14 juillet 2026 : affirmation du soutien à l’Ukraine, première ligne de la défense de l’Europe

Le défilé du 14 juillet 2026 constitue une démonstration stratégique et opérationnelle, une vitrine de la puissance militaire et le continuum défense-sécurité.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 8 juin aux Invalides. Le défilé compte plus de 8.500 participants, dont 6.500 à pied, 95 avions, 35 hélicoptères et 193 chevaux de la Garde républicaine.

Solidarité et cohésion. Afin de souligner la notion de coalition, des invitations ont été envoyées à 35 pays volontaires pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine, après la guerre, à l’initiative lancée en 2025 par la France et de la Grande-Bretagne, ainsi qu’à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et au général de corps aérien américain Alexus Grykewich, commandant suprême de l’OTAN et des forces alliées en Europe. Le défilé met à l’honneur les troupes de la mission de réassurance dans les airs et au sol sur le flanc Est de l’Europe. Ensuite, les armées françaises montrent leur capacité à entrer en premier sur un théâtre en coordonnant les opérations entre les armées de Terre, de l’Air et de l’Espace et de la Marine nationale qui fête ses 400 ans d’existence. De plus, comme le démontre la défense aérienne de Kiev, capitale de l’Ukraine, la séparation entre le front et l’arrière n’existe plus et la continuité dans l’espace et le temps entre défense et sécurité devient essentielle. Enfin, le défilé inclut les jeunes qui croient aux valeurs de l’engagement militaire.

Défilé aérien. La Patrouille de France arrive en tête avec 9 Alphajet et 2 Mirage 2000 ukrainiens. L’intervention aérienne pour entrer en premier est représentée par 16 chasseurs Rafale et 12 Mirage 2000 français, 4 Rafale européens et 3 Airbus A330 MRTT (transport et ravitaillement en vol). La posture permanente de sûreté présente 1 avion de détection et de commandement aéroporté E-3 F, 2 Rafale et 2 Mirage 2000. Les Forces aériennes stratégiques sont représentées par 1 A330 MRTT et 7 Rafale. La Marine nationale déploie 1 avion de guet aérien E2C Hawkeye et 13 Rafale Marine. La Surveillance et le Renseignement sont représentés par 1 Rafale 30 de reconnaissance nouvelle génération, 2 Mirage 2000 équipés d’une nacelle ASTAC (analyse de signaux tactiques), 1 Falcon 50 de surveillance maritime et de secours en mer, 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance et 2 avions de lutte anti-sous-marine ATL2. L’appui aux opérationscomprend : 6 A400M Altas français et 2 A400M européens, 2 avions de transport tactique C-130J Super Hercules français, 2 C-130J européens et 4 avions tactiques CN-235 Casa. Le défilé d’hélicoptères présente des appareils de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), de la Marine nationale, de l’armée de Terre, de la Gendarmerie, de la Police nationale et de la Douane.

Troupes à pied. Les 20 écoles militaires défilent en tête, suivies d’unités de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre, de la Marine nationale, de l’AAE, des directions et services interarmées et des réservistes opérationnels. Puis arrivent des unités des ministères civils (Intérieur et Outre-mer, Justice et Économie). La Légion étrangère ferme la marche de son pas lent.

Troupes motorisées. Les unités motorisées se répartissent ainsi : Commandement des actions spéciales Terre ; Centre interarmées des actions sur l’environnement ; 1er Corps d’armée ; Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement ; 9ème Brigade d’infanterie de marine ; Commandement de l’appui terrestre numérique et cyber ; Commandement de l’appui et de la logistique du théâtre ; Flottille 36 F (hélicoptères de lutte anti-sous-marine, lutte antinavires et mise en œuvre de commandos Marine) ; Force maritime des fusiliers marins ; Défense sol-air ; Gendarmerie nationale ; Police nationale ; Douane ; Brigade des sapeurs-pompiers de Paris ; Bataillon des marins-pompiers de Marseille.

Loïc Salmon

14 juillet 2025 : montrer la crédibilité opérationnelle

14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international




CEMA : la défense nationale se construit dans le temps long

La paix en Europe depuis 1945 a fait oublier que les États employaient la force dans leur politique étrangère. Les répercussions des décisions en matière de défense, prises en périodes de crises, se feront sentir 15 ou 20 ans plus tard.

Telle est l’opinion du chef d’état-major des armées (CEMA), le général d’armée aérienne Fabien Mandon, qui s’est exprimé devant 1.000 participants en ligne en plus des présents à une conférence-débat organisée, le 22 juin 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Les grands changements. Les crises se multiplient de façon simultanée avec une intensité acrue. La dégradation massive de l’environnement géopolitique se double d’une forte contestation des valeurs portées par la France. Des puissances frappent et discutent après, en espérant obtenir des gains qu’elles auraient normalement obtenus par la diplomatie. Les règles internationales sont contestées par certaines et même non respectées par d’autres. Les institutions, dont l’ONU, crées après plusieurs conflits mondiaux pour réguler la paix entre États et permettre, par le dialogue, d’éviter d’en arriver à la force, se trouvent paralysées. Après la guerre froide (1947-1991), les États-Unis, devenus une hyperpuissance qui a beaucoup forgé les relations en termes de défense dans le monde, sont aujourd’hui contestés. Le 3 septembre 2025, la Chine a organisé à Pékin un défilé militaire de grande ampleur pour montrer sa détermination en termes de volume de forces armées et de qualité d’équipements. Elle a pris de l’avance dans de très nombreux domaines technologiques, dont le numérique et l’intelligence artificielle. Les États-Unis se désengagent de l’Europe et de l’Afrique par nécessité, afin de garantir leurs priorités sur tout le continent américain et financer leur « Golden Dome » (bouclier contre les missiles balistiques, hypersoniques et de croisière). Après l’attentat terroriste du Hamas (2023), Israël a étendu sa riposte à Gaza, en Cisjordanie, en Iran avec les États-Unis et au Liban où la France déploie 800 soldats. Outre son programme nucléaire, l’Iran a entrepris la modernisation de son arsenal balistique, dont certains missiles peuvent atteindre la France. En outre, il encourage des groupes armés pour étendre son influence au Proche et Moyen-Orient et le déstabiliser. L’attaque israélo-américaine de 2026 aura des conséquences de longue durée dans la région avec des approches différentes entre les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Syrie qui tente de recouvrir sa souveraineté et l’Irak en pleine recomposition politique. Un déséquilibre similaire se produit en Afrique, notamment au Sahel où la présence militaire de la France s’est réduite considérablement à la suite des coups d’État aux Mali (2021), Burkina Faso (2022) et Niger (2023), alors qu’elle était intervenue (opérations « Serval », 2013-2014, puis « Barkhane », 2014-2022) à la demande des autorités locales pour lutter contre les groupes djihadistes. Malgré les discours diffusés sur les réseaux sociaux, les groupes terroristes gagnent beaucoup de terrain en 2026, jusqu’à la côte Est de l’Afrique avec des effets sur le long terme. Aux déséquilibres géopolitiques s’ajoute la « désinhibition » dans les actes, quand les États-Unis coulent (depuis 2025) des embarcations de trafiquants de drogue en l’absence de tout cadre juridique alors que la France, via ses forces armées aux Antilles, coopère avec eux dans la lutte contre les narcotrafics. En outre, la désinhibition dans les discours, y compris entre Alliés, fragilise la solidarité dans les échanges entre les militaires. Toutefois, souligne le CEMA, la France manifeste une très grande détermination à affirmer, sans compromission, les valeurs sur lesquelles elle fonde sa défense.

