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347 | Dossier : « Bataille de Cao Bang »

Dossier : « Bataille de Cao Bang »

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Marine : Patmar et Forfusco, de l’action de l’Etat en mer au combat

Le succès de certaines opérations aéromaritimes et aéroterrestres repose parfois sur la complémentarité de deux cultures de marins accomplis dans leur métier : celle de la Patrouille maritime (Patmar) et celle de la Force maritime des fusiliers et commandos (Forfusco).

Cette impression ressort de deux conférences prononcées lors d’une visite organisée, les 5 et 6 octobre 2022 dans deux sites de la Marine nationale en Bretagne, par l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire. Sur la base aéronavale (BAN) de Lann-Bihoué, le capitaine de frégate commandant la flottille 23 F a présenté la Patmar et, à Lanester, le capitaine de frégate féminin, chef de cabinet de l’amiral commandant la Forfusco, a présenté cette dernière.

Patmar, vite, loin et en autonomie. La Patmar comprend deux flottilles (21 F et 23 F) totalisant chacune 240 marins et 10 à 14 avions Atlantique 2 (ATL2, photo). Un équipage se constitue en plusieurs années par la formation élémentaire, les qualifications avancées et la vie opérationnelle. Les missions varient de 5 heures à 1.000 milles marins (1.852 km) à 8 heures à 500 milles (926 km). Chaque ATL2 embarque un équipage de 14 personnes réparties entre le cockpit et la tranche tactique. Trois fonctions sont assurées par 4 marins dans le cockpit : le commandant de bord (officier), chef de mission ; le pilote (officier) ; les deux mécaniciens de bord conseillers techniques chargés de la conduite machine et de la préparation de l’avion et du chargement. La tranche tactique est occupée par 10 personnes : le coordonnateur tactique (officier) ; 3 techniciens responsables de la radio, de la guerre électronique et des transmissions satellitaires ; 3 navigateurs et radaristes ; 1 acousticien ; 1 photographe ; 1 opérateur de prises de vues vidéos. Le plus jeunes acquièrent de l’expérience, grâce au compagnonnage des anciens. Devenus officiers mariniers (sous-officiers), ils se répartissent en spécialités : les mécaniciens pour l’entretien des moteurs, de la cellule, des trains d’atterrissage, des systèmes hydrauliques et autres ; les électroniciens pour l’entretien des radios, du radar, des consoles et des systèmes d’armes et de navigation ; les armuriers pour le chargement des bouées acoustiques, des artifices pour signaux et de l’armement de l’avion. L’ATL2 emporte, en soute, 2 missiles air-mer AM39 Exocet, 6 torpilles MU90 et 4 bombes guidées laser de 125 ou 250 kg. Depuis 2014, la Patmar a déjà tiré 54 de ces bombes au cours des opérations « Chammal » au Levant et « Barkhane » en bande sahélo-saharienne. Dans la lutte anti-sous-marine, l’ATL 2 peut larguer jusqu’à 150 bouées acoustiques, actives ou passives, par mission. A terme, la Patmar disposera de 18 ATL2 rénovés et aux performances améliorées. Fin 2020, 3 avions et 5 équipages ont atteint une première capacité opérationnelle. Un an plus tard, 5 avions et 8 équipages ont été mis en service opérationnel.

Forfusco, capacité multi-milieux. Commandée par un contre-amiral, la Forfusco compte 18 unités et 2.600 marins, dont un état-major de 100 personnes. Par l’interdiction maritime au large et sur le littoral, les 1.800 fusiliers marins protègent notamment les ports de Cherbourg, Brest (y compris les BAN de Lanvéoc et Landivisiau et la base sous-marine de l’Ile Longue), Lorient (BAN de Lann-Bihoué et les Commandos Marine) et Toulon. Les 700 commandos Marine se répartissent en 6 unités à Lorient et 1 à Toulon pour les actions spéciales à terre et en mer. Leur cycle opérationnel de deux ans correspond au temps de commandement d’une unité : 4 mois de remise en condition opérationnelle, 4 mois de déploiement à Djibouti, 4 mois de disponibilité opérationnelle, 4 mois en opérations et 8 mois de disponibilité opérationnelle et de « régénération ». Embarquant sur les frégates, porte-hélicoptères amphibie, hélicoptères et sous-marins, ils disposent d’armements et équipements spéciaux.

