Europe : l’autonomie stratégique, réflexion et construction d’une capacité

L’efficacité d’une politique de sécurité commune entre les Etats membres de l’Union européenne (UE) s’appuie sur des capacités militaires appropriées.

Benjamin Hautecouverture, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’a expliqué dans un « podcast » audio diffusé le 12 novembre 2020 à Paris.

Communauté de destins. La crise sanitaire du Covid-19 provoque une crise économique durable, qui détourne l’attention politique sur l’autonomie stratégique de l’UE. Outre la fracture interne du « Brexit », cette dernière constate : la résurgence de la Russie comme acteur stratégique agressif ; des inquiétudes diverses quant à la garantie de la sécurité américaine ; une appréhension vis-à-vis de la Chine ; la perception de menaces diverses à ses frontières du Sud-Est et du Sud. Benjamin Hautecouverture souligne le manque de capacité militaire en matière de partage de l’information et d’inégalité dans les investissements de défense entre les Etats membres. Le manque collectif d’investissements, de l’ordre de 300 Mds$, pourrait être comblé en vingt ans. En ce qui concerne sa sécurité, l’UE se scinde en trois groupes : les tenants de la garantie américaine en cas de conflit en Europe ; ceux favorables à une autonomie stratégique plus poussée, prenant en compte les armes nucléaires stratégiques britanniques et françaises (France, Allemagne, Italie et Espagne) ; ceux partisans d’un désarmement nucléaire radical (Autriche notamment). L’idée d’une politique européenne de sécurité a préparé la voie au traité franco-britannique de Lancaster House (2010), à l’Initiative européenne d’intervention (2018) et à certaines dispositions du traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle (2019). Elle se concrétise dans les programmes de coopération : projet de drone MALE (moyenne altitude longue endurance) ; missions et opérations militaires européennes ; mise en concurrence des Etats générateurs de forces pour des missions civiles ou militaires. Parmi elles, figurent les opérations « Atalante » de lutte contre la piraterie le long de la côte somalienne et « Sofia » contre les passeurs de migrants en Méditerranée.

Ambition française. L’approche de la France en matière d’autonomie stratégique européenne porte sur les moyens de l’action militaire. A l’appui, Benjamin Hautecouverture cite le président de la République Emmanuel Macron dans son discours à l’Ecole de guerre en février 2020, dans la ligne de ses prédécesseurs Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande : « La France vit dans un tissu d’intérêts qui s’étend au-delà de ses frontières. Elle n’est pas isolée. L’Europe occidentale, dans son ensemble, ne peut pas ne pas bénéficier indirectement de la dissuasion française, qui est un facteur stable et déterminant de la sécurité européenne. » La France souhaite façonner une « culture stratégique européenne partagée ». Selon cette logique exprimée par le président, le désarmement n’est pas une fin en soi, mais doit permettre d’accroître la sécurité de tous. Son discours vise à reconstruire une politique européenne du désarmement sous des considérations de stricte sécurité et non sur des considérations idéologiques ou humanitaires. Il s’agit de comprendre la dynamique de l’escalade d’un conflit et de chercher à la prévenir ou à l’éviter par des normes claires et vérifiables. La prise en compte de l’évolution des armements contemporains doit permettre de défendre les intérêts européens et ce qui apparaît favorable à la préservation de la stabilité stratégique du continent.

Loïc Salmon

Europe : défense future, la dimension militaire

Europe : une défense commune par des réalisations progressives et protéiformes

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

 




Armée de l’Air et de l’Espace : voir plus haut et décider plus vite que l’adversaire

Les opérations aériennes vont d’une durée de plusieurs heures à un temps fulgurant dans l’action. Leur tempo nécessite souplesse, intelligence et réactivité pour gagner du délai.

Elles ont fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 24 novembre 2020 à Paris, par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Y sont notamment intervenus : Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales ; le général de corps aérien Vincent Cousin, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes ; le général de division Pascal Facon, ancien commandant de la Force Barkhane au Sahel ; le général d’armée aérienne Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’AAE ; Emilien Dereclenne, docteur en philosophie, Université de Compiègne.