Les transformations essentielles. Quatre pays, à savoir la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, ont constitué, non pas une alliance comme l’OTAN ou une solidarité comme l’Union européenne, mais une convergence d’intérêts. Pendant la guerre en Ukraine, l’Iran a appris à la Russie comment utiliser les drones puis à en fabriquer chez elle sous licence. De plus en 2025, la Corée du Nord a fourni des obus et les trois quarts de l’artillerie de la Russie. En outre, des milliers de soldats nord-coréens se battent en Ukraine aux côtés de ses soldats. Certaines entreprises privées chinoises ont contribué à alimenter les équipements déployés en Ukraine et en Iran. Dans la guerre (2026) entre Israël, les États-Unis et l’Iran, la Russie et la Corée du Nord ont aidé l’Iran. Sur un plan plus général, plusieurs pays ne se reconnaissent pas dans l‘ordre établi par d’autres au XXème siècle, selon des règles favorables aux pays occidentaux. La Russie, qui en a fait partie avant d’en être exclue, anime une dynamique d’alternative aux puissances occidentales, en y associant un discours sur leur déclin en vue de contester l’ordre international et de poser des règles de gouvernance différentes. Malgré des histoires et des modèles de société légèrement différents, les pays européens partagent la même géographie. Leur liberté, gage de souveraineté, a un coût à assumer pour défendre leurs intérêts qui divergent de ceux de la Chine et des États-Unis. Selon le CEMA, la défense de l’Europe se construit toujours au sein de l’OTAN avec sa promesse de solidarité (article V). La France dispose d’une défense pour se protéger le jour où le besoin s’en fera sentir. La continuité de sa souveraineté absolue sur sa dissuasion nucléaire n’exclut pas des discussions avec d’autres pays européens face aux rivaux stratégiques, mais elle ne suffit pas pour garantir leur sécurité. L’idée d’une armée européenne désincarnée des États est prématurée. Chaque chef d’État ou de gouvernement assume la responsabilité de la protection de son pays devant ses concitoyens. Cette souveraineté n’est pas incompatible avec une plus grande coordination et des réflexions communes sur la défense entre pays européens, via des Livres blancs et des exercices militaires. Les rivaux stratégiques exploitent tout le potentiel de la guerre hybride, qui rend difficile la compréhension de la situation d’une zone aux frontières floues, freine le processus décisionnel et ralentit les réactions. Récemment, la Russie a adopté une loi lui permettant d’intervenir militairement à l’étranger pour protéger une communauté russophone qui serait maltraitée, notamment dans les pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie). Elle interviendrait avec des forces de sécurité intérieures, de généreux moyens de secours et une campagne médiatique très relayée dans les sociétés occidentales. Déjà, des chutes de drones dans les pays baltes ont conduit à l’arrêt de cours dans toutes les écoles. Début 2026, la Russie produit 7 millions de drones par an et l’Ukraine 10 millions avec un objectif de 20 millions à la fin de l’année. Malgré le bombardement intensif de ses défenses sol-air et de ses centres névralgiques par Israël et les États-Unis, l’Iran a pratiqué la guerre d’usure par l’envoi, dans toute la région, d’énormes quantités de drones stockés dans des tunnels depuis des années. L’intelligence artificielle va se cumuler avec la « dronisation » du champ de bataille. Enfin, la propagande sur les réseaux sociaux, organisée par l’intelligence artificielle, vise à fragiliser les sociétés des pays européens.

La stratégie de la France. Le CEMA veut développer la réactivité des armées françaises sur des scénarios de guerre hybride. Outre les chars, avions et bateaux, la manœuvre militaire inclut l’informationnel, l’espace et le cyber. Toutefois, alors que les trois quarts du renseignement technique israélien proviennent du cyber, celui-ci n’a pu confirmer les alertes d’origine humaine sur les mouvements du Hamas. Demain, la défense dépendra de la connectivité qui passe par l’espace. Vu que les grands compétiteurs mondiaux investissent beaucoup dans le spatial pour neutraliser les satellites qui les dérangeront, la France a élaboré une stratégie spatiale en 2019. Elle ne décidera pas la guerre, souligne le CEMA, mais en cas d’attaque contre un pays allié, les jeunes de ses armées iront l’aider…par solidarité !

Loïc Salmon

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial

CEMA : les menaces des grands pays compétiteurs

Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle




Les guerres napoléoniennes dans l’Histoire

L’audace des grands généraux vient d’un système d’opérations et de bataille très élaboré, dont ils attendent la victoire avec confiance. Tous ont dû improviser une solution sur des renseignements incertains et souvent contradictoires.

