs. En URSS, des micros directionnels peuvent écouter des conversations à l’extérieur jusqu’à 500 m. Fort de l’appui des partis communistes locaux, le KGB utilise, dans les années 1950 et 1960, des « agents d’influence » dans les milieux politiques, intellectuels et artistiques des pays capitalistes. Il s’agit souvent de personnalités haut placées, plus ou moins conscientes ou même qui ne se rendent pas compte de la manipulation. De son côté, la DGSE recourt aussi à des « agents inconscients » de la mouvance soviétique, qui servent à faire passer des messages dans certains milieux ou à obtenir du renseignement mais jamais pour la propagande. Tout agent du KGB en mission extérieure doit surveiller les Soviétiques en poste à l’étranger ou des ressortissants ayant émigré partout dans le monde. Toutefois, il ne peut réaliser une opération criminelle qu’avec l’autorisation du Bureau politique ou du secrétaire général du Parti communiste soviétique. Le service action de la DGSE est soumis aux mêmes contraintes politiques. Dans les années 1970, les dirigeants soviétiques cessent de croire à la révolution communiste mondiale. L’agitation dans les pays occidentaux, par l’intermédiaire de groupuscules « gauchistes » soutenus par les pays satellites, devient gênante lors de l’entrée dans une période de coopération économique. Aujourd’hui, le FSB russe a pris la relève du défunt KGB.

Loïc Salmon

 KGB-DGSE », Sergeï Jirnov et François Waroux. Mareuil Éditions, 204 pages. 19 €

Renseignement : la DGSE souhaite être connue

James Bond n’existe pas

Dictionnaire renseigné de l’espionnage




Chef de guerre

Les forces spéciales interviennent à l’étranger pour capturer des adversaires, neutraliser des terroristes ou libérer des otages, souvent en milieu désertique ou semi-désertique en Afrique ou au Moyen-Orient.

Elles réalisent entre 50 et 100 missions par an. En raison de l’importance des besoins, les unités commandos des armées de Terre et de l’Air et de la Marine possèdent un corpus commun, pour agir en dehors de leur domaine d’origine en vue de mener à bien la plupart des opérations, même si les plus pointues nécessitent des spécialistes. Elles restent de trois à six mois dans une zone opérationnelle ou un pays en guerre, car une opération complexe nécessite plusieurs semaines de recherche de renseignement avant l’action proprement dite. En accord avec les plus hautes autorités de l’Etat qui tranchent entre deux options possibles, l’officier général commandant les opérations spéciales décide du déroulement d’une mission et du choix de l’unité qui interviendra. Une mission simple sur le papier s’avère en effet compliquée à exécuter sur le terrain. Chaque membre du même groupe possède une ou plusieurs spécialités. Cette polyvalence garantit le remplacement immédiat de ceux qui, pour une raison ou une autre, ne pourraient plus être opérationnels en mission. Un groupe d’une dizaine d’hommes peut ainsi cumuler le savoir-faire de vingt ou trente. Les équipements, à la pointe de la technologie et de l’innovation, permettent plus de rapidité, de légèreté et de mobilité, tout en offrant une meilleure protection et de plus larges possibilités d’action. Ainsi, le tireur d’élite peut être équipé d’un fusil de tir longue distance à canon court et muni d’un « silencieux ». Calibré pour des cartouches de 7,62 mm comme une mitrailleuse, ce fusil permet, en toute discrétion, d’arrêter un véhicule ou de tirer à travers un petit mur sans que la balle soit déviée. Partenaire indispensable dans une intervention, l’hélicoptère d’attaque Tigre dispose d’une grande puissance de feu par son canon, qui tire 37 obus de 30 mm en 3 secondes avec précision. Si la situation devient critique en cours de mission, le chef de groupe doit effacer rapidement tous les éléments d’information de ses équipements électroniques, garder de l’argent liquide et conserver son arme… ultime recours et protection ! Lucidité pendant le combat, confiance mutuelle et cohésion du groupe s’acquièrent par un long et rigoureux entraînement. Chacun doit apprendre un nombre considérable d’informations pour ne pas commettre d’erreurs sur le terrain. Pour ne pas risquer sa vie et celle de ses camarades, il doit maîtriser les techniques d’utilisation de différents types d’armement, d’explosifs, de radios, de matériels d’escalade et d’effraction à coups de bélier, de pied de biche ou à l’explosif. Ainsi, en dehors des missions, l’entraînement des commandos Marine se poursuit sur leur base de Lorient : tirs trois à cinq fois par semaine ; manœuvres en hélicoptère ou en bateau ; séances d’investigation de locaux ; simulations, de jour comme de nuit, d’assaut sur un navire ou de prises d’otages. S’y ajoutent les formations en secourisme, armement et menaces radiologique et chimique. Une mission pouvant en déclencher une autre, le « capital sommeil » doit être renouvelé dès que l’opportunité se présente pour être toujours prêt. Dans la préparation d’une mission, l’adversaire semble une entité théorique mais, sur le terrain, il devient des individus…qui peuvent implorer de les épargner.