L’évolution de la menace. La guerre du Golfe (1991) a souligné l’importance de la maîtrise du ciel par le renseignement, la surveillance et la reconnaissance, rappelle Elie Tenenbaum. Depuis les attentats terroristes aux Etats-Unis en 2001, la puissance armée a été contournée par la décentralisation, la dissimulation, la « déception » (induire l’adversaire en erreur pour l’inciter à réagir contre ses propres intérêts) et le durcissement d’attaques nécessitant de plus en plus de moyens pour les contrer. Au cours des trente dernières années, les initiatives militaires des pays occidentaux ont cherché à produire des effets politiques. Les anciennes puissances, à savoir Russie, Chine, Inde, Iran et Turquie observent avec attention leurs points forts et leurs failles, notamment en matière de renseignement et d’actions cyber. La qualité des armements ne remplace pas leur quantité dans tous les domaines. L’émergence de la puissance économique et technologique se fait au profit de l’Asie-Pacifique. Par ailleurs, apparaît la volonté de remettre en cause le statut quo fondé sur le droit. Des zones territoriales se trouvent contestées en Syrie et en mer de Chine du Sud, affectant la liberté d’intervenir par la pratique du fait accompli. Il se crée des zones « grises », où la manœuvre en deçà du seuil critique réduit les risques d’escalade. Enfin, le coût militaire et politique d’une agression exerce un effet dissuasif.

L’intervention aérienne. En alerte permanente, l’AAE doit pouvoir intervenir sur 12.000 objectifs dans l’espace aérien au quotidien ; souligne le général Cousin. Lors des grands événements, elle doit détecter intrus et objets malveillants (drones). Dans une opération, la puissance aérienne devient un outil politique. En opération extérieure, elle donne une crédibilité à la parade politique par des frappes contre l’adversaire avec une faible empreinte au sol, comme l’a montré la guerre du Golfe. Elle est mise en œuvre à partir de la base de Lyon-Mont-Verdun pour l’opération « Barkhane » au Sahel ou, en coalition, à partir des Emirats arabes unis ou de Jordanie pour les actions au Levant. L’AAE doit acquérir des prototypes pour s’adapter aux menaces et anticiper leur évolution. Grâce à la numérisation et au partage d’informations, elle planifie et conduit les opérations « multi-domaines ». Celles-ci intègrent l’espace, le cyber, la guerre électronique et bientôt l’intelligence artificielle dans la défense anti-missiles, par la synchronisation des actions de tous les systèmes de combat. L’état final idéal consiste à fusionner les moyens pour une plus grande efficacité.

L’effet au sol. L’opération « Barkhane » contre les organisations terroristes Al Qaïda et Etat islamique dans le Grand Sahara se déroule sur un espace de 4 Mkm2, rappelle le général Facon. Chaque année, elle totalise 50 opérations majeures, 30 actions commandos et 10 opérations logistiques. Très sollicitée pour les liaisons aériennes et l’appui des troupes au sol, l’AAE joue un rôle majeur avec 1.200 sorties de chasse, 1.600 missions ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et 800 engagements. Les troupes partenaires africaines ont compris l’intérêt de la capacité de guidage aérien contre des cibles mobiles. L’évolution porte sur un partenariat de combat avec les drones armés, qui permettent de gagner du temps. Ces troupes partenaires ont besoin d’avoir accès à la technologie. Les industriels français devraient réfléchir à l’exportation d’armes faciles à utiliser et dont le maintien en condition opérationnelle devrait être rustique et soutenable financièrement, estime le général Facon. Selon lui, les forces terrestres doivent se préparer à maîtriser la très haute technologie dans un environnement exigeant et avec des pertes importantes dans des combats marqués par une très grande violence. Enfin, le changement climatique aura un impact sur les opérations futures.

