Défense : lancement du plan « Ambition Armées-Jeunesse »

Citoyenneté, attractivité, justice sociale et égalité des chances constituent les objectifs du plan « Ambition Armées-Jeunesse », qui complète les « Journées défense et citoyenneté » (JDC) et accompagne la montée en puissance du Service national universel.

Annoncé le 25 mars 2021 à Paris, par Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, ce plan propose un parcours ciblé aux jeunes de 13 à 18 ans (photo).

Perspectives. Il s’agit d’abord de renforcer le rôle social des six lycées de la Défense de Brest, La Flèche, Saint-Cyr-L’Ecole, Autun, Grenoble et Aix-en Provence, qui réservent 15 % des places aux boursiers et plus 10 % des places dans les classes préparatoires à l’enseignement supérieur. Les 370 « classes de défense et de sécurité globale » ont accueilli 9.250 élèves en 2020. Leur nombre sera doublé pour les généraliser à tous les départements. Le dispositif « Cordées de la réussite » permet aux lycéens issus de milieux défavorisés, mais capables et méritants, de bénéficier du tutorat de 25 % des élèves de cinq établissements de l’enseignement supérieur de la défense, à savoir l’Ecole polytechnique fondée en 1794, l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr (1802), l’Ecole navale (1830), l’Ecole de la gendarmerie nationale (1918) et l’Ecole de l’Air (1933). Les « stages découverte » d’une semaine, obligatoires en classe de troisième, restent accessibles dans les armées. Les dispositifs particuliers « Tous en stage », « Stage armée de l’Air » et « Semaine stage défense » sont proposés aux élèves d’établissements situés en réseaux d’éducation prioritaire (REP) et en réseaux d’éducation prioritaire renforcés (REP+). La plateforme du ministère des Armées, intitulée « Votre première expérience au cœur de la défense », propose, jusqu’à 30 ans, des stages conventionnés, des contrats d’apprentissage et des contrats armées-jeunesse (10.000 en 2020). En outre, le ministère des Armées propose des engagements dans le cadre du service volontaire civique. La Direction du service national et de la jeunesse coordonne et anime ces actions.

Bilan 2020. Les JDC, obligatoires pour tous les jeunes avant leur 18ème anniversaire, en a rassemblé 614.694 en 2020, dont 213.685 en JDC classique, 235.586 en JDC adaptée et 165.123 en JDC en ligne. En outre, 14.498 JDC ont été organisées en « présentiel » en métropole et outre-mer sur 320 sites d’accueil (62 % militaires). A l’issue de la JDC, 89,5 % des jeunes estiment qu’elle leur a donné une meilleure image de la défense et 87,5 % se déclarent satisfaits de leur JDC. Six à douze mois après, cet indice se maintient à 72 %. Il s’en est suivi 199.953 demandes de contact, transmises aux services de recrutement des armées. Par ailleurs, 19,2 % des jeunes ont exprimé leur intérêt pour la défense, dont 23,4 % en JDC classique, 21,9 % en JDC adaptée et 10 % en JDC en ligne. Les JDC ont mobilisé 4.869 animateurs (24 % de réservistes), issus des armées, directions et services ainsi que de la Gendarmerie. Le Réseau territorial des réservistes locaux à la jeunesse et à la citoyenneté compte 167 bénévoles en 2020 et le Réseau jeunesse et citoyenneté 95 réservistes opérationnels. Dans le cadre du Service national universel, plus de 600 missions d’intérêt général ont été proposées par les armées, directions et services. En raison de la crise sanitaire, seulement 75 volontaires ont effectué leur stage de cohésion en Nouvelle-Calédonie. En 2021, 25.000 jeunes volontaires devraient pouvoir effectuer le leur en métropole et outre-mer.

Loïc Salmon

Défense : la jeunesse au cœur du lien Armées-Nation

SNU : succès du module « Défense et mémoire »

Armée de l’Air et Marine : une seconde chance pour les jeunes en difficultés scolaires




Armée de Terre : de la gestion de crise à la guerre future

Les forces aéroterrestres se préparent à la guerre, asymétrique ou de haute intensité, par le maintien de leurs capacités et une technicité accrue.

Le général de division (2S) Charles Beaudoin, délégué général du Commissariat général des expositions et des salons d’armements aéroterrestres, l’a expliqué au cours d’une visioconférence-débat organisée, le 10 décembre 2020 à Paris, par l’Association de l’armement terrestre et l’Association 3ED-IHEDN (ex-AACHEAr).

Caractéristiques. Expérimentée, l’armée de Terre (AT) française s’est adaptée depuis 1990 aux différents conflits en urgence opérationnelle. Outil de puissance à forte valeur ajoutée avec un savoir-faire spécifique, ses forces spéciales sont déployées en petits effectifs pour une action rapide et complexe. Disposant de nouveaux équipements cinq ans avant les autres unités, elles ne coûtent pas cher par rapport aux effets obtenus par leurs missions. Les capacités de l’AT incluent les équipements, le soutien (approvisionnements, munitions et pièces de rechange), la doctrine (règles et modes d’emploi) et l’entraînement des forces. Destinés à fonctionner par des températures de – 30 °C à + 60 °C, les matériels doivent allier protection des personnels (blindage) et puissance de feu. Ainsi, dans tous les types de conflit, le véhicule blindé du combat d’infanterie (28-32 t) passe là où les autres blindés (10-15 t de plus), notamment allemands et américains, ne peuvent aller. Les opérations sont conduites en interarmées, voire en interalliés. Toutefois, l’artillerie permet d’exercer une riposte immédiate, par exemple sur un PC adverse protégé par des défenses sol-air ou quand un avion n’est pas disponible sur place au bon moment. L’AT dépend de l’espace pour : la navigation, grâce aux systèmes de positionnement par satellites (GPS américain et Galileo européen) et, en cas de brouillage, la centrale inertielle (divers instruments embarqués) permet de s’en affranchir ; les communications sur longue distance ou sur le théâtre d’opération ; la cartographie numérisée à bord des engins blindés. L’AT doit gérer ses équipements existants, faute de moyens financiers pour se moderniser d’un seul coup.

Conflictualité évolutive. Le budget de l’AT correspond à 22 % du budget total des trois armées et à 20 % de celui du soutien, rappelle le général Beaudoin. Ses matériels, d’une durée de vie de 40-50 ans, sont à 80 % âgés de 30 ans. Il faut 15 ans pour en concevoir un, qui devra être modernisé au bout de 10 ans pour éviter le déclassement. La guerre froide (1947-1991) a mobilisé effectifs et stocks importants, qui ont diminué lors des « dividendes de la paix ». L’AMX 30 a été remplacé par le char Leclerc, dont le coût de soutien a explosé en raison de l’électronique embarquée. Depuis, l’AT s’est adaptée au changement de la conflictualité…avec les mêmes matériels. Les opérations sont passées de l’interposition, sans perte, entre deux factions en Côte d’Ivoire (2007), à une longue présence, avec pertes, en Afghanistan sur un espace restreint (2001-2014) et dans la bande sahélo-saharienne aux grandes élongations (depuis 2013). Le drone armé est apparu lors des combats en Afghanistan, en Irak (2003) et dans le Haut-Karabagh (2020). L’AT a été formatée pour la gestion de crise et non pour la guerre, souligne le général Beaudoin. Entre 1990 et 2017, la diminution des budgets militaires a conduit à une réduction des capacités, mais sans abandons. La guerre symétrique apparaît peu probable jusqu’aux événements en Ukraine (2014) ou dans le Haut-Karabagh (2020) significatifs de la résurgence d’Etats puissances comme la Russie et la Turquie. La prochaine guerre se déroulera en zone urbaine, face à des adversaires disposant de drones armés ou kamikazes, avec le souci de limiter au maximum les pertes en vies humaines. Par ailleurs, les industriels de l’armement changent leurs procédés, élaborent des outils numériques et ne reconstruisent plus les systèmes obsolètes. Système de forces, Scorpion, conçu en 2005, atteindra sa pleine puissance en 2025 pour durer 40 ans. Des équipements à bas coût, rustiques mais peu performants, ne remplaceront jamais la haute technologie pour conserver la supériorité opérationnelle. La simulation au combat de haute intensité, du soldat en régiment au général dans un PC de division, effective en caserne, se fera bientôt sur le terrain. Elle prépare le personnel à partir en opération de quatre mois au moyen d’une zone numérisée (ville, montagne, fleuve, route etc.) pour imaginer un mode d’action face à l’adversaire.

Perspectives à moyen et long termes. D’ici à 2050, les deux tiers de la population mondiale résideront dans les grandes métropoles. Dans l’environnement complexe des Etats faillis, le combat terrestre se déroulera de plus en plus en zone urbaine, où l’adversaire se réfugiera en comptant sur l’attitude ambigüe des habitants, et de préférence la nuit quand sa présence est estimée et peu certaine. Il a fallu 90.000 hommes et des bombardements aériens pour prendre Mossoul (Irak, 2014), défendue par 1.000 combattants de Daech. Bientôt, il sera possible de détecter le départ d’un missile ou le tir d’un fusil. Le combat connecté, dès 2030, passera au traitement de données par l’intelligence artificielle pour déceler les signaux faibles de l’ennemi. Grâce à un « cloud », celle-ci gérera les flux de données à très haut débit, destinées au soldat qui les recevra sur son écran pour pouvoir réagir très vite. Toutefois, l’homme restera dans la boucle, comme pour le pilotage des drones armés. Des petits drones pourront lancer des grenades avec précision pour éviter les dommages collatéraux. Les prochains investissements porteront sur de nouveaux drones, la lutte anti-drones par brouillage, mitraillage de saturation ou laser actif qui suit une cible mouvante pour la neutraliser. L’adversaire pourrait cumuler les effets d’essaims de drones et…de drones anti-drones ! Les matériels de plus de 20 t du programme Scorpion seront renouvelés avec la prise en compte de la défense contre les engins explosifs improvisés, suite au retour d’expérience de l’opération « Pamir » en Afghanistan. La défense sol-air sera modernisée en 2035. L’adversaire pouvant détecter l’arrivée d’un avion, la portée de l’artillerie sera doublée à 80 Km avec une précision métrique, grâce à des munitions à propulsion additionnelle vers 2040. A cette date, l’hélicoptère d’attaque Tigre sera remplacé. Toutefois, avertit le général Beaudoin, des choix s’imposeront pour tenir les engagements et alléger les contrôles pour diminuer les coûts et raccourcir les délais de construction et de livraison.

Coopérations européennes. Prévu pour 2028, l’Eurodrone devrait être aussi performant que le Reaper américain pour le même prix. Le MGCS (système de combat terrestre principal) franco-allemand doit remplacer les chars Leopard 2 et Leclerc en 2035. Le partenariat franco-belge CaMo (2019) a permis la production en série des blindés légers Griffon et Jaguar, composants du système de combat Scorpion. Enfin, le traité de Lancaster House (2010) prévoit l’interopérabilité des AT française et britannique par des exercices conjoints réguliers.

Loïc Salmon

 

Armée de Terre : entraînement et juste équilibre technologique

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Armement : l’influence des SALA sur la conflictualité future




Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

Depuis le 8 mars 2021, des Rafale au standard F3-R sont déployés en opérations par la Marine nationale et l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), qui recevra 12 appareils neufs d’ici à 2025. Tous seront équipés de missiles Mica NG, livrables à partir de 2026.

Evolution majeure. La mise en service opérationnel s’applique aux Rafale du groupe aérien du porte-avions Charles-de-Gaulle, actuellement en mission en Méditerranée orientale et océan Indien, et à ceux de l’AAE déployés dans l’opération « Chammal » au Levant, à partir de la base aérienne projetée de Jordanie. Le standard F3-R comporte de nombreuses améliorations de ses différents systèmes, équipements et armements : radar ; interface homme/système ; moyens de communication ; système d’autoprotection Spectra ; pod de reconnaissance de nouvelle génération ; système de navigation inertielle ; missile air-air longue portée Meteor. Couplé au radar à antenne active RBE2 AESA, le Meteor assure la supériorité aérienne au Rafale F3-R pour des frappes en tout temps dans la profondeur, l’appui aux troupes au sol ou encore le traitement d’objectifs d’opportunité. En outre, grâce au pod laser haute résolution Talios spécifique au standard F3-R, le Rafale pourra couvrir toutes les missions de renseignement, d’acquisition, de poursuite et de désignation de cibles. Talios prend des images dans les domaines visible et infrarouge. Il dispose également de capacités de suivi de cibles fixes ou mobiles plus performantes et de détection automatique des cibles mobiles. Pour les attaques au sol, le Rafale F3-R utilise l’armement air-sol modulaire (AASM), avec une conduite de tir améliorée par les gestions du temps de vol des munitions, de l’illumination laser automatique et du réglage des armements en vol. En matière de sécurité, il est équipé d’un système automatique d’évitement de collision avec le sol. Par ailleurs, le Rafale F3-R continue d’emporter le missile air-sol de moyenne portée amélioré, dans le cadre de la dissuasion nucléaire. A partir de 2022, le Rafale passera au standard F4 doté de nouveaux équipements : solutions de connectivité innovantes pour optimiser le combat en réseau ; capteurs radar et optronique « secteur frontal » améliorés ; capacité viseur de casque ; missile d’interception de combat et d’autodéfense de nouvelle génération ; AASM de 1 000 kg. Enfin, par suite de la vente de 12 Rafale d’occasion à la Grèce, l’AAE prendra livraison de 12 appareils au standard F3-R d’ici à 2025. Cette commande, décidée en janvier 2021, complète celle de 28 avions construits à partir de décembre 2022, conformément à la loi de programmation militaire 2019-2025.

Commande massive de Mica NG. De fin 2018 à mars 2021, la Direction générale de l’armement a commandé 567 missiles d’interception de combat et d’autodéfense Mica NG, qui seront livrés entre 2028 et 2031 pour remplacer le missile air-air Mica. L’autodirecteur du Mica NG sera développé en versions infrarouge et électromagnétique. Sa portée sera étendue par le propulseur innovant « bi-pulse », qui lui confère une grande manœuvrabilité en phase terminale. Son soutien sera facilité grâce à une maintenance minimisée et l’intégration de capteurs HUMS (Health Usage and Monitoring System) pour mieux en maîtriser le vieillissement, notamment celui des éléments pyrotechniques. La propulsion et les autodirecteurs innovants du Mica NG permettront une version sol-air, qui pourra être tirée depuis un véhicule terrestre ou un bâtiment à la mer.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Armée de l’Air et de l’Espace : « Skyros 2021 », mission en interalliés en Eurasie




Traquer la terreur

Démultiplicateur de l’insurrection pour déstabiliser un Etat, le terrorisme exploite la violence sur le plan médiatique et la justifie par des raisons idéologiques ou religieuses. Le contrer passe par le renseignement, la frappe chirurgicale et le…développement !

Théorisé par les Russes Trotsky et Lénine et le Chinois Mao, le terrorisme utilise le ressentiment de populations misérables ou d’individus fragiles et modifie en permanence ses modes opératoires. L’analyse de différents cas en montre les similitudes : guérilla Viêt Minh en Indochine (1945-1954) ; subversion en Irlande du Nord (1968-1998) ; Al Qaïda en Afghanistan ((2001-2014) ; attentats de Mumbai en Inde (2008) ; ceux d’Oslo et de l’île d’Utoya en Norvège (2011) ; terrorisme maritime dans le golfe d’Aden (2008) ; menace armée sur Bamako, capitale du Mali (2013). Pour atteindre ses objectifs, la stratégie terroriste inclut les domaines psychologique, social, économique, politique et culturel. Elle nécessite : mise en place d’un réseau d’agents dans les secteurs-clés d’une société, à savoir éducation, médias, transport et sécurité ; soutiens logistique, financier et technique sur une zone frontalière pour bénéficier de « sanctuaires » ou de soutiens extérieurs ; guérilla puis guerre dissymétrique d’envergure dans le pays ciblé ; retournement d’une population contre ses gouvernants par l’idéologie (subversion ou manipulation) ou la peur (attentats) ; instrumentalisation médiatique de la réaction disproportionnée des forces de sécurité, provoquée par des agitateurs. L’emprise totale sur une population s’avère primordial pour le renseignement, le ravitaillement, le recrutement et les caches de combattants. Au-delà de l’attentat ou de l’assassinat, l’option terroriste permet à l’insurgé d’apparaître comme un acteur sur les scènes nationale et internationale grâce au retentissement obtenu. En 1945, le Viêt Minh atténue son étiquette communiste et cherche à paraître nationaliste, contre la France, pour s’attirer le soutien des nationalistes vietnamiens et de la CIA américaine qui lui fournit armes et équipements. Au Pakistan dans les années 1980, pour lutter contre les troupes soviétiques en Afghanistan, la CIA forme à la guérilla de jeunes musulmans, qui constitueront plus tard Al Qaïda. Petits criminels et trafiquants passent au terrorisme au nom d’un idéal pour justifier leurs activités. En 2015, Daech gagne entre 700 M$ et 1,3 Md$ par le trafic de pétrole et d’antiquités, les rançons des otages, les donations et l’impôt sur les populations contrôlées en Irak et en Syrie. La médiatisation de ses massacres et la désinformation lui ont permis de s’emparer de territoires sans combats majeurs, en dépit de désavantages numériques. Toutefois, la guérilla et la subversion ne sont pas l’apanage des organisations terroristes, comme le montrent les actions britanniques auprès des bédouins contre les troupes turques pendant la première guerre mondiale et en Birmanie contre l’armée japonaise pendant la seconde ou celles des commandos français contre le Viêt Minh. A la trinité « population, armée et politique » de la guerre conventionnelle entre Etats, théorisée par le Prussien Clausewitz (1834), a succédé la synergie entre diplomatie, opérations spéciales et mentorat des armées de pays partenaires dans la guerre asymétrique. Retour de la sécurité et reprise de la vie économique dissuadent les populations ciblées de recourir aux réseaux parallèles des organisations terroristes pour subvenir à leurs besoins.

Loïc Salmon

« Traquer la terreur », commandant Vincent. Editions Pierre de Taillac, 252 pages, illustrations, 24,90 €.

Terrorisme : instrumentalisation de la pandémie du Covid-19

Terrorisme : impacts et enjeux du « cyberdjihadisme »

Gendarmerie : moyens et effectifs renforcés pour la lutte contre le terrorisme




Défense : détecter les cyberattaques et réagir vite

La doctrine militaire française inclut le cyber comme arme d’emploi sur les théâtres d’opérations. Au-delà de son aspect technique, le cyber prend des dimensions juridique et politique.

A l’occasion de la 8ème édition de l’exercice interarmées « Defnet » (15-26 mars), l’état de la cyberdéfense militaire a été présenté à la presse, le 18 mars 2021 à Paris, notamment par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le général de division aérienne Didier Tisseyre (photo), commandant la cyberdéfense.

« Cyberconflictualité ». Le commandement de la cyberdéfense (Comcyber) dispose d’un état-major, installé à Paris, pour les orientations stratégiques, la conception et la conduite des opérations, via le centre opérationnel cyber. Le Groupement de la cyberdéfense des armées a été créé le 1er septembre 2020 à Saint-Jacques de la Lande (Bretagne), à proximité de l‘incubateur civilo-militaire « Cyberdéfense Factory ». Ce dernier permet aux petites et moyennes entreprises et aux universitaires de travailler au contact des opérateurs des armées et des experts de la Direction générale de l’armement. Outre la cybercriminalité, le terrorisme ou les actions hybrides de la part de groupes mercenaires rattachés à des Etats, l‘hypothèse d’un engagement majeur dans le cyberespace est prise en compte, indique le général Tisseyre. Des exercices au sein de l’OTAN permettent de s’y préparer. Sur le plan national, il s’agit d’attribuer l’origine des cyberattaques, sans en divulguer la méthode pour éviter une vulnérabilité ultérieure. Leur gravité détermine la proportionnalité de la riposte, au niveau diplomatique, économique ou militaire. Le Comcyber travaille avec les services de renseignement dans la lutte informatique, défensive ou offensive, sur un théâtre d’opérations. Ainsi, l’exercice Defnet 2021 inclut des simulations de vrais incidents sur des systèmes d’armes en service, dans un contexte international au plus près de la réalité.

Defnet 2021. Cet exercice permet de tester la planification, la coordination et la mise en œuvre des mesures défensives face aux cyberattaques. Près de 260 « cybercombattants » sont mobilisés à Brest, Istres, Paris, Rennes et Toulon. Pour la première fois, les réservistes opérationnels sont intégrés aux équipes, afin de s’entraîner aux procédures militaires de gestion de crise cyber. L’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et huit maîtres d’œuvre industriels, signataires de la convention sur la cybersécurité des systèmes d’armes en service, participent à Defnet. En outre, le Comcyber organise la compétition « Capture the Flag » entre 14 écoles d’enseignement supérieur à Paris, Laval, Rennes, Vannes, Saint-Malo et Lannion.

« Cybercombattants ». En 2020, l’ANSSI a détecté quatre fois plus de cyberattaques qu’en 2019 ainsi que 2.700 « événements de sécurité » au ministère es Armées, indique Hervé Grandjean. Pour contrer cette menace, la loi de programmation militaire 2019-2025 consacre 1,6 Md€ au cyber. Le nombre de cybercombattants, de 3.400 en 2020, doit atteindre 4.500 en 2025. Les armées assurent déjà des formations spécialisées : brevet de technicien supérieur « Système numérique informatique et réseau » au lycée militaire de Saint-Cyr l’Ecole ; mastère « Cybersécurité des systèmes complexes pour l’industrie et la défense » à l’Ecole de l’air et à l’Ecole centrale de Marseille ; mastère « Cybersécurité des systèmes maritimes et portuaires », mis en place par l’Ecole navale et trois autres écoles d’ingénieurs en Bretagne.

Loïc Salmon

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique




Chine : risque de conflit armé dans le détroit de Taïwan

Les provocations militaires de la Chine envers Taïwan menacent la stabilité de la zone Indopacifique. Un affrontement armé pourrait déboucher sur une guerre avec les Etats-Unis. En conséquence, Taïwan renforce son action diplomatique et sa capacité militaire.

Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’a expliqué au moyen de deux programmes en audio, les 13 et 28 janvier 2021, et d’une note publiée le 8 mars, après son audition par le Parlement européen le 24 février.

Diplomatie taïwanaise. Depuis 2016, date de l’arrivée au pouvoir de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen réélue en 2020, Pékin renforce sa stratégie d’isolement de Taipei sur la scène internationale. Aujourd’hui, seulement 15 Etats, dont le Vatican, maintiennent des ambassades avec Taïwan, qui dispose toutefois de 111 « bureaux de représentation diplomatique » à l’étranger. Selon Antoine, Bondaz, ce réseau lui donne la 7ème position en Asie, devant la Malaisie, et la 31ème place dans le monde, devant la Suède et Israël. Peu présent en Afrique, il l’est beaucoup plus dans les Amériques et en Europe. Malgré l’absence d’ambassades, Taïwan reste pour la France et l’Union européenne un partenaire économique et commercial ainsi que dans la recherche, le changement climatique, l’éducation, l’enseignement supérieur et la coopération culturelle et linguistique.

Pressions militaires chinoises. Depuis 2019, les incursions aériennes dans la « zone d’identification aérienne de défense » de Taïwan se sont multipliées. Au total, plus de 380 avions de chasse ou de reconnaissance chinois y sont entrés en 2020, dont 41 entre le 1er novembre et le 31 décembre. C’est le plus haut niveau atteint depuis les crises dans le détroit de Taïwan de 1954, 1958 et 1996, souligne Antoine Bondaz. Cette tendance se poursuit avec 81 incursions aériennes au cours du mois de janvier 2021. A l’appui, la propagande chinoise s’exerce par ses relais d’opinion, notamment le journal Global Times dont l’édition en anglais lui donne une audience internationale importante. Un récent éditorial annonce même que les avions de chasse et les navires militaires chinois ont « normalisé leurs vols et leur navigation autour de l’île ». Il indique aussi que la politique de respect de la zone d’identification aérienne de défense de la ligne médiane du détroit de Taïwan, en vigueur depuis vingt ans, ne s’applique plus. Ces incursions visent à s’approprier le détroit, tester le dispositif de défense anti-aérienne de Taïwan et accélérer le vieillissement de ses capacités aériennes. Pékin compte ainsi faire pression sur le gouvernement de Taïwan, intimider ses forces armées, démoraliser sa population, influencer son opinion publique et…évaluer la réaction de la communauté internationale ! La Chine, qui dispose des forces armées les plus nombreuses du monde (plus de deux millions de militaires), les modernisent en augmentant leur budget grâce à sa puissance économique. Elle dépense plus pour sa défense que tous les pays de la zone Indopacifique réunis. Selon l’Institut international de Stockholm de recherche sur la paix, la Chine a multiplié, par sept en vingt ans, ses dépenses militaires, passées de 40 Mds$ en 1999 à 265 Mds$ en 2019. Pendant cette période, les dépenses militaires du Japon ont stagné à 45 Mds$ et celles de Taïwan à 10 Mds$. Entre 2014 et 2018, la Marine chinoise a accru sa flotte d’un tonnage équivalent aux flottes française et italienne combinées. Pour développer sa capacité amphibie dans le détroit de Taïwan, l’effectif du Corps de marines, passé de 10.000 soldats en 2017 à 35.000 en 2020, devrait se monter à 100.000 à terme. Pour moderniser ses équipements militaires, la Chine investit massivement dans les nouvelles technologies dans le cadre de la stratégie nationale civilo-militaire de 2015, qui tire notamment profit de la surveillance limitée de certaines coopérations scientifiques et techniques sensibles…en Europe ! En réponse à cette progression quantitative et qualitative des forces armées chinoises, le ministère taïwanais de la Défense a obtenu une hausse de son budget, qui atteint quasiment 15 Mds$ en 2021. Les investissements portent sur l’augmentation des capacités de lutte antinavires, de défense antimissile et de guerre électronique.

Conséquences possibles. L’article 8 de la loi chinoise anti-sécession de mars 2005 prévoit le recours à la force, notamment après épuisement de toutes les possibilités de « réunification pacifique » de Taïwan, considérée par Pékin comme une province de la Chine. Celle-ci, estime Antoine Bondaz, augmente ainsi la flexibilité de sa réponse politico-militaire dans la cadre d’une ambiguïté stratégique délibérée. Par ailleurs, l’ouvrage « La science de la stratégie militaire », publié en 2013 par l’Académie chinoise des sciences militaires, recommande une préparation prioritaire à un conflit avec Taïwan, susceptible d’entraîner une intervention américaine sur un champ de bataille maritime et dans un contexte de dissuasion nucléaire. Toutefois, les forces armées chinoises pourraient se contenter de constituer un blocus aérien et maritime autour de Taïwan, en vue de la forcer à capituler avant l’unification. Le Parti communiste chinois considère comme plus efficace de dissuader les Etats-Unis d’intervenir plutôt que d’envahir l’île. L’impact psychologique devrait forcer le gouvernement de Taïwan à entamer des négociations politiques. Pour Pékin, la détermination de la population et des forces armées de Taïwan à se battre ainsi que la volonté d’intervention des Etats-Unis comptent davantage que leurs capacités militaires. Par ailleurs, toute crise autour de Taïwan ou dans la péninsule coréenne, aurait un impact considérable sur la sécurité de l’Union européenne, tant sur le plan militaire qu’économique. La fermeture du détroit de Taïwan aurait des conséquences sur ses approvisionnements, notamment en micro-processeurs indispensables à son industrie, et ses échanges commerciaux avec la Chine, la Corée du Sud et le Japon. L’Union européenne et la France n’entretiennent plus de relations officielles avec Taïwan et ne prévoient pas d’en avoir à l’avenir. Toutefois, elles partagent avec Taïwan des intérêts communs en matière de sécurité : lutte contre la manipulation de l’information ; liberté de navigation ; diversification des chaînes d’approvisionnement ; lutte contre les cyberattaques ; prévention d’une future pandémie ; résilience démocratique ; protection des droits humains ; prévention et assistance en matière de catastrophe naturelle.

Loïc Salmon

D’une superficie de 35.980 km2, l’île-Etat de Taïwan compte une population de 23,6 millions d’habitants. Sixième puissance économique de la zone Indopacifique, elle réalise le double du produit intérieur brut du Viêt Nam. Le Forum économique mondial la classe en 3ème position, devant la Corée du Sud et l’Australie pour la compétitivité. L’organisation Reporters sans frontières la met à la 5ème place pour la liberté de la presse, devant le Japon. Elle occupe la même pour le développement humain, calculé par l’ONU, devant la Corée du Sud. Elle atteint la 4ème en matière de libertés publiques selon l’indice publié chaque année par les Instituts Cato (Etats-Unis), Liberales (Allemagne) et Fraser (Canada).

Chine : montée en puissance régionale et internationale

Chine : cyber-espionnage et attaques informatiques

Asie du Sud-Est : zone sous tension et appropriation territoriale de la mer




Défense : relance de la politique immobilière des armées

Adaptation des infrastructures aux grands programmes d’armement, amélioration de l’habitat militaire et transition écologique constituent les piliers de la nouvelle politique immobilières des armées.

Un document, rendu public à Paris le 21 janvier 2021, récapitule les avancées réalisées dans le cadre de la loi de programmation miliaire 2019-2025.

Grandes infrastructures. Les armées bénéficient progressivement des investissements nécessaires à l’accueil et au soutien des grands équipements militaires de nouvelle génération. L’armée de Terre va recevoir des véhicules blindés multi-rôles Griffon et engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar. Ainsi, 17 M€ ont été consacrés à l’adaptation de la zone technique du 13ème Bataillon de chasseurs alpins à Saint-Alban/Barby, inaugurée en mars 2021. En outre, 4,5 M€ sont destinés à la construction du bâtiment d’accueil des simulateurs Griffon et Jaguar du 1er Régiment de chasseurs d’Afrique de Canjuers (juin 2021). La Marine nationale doit pouvoir assurer le soutien des sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et des frégates multi-missions (FREMM). Ainsi, 18,2 M€ ont été alloués à la construction d’un second ponton pour les FREMM à la base navale de Brest (mars 2021). Par ailleurs, 30,2 M€ ont financé la construction des bâtiments et aires aéronautiques pour la 3ème Flottille de chasseurs embarqués Rafale de la base de Landivisiau (janvier 2021). L’armée de l’Air et de l’Espace doit prendre en charge les avions de transport militaire polyvalents A400 M et de transport et de ravitaillement en vol Airbus A330 MRTT. Par ailleurs, 67 M€ ont été alloués à la construction, pour une inauguration en novembre 2021, des infrastructures « techniques et horizontales » pour l’unité de transport aérien franco-allemand C-130J sur la base aérienne 105 d’Evreux.

Habitat à « hauteur d’homme ». Le plan d’amélioration d’hébergement en enceinte militaire a engagé des travaux à hauteur de 237 M€ en 2021, soit une augmentation de 60 M€ par rapport à 2020 et deux fois plus qu’en 2019. Les livraisons portent sur 2.250 plans d’hébergement : 850 places nouvelles, dont 500 dans les bâtiments pour les cadres célibataires (BCC) ; 1.400 places réhabilitées. Ainsi ont été attribués en 2021 : 11,8 M€ à l’armée de Terre pour la construction de 100 places BCC à l’Ecole nationale des sous-officiers d‘active de Saint-Maixent ; 10,6 M€ à la Marine nationale pour 200 places sur la base de Lorient ; 3,5 M€ à l’armée de l’Air et de l’Espace pour la réhabilitation de logements sur la base de Saint-Dizier. En outre, le projet de loi de finances 2021 prévoit 160 M€ d’autorisations d’engagement en faveur du logement familial pour les personnels.

Transition écologique. Dans le cadre de la Stratégie ministérielle pour la performance énergétique, près de 500 M€ ont été mobilisés jusqu’en 2025 pour réduire les consommations énergétiques des infrastructures du ministère des Armées, remettre aux normes les installations classées et dépolluer les sols et les eaux. En 2021, 65,30 M€ d’autorisations d’engagement (AE) et 38,72 M€ de crédits de paiement (CP) ont été affectés à des investissements de transition écologique. Ainsi, 53,46 M€ en AE et 34,24 M€ en CP doivent notamment financer le remplacement de chaufferies au charbon ou au fioul lourd ou les contrats de performance énergétique, comme au camp de Mourmelon. Par ailleurs, un champ solaire a été édifié à Saint-Christol et une chaufferie biomasse construite à Mailly-le-Camp.

Loïc Salmon

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Défense : la féminisation des armées, un enjeu opérationnel

Motivation, volonté, courage et talent ouvrent la carrière aux femmes dans les armées. Des mesures en faveur de la mixité et de l’égalité professionnelles ont permis des avancées réelles.

Ce thème a fait l’objet d’une présentation à la presse, le 4 mars 2021 à Paris, par le contre-amiral Anne de Mazieux, haut fonctionnaire à l’égalité des droits et chargée de la mise en œuvre de l’égalité entre les femmes et les hommes. Un colloque sur le même sujet a suivi le 8 mars à Paris, organisé par l’Institut de relations internationales et stratégiques. Y sont notamment intervenus : la sociologue Camille Boutron, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire ; le capitaine Marion Buchet, pilote de chasse ; Nathalie Tournyol du Clos, directrice adjointe des ressources humaines au ministère des Armées.

Mesures d’accompagnement. Deux ans après l’entrée en vigueur du Plan mixité, les effectifs féminins des armées ont augmenté de 4,7 %, indique l’amiral de Mazieux. Outre la présence d’une femme militaire dans chaque centre de recrutement, un mentorat se développe pour aider les jeunes filles, notamment celles admises à l’écrit des concours, à acquérir les codes et usages. Toutefois, elles doivent faire leurs preuves, sans bénéficier de « passe-droits », souligne l’amiral. Depuis octobre 2020, le droit à l’avancement est maintenu après un congé parental de cinq ans pour élever les enfants en bas âge. La mise en place de « référents Egalité-Mixité », à l’écoute, permet de désamorcer des situations du vécu quotidien. Le portail intitulé « Combattre le sexisme ordinaire », interne au ministère des Armées et particulièrement détaillé, vise à obtenir une « tolérance zéro » en matière de comportement en toutes circonstances. Par ailleurs, l’Association française de normalisation a décerné le label « égalité » au ministère des Armées pour le Service des essences, le Service des ressources humaines civiles et le service achat du Service parisien de soutien de l’administration centrale (53.000 agents). En outre, le Plan égalité professionnelle entre les femmes et les hommes civils, signé le 14 décembre 2020 par la ministre des Armées et les organisations syndicales, concerne les 62.500 agents civils du ministère. Enfin, depuis 2017, une circulaire du Premier ministre exclut l’usage, au sein du gouvernement et des armées, de l’écriture « inclusive » consistant à tout mettre au masculin et au féminin.

Evolutions et résistances. Outre les cantinières, le débat sur la place des femmes dans les armées a commencé sous la Révolution, rappelle Camille Boutron. La professionnalisation, décidée en 1996 et effective en 2002, joue un rôle majeur dans l’égalité professionnelle. En 2000, une résolution de l’ONU porte sur la mise en place d’un programme visant à une plus grande participation des femmes dans les armées et dans les opérations de sécurité. Au cours des conflits, la frontière s’estompe entre combattants et non-combattants avec une participation accrue des femmes aux combats, notamment celles parties rejoindre Daech après 2014. En Inde, les femmes ont obtenu l’accès au rang d’officier dans l’armée de Terre, décision politique pourtant contestée par son chef d’état-major auprès de la Cour suprême. Par ailleurs, la gestion de la vie de famille dévolue aux femmes, reflet de la société en général, freine, par autocensure ou culpabilisation, leur accès à certaines spécialités. Le choix d’une carrière s’avère complexe dans les armées, faute de modèle féminin dans ce monde d’hommes, où perdure l’idée de ne pas mettre les femmes en danger. Pourtant depuis 2012, elles se trouvent en opération en Afghanistan. Des unités féminines américaines y ont été constituées pour le renseignement et des groupes féminins suédois pour les actions civilo-militaires. Au sein des forces spéciales, les femmes se montrent aussi performantes mais plus à l’aise entre elles que dans des unités mixtes.

Ouverture et fidélisation. A part la Légion étrangère, toutes les spécialités militaires sont ouvertes aux femmes, rappelle Nathalie Tournyol du Clos. Les barèmes des épreuves physiques sont en cours de réexamen pour les femmes, car la force n’intervient plus dans le domaine numérique, par exemple dans le cyber, pour contrer les attaques des hôpitaux militaires, ou la technologie du combat collaboratif Scorpion. Les jeunes filles performantes dans les écoles techniques sont recrutées comme sous-officiers mécaniciens dans l’armée de l’Air et de l’Espace. En revanche, elles ne constituent que 20 % des effectifs du niveau ingénieur dans l’Ecole de l’Air ou l’Ecole navale. En moyenne, les femmes restent dix ans de moins que les hommes dans les armées. La fidélisation repose sur les sous-officiers et les jeunes lieutenants pour pallier les démissions de soldats dans l’armée de Terre, fréquentes pendant les premiers mois. L’incitation financière fonctionne pour les spécialités pointues. Quant aux carrières courtes sous contrat, les femmes restent en moyenne 4 ans de moins que les hommes parmi les sous-officiers et 2 ans de moins chez les officiers. Elles sont donc encouragées à préparer le concours de l’Ecole de guerre, afin de pouvoir rester plus longtemps. Il faut en effet 20 ans pour atteindre le grade de colonel et 30 ans pour celui d’officier général. Comme 60 % des femmes militaires vivent en couple avec un militaire, la Direction des ressources humaines de chaque armée doit gérer au mieux leurs carrières et affectations respectives.

Opérations et vie privée. En 1946, le général de Gaulle a accordé le droit de vote et le statut militaire aux femmes, souligne le capitaine Buchet. La première femme pilote de chasse a reçu la croix de Guerre 1939-1945 et a été faite officier de la Légion d’honneur. Cette spécialité ne requiert pas une force physique exceptionnelle. La légitimité des femmes va de pair avec leur ambition. Quant au sexisme, il tend actuellement à la culpabilité générale des hommes. La différence entre interdiction et manque de respect ne s’applique pas spécifiquement aux femmes. Tout dépend du chef, qui règle une situation problématique ou l’élude quand il comprend mal certains comportements. La garde des enfants nécessite une disponibilité peu compatible avec les missions de plusieurs mois en opération, mais palliée par une bonne solde en France. Dans les pays anglo-saxons, les mères célibataires confient leurs enfants aux voisins. Enfin, la perte de deux femmes pilotes de chasse n’apparaît pas plus tragique que celle de pilotes masculins.

Loïc Salmon

Avec 33.000 femmes, soit 16,1 % de ses effectifs, les forces armées françaises se trouvent en 4ème position derrière celles d’Israël (33 %), de la Hongrie (20 %) et des Etats-Unis (18 %). Parmi les 20.000 jeunes recrutés chaque année, les femmes représentent 17,2 % des militaires et 41,3 % des civils. Au niveau officier, elles ont pu intégrer l’Ecole de l’air en 1977, l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1983 et l’Ecole navale en 1993. Elles représentent 9,8 % des officiers généraux et 41,3 % des postes civils en 2020. Le taux de féminisation du ministère des Armées se monte à 21 %, ainsi réparti :  Service de santé des armées, 61,2 % ; Secrétariat pour l’administration, 30,9% ; armée de l’Air, 23,6 % ; Marine nationale, 14,8 % ; armée de Terre, 10,7 % ; Délégation générale pour l’armement, 46,2 %.

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Avions espions

Dès l’origine, tous les avions armés puis de nombreux appareils civils ont recueilli des renseignements d’ordre tactique ou stratégique (photos et fréquences radar). Satellites et drones les complètent sans les remplacer.

En 1794 à Fleurus, l’observation par ballon a contribué à la victoire de l’armée française sur les troupes autrichiennes. Puis, cet avantage militaire tombe dans l’oubli jusqu’au développement de la photo aérienne au début du XXème siècle. Le premier « avion espion » est mis en service en 1911 par l’armée italienne pour la reconnaissance, en vue d’un bombardement aérien, réussi, contre des troupes et positions turques en Tripolitaine et Cyrénaïque (Libye actuelle). Pendant la première guerre mondiale, l’analyse des prises de vues aériennes de mouvements de troupes ou de navires conduit à la nécessité de la « maîtrise des airs », avant d’engager le combat. Les avions de chasse ont d’abord été conçus pour détruire…les appareils de reconnaissance adverses ! Dans les années1930, une organisation allemande pratique « clandestinement » la photographie aérienne au-dessus des Pologne, France, Grande-Bretagne, Tchécoslovaquie et Union soviétique. De leur côté, les services de renseignement français et britanniques recourent à une société civile pour faire de même au-dessus de l’Allemagne, de l’Italie et de la Libye. Pendant le second conflit mondial, l’Allemagne utilise des bombardiers modifiés pour les vols de reconnaissance à haute altitude (12.800 m !) au-dessus de l’URSS, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. La Grande-Bretagne met en œuvre les avions de reconnaissance photo Mosquito, fabriqués en grande partie en contreplaqué, à long rayon d’action et dont la vitesse et l’altitude leur permettent d’échapper aux chasseurs ennemis. Des hydravions japonais survolent clandestinement les îles britanniques du Pacifique, la Malaisie, Guam, les Philippines, l’île de Wake, les Indes néerlandaises et, peut-être, Hawaii. La Grande-Bretagne utilise l’avion pour les missions de renseignement électronique en appui des raids de bombardement contre l’Allemagne. L’armée de l’Air américaine l’emploie dans le Pacifique et au-dessus du Japon pour ouvrir la voie aux raids « atomiques » sur Hiroshima et Nagasaki (1945). En outre, l’interception des communications air-sol et air-air ennemies en Europe et dans le Pacifique réduisent les pertes en bombardiers. Dès le début de la guerre froide (1945-1991), les Etats-Unis accroissent les reconnaissances par des avions, de la Baltique à la mer Egée et dans les « couloirs » de Berlin à travers l’Allemagne de l’Est, et par des hydravions en Baltique, Méditerranée, mer du Japon et dans le Pacifique Nord. En 1949, l’analyse de la collecte d’échantillons d’air à haute altitude, entre le Japon et l’Alaska, conclut à l’explosion effective du premier engin nucléaire soviétique. En 1952, grâce à des ravitaillements en vol au-dessus de l’Allemagne de l’Ouest et du Danemark à l’aller et au retour, trois avions britanniques RB-45 C pénètrent en URSS au-dessus des pays baltes, de Moscou et de l’Ukraine pour tester les radars…sans être interceptés par les chasseurs soviétiques ! Pendant la guerre de Corée (1950-1955), des avions espions américains pénètrent jusqu’à 300 km en Chine. En 1960, après la frappe d’un avion U2 par des missiles et la capture de son pilote, les Etats-Unis renoncent au survol de l’URSS. A cette date, les satellites espions entrent en scène.

Loïc Salmon

« Avions espions » par Norman Polmar et John Bessette. Éditions E-T-A-I, 240 pages, 300 photos, 55 €.

Avions de combat

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Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR




Océan Indien : les forces françaises aux EAU, surveillance et coopération opérationnelle

La garantie de la liberté de navigation dans les accès à l’océan Indien, l’influence régionale et la recherche de profondeur stratégique constituent les missions des forces françaises aux Emirats arabes unis (FFEAU).

Leur commandant, le contre-amiral Jacques Fayard, l’a expliqué le 18 février 2021, au cours d’une visioconférence avec la presse à Paris.

Evaluation permanente. Environ 160.000 ressortissants français résident aux Proche et Moyen-Orient, carrefours des enjeux des grandes puissances et de tensions conjoncturelles en 2019-2020, souligne l’amiral. La lutte contre Daech se poursuit en Jordanie, Syrie et Irak. Le canal de Suez et les détroits de Bab-el-Mandeb, d’Ormuz et de Malacca, voies maritimes vulnérables, donnent accès à l’océan Indien, où la Chine exerce de plus en plus son influence. Les postures aériennes, navales et terrestres des protagonistes dans le golfe Arabo-Persique et le détroit d’Ormuz restent actuellement faibles ou modérées, notamment des exercices des forces navales iranienne et russe. De même au large du Pakistan, les forces navales chinoise, russe, américaine et pakistanaise maintiennent des activités prudentes et professionnelles. L’Union européenne (UE) manifeste sa présence politique par la surveillance de la sécurité maritime avec l’opération « Agénor », pour contribuer à la désescalade dans la région. Des frégates néerlandaises et danoises y ont déjà effectué des patrouilles de quatre mois. L’état-major tactique a inclus des officiers français, danois, belges, grecs et néerlandais. La force navale Agénor ne peut intervenir lors d’une action violente en cours, mais peut en rendre compte et établir les responsabilités en cas de manœuvres illicites. L’UE assure également une présence militaire dans le golfe d’Aden et la corne de l’Afrique avec l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie.

Moyens et coopération. Outre le commandement des FFEAU, l’amiral Fayard assume diverses responsabilités sur une zone couvrant 14 pays riverains de l’océan Indien : contrôle opérationnel des forces aéronavales françaises déployées ; soutien de l’opération « Chammal » en Irak ; commandement de l’opération « Agénor » ; action de l’Etat en mer (lutte contre le narco trafic). Les FFEAU, qui mobilisent de 700 à 1.000 militaires selon les circonstances, se répartissent entre les trois armées. La base aérienne 104, située à Al Dhafra, abrite l’escadron 1/7 « Provence » (reconnaissance, interventions et défense aérienne) et peut accueillir jusqu’à 14 avions de chasse et 5 gros porteurs : avion de patrouille maritime ATL2, avion de transport tactique C160 Transall ou A400M et avion ravitailleur KC135 ou MRTT Phénix. Le 5ème Régiment de cuirassiers, installé dans le camp de Zayed, compte un escadron de chars Leclerc et un sous groupement d’artillerie Caesar. Le camp de la Paix abrite la base navale française et l’état-major de la Marine émirienne. Les FFEAU contribuent au déploiement du Groupe de guerre des mines ou du Groupe aéronaval. Réservoir de forces pour intervenir en cas de crise, elles contribuent à la stabilité dans la région. La coopération avec les EAU porte sur le renforcement des capacités en matière cyber, NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique), lutte anti-drones, déminage, combat en montagne ou en zone urbaine, renseignement et formation. Deuxième client de la France à l’export en 2019, les EAU ont acquis hélicoptères, avions de transport, chasseurs Mirage 2000 et chars Leclerc.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

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