Loïc Salmon

 « Chef de guerre », Louis Saillans. Mareuil Éditions, 190 pages. 19,90 €

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre




Les ors de la République

Maillon de la chaîne de commandement, l’Etat-major particulier (EMP) du président de la République se caractérise par sa compétence et sa loyauté. Apolitique, il se situe au-dessus des divergences partisanes.

Le général Henri Bentégeat y a servi pendant sept ans, d’abord comme adjoint « Terre » auprès de François Mitterrand (1993-1995) et de Jacques Chirac (1995-1996) puis comme chef (1999-2002), avant d’assumer les fonctions de chef d’Etat-major des armées (2002-2006). Il a vécu les cohabitations, où ces chefs d’Etat ont dirigé la France avec un Premier ministre d’une sensibilité politique différente de la leur. L’EMP participe à la gestion des crises et des conflits selon une procédure de décision réactive, sans frein de la part du Parlement, informé d’une opération militaire dans les trois jours puis qui doit autoriser sa prolongation au-delà de quatre mois. En outre, toutes les administrations sont concernées et les chefs militaires y sont associés de bout en bout. L’EMP assiste à toutes les réunions de crise au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et du ministère des Affaires étrangères, quand les intérêts de la Défense peuvent se trouver mis en cause. L’émotion, l’hypermédiatisation et l’information en continu effacent le recul et négligent le temps long, où se mesure l’efficacité. Chaque matin, les adjoints de l’EMP (Terre, Marine et Air) lisent notes des services de renseignement, messages des attachés de défense, analyses du SGDSN et de la Délégation aux affaires stratégiques, études de l’Etat-major des armées et télégrammes diplomatiques, pour traquer l’information destinée au chef de l’Etat, un fait inattendu demandant confirmation ou les signes d’une menace potentielle nécessitant une vigilance accrue. Le soir et les week-ends, ils prennent à tour de rôle l’astreinte à domicile. Tenus informés par le centre de transmission militaire de la présidence, ils doivent être en mesure de rédiger une note urgente pour le chef de l’Etat ou de rejoindre l’Etat-major des armées pour y suivre les développements d’une situation de crise potentiellement explosive. Le secrétaire général de l’Elysée gère alors la suite à donner à tout événement qui exige une réaction immédiate de la présidence de la République. L’ordre protocolaire place le chef de l’EMP juste derrière lui, pour souligner l’importance de la responsabilité de chef des armées, qui ne se partage pas. Ainsi, le lendemain de son intronisation, le nouveau président est informé, en tête à tête, des plans et procédures des codes nucléaires par le chef de l’EMP. Ces plans ne sont accessibles qu’à « ceux qui ont à en connaître ». La dissuasion nucléaire, socle de l’indépendance stratégique de la France, vise désormais, non plus les grandes villes d’un Etat adverse, mais ses centres de pouvoirs politiques, militaires ou économiques, en limitant les dégâts collatéraux. La protection des intérêts vitaux, jamais explicites, de la France serait affirmée par un tir d’ultime avertissement. Le chef de l’EMP, qui ne dépend que du chef de l’Etat, éclaire ses choix en amont. Son influence dépend des relations qu’il a su établir avec lui. Les décisions présidentielles sont prises en conseil de défense ou en conseil restreint, où tous les participants peuvent s’exprimer. Leur mise en œuvre relève du ministre ou du chef d’état-major des Armées. Parmi les administrations, seules celles de la Défense et des Affaires étrangères appliquent intégralement les décisions du chef de l’Etat…sans tergiverser !

Loïc Salmon

« Les ors de la République » par le général d’armée Henri Bentégeat. Editions Perrin, 220 pages, 17 €.

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Traquer la terreur

Démultiplicateur de l’insurrection pour déstabiliser un Etat, le terrorisme exploite la violence sur le plan médiatique et la justifie par des raisons idéologiques ou religieuses. Le contrer passe par le renseignement, la frappe chirurgicale et le…développement !

Théorisé par les Russes Trotsky et Lénine et le Chinois Mao, le terrorisme utilise le ressentiment de populations misérables ou d’individus fragiles et modifie en permanence ses modes opératoires. L’analyse de différents cas en montre les similitudes : guérilla Viêt Minh en Indochine (1945-1954) ; subversion en Irlande du Nord (1968-1998) ; Al Qaïda en Afghanistan ((2001-2014) ; attentats de Mumbai en Inde (2008) ; ceux d’Oslo et de l’île d’Utoya en Norvège (2011) ; terrorisme maritime dans le golfe d’Aden (2008) ; menace armée sur Bamako, capitale du Mali (2013). Pour atteindre ses objectifs, la stratégie terroriste inclut les domaines psychologique, social, économique, politique et culturel. Elle nécessite : mise en place d’un réseau d’agents dans les secteurs-clés d’une société, à savoir éducation, médias, transport et sécurité ; soutiens logistique, financier et technique sur une zone frontalière pour bénéficier de « sanctuaires » ou de soutiens extérieurs ; guérilla puis guerre dissymétrique d’envergure dans le pays ciblé ; retournement d’une population contre ses gouvernants par l’idéologie (subversion ou manipulation) ou la peur (attentats) ; instrumentalisation médiatique de la réaction disproportionnée des forces de sécurité, provoquée par des agitateurs. L’emprise totale sur une population s’avère primordial pour le renseignement, le ravitaillement, le recrutement et les caches de combattants. Au-delà de l’attentat ou de l’assassinat, l’option terroriste permet à l’insurgé d’apparaître comme un acteur sur les scènes nationale et internationale grâce au retentissement obtenu. En 1945, le Viêt Minh atténue son étiquette communiste et cherche à paraître nationaliste, contre la France, pour s’attirer le soutien des nationalistes vietnamiens et de la CIA américaine qui lui fournit armes et équipements. Au Pakistan dans les années 1980, pour lutter contre les troupes soviétiques en Afghanistan, la CIA forme à la guérilla de jeunes musulmans, qui constitueront plus tard Al Qaïda. Petits criminels et trafiquants passent au terrorisme au nom d’un idéal pour justifier leurs activités. En 2015, Daech gagne entre 700 M$ et 1,3 Md$ par le trafic de pétrole et d’antiquités, les rançons des otages, les donations et l’impôt sur les populations contrôlées en Irak et en Syrie. La médiatisation de ses massacres et la désinformation lui ont permis de s’emparer de territoires sans combats majeurs, en dépit de désavantages numériques. Toutefois, la guérilla et la subversion ne sont pas l’apanage des organisations terroristes, comme le montrent les actions britanniques auprès des bédouins contre les troupes turques pendant la première guerre mondiale et en Birmanie contre l’armée japonaise pendant la seconde ou celles des commandos français contre le Viêt Minh. A la trinité « population, armée et politique » de la guerre conventionnelle entre Etats, théorisée par le Prussien Clausewitz (1834), a succédé la synergie entre diplomatie, opérations spéciales et mentorat des armées de pays partenaires dans la guerre asymétrique. Retour de la sécurité et reprise de la vie économique dissuadent les populations ciblées de recourir aux réseaux parallèles des organisations terroristes pour subvenir à leurs besoins.

Loïc Salmon

« Traquer la terreur », commandant Vincent. Editions Pierre de Taillac, 252 pages, illustrations, 24,90 €.

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