Cette conclusion du général Camon, professeur à l’École d’application de l’artillerie et du génie de 1900 à 1904, résulte de son étude des campagnes napoléoniennes de 1805, 1806, 1807, 1814 et 1815. En l’absence d’une supériorité réelle sur un théâtre principal, l’Empereur divise les forces adverses ou profite de leur séparation initiale pour prendre entre elles une position centrale, d’où il manœuvre pour les battre successivement. Le général et théoricien militaire prussien Clausewitz (1780-1831), témoin de ses campagnes, le qualifie de « dieu de la guerre ». Nommé général en 1793, Bonaparte hérite d’une armée façonnée par l’Ancien régime puis la Révolution selon quatre axes majeurs : la mobilité, grâce à l’appui de petites unités tactiquement indépendantes ; le rôle fondamental de l’artillerie de campagne, elle aussi mobile ; la concentration des forces en un point décisif ; la standardisation du matériel, de la platine du fusil aux calibres des canons. Sa campagne d’Italie (1796-1797) constitue un champ d’expérimentations tactique et stratégique et l’école du feu des jeunes officiers issus du rang et des batillons de volontaires. Les diplomates français en Italie avaient mis en place des réseaux d’espionnage et transmis de précieux renseignements sur l’état des forteresses et des routes de chaque côté du Pô. Bonaparte dispose de meneurs d’hommes expérimentés comme Masséna et Augereau, futurs maréchaux, et de la collaboration de l’ingénieur-géographe Berthier, traducteur de ses ordres et créateur d’un outil efficace de coordination des mouvements complexes de l’armée française à travers les Alpes et les régions marécageuses de la plaine du Pô. Sa stratégie s’intègre dans l’affrontement entre la France et l’Angleterre pour le contrôle de la Méditerranée. Grâce à ses agents en Italie, l’amiral anglais Nelson, qui détruira la flotte française à Aboukir en 1798 pendant la campagne d’Égypte, suit les progrès de celle d’Italie au jour le jour, qu’il juge « extraordinaire ». Sa victoire sur la flotte franco-espagnole à Trafalgar le 21 octobre 1805, où il sera tué, obligera Napoléon à renoncer à un débarquement en Angleterre pour se diriger vers l’Europe centrale et remporter la victoire d’Austerlitz, le 2 décembre suivant, contre les armées austro-russes, entraînant la dissolution du Saint-Empire romain germanique et la création de l’Empire d’Autriche et de la Confédération du Rhin qui deviendra, après diverses péripéties, l’Empire allemand en 1871 sous l’égide la Prusse. Premier consul, Bonaparte confie sa sécurité personnelle à la Garde consulaire en 1800, devenue impériale en 1804 et qui sera engagée dans onze batailles avec des pertes allant de 2,9 % à Austerlitz à 90 % à Krasnoï (Russie, 1812). Outre la création de la Légion d’honneur à titre individuel, Napoléon fait de l’emblème (aigle, étendard ou drapeau) d’une unité l’incarnation de sa gloire, à l’origine de l’esprit de corps d’aujourd’hui. La période de 1792 à 1815 est marquée par de nombreuses guerres « asymétriques » opposant une armée régulière à un mouvement insurrectionnel populaire, impliquant la plupart des pays européens. Les enseignements tirés de cette époque et de la lutte contre-insurrectionnelle expliquent l’expansion foudroyante des empires coloniaux en Afrique et en Asie au XIXème siècle. En s’efforçant d’établir l’hégémonie de la France en Europe, Napoléon devint, indirectement, l’architecte de l’indépendance de l’Amérique du Sud. Il remodela le Moyen-Orient, affermit les ambitions impérialistes de la Grande-Bretagne et contribua à l’essor de la puissance américaine.

Loïc Salmon

« Les guerres napoléoniennes dans l’Histoire », ouvrage collectif. Éditions Pierre de Taillac, 352 pages, 26,90 €.

Campagne d’Italie, 1796-1797

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides




Marine nationale : le futur porte-avions France-Libre, projection de puissance française et européenne

Le porte-avions France-Libre, opérationnel en 2038, prendra en compte les cycles rapides d’innovations technologiques, dont l’intelligence artificielle et les drones.

Pierre-Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, qui participe à sa construction, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point.

Bâtiment agrégateur de forces. Actuellement, le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dispose d’une escorte de frégates françaises, où s’intègre une frégate néerlandaise, allemande ou grecque pour les luttes anti-aérienne et anti-sous-marine. Outre cette protection, sa résilience repose sur sa mobilité car il peut parcourir 1.000 km par jour (11,57 m par seconde), de quoi rendre très difficile le guidage terminal d’un missile balistique (volant à 4 ou 5 km/s) ou hypervéloce (au moins 3 km/s) adverse. Les États-Unis n’ont pas suspendu la construction de porte-avions et commencent par envoyer un groupe aéronaval dans la zone où ils souhaitent intervenir. Le groupe aéronaval futur comptera des avions et des drones. La Chine, l’Inde, l’Italie et la Grande-Bretagne en développent et l’Espagne se pose la question. Demain, une flotte de surface hybride disposera de capacités de défense aérienne et anti-drones et élargira la bulle de protection du groupe aéronaval. Voici les caractéristiques du porte-avions France-Libre : longueur, 330 m ; largeur, 90 m ; vitesse maximale, 27 nœuds (50 km/h) ; poids total, 78.000 t ; surface du pont d’envol, environ 17.000 m2 ; équipage, 2.000 personnes ; durée du service, environ 45 ans. Outre Naval Group, Technic Atome et les Chantiers de l’Atlantique, 800 entreprises de tailles petite, moyenne et intermédiaire participent à sa réalisation et 90 % des achats seront effectués en France. La propulsion nucléaire donne au porte-avions son allonge et sa capacité de déploiement, comme l’a démontré le Charles-de-Gaulle, passé du Grand Nord à la Méditerranée en une huitaine de jours. Ce dernier aura connu trois arrêts techniques majeurs, un tous les dix ans, autour de la chaufferie (réacteur) nucléaire pour lui redonner de l’autonomie. Pour le France-Libre, tout a commencé en 2020 par des avant-projets détaillés, des études et de la préparation. L’étape actuelle a lieu au site de Cherbourg de Naval Group, où une nouvelle « nef d’intégration » de deux chaufferies nucléaires a été construite pour les installer sur le porte-avions et le sous-marin qui arrive en même temps. La phase d’après se déroulera à Saint-Nazaire sur le site des Chantiers de l’Atlantique, qui construisent les coques des grands navires civils et des unités militaires, dont les porte-hélicoptères et les bâtiments ravitailleurs de forces. Enfin, sera réalisé le système de combat des bâtiments de surface (porte-avions et frégates), l’une des spécialités de Naval Group. A cet effet, il compte sur ses partenariats : le groupe Thalès pour les senseurs, les radars et les contre-mesures ; le missilier MBDA pour les armements ; le groupe Safran pour un certain nombre d’équipements.