Loïc Salmon

Marine nationale : la Patrouille maritime, en alerte permanente

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

DGA : qualifications du mini-drone Marine et du parachute pour chuteurs opérationnels




Industrie de défense : les armes hypersoniques à l’heure asiatique

Alternative quasi-invincible au missile balistique, les armes hypersoniques sont au cœur d’une course technologique en Asie, où l’équilibre sécuritaire maintenu par les États-Unis est remis en cause.

Pour éclairer ces implications qu’Emmanuelle Maitre, chargée de recherche à la Fondation sur la recherche stratégique, est intervenue au cours d’une conférence-débat organisée le 29 septembre 2022 par les associations Sights et Les Jeunes IHEDN Normandie.

Matériel polyvalent mais coûteux. Le terme d’arme hypersonique désigne un engin emportant une charge à une vitesse égale ou supérieur à Mach 5 (6.174 km/h) suivant une trajectoire atmosphérique modifiable en vol. Il se décline sous deux formes, à savoir planeur et missile, se différenciant par leur propulsion et leur altitude. Le planeur est mis à poste à 300 km d’altitude par des fusées spatiales, qui lui confèrent sa vitesse inertielle et potentielle. Le missile est, quant à lui, équipé d’un statoréacteur et se déplace à 30 km d’altitude. Leur portée est tenue secrète mais certains prototypes pourraient atteindre une cible jusqu’à 5.000 km avec une précision d’une dizaine de mètres. L’alliance du vol à basse altitude, de la vitesse et de la manœuvrabilité rend ces armes difficiles à détecter, à anticiper et à intercepter. Cette imprévisibilité les distingue du missile balistique, qui atteint également une vitesse hypersonique mais suit une trajectoire extra-atmosphérique en ellipse avec un point de chute facilement calculable. Si la charge embarquée peut être autant nucléaire que conventionnelle, les armes hypersoniques ont d’abord été pensées à des fins de dissuasion stratégique. Pionniers dans le domaine, les États-Unis ont étudié un programme de planeur comme vecteur nucléaire dès les années 1960. Cependant ce programme a été abandonné en raison des progrès des missiles intercontinentaux toujours difficilement contrés. Lancé à l’issue de la guerre froide, le programme américain « Prompt Global Strike » a tenté de développer des missiles de croisière hypersoniques à portée globale. Après quelques difficultés, les efforts se sont concentrés sur des missiles de plus petite taille à emploi tactique, afin d’éliminer une cible précise, mobile et à haute valeur ajoutée, sur un champ de bataille. Par ailleurs, des projets sont à l’étude afin d’étendre les usages de la vitesse hypersonique au transport civil. Cette technologie présente néanmoins plusieurs inconvénients. L’exemple américain a permis de chiffrer les coûts très élevés de développement pour mener un programme à maturité. D’autres armes, plus abouties et moins onéreuses, offrent le même résultat. Enfin, des systèmes de contre-mesure sont déjà financés pour neutraliser ces missiles. Pourtant plusieurs pays d’Asie n’ont pas hésité à investir dans cette technologie pour ne pas rater l’accès à une arme d’apparence prometteuse.

Prolifération de programmes en Asie. Plusieurs États de la zone indopacifique investissent dans la recherche et le développement des missiles hypersoniques et avec succès. Au-delà de l’effet d’annonce, Emmanuelle Maitre rappelle que ces programmes ne répondent pas toujours à des objectifs limpides ni même aux caractéristiques d’une arme hypersonique. Les États-Unis mènent actuellement sept programmes de missiles dont trois au stade d’essais : « Operational fires » , « AGM-183A » et « HAWC ». Toutefois, ils sont rattrapés, voire dépassés, par la Russie et la Chine qui disposent d’armes déjà opérationnelles. Ainsi, la Russie a mis au point le planeur Avangard (voir encadré), le missile antinavire Zirkon et le système Kinjal, à savoir un missile balistique mis à feu depuis un avion. La Chine déploie le DF-ZF (ou DF 17), constitué d’un planeur couplé au missile balistique de courte portée DF-16. Un missile de croisière à statoréacteur serait aussi en développement. La Corée du Nord a récemment annoncé avoir lancé un missile hypersonique, en réalité un missile balistique à tête manœuvrante. Elle n’a pas indiqué la distance entre la séparation et le point d’impact qui permettrait d’y déceler un bond technologique. Le gain de temps offert en cas de frappe sur Séoul (capitale de la Corée du Sud) ne constitue pas une rupture par rapport à ses missiles balistiques. Face à elle, la Corée du Sud a lancé son premier missile hypersonique il y a trois ans. Le Japon a publié son objectif de concevoir un planeur d’ici à 2030 pour ne pas se laisser distancer par ses adversaires potentiels russes et chinois. La France développe aussi un armement hypersonique dans le cadre du renouvellement de ses forces aériennes nucléaires stratégiques, notamment le planeur VMAX. Quant à l’Inde, elle aurait lancé un missile HSTDV couplé à un missile balistique Agni de portée moyenne ou intermédiaire développé en interne. Elle a également commencé l’étude du Bramos 2 en coopération avec la Russie, bien que le programme semble à l’arrêt depuis 2020. Comme Pyongyang, New-Dehli semble davantage rechercher un gain politique en démontrant sa capacité technologique, au détriment d’une réflexion stratégique sur le l’emploi de ces armes.

Menace du « game changer ». Par ses caractéristiques techniques, l’arme hypersonique peut remettre en question l’équilibre militaire de la zone indopacifique marquée par de fortes tensions. S’il est peu probable, pour Emmanuelle Maitre, qu’un État puisse totalement se protéger d’une attaque nucléaire, un bouclier anti-missile apparaît néanmoins pertinent contre des tirs conventionnels. Le cas de Taïwan illustre bien le bouleversement induit par l’emploi des missiles hypersoniques. Dans le scénario d’une invasion, une frappe de précision rapide pourrait paralyser la capitale Taipei et ralentir la mobilisation de ses forces armées. Dans un deuxième temps, les bases américaines situées à proximité seraient neutralisées, leurs défenses étant encore inopérantes face aux missiles hypersoniques. Enfin, une zone de déni d’accès autour de l’île serait imposée aux flottes américaine et japonaise. Malgré les inconnues qui persistent sur les performances et le nombre réel des missiles chinois, il est clair que les porte-avions américains seront les premiers visés. Pièce maîtresse de la protection du détroit, ils ne disposent pas non plus de défense face à des missiles aussi véloces. Le discours politique pointant cette vulnérabilité a permis au Pentagone d’obtenir le financement des programmes hypersoniques dans le budget voté par le Congrès en 2021. Parmi les technologies défensives étudiées, les armes à énergie dirigée seraient en mesure de désorienter les composants, aussi sensibles que perfectionnés, d’un système hypersonique. La Corée du Sud et le Japon coopèrent avec les États-Unis pour obtenir un succès dans ce domaine. Une réflexion est aussi engagée pour repenser la défense anti-missile. Pour limiter la vulnérabilité du dispositif américain à l’égard des frappes, la mobilité et la dissimulation des forces doivent être améliorées. L’aspect révolutionnaire des armes hypersoniques doit être pour le moment relativisé, conclut Emmanuelle Maitre. Elle pointe avant tout leur bénéfice politique. Si les avancées scientifiques se poursuivent, elles n’accoucheront pas d’une arme miracle capable d’emporter la décision. Sans doctrine d’emploi, le risque est grand de gâcher des munitions au coût très élevé, à l’image du missile russe Kinjal en Ukraine.

Louis Lamiot

Le planeur russe Avangard, lancé par un missile balistique, atteindrait 33.000km/h avec des rebonds atmosphériques successifs pour contourner les systèmes américains THAAD (anti-missiles balistiques) et Aegis (antinavire et anti-aérien). Le système hypersonique chinois DF-ZF est un drone capable de voler à Mach 10 (12.348 km/h) selon des trajectoires paraboliques. Le missile balistique DF-17, qui l’emporte, pourrait parcourir de 1.800 à 2.500 km. La cellule du DF 17 serait protégée par une couche d’aérogel (solide à très faible densité) pour résister à une chaleur de 1.000 °C et bloquer de rayonnement infrarouge sans gêner les émissions de ses capteurs.

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

Défense : l’innovation, pour la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

 




Défense : « Revue nationale stratégique 2022 »

Crise sanitaire et climatique et retour d’une guerre de haute intensité en Europe rappellent l’interdépendance internationale dans les domaines alimentaire, économique et énergétique. Quand la compétition et la confrontation stratégiques se confondent, souveraineté et résistance prennent un tour nouveau.

Cela ressort de la « Revue nationale stratégique 2022 » présentée, le 9 novembre 2022 à Toulon, par le président de la République Emmanuel Macron, à bord du porte-hélicoptères amphibie Dixmude, et détaillée par le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale.

Environnement stratégique. Postures d’intimidation ou stratégies agressives se manifestent, mêlant modes d’action militaires et non militaires, manipulation de l’information et menace nucléaire à des fins d’intimidation. La désinhibition des puissances globales et régionales, poursuivant des révisions de l’Histoire et des politiques militaires opportunistes, va de pair avec le renforcement de la tendance aux replis isolationnistes ou identitaires. Prolifération technologique et menace terroriste restent d’actualité. En outre, des déséquilibres risquent d’émerger, notamment sur l’accès à l’eau, l’insécurité alimentaire, les migrations, la démographie et les pandémies. Une réponse globale vise à favoriser l’émergence d’une conception commune et partagée de la défense de l’Europe et de son autonomie stratégique. Les menaces s’inscrivent dans un cadre marqué par la haute intensité de l’affrontement potentiel entre forces conventionnelles. Elles se concrétisent par les stratégies « hybrides » (attaques cyber, numériques et dans l’espace) ou de déni d’accès à une zone pour peser sur les intérêts de la France (exploitation des vulnérabilités des flux ou infrastructures logistiques et des espaces aéromaritimes).

Défense et action. Pour lutter contre les menaces hybrides, la France s’appuie sur l’OTAN et l’Union européenne afin de bénéficier d’effets de levier. Sa stratégie d’influence mobilise une diplomatie publique dans une approche globale et sur le temps long, pour valoriser ses engagements et riposter efficacement à des manœuvres ou à des attaques informationnelles, notamment en Afrique. La communication stratégique de la France, éventuellement coordonnée avec celles de ses alliés, vise à porter un message cohérent, crédible et efficace vers les compétiteurs, partenaires ou alliés et vers les opinions publiques nationale et internationale. La France lutte contre l’utilisation du droit et de la norme, comme outil stratégique (« lawfare »), par ses compétiteurs et appuie l’adoption d’outils européens concourant à la lutte contre l’extraterritorialité. Elle développe de outils de riposte contre les sociétés militaires privées, groupes armés ou milices utilisées comme intermédiaires (« proxies ») par des puissances hostiles, pour démultiplier leurs actions de contestation ou de compétition, tout en maintenant un déni plausible. Diffusion d’informations, sanctions françaises ou européennes, poursuites judiciaires ou même actions militaires pourront cibler ces groupes, s’ils mènent des activités préjudiciables aux intérêts de la France, portent atteinte aux droits humains ou commettent des crimes de guerre.

Ambition pour 2030. Afin de devenir une puissance d’équilibres dans le monde en 2030, la France entend contribuer à la stabilité en Méditerranée, grâce à des capacités d’engagement dans un conflit de haute intensité. Elle peut déjà assumer le rôle de nation-cadre au sein d’une coalition de l’OTAN, de l’Union européenne ou de circonstance. Dans le cadre de partenariats équilibrés, elle agit de l’Afrique subsaharienne au golfe Arabo-Persique, à partir de points d’appui adaptés, et contribue à la stabilité de la zone indopacifique. Avec ses partenaires, elle assure sa liberté d’action dans les espaces communs (cyber, spatial, fonds marins et espace aéromaritime) et la sûreté de ses voies d’approvisionnements.

Loïc Salmon

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles




Marines : se préparer au combat naval de haute intensité

Agir dans la complexité qui s’impose à nous, trouver chez les autres ce qu’on n’a pas et se battre avec ce qu’on a après une longue réflexion en amont.

Ces conditions de la victoire sur mer ont été exposées par l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine, au cours d’un colloque organisé, le 17 octobre 2022 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et la Sogena (Société d’organisation et de gestion d’événements navals dont le salon Euronaval à Paris). Sont également intervenus : le vice-amiral d’escadre Didier Piaton, N°2 du Commandement maritime allié de l’OTAN ; Bryan Clark, directeur de recherche au centre de recherche américain Hudson Institute ; Frédéric Le Lidec, directeur de la recherche, du développement et de l’innovation chez Naval Group.

Retour du combat à la mer. Le concept de l’attaque de la mer vers la terre a vécu, souligne l’amiral Vandier. Il faut à nouveau se préparer à la violence du combat entre unités navales, laquelle est passée de 400 morts à la bataille de Trafalgar (1805) à 1.400 morts pendant un affrontement de la seconde guerre mondiale. En outre, il faut vingt ans pour reconstruire ou construire une Marine de haute mer. Ainsi, celle de la Chine, en développement constant depuis 2015, devrait atteindre, en tonnage, le double de celui de la Marine américaine en 2035. Aujourd’hui, le groupe aéronaval français se trouve au contact d’une flotte russe en Méditerranée avec parfois des pointages radar (comportement hostile). Une frégate russe, chinoise ou turque parvient à naviguer dans les eaux internationales en face de Brest. Dès la sortie du port, il faut se préparer au combat et à tirer pour détruire l’adversaire. A Brest et par tout temps, l’escorte navale et aérienne protège le départ en patrouille de chaque sous-marin nucléaire lanceur d’engins. Après la guerre en Ukraine, le comportement de la Russie sera très différent. Il s’agit de se préparer à combattre en mode dégradé, sans GPS ni communication satellitaire. L’avion de chasse embarqué Rafale, quoique beaucoup plus performant que le Super-Etandard, passe très difficilement en mode dégradé, comme les sous-marins nucléaires d’attaque de nouvelle génération ou les frégates multi-missions (FREMM). Dans ce contexte, l’exercice interarmées, interalliés et inter théâtres « Polaris » de préparation opérationnelle à un engagement de haute intensité a mobilisé 6.000 militaires français et étrangers, dont 4.000 de la Marine nationale, du 18 novembre au 3 décembre 2021. Outre la volonté de se battre jusqu’au bout, il faut de la chance, expression ultime du talent acquis par une longue réflexion préalable, conclut le chef d’état-major de la Marine.

Leçons de la guerre en Ukraine. Le Commandement naval de l’OTAN exerce un effet de dissuasion et une capacité de réaction au profit des États membres, explique l’amiral Piaton. Il assure la fusion des informations recueillies par les Marines de vingt pays et évalue en permanence les rapports de forces en Atlantique. Dès le début de la crise ukrainienne, il a suivi les déplacements de la Marine russe, de la Baltique au Pacifique et en mer Noire, et a établi une corrélation entre les mouvements des forces et les exercices terrestres, dès fin 2021. La frontière entre les forces russes et celles de l’OTAN n’existe pas. En raison de son soutien officiel à l’Ukraine, l’OTAN, qui n’est pas en guerre contre la Russie, a mené une action coordonnée pour renforcer son flanc Est. La gestion opérationnelle de la crise vise à éviter toute escalade et de donner à la Russie un prétexte pour en rendre l’OTAN responsable. Sur le plan naval, il s’agit de se coordonner face aux manifestations brutales, comme la présence de mines dérivantes en mer Noire ou l’attaque de gazoducs au large de la Scandinavie. Le maintien de la supériorité opérationnelle, à raison de trois contre un, repose sur l’expertise de tous les Alliés du flanc Est, de la Norvège à la Turquie, et sur la coordination de 200 bâtiments de combat. Plusieurs enseignements sont tirés de la guerre en Ukraine : création de zones de déni d’accès par l‘allonge des armes et la furtivité des plateformes navales ; détermination de cibles terrestres à partir d’armes navales ; ciblage d’objectifs navals à partir d’armes côtières. L’entrée en combat de haute intensité se ferait de façon soudaine, sans choisir le moment ni le lieu, ou par réaction à une provocation délibérée, comme le tir de la première torpille ou du premier missile. La Marine russe a déjà subi des revers, à savoir les pertes du croiseur Moskva et de l’île aux Serpents en mer Noire. Sa supériorité de fait se trouve limitée par des frappes parties de la terre, interdisant toute intervention amphibie. L’article V de l’Alliance Atlantique sur la défense collective implique le maintien de la supériorité navale par une volonté commune et la rapidité de décision de 30 nations en quelques heures. Il s’agit de durer et bénéficier de la mer pour la logistique de l’Union européenne, alors que les forces russes souffrent des retards de livraisons de munitions et rencontrent des difficultés de coordination. Les forces ukrainiennes reçoivent des technologies de pointe, à savoir armes à longue portée, dispositifs de brouillage et drones. La Marine russe renouvelle sa composante sous-marine, mais celles de l’OTAN modernisent la lutte anti-sous-marine, notamment avec les FREMM françaises et italiennes. La supériorité opérationnelle de l’OTAN s’entretient par des exercices interalliés comme « Polaris » (voir plus haut) et « Orion », qui mobilisera 10.000 soldats en 2023.

Stratégie navale américaine. La guerre russo-ukrainienne a modifié la stratégie américaine, estime Bryan Clark. La coopération militaire apportée à l’Ukraine par les pays européens, dont la France, facilite une action contre la Russie, sans engagement militaire des États-Unis qui interviennent par leur intermédiaire. La neutralisation du croiseur russe Moskva démontre l’efficacité des armes de précision peu onéreuses et des réseaux de surveillance commerciaux. Elle s’est déroulée en plusieurs phases. D’abord, deux missiles ukrainiens, tirés depuis la terre, provoquent une explosion. Ensuite des drones ukrainiens leurrent la défense anti-aérienne du croiseur. Puis, des missiles de croisière antinavires Neptune, lancés depuis la côte, le frappent. Enfin, le Moskva coule au cours d’une tempête lors de son remorquage vers le port de Sébastopol (Crimée). En conséquence, la Marine américaine va recourir davantage aux unités navales et aériennes sans équipage. Il ne s’agit plus d’empêcher une agression mais d’être efficace, notamment face à la Chine dont la Marine a atteint un niveau équivalent à celles des États-Unis et des pays de l’Union européenne. La Chine, indique Bryan Clark, évolue dans une « zone grise », à savoir montrer sa force mais ne pas l’utiliser dans les scénarios d’invasion de Taïwan. A une dissuasion par déni d’accès, les États-Unis préfèrent la création d’un sentiment d’incertitude quant à une victoire chinoise, afin de saper la détermination de la Chine comme au temps de la guerre froide de l’OTAN contre l’URSS (1947-1991).

Loïc Salmon

Selon Frédéric Le Lidec, les études portent sur des drones océaniques, catamarans ou non, (30-40 m de long) et sous-marins (10-15 m). Il s’agit d’accroître l’endurance du navire en réduisant son exposition en zone hostile et aussi de projeter des drones en toute sécurité, quel que soit l’état de la mer. En 2020, Naval Group a procédé à des expérimentations sous l’eau et dans les airs pour protéger la plongée d’un sous-marin. Grâce à l’intelligence artificielle, le drone doit pouvoir traiter et transmettre des données au commandement, en vue de la décision la plus appropriée à la situation tactique. Malgré l’autonomie du drone, le marin doit pouvoir reprendre la main sous faible préavis, grâce à des règles simples et compréhensibles. Le déploiement de petits drones en essaims représente une menace, dont il faut se prémunir, mais aussi des opportunités tactiques, s’ils sont concentrés ou dispersés. Leur mise en œuvre doit toujours relever du commandement.

Marines : outils politiques et de projection de puissance

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine




Quand le lys affrontait les aigles

1870, 1914 et 1940, dates des guerres récentes entre la France et l’Allemagne, font suite à mille ans de démêlés avec des périodes d’entente et de méfiance.

Fondus à l’origine dans l’Empire romain d’Occident de Charlemagne englobant une grande partie de l’Europe actuelle, ces deux pays émergent, par le traité de Verdun de 843 entre ses trois petits-fils qui se répartissent l’héritage. La Francie occidentale échoit à Charles II dit le Chauve, la Francie orientale à Louis dit le Germanique, et la Francie médiane à Lothaire qui lui donnera le nom de Lotharingie altérée en Lorraine, pomme de discorde entre les deux autres…dès 911 ! Les trois frères sont reconnus rois des Francs, mais Lothaire, l’aîné, est élu empereur. En 875, Charles l’est à son tour. En 946, la Francie occidentale devient officiellement la France, dont les rois parviennent à instaurer un régime héréditaire. En Francie orientale, l’élection par les représentants de la multitude de petits royaumes, principautés et villes perdure jusqu’au XVème siècle. Quant aux symboles, la France impose le lys dès le sacre de Philippe II Auguste en 1179, pour se démarquer de l’aigle impériale, adoptée par Frédéric 1er Barberousse en 1155. A trois reprises, un souverain français tente d’obtenir la couronne impériale. En 1273, Philippe III le Hardi perd contre Rodolphe de Habsbourg. En 1308, Philippe IV le Bel propose son frère Charles de Valois, auquel est préféré Henri de Luxembourg. En 1519, François 1er est battu par l’archiduc d’Autriche Charles de Habsbourg, qui prend le nom de Charles-Quint et réalise le rêve d’un grand royaume européen de son arrière-grand-père Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. A chaque fois, les électeurs allemands, dont le nombre se réduit progressivement à sept, choisissent un candidat germanophone car la langue constitue un élément fédératif. De même en France, les grands seigneurs ni le peuple n’acceptent un souverain étranger. La monarchie héréditaire permet aux rois de France de poursuivre des objectifs sur une longue période, contrairement aux empereurs d’Allemagne jusqu’à Charles-Quint. Le français ne devient langue administrative qu’en 1454, pour réduire les conflits d’interprétation. Même si la « loi salique » exclut les femmes de la couronne de France, l’élection apporte la certitude que le gouvernement du « Saint-Empire romain germanique » demeure exclusivement masculin. Cette appellation ne signifie pas la partie de l’Empire peuplée d’Allemands, mais proclame que l’Empire appartient aux Allemands. Le nationalisme en Allemagne résulte de la réaction à la dilution de l’autorité de l’État central et non pas de son accroissement comme en France. Il renaîtra à plusieurs reprises jusqu’en 1945. Les guerres de religion du XVIème siècle cessent dans l’Empire avec le traité de paix d’Augsbourg en 1555, qui garantit la liberté de culte, mais durent en France jusqu’à l’édit de Nantes de 1598. Sa révocation, par Louis XIV en 1685, provoque un exil massif de protestants français ayant un haut niveau d’éducation ou de savoir-faire vers l’Empire, l’Angleterre, les Pays-Bas et la Suisse. Ils y répandent aussi l’usage du français parmi les classes aisées. Mais les sacs du Palatinat allemand (1674 et 1688) par ses armées détériorent durablement l’image de France. Celle-ci acquiert l’Alsace par le traité de Ryswick (1697) puis la Lorraine, héritage du beau-père de Louis XV, par celui de Vienne (1738). La Révolution de 1789 suscite curiosité et sympathie en Allemagne, mais peu d’imitateurs. En 1806 après sa victoire d’Iéna sur la Prusse, Napoléon, nouveau successeur de Charlemagne, remplace le Saint-Empire par la Confédération des États du Rhin. Sa défaite à Waterloo en 1815 est due à l’attaque surprise du général prussien Blücher, qui a voulu ensuite détruire le pont d’Iéna à Paris. Il en a été dissuadé par l’arrivée de Louis XVIII sur le pont et l’insistance du général anglais Wellington !

Loïc Salmon

« Quand le lys affrontait les aigles », par Daniel de Montplaisir. Mareuil Éditions, 392 pages. 20 €

France Allemagne(s) 1870-1871

Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides

Quand le lys terrassait la rose




Guerre franco-prussienne de 1870, bataille de Champigny (30 novembre-2 décembre)

Afin de desserrer l’étau des troupes germaniques, qui encerclent Paris, et de rejoindre l’armée de la Loire, l’Etatmajor français entreprend une sortie sur un front avec Champigny comme épicentre.

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Escadron de transport stratégique 2/61 « Franche-Comté »

L’Escadron de transport 2/61 « Franche-Comté » est titulaire de la croix de Guerre 1939-1945 avec 4 palmes, de celle des Théâtres d’opérations extérieurs avec 5 palmes et de la croix de la Valeur militaire avec 1 palme et une étoile d’argent.

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Mussidan | mars 2022

 

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Asq, aujourd’hui Villeneuve d’Asq | Mars 2022

 

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