La montée en puissance. Employée au niveau stratégique par sa participation à la dissuasion nucléaire, l’AAE a maintenu sa capacité pendant la pandémie du Covid-19, souligne son chef d’état-major. En cas de crise sur le territoire national ou à l’extérieur, elle réagit à partir de ses bases, outils de résilience. Elle détecte, identifie et caractérise des menaces accrues, dont les drones chargés d’explosifs. Son segment spatial lui permet de voir jusqu’à 36.000 km d’altitude et non plus 10 km. La Chine démontre sa puissance dans l’espace. La Russie envoie ses avions à long rayon d’action jusqu’en Espagne et les Etats-Unis les leurs jusqu’en mer Noire et en Méditerranée. Aucune mission militaire ne peut bénéficier d’une complète liberté d’action sans le contrôle du ciel, qui permet de connaître, d’anticiper et de frapper l’adversaire pour le neutraliser. Afin de comprendre et décider plus vite que lui, il s’agit de discerner l’essentiel dans la masse des données. Au sein de la Force Barkhane, les officiers de renseignement analysent en direct les flux d’informations pour les traduire rapidement en action. Pour conserver la supériorité opérationnelle, les Rafale emportent le missile air-air Meteor d’une portée supérieure à 150 km. La concentration des moyens crée des opportunités, estime le général Lavigne. Bientôt, grâce à l’intelligence artificielle, les capteurs permettront aux pilotes, navigateurs et tireurs de moduler leurs effets. L’AAE devra innover dans les modes d’action et se doter d’équipements adaptés aux opérations. Un entraînement plus réaliste portera sur la simulation des menaces par les radars embarqués dans les aéronefs. Afin de répondre au besoin de puissance aérienne collective, l’AAE est déjà capable de combattre avec ses homologues belge, allemande et américaine dans le cadre de l’OTAN.

Loïc Salmon

L’avenir des opérations aériennes devra prendre en compte la technologie et l’éthique, estime Emilien Dereclenne. Il s’agit de combiner automatisation et autonomie en gardant l’homme dans la boucle, car il juge en fonction de ses valeurs. Le drone agit à distance mais son pilote reste omnipotent. Quoiqu’hyperconnecté et toujours plus automatisé, le SCAF (Système de combat aérien du futur, photo) maintiendra la place de l’homme au sein des mégadonnées, de l’intelligence artificielle et de l’interopérabilité entre alliés. L’espace ouvre un nouveau front sur le plan industriel avec des technologies d’innovations et de ruptures, mais aussi sur les plans éthique et politique.

Opérations aériennes : la cohérence, clé du succès

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Drones : préparer le combat aérien de demain

 




Bande sahélo-saharienne : opérations aériennes, permanence et réactivité

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) assure des missions de renseignement, protection et soutien logistique au profit des forces terrestres et africaines de l’opération « Barkhane » au Sahel.

Le général Stéphane Virem, commandant la brigade des opérations aériennes, les a présentées au cours d’une visioconférence organisée le 17 décembre 2020 entre Paris et la base aérienne projetée de Niamey (Niger).

Les missions. A la suite du sommet de Pau, qui a réuni en janvier 2020 les chefs d’Etat de France et du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), l’AAE contribue au renforcement des capacités militaires des Etats de la région et de ceux du golfe de Guinée, du Sénégal à l’Angola. Elle participe au combat contre les groupes armés terroristes « Etat islamique dans le Grand Sahara » et « Rassemblement pour la victoire de l’Islam et des musulmans ». Les opérations sont conduites et commandées depuis la France. Le Poste de commandement interarmées de théâtre, installé à N’Djamena (Tchad), détermine les objectifs et les effets à produire. Ses demandes sont traduites en missions précises par le Centre de conduite des opérations aériennes (base de Lyon-Mont Verdun) qui définit les modes d’actions et les moyens aériens adéquats à envoyer sur les bases aériennes projetées de Niamey et N’Djamena. Les missions portent sur : le renseignement et la surveillance ; les frappes aériennes de neutralisation et de réassurance ; le ravitaillement en vol, le transport et l’aérolargage (28 opérations de largage et 240 t de fret en 2020) ; les évacuations sanitaires médicales sur un hôpital de théâtre et éventuellement des rapatriements en métropole. A titre indicatif, 103 sorties ont été organisées entre le 9 et le15 décembre 2020 : 26 pour le renseignement et la surveillance ; 32 pour la chasse (appui au sol) ; 45 pour le ravitaillement et le transport. Par ailleurs, le partenariat opérationnel « Air » assure la montée en puissance des forces africaines partenaires par des formations sur les deux bases aériennes projetées. Ainsi 100 soldats maliens et nigériens ont reçu une formation de guetteurs aériens tactiques avancés en 2019 et 70 en 2020. A terme et en liaison avec le Centre de formation au Sénégal, un centre d’expertise Air sera constitué pour le G5 Sahel, intégrant l’appui de troupes au sol, le transport, le renseignement, la maintenance et la planification des opérations aériennes.