Carnet de commandes rempli. Naval Group dispose de sites à Cherbourg et Lorient pour la construction navale, à Toulon pour l’entretien de la flotte de surface et à Brest pour la Force océanique stratégique (FOST). Il réalise un tiers de son chiffre d’affaires à l’international, où il a récemment obtenu des contrats de sous-marins aux Pays-Bas et en Indonésie et de frégates en Grèce. Les deux autres tiers, en France, dépendent des lois de programmation militaire qui prévoient le renouvellement de toutes les composantes navales. Le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque de la série de 6 de la classe Barracuda effectue ses essais à la mer et les deux suivants seront livrés d’ici à 2030. Les 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la FOST seront renouvelés d’ici à 2050 et le premier, dénommé L’invincible, doit entrer en service vers 2035.

Loïc Salmon

Marine nationale : le PA-Ng, programmer sa construction et la formation de l’équipage

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Marine nationale : la mission « Clemenceau 2025 » du GAN dans l’océan Pacifique

 




Exposition « La Marine & Les Peintres, quatre siècles d’art et de pouvoir » à Paris

Pendant quatre cents ans, la Marine a eu besoin des artistes pour communiquer. Elle a su ramener des talents qui soient en cohérence avec ses objectifs.

Selon Bertrand de Sainte-Marie (photo), chef du service de la Conservation du musée national de la Marine, « le sujet naval mêle étroitement art visuel, pouvoir, histoire nationale et enjeux navals ». Les œuvres des artistes témoignent de l’évolution du monde maritime et de la conquête des mers par la France du XVIIème siècle à la fin du XXème siècle.

Une longue histoire. En 1626, Louis XIII confie au cardinal de Richelieu, chef de son Conseil depuis deux ans, la charge de « Grand Maître, Chef et Surintendant général de la navigation et commerce de France ». Cette centralisation du pouvoir sur mer s’étend jusqu’en Nouvelle-France (Canada). Comme il n’existe pas de Corps d’officiers de Marine, le cardinal recrute des gentilshommes de l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem (Ordre de Malte), qui dispose d’une flotte importante, pour diriger la future escadre de la France. Le sujet naval bénéficie alors de la scène artistique parisienne, marquée par une forte présence d’artistes d’Europe du Nord, surtout flamands, qui maîtrisent la peinture de marine. Le siège de La Rochelle (septembre 1627-octobre 1628), place de sûreté du parti protestant soutenu par l’Angleterre, constitue une victoire militaire et politique majeure et devient un sujet de gravures, comme l’attaque du fort de Saint-Martin-de-Ré. L’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée à Paris en 1648, permet aux « peintres du Roy pour les mers » de fusionner la tradition nordique du paysage maritime avec celle des sujets italiens de l’Antiquité. Après la victoire sur la Fronde et la mort du cardinal Mazarin, Louis XIV nomme, en 1669, ministre puis secrétaire d’État à la Marine Colbert qui dotera la France d’une puissante armée navale. L’Académie accueille des artistes chargés de représenter les hauts faits maritimes du roi. Entre 1670 et 1680, cinquante-cinq peintres travaillent à l’arsenal de Toulon et l’esthétisation du fait naval atteint son apogée. La paix, sous la Régence (1715-1723) et au début de règne de Louis XV, puis les revers de la Marine française pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) reportent l’attention sur les ports, symboles de l’expansion économique. L’art unit grand genre, vraisemblance et naturel, parallèlement à l’essor des sciences, notamment en matière de navigation. Le duc de Choiseul, nommé secrétaire d’État à la Marine en 1761, amorce son redressement, qui s’accentue pendant le règne de Louis XVI, formé aux enjeux maritimes et féru d’expéditions lointaines. Secrétaire d’État à la Marine en 1780, le maréchal de Castries assure la victoire française lors de la guerre d’indépendance américaine (1775-1783), grâce notamment aux officiers de Marine d’Estaing, Suffren, de Grasse, la Motte-Piquet et du Couëdic. Louis XVI commande des peintures des victoires navales de ce conflit, revanche sur l’Angleterre. La Marine de la Révolution et du Premier Empire ne parvient pas à vaincre l’Angleterre, mais trouve dans la peinture de batailles navales le moyen de magnifier les actes de courage. Sous la Restauration, le naufrage du navire La-Méduse projette le Salon de 1819 en pleine mer. Les peintures de marine et d’histoire navale reviennent au goût du jour. En vue de la réconciliation nationale, Louis-Philippe institue le musée de l’Histoire de France au château de Versailles, dont la galerie des Batailles inclut des sujets navals. La IIème République (1848-1852) poursuit les commandes des peintures d’histoire, célèbre l’abolition de l’esclavage et consacre l’essor de la peinture de genre et de paysage. Son président, Louis-Napoléon Bonaparte, qui deviendra l’empereur Napoléon III, favorise les innovations techniques et scientifiques en matière navale. Sous le Second Empire, les commandes de tableaux valorisent aussi les expéditions coloniales à travers le monde. La peinture navale évolue vers le genre, le décoratif et l’histoire sociale. La IIIème République commande et achète des œuvres traitant la fête maritime et les parades d’escadres, dans le cadre diplomatique et l’expansion coloniale, ainsi que la stratégie navale. Pendant la première guerre mondiale, la Marine envoie des artistes dans les ports et à bord des bâtiments. Pendant la seconde, la représentation de la Marine reflète la complexité du positionnement des peintres par rapport au gouvernement de Vichy et à celui de la France Libre. Après la Libération, les pratiques picturales se diversifient entre réalisme et utopisme.

