CEMA : durcissement et aggravation des conflits, évolution des missions

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Les armées françaises, en guerre dans les faits, sont confrontées à la progression des menaces du non droit et celles engendrées par les rapports de force entre les États. Telle est l’opinion du général Pierre de Villiers, leur chef d’état-major (CEMA), exprimée le 29 janvier 2016 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense. Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, commandités par Daech (« État islamique ») depuis la Syrie, ont confirmé l’étroitesse des liens entre la « défense de l’avant » (les opérations extérieures, Opex) et la protection du territoire national. Les risques terroristes se superposent aux flux migratoires vers l’Europe.

Rupture stratégique. La sécurité à l’intérieur des frontières étatiques n’existe plus et cette dégradation sécuritaire s’inscrit dans la durée, souligne le général de Villiers. En 2015, Daech a poursuivi l’occupation du territoire qu’il contrôle en Syrie et en Irak. Avec d’autres groupes radicaux, il a étendu son influence vers l’Afrique : consolidation en Libye avec risque de contamination géographique ; persistance du terrorisme de Boko Haram dans la région du lac Tchad. Son islamisme radical se propage dans la bande sahélo-saharienne, au Sinaï, au Yémen et dans la Corne de l’Afrique. Daech exerce une véritable fascination par sa propagande violente. Selon le CEMA, 500 candidats au djihad partent pour la Syrie chaque mois. Sur les 37.000 combattants étrangers ayant rejoint Daech depuis la proclamation du nouveau califat (29 juin 2014), 27.000 seraient encore en Irak ou en Syrie. Les modes d’action de Daech sont peu coûteux, aisément accessibles et se combinent au fanatisme et à l’idéal de mort : cyberattaques, engins explosifs improvisés, tireurs embusqués et attaques suicides. En Syrie, en Irak et en Libye, la terreur djihadiste met en scène viols, décapitations, tortures, crucifixions publiques et esclavage des femmes, en vue d’un anéantissement soudain des fonctions vitales du « candidat au martyr » sous l’effet d’un choc émotionnel intense. Par ailleurs en 2015, des États aux capacités mondiales et régionales ont démontré leur puissance : gel de la situation en Ukraine et engagement militaire de la Russie en Syrie ; l’Iran, redevenu fréquentable avec l’accord nucléaire de Vienne ; revendications de la Chine ; attitude provocatrice de la Corée du Nord.

Guerre « mondialisée ». Le mode opératoire et les armes utilisées lors des attentats sur le sol national en 2015 sont identiques à ceux des récentes Opex (Afghanistan, Mali et Irak). Pour gagner cette nouvelle guerre, estime le CEMA, il faut maintenir un modèle complet d’armée pour couvrir tout le spectre des menaces, avec un budget correspondant à 2 % du produit intérieur brut de la France. La volonté politique s’exprime à travers la chaîne décisionnelle, qui produit des effets sur le terrain en quelques heures. La stratégie d’action doit mettre en cohérence les objectifs militaires avec les visées politiques, car gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix, souligne le général. L’action doit s’inscrire dans le temps long, à savoir accepter d’attendre pour récolter les fruits de l’action. Parmi les 200.000 militaires français, près de 41.000 sont en posture opérationnelle : dissuasion nucléaire aérienne et océanique ; opération extérieure ou intérieure ; forces de présence ou de souveraineté ; protection des emprises militaires. Les autres assurent les formations, la surveillance et le contrôle de l’espace aérien et des approches maritimes, le renseignement et la cyberdéfense.

Loïc Salmon

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