Les moyens. L’opération « Barkhane » mobilise notamment 5.100 militaires, 280 blindés lourds, 220 blindés légers, 400 véhicules logistiques et 20 hélicoptères. La base aérienne projetée de Niamey abrite : 1 avion de transport polyvalent A 400M ; 1 avion ravitailleur C-130J ; 2 avions ravitailleurs C-135 ; 7 avions de chasse Mirage 2000D ; 1 système de drones Reaper (2 shelters et 3 drones) renforcé par 1 système Reaper Block 5 au premier semestre 2021 ; 1 avion de transport tactique allemand C-160 Transall ; 1 avion de patrouille maritime ATL2 mais de façon temporaire. En outre, des avions cargos Casa sont déployés au Sahel : 2 français à N’Djamena ; 1 français à Gao (Mali) ; 2 espagnols à Dakar (Sénégal). Par ailleurs, des renforts ponctuels sont envoyés de France : A 400 M, C-130, C-160 ou A330 MRTT (transport ou ravitaillement). En cas de besoin, des avions ravitailleurs américains peuvent intervenir : 2 KC-135 de la base de Moron (Espagne) ; 1 C-130J de la base de Ramstein (Allemagne). Un officier américain est impliqué dans les opérations ariennes.

Loïc Salmon

Afrique : une base aérienne projetée pour « Barkhane »

Afrique : soutiens intégrés à l’opération « Barkhane »

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Armes nucléaires : arsenaux modernisés d’ici à 2040

Les Etats détenteurs de l’arme nucléaire portent leurs investissements futurs surtout sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et les performances des missiles.

Ce constat a fait l’objet d’une note publiée, le 2 octobre 2020 à Paris, par deux membres la Fondation pour la recherche stratégique : Bruno Tertrais, directeur adjoint, et Emmanuelle Maitre, chargée de recherche.

Perspectives. Après analyse des arsenaux nucléaires, actuels et futurs, notamment des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande-Bretagne, de l’Inde, du Pakistan et d’Israël, quatre tendances caractérisent leur modernisation : pérennisation des armes pour les Etats occidentaux, diversification et amélioration pour les autres ; développement de la composante maritime, à des degrés divers, pour tous ; montée en gamme des missiles en portée, vitesse et capacité d’emport ; dualité des systèmes d’armes, classique ou nucléaire, combinant porteurs (chasseurs-bombardiers ou sous-marins) et lanceurs (missiles balistiques ou de croisière). Vers 2030, l’Inde et le Pakistan, qui devraient disposer chacun de 200 à 1.000 armes nucléaires, deviendront des « puissances nucléaires de deuxième rang », au même titre que la Chine, la France et la Grande-Bretagne. De leur côté, les Etats-Unis et la Russie pourraient se lancer dans une course aux armements, en multipliant les têtes nucléaires sur les lanceurs balistiques. Toutefois, les conséquences économiques de la pandémie du Covid-19 pourraient provoquer une baisse des investissements dans ce domaine.

Les Etats-Unis. La modernisation de la triade nucléaire est estimée à 1.200 Mds$ sur 30 ans. Les SNLE de la classe Columbia (voir encadré), qui effectueront leur première patrouille en 2030-2031, coûteront le cinquième du budget de la construction navale militaire pendant une décennie. Leurs missiles Trident 2-D5LE resteront en service jusqu’en 2084. Le bombardier B-21 Raider, en cours de développement, remplacera les B-1B et B-2 à partir de la fin des années 2020. Il emportera des missiles LRSO à longue portée et des bombes B-61-12. Sur les 1.000 exemplaires de LRSO prévus, la moitié sera dotée d’une arme nucléaire. La bombe B-61-12 restera en service jusqu’en 2038. Transportable sur les F-15, F-16 et PA-200 Tornado, elle sera déployée en Europe avant 2025.