Le Salon de la Marine. Du XVIIème siècle à 1881, le Salon de peinture et de sculpture consacre des carrières d’artistes et rythme la vie des arts. La IIIème République met fin au monopole de l’Académie des beaux-arts sur le Salon qu’elle renomme « Salon des artistes français ». Apparaissent alors d’autres sociétés d’artistes comme la « Société nationale des beaux-arts », le « Salon des indépendants » et le « Salon d’automne ». La plupart des artistes participent au Salon officiel et aux autres. En 1905, se crée la « Société des peintres de Marine », qui se fixe pour but d’aider au développement de la Marine française. En 1924, la « Société nationale des beaux-arts de la mer » voit le jour sous le haut patronage du ministre de la Marine Georges Leygues. Puis le gouvernement de Vichy récupère ces aspirations à des fins de propagande. En 1942, il inaugure le premier « Salon de la Marine » puis un autre l’année suivante au musée national de la Marine, qui vient de quitter le Louvre pour le Palais de Chaillot à Paris. En 2026, ce Salon tient sa 46ème édition en même temps que l’exposition. Sur les 281 candidatures reçues lors de l’appel à concours, son jury a retenu 43 artistes dont 38 candidats au titre de « Peintre officiel de la Marine » (voir plus loin). Le Salon expose 84 œuvres, dont plus de la moitié issue du concours. A l’occasion de chaque Salon, le jury et des institutions engagées dans le rayonnement culturel et maritime décernent des prix récompensant des démarches artistiques variées reflétant la diversité des regards sur la mer, les marins et les enjeux contemporains de la Marine. Il s’agit du prix du ministre des Armées et des Anciens Combattants, du prix Marine, du prix du jury et du prix spécial du jury.

Les Peintres officiels de la Marine. L’origine du Corps des peintres officiels de la Marine remonte à 1830, quand les peintres Louis-Philippe Crépin (1792-1851) et Théodore Gudin (1802-1880) sont officiellement rattachés au ministère de la Marine, mais sans texte réglementaire. En 1920, un décret institue le statut de « Peintre du département de la Marine ». En 1981, un autre consacre le titre de « Peintre des armées, spécialité Marine » pour les artistes dont l’œuvre entretient un lien durable avec a mer, les marins et le patrimoine maritime. Ces peintres sont nommés par le ministre des Armées et des Anciens Combattants sur proposition du jury du Salon. Ils ne reçoivent pas de rétribution ni de promesse de commande officielle, mais peuvent embarquer dans les unités de la Marine à terre, en mer et dans les airs. Ils ont rang d’officier et peuvent porter l’uniforme mais sans galon. Privilège accordé par un décret de 1953, tous apposent une ancre de marine à la signature de leurs œuvres, signe distinctif de leur appartenance au Corps et symbole de leur attachement à la Marine nationale. Ils se répartissent en deux catégories : les « peintres agréés », nommés pour trois ans renouvelables ; les « peintres titulaires », nommés après trois agréments successifs.

Le titre de « Peintre officiel de la Marine » inclut aussi des graveurs, sculpteurs, photographes et gens du cinéma. En 2026, le Corps en compte 38, dont une femme.

Loïc Salmon

L’exposition « La Marine & Les Peintres, quatre siècles d’art et de pouvoir » (13 mai-2 août 2026), organisée par le musée national de la Marine, se tient à Paris. Elle présente près de 150 œuvres et accompagne le 46ème Salon de la Marine. Renseignements : www.musee-marine.fr

Marine nationale : depuis quatre siècles et sur tous les océans

Les guerres des mers

Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage




Défense : devoir de mémoire et regard sur un monde en conflit

La paix n’est que relative et l’expérience de la guerre reste toujours présente, peut-être pas pour l’ensemble de la société française, mais certainement chez les militaires déployés en opérations extérieures.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a expliqué lors d’une conférence organisée, le 30 mars 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Se souvenir. Le devoir de mémoire éclaire le présent, nourrit la conscience collective et participe à la formation de citoyens lucides et engagés. Les commémorations constituent des hommages rendus aux générations passées et une reconnaissance des sacrifices consentis dans des périodes de guerre et de rupture. La « quatrième génération du feu », après celles de la première guerre mondiale (1914-1918), de la seconde (1939-1945) et des conflits en Indochine et en Algérie (1946-1962), a perdu plusieurs centaines de morts et entre 15.000 et 20.000 blessés au cours des opérations extérieures. La défaite de la France en 1940 face à l’Allemagne nazie résulte moins de l’incapacité de penser la guerre du moment et plus de son épuisement collectif, lorsqu’elle a demandé à de gens de 40 ans de repartir au front qu’ils avaient connu à 20 ans quand le traitement des maladies post-traumatiques n’existait pas encore. Parmi les 1.038 Compagnons de la Libération, figure André Zirnheld, professeur de français au lycée de Tunis et syndiqué à la CGT, donc peu enclin au militarisme. Pourtant, il a rejoint le Special Air Service britannique en 1940 et a été tué au combat en Libye en 1942. A l’issue de la Guerre froide (1947-1991) et pendant une trentaine d’années, la France a construit une armée qui avait pour vocation de porter sa parole à travers son expérience militaire. Dans ce contexte, le service national obligatoire a perdu de son utilité et a été suspendu effectivement en 2002. Le gouverneur militaire de Paris commande le 24ème Régiment d’infanterie composé de réservistes et dont les anciens avaient participé à la victoire de Yorktown en 1781. Affecté à Washington en 2014, il avait remarqué l’absence de la France parmi les souvenirs de l’histoire des États-Unis dans les couloirs du Pentagone. En novembre 2025, il a dévoilé une statue du maréchal Foch serrant la main du général Pershing avec l’inscription de la fameuse phrase : « La Fayette, nous voilà ! »

