DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Sécurité : la contrefaçon et ses conséquences économiques, sanitaires et criminelles

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.




Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale assure le suivi de tous les événements « sensibles », assiste les autorités politiques dans la gestion des crises et coordonne l’action des différents ministères concernés.

Ce domaine a été abordé lors d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion de son 110ème anniversaire. Y sont notamment intervenus : Yann Jounot, coordonnateur national du renseignement ; Sébastien-Yves Laurent, politologue de l’Université de Bordeaux ; Gunter Heiss, directeur général et coordonnateur des Services fédéraux (Allemagne) ; Paddy McGuiness, conseiller adjoint à la Sécurité nationale (Grande-Bretagne) ; Christian Masset, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et du Développement international ; Roseline Letteron, professeur de droit public à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Lever les incertitudes. Le Conseil national du renseignement définit les orientations et les priorités stratégiques et planifie les moyens humains et techniques des services spécialisés. Il s’agit d’éclairer la politique gouvernementale avant, pendant et après une crise et de neutraliser une menace avant qu’elle se produise sur le territoire national, explique Yann Jounot. Ainsi après la crise au Levant, la menace, terroriste ou autre, peut se manifester sur un théâtre différent. La politique du renseignement recherche la synergie des acteurs, la protection contre toute ingérence extérieure et la cohérence de la réponse à donner en fixant la nature de la cible et le mode opératoire. La coopération interministérielle s’appuie sur la Direction générale de la sécurité intérieure pour la prévention et la Direction de la sécurité extérieure pour l’action. Une feuille de route journalière facilite l’interaction entre les services. Depuis les attentats terroristes de 2015 à Paris, les moyens de collecte du renseignement ont été renforcés, mais les données brutes (« big data », coordonnées GPS et adresses des courriels) ne suffisent pas, souligne Sébastien-Yves Laurent. Les sciences humaines, qui analysent les variables sociétales, permettent d’acquérir  une connaissance indispensable à l’anticipation par la détection des « signaux faibles ». Par exemple, le « printemps arabe » de 2011 a constitué une surprise stratégique des deux côtés de la Méditerranée, avec l’émergence de mutations sociales, souvent ignorées et à l’origine d’une insécurité locale, nationale ou régionale, parfois violente. Cette transformation aurait pu être anticipée avec les outils adaptés, à savoi un travail de terrain empirique et une analyse scientifique. Il convient alors de relever deux défis : la « temporalité », qui va de l’interprétation du contexte à la prospective ; la complexité d’un phénomène social, qui ne se réduit pas à quelques données variables.

Orienter les décisions. Le ministère des Affaires étrangères (MAE) a effectué  350 exercices de prospective en 10 ans et son centre de planification globale procède à des exercices de prévention  et de gestion de crises depuis 2014. Selon Christian Masset, il peut faire l’analyse immédiate d’une crise et lancer une alerte précoce. Mais l’absence de capacité de prévision de 3 à 6 mois ne permet pas de lever le « brouillard de la crise ». Le MAE collecte toutes les informations possibles en vue d’identifier les dangers et de présenter des recommandations nationales ou collectives auprès des organisations internationales, afin de réduire les risques. Il s’agit d’agir globalement sur tous les secteurs : sécurité et défense ; politique ; économie ; développement. Le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du MAE imagine des scénarios de manière interdisciplinaire, en collaboration avec le SGDSN, les services de renseignement (SR) et l’administration fiscale, afin d’anticiper le pire dans les 6 mois à venir. Les directions géographiques du MAE réunissent périodiquement leurs agents pour évaluer les crises en cours et discerner les « signaux faibles », en vue d’une synthèse. Le Centre de crises et de soutien fournit des éléments chiffrés sur l’évolution des crises à court et moyen termes, la menace sur les intérêts français, qui changent en conséquence, et les principaux risques. Ses informations proviennent des ambassades et de leurs correspondants institutionnels à l’étranger. Quelque 100 fiches « risques pays » et thématiques sont  actualisées tous les 3 mois, auxquelles s’ajoutent les fiches d’alerte précoce. Tout est partagé avec le SGDSN et les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Une « Task force » (organisation opérationnelle temporaire) de pré-crise envoie des missions sur place pour procéder à des exercices de résilience internationale. Après la crise, une équipe de 100 personnes reste disponible pour un soutien dans une région donnée. Le retour d’expérience est pris en compte.

Visions de pays voisins. En Allemagne, les SR coopèrent avec le ministère de la Défense et selon une coordination au niveau de la Chancelière, explique Gunter Heiss. Ils analysent les crises porteuses d’incertitude sur l’avenir et de risques pour la stabilité économique et sociale du pays. Des rapports réguliers examinent tous les aspects d’une crise et proposent des mesures pour la gérer. Les SR renforcent leurs échanges d’informations au niveau international. La chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) semblait annoncer une période de paix définitive. Mais les crises en Ukraine (depuis 2013) et l’annexion de la Crimée par la Russie (2014) ont incité les SR à réactiver leurs réseaux dans cette région, en vue de transmettre leurs informations aux pays alliés. En Grande-Bretagne, le Secrétariat à la sécurité nationale a été créé dès 1902, face aux expansionnismes français et allemand, indique Paddy McGuiness. Les SR « MI5 » (intérieur) et « MI6 » (extérieur) ont vu le jour en 1909, suivis en 1919 du Service des écoutes et interceptions radio, devenu « GCHQ ». Depuis 2006, la sécurité nationale inclut la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, l’évaluation de tous les risques possibles, civils et militaires. Il s’agit de mesurer l’intensité d’une menace et sa portée. La résilience nationale est intégrée aux activités de défense. Les priorités du Premier ministre en matière de renseignement font l’objet de réunions régulières de tous les SR. La coopération actuelle avec ceux de l’Union européenne se poursuit jusqu’à la sortie effective de la Grande-Bretagne (« Brexit »). Enfin, les budgets des SR seront augmentés de 40 % au cours des cinq prochaines années.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : s’organiser face au terrorisme protéiforme

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

Selon Roseline Letteron, le secret de l’État concerne la défense nationale mais aussi les entreprises. Le « secret-défense »  définit une information que l’autorité compétente décide de classifier. Il a valeur législative depuis 2011, car le Conseil constitutionnel estime qu’il participe de la sauvegarde de la nation. Selon l’article 16 de la Constitution, un ministre peut s’opposer à la décision d’un juge de le lever. Les parlementaires n’ont pas accès aux informations classées « secret-défense », sauf les membres, dûment habilités, des délégations sur le renseignement , avec des restrictions sur les opérations en cours et les procédures opérationnelles. En revanche, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les juges et les avocats spécialisés y ont accès, mais uniquement lors de sessions fermées.




Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

En raison de l’état d’urgence en vigueur depuis les attentats terroristes de 2015 à Paris, les postures permanentes de sûreté aérienne et de sauvegarde maritime ont été renforcées en métropole et dans les départements et territoires d’outre-mer.

Approuvées par 84 % d’opinions favorables, ces missions ont fait l’objet de deux présentations à Paris : la participation de l’armée de l’Air par le général de division aérienne Jean-Christophe Zimmermann du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), lors d’une conférence de presse le 17 novembre 2016 ; un document de la Marine nationale rendu public à l’occasion d’une conférence organisée par le Centre d’enseignement supérieur de la marine le 16 novembre 2016.

Sûreté aérienne. Le CADOA dispose de 400 personnels et de 90 radars pour garantir la souveraineté aérienne, explique son commandant en second. Il s’agit de déterminer les intentions, hostiles ou non, des 11.000 aéronefs de tous types qui survolent la France et d’assurer la sécurité d’événements importants (COP21 en 2015 et Eurofoot en 2016). Est considéré en infraction tout avion pénétrant dans l’espace aéromaritime national sans autorisation ni plan de vol ni contact radio. Une détection à une distance minimale de 80 km de la côte laisse le temps d’évaluer l’information et de préparer, éventuellement, des mesures plus coercitives. Certaines zones sont interdites de survol en permanence, d’autres pendant une période déterminée. A titre indicatif, il y a eu 80 décollages d’avions de chasse pour alerte réelle entre le 1er janvier et le 15 novembre 2016 (64 pour toute l’année 2015). De même, 38 décollages d’hélicoptères avec tireurs d’élite embarqués (94 en 2015) ont été motivés pour 72 pénétrations de zones interdites (50 en 2015), souvent involontaires, et 37 pertes de communication radio (31 en 2015). Le CDAOA prépare la neutralisation de l’aéronef hostile, mais l’ordre de tir relève du Premier ministre. Toutefois, l’absence de communication de plan de vol et contact radio à proximité de l’espace aéromaritime ne constitue pas une infraction en soi. Ainsi, le 22 septembre 2016, 2 bombardiers lourds supersoniques russes Tu-160 sont passés à l’Ouest de la Norvège et de l’Irlande, puis ont longé les côtes française et espagnole avant de repartir vers le Nord. Toute leur trajectoire a été accompagnée par des intercepteurs norvégiens, puis britanniques, français et espagnols. Dans la nuit du 16 novembre 2016, 3 bombardiers lourds Tu-95 et 3 Iliouchine ravitailleurs ont suivi le même cheminement et dans les mêmes conditions à 400 km des côtes jusqu’au Portugal avant de remonter vers la Russie. Un avion radar AWACS a décollé de Bretagne pour les pister. Par ailleurs, la surveillance spatiale porte sur la détection des passages de satellites étrangers au dessus des forces françaises et alliées, déployées au sol et en mer, et le maintien de la qualité des transmissions. En outre, le grand nombre de satellites en service augmente le risque de collision en orbite avec retombées des débris sur le territoire national. Le CDAOA, le Centre national d’études spatiales, la Direction générale de l’armement et l’Agence spatiale européenne collectent des informations, les analysent et les évaluent pour anticiper les effets possibles, alerter et coordonner. Ils disposent de divers moyens : le système Graves (détection), le centre militaire Cosmos (analyse), les radars Satam (orbitographie et trajectographie de précision), les 2 téléscopes Tarot, le bâtiment d’essais et de mesures Monge et le système d’alerte des tempêtes solaires Fedome (préservation des moyens de télécommunications).

Sauvegarde maritime. La Marine nationale concentre 10 % de ses effectifs à la défense maritime du territoire sur le littoral (22 km de la côte) et dans les eaux de 21 zones sous souveraineté ou juridiction française dans le monde (370 km), indique un document officiel. Le dispositif est articulé en métropole, autour des préfets maritimes de Toulon pour la Méditerranée, Brest pour l’Atlantique et Cherbourg pour la Manche, et outre-mer autour des délégués du gouvernement pour l’action de l’État en mer. Dans chaque préfecture maritime, une cellule de coordination de l’information maritime fusionne les renseignements venant de la Direction des affaires maritimes (DAM), des Gendarmeries maritime et départementale, de la Police de l’air et des frontières, des Douanes et des autorités portuaires, en vue du contrôle et de la surveillance. Ces renseignements sont partagés avec les compagnies maritimes françaises qui contribuent, sur une base volontaire, au contrôle naval. Ce dernier nécessite la signalisation des mouvements et intentions de navires par leurs capitaines qui, en retour, reçoivent les informations relatives aux situations nautique et militaire dans leur zone de navigation. Pour renforcer la prévention, la Marine et la DAM travaillent à la prise en compte, par les navires, de la menace interne (consignes à l’équipage et aux passagers). Chaque année, la Gendarmerie maritime procède à quelque 1.500 contrôles de sûreté de navires. Depuis l’été 2016, des gendarmes maritimes et des fusiliers marins embarquent, de façon aléatoire, sur les grands navires à passagers pour assurer la protection à bord. Des pelotons de 35 gendarmes maritimes peuvent intervenir sur les navires, dans les ports de commerce d’intérêt majeur et en zone d’attente, pour la surveillance, la sécurisation des espaces portuaires, l’escorte des navires sensibles et le contrôle des navires. Les capacités des gendarmes maritimes des ports de Sète et Nice ont été renforcées, afin de réduire les vulnérabilités du trafic des ferries avec la Corse et des navires de croisière en Méditerranée. Le dispositif du plan « Pirate-mer » inclut la Marine, les armées de Terre et de l’Air, le Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale et aussi le Bataillon des marins-pompiers de Marseille pour le secours maritime de grande ampleur (plan ORSEC).

Loïc Salmon

Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Théâtre d’opérations aériennes en métropole

Théâtre d’opérations maritimes en métropole

Outre la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et sous-marine, la protection du territoire national commence avec l’opération « Sentinelle » (10.000 personnels) et les postures permanentes de sauvegarde maritime et de sûreté aérienne. Elle se prolonge par les opérations de la défense de l’avant : « Barkhane » pour la lutte contre les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne (3.500) ; « Chammal » contre l’État islamique (Daech) en Irak et en Syrie  (1.000) ; « Daman » au Liban (900) ; « Enduring Freedom » et « Atalante » (150 à 350) et des équipes de protection embarquée (70) en océan Indien ; « Corymbe » dans le golfe de Guinée (100) ; petites participations à des opérations sous l’égide de l’ONU, de l’Union européenne ou de l’OTAN (5 à 100 selon les théâtres). Les armées françaises sont aussi déployées comme forces de souveraineté en Nouvelle-Calédonie (1.450), zone Sud de l’océan Indien (1.600), Guyane (2.100), Antilles (1.000) et Polynésie française (900). Enfin, des forces de présence sont stationnées au Sénégal (350), en Côte d’Ivoire (900), au Gabon (350), aux Émirats arabes unis (650) et à Djibouti (1.450).




Défense et sécurité : s’organiser face au terrorisme protéiforme

La lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical nécessite détermination politique, planification et action militaires, renseignement et sanctions judiciaires.

Ce thème a été traité au cours d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion du 110ème anniversaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Y sont notamment intervenus : le Premier ministre Manuel Valls ; le général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées ; Thierry Matta, adjoint au directeur général de la sécurité intérieure ; Véronique Degermann, procureur de la République adjoint près le Tribunal de grande instance de Paris ; Jean Mairesse, directeur adjoint de l’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions.

Adaptation permanente. « L’ennemi n’est plus seulement à nos frontières, il se trouve au cœur de notre société et peut faire irruption à tout moment », déclare Manuel Valls qui rappelle les moyens d’y faire face. En 2013, ont été créés la Direction générale de la sécurité intérieure et le Service central du renseignement territorial, qui échangent et partagent leurs informations. S’y ajouteront, d’ici à 2017, 9.000 postes de policiers et gendarmes et une allocation de plus de 1,1 Md€, dont 290 M€ d’investissements. Les lois des 24 juillet et 30 novembre 2015 accordent aux services de renseignement des moyens légaux avec la mise en place de mécanismes de contrôle pour préserver les libertés individuelles. L’administration pénitentiaire sera dotée de son propre service de renseignement, car le milieu carcéral constitue l’un des incubateurs de la radicalisation islamiste. La section antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris a été renforcée de 13 magistrats et bientôt de 11 juges d’instruction spécialisés, en vue d’une judiciarisation systématique et la plus rapide possible envers les associations de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Au 23 novembre 2016, 365 dossiers judiciaires sur 1.400 personnes sont ouverts et 313 individus mis en examen. L’état d’urgence, déclenché en novembre 2015, est prolongé jusqu’aux élections présidentielle et législatives du printemps 2017. La même année, la Garde nationale, composée de volontaires, viendra en soutien des 10.000 militaires de l’opération « Sentinelle » pour la protection du territoire. Enfin, la France mettra 170 personnels des Douanes et des ministères de l’Intérieur et de la Défense à la disposition de l’agence Frontex pour le contrôle de l’espace Schengen.

Outil de défense. Terrorisme djihadiste et certains États-puissances, traditionnels ou émergents, présentent des liens et des ressorts communs, estime le général de Villiers. Le premier porte la violence dans les champs matériel et immatériel, politique, social, culturel, économique et militaire, dans les zones grises ou au cœur du territoire national. Les seconds étendent leur influence par le rapport de force et le fait accompli, avec un risque majeur de déstabilisation. Forces armées et de sécurité sont confrontées à l’usage très fréquent de la violence, par un adversaire qui cherche à entraver la liberté d’action et de circulation. La dispersion des zones d’intervention et les élongations inter et intra-théâtres d’opérations extérieurs rendent primordiales les capacités de projection, de commandement et de renseignement. De même, certains groupes terroristes réalisent des attaques coordonnées et simultanées sur le territoire national. La technologie numérique permet à Daech d’être ici et là-bas, instantanément et au même moment. Mais aujourd’hui, la France se situe dans le peloton de tête dans le domaine du cyber. Par ailleurs, la multiplication des engagements de longue durée (jusqu’à 10 ans) use rapidement les ressources humaines et matérielles et exige la résilience des forces armées et de la nation toute entière. La planification, à savoir comprendre et concevoir, s’impose sur le plan militaire. Il s’agit de transformer l’intention du chef en une succession d’actions conduites par des forces complémentaires, pour atteindre des objectifs en acceptant une prise de risque mesurée. Une situation complexe nécessite l’intervention d’acteurs différents. Enfin, prévoir l’impensable exige notamment d’étudier l’adversaire, d’examiner les cas « non conformes », de confronter les divers modes d’action, d’identifier les contraintes et les risques et d’analyser les opportunités.

Renseignement et intervention. Surveillance, renseignement technique et coopérations nationales et internationales se complètent, explique Thierry Matta. Toutes les informations sont recoupées, analysées et enrichies par l’action. Le spectre couvert va de la prévention à la riposte via des mécanismes bilatéraux. Ainsi, la Direction générale de sécurité intérieure (DGSI) participe à la lutte anti-terroriste en cohérence avec celle de la sécurité extérieure, dont certaines équipes viennent chez elle, et les autres services de renseignement, pour une analyse commune avant la prise de décision. L’intervention inclut l’interdiction d’accès ou de sortie du territoire et l’assignation à résidence de suspects. Aujourd’hui, la rapidité d’action entre l’ouverture d’une enquête et la neutralisation de terroristes augmente.

Action judiciaire. Le terrorisme a pour finalité le trouble à l’ordre public par l’intimidation et la terreur, souligne Véronique Degermann. Le parquet de Paris compte 140 magistrats spécialisés, dont  une cellule de crise (60 magistrats) qui intervient en cas d’événement majeur (attentat de Paris en 2015 et de Nice en 2016). Partenaire du ministère de la Défense, il travaille en totale confiance avec la DGSI : action en amont dans les réseaux pour les démanteler ; possibilité de perquisition de nuit avec garantie d’autorisation du juge des libertés ; prolongation de la détention préventive ; accès aux données cryptées et téléphones de dernière génération. Depuis janvier 2015, les individus vivant sur le territoire national et qui se sont rendus en Syrie ou en reviennent sont passibles d’une cour d’assises, composée de magistrats professionnels, et risquent 20 ans de prison. Les mineurs de moins de 15 ans sont envoyés en détention avec un suivi éducatif. Enfin, la coopération internationale (Union européenne et États-Unis) passe par des techniques communes d’enquête.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : chaos interne et répercussions périphériques

Terrorisme islamiste

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Selon Jean Mairesse, le « numérique » ou science de l’information inclut informatique, robotique, traitement de données, physique, chimie et sciences humaines. Elle nécessite donc une formation pluridisciplinaire. L’intelligence artificielle consiste en une machine capable d’apprendre et de prendre la meilleure décision possible, grâce à une puissance de calcul exponentielle avec des capteurs de moins en moins chers et des algorithmes plus performants. Sa progression exponentielle la rend plus efficace qu’un être humain. Les cyberattaques progressent en sophistication. Les plus efficaces perturbent le tissu social en recueillant notamment des informations sur le style de hauts responsables, en vue de comprendre leurs éléments de langage pour duper leurs subordonnés par de « faux » ordres aux conséquences graves ou même criminelles.




Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

L’Escadron ET3/61 « Poitou » met en œuvre des avions de transport tactique spécifiques au profit du Commando parachutiste de l’air N°10 (CPA10), dont les personnels accomplissent des missions « spéciales ».

L’Association des journalistes de défense les a rencontrés le 16 novembre 2016 à la base aérienne d’Orléans-Bricy.

Du stratégique au tactique. Selon la directive interarmées 3.5, les opérations « spéciales » sont militaires, ciblées, discrètes, mais non clandestines, et visent à atteindre des objectifs stratégiques. Protégées par un degré élevé de confidentialité, commandées par le chef d’État-major des armées (CEMA), planifiées et conduites par le Commandement des opérations spéciales (COS, encadré), elles sont réalisées sous un contrôle politico-militaire étroit. Une boucle décisionnelle courte garantit une forte réactivité et offre une grande réversibilité : garder un coup d’avance et pouvoir annuler la mission au dernier moment. Les opérations spéciales se distinguent des opérations conventionnelles par un cadre espace-temps différent, l’acceptation d’un niveau de risques politiques plus élevé, des procédures interarmées spécifiques et une empreinte logistique moindre. Le COS a pour missions de renseigner, agir et « modeler » l’environnement. Il doit appliquer la juste force au bon endroit en vue des meilleurs effets, éviter les chocs frontaux et préférer le déséquilibre. La connaissance des réseaux et la mobilité impliquent surprise, précision et coordination. L’action dans la profondeur se fait sans appuis de proximité, en autonomie et sous forte imbrication entre amis et ennemis. Facteur de puissance militaire, le COS constitue, pour le CEMA, un outil de liberté stratégique pour réagir à toute surprise ou proposer, à l’autorité politique, des options militaires sur des menaces en gestation en tout lieu où les forces conventionnelles ne pourraient offrir qu’une réponse inappropriée. La troisième dimension constitue un atout majeur dans les opérations spéciales.

Un escadron aérien dédié. L’ET3/61 « Poitou », indique le colonel qui le commande, se caractérise par la fulgurance de son action, l’affranchissement des contraintes de terrain et des capacités particulières. Il dispose de 3 C160 R Transall, 2 C130 H30 Hercules et 2 DHC-6 Twin Otter. Ses matériels incluent des véhicules de servitude multifonctions, des capteurs électroniques, des moyens de transmissions, des tapis de désembourbage de pistes et des armements individuels (fusils d’assaut HK416 et pistolets Glock17), car tous les personnels contribuent à la protection des aéronefs engagés. Ses Transall et Hercules peuvent alimenter en carburant des hélicoptères de combat, rotor tournant, ou larguer à leur intention des réservoirs souples au « milieu de nulle part ». Sans reconnaissance préalable ni contact radio, ils effectuent des poser et redécollages d’assaut en 3 minutes, sur des pistes courtes ou sommaires, de jour comme de nuit, pour les infiltrations et exfiltrations de personnels. Le déchargement ou le parachutage de véhicules à 50 m d’altitude nécessite beaucoup d’entraînement avec les marqueurs au sol. Le largage de parachutistes se fait à 300 m, pour les ouvertures automatiques, et à très grande hauteur pour des chuteurs opérationnels, capables de dériver sur de longues distances vers leur objectif. Le C3 ISTAR (boule optronique pour les renseignement, ciblage et surveillance) permet à l’avion de détecter un véhicule phares allumés à 60 km et une moto (phare allumé) à 10 km. Les pilotes ont à leur actif au moins 6.000 heures de vol. Les autres personnels navigants (1.000 heures de vol) ont suivi une formation de quelques semaines à un an. Outil de combat reconnu, l’Escadron « Poitou » cumule une expérience opérationnelle interarmées, une expertise de savoir-faire (15 spécialistes), des personnels polyvalents (2 ou 3 qualifications) et une synergie avec le CPA10, installé sur la même base aérienne. Chaque opération spéciale demande plusieurs heures de préparation. De nombreux moyens techniques sont développés en interne. Les recherches portent sur : le largage sans marquage, tout temps et toute altitude ; l’appui aérien et le renseignement spécialisé ; la numérisation du champ de bataille ; tout ce qui peut éviter les échanges radio. A terme, l’Escadron « Poitou » disposera de « C130 rénovés forces spéciales » et d’avions de transport tactique A400M.

Actions commandos. Le CPA10, explique le colonel qui le commande, effectue la reconnaissance de cibles dynamiques, en vue de déclencher une mission aérienne sous court préavis. Il peut recevoir des images d’un théâtre d’opérations transmises par le Centre militaire d’observations par satellite. Lors d’une catastrophe aérienne, il participe à la collecte d’indices pour tenter de remonter une éventuelle  filière terroriste. Ses autres missions portent sur : le contre-terrorisme ; la libération d’otages ; l’évacuation de ressortissants ; la reconnaissance ou la destruction d’objectifs dans la profondeur ; la saisie d’une zone aéroportuaire et sa sécurisation tactique et technique ; la reconnaissance de terrain pour l’aérolargage de matériels ou le poser d’assaut. A cet effet, des mesures du sol sont effectuées tous les 100 m sur une piste sommaire de 900 m destinée à recevoir un C160. Pour  le renseignement tactique, le CPA10 dispose du drone spécifique « Skylark » (15 km d’élongation et 2h30 d’autonomie) et de « nanodrones » de 18 g (2,5 km et 25 minutes) équipés d’une caméra thermique et d’un capteur électro-optique. En 2016, son effectif se monte à 289 personnels, dont 120 pour les « groupes action » (10-12 chacun). Agés en moyenne de 35 ans, ils viennent de 20 spécialités différentes qui entraînent un brassage de cultures pour obtenir le même effet recherché : chuteur opérationnel, tireur d’élite, transmissions, contrôleur aérien avancé, renseignement d’origine technique ou humaine, maître chien, infirmier, mécanicien etc. Comme pour toutes les forces spéciales, le commandement du CPA10 doit préserver l’attractivité du métier, dont la formation dure un an, et fidéliser ses personnels, souvent en mission ou en opération.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

Défense et sécurité : « réagir ensemble » aux attentats terroristes et aux crises

Le Commandement des opérations spéciales a autorité sur les unités dédiées des trois armées. La Brigade des forces spéciales terre compte le 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, le 13ème Régiment de dragons parachutistes et le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales. La Force maritime des fusiliers marins et commandos inclut les commandos « Jaubet » , « Trépel », « De-Penfentenyo », « De-Monfort », « Kieffer », « Ponchardier » et « Hubert » (nageurs de combat). La Brigade des forces spéciales air regroupe le CPA10 et les escadrons aériens ET3/61 « Poitou » et EH1 « Pyrénées ». Le couple ET3/61 « Poitou » et le CPA10 a été déployé en opérations extérieures : Afghanistan en 2001, 2005, 2006 et 2010 ; Côte d’Ivoire (2002, 2004 et 2011) ; République démocratique du Congo (2003 et 2006) ; Centrafrique (2006, 2007, 2013 et 2014) ; Liban (2006) ; Tchad (2006 et 2008) ; Guinée (2007) ; océan Indien (2008 et 2009) ; Sahel (2009 et 2016) ; Libye (2011).




Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime

Militarisation des eaux internationales, piraterie, migrations de masse, trafics illicites, terrorisme, pollution marine, catastrophes naturelles et pêche illégale peuvent déboucher sur des crises maritimes, dont l’origine se trouve dans des rivalités géopolitiques terrestres.

Cette globalisation sans précédent a été  abordée lors d’un colloque international organisé, le 18 octobre 2016 au salon Euronaval du Bourget (banlieue parisienne), par  le Groupement des industries de construction et activités navales, l’Agence européenne de défense, l’Institut pour les études de sécurité de l’Union européenne et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y sont notamment intervenus : l’ingénieur général François Maistre, Direction générale de l’armement (DGA) ; le préfet Vincent Bouvier, secrétaire général de la Mer ; le vice-amiral britannique Clive Johnstone, chef du Commandement maritime de l’OTAN ; l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale.

Menace complexe et moyens futurs. Selon l’ingénieur général Maistre, un constat s’impose : contestation de la souveraineté maritime de certains pays par d’autres ; emploi de forces régulières ou irrégulières ; activité de l’État remise en cause par des organisations, qui mêlent actions civiles et militaires et maîtrisent l’utilisation de médias. La défense du territoire passe par la sécurité de ses approches maritimes, de ses ports et des flux de marchandises avec des moyens adaptés. Le combat aéromaritime va de l’opération de basse intensité à la confrontation directe. Pour le mener, il faut disposer d’un accès autonome à l’information et de capacités de ravitaillement à la mer, de lutte anti-sous-marine et anti-aérienne ainsi que d’actions autonomes ou interalliées. Outre les drones, il faut pouvoir compter sur des systèmes résilients et sommaires à terre. L’interopérabilité entre la terre et la mer, quoique difficile à établir, devient incontournable. Elle nécessitera : de disposer de davantage d’espace à bord des navires pour l’équipage ; d’identifier les moyens d’analyse des menaces dans un contexte d’emploi de nouvelles technologies ; de passer de la connectivité croissante sur le même navire à la logique de réseaux. La DGA conçoit les référentiels de modélisation structurelle, avec des scénarios opérationnels, pour des effets recherchés dans un cadre optimal établi. Elle mobilise l’état-major de la Marine et les industriels pour imaginer les équipements futurs. Avec la mise en commun des informations des capteurs, le combat « collaboratif » intègre bâtiments de surface, sous-marins, aéronefs et drones dans un ensemble global. Leurs systèmes de détection et de combat devront être en cohérence avec ceux de la guerre des mines, des drones sous-marins et de l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) en interarmées.

Sécurité maritime d’aujourd’hui. L’action de l’État en mer se militarise en raison de l’incertitude à l’arrivée sur le lieu d’un sinistre, explique le préfet Bouvier. En raison de la porosité de la menace et pour plus d’efficacité, la coordination entre la Marine nationale, les Affaires maritimes, la Douane et le ministère de l’Intérieur se fait sous l’égide des préfets maritimes. La stratégie nationale de sûreté, adoptée en 2015, porte sur la lutte contre le terrorisme afin de rendre le trafic maritime plus sûr : embarquement de fusiliers marins sur les grands navires à passagers ; plan Vigipirate mer ; autorisation de gardes privées à bord de navires marchands ; radars plus performants ; mutualisation des moyens de secours maritimes et côtiers. Toutefois, les contraintes budgétaires incitent l’État à recourir au secteur privé, notamment pour le contrôle à l’embarquement des navires à passagers. La sécurité et la sûreté maritimes nécessitent un partage de l’information et la construction d’une fonction garde-côte à l’échelle européenne. Ainsi, l’opération militaire « Sophia » (EUNAVFOR Med) d’observation et de renseignement a été lancée le 22 juin 2015 par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne pour lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée, dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune. Son champ d’action pourrait s’élargir après une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Guerre navale de demain. L’OTAN se trouve confrontée à des scénarios de basse intensité, indique l’amiral Johnstone. Quoique adhérente aux valeurs démocratiques, la Russie agit de façon déstabilisante en Syrie, en Ukraine et en Atlantique Nord. Zone instable de la Syrie à la Libye, la Méditerranée est devenue un théâtre de terrorisme, de trafics d’armes et de migrations massives. L’OTAN, qui défend ses États membres en termes de capacités et de compétences, a pris conscience de ces défis et doit agir maintenant et quotidiennement. Elle intègre les innovations civiles dans l’intelligence artificielle, l’analyse en temps réel de l’action de l’adversaire et la classification des données. Mais elle doit être plus résiliente dans la logistique, la gestion des stocks et la formation des personnels, afin de mobiliser davantage de navires plus rapidement. Son commandement maritime se concentre sur la surveillance de la flotte russe du Nord au Sud et prévoit des exercices communs de lutte anti-sous-marine avec les Marines de l’Union européenne. De son côté, l’amiral Prazuck souligne le pouvoir de nivellement de la technologie face à une menace plus « aisée » : un système de géolocalisation (GPS) et un lance-grenades portatif (RPG7) permettent de devenir un redoutable pirate. La sécurité maritime, multiforme, induit une action internationale, un besoin de savoir (radars, satellites et échanges d’informations) et une présence sur zone. Par ailleurs, le combat naval futur pourrait se produire en haute mer avec des navires spécialisés à haute technologie. La Marine nationale doit convaincre les autorités politiques et l’opinion publique  de la nécessité de la mise au point des hautes technologies dans les 20 ans à venir. Au cours de l’Histoire, sécurité maritime et combat naval ont été privilégiés tour à tour. Pour répondre aux menaces, le meilleur équilibre entre les besoins implique développement de savoir-faire communs, coopération internationale, couverture des espaces maritimes, formation et entraînement.

Loïc Salmon

Marine nationale : la police en mer, agir au bon moment et au bon endroit

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique

Marines : coopérations accrues dans les dix prochaines années

Le 18 octobre 2016 à l’occasion du salon Euronaval du Bourget, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian (au centre), a dévoilé la maquette de la future frégate de taille intermédiaire (FTI) de 4.200 t. Armée par un équipage de 125 personnes, détachement aéronaval compris, la FTI disposera des capacités de projection de forces spéciales et de luttes anti-sous-marine, anti-aérienne et antinavire. Premier bâtiment « tout numérique », elle pourra embarquer un hélicoptère et/ou un drone aérien. Son radar de nouvelle génération à panneaux fixes sera intégré à une mâture unique. Les 5 FTI prévues, dont la première sera livrée en 2023, complèteront les 8 frégates multimissions et les 2 frégates anti-aériennes de type Horizon vers 2030. Une FTI pourra être déployée seule ou au sein d’une force interarmées ou interalliés, comme le groupe aéronaval centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle.




Moyen-Orient : situation complexe et perspectives

Région stratégique et sous tension, le Moyen-Orient reste le théâtre de crises ou de conflits sans solution durable, malgré les récentes interventions de coalitions internationales conduites sous l’égide des États-Unis.

Il a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 27 octobre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale et animée par Renaud Girard, grand reporter au Figaro, chroniqueur international et écrivain.

Visions occidentales. En 1991, la guerre du Golfe, entreprise pour libérer le Koweït envahi par l’armée irakienne, est suivie de la Conférence de Madrid en vue d’une paix entre Israël et les pays arabes. Cet espoir, concrétisé par les accords d’Oslo en 1993, est anéanti après l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin deux ans plus tard par un extrémiste juif.  Pendant les deux mandats de George W.Bush (2001-2009), les néo-conservateurs américains ont imaginé un grand « Moyen-Orient démocratique », libéré des dictatures. Ils ont choisi l’Irak, pays très aphabétisé et qui, pensaient-ils, aspirait à la démocratie. Selon eux, l’Irak devait, après la chute de Saddam Hussein, répandre cette valeur par osmose parmi les nations arabes. La paix avec Israël s’ensuivrait, car les États démocratiques ne se font pas la guerre. En 2003, Renaud Girard se trouve à Bagdad pendant l’intervention de la coalition internationale conduite par les États-Unis contre l’Irak (à laquelle la France n’a pas participé). Il s’entretient avec le Premier ministre Tarek Aziz, qui lui déclare : « Nous n’avons pas d’armes de destruction massive ! » Une famille irakienne indique ne pas craindre les bombardements américains, car plus précis qu’en 1991, mais redoute l’anarchie. Quoique chiite et opposé au régime, son chef lui précise : « Nous ne sommes pas prêts pour la démocratie. » De fait, les élections qui suivent la guerre provoquent des clivages : les chiites votent pour les chiites, les sunnites pour les sunnites et les Kurdes pour les Kurdes. Les néo-conservateurs américains ont cru que le pire était la dictature, alors que c’est la guerre civile… qui éclatera en 2006, souligne Renaud Girard. Pour eux, la justice et la démocratie l’emportent sur la paix, tandis que les néo-réalistes pensent le contraire. Le « printemps arabe » de 2011 laisse augurer une démocratisation dans la région. Mais l’organisation islamique des « Frères musulmans » veut en profiter pour prendre le pouvoir. En Égypte, le président Mohamed Morsi, qui en est membre, nomme gouverneur de Louxor le chef d’un mouvement terroriste, qui y avait tué 60 touristes allemands quelques années auparavant. Après la première guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne exercent une tutelle sur les territoires arabes de l’ex-Empire ottoman. Après la seconde, elles s’en retirent pour donner naissance à la Syrie, au Liban et à l’Irak. De leur côté, les États-Unis ont conclu des accords avec l’Arabie saoudite (sunnite) et l’Iran (chiite). En 1956 après la nationalisation du canal de Suez et en accord avec l’URSS, ils mettent un terme à l’intervention militaire franco-israélo-britannique en Égypte. Après l’abandon du Chah en 1979, leurs relations avec Téhéran se sont détériorées jusqu’à l’accord sur le nucléaire iranien en 2015. Aujourd’hui, l’Occident préfère laisser les pays arabes s’organiser eux-mêmes.

Vers une nouvelle donne. Le Moyen-Orient est passé de la tolérance au fondamentalisme religieux, sous l’emprise d’Al Qaïda et de Daech, explique Renaud Girard. Longtemps, l’Empire ottoman n’a pas tenté d’éradiquer les autres religions. Mais au XIXème siècle, les puissances occidentales concluent avec lui des traités pour protéger les minorités chrétiennes. Le génocide arménien de 1915 sera motivé par des raisons politiques : le gouvernement turc reproche aux Arméniens d’être favorables à l’ennemi russe. La population grecque orthodoxe ne sera expulsée de Constantinople qu’en 1922. Aujourd’hui, les chrétiens ne constituent plus un facteur politique au Moyen-Orient, sauf au Liban où ils ont résisté pendant 15 ans aux Palestiniens. Autre caractéristique de la région, le sentiment national prime sur la solidarité religieuse tant que le régime est fort. Ainsi pendant sa guerre contre l’Iran (1980-1988), l’Irak de Saddam Hussein a pu compter sur la fidélité des soldats chiites. Mais aujourd’hui, l’influence de l’Iran y dépasse celle des États-Unis. Même si la monarchie saoudienne se fragilise, celles des Émirats arabes unis se maintiennent. En Syrie où l’armée a déjà perdu 80.000 hommes tués par Daech, le sentiment national reste fort parmi la bourgeoisie et les minorités chiite et alaouite. Si le régime de Bachar el-Assad avait accepté de rompre son alliance avec l’Iran, l’Arabie saoudite l’aurait soutenu, estime Renaud Girard. Selon le Haut commissariat des nations unies aux réfugiés, la guerre civile a, entre 2011 et février 2016, déplacé 13,5 millions de personnes, dont près de 4,6 millions dans les pays voisins surtout en Turquie, (2,5 millions), au Liban (1 million), en Jordanie (635.00) et en Irak (245.000). Dans le monde arabo-musulman, l’esprit national s’affaiblit dès que disparaît le dictateur qui se prétend le père de la nation, comme en Libye après Kadhafi et en Irak après Saddam Hussein. Toutefois, le Kurdistan ne devrait pas voir le jour, en raison des divisions entre les Kurdes eux-mêmes et de la volonté des grandes puissances de ne pas « casser » la carte du Moyen-Orient actuel. En matière d’intervention extérieure, les États-Unis préfèrent exercer une influence plutôt que d’envoyer des soldats sur le terrain. Pour eux, l’importance de cette région diminue, en raison de l’exploitation du gaz de schiste sur leur sol et de leur stratégie en Asie. Par contre, la Russie est devenue incontournable. Elle s’est réconciliée avec la Turquie et soutient la Syrie pour conserver un accès aux mers chaudes, avec la possibilité d’escales à Tartous. L’axe Moscou-Damas, solide depuis 50 ans, souligne sa fidélité à ses alliés, contrairement aux États-Unis qui ont abandonné Moubarak pendant la révolution arabe de 2011. Enfin, elle entend protéger les chrétiens d’Orient, dont les deux tiers sont orthodoxes.

Loïc Salmon

Israël : réagir à toute menace directe pour continuer à exister

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Turquie : partenaire de fait au Proche et Moyen-Orient

En octobre 2016, le régime syrien dispose de 650 pièces d’artillerie anti-missiles, 1.000 missiles sol-air, 365 avions de combat et 2 frégates. Les États-Unis déploient 1.000 hommes et des avions F16 en Jordanie, 4 navires de guerre et des sous-marins en Méditerranée et utilisent 2 bases en Turquie (Ismir et Incirlik, armée de l’Air), 1 aux Émirats arabes unis (Marine), 1 au Qatar (Marine) et 1 à Bahreïn (Marine). La France déploie 700 hommes et 6 Rafale dans les Émirats arabes unis, 7 Mirage 2000 à Djibouti et le groupe aéronaval en Méditerranée. La Grande-Bretagne utilise la base aérienne d’Akrotiri à Chypre et déploie quelques navires en Méditerranée. L’OTAN dispose des bases d’Incirlik, de Naples, de Sigonella (Sicile) et de Souada (Crète). La Russie peut utiliser les bases syriennes de Tartous (Marine) et de Hmeimim (armée de l’Air). Parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont approuvé l’intervention de la coalition internationale en Irak et en Syrie, à laquelle la Russie et la Chine ont opposé leur veto.




Afrique : les armées et leur implication dans la politique

Les officiers des pays africains appartiennent au même type de société que les dirigeants politiques. Mais le recours à la violence dans la pratique du pouvoir, dysfonctionnement des institutions, peut conduire au putsch.

Cet aspect a été abordé au cours d’un colloque international organisé, le 5 octobre 2016 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y ont notamment participé : Maggie Dwyer, Université d’Édimbourg ; Judith Verweijen, Université de Gand ; Marc-André Boisvert, Université d’East Anglia (Angleterre).

Mutineries militaires. Entre 1960 et 2014, quelque 60 mutineries se sont produites dans les pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, indique Maggie Dwyer. Définies comme des actes d’indiscipline collective sans rapport avec l’accession au pouvoir, elles ont en commun un malaise des soldats envers leurs supérieurs pour diverses raisons : insuffisances en matière de solde, d’administration et d’habillement, incompétence des chefs et décisions hâtives sur les effectifs, affectations et promotions. Par contre, la hiérarchie et l’organisation des armées sont bien acceptées. Même si chacune présente des aspects uniques dans le temps et les pays, les mutineries ressemblent aux mouvements sociaux du monde civil : détermination d’objectifs qui nécessitent planification et coordination ; prises d’otages ; occupation d’infrastructures stratégiques comme les centrales électriques, ports et aéroports ; usage des médias (radio et réseaux sociaux) pour attirer l’attention sur leur cause. Quoiqu’en majorité soucieux de stabiliser la situation sans violence, les mutins ne savent pas toujours la maîtriser, avec comme conséquence un nombre élevé de victimes. En Afrique de l’Ouest et du Centre, les mutins reprochent aux officiers supérieurs, qui disposent d’avantages économiques pour des raisons historiques, leur style de vie (luxe et belles demeures) et leur comportement, en contradiction avec les valeurs qu’ils devraient prôner. Nombre d’officiers supérieurs se considèrent comme une élite avec une organisation homogène dotée de privilèges dont ils abusent. Ainsi, au Burkina-Faso, certains faisaient entrer leurs fils dans les armées, quelles que soient leurs aptitudes ou qualifications. Mais depuis quelques années, les jeunes officiers ressentent un besoin profond de justice.

Réseaux clientélistes. Les liens, risqués, d’interdépendance entre forces armées et autorités politiques se manifestent notamment en République démocratique du Congo (RDC). Judith Verweijen cite à l’appui une étude de 1985 sur ses armées : « L’hégémonie et le pouvoir de l’État reposent sur la force militaire qu’il contrôle. Mais cette force n’est guère fiable en temps  de crise, car ses déprédations minent la crédibilité de l’État et ses caprices pourraient menacer l’État lui-même. » La chaîne de commandement peut être contournée par le cabinet présidentiel. Véritable archipel d’États, la RDC est régie par des réseaux, qui fonctionnent par coercition ou cooptation. Les autorités locales ou des groupes armés gèrent des régions entières de façon quasi autonome. Les troupes régulières comprenent : la Garde républicaine, chargée de la répression dans les zones critiques ; l’infanterie légère, formée à l’étranger, pour répondre aux menaces majeures ; la masse des troupes, mal équipées et déployées dans l’Est du pays pour y contenir les groupes armés et assurer un minimum de maintien de l’ordre. Pour conserver leur loyalisme, les autorités politiques procèdent à des restructurations fréquentes ou des rotations rapides de commandement. Ainsi, pour améliorer sa maigre solde (120 $/mois), un colonel va demander une affectation dans une zone lucrative, qui lui donne accès à des ressources supplémentaires, officielles ou officieuses. La haute hiérarchie militaire locale fait remonter les recettes des extractions minières ou des ressources agricoles vers la capitale Kinshasa, en prélevant sa dîme. Pour les soldats, qu’accompagne leur famille, les conditions de service se négocient, notamment les demandes de congé.  Toutefois, les réseaux parallèles peuvent influencer la hiérarchie. Selon Judith Verweijen, cette insécurité permanente maintient le statu quo, et bloque toute velléité de réforme.

Autopsie d’une défaillance. La crise au Mali (2012-2013) montre l’écroulement de la cohésion, de la discipline et de l’autorité au sein des forces armées, explique Marc-André Boisvert. Journaliste au Mali en 2013, il y a réalisé 70 interviews. L’armée régulière, perçue par la population du Nord du pays comme un corps expéditionnaire puis une troupe d’occupation, en a déjà perdu le contrôle lors de l’invasion de rebelles touaregs. Les autorités politiques n’avaient pas pris en compte les difficultés des soldats démoralisés, qui se sentaient isolés de l’État avec l’impression de ne pas faire partie de la même institution que leurs cadres. Le commandement militaire était miné par la corruption, surtout dans le Nord. Le recrutement et les plans de carrière reposaient sur les relations de clientélisme. Alors que les sous-officiers connaissaient leurs soldats et la situation sur le terrain, les officiers avaient été, pour la plupart, formés à l’étranger (France, Union soviétique ou Chine), avec un choc des cultures conséquent. Depuis l’indépendance en 1960, les forces armées ont fonctionné de façon empirique, sans véritable doctrine militaire. Sur le front, les combattants n’avaient pas eu le temps de bien se connaître, en raison des rotations fréquentes, d’un entraînement au jour le jour, des tensions entre unités et de la violence autour de la capitale Bamako. Le général Moussa Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État militaire puis renversé par un autre (1968-1991), l’a même théorisé, indique Marc-André Boisvert : « C’est une prise de conscience par les militaires qui ont compris qu’il faut une solution militaire et que leurs supérieurs ne pourront pas la gérer. (…)  Juste avant le coup d’État, il y  avait deux groupes distincts qui avaient compris que les politiques ne pouvaient pas gérer la crise ».

Loïc Salmon

Afrique : les armées, leur construction et leur rôle dans la formation de l’État

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise

Parmi les 218 officiers africains issus de l’École de formation des officiers du régime transitoire des troupes de marine (ex-d’outre-mer) entre 1956 et 1965, 81 ont occupé de hautes fonctions militaires ou civiles : chefs d’état-major, commandants des forces armées ou commandants de la gendarmerie, 22 ; préfets, 9 ; ambassadeurs, 8 ; ministres, 26 ; ministres de la Défense ; 5 ; chefs de l’État, 14. Parmi les 218 élèves sortis officiers, 1 est mort pour la France, 2 ont été tués au combat et 4 par accident. En outre, 13 ont été assassinés et 27 ont été impliqués dans des putschs militaires. Certaines promotions comptent des chefs d’État dans leurs rangs : celle du « Centenaire » (1956-1958), 1 colonel et 1 général au Dahomey (devenu Bénin) ; « N’Tchoréré » (1957-1959), 1 commandant au Dahomey , 1 général au Niger, 2 généraux au Tchad, 1 général à Madagascar et 1 colonel en Haute-Volta (devenue Burkina-Faso) ; « Communauté » (1958-1960), 1 général et 1 commandant au Dahomey ; « Monthermé » (1959-1961), 1 capitaine au Congo et 1 général au Mali ; « Saint-Exupéry » (1961-1964), 1 général au Niger et 1 général en République Centrafricaine.




Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

Renseignement et espionnage, fantasmés par le cinéma et la littérature, font partie des modes d’actions politiques, diplomatiques et militaires des États. Les acteurs de cette réalité complexe allient souvent travail minutieux et courage anonyme.

Mécanismes de ces guerres. Pour préparer la guerre, les États constituent des services de renseignement permanents dès la fin du  XIXème siècle. La première guerre mondiale développe cryptage et décryptage, transmissions, organisation et réseaux d’espionnage. Parallèlement, les gouvernements mettent en place censure, propagande et désinformation. La « guerre secrète » commence véritablement lors du second conflit mondial avec ses modes opératoires combinés : renseignement, opérations clandestines et déstabilisation. Elle dépasse les plans militaire et technique pour atteindre les domaines politique et idéologique, avec des services de renseignement et d’action adaptés. Dès 1934, Staline (1878-1953), président du Conseil des ministres de l’URSS, fonde le NKVD que son successeur Kroutchev (1894-1971) transforme en KGB en 1954. Churchill (1874-1985), Premier ministre britannique, crée le SOE en 1940, pour agir clandestinement en Europe occupée. Le général De Gaulle (1890-1970), chef de la France Libre, constitue le BCRA en 1940 puis le SDECE en 1945. Roosevelt (1982-1945), président des États-Unis, crée l’OSS en 1942. Truman (1884-1972), son successeur, fonde la CIA en 1947. Pendant la guerre froide (1947-1991), les blocs occidental et soviétique s’opposent dans un climat de tension extrême, mais leur guerre secrète, qui recourt à des moyens techniques aux technologies modernisées en permanence (ordinateurs et satellites), se substitue à un conflit ouvert. Dans ce contexte et pour servir les intérêts spécifiques de la France, notamment en Afrique, les présidents de la Vème République, De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand, ont voulu disposer de services de renseignement (SR) performants, dont l’action relève de leur « domaine réservé ». L’exposition présente aussi des entretiens filmés avec des personnalités qui ont décidé de l’organisation ou de la gestion des SR : le Premier ministre Rocard, (1986-1991), à l’origine de la Direction générale de la sécurité extérieure et interrogé le 16 janvier 2016 peu avant sa mort ; Balladur, Premier ministre (1993-1995) de « cohabitation » du président, socialiste, Mitterrand ; le Premier ministre Raffarin (2002-2005) ; le ministre de l’Intérieur (1988-1991) puis  de la Défense (1991-1993) Joxe, créateur de la Direction du renseignement militaire et du Commandement des opérations spéciales. Tous donnent leurs avis sur les SR, les raisons de leurs réformes et leurs rapports à la démocratie.

Le métier d’agent secret. Les agents de renseignement agissent à l’étranger dans la plus grande discrétion. S’ils sont démasqués, ceux sous statut diplomatique seront expulsés du pays d’accueil. En revanche, ceux qui y travaillent clandestinement risquent parfois leur vie. Les SR préparent les interventions des agents, civils ou militaires, mettent au point leurs matériels et analysent les informations recueillies. Les agents doivent surtout constituer un réseau de « sources », issues de milieux sociaux et professionnels divers mais avec un accès privilégié à certaines informations sensibles par leur travail ou leur entourage. Les motivations de ces  « sources » se résument par l’acronyme anglais « MICE » : Money, argent ; Ideology, patriotisme, convictions politiques ou religieuses ; Compromission, chantage (personnel ou familial), menaces ou tortures ; Ego, volonté de se mettre en avant, frustration de ne pas se voir reconnu. Le terme français « SANSOUCIS » y ajoute des nuances : Solitude, Argent, Nouveauté, Sexe, Orgueil, Utilité, Contrainte, Idéologie et Suffisance. La carrière des agents ne résulte pas toujours d’une vocation et leur parcours varie. Avant la seconde guerre mondiale, les armées forment les attachés militaires. Mais dès 1940, BCRA, SOE et OSS doivent former, pendant plusieurs mois, des volontaires, très souvent ignorants de la guerre secrète. En Grande-Bretagne, des écoles spéciales dispensent un entraînement physique avec sauts en parachute et cours de filature, sabotage codage et transmissions radio. Pendant la guerre froide, certains pays, dont les États-Unis et la France, en ouvrent également avec d’anciens agents comme instructeurs. La CIA recrute ses futurs agents au sein des universités. Dès 1952, dans une base secrète de l’État de Virginie, elle forme, aux opérations clandestines et à l’art du recrutement des « sources », ceux qui partiront à l’étranger. SOE et l’OSS disposent d’ateliers techniques pour doter les agents de moyens spécifiques à leurs missions clandestines, par exemple pistolets à silencieux ou cachés dans une cigarette ou un baton de rouge à lèvres, dagues dissimulées dans une chaussure ou une ceinture. A partir des années 1960, les SR américains, britanniques, français et soviétiques mettent au point appareils photos et enregistreurs camouflés en objets d’usage courant, pour la recherche et la transmission de documents sur de très petits supports.

De l’ombre à la lumière. Si les réussites restent souvent cachées, certains échecs s’étalent au grand jour, avec de graves conséquences. Quelques trahisons au profit de l’empire russe puis soviétique sont devenues célèbres : le colonel autrichien Redl en 1913 ; les Britanniques George Blake (1961) et les « 4 de Cambridge » (1979, le 5ème en 1990) ; le Français Georges Pâques (1963). En France, « l’affaire Farewell », avec l’expulsion de 47 diplomates soviétiques (1983), aura été précédée de « l’affaire Ben Barka » (1966) puis suivie de « l’affaire Greenpeace » (1985). Le mot de la fin revient à James Woolsey, directeur de la CIA (1993-1995) : « Nous avons combattu un gros dragon pendant 45 ans. Nous l’avons tué, puis nous nous sommes retrouvés dans une jungle pleine de serpents venimeux. »

Loïc Salmon

Guerres secrètes

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

Renseignement : recomposition des services au début de la guerre froide (1945-1955)

L’exposition « Guerres secrètes » (12 octobre 2016-29 janvier 2017), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente plus de 400 objets et documents d’archives du Second Empire (1852-1870) à la fin de la guerre froide (1991), prêtés notamment par :  la Direction générale de la sécurité extérieure, ex-SDECE dont un propulseur électrique sous-marin des années 1970  pour les nageurs de combat de son service action (photo) ; le Combined Military Museum, la British Library et le National Archives (Grande-Bretagne) ; le Service historique de la défense ; la Direction générale de la sécurité intérieure ; les Archives nationales ; le Mémorial de Caen ; le MM Park de La Wantzenau ; le Museum in der « Runden Ecke » (Leipzig) ; l’Alliermuseum (Berlin) ; EON Productions, (Londres), producteur des films de James Bond ; le musée Gaumont (Neuilly-sur-Seine), producteur des films OSS 117 ; Mandarin Production, producteur de la série télévisée « Au Service de la France ». Ont également été programmés des conférences en novembre 2016, des projections de films en novembre et décembre et des concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides jusqu’en janvier 2017. Renseignements : www.musee-armee.fr




Afrique : les armées, leur construction et leur rôle dans la formation de l’État

Le principe de neutralité politique et l’efficacité du dispositif constitutionnel de contrôle ont incité la plupart des forces armées africaines à se concentrer sur la défense et le développement économique de leur pays respectif.

Cette question a été traitée au cours d’un colloque organisé, le 5 octobre 2016 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y sont notamment intervenus : le professeur Michel-Louis Martin, Université Toulouse 1-Capitole ; Romain Tiquet, Université de Genève ; Arthur Banga, Université Houphouët-Boigny d’Abidjan ; Camille Évrard, Université de Toulouse Jean Jaurès.

Régimes « hybrides ». La participation aux opérations multilatérales de maintien de la paix a contribué au retour des militaires dans les casernes, explique le professeur Martin. Toutefois, le niveau de professionnalisme reste assez bas. Le poids géopolitique varie selon les pays, par suite de la faiblesse des effectifs disponibles et de l’influence de la culture locale. En outre, l’implication dans les opérations extérieures conduit, parfois, à instrumentaliser le règlement de conflits en vue d’atteindre d’autres objectifs. Cela affecte la dynamique interne en termes de grades, d’exacerbation de la frustration matérielle et d’indiscipline chronique de la troupe, souvent coupée de la hiérarchie. Certains groupes, à la fois soldats et rebelles, sont portés à la délinquance avec le risque de retombées à caractère politique. Le souvenir vivace des dictatures entretient un antimilitarisme latent parmi les élites civiles et une indifférence des médias vis-à-vis des militaires. Pour se préserver des putschs, certains chefs d’État recourent à des forces paramilitaires, dotées de privilèges économiques, politiques et ethniques. Les démocraties s’essoufflent et les régimes autoritaires se renforcent, estime le professeur Martin. Autrefois, la norme était européenne ou américaine. Aujourd’hui, la Russie, la Chine et le Qatar servent de modèles.

Service civique et développement. Rare exception parmi les pays africains, le Sénégal a connu des transitions politiques sans coup d’État. Selon Romain Tiquet, cela résulte de la bonne relation entre le premier président de la République, Léopold Sédar Senghor (1906-2001), et le commandant en chef des armées, le général Jean Alfred Diallo (1911-2006), qui lui est resté loyal lors de la tentative de coup d’État par le président du Conseil Mamadou Dia en 1962. Dans les années 1960, après l’indépendance et pour mobiliser intellectuellement et physiquement les jeunes de moins de 25 ans, majoritaires dans la population, un premier service civique se révèle trop onéreux. Un projet du ministre de la Jeunesse et des Sports n’aboutit pas. Pour lutter contre l’exode rural, le président Senghor décide de mobiliser les techniciens et les matériels des armées pour le développement du pays, créant ainsi un lien avec la nation. Le général Diallo lui propose de lancer un service civique pour les jeunes, régi par une discipline militaire avec salut matinal au drapeau. L’expérience est tentée en 1964 dans le village de Savoigne, entouré de 500 ha de terre cultivable, pour le transformer en coopérative autonome. Ces pionniers suivent aussi des cours d’alphabétisation. Les travaux se répartissent entre la construction de routes, bâtiments administratifs et puits et la culture du riz, de tomates, de  pommes de terre, d’ananas et de bananes. Un ingénieur agronome français, détaché à cet effet à Savoigne, instruit les 150 pionniers. Le général Diallo, qui a été colonel du génie dans l’armée française avant l’indépendance, se rend une fois par mois à Savoigne pour évaluer l’avancée des travaux d’infrastructures. Un pont de 110 m de long sera réalisé au-dessus de la rivière Lampsar et inauguré par le président Senghor en 1965. Mais l’expérience tourne court en 1966, car la formation agricole reste rudimentaire et l’argent manque. L’armée sénégalaise se désengage de Savoigne, qui devient autonome en 1967. Malgré son échec, l’expérience de Savoigne illustre le rôle des militaires dans le développement du pays, souligne Romain Tiquet.

Missions extramilitaires. Entre 1960 et 1970, le président de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny (1905-1993), souhaite transformer les forces armées en outil de développement et de formation des jeunes ruraux, pour éviter les dérives révolutionnaires ou communistes, explique Arthur Banga. Il fait appel à Israël pour pallier les hésitations de la France à envoyer ses militaires effectuer des travaux agricoles. Un service civique est incorporé à l’armée pour symboliser la prépondérance des tâches extramilitaires dans la défense du pays. La Côte d’Ivoire profite du « parapluie sécuritaire » français pour assurer sa défense extérieure. Toutefois, la réforme des armées françaises de 1964 entraîne une diminution drastique de leurs effectifs en Côte d’Ivoire, qui passent de 60.000 hommes en 1960 à moins de 7.000 en 1967. En conséquence, les armées africaines doivent prendre elles-mêmes en charge leur soutien logistique et accroître leur capacité opérationnelle.

Garde et armée nationales. Lors des indépendances en 1960, les États du Tchad, du Niger et de la Mauritanie doivent constituer des armées nationales homogènes, indique Camille Évrard. Leurs unités mobiles de maintien de l’ordre devront contrôler de vastes territoires à faible population, composée en majorité de nomades. Les transferts des responsabilités de la gendarmerie et des troupes d’outre-mer s’effectuent jusqu’en 1965. Des cadres français de l’assistance technique assurent le commandement des unités et corps nationaux en cas de manque d’officiers locaux. Les gardes méharistes,  employés comme plantons et aussi chargés des prisons, de la collecte de l’impôt et du maintien de l’ordre, se transforment en gardes nationaux ou républicains au statut « civilo-militaire ». Les « goumiers », qui ont pour missions le contact avec les populations nomades éloignées, la surveillance des frontières et le renseignement, sont intégrés aux armées nationales mais gardent leur appellation, très forte symboliquement. Les auxiliaires de gendarmerie au statut militaire deviennent des gendarmes à part entière, pour assurer la police administrative, judiciaire et économique, la prévôté dans les armées et le maintien de l’ordre.

Loïc Salmon

Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

L’École de formation des officiers du régime transitoire des troupes de marine (ex-d’outre-mer) aura formé 273 officiers en 8 promotions entre 1956 et 1965 : celle du « Centenaire » (1956-1958) avec 34 élèves ; « N’Tchoréré » (1957-1959), 34 ; celle de la « Communauté » (1958-1960), 24 ; « Monthermé » (1959-1961), 38 ; « Dji Robert » (1960-1962), 31 ; « Chasselay-Montluzin » (1961-1963), 41 ; « Saint-Exupéry » (1962-1964), 40 ; « Félix Éboué » (1963-1965), 31. Voici la répartition par pays : Sénégal, 55 ; Madagascar, 34 ; Burkina-Faso, 34 ; Bénin, 22 ; Mali, 22 ; Congo, 19 ; Tchad, 17 ; Côte d’Ivoire, 16 ; République Centrafricaine, 14 ; Niger, 11 ; Guinée, 11 ; Gabon, 7 ; Togo, 7 ; Mauritanie, 3 ; Comores, 1. Seulement 218 auront poursuivi une carrière militaire : 25,7 % comme officiers subalternes ; 59,2 % comme officiers supérieurs ; 15,1 % comme officiers généraux.