Pierre Sellier, le « clairon de l’armistice »

Quatre fois blessé, titulaire de la croix de Guerre et de la Médaille militaire, le caporal Pierre Sellier (1892-1949), chevalier de la Légion d’honneur décoré aux Invalides à Paris, entre dans l’Histoire en novembre 1918.

La première guerre mondiale a mobilisé 8,5 millions de Français en 4 ans, dont 1,35 million sont morts et des millions d’autres blessés, gazés, défigurés et amputés. A l’époque, le clairon transmet les ordres sur la base de sonneries réglementaires. Le 7 novembre 1918, Sellier sonne le « Cessez-le-feu » (arrêt négocié des combats) sur la ligne de front, puis le 11 novembre à 11 h quand l’armistice est effectivement signé. Son parcours militaire a été reconstitué à partir des Journaux des marches et opérations des régiments où il a servi. Incorporé comme soldat de 2ème classe en 1913 au 172ème Régiment d’infanterie (RI) à Belfort, il devient clairon en 1915 et sert aussi au 171ème RI. Ce dernier reçoit la croix de Guerre en 1917 puis la fourragère en 1919. Le 7 novembre 1918, Sellier est agent de liaison du capitaine Lhuillier, commandant le 19ème bataillon de chasseurs stationné à La Capelle (Aisne). Le quotidien L’Intransigeant rapporte la scène suivante : « – Sellier dit le capitaine, j’aurai sûrement besoin de toi aujourd’hui pour sonner. Pour sonner quoi ? A quel propos ? Pour les avions ? Pour les gaz ? Sellier était trop peu bavard pour le demander. Aussi son capitaine succomba-t-il quelques instants plus tard sous le poids du secret. – Sellier, on attend les parlementaires boches. » Dans son unique interview au même journal, Sellier raconte : « « Alors monsieur, j’ai sonné le garde à vous ! J’ai sonné le refrain du 171ème : « Encore un bleu qu’a perdu son pompon » ; j’ai sonné le refrain du 19ème bataillon ; j’ai sonné celui du 20ème bataillon qui était en réserve ; en somme tous les refrains de la division. Puis j’ai sonné : « Cessez le feu », enfin « Halte-là », comme au champ de tir. Enfin, je suis monté sur le marchepied de l’auto des parlementaires et mon capitaine me criait sans cesse : « Sonne donc ! Sonne donc ! » » Le 25 août 1919, Sellier, démobilisé, reçoit son « certificat de bonne conduite », document de recommandation ou de référence pour l’accès à un futur emploi. Rappelé en 1939, promu maréchal des logis (sergent) le 23 mars 1940, il est démobilisé le 11 mai. Il entre alors en résistance, rejoint le maquis du Lomont puis s’engage dans la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny jusqu’en Allemagne du Sud. Il termine la guerre comme adjudant et retourne à la vie civile. Sa mort soudaine en 1949, à l’âge de 56 ans, est annoncée à la radio. Après des obsèques solennelles, il est d’abord inhumé au cimetière de Beaucourt, puis transféré en 1964 à celui de Reppe (Territoire de Belfort). Entre les deux guerres, Sellier avait décliné une première proposition de tournée triomphale, aux Etats-Unis, de l’American Legion, association des anciens combattants du corps expéditionnaire américain. Il en avait refusé une seconde, mais cette fois en compagnie de son homologue allemand, le maréchal des logis chef Arthur Zobrowski. Ce dernier a refusé de vendre sa trompette à un financier américain. Sellier, lui, a fait don de son clairon au musée de l’Armée aux Invalides. Son nom a été donné à une rue de sa ville natale, Beaucourt, où une stèle a été érigée en son honneur. Il figure sur un vitrail du temple protestant de Château-Thierry (Aisne) et sur des monuments à La Flamengrie (Aisne) et Beauwelz (Belgique).

Loïc Salmon

« Pierre Sellier, le clairon de l’armistice », par Damien Charlier et Eva Renucci. Éditions Le Livre d’histoire, 170 p/29 €

Exposition « L’ Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

Novembre 1918, aléas d’une mission de paix

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne




Violence et passions

La violence interdit le débat, divise la société et attise la haine, mettant en péril la démocratie. La mort des idéologies a ressuscité le nationalisme et le fanatisme religieux.

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, la guerre devient hybride, à la fois intérieure et extérieure, civile et militaire, régulière et irrégulière. La violence s’appuie sur : le réveil des sentiments identitaires ; l’exaltation de la guerre sainte par le fondamentalisme islamique ; la volonté de revanche des pays du Sud stimulés par leur décollage économique. L’humanité se concentre dans les mégalopoles, à proximité des côtes, dans un « réseau de villes-monde » entre Los Angeles, San Francisco et New York, Londres et Berlin, Dubaï, Singapour, Hongkong et Shanghai et bientôt Sao Paulo et Mexico, Lagos et Le Caire, Istanbul ou Djakarta. Ces métropoles accumulent talents, capitaux et richesses, face aux régions qui s’enfoncent dans misère, désertification et violence. Conflits armés, absence de développement et changement climatique alimentent des flux de réfugiés et de migrants vers l’Europe. Ces évolutions du monde ont conduit aux « démocratures », théorisées après la chute du mur de Berlin (1989). Celles-ci se caractérisent par le culte de l’homme fort, un populisme virulent et le contrôle de l’économie et de la société. Adossée au suffrage universel manipulé par une propagande, relayée par les médias et réseaux sociaux, cette suprématie de la « démocratie non libérale » se manifeste dans la Russie de Vladimir Poutine, la Chine de Xi Jinping, la Turquie néo-ottomane de Recep Erdogan, l’Egypte du maréchal Al-Sissi, les Philippines de Rodrigo Duerte, le Venezuela chaviste, la Hongrie de Viktor Orban et la Pologne des frères Kaczynski. Nationalisme, protectionnisme, xénophobie et racisme prospèrent aussi aux Etats-Unis. Avec 1,5 million de victimes depuis 1968, les armes à feu y ont causé plus de morts que l’ensemble des conflits entrepris depuis la guerre d’indépendance (1775-1783). En outre, la dynamique guerrière du djihad et des « démocratures » se traduit dans les dépenses militaires qui totalisent environ 1.700 Mds$, soit 2,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, et qui augmentent de 5-10 %/an. Les Etats-Unis vont porter leur budget militaire à 700 Mds$. La Chine a augmenté le sien de 132 % en 10 ans, jusqu’à 4 % de son PIB. La Russie l’a triplé en 15 ans jusqu’à 3,7 % de son PIB. Son intervention en Syrie lui permet de tester ses nouveaux équipements et armements et de montrer sa capacité à conduire des opérations complexes. Pour sa défense, l’Asie dépense 100 Mds$ de plus que l’Union européenne, qui y consacre 220 Mds$. Par ailleurs, les institutions internationales, à savoir, ONU, Fonds monétaire international, Banque mondiale et Organisation mondiale du commerce, subissent les feux croisés des Etats-Unis et des « démocratures ». Le projet chinois des « nouvelles routes de la soie » vise à : contrôler les réseaux vitaux de la mondialisation ; écouler les excédents chinois d’acier, d’aluminium et de ciment ; créer des débouchés pour les exportations ; garantir l’accès aux matières premières et sources d’énergie ; instaurer une dépendance par la dette ; diffuser le modèle « total-capitaliste » chinois. Toutefois, l’Union européenne a compris qu’elle ne peut plus sous-traiter sa sécurité aux Etats-Unis. Les démocraties redécouvrent que la sécurité et la liberté, comme la prospérité, se conquièrent.

Loïc Salmon

« Violence et passions », par Nicolas Baverez. Éditions de l’Observatoire, 132 pages. 15 €

Chine : les « nouvelles routes de la soie », enjeux idéologiques et réalités stratégiques

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région




Pilotes de combat

Réduit au pilote et au chef de bord, responsable de la mission, l’équipage d’un hélicoptère Gazelle de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) forme un binôme indissociable, à l’entraînement puis en opération.

La mission rapproche les hommes, puis le combat et le danger les soudent. Les gestes, dix à cent fois répétés, deviennent réflexes pour travailler en équipe et garantir la survie au combat, où le facteur « chance » intervient ou non. Après des mois de préparation, la participation au conflit du moment donne aux pilotes de l’ALAT l’occasion de se confronter à eux-mêmes, au risque au danger et à la mort. Dans cet ouvrage, il s’agit de l’Afghanistan en 2011. L’équipement, ensemble logique et cohérent des outils opérationnels, sauvera peut-être leur vie : casque, optique de nuit, gilet pare-balles, armement, gants, couteau coupe-sangles et documentation. Même si le risque d’être touché par l’adversaire reste faible, l’hypothèse de la panne, du « poser dur » ou de l’écrasement au sol demeure, avec la perspective de se retrouver isolé en zone hostile. Alors que les fantassins de la coalition internationale, engagée dans la lutte contre les talibans, sentent que tous ne reviendront pas d’une patrouille, les pilotes, chargés de les escorter et de les appuyer en cas d’accrochage, ont la certitude inverse. Les rebelles ne disposent en effet que de peu de missiles sol-air et ne les tirent qu’à coup sûr. En outre, un hélicoptère Gazelle, entre 300 m et 600 m d’altitude, reste hors de portée des armes automatiques. Même en vol tactique à moins de 10 m du sol mais à plus de 150 km/h, l’effet de surprise le préserve d’une éventuelle riposte ennemie. Toutefois, sa vulnérabilité s’accroît lors des phases de tir, où il descend et se stabilise quelques instants, et de décollage et d’atterrissage sur des zones à la portée des fusils d’assaut Kalachnikov ou de précision Dragounov et missiles Silkworm. Concentré sur ces manœuvres, particulièrement délicates, l’équipage ne peut riposter aisément. L’expérience des embuscades de la guerre afghane de l’Union soviétique (1979-1989) a débouché sur des règles valables pour les fantassins et les pilotes de l’ALAT : ne jamais repasser au même endroit et ne pas revenir par le même chemin. Cela implique de nombreuses missions de reconnaissance, car insurgés et forces de la coalition adaptent sans cesse leurs tactiques. Pour obtenir la maîtrise du terrain et de leurs missions, avant de voler, l’équipage doit connaître les dernières informations et pièges, les zones favorites de tir des talibans, la topographie, l’aérologie à cause des vents capricieux et redoutables et, bien sûr, l’état de son aéronef. Le chef de bord dispose de photos satellites très précises de la zone de la mission, jusqu’à des carrés de 100 m de côté avec tous les ponts, ruelles et habitations. En vol, le pilote se concentre sur le pilotage, tandis que le chef de bord scrute le terrain avec sa caméra, à la recherche de menaces et d’éventuels départs de tirs dans des zones qu’il sait potentiellement dangereuses. L’obsession du détail constitue le meilleur moyen de revenir vivant. Et pourtant, l’imprévu reste de mise, à savoir le changement soudain des conditions atmosphériques et le manque de réaction de l’hélicoptère, malgré les efforts du pilote. Au moment du « crash », la balise de détresse se déclenche automatiquement. L’organisation du sauvetage, à partir de la grande base américaine de Bagram, entre alors en action. Mais l’équipage n’en revient pas toujours au complet.

Loïc Salmon

« Pilotes de combat », par Nicolas Mingasson. Éditions Les Belles Lettres, 134 pages. 11 €

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes




Nom de code M

Maxwell Knight (1900-1968), dit « M », quoiqu’autodidacte en la matière, est considéré comme l’un des meilleurs « officiers traitants » du MI5, le service de renseignement intérieur britannique.

A la tête de la section « Infiltration » de 1931 à 1961, il a recruté et dirigé des agents au sein des mouvements fascistes puis communistes, pour défendre les intérêts de son pays pendant cette période fertile en événements. Engagé dans la Marine à 17 ans, il termine la première guerre mondiale avec le grade d’enseigne de vaisseau. Sa « carrière » commence en 1923 avec son embauche, à temps partiel, par l’organisation Makgill, agence de renseignement privée au service d’associations défendant les intérêts de compagnies maritimes, minières ou industrielles. Cette organisation infiltre des informateurs, notamment dans le Parti communiste, les syndicats les plus combatifs, les mouvements anarchistes et l’Armée républicaine irlandaise. En outre, « M » travaille, également à temps partiel et dans le renseignement, pour les « Fascisti » britanniques. Il réussit si bien, qu’à 25 ans, il anime un réseau de 52 agents infiltrés au sein du Parti et des organisations communistes, en plein essor à l’époque. Son expérience de la pénétration des organisations subversives et ses relations d’alors lui serviront quand il intègrera le MI5 quelques années plus tard. Il repère les qualités d’un agent potentiel : intelligence, application, modestie, humour, patriotisme et… ambition non réalisée. En outre, « M » sait lui donner l’impression de se sentir unique ! Il utilise aussi des membres de familles résolument de « droite » pour infiltrer des groupes de « gauche ». Il pose pour principe que ses agents ne sachent rien les uns des autres, pour garantir leur propre sécurité. Travailleur acharné, il ne redoute pas l’échec. « M » servira de modèle à des personnages de romans d’espionnage de Ian Fleming et de John Le Carré, qui seront adaptés au cinéma. Par ailleurs, ses équipes d’agents, masculins et féminins, parfois recrutés par petites annonces dans les journaux, recourent aux écoutes téléphoniques et pratiquent le cambriolage. Au cours des années 1930, la Grande-Bretagne devient une cible de choix pour l’espionnage et la subversion de la part des pays à régimes totalitaires, à savoir l’Union soviétique, l’Italie et l’Allemagne. Selon ses nouveaux statuts, le MI5, qui reçoit des moyens accrus et des pouvoirs étendus, doit d’abord enquêter sur le communisme en métropole et dans tout l’Empire britannique. Ensuite, il devra, de la même manière, surveiller le fascisme. Il découvre que les Partis communiste et fasciste britanniques sont rétribués par Moscou et Rome et pourraient être instrumentalisés en cas de conflit. En 1935, la section de « M » parvient à démanteler le réseau qui a permis à l’URSS d’acquérir les plans secrets de nouveaux armements navals britanniques. En 1940, la mention « capitaine M. Knight, Whitehall » figure sur une liste de personnalités britanniques à livrer à la Gestapo, après l’invasion du Sud de la Grande-Bretagne et la prise de Londres par la Wehrmacht. Grâce à l’infiltration d’un réseau d’espions hostiles, « M » avait en effet mis fin à une fuite, potentiellement catastrophique, d’informations sensibles entre Washington et Londres. Le procès qui suivit avait entraîné la détention en masse des fascistes locaux, contribuant à éliminer le risque d’une « Cinquième colonne » en Grande-Bretagne et à renforcer la détermination de la population à se battre. En 1943, à l’occasion de l’anniversaire du roi, « M » est fait officier de l’Empire britannique.

Loïc Salmon

« Nom de code M », par Henry Hemming. Mareuil Éditions, 432 pages. 20 €

James Bond dans le spectre géopolitique

James Bond n’existe pas

Guerres secrètes




Faut-il recréer un service national ?

Le projet de « service national universel », qui nécessite une révision de la Constitution pour le rendre obligatoire, devrait être testé en 2019 et étendu progressivement pour toucher toute une classe d’âge en 2026.

Le service « militaire » des jeunes gens, personnel dès 1872 et universel en 1889, devient réellement égalitaire en 1905. Il vise aussi à renforcer le patriotisme et l’esprit démocratique à travers des conférences, visites et lectures. Les étudiants peuvent exercer des fonctions de sous-officiers et d’officiers de réserve. Le premier conflit mondial, guerre de la nation armée, mobilise 80 % des hommes de 18 à 48 ans. L’engagement volontaire, qui permet de choisir son arme, attire les élites sociales et intellectuelles vers la Marine, l’aéronautique naissante et l’artillerie, où les besoins de compétences techniques grandissent. L’universalité et l’égalité du service militaire, vecteur de cohésion nationale et de brassage social, se maintiennent pendant l’entre-deux guerres. Sa durée varie de 18 mois à un an, puis à deux ans. Le lieutenant-colonel de Gaulle, partisan de « l’armée de métier » en 1934, changera d’avis lorsqu’il commandera un régiment de chars de combat comme colonel. Il constate en effet que les « appelés » sont tout à fait capables de servir des armements modernes. La convention d’armistice du 22 juin 1940 interdit la conscription, qui sera rétablie en 1945. La durée d’un an du service militaire passe à 18 mois en 1950, pour permettre à la France de répondre à ses engagements au sein de l’OTAN. Le « contingent », exclu de la guerre d’Indochine (1946-1954), participe massivement à celle d’Algérie avec 1,2 million de jeunes gens mobilisés entre 1954 et 1962, pour des durées de 18 à 33 mois avec des particularités à l’encontre de l’égalité affichée. Ne se sentant guère concernés par un « conflit de décolonisation », les « appelés » ne suivent pas les chefs militaires et les unités professionnelles rebelles lors du « putsch » des généraux (avril 1961). Il s’ensuit une fragilisation du lien entre la nation et son armée. L’ordonnance de 1959 officialise le service « national », composé du service « militaire » et du service de « défense » pour les besoins en personnel non militaire. En 1965, il inclut des formes totalement civiles favorisant étudiants et catégories sociales aisées, à savoir « coopération » dans les anciennes colonies, aide technique dans les départements et territoires d’outre-mer, affectations en ambassade, dans des entreprises françaises à l’étranger (1984) ou la police (1985). Le « statut d’objecteur de conscience », reconnu dès 1963, implique de servir 20 mois dans une administration ou une association à but social ou humanitaire, au lieu de 18, 16, 12 et enfin 10 mois dans les armées. Les « appelés » constituent les deux tiers de l’effectif de l’armée de Terre, un peu moins du tiers de celui de l’armée de l’Air, un quart de celui de la Marine nationale et 10 % de celui de la Gendarmerie. Ils ne participent ni aux opérations extérieures (Opex) au Tchad, en Centrafrique et au Zaïre, ni à la guerre du Golfe (1991). La conscription, suspendue par la loi du 28 octobre 1997, peut être rétablie le cas échéant. Cette décision, effective en 2002, repose sur : l’inutilité de gros effectifs en raison de la dissuasion nucléaire ; un coût élevé ; l’obligation d’un vote de l’Assemblée nationale pour l’envoi du « contingent » en Opex. Le recensement et l’appel de préparation à la défense restent obligatoires pour tous, filles comprises.

Loïc Salmon

« Faut-il recréer un service national », ouvrage collectif. Éditions L’Harmattan, 268 pages. 25 €

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes




J’étais Fusilier Marin à Bir Hakeim

Paul Leterrier (96 ans), combattant de la France libre, témoigne de la bataille de Bir Hakeim où la résistance des Français a permis aux Britanniques de se replier et triompher à El Alamein, empêchant les Allemands d’atteindre le canal de Suez.

Élevé dans un quartier populaire du port du Havre, Paul Leterrier veut lui aussi prendre le large et s’engage à 15 ans sur le paquebot Normandie. Jeune matelot, il sert en 1ère classe dans des croisières, découvre New-York, Rio de Janeiro et mène une vie exigeante à « l’âge d’or de la navigation ». La guerre bouleversera son existence au service de la Compagnie Générale Transatlantique. Retourné au Havre après le début des hostilités, il subit l’occupation ennemie et décide, très vite, de rallier les Forces françaises libres. C’est le début d’un périple qui le fait passer par Marseille, où ses qualités de marin lui permettent d’embarquer sur un cargo chargé de civils fuyant la guerre pour l’Afrique du Nord. Patient, il profite d’une escale à Beyrouth en 1941 pour déserter au nez et à la barbe de ses gardiens vichystes. Il rejoint le 1er Peloton de fusiliers marins comme servant sur un canon anti-aérien. Il y apprend le métier des armes, campe dans le désert et connaît très vite le feu et le terrible Afrika Korps, « sarabande infernale » à laquelle son unité ne peut opposer que quelques canons et beaucoup de courage. Jour et nuit, la déferlante de chars, d’avions et de soldats ennemis tente de briser ses retranchements à Bir Hakeim. Soufflé par une bombe, Paul doit être évacué d’urgence à l’hôpital de Tobrouk. Ses blessures l’y laissent hors de combat pendant deux mois. Mais à peine sorti de convalescence, il ne tarde pas à réintégrer son unité, où sous le commandement du général Koenig, lui et ses camarades continuent de tenir tête à une force considérable dirigée par le général Rommel. Malgré le manque d’eau, de munitions et de renforts, l’unité garde le moral, refuse les offres de reddition et tente de rendre coup pour coup aux bombardements incessants des Stukas et des tirs d’artillerie. Paul est à nouveau blessé par un éclat d’obus dans la cuisse, qu’il conservera en souvenir. En outre, il contracte une dysenterie qui lui fait perdre 20 kg. Encerclés par un ennemi dix fois supérieur, les Français de Bir Hakeim n’ont plus d’autre choix que d’abandonner la position le 10 juin 1942. Evacués vers l’hôpital français du Caire, les blessés reçoivent la visite du général de Gaulle le 10 août. Malgré cette défaite, la France est restaurée dans son honneur et son statut de nation belligérante. Paul doit néanmoins rester loin des champs de bataille pour reprendre des forces. Début janvier 1943, il repart avec les Alliés dans la campagne de Tunisie. Alors qu’il visite les ruines de Carthage avec un camarade, il rencontre par hasard…Churchill, qui leur fait le « V » de la victoire en réponse à leur salut réglementaire ! En avril 1944, le 1er Bataillon de fusiliers marins s’embarque pour l’Italie. Paul conduit le véhicule de pointe de son peloton, cible privilégiée des mines, canons antichars et des éléments retardateurs de l’armée adverse, bref « le sacrifié ». Mais il a la « baraka » (chance en arabe) et s’en sort à chaque fois. Le 13 août, son unité quitte le Sud de l’Italie à destination de la France et débarque le 16 août à Cavalaire, près de Saint-Tropez. La remontée vers Paris est ponctuée d’escarmouches meurtrières. Ainsi, à la sortie d’un village, Paul est blessé au cou, à la main et au mollet. Son « pifomètre infaillible » lui évite toujours le pire au moment critique. Ses camarades n’ont pas tous eu la même chance. Il perd son meilleur ami, abattu par un Allemand. Il a aussi contracté la dysenterie, la jaunisse et le paludisme. A la Libération, seule sa mère parvient à le persuader de ne pas s’engager pour l’Indochine, considérant qu’il « en avait assez fait comme ça ». Titulaire de la croix de guerre 1939-1945, il reçoit celle de chevalier de la Légion d’honneur en 1983. Le 11 juin 2002, Paul, promu officier de la Légion d’honneur, est décoré dans la cour d’honneur des Invalides par le président de la République, Jacques Chirac. Il se souciait peu de « passer au grade supérieur ou de recevoir des décorations ». Revenu à la vie civile, il sert dans la police, notamment à la Direction de la surveillance du territoire en Algérie. En 2012, il revient en pèlerinage, solitaire, sur le site de la bataille de Bir Hakeim, « disparu sous le désert, redevenu ce qu’il était lors de notre arrivée en février 1942 ».

Pierre Wachel

« J’étais Fusilier Marin à Bir Hakeim », Paul Leterrier, Éditions Pierre de Taillac, 190 pages, 16,90€

Parachutée au clair de lune

Provence 1944

De l’Asie à la France libre

Demoiselles aux pompons rouges (Fusiliers-marins, Dixmude 1914)




Le livre qui va faire de vous un chef

L’exemple et l’expérience militaires trouvent des applications dans le monde civil. En effet, le commandement se caractérise par la capacité de donner confiance, la maîtrise de la complexité d’une situation et la crédibilité du chef.

Les grands chefs militaires ont élaboré un programme, avec le souci constant du résultat : « Il ne faut pas cesser de monter ses forces en système » (Maréchal Foch). Ils sont parvenus à faire partager leur vision par leurs subordonnés : « Je fais les plans de bataille avec les rêves de mes soldats » (Napoléon). L’analyse de leurs conseils permet de dégager quelques principes permanents. Il s’agit d’abord de planifier, tout en gardant la souplesse nécessaire pour faire face aux imprévus inévitables. Interprète du bien commun, le chef n’est pas celui de la volonté générale, mais tient compte de l’expérience et des avis de ses collaborateurs. Le commandement, qui implique le contrôle, ne se partage pas : « je crois qu’il faudrait plutôt un mauvais général que deux bons » (Bonaparte dans une lettre au Directoire). Il s’agit ensuite de trouver des collaborateurs efficaces, performants et convaincus de l’utilité de leur tâche : « Une réunion d’hommes ne fait point de soldats. L’exercice, l’instruction et l’adresse leur en donnent le caractère » (Napoléon). Il faut former, animer, encourager et motiver : « La puissance militaire remporte des batailles, la force morale remporte les guerres » (Général George Marshall). Avant de promouvoir un colonel, Napoléon demandait s’il avait de la « chance ». Le général MacArthur la définissait comme la « faculté de saisir les bonnes occasions ». Pour tout chef, avoir du « caractère » consiste à garder un esprit libre et indépendant, diriger sans chercher de satisfaction immédiate comme celle d’être aimé, être impartial et reconnaître ses erreurs. L’autorité va de pair avec la compétence, acquise par la volonté d’apprendre tout au long de la vie : « La réalité du champ de bataille est qu’on n’y étudie pas ; simplement on fait ce que l’on peut pour appliquer ce que l’on sait. Dès lors pour pouvoir peu, il faut savoir beaucoup et bien » (Maréchal Foch). Un chef qui donne l’exemple obtient la confiance de ses hommes : « Dans les moments de panique, de fatigue, de désorganisation, l’exemple personnel du chef agit et fait merveille » (Maréchal Rommel). L’esprit de décision accompagne le succès : « Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu » (Jules César). Quoique difficile à mesurer avant que la crise survienne, le courage s’acquiert par les qualités morales, l’exercice, la mise en situation et la réflexion : « Dans les temps héroïques, le général, c’était l’homme le plus fort ; dans les temps civilisés, le général, c’est le plus intelligent des braves » (Napoléon). L’idéal doit s’incarner avec constance dans la réalité : « L’énergie déployée par un chef a souvent plus d’importance que ses dons intellectuels » (Maréchal Rommel). Outre le maintien du moral, il convient de consacrer une part importante de son temps à s’informer : « La véritable école du commandement est la culture générale » (Général de Gaulle). Tout le monde ne se commandant pas de la même façon, l’adaptation s’impose : « Certains se contenteront d’une directive générale, tandis que d’autres auront besoin de plus de détails. Le commandement doit être direct et personnel » (Maréchal Montgomery). Le mot de la fin revient à Foch : « Ne rien faire (qui ne soit pas de son niveau), tout faire faire (par des collaborateurs convaincus), ne rien laisser faire (contrôle de la bonne  exécution des ordres donnés).

Loïc Salmon

« Le livre qui va faire de vous un chef » par Max Schiavon. Éditions Pierre de Taillac, 96 pages. 9,90 €

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Armée de Terre : pas de victoire sans le soutien de la nation




Blocus du Qatar : l’offensive manquée

Quatre Etats arabes ont tenté, sans succès, de déstabiliser un cinquième, petit mais très riche, par la diffusion de fausses informations dans les médias et les réseaux sociaux, les cyberattaques, l’action de lobbyistes aux Etats-Unis et en Europe, les pressions diplomatiques et les sanctions économiques.

Ce quartet, composé de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis (EAU), de Bahreïn et de l’Egypte, a donc employé tous les moyens, sauf militaires, pour réduire le Qatar, qui a riposté et est parvenu à obtenir l’aide de l’Iran, de la Turquie et surtout… des Etats-Unis qui y stationnent 10.000 soldats sur leur base d’Al Udeid. Cette crise a été suivie attentivement par Israël, qui reproche au Qatar son soutien économique au mouvement islamiste palestinien Hamas, très implanté dans la Bande de Gaza (entre Israël et l’Egypte). Israël entretient des relations étroites avec la Russie (présente en Syrie), pour lutter contre le terrorisme islamiste, et des liens officieux avec les EAU. Comme le quartet anti-Qatar, il veut contrer l’influence régionale de l’Iran. Tout commence le 23 mai 2017 par le piratage de l’agence de presse du Qatar (QNA). Celle-ci diffuse des extraits d’un prétendu discours de l’émir faisant l’éloge de la puissance de l’Iran chiite, avec des critiques à peine voilées de l’administration américaine, et présente le Hamas comme le « représentant légitime du peuple palestinien ». Ensuite, les médias du quartet dénoncent « l’aventurisme et la traîtrise du perfide Qatar ». Or ces extraits, entièrement faux, et le piratage de QNA ont été réalisés par les EAU, comme le prouvera une enquête du FBI quelques semaines plus tard. Malgré le démenti du gouvernement qatari, la crise atteint son paroxysme le 5 juin avec la rupture des relations diplomatiques du quartet avec le Qatar, qui se voit aussi interdire le franchissement de leurs frontières terrestres et l’accès à leurs espaces aériens, avec de graves conséquences économiques. L’Iran propose alors son aide au Qatar pour contourner l’embargo. Washington appelle le quartet à la retenue, car la plus grande partie des raids aériens de la coalition internationale contre Daech, en Syrie et en Irak, s’effectue à partir de la base d’Al Udeid. Conformément à l’accord bilatéral de défense, Ankara active sa base au Qatar en y envoyant 1.000 soldats et des véhicules blindés. Le quartet n’ose prendre le risque d’un affrontement militaire direct. Mais la confrontation se poursuit. Au piratage de QNA, le Qatar répond par celui de la boîte mail du très influent ambassadeur des EAU à Washington et divulgue ses manœuvres. Par ailleurs, le Qatar pratique une diplomatie relativement indépendante, avec des rapports directs avec les grandes puissances, et une stratégie d’influence dans le monde musulman, grâce à son assise financière. Plus grand exportateur mondial de gaz naturel, il l’exporte par ses 60 méthaniers directement à partir du port Hamad, inauguré le 5 septembre 2017. Le blocus l’a incité à développer l’économie locale et un commerce maritime vers Oman, la Turquie, le Pakistan, Koweït et l’Inde. Sa réputation de soutien au terrorisme remonte à la guerre d’Afghanistan (2001-2014), quand il avait autorisé les talibans à disposer d’une représentation à Doha…à la demande de Washington ! Ensuite, des financiers, privés, du terrorisme s’y sont installés jusqu’en 2015. Toutefois, le 11 juillet 2017, le Qatar a signé, avec les Etats-Unis, un accord sur la lutte contre le financement du terrorisme.

Loïc Salmon

« Blocus du Qatar : l’offensive manquée » par le général François Chauvancy. Éditions Hermann, 330 pages. 18 €

Qatar, vérités interdites

Arabie Saoudite, de l’influence à la décadence

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

L‘Égypte en révolutions




A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923

Les cartes et analyses de spécialistes de quinze pays différents expliquent pourquoi, cent ans après l’armistice de 1918, la paix n’est pas encore vraiment instaurée à l’Est de l’Union européenne et aux Proche et Moyen-Orient.

Les traités. Pourtant, la page de la Grande Guerre aurait dû être tournée avec les divers traités, rédigés en français, anglais et parfois italien, mais dont seule la version française fait foi : Versailles, 28 juin 1919, avec l’Allemagne ; Saint-Germain-en Laye, 10 septembre 1919 avec l’Autriche ; Neuilly-sur-Seine, 27 novembre 1919 avec la Bulgarie ; Trianon, 4 juin 1920 avec la Hongrie ; Sèvres, 10 août 1920 avec la Turquie, non appliqué et remplacé par celui de Lausanne, 24 juillet 1923. Outre le rétablissement de la paix en Europe et dans le monde, ces traités devaient redessiner la carte des Etats formés après la disparition des Empires allemand, austro-hongrois et ottoman, considérés comme responsables du conflit. Ces traités multilatéraux résultent d’un processus juridique complexe mis au point entre l’Acte final du congrès de Vienne (9 juin 1815), élaboré à l’issue des guerres napoléoniennes, et le premier traité multilatéral mettant fin à la guerre de Crimée (30 mars 1856). Hôte de la Conférence de la paix en 1919, la France devient la dépositaire des traités multilatéraux rédigés à l’issue des négociations. Un seul exemplaire étant signé par tous les Etats membres, le gouvernement français établit les procès-verbaux des dépôts de ratification des traités, remet des copies certifiées conformes aux pays signataires et indique leur date d’entrée en vigueur. Il doit rassembler les pièces constitutives de chaque traité, en vérifier la validité et en suivre l’exécution. Ainsi, le ministère français des Affaires étrangères conserve tous les documents signés par les chefs d’Etat et souverains des pays concernés par la première guerre mondiale. Il s’agit de la Belgique, de la Bolivie, du Brésil, de la Chine, de Cuba, de l’Equateur, de la Grèce, du Guatemala, de Haïti, du Hedjaz intégré aujourd’hui à l’Arabie saoudite, du Honduras, du Liberia, du Nicaragua, de Panama, du Pérou, de la Pologne, du Portugal, de la Roumanie, de l’Etat serbe-croate-slovène dont les composantes sont aujourd’hui indépendantes, du Siam (Thaïlande), de la Tchécoslovaquie (aujourd’hui scindée en deux) et de l’Uruguay. Tous ces documents sont désormais consultables sous forme numérique.

« Atlas raisonné ». L’ouvrage « A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », catalogue de l’exposition éponyme au musée de l’Armée, présente un aperçu du destin de vingt-cinq pays concernés. Ces entités politiques, étendues ou minuscules, anciennes ou récentes, durables ou éphémères, restituent la grande variété des situations. Une carte de synthèse, établie par les ingénieurs géographes du Centre des archives diplomatiques rappelle les frontières de 1923, avec des éléments antérieurs pour une meilleure mise en perspective. L’histoire de chaque pays, entre 1918 et 1923, présente sa participation aux divers conflits avec les conséquences en termes de territoires, de nationalités et d’instabilité politique (révolutions et contre-révolutions). Les interventions militaires françaises, significatives, sont parfois mentionnées. En effet, forte de sa prépondérance militaire en 1918, la France a tenté, avec ses soldats, ses diplomates et ses alliés, de mettre en place un nouvel ordre stratégique.

Loïc Salmon

« A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 336 pages, 300 illustrations, 29 €

Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides




Armistice

Cent ans après, 31 écrivains, hommes et femmes, français et étrangers, s’expriment sur ce que représente, pour eux, l’armistice de 1918, à l’origine une simple trêve dans des combats qui durent depuis quatre ans.

Inspirations religieuses et engagements pacifistes en soulignent la complexité. Pour accorder écrits et visuels, les illustrations d’artistes allemands sont placées en vis-à-vis de textes d’auteurs français, celles de femmes face à ceux d’hommes, ou inversement.

Les travailleurs chinois. L’académicien François Cheng rappelle le recrutement de travailleurs chinois pour remplacer les ouvriers et paysans français et britanniques, partis au front. En effet, depuis l’entrée en guerre de la Chine aux côtés des Alliés en 1917, la Grande-Bretagne en fait venir 100.000 et la France 40.000. Quoiqu’exclus de toute opération militaire par contrat, les travailleurs chinois ont payé un lourd tribut au conflit. Environ 10.000, morts de maladies ou d’accidents dans des travaux à haut risque près du front, sont enterrés sur place en Belgique et en France, dont 900 au cimetière de Noyelles-sur-Mer. Après l’armistice, 3.000 décident de rester en France, ouvrant la voie à la venue des générations suivantes. Pour eux, la France représente le « pays du Milieu » (les deux caractères pour Chine dans leur langue) de l’Europe occidentale. Les deux pays partagent le même goût pour les traditions littéraire, artistique et…culinaire. A la fin du XXème siècle, quelque 150.000 travailleurs, commerçants, artistes et intellectuels d’origine chinoise et leur famille vivent en France. La mémoire des défunts du cimetière de Noyelles-sur-Mer est célébrée lors de la fête des Morts chinoise, depuis 1998.

Le wagon de Rethondes. La romancière Sylvie Germain, lauréate de trois prix littéraires, narre l’histoire du wagon où fut signé l’armistice. Cette voiture-restaurant de la Compagnie internationale des wagons-lits n’aura roulé que quelques mois, par intermittence, entre juin 1914 et avril 1945. Après son dernier voyage civil de Paris à Thionville en août 1918, elle est réquisitionnée, transformée en wagon-bureau et incorporée au train de l’état-major du maréchal Foch, en vue de la signature de l’armistice. A l’automne, le convoi prend la direction de la forêt de Compiègne, lieu isolé, discret et célèbre par la capture de Jeanne d’Arc et les chasses royales de François 1er à Louis XVI. L’armistice est signé le 11 novembre à 5 h du matin. « L’aube devait être très noire, écrit Sylvie Germain. Pour les vainqueurs, un noir intense et beau malgré l’immensité du deuil régnant ; pour les vaincus, un noir amer comme une bile pleine de hargne et de rancœur. » L’Etat rachète le wagon à son propriétaire, en réaménage l’intérieur en « bureau de signature de l’armistice » et l’expose dans la cour d’honneur des Invalides pendant six ans, sans entretien. Le mécène américain Henry Fleming s’en émeut, prend en charge sa restauration et l’installe à Compiègne, à l’intérieur d’un édifice-musée. Un peu plus tard, une statue de Foch est érigée à proximité. Lors de la signature de l’armistice du 22 juin 1940, Hitler exige que le wagon serve à nouveau et au même endroit, pour que Foch (mort 11 ans plus tôt), assiste au renversement de la victoire. Tous les monuments du lieu rappelant la première guerre mondiale sont démontés, sauf la statue de Foch. Le wagon, exposé à Berlin puis emporté près du camp de concentration de Buchenwald, sera incendié en 1945. Un jumeau sera reconstruit, décoré à l’identique et installé à Rethondes.

Loïc Salmon

« Armistice », ouvrage collectif. Éditions Gallimard, 304 p, 54 illustrations, 35 €

Exposition « L’Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides