Armée de Terre : faire face à toutes menaces, ici et là-bas

Posture dynamique sur le territoire national et recherche de l’innovation dans les engagements de haute intensité sur les théâtres d’opération extérieurs.

Cette vision pour l’armée de Terre a été exposée par son chef d’état-major, le général Jean-Pierre Bosser, lors de sa présentation, le 19 octobre 2017 à Satory (banlieue parisienne), devant les officiers stagiaires de l’Ecole de Guerre, les auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale et la presse.

La 3ème Division à l’honneur. Vedette de cette journée de présentation, la 3ème Division fournit des unités entraînées aux 2 division de l’armée de Terre (AdT). Elle comprend 3 brigades (parachutiste, blindée et légère blindée) et 3 régiments organiques des forces terrestres (cavalerie, génie d’appui et artillerie). Son état-major, basé à Marseille, constitue un centre expert de décision et d’exécution pour la préparation à l’engagement opérationnel et la génération de forces. Les équipements de ses unités seront renouvelés par les systèmes d’armes du programme Scorpion. Sa démonstration du 19 octobre 2017 s’est articulée autour de deux présentations de combat aéroterrestre. La première a mis en valeur les actions menées, contre un ennemi asymétrique, par une approche globale de résolution de conflit dans le cadre d’un partenariat avec un pays ami menacé. Cette approche inclut : l’assistance militaire opérationnelle ; la neutralisation de groupes armés ennemis par les forces spéciales ; les opérations militaires d’influence ; la reconnaissance d’un axe pour un convoi logistique et la réaction à une attaque par engin explosif improvisé. La seconde présentation a montré l’action de l’AdT dans un conflit de haute intensité. Sa capacité porte sur : l’identification de la menace ; le renseignement sur l’ennemi ; la préparation à l’engagement ; l’évaluation de l’ennemi sur le terrain ; l’ouverture du feu dès le contact.

Les impératifs d’une ambition. Conformément à l’objectif fixé par le président de la République de devenir les premières en Europe, les armées françaises verront leur budget augmenter de 1,8 Md€ en 2018, puis de 1,7 Md€ par an jusqu’en 2022, en vue d’atteindre 2 % du produit intérieur brut en 2025. Selon le général Bosser, cela implique, pour l’AdT, de maintenir son modèle complet, ou presque, en vue d’intervenir seule en premier et affronter un ennemi conventionnel, hybride ou irrégulier. Cela exige de la « masse » pour durer, pourvoir renouveler hommes, munitions et équipements et enfin de créer un effet d’entraînement vis-à-vis des armées partenaires. Suffisamment aguerris, les soldats français devront combiner haute technologie et rusticité, continuer à combattre malgré les pertes et accepter de payer le prix du sang. La possession des équipements les plus modernes assurera une meilleure protection, permettra de pratiquer un combat interarmes « infovalorisé » (échange automatique des flux massifs d’informations entre systèmes d’armes) et garantira de rester dans la course à l’innovation. S’y ajoute la capacité à constituer ou soutenir une coopération, en la dirigeant ou en lui apportant un concours. De plus, permettre aux soldats et à leurs familles de vivre et travailler dans de bonnes conditions préservera l’attractivité du métier des armes. Par ailleurs, constate le général Bosser, l’adversaire durcit ses modes d’action et les conflictualités se diversifient. Les forces terrestres subissent un étalement, lié au nombre, à la dispersion et aux élongations des théâtres d’opérations, provoquant des tensions sur les hommes, les compétences et les équipements. De plus, la perception des faits l’emporte de plus en plus sur leur réalité, à savoir l’influence des émotions, idéologies et croyances personnelles sur l’opinion publique. Il s’agit donc, à tous les niveaux de responsabilité, de vaincre et de convaincre, souligne le chef d’état-major de l’AdT. Celle-ci doit retrouver, en 2018, son niveau d’entraînement d’avant les attentats de 2015, qui ont déclenché son redéploiement sur le territoire national pour en renforcer la sécurité. La reprise de la préparation opérationnelle interarmes, amorcée en 2017, sera amplifiée en 2018. En matière d’équipements, le projet MCO-T 2025 (maintien en condition opérationnelle Terre à l’horizon 2025) va séparer l’entretien opérationnel, au plus près des forces, de la maintenance industrielle pour produire simultanément du potentiel et de la disponibilité. L’Adt devra recruter du personnel civil et dégager des financements pour confier davantage de maintenance aux entreprises privées.

Les ressources humaines. L’AdT devra aussi recruter des personnels, développer leurs compétences puis les fidéliser. En 2017, l’Adt, qui constitue 42 % de l’effectif total des forces armées, compte : 75 officiers généraux ; 11.000 officiers ; 31.000 sous-officiers ; 56.000 militaires du rang ; 19.000 réservistes opérationnels ; 8.200 civils. Elle emploie surtout des personnels sous contrat dans 400 métiers : 74 % parmi les militaires, dont 100 % chez ceux du rang. Sa moyenne d’âge se situe à 33 ans : 40 ans pour les officiers ; 38 ans pour les sous-officiers ; 28 ans pour les soldats. L’AdT encourage la promotion interne avec environ 50 % des officiers et sous-officiers sortis du rang. Enfin, son chef d’état-major souhaite redonner ses lettres de noblesse à l’Ecole de Guerre, définir le rôle et la place du renseignement de niveau tactique, structurer l’aguerrissement et rénover la doctrine de la cynotechnie.

La protection du territoire national. Créé en juin 2016, le Commandement Terre pour le territoire national (Com TN) a pour mission d’optimiser l’engagement de l’AdT en soutien à l’action de l’Etat, en métropole et outre-mer, dans un cadre interarmées et interministériel. Ainsi, en cas de crise, le préfet de département, directeur des opérations, la gère avec les forces de sécurité intérieure. En cas de besoin, il demande des renforts militaires au préfet de zone de défense et de sécurité. Ce dernier et l’officier général de zone de défense et de sécurité formulent une demande de concours ou une réquisition de capacités militaires. Puis le chef d’état-major des armées décide le déclenchement d’une opération ou d’une mission intérieure et la mise à disposition de moyens. L’AdT fournit alors des capacités militaires à la chaîne opérationnelle, afin de produire l’effet nécessaire à la résolution de la crise. Le Com TN se trouve ainsi en mesure de renforcer les structures de commandement opérationnel de crise.

Loïc Salmon

Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable

En 2017, l’armée de Terre regroupe : 106.000 personnels, dont 10 % de femmes ; une force projetable de 77.000 militaires ; 2 divisions de combat (1 en préparation opérationnelle et 1 en opération extérieure ou intérieure) de 7 brigades interarmes, dont la Brigade franco-allemande, et 1 brigade d’aérocombat. Elle est équipée de : 225 chars Leclerc ; 250 chars médians ; 3.300 véhicules blindés multi-rôles et de combat d’infanterie ; 160 hélicoptères de reconnaissance, d’attaque et d’appui ; 126 hélicoptères de manœuvre ; 25 drones tactiques ; 109 canons de 155 mm ; 863 porteurs polyvalents tactiques ; 93.080 fusils d’assaut HK416, livrés à partir de 2017 pour remplacer les Famas. Son budget se monte à 8,6 Mds€ contre 32,7 Mds€ pour celui de la Défense, inclus dans celui de l’Etat (322,4 Mds€).




Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Les armées doivent protéger le territoire national, répondre à une crise dans le voisinage proche, conserver l’ascendant sur tout adversaire non étatique, réagir à une confrontation avec un Etat.

Ces missions, complémentaires de la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et océanique, ont été définies dans le document « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 », rendu public le 13 octobre 2017 par le ministère des Armées pour préparer une nouvelle loi de programmation militaire.

Protection. Le territoire national sera mieux protégé par : la modernisation du réseau radar de surveillance maritime Spationav ; la couverture radar 3D de l’espace aérien ; la posture de protection terrestre avec capacité à opérer en milieu nucléaire, radiologique, biologique ou chimique. Les capacités de détection et de neutralisation des drones aériens ainsi que la protection des équipements et des personnels seront développées. Elles complèteront la modernisation des systèmes sol-air, des hélicoptères légers et des moyens navals, sous-marins et aéromaritimes.

Adaptation et coopérations. Sous très faible préavis, les armées doivent pouvoir intervenir simultanément sur des théâtres d’opérations dispersés. La durée variable des engagements nécessite une masse critique suffisante de forces disponibles (hommes, équipements et stocks). Cette capacité repose sur une base industrielle et technologique de défense, qui requiert la participation des armées à des tâches associées à l’exportation. Sur le plan opérationnel, les armées doivent : acquérir et conserver la supériorité au combat dans tous les milieux ; frapper dans la profondeur ; acheminer les moyens en urgence sur un théâtre durci et les protéger contre les menaces conventionnelles ; être mobiles au sein du théâtre ; fournir les appuis feu au contact de l’adversaire ; mener des opérations amphibies, aéroportées, en zone urbaine, montagne, désert ou jungle ; extraire du personnel en milieu hostile. Toutefois, agir de façon autonome dans n’importe quel contexte et détenir toutes les aptitudes au plus haut niveau de performance ou de masse ne semblent guère possibles aujourd’hui. Mais le renoncement, même temporaire, à une aptitude opérationnelle entraîne un risque de perte définitive de certaines compétences. Par ailleurs, faute de capacités suffisantes, la complexité de certaines missions nécessite des partenariats, une fois les conditions politiques réunies. En coalition, l’interopérabilité implique des normes communes, techniques pour les systèmes de commandement et équipements majeurs, mais aussi en matière de concepts, doctrines, tactiques et procédures. Parfois, la France doit pouvoir fournir des capacités discriminantes et un volume de forces significatif pour jouer le rôle de « nation cadre » pour des actions relevant d’aptitudes militaires à haute valeur ajoutée : planification ; génération de forces, commandement et contrôle d’une opération. Dans le cadre de l’OTAN, elle doit fournir les capacités nécessaires au commandement d’une petite opération commune (SJO en anglais) et d’une composante pour une grande opération commune (MJO). Elle participe à la définition des normes OTAN sur l’interopérabilité des matériels et le contrôle politique des nations sur les capacités communes essentielles.

Renseignement. Il s’agit d’investir dans tout le spectre : humain, électromagnétique, radar, optique et numérique. Les plates-formes, capteurs et modes de recueil seront diversifiés : aéronefs habités ; drones ; unités navales ; moyens spatiaux. Leur complémentarité doit permettre l’accès à des cibles liées à tout type de menaces. Pour accélérer les prises de décisions, une meilleure interconnexion entre les différents systèmes améliorera et intégrera des traitements automatisés d’exploitation et d’analyse, intelligence artificielle et « big data » compris. La vulnérabilité croissante des moyens de commandement et de surveillance nécessite de sécuriser les moyens spatiaux et la conduite des opérations en augmentant, notamment, le niveau de protection et de résilience des futurs satellites Syracuse 4. En outre, la capacité d’alerte avancée permettra de mieux identifier une menace balistique, en déterminant l’origine d’un tir et l’évaluation de la zone ciblée.

Systèmes de commandement. L’amélioration de l’homogénéité et de l’interopérabilité des systèmes facilitera l’engagement sur un théâtre avec les Etats membres de l’OTAN et des pays partenaires de circonstance. La boucle décisionnelle sera accélérée par le partage de l’information, tout en en gardant la maîtrise dans le risque cyber. Entrer en premier. Face aux systèmes défensifs de haute technologie et aux capacités adverses de déni d’accès dans les milieux physiques et immatériels, il s’agit de disposer de la capacité de passer outre et de réduire le niveau de la menace, en vue d’y conduire des opérations militaires. Au préalable, celles-ci exigent la supériorité aérienne pour conférer la liberté d’action nécessaire aux forces terrestres et navales. La frappe des centres de gravité ennemis dans la profondeur du théâtre nécessite de pouvoir opérer depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres ou depuis la mer par le groupe aéronaval. L’allonge des systèmes d’armes augmentera avec la combinaison entre avions ravitailleurs et armements. La capacité de projection de puissance sera accrue par les missiles de croisière : navals ; aéroportés rénovés ; antinavires à développer avec la Grande-Bretagne. Les capacités des forces spéciales seront renforcées en termes de projection et de mobilité. Les opérations dans l’espace numérique jusqu’au niveau tactique, intégrées à la chaîne de planification et de conduite des opérations militaires, exploiteront la numérisation croissante des adversaires, étatiques ou non.

Combat terrestre futur. Le programme Scorpion de l’armée de Terre permettra d’augmenter la puissance et l’agilité des unités engagées. L’armement des drones aériens apportera une capacité de réaction adaptée à des adversaires plus fugaces et à des espaces étendus. Le successeur du char Leclerc et le futur système d’artillerie seront étudiés en coopération avec l’Allemagne.

Loïc Salmon

La France a souscrit des engagements contraignants dans le cadre du Traité sur l’Union européenne de 2009 (TUE) et du Traité de Washington de 1949. L’article 42.7 du TUE précise : « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations Unies ». Le TUE rappelle que « les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Selon le Traité de Washington, la France doit « assister la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, telle action (jugée) nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ».




Garde nationale : convention avec le Barreau de Paris

Le ministère de Armées et l’Ordre des avocats de Paris, membre de l’Association nationale de croix de guerre et de la valeur militaire, ont signé, le 20 novembre 2017 à Paris, une charte d’engagements réciproques.

Besoin et motivation. Le ministère était représenté par le secrétaire général de la Garde nationale, le général de division Gaëtan Poncelin de Raucourt (à gauche sur la photo) et l’Ordre des avocats de Paris par son Bâtonnier, Maître Frédéric Sicard (à droite). Le premier a souligné la demande d’appui juridique dans les régiments et le second la réelle motivation de la part des avocats et le soutien juridique effectif qu’ils peuvent apporter aux militaires et à leur famille. Parmi les dix articles de la convention, figure notamment l’engagement « à promouvoir, faciliter et encadrer l’engagement des avocats du Barreau de Paris qui souhaitent, à titre personnel, appartenir à la réserve en travaillant de concert dans un climat de confiance et dans un esprit de dialogue continu. » En outre, les signataires « reconnaissent l’apport particulier des avocats à l’esprit de défense et au lien Armée-Nation, encouragent les réservistes à déclarer leur activité à leur ordre professionnel et souhaitent ainsi valoriser l’engagement dans la réserve sur le plan professionnel auprès des cabinets. » Un délégué de l’Ordre, chargé de la défense, sera le correspondant des forces armées et de sécurité. Dans la mesure du possible, l’Ecole de formation du barreau veillera à aménager le temps de formation des élèves-avocats, afin qu’il soit compatible avec un engagement dans la réserve. Des formations communes à la Garde nationale et à l’Ordre des avocats de Paris seront mises en place, dès le début et tout au long de la carrière. Les signataires se réuniront au moins une fois tous les six mois pour assurer le suivi des travaux et amplifier les engagements de la charte.

La Garde nationale. Créée à la suite des attentats terroristes de 2015 à Paris, la Garde nationale regroupe les volontaires servant au titre d’un contrat d’engagement dans la réserve opérationnelle des forces armées et des formations rattachées ainsi que les volontaires de la réserve civile de la Police nationale. Elle permet à tout citoyen volontaire de consacrer une partie de son temps, personnel ou professionnel, pour concourir, éventuellement par les armes, à la défense et à la sécurité de la population et du territoire national.

Le Barreau de Paris. L’Ordre des avocats de Paris est titulaire des croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945. Il compte environ 29.000 membres et forme 1.200 élèves-avocats par an. Personne morale de droit privé et investie d’une mission de service public, l’Ordre accompagne les avocats dans tous les événements de leur exercice professionnel. Il régule les relations entre les avocats et leurs clients et rend tous les arbitrages. Il surveille le respect des règles déontologiques et assure la discipline. Aux côtés de la Carpa (Caisse des règlements pécuniaires des avocats), l’Ordre permet à la profession d’assurer ses missions d’intérêt général de l’accès à la justice et de l’accès au droit pour tous. Il représente la profession d’avocat à Paris pour défendre l’intérêt collectif des avocats et des citoyens, traiter toute question intéressant le droit et la justice et représenter la place de Paris en tant que capitale historique et principale du droit dans le monde. L’Ordre et la Carpa mutualisent leurs moyens mis à la disposition des avocats : logistique ; documentation ; systèmes d’information ; formation continue ; finances ; assurance.

Loïc Salmon

Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles

Les réservistes à l’honneur




Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

L’intelligence artificielle, appliquée aux systèmes d’armes, va transformer la conduite des opérations et obliger à repenser les doctrines. Son emploi dans les unités robotisées permettra d’exclure les soldats des zones meurtrières de combat immédiat.

L’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé, le 4 octobre 2017 à Paris, un colloque sur ce sujet, auquel ont participé des experts et de hauts responsables dans les domaines du numérique et du renseignement. Par ailleurs, une exposition au musée de l’Armée à Paris (12 octobre 2017-28 janvier 2018) évoque l’évolution du combattant futur (2010-2040).

Le théâtre d’opérations de demain. La connaissance de l’environnement tactique sera accrue par la mise en réseau de données de capteurs et d’images et l’extension, par l’emploi de robots, de la zone contrôlée par une unité, explique un expert du numérique. Le soldat sera ainsi mieux renseigné sur les intentions de son chef qui, lui, en saura davantage sur les capacités physiologiques de son unité (niveaux de fatigue et d’attention). Déjà, pour pallier les contraintes relatives à des systèmes plus performants, mais aussi plus complexes, l’interface avec le combattant reste simple et lui laisse les mains libres quand il communique. A terme, l’aide à la décision sera renforcée par : des traductions simultanées dans le dialecte local ; la consultation de bases de données externes, dûment validées, stockées et sécurisées à distance pour faciliter la détection et l’identification de cibles, notamment par la reconnaissance faciale. Tout cela implique un entraînement intensif sur simulateur.

Les ruptures technologiques. A l’horizon 2040, l’équipement du soldat devrait évoluer dans la continuité de celui de 2010 (voir encadré) ou bien connaître de véritables mutations, selon une hypothèse présentée à l’exposition « Dans la peau d’un soldat » du musée de l’Armée. Ainsi, le casque intégral avec interface cerveau/ordinateur permettrait : l’assistance à la décision ; la réduction du stress en temps réel ; la détection et l’analyse d’images, de sons, de signaux radar, de traces d’explosifs et de risques nucléaires, bactériologiques et chimiques ; la prise en compte de cibles multiples par l’intelligence artificielle ; l’interface de gestion de drones aériens et terrestres ; les commandes par le regard et la pensée ; l’intégration d’un filtre et d’un respirateur. Des sous modules de communication pourraient intégrer la collecte de renseignements par l’analyse de tous les réseaux (téléphone, internet, radio et satellite). Le fusil électromagnétique utiliserait des électro-aimants pour tirer à plusieurs kilomètres des projectiles spécifiques contre les personnels, les matériels ou les systèmes électroniques. Des « cyber armes » consisteraient en : brouilleurs de réseaux ; aspirateurs de données ; leurres numériques ; grenades contre les systèmes électroniques ; un couteau/outil multifonctions. Un système d’intégrité verrouillerait les autres systèmes par l’identification d’ADN ou l’analyse biométrique et pourrait s’autodétruire, s’il n’est pas employé par son propriétaire. Une armure connectée avec un exosquelette intégré, qui permet de marcher ou d’agir même avec un membre brisé, disposerait d’un camouflage adaptable, dynamique et « intelligent ». L’armure emporterait : un « fluide/pâte balistique » et des plaques en graphène (matériau 200 fois plus solide et 6 fois plus léger que l’acier) ; des équipements pour la surveillance des fonctions vitales ou secondaires, l’autodiagnostic des blessures, l’arrêt des hémorragies et l’injection d’antalgiques en cas de blessure ; un système anti-déshydratation. Les chaussures seraient munies de semelles avec un dispositif adhésif pour faciliter l’escalade et le franchissement. Elles emporteraient aussi un système « piézoélectrique » (production d’électricité par contrainte mécanique) pour alimenter les batteries des systèmes. Des modifications cybernétiques (implants) ou même génétiques augmenteraient les capacités physiques et mentales des combattants. Ces derniers seraient accompagnés de robots androïdes de combat, dotés d’une intelligence artificielle. Autour d’eux, des drones terrestres et aériens armés pourraient fonctionner en « ruches », produire d’autres drones ou se combiner entre eux.

La future puissance stratégique. L’intelligence artificielle (IA) accélère la convergence entre nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (mécanismes de la pensée humaine et animale). Selon un expert du numérique, l’IA des systèmes armés nécessite un entraînement de systèmes d’apprentissage automatisés à partir de très grands volumes de données, susceptibles d’être manipulées ou détournées. La cybersécurité devra pouvoir détecter les structures de données fictives destinées à tromper les systèmes d’apprentissage. Les Etats-Unis, la Russie et la Chine considèrent déjà l’IA comme le vecteur de la puissance stratégique. Ils se sont déjà lancés dans la course aux systèmes d’armes robotisées, plus ou moins autonomes, à déployer sur les théâtres de conflit. La Russie exclut l’homme du combat en première ligne. En conséquence, elle a déjà développé sa robotique militaire : unité de combat Platform-M ; sentinelle Volk-2 ; démineur Ouran-6 ; engin Argo, équipé d’une mitrailleuse et de grenades ; tireur Strelok ; char T-14 Armata à tourelle automatisée ; système armé autonome Kalachnikov. La Chine, qui souhaite devenir la première puissance en robotique, n’a communiqué que sur un petit destructeur d’engins explosifs. Les Etats-Unis investissent dans les secteurs où l’IA est déterminante : armements hypersoniques ; armes à énergie dirigée ; domaine sous-marin ; développement de l’autonomie ; reconquête de la supériorité dans le domaine électromagnétique contre la menace protéiforme ; lutte informatique. La Marine et l’agence d’armement Darpa ont lancé le programme Sea Hunter, navire autonome de lutte anti-sous-marine, capable d’évoluer pendant plusieurs mois sur des milliers de kilomètres, tout en respectant les règles de la navigation internationale. La Corée du Sud a mis en œuvre le robot armé sentinelle SGR A1 à la frontière avec celle du Nord. Israël développe le robot armé Dogo pour le combat rapproché et les opérations antiterroristes.

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

Dans le système FELIN (Fantassin à Equipements et Liaisons INtégrés) entré en service en 2010, le soldat français est coiffé d’un casque avec « coque balistique » anti-éclat pour : transmettre des sons à l’oreille interne par les os du crâne ; fixer des optiques de vision nocturne pour visualiser les images et informations captées par la lunette de l’arme (visée déportée). Dans son gilet électronique, il emporte des batteries, un boîtier calculateur, une radio, un système GPS, une gourde souple et des munitions. Son fusil d’assaut Famas FELIN, qui peut recevoir une baïonnette, est équipé d’une lunette multifonctions pour le tir de jour jusqu’à 600 m et de nuit jusqu’à 300 m. Il peut renvoyer l’image de visée de l’arme vers le casque (visée déportée), effectuer des prises d’images et les transmettre à sa hiérarchie. Une interface sur la poignée avant permet de piloter la lunette et d’accéder à la radio.




Dans la peau d’un soldat

La vie quotidienne du soldat évolue lentement au fil du temps, alors qu’armes, équipements et techniques de la guerre connaissent des mutations.

Les objets de son univers, d’abord outils de survie, deviennent des compagnons intimes et rassurants. Son vêtement, uniforme et coloré à partir du XVIIème siècle, perd son utilité d’identification et de différenciation après l’invention de la poudre sans fumée (1884), au profit de tenues plus neutres pour se camoufler. Celle dite « léopard » des parachutistes français des guerres d’Indochine et d’Algérie, interdite en métropole après le putsch des généraux d’Alger (1961), réapparaît lors de la guerre du Golfe (1991) avec des variantes pour les théâtres européens. Protégé par son casque, sa cuirasse et son bouclier, le légionnaire romain sait se servir de toutes les armes existantes. Son éthique inclut le courage, le service de l’Etat et l’obéissance (« disciplina »). Au début du Moyen-Age, le guerrier, barbare, lié par la fidélité à son clan, lui doit un service militaire gratuit. Pendant la féodalité, la guerre devient l’affaire du cavalier noble, titulaire d’un fief en échange du service « d’ost » à son suzerain. Les charges de chevaliers à la lance couchée sous le bras, avec des montures spécialement dressées, en démultiplie la puissance. Ce dispositif reste au cœur de la tactique jusqu’au milieu du XVIème siècle. Les autorités politiques créent alors une « intendance » pour assurer leur subsistance et renouveler leurs armements et chevaux pendant la durée des opérations. Parallèlement, une administration dédiée veille au bon emploi des deniers du prince. Après la disparition de la chevalerie française à Azincourt, l’ordonnance royale de 1445 instaure la solde permanente. Progressivement, s’inspirant du modèle des piquiers suisses, l’infanterie et sa tactique s’imposent au détriment de la cavalerie. Le soldat ne dépend plus d’une maison noble, il vit et combat au milieu de son unité et de ses compagnons d’armes, ses égaux. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, il ne connaît que le capitaine de sa compagnie, qui l’entretient, et le roi auquel il est personnellement lié par un engagement volontaire. Il apprend son métier pendant les campagnes par les exercices répétés et mécaniques de gestes et de mouvements. La discipline progresse et la désertion diminue, car les conditions de vie du soldat s’améliorent. Au XIXème siècle, à partir de la guerre de Sécession américaine, la logistique devient essentielle. Le chemin de fer devient un avantage militaire, même si le soldat continue de se déplacer souvent à pied ! Pendant la première guerre mondiale, les véhicules automobiles acheminent les troupes fraîches au front et en ramènent les blessés et les unités relevées. Au cours de la seconde, 20.000 véhicules de tous types débarquent en Normandie le 6 juin 1944. Dans le camp retranché de Dien Bien Phu (1954), la destruction des pistes d’atterrissage a interrompu l’évacuation des blessés graves. Aujourd’hui, dans toute opération extérieure, la conjonction des transports automobiles et aériens permet de les rapatrier en quelques heures. Avec les affrontements dits « asymétriques, le « front » n’existe plus. L’environnement, simplement hostile, peut se transformer en champ de bataille en quelques secondes. Tout soldat, quelle que soit sa spécialité, redevient un combattant. Le soldat de demain, « augmenté » et hyper protégé, devra quand même conserver un visage et une identité vis-à-vis des populations civiles et de ses compagnons d’armes.

Loïc Salmon

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat et la putain

 

« Dans la peau d’un soldat », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 256 p., 350 illustrations, 35 €




Qatar, vérités interdites

Grâce à ses réserves de gaz et sa position stratégique au sein du Moyen-Orient, le Qatar a acquis une stature internationale, mais qui reste fragile pour des raisons intrinsèques.

Depuis son émancipation de la tutelle britannique en 1971, ses deux premiers souverains successifs tentent de moderniser l’émirat, tout en respectant les traditions ancestrales. La société est façonnée par les descendants des rusés bédouins, vivant d’élevage et de rapines, et des pêcheurs de perles, durs au travail et aptes au négoce. Aujourd’hui, les premiers, indolents et conservateurs, ne songent qu’à la réussite sociale et son pouvoir induit, acquis par héritage familial ou tribal. Les seconds, progressistes et ouverts sur l’Occident, comptent sur leur travail pour y parvenir. Malgré leur mépris réciproque, tous présentent deux points communs : un nationalisme exacerbé et un islam un peu moins rigoureux que le wahhabisme saoudien. En effet, les femmes ne sont pas obligées de porter le voile, peuvent divorcer, travailler (80 % des effectifs des filières de communication et la culture) et exercer des responsabilités importantes. La plupart des Qataris, ayant étudié aux Etats-Unis ou en Europe, reviennent quelques années plus tard dans un pays qu’ils ne reconnaissent pas. La généreuse redistribution de la rente gazière à la population n’incite guère à occuper un emploi, considéré comme une déchéance sociale. A ces 300.000 autochtones, s’ajoutent environ 2 millions d’expatriés, affectés à certaines tâches selon leur nationalité : ménage pour les Philippin (e)s ; gestion hôtelière subalterne pour les Indiens ; sécurité pour les Népalais ; chantiers de construction pour les Pakistanais ; postes d’ingénieurs, de techniciens de haut niveau et de cadres supérieurs pour les Occidentaux. Ces derniers, chargés de former des jeunes Qataris à diriger des équipes dans le cadre du plan de développement « Qatar 2030 », se heurtent à leur manque de motivation et à leur susceptibilité. Les coopérants militaires rencontrent les mêmes difficultés avec les officiers, difficiles à gérer et qui ont beaucoup de mal à se concentrer, sauf ceux formés à l’étranger. Les équipements militaires, ultra-modernes, s’abîment et vieillissent plus ou moins bien, en raison de la rudesse du climat et du manque de suivi de leur entretien. Pour sa défense, le Qatar s’en remet aux Etats-Unis, qui disposent de la base d’Al-Uyeded (10.000 GI’s) et de la Vème Flotte en permanence dans le golfe Arabo-Persique. La coopération se maintient, malgré l’ingérence de l’émirat dans la guerre civile en Syrie et son soutien à l’organisation terroriste Al-Nosra, filiale d’Al-Qaïda. S’estimant menacé par les guerres incessantes au Moyen-Orient, le Qatar pratique une diplomatie tous azimuts. Il soutient la confrérie des Frères musulmans, considérée comme terroriste en Egypte et aux Emirats arabes unis, et le Hamas dans la bande de Gaza. Des familles qataries ont financé des agents recruteurs pour Daech. Par ailleurs, le Qatar partage l’exploitation du vaste gisement de gaz de North Dome avec l’Iran. Ce dernier a ainsi pu contourner les sanctions internationales à son encontre, grâce aux grands commerçants qataris d’origine iranienne. La modernisation de l’Iran dans les années 1960 reste un modèle pour le Qatar, conscient d’un basculement possible de la politique américaine. En conséquence, il investit en Europe, Asie et Afrique pour devenir incontournable sur les plans économique et diplomatique.

Loïc Salmon

L‘Égypte en révolutions

Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

Iran : retour difficile sur la scène internationale

« Qatar, vérités interdites », par Emmanuel Razavi. Éditions L’Artilleur, 198 pages, 17 €




Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat consacre seulement 5 % de son temps au combat et il l’attend longtemps. Il doit s’y préparer par une formation continue, s’entraîner en permanence et subvenir à ses besoins dans un environnement souvent hostile.

24 h de la vie d’un soldat. Le rythme des déplacements détermine le confort nocturne. La légion romaine bâtit son camp, protégé par des palissades, pour la nuit que les soldats passent sous des tentes de cuir. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, le camp d’une armée en campagne, où hommes et animaux dorment sur la paille, constitue une véritable ville avec ses tentes, échoppes et cabanes. La vitesse des armées napoléoniennes nécessite de dormir dehors ou dans les granges croisées à l’étape. Les veillées autour d’un feu entretiennent la cohésion de l’unité, avant l’affrontement avec l’ennemi. Le lit pliant généralisé apparaît sous le Second Empire. Aujourd’hui, dans les opérations extérieures en pays chauds, le soldat reçoit aussi une moustiquaire. L’hygiène corporelle reste très rudimentaire jusqu’à la fin du XIXème siècle. Il s’ensuit une prolifération des maladies, principales causes de mortalité dans les armées. Pendant la première guerre mondiale, les « poilus » français des tranchées doivent vivre dans la boue et la saleté forcée. Mais dans l’armée impériale allemande, des officiers de santé s’occupent des troupes sur les plans hygiénique et prophylactique. La coupe de cheveux, très courte, facilite la prévention des infections par les poux ainsi que le port d’équipements spéciaux, comme le casque et le masque à gaz. Pendant la seconde guerre mondiale, l’intendance américaine fournit des trousses de toilette complètes aux soldats américains et français de l’armée de Libération. Du Moyen-Age à la seconde moitié du XVIIème siècle, les soldats, vêtus comme les civils mais souvent de loques, pillent ou dépouillent des cadavres après les combats, pour se procurer souliers et vêtements. Suite à l’essor des grandes nations centralisées et aux réorganisations des armées aux effectifs accrus, les Etats définissent et financent les uniformes, entraînant une chaîne de production et la fonte de l’individualité du soldat dans l’anonymat de l’institution militaire. Toutefois, couleurs, symboles et vêtements identifient les troupes de près et de loin et en renforcent le sentiment d’appartenance. Par la suite, sur les champs de bataille, les uniformes feront place aux « tenues de combat », moins voyantes, jusqu’à celle de 2010 en tissu anti-déchirure et qui s’adapte au port du gilet « balistique » (pare-balles). Toutefois, le soldat individualise sa tenue par les marques de grade, les insignes de spécialité ou de corps et les décorations, récompenses pour ses faits d’armes, ou la fourragère pour ceux de son unité. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, les soldats de toutes les armées du monde se déplacent à pied et parcourent jusqu’à 40 km par jour. Les moyens de transport servent surtout à l’acheminement des vivres, armes et munitions en grandes quantités. Les semelles de cuir cloutées du fantassin perdurent de l’époque romaine au milieu du XXème siècle, où elles sont remplacées par du caoutchouc. Le bruit caractéristique d’une troupe à pied disparaît alors au profit de la marche silencieuse. Depuis 2010, des chaussures de randonnée à doublure étanche et « respirante » ont succédé aux « rangers ». En revanche, même si son matériau a été allégé, « l’armoire du soldat », 30 kg en moyenne, pèse toujours aussi lourd sur son dos depuis deux millénaires ! Durant les longues campagnes du Premier Empire à travers l’Europe, les officiers de cavalerie fortunés disposent d’un cheval supplémentaire pour le transport de vêtements et vivres dans des sacoches de part et d’autre du dos. Depuis la guerre franco-prussienne de 1870, la cadence de tir des armes à feu augmente et réduit l’autonomie du combattant. La « discipline du feu » vise à économiser ses munitions et assurer sa survie. En mission de combat, le soldat d’aujourd’hui emporte 6 kg de munitions, contre 3 kg pour celui de 1914. L’invention de la conserve (1795) et de la « marmite ambulante » (1806) révolutionnent l’alimentation du soldat jusqu’à l’arrivée de la ration de combat, dès 1942 dans l’armée américaine.

Au niveau de l’armée. Pour maintenir le moral des troupes entre les combats, le commandement doit veiller au versement de la solde à temps et aux conditions de la vie quotidienne, y compris les loisirs. Des relations dégradées entre chefs et soldats minent discipline et cohésion. Une mauvaise gestion des contacts avec la population civile et l’arrière (congés) favorise l’agitation ou la désertion. La logistique, autrefois confiée à des auxiliaires civils, devient progressivement militaire et se complexifie au XXème siècle, par suite de l’allongement des voies de communication, de la mécanisation des moyens de transport, de la multiplication des matériels indispensables et de la dépendance envers les sources d’énergie. En 2010, un soldat américain engagé en Afghanistan emporte 12 équipements électroniques contenant plus de 70 piles ! Bataille rangée, embuscade ou tir isolé, équilibré ou non, le début du combat provoque les symptômes universels de stress : accélération des battements du cœur, assèchement de la bouche et souffle court. Ensuite, le combat blesse beaucoup et gravement. Au XVIème siècle, le chirurgien Ambroise Paré améliore la ligature des artères et imagine une prothèse de main articulée. En 1671, Louis XIV fonde l’institution des « Invalides » pour ses soldats estropiés. Au cours du XXème siècle, les progrès de l’asepsie, de l’anesthésie, de la transfusion sanguine, de la chirurgie réparatrice (les « gueules cassées » de 1914-1918) et la rééducation fonctionnelle ont accru les chances de survie des combattants, malgré la souffrance physique persistante et les mutilations. Longtemps ignorés, les traumatismes psychiques sont aujourd’hui pris en compte. Le métier de soldat implique de donner la mort mais aussi de la recevoir. La postérité ne retient souvent que les personnalités mortes au combat et ignore les anonymes tombés loin de leur pays natal. Le rapatriement des corps ne se généralise qu’après 1950. Depuis quelques années seulement, tous les combattants morts pour la France reçoivent un hommage aux Invalides.

Loïc Salmon

Dans la peau d’un soldat

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

L’exposition « Dans la peau du soldat » (12 octobre 2017-28 janvier 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente plus de 330 objets, uniformes, armes et documents d’archives sur trois niveaux. La galerie du rez-de chaussée parcourt 2.000 ans de l’histoire du soldat, des guerres de l’Empire romain au conflit en Afghanistan, sur fond d’illustrations ou de photos d’ambiance. Des dispositifs multimédias interactifs abordent les réalités de la vie militaire : la place du soldat dans le contexte de son temps ; les multifonctions d’objets usuels ; l’influence des uniformes sur la mode civile ; les logistiques de masse pour acheminer les approvisionnements ; les diverses finalités du camouflage ; l’évolution technologique possible de l’équipement individuel. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr




Défense : vers un renforcement du lien Armées-Nation

Outre leurs objectifs stratégiques et opérationnels, les armées constituent une chaîne humaine, des anciennes générations aux plus jeunes, au sein de la nation qu’elles servent aussi par leur action sociale et le devoir de mémoire. Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, a présenté ses objectifs devant la presse, le 20 octobre 2017 à Paris.

Service national universel. Projet de société voulu par le président de la République, le « service national universel » ne sera pas militaire et résultera d’une coordination interministérielle relevant du Premier ministre, souligne la secrétaire d’Etat. Il impliquera notamment les ministères des Armées, de l’Intérieur, de l’Education nationale et des Sports. D’une durée d’un mois, il vise à susciter l’engagement personnel et citoyen et développer l’esprit de défense et de la sécurité du pays. Il pourrait inclure, notamment, la cybersécurité de base et l’apprentissage des gestes de premiers secours en cas de catastrophe naturelle ou de terrorisme. Il permettra de vérifier le niveau d’illettrisme et l’état de santé des jeunes (dépistage et prévention de maladies). Au niveau parlementaire, la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale va mettre sur pied une mission spécifique sur le projet de service national universel. Le Sénat devrait faire de même. Dans une première phase, le Premier ministre va constituer une mission d’inspection de tous les dispositifs existants concernant la jeunesse. Ensuite, une commission de haut niveau procédera à des auditions et évaluera les éléments juridiques, en vue de formuler des propositions au printemps 2018. Puis le président de la République fixera une ligne budgétaire bien identifiée dans le projet de loi de finances 2019. Responsable de la contribution de son ministère au projet de service national universel, Geneviève Darrieussecq a rappelé l’appétence des armées à développer un soutien à la jeunesse par leur savoir-faire, notamment dans le cadre du « service militaire adapté » pour l’insertion socioprofessionnelle des jeunes de 18 à 25 ans dans les départements et territoires d’outre-mer. En outre, à titre expérimental, l’armée de Terre a organisé un « service militaire volontaire » d’un an en métropole pour 1.000 jeunes en difficultés, dont 70 % ont pu se réinsérer dans la société à l’issue. Mais cela nécessite du personnel d’encadrement, que les armées peinent à fournir en raison de leurs engagements prioritaires. La « Journée Défense et Citoyenneté », essentiellement encadrée par la Gendarmerie et les réservistes, devrait disparaître lors de la mise en œuvre du service national universel, a indiqué, Geneviève Darrieussecq.

Société et culture. Relais du monde combattant, le secrétariat d’Etat l’accompagne, de la formation initiale puis continue au cours de la carrière et jusqu’à la réinsertion dans la vie civile. Il développe des partenariats avec les centres académiques et d’enseignement technique, pour faciliter le recrutement de militaires formés. Le Service de santé des armées évolue et organise son réseau local, pour conserver sa capacité opérationnelle et mettre ses compétences à la disposition de la population. Par ailleurs, le ministère des Armées constitue le deuxième opérateur culturel de l’Etat avec les musées de l’Armée, de la Marine et de l’Air et de l’Espace. Les hauts lieux de mémoire militaire, qui connaissent une fréquentation croissante avec 12 millions de visiteurs par an, apportent un soutien économique local.

Loïc Salmon

Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles

Résilience : la survie de la collectivité nationale

Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie




Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

La souveraineté numérique d’un Etat repose sur l’emploi des technologies civiles et militaires et sur le contrôle humain des systèmes d’information et d’aide au commandement.

L’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé, le 4 octobre 2017 à Paris, un colloque sur ce sujet, auquel ont participé des experts et de hauts responsables dans les domaines du numérique et du renseignement.

Du possible à l’utile. Les « Big Data » civils fournissent des données nécessaires à la conception d’une opération militaire (renseignement, météo et cartographie). L’ensemble des données produites sur le champ de bataille doit être structuré et filtré explique un expert. Mais algorithmes, Big Data et intelligence artificielle (IA) ne peuvent prédire l’avenir ou déterminer une dangerosité. L’analyse géopolitique reste du ressort des chercheurs universitaires. Les services de renseignement essaient de comprendre un mouvement de société dans un pays donné et d’anticiper les réactions de ses dirigeants. Ils tentent aussi de recueillir l’information secrète et certaine, pour éclairer la décision de leurs propres autorités politiques et militaires. Ils aident aussi les forces de sécurité à neutraliser les menaces, par des renseignements précis, réels ou crédibles. L’IA automatise des recherches, impossibles à l’échelle humaine, pour déceler des tendances. Par exemple, le contact entre un individu potentiellement djihadiste et son donneur d’ordre s’établit par le biais de plusieurs autres personnes. Or, les divers membres de cette filière lancent des milliers d’appels téléphoniques, dont seuls des algorithmes parviendront à trouver rapidement l’information pertinente. L’arrestation d’individus suspects permet de récupérer des données sur les modes opératoires (clandestinité, communication et action) et ainsi de détecter certaines similitudes. Enfin, les algorithmes réalisent des traductions automatiques des langues les plus pratiquées dans le monde, mais pas encore des plus rares.

Le pourquoi avant le comment. Depuis l’apparition d’internet en 1971 puis du GPS en 1991, les armées savent gérer les ruptures technologiques. Mais, estime un général, l’intelligence collective l’emporte souvent sur l’IA pour la réalité stratégique. Les regards convergents de tous permettent de conserver du discernement pour hiérarchiser les informations et leur donner du sens. La vigilance s’avère nécessaire sur les plans juridique (lois sur la sécurité et le renseignement) et pédagogique (définition de l’IA et de ses limites d’emploi). Outil de corrélation des données pour obtenir un résultat, l’IA dispose de la puissance de calcul pour trier les informations, nombreuses, incertaines, évolutives ou incomplètes (images, écoutes spécifiques et réseaux sociaux). La pléthore d’informations techniques entraîne le besoin de renseignements d’origine humaine pour mettre les conclusions en perspective. Le renseignement donne la capacité de conserver l’autonomie d’appréciation, d’organiser de la résilience et d’envisager le temps d’après la crise. Destiné à l’action et aux opérations, le renseignement technique nécessite de petits démonstrateurs, l’union des talents pour l’innovation et la création de synergies de proximité. En matière d’armement, poursuit le général, l’impact du numérique doit en être évalué dès sa conception. Ensuite, conformément à une doctrine d’emploi et un cadre juridique, les armées peuvent recruter des spécialistes et former des sous-officiers compétents pour les besoins opérationnels. Créativité et inventivité s’imposent face à l’adversaire, bien équipé lui aussi.

Réduire les incertitudes. Pour aider la décision opérationnelle en temps réel, le renseignement se doit d’être très réactif et collaboratif, explique un expert du numérique. Destiné à réduire les incertitudes, l’algorithme militaire intègre les paramètres de la mission, des règles d’engagement (ouverture du feu) et des contraintes légales et traite les données sur le contexte de la situation et la véracité des informations. Il s’inscrit dans la boucle OODA : Observer et Orienter pour évaluer la situation, Décider et Agir pour la gérer. L’acquisition de renseignements, par la captation de données en environnements hostiles ou inconnus et la détection de signaux faibles par l’IA, va de pair avec l’automatisation de certains processus, en vue d’assurer une permanence. L’orientation inclut : l’analyse de la situation en temps réel ; l’interconnexion/analyse avec d’autres systèmes ; la consultation de bases de données tactiques ; la comparaison avec les modèles établis ; la construction d’une image mentale de la situation ; les propositions de choix possibles. Lors de la prise de décision, l’algorithme aide au choix, libère le stress du combattant ou du chef et contrôle le respect des règles d’engagement. L’action porte sur la précision, la délégation de tâches et le suivi de la cible. Les nouvelles technologies du numérique exercent déjà des effets sur le combat, poursuit l’expert. D’abord, les drones sont devenus indispensables au renseignement militaire. Les données sont enrichies, notamment par l’usage des jumelles multifonctions, dont la thermie. L’analyse des données s’externalise et/ou s’automatise. La réduction du cycle OODA permet de prendre l’initiative et de la sauvegarder. Il s’agit de trouver le renseignement très en amont, puis de riposter immédiatement et avec précision. Le combat dans l’espace numérique se caractérise par l’hyperconnexion et le traitement de l’information en temps réel en « local » (ordinateur de l’utilisateur) ou « déporté », grâce au « cloud » tactique. Le « cloud » héberge à distance de grandes quantités d’informations, accessibles de manière quasi instantanée. Au niveau tactique, il permet de recourir, en cas de besoin, à des données sur le théâtre d’opérations non stockées en local. Toute donnée présente un caractère critique pour les systèmes militaires, en qui les utilisateurs doivent d’abord avoir confiance. En outre, la surveillance des réseaux est devenue permanente pour la sécurité et la recherche du renseignement. « L’opération numérique » consiste à attaquer les systèmes d’information de l’adversaire, dont dépendent ses capacités militaires, pour le déstabiliser. Elle passe par la maîtrise préalable des systèmes hertziens et du cyberespace.

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Les nouvelles technologies, potentiellement moins meurtrières, disposent d’une capacité de ciblage qui accroît l’effet de surprise, souligne un général. Mais elles effacent les frontières de l’espace géographique (drones militaires pilotés à partir du territoire américain), de l’espace militaire (dommages collatéraux des drones armés de la CIA, agence civile) et du contrôle à vue (furtivité des engins volants, invisibilité du cyber et discrétion des forces spéciales). La discrimination et la proportionnalité se diluent, faute de contact. La guerre entre dans un espace caché, hors des Etats et où tout est permis. En outre, face à l’automatisation, l’homme abandonne une part de responsabilité et son contrôle s’amenuise. Dans une guerre totalement dérégulée, la machine risque de l’emporter sur l’homme, avertit le général.




Diplomatie : l’incertitude des sanctions internationales

L’efficacité des sanctions internationales envers un pays repose sur leur levée une fois atteint l’objectif recherché. La lutte contre le terrorisme inclut des sanctions ciblées et sélectives contre des individus ou des secteurs d’activités.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 11 octobre 2017 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique. Y sont intervenus : Sylvie Matelly, co-auteure de l’étude intitulée « Projet Persan » sur les sanctions internationales ; Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur à Moscou ; Arnold Puech d’Alissac, chargé des questions internationales à la Fédération nationale des syndicats d’exploitation agricole (FNSEA).

Performance limitée dans le temps. Sorte d’arme économique, le blocus a été utilisé depuis l’Antiquité comme prévention d’un conflit pour affaiblir l’adversaire, rappelle Sylvie Matelly. Le Projet Persan définit la performance comme la combinaison de la pertinence, de l’efficacité et de l’efficience. L’efficacité, la plus étudiée, résulte de l’adaptation des moyens économiques, financiers, diplomatiques, culturels ou sportifs. Importante à court terme, elle s’amenuise avec le temps. La pertinence, à examiner en amont d’une sanction, repose sur la mondialisation. En conséquence, le pays visé par une sanction parvient à la contourner et celui qui en est à l’origine obtient le ralliement de partenaires. Importante pour le pays qui sanctionne, l’efficience dépend du décalage initial entre l’objectif de politique étrangère, fixé par l’Etat, et les moyens mis en œuvre, surtout par le secteur privé. La confrontation entre efficacité et efficience détermine la performance des sanctions, la pertinence n’intervenant que de façon indirecte. La performance devient nulle avec le temps, par suite de l’adaptation réciproque des deux parties antagonistes, conclut le Projet Persan. En outre, des sanctions en multilatéral se révèlent plus performantes que celles en bilatéral, moins globales. Selon Sylvie Matelly, la politique américaine en matière des sanctions, de plus en plus ciblées, résulte d’une réflexion poussée de l’Administration Obama : durcissement lors du premier mandat (2008-2012) puis négociations pour lever les sanctions au cours du second (2012-2016). Ainsi, elle a montré une certaine flexibilité à l’encontre de la Russie, préférant une « directive », plus facile à modifier, qu’une loi votée par le Congrès. Le rôle du dollar dans les échanges internationaux et l’extraterritorialité de leur législation permettent aux Etats-Unis de peser sur l’économie mondiale. Par ailleurs, ces sanctions entraînent des conséquences politiques, humanitaires et sociales non négligeables : prédation et corruption accrues, propagande renforcée ou radicalisation de la politique intérieure dans le pays concerné. S’y ajoute la mobilisation des opinions publiques, comme l’appel à boycotter ses produits, lancé par des organisations non gouvernementales ou même des Etats et relayé par les réseaux sociaux.

Effets de la crise ukrainienne. Seules les sanctions décidées par l’ONU acquièrent une légitimité internationale et leur renouvellement exige l’unanimité du Conseil de sécurité, rappelle Jean de Gliniasty. Selon lui, la crise ukrainienne, consécutive à la sécession de la Crimée et à son rattachement à la Russie (mars 2014) en violation du droit international, suscite un premier jeu de sanctions, où les propositions de l’Union européenne (UE) restent en deçà de celles des Etats-Unis. Puis elles concordent après l’intervention russe dans le Donbass (Est de l’Ukraine) et la destruction d’un avion de la Malaysia Airlines par un missile sol/air (juillet 2014). La guerre civile dans le Donbass (début 2015) aboutit à un cessez-le-feu et aux divers accords de Minsk. Les sanctions de l’UE portent sur le pétrole, le gaz de schiste, l’industrie militaire, tout matériel à usage dual (hélicoptères notamment) et les crédits bancaires au-delà de 30 jours. Dès août 2014, la Russie décrète à son tour des sanctions contre l’UE. Par la suite, les importations russes sont passées de 140 Mds$ en 2013 à 84 Mds$ l’année suivante, au détriment de l’Allemagne, de la Croatie, de la Grèce et de la France. Deuxième importatrice mondiale de porcs en 2012, la Russie en développe l’élevage et deviendra exportatrice en 2018. Autre conséquence des sanctions, la part des investissements de l’UE dans le domaine des technologies en Russie est passée de 70 Md$ en 2013 à 4,8 Md$ en 2015. Sur le plan politique, les sanctions ont provoqué un sursaut nationaliste en Russie, qui a totalement intégré la Crimée à son territoire. Le président Poutine a plus que doublé sa cote de popularité à 87-88 % et son parti, « Russie unie », a remporté les élections législatives avec une écrasante majorité. Enfin, la crise ukrainienne a permis aux Etats-Unis de se rendre encore plus indispensables en Europe.

Agriculture européenne perturbée. Les sanctions russes coûtent déjà 5 Md$ à l’agriculture de l’UE, souligne Arnold Puech d’Alissac. Elles sont devenues effectives quand sa production de produits laitiers était excédentaire. Or un surplus de production de 1 % suscite une chute des prix de 20 %. En outre, l’impossibilité de stocker les produits périssables et le recours à la congélation de la viande entraînent des pertes financières. La France représente 13 % de la population de l’UE, mais 20 % de sa production agricole. En France, ce secteur représente 13.000 industries agro-alimentaires, 460.000 exploitations et 15 % des emplois. Une baisse de sa production agricole entraîne une baisse de sa compétitivité, dont profitent les Pays-Bas et le Danemark. Après la perte du marché russe, les pays baltes, la Pologne, la Belgique et l’Italie se sont tournés vers ceux de l’UE, entraînant une chute des prix. La FNSEA a demandé, en vain, à la Commission européenne une étude d’impact des sanctions russes sur l’agriculture. De son côté, la Russie développe sa production de viande blanche.

Loïc Salmon

Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

ONU : maintenir la paix face aux menaces et attentes nouvelles

Diplomatie parallèle : l’action discrète de particuliers influents et engagés

Le Conseil de sécurité de l’ONU peut prendre des mesures pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales en vertu du Chapitre VII (article 41) de la Charte des Nations Unies. Les sanctions qu’il décide englobent un large éventail de mesures coercitives n’impliquant pas l’emploi de la force armée. Depuis 1966, le Conseil a mis en place 25 régimes de sanctions, qui varient selon les objectifs. Cela va des sanctions économiques et commerciales de grande ampleur à des mesures ciblées, comme les embargos sur les armes, les interdictions de voyager et les restrictions financières ou frappant les produits de base. Ces sanctions visent à appuyer les transitions pacifiques, décourager les changements non constitutionnels, lutter contre le terrorisme, protéger les droits de l’homme et promouvoir la non-prolifération des armes de destruction massive. Entre 1966 et 2017, les sanctions de l’ONU ont concerné : la Rhodésie du Sud ; l’Afrique du Sud ; l’ex-Yougoslavie ; Haïti ; l’Irak ; l’Angola ; la Sierra Leone ; la Somalie ; l’Érythrée ; le Libéria ; la République démocratique du Congo ; la Côte d’Ivoire ; le Soudan (2) ; le Liban ; la Corée du Nord ; l’Iran ; la Libye (2) ; la Guinée-Bissau ; la République centrafricaine ; le Yémen ; Al-Qaida ; les talibans (2).