Préparer la guerre de demain. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, le monde connaît actuellement entre 50 et 60 conflits ouverts. En 2026, les forces armées françaises se composent de personnels d’active, de réservistes dont le nombre augmente considérablement et de jeunes du Service national volontaire. La France doit se préparer à la résilience totale. En 2022, l’armée ukrainienne a subi le premier choc contre les forces russes mais c’est le peuple ukrainien dans son ensemble qui résiste. La Russie a commencé par attaquer l’Ukraine à partir de la Biélorussie, pour faire tomber le gouvernement ukrainien en quelques jours…sans succès ! La réalité de la guerre apparaît dans les pertes humaines. Actuellement, la Russie perd plus d’un millier d’hommes par jour. Les stratèges ukrainiens cherchent donc à tuer plus de soldats que son armée puisse former et engager sur le terrain. La cohésion nationale constitue le centre de gravité de la France, dont les adversaires tentent de fracturer la société en permanence. Récemment, le chef d’État-major des armées a déclaré qu’il faut se préparer à un choc. Cela ne veut pas dire qu’il va se produire, mais qu’il faut disposer d’un outil suffisamment puissant et dissuasif pour qu’il n’arrive pas, comme pendant la Guerre froide qui a été gagnée face au bloc soviétique. En France, démocratie solide, les prises de décision de haut niveau sont organisées au sein du Conseil de défense. Le président de la République réunit un petit groupe de personnes, qui vont lui proposer des décisions sur le choix d’une action militaire ou d’une entrée en guerre.

Loïc Salmon

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Défense : création d’un Service national volontaire en 2026

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Exposition « Du courage à l’honneur » au musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie

La croix de Guerre, marque du courage, et la Légion d’honneur, celle du prestige, s’inscrivent dans la lignée des récompenses nationales, miroir des valeurs de la République qu’elle incarne et de destinées humaines exemplaires.

De la décoration à l’ordre. « Parler du courage, c’est parler de lucidité, d’une capacité à affronter l’adversité en l’ayant regardée en face et sans regret, sans nostalgie et étant prêt à combattre », a déclaré le général d’armée François Lecointre, Grand Chancelier de la Légion d’honneur et Chancelier de l’ordre national du Mérite, devant quelques journalistes le 21 avril 2026, veille de l’inauguration de l’exposition. Toutefois, il a souligné que le courage ne concerne pas que les militaires et que la Légion d’honneur a une vocation universelle. « L’Empereur (Napoléon 1er), dit-il, a tout de suite voulu, en créant un ordre universel, bien expliquer qu’on devait mélanger le courage et la bravoure du militaire avec la science des savants et le talent des artistes. Parce que pour faire une société unifiée et complète, il fallait que tous les talents, tous les services, tous les engagements de la société, donc que tous les champs d’activité de la société puissent être récompensés par un ordre unique. » L’ordre de Saint-Louis, créé par Louis XIV, était réservé aux militaires et son ruban rouge a inspiré celui de la Légion d’honneur. De même, la croix à quatre branches de l’ordre de Malte a servi de modèle à celle de la Légion d’honneur qui en compte une de plus. L’ordre national de la Légion d’honneur, plus haute distinction française créée en 1802 par Napoléon Bonaparte Premier consul, récompense les mérites éminents acquis au service de la France pendant vingt années au moins. En 2025, il compte 77.000 membres et, chaque année, 2.200 Français et 300 étrangers sont décorés dans les trois grades (chevalier, officier et commandeur) et deux dignités (grand officier et grand-croix). Deuxième décoration française dans l’ordre de préséance, la Médaille militaire, créée en 1852 par Napoléon III, empereur des Français, et concédée aux soldats et sous-officiers d’active, de réserve ou anciens combattants, récompense des exploits extraordinaires ou au moins huit ans passés sous les drapeaux. En 2025, elle compte 142.000 titulaires et, chaque année, environ 2.700 Français et 30 étrangers en sont décorés. Universel comme la Légion d’honneur mais n’exigeant qu’au moins dix ans de services, l’ordre national du Mérite, créée en 1963 par le président de la République Charles de Gaulle, récompense les mérites distingués acquis soit dans la fonction publique, civile ou militaire, soit dans l’exercice d’une activité privée. En 2025, il compte 176.000 membres et, chaque année, 3.800 Français et 300 étrangers sont décorés dans les trois grades (chevalier, officier et commandeur) et deux dignités (grand officier et grand-croix). La Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme, créée en 2016 par le président de la République François Hollande, a vocation à leur manifester l’hommage de la France à la suite d’attentats commis sur le territoire national ou à l’étranger. Attribuée à la demande des intéressées depuis 2018, elle se place au quatrième rang dans la hiérarchie des distinctions françaises.

Des objets rares. Selon son directeur-conservateur Peter Keller, le musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie est « un musée de société et d’histoire, qui présente l’histoire sociale de la France à partir du XVIème siècle, voire avant, et cherche à faire découvrir la Légion d’honneur et les valeurs que représentent l’exemplarité, l’universalité, le civisme et mettre en lumière des parcours des hommes et des femmes, qui se sont engagées pour le bien commun et ont rendu des services à la nation. » Le musée s’est associé au Service historique de la Défense pour réaliser l’exposition « Du courage à l’honneur » et son catalogue, car tous deux conservent des fonds historiques et iconographiques symboliques, des médailles et des objets d’art et d’histoire. Héritier des dépôts de la Guerre et de la Marine créés sous Louis XIV, le Service historique de la Défense résulte de la fusion en 2005 des Services historiques de l’armée de Terre, de l’armée de l’Air, de la Marine nationale et de la Gendarmerie nationale. L’exposition montre pour la première fois de beaux objets rarissimes et qui racontent un contexte. Ainsi, l’insigne et la plaque métallique de grand-croix de l’ordre autrichien de Léopold, créé en 1808, a récompensé onze personnalités civiles et militaires selon des critères similaires à ceux de la Légion d’honneur. Quoique l’Autriche des Habsbourg fut l’une des principales adversaires de Napoléon, celui-ci en devint le premier récipiendaire et épousera deux ans plus tard Marie-Louise, petite-nièce de la reine Marie-Antoinette guillotinée en 1793. L’unique ensemble identique de ces décorations se trouve…au Kremlin ! Par ailleurs, une présentation chronologique des objets et documents symboliques permet de mettre en avant les ruptures et les continuités dans la création d’une structure de récompenses de la bravoure. Cela commence sous l’Ancien Régime et se poursuit jusqu’à aujourd’hui, avec des adaptations. L’exposition présente un des deux exemplaires (1788) restants des statuts de l’ordre du Saint-Esprit, créé en 1578 par Henri III. Le second se trouve à la bibliothèque de l’Assemblée nationale. Il avait été envisagé, vers 1775-1780, de créer des décorations pour récompenser des « actions glorieuses et éclatantes du service de mer ». Un « tableau » inédit présente ce projet de six décorations sous forme de médaillons portés sur la poitrine et réservés aux officiers de la Marine royale : une épée et un pistolet enlacés de laurier pour un « capitaine qui prendra un vaisseau à l’abordage plus fort que le sien » ; un pistolet et une épée entrecroisés pour un « capitaine qui prendra un vaisseau à l’abordage égal au sien » ; deux canons en croix pour un « capitaine qui prendra au canon un vaisseau plus fort que le sien » ; deux pistolets pour une « capitaine en second qui prendra à l’abordage une vaisseau plus fort que le sien » ; un canon seulement pour un « capitaine, qui prendra au canon un vaisseau égal au sien » ; une grenade enflammée pour un « capitaine commandant un brûlot (navire chargé d’explosifs) qui brûlera l’ennemi ». Ce projet restera sans suite malgré la victoire de la baie de Chesapeake (1781) de l’amiral de Grasse sur la flotte anglaise, bataille décisive pour l’indépendance américaine. Alors que seuls les officiers catholiques étaient récompensés, Louis XV institue le « Mérite militaire » pour les non-catholiques au service de la France. En outre, les soldats ayant servi 24 ans sous les drapeaux ou sur les bateaux sont récompensés par le « Médaillon des deux épées », qui perdurera jusqu’en 1830. L’insigne de la petite grenade, contemporaine, est encore porté dans la Gendarmerie et l’armée de Terre…250 ans après sa création. Une aquarelle représente la cérémonie du 16 août 1804, quand Napoléon remet la Légion d’honneur à certains des 80.000 soldats rassemblés au camp de Boulogne, en vue d’un hypothétique débarquement en Angleterre, et qui deviendront la Grande Armée. Un trône du roi Dagobert a symbolisé le lien entre les Bonaparte et les Mérovingiens et, pour souligner la continuité de la bravoure militaire, les insignes étaient déposés dans les armures de Bayard et de Du Guesclin. L’exposition présente aussi le premier insigne de la croix la Légion d’honneur que Napoléon a porté à cette occasion et celui de grand-aigle (grand-croix aujourd’hui), porté à Sainte-Hélène et qu’il a légué à son frère Lucien. Au-dessus, se trouve son exemplaire personnel de l’almanach, document administratif des fonctionnaires des 130 départements de 1811, volé puis retrouvé en 1915, cent ans après Waterloo.

Loïc Salmon

L’exposition « Du courage à l’honneur » (22 avril-20 septembre 2026), organisée par le Service historique de la défense et le musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie se tient à Paris. Elle présente des décorations, objets, tableaux et documents. Renseignements : www.legiondhonneur.fr

Du courage à l’honneur, trésors de la symbolique du Service historique de la Défense

Exposition « Honneur aux braves, la croix de Guerre » à Vincennes

La Légion d’honneur

 




Du courage à l’honneur, trésors de la symbolique du Service historique de la Défense

La vertu militaire, récompensée par une décoration, reflète le dévouement de tous les combattants à leur pays, du simple soldat à l’officier général, et même des unités entières. Les ordres nationaux mettent sur un pied d’égalité les plus hautes personnalités civiles et les militaires récipiendaires les plus anonymes.

Héritière de la cavalerie romaine, la « chevalerie » médiévale, progressivement confondue avec la noblesse, recouvre peu à peu une catégorie sociale et professionnelle et un ensemble de valeurs et de pratiques culturelles. Quoique la chevalerie des XIVème et XVème siècles diffère de celle apparue entre les Xème et XIIème siècles, Louis XI instaure l’ordre de Saint-Michel en 1469 et y intègre les idéaux de la chevalerie médiévale. Des ordres de chevalerie l’ont précédé en Europe et d’autres lui succéderont. Conformément aux statuts, chaque nouveau chevalier se voit contraint de suivre des règles et de respecter des engagements, dont la fidélité au souverain. L’ordre du Saint-Esprit, créé par Henri III en 1578, est réservé à a noblesse. Une rupture se produit en 1693 quand Louis XIV instaure l’ordre royal de Saint-Louis pour récompenser le mérite militaire, où l’appartenance à la noblesse n’est plus requise et seule compte la bravoure au combat, assortie de dix ans de service. Au cours du XVIIIème siècle, les réflexions portent sur l’importance de distinguer les récompenses de longévité de service de celles pour action d’éclat, notifiées par un « médaillon de vétérance » avec deux épées entrecroisées. Ainsi Jean Thuret (1699-1807), le « plus vieux soldat de France », l’a servie 72 ans et a reçu trois médaillons avant d’être nommé dans la Légion d’honneur en 1804. Entretemps, la Révolution a aboli les ordres chevaleresques. Institué en 1802, l’ordre de la Légion d’honneur puise dans le symbolisme de la Révolution pour souligner son caractère universel en associant, en 1804, son insigne à une couronne composée d’une branche de laurier pour la victoire et d’une branche de chêne pour la vertu civique. En 1857, Napoléon III institue la « médaille de Sainte-Hélène » pour la reconnaissance rétrospective des anciens combattants des guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815), officiellement désignée « commémorative », et première distinction française de ce type. L’affrontement de millions de combattants au cours de la première guerre mondiale nécessite, pour le commandement, de disposer d’une récompense égalitaire tout en hiérarchisant les faits d’armes et en assurant la reconnaissance au plus près des événements. C’est la croix de Guerre 1914-1918, qui sera décernée pour acte de bravoure au simple soldat comme au maréchal, à des civils, à des femmes, à des étrangers des armées alliées et même à des animaux ! Par la suite, seront instituées la croix de Guerre de théâtres d’opérations extérieurs en 1921, toujours attribuée en cas de guerre déclarée, et la croix de Guerre 1939-1945. Des unités militaires, des communes, des institutions et des entreprises ont reçu une croix de Guerre et, parfois, la Légion d’honneur. En 1930, est instaurée la « croix du Combattant » pour tout militaire présent au front pendant une durée minimale au sein d’une unité engagée au combat. Cette croix, dont le dessin se rapproche de celle de la croix de Guerre mais sans les glaives, inspirera celle de la Valeur militaire de 1956 encore décernée à l‘occasion d’opérations, mais non de guerres, extérieures. Compagnon de la Libération, le général Ralph Monclar (1892-1964) a reçu la Légion d’honneur (grand-croix), la Médaille militaire, les trois croix de Guerre, la médaille de la Résistance et celle des blessés (7 étoiles).

Loïc Salmon

« Du courage à l’honneur, trésors de la symbolique du Service historique de la Défense », ouvrage collectif sous la direction de Jean-François Dubos, Tom Dutheil et Marcel Joussen-Anglade. Éditions Pierre de Taillac, 384 pages, nombreuses illustrations, 45 €

Exposition « Du courage à l’honneur » au musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie

L‘ordre de Saint-Michel

Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

 




1er et 2 octobre 2026, Commémoration du 70ème anniversaire de la création de la croix de la valeur militaire

 

L’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire organise la commémoration du 70ème anniversaire de la création de la croix de la Valeur militaire à Paris les 1er et 2 octobre 2026.

Journée du 1er octobre 2026

14h45 : Dépôt de gerbe au monument des soldats morts pour la France en opérations extérieures, Jardin Citroën

16h15 : Dépôt de gerbe au mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, Quai Branly

17h45 : Dépôt de gerbe sous l’Arc de Triomphe

20h00 : Dîner associatif

Journée du 2 octobre 2026

Hôtel national des Invalides

10h00 : Colloque à l’Amphithéâtre Austerlitz

11h30 : Dépôt de gerbe sur la tombe du Vice-Amiral Guépratte  dans le caveau des gouverneurs

14h15 : Colloque à l’Amphithéâtre Austerlitz

17h00 : Prise d’armes interarmées dans la cour d’honneur des Invalides

Par ailleurs, voici quelques liens utiles concernant la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives du ministère des Armées :

www.defense.gouv.fr/memoire

www.eduscol.education.fr/cid47702/ressources-nationales-pour-l-education-a-la-defense.html

www.cheminsdememoire.gouv.fr

www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

et un lien concernant l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire :

Cérémonies du centenaire (1919-2019) de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire à Paris

 

 

 

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Défense : nécessité de préserver la souveraineté spatiale

La puissance spatiale d’un État se trouve limitée par les menaces d’un État compétiteur, mais aussi par l’importance prise par des entreprises spatiales privées.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Caroline Laurent, directrice des Systèmes orbitaux et des Applications au Centre national des études spatiales et experte de l’armement et des systèmes, y est intervenue.

Menaces en tous genres. Sur le plan militaire, les détecteurs des satellites d’observation peuvent être brouillés et les caméras aveuglées par des armes laser. Déjà, des satellites russes se sont rapprochés volontairement de ceux de la France. Par ailleurs, il n’y avait que 13.000 objets en orbite en 2019, quand le milliardaire américain Elon Musk décidé d’investir dans l’espace. Depuis, sa société SpaceX a mis 10.000 satellites en orbite. Blue Origin du groupe américain Amazon veut en rajouter 15.000. La Chine envisage de constituer deux constellations de 15.000 satellites chacune, l’une pour les concurrencer et l’autre pour les besoins nationaux. Cette multiplication des satellites en orbite, qui devrait se poursuivre, devient une menace pour le fonctionnement et la durabilité des opérations dans l’espace. S’y ajoute une menace économique, lorsqu’une entreprise privée, capable de fabriquer des satellites peu chers, pourra rendre viable un modèle de lanceur réutilisable, possibilité considérée comme inutile il y a dix ans. Début 2026, SpaceX, disposant de suffisamment de stellites, a décidé d’abaisser leurs orbites, ce qui les rapprochera de celles des satellites d’observation d’autres nations. Celles-ci devront donner leurs coordonnées pour éviter des collisions, impliquant une perte de souveraineté importante. SpaceX se constitue ainsi progressivement un catalogue, alors que les États-Unis savent déjà tout ce qui se passe dans l’espace en temps réel. Toutefois, aux niveau français et européen, des industriels et des startups travaillent dans ce domaine pour atteindre une certaine autonomie. Par ailleurs, des satellites descendant à 1.000 km d’altitude risquent de se désintégrer dans l’atmosphère et de multiplier le nombre, déjà considérable, de débris en orbite. Vu qu’une collision volontaire entre satellites au-delà de 400-500 km constituerait une menace réelle pour tous les pays en disposant, les essais d’armes antisatellites (par la Russie et la Chine) ont été effectués en dessous de ces altitudes.

Moyens de prévention. Le rapprochement volontaire de satellites à la limite de la collision s’apparente à de la dissuasion. Il démontre la capacité de destruction de l’assaillant, mais dont la mise en œuvre perturberait ses propres satellites sur la même orbite. Les technologies de l’intelligence artificielle permettent le traitement au sol de grandes masses de données en temps réel, malgré la rapidité des mouvements. Les algorithmes parviennent à positionner tout ce qui bouge dans l’espace, y compris les débris. Une trajectoire évoluant de façon bizarre correspond à un satellite manœuvrant. L’attribution de cette manœuvre reste difficile et nécessite une interprétation reposant sur une solide expérience du traitement de données par l’intelligence artificielle. Au cours des derniers mois, des objets considérés comme des débris se sont mis à manœuvrer. En fait, un gros satellite, déjà placé en orbite géostationnaire (36.000 km d’altitude au-dessus de l’Équateur) par une fusée, a libéré des petits satellites, comme une poupée gigogne. Par ailleurs, les États-Unis peuvent empêcher des opérateurs de satellites non-américains d’émettre sur leur territoire. En Europe, des réflexions sont en cours sur une réglementation limitant l’allocation d’opérations spatiales de Starlink, service de connexion internet à très gros débit de SpaceX. Or dans certains endroits, seul Starlink est accessible et quelques pays européens ne sont guère favorables à une limitation de Starlink.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité