Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

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D’un coût de 6 Mds€ sur vingt ans, le programme « Scorpion » vise à accroître les capacités du groupement tactique interarmes (GTIA) avec ses appuis (artillerie et aviation) et un système de combat unique. Il prend en compte la préparation opérationnelle et le soutien.

Il a fait l’objet d’une conférence-débat, organisée le 6 octobre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : le colonel Benoît de Préval, état-major de l’armée de Terre ; l’ingénieur en chef Sébastien Berthomieu, Direction générale de l’armement ; l’ingénieur Jean-François Pellarin, Groupement momentané d’entreprises Scorpion (Nexter, Renault Trucks Défense et Thales).

Préparation aux équipements futurs. Officier Programme, le colonel de Préval exprime les besoins militaires et oriente les recherches vers les fonctions opérationnelles. Il fait procéder aux essais des prototypes et suit les matériels de leur développement à la fin de leur vie. Le programme « Scorpion » a nécessité 15 ans de préparation. A partir de 2000, les études amont sur les engagements futurs ont porté sur les applications militaires des systèmes d’information et de communication (SIC), afin de dominer l’adversaire par une grande manœuvrabilité et une foudroyance débouchant sur un effet décisif. La 1ère étape (2014-2025) porte sur l’expérimentation des équipements (encadré) et la 2ème (2025-2035) sur leur évolution et celles des autres véhicules blindés, des SIC et du système FELIN (fantassin à équipement et liaisons intégrés) ainsi que de nouveaux programmes. « Scorpion » se trouve au cœur de l’interopérabilité tactique au niveau de la brigade et de la division, dans les domaines du commandement, du renseignement, des drones, de l’intelligence artificielle et des forces spéciales. La nouvelle architecture « Au Contact » de l’armée de Terre, combinée au « système d’information et de combat Scorpion », permet le « combat collaboratif » qui fédère combattants et systèmes d’armes. Ce combat collaboratif doit apporter : le partage de la connaissance et de la compréhension d’une situation tactique en temps réel (géolocalisation de jour et de nuit) ; l’accélération de la décision et de l’action ; la réduction du temps entre la détection de la menace/agression par un engin blindé et riposte, éventuellement par un autre (leurre, fumigène ou tir) ; les prises d’initiative par la « réalité augmentée ». Cette dernière consiste à incruster, dans les optiques des véhicules, des informations pertinentes pour le combat (cartographie notamment). Les 4 porteurs de « Scorpion » (encadré) sont équipés d’une « vétronique » commune : système électronique de contrôle de la navigation, des communications, des systèmes d’observation, de l’énergie, de la motorisation et des systèmes d’armes. La vétronique traite les informations, en évite la surcharge et permet au chef d’engin de choisir la plus adaptée à la situation. Tout cela nécessite expérimentations et simulations pour obtenir des observations avant de passer sur des matériels réels. Le GTIA composé de Griffon et de Jaguar devrait être opérationnel en 2021. Les retours d’expériences techniques et opérationnelles et l’interopérabilité avec les normes OTAN sont pris en compte.

Un système de systèmes. Directeur du programme « Scorpion », l’ingénieur en chef de l’armement Berthomieu traduit les besoins opérationnels en spécifications techniques, conclut les marchés et vérifie la conformité des systèmes. Le « système d’information et de combat Scorpion » doit permettre le combat intégré et réactif pour comprendre, décider et d’agir plus vite que l’adversaire pour être mieux protégé et plus efficace. Il est « durci », ainsi que les liaisons radio, contre les cyberattaques. Afin de maîtriser les coûts, 70 % des technologies mises en œuvre sont communes. Il s’agit d’acheter au juste besoin et de procéder aux évolutions des équipements, sans changer les engins. Le GTIA correspond à un système composé de plusieurs systèmes (SIC, véhicules blindés, génie, artillerie, hélicoptères et avions), qui fonctionnent indépendamment. La préparation opérationnelle renforce sa capacité d’instruction et d’entraînement tactiques et développe une capacité d’appui  aux opérations. La simulation embarquée permet d’entraîner des équipages dans l’engin blindé, limite le nombre de simulateurs dédiés et maintient des compétences sur le terrain ou en opération extérieure. Désormais, les soldats seront formés par leurs chefs et non plus par des instructeurs spécialisés.

Enjeux industriels. Les prestations de soutien au programme « Scorpion » incluent formation, documentation (véhicules et équipements), outillages et pièces de rechange, explique Jean-François Pellarin. La logistique se trouve allégée par l’emploi de 9 équipements et matériels communs au Griffon et au Jaguar. Les industriels s’engagent à livrer la presque totalité des engins dans les 12 mois suivant la demande d’une douzaine de régiments de métropole. Ils fournissent une assistance technique dans les 3 jours. Il s’agit pour eux de réduire la maintenance, notamment en opération, de garantir une disponibilité importante du système d’armes et de maîtriser le coût de soutien. En outre, réussir le développement du Griffon et du Jaguar, intégrant de nouvelles fonctions pour le combat collaboratif, constitue une réelle opportunité pour l’exportation, objectif partagé avec la Direction générale de l’armement et l’état-major de l’armée de Terre. Le Griffon est décliné en 10 va-riantes, dont le prix varie selon les kits fournis et le niveau de numérisation. Le Jaguar dispose de 3 systèmes d’armes sous protection, dont 1 canon de 40 mm unique au monde. Tous deux pourraient intéresser les pays émergents, qui s’engagent avec la France dans les opérations de maintien de la paix.

Loïc Salmon

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Outre la rénovation de 200 chars Leclerc entrés en service en 1993 (à gauche), le programme « Scorpion » prévoit la production des engins blindés Griffon (au centre) et les engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar (à droite). La production de 1.668 Griffon, entre 2018 et 2033 à raison de 115 unités/an, se répartit entre 1.022 véhicules tout terrain, 333 engins postes de commandement, 117 véhicules d’observation d’artillerie et 196 véhicules sanitaires. Le Griffon, équipé de mitrailleuses téléopérées de 12,7 mm ou 7,62 mm ou d’un lance-grenades de 40 mm, remplacera le véhicule de l’avant blindé. La production du Jaguar sera de 248 unités, à raison de 24/an, entre 2020 et 2032. Le Jaguar, équipé d’un canon de 40 mm et de 2 missiles antichar moyenne portée (jusqu’à 4.000 m), remplacera l’ERC90 (engin à roues, canon de 90 mm) et l’AMX-10 RC (engin blindé de reconnaissance-feu, 105 mm). Quatrième porteur de « Scorpion », le véhicule blindé multirôles léger sera commandé à 358 exemplaires, à partir de 2021, pour l’échelon national d’urgence et les unités de guerre électronique.

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