La Russie. Quatre nouveaux SNLE Borei sont entrés en service. A la fin des années 2020, dix unités seront réparties entre la Flotte du Nord et celle du Pacifique. Le programme de « drone torpille thermonucléaire » Status-6 Poseidon, s’il est maintenu, commencera en 2027. La modernisation de la composante terrestre, entreprise en 2000, sera achevée en 2025 avec 530 lanceurs opérationnels. Déjà, 140 lanceurs, mobiles ou en silo, RS-24 Yars (SS-27 Mod-2) peuvent emporter jusqu’à quatre armes nucléaires chacun. Certains lanceurs SS-19 modifiés sont équipés du planeur hypersonique Avangard, capable de déborder les boucliers anti-missiles américains, grâce à sa vitesse et sa faculté de changer de cap et d’altitude. Dans les années 2030, tous les bombardiers stratégiques actuels à long rayon d’action, Tu-160 et Tu-95, seront remplacés par l’appareil de nouvelle génération PAK-DA. Ils emporteront le missile AS-23B, mis au point pendant la décennie précédente.

La Chine. En 2020, 6 SNLE seraient déjà en service et équipés chacun de 12 missiles JL-2. Beaucoup plus discrets, de nouveaux submersibles de type O96 sont en développement pour constituer un parc de 10 SNLE au cours de la décennie 2030. Ils seront équipés du missile JL-3, en cours d’essais et dont la portée intercontinentale leur permettra d’élargir leurs zones de patrouille. Après vingt ans de développement, le missile intercontinental sol-sol DF-41 devrait bientôt entrer en service. Il aurait une capacité d’emport d’armes nucléaires accrue et des modes de lancement diversifiés par rapport aux missiles balistiques existants. A la fin des années 2020, le futur bombardier stratégique H20, comparable au B-2 américain, pourra emporter des missiles de croisière à charge militaire classique CJ-10K ou nucléaire CJ-20.

L’Inde. Un 2ème SNLE Arihant doit entrer en service en 2021 et deux sont en construction. Une base dédiée sur la côte Est (baie du Bengale) pourra en abriter quatre en 2030-2040. En outre, 2 bâtiments de surface emportent chacun 2 missiles Dhanush à courte portée et à tête nucléaire, dirigés contre le Pakistan. Le missile balistique intercontinental Agni-5, mobile, menace les centres vitaux chinois. Une version mer-sol de l’Agnis-6 pourrait voir le jour. Dans les années 2030, l’Inde va augmenter sa capacité de production de matières fissiles et doter des lanceurs à longue portée de têtes nucléaires multiples.

Le Pakistan. Le missile de croisière Babur-3 équipera les sous-marins classiques Agosta et quelques submersibles d’origine chinoise prévus dans la décennie 2020. Le missile sol-sol Abadeel pourra emporter des têtes multiples, pour contrer les défenses antimissiles indiennes. Les bombes Ra’ad (air-sol) et les missiles de croisières Babur (sol-sol) sont destinés à la dissuasion nucléaire du Pakistan.

Israël. Six sous-marins classiques auraient été adaptés à l’emport de missiles de croisière à charge nucléaire. Plusieurs dizaines d’armes nucléaires, en stock, peuvent déjà équiper les missiles sol-sol Jéricho-II et III, à portée régionale, ou être embarquées sur les chasseurs bombardiers F-16.

Loïc Salmon

A l’horizon 2030-2040, l’arsenal nucléaire stratégique des Etats-Unis devrait totaliser : 12 SNLE classe Columbia de 20.810 t en plongée emportant chacun 20 missiles balistiques Trident II D5LE/D5LE2, en remplacement de 14 SNLE Ohio (18.750 t) ; des missiles balistiques sol-sol GBSD remplaçant les 450 Minuteman III en service en 2020 ; des bombardiers B-21 transportant des bombes B61-12 et des missiles de croisière à propulsion nucléaire LRSO pour remplacer 46 B-52H et 20 B-2. L’arsenal nucléaire de la Russie devrait totaliser : 10 SNLE Borei (24.000 t) emportant chacun 16 missiles Balava et 1 SNLE Oscar (18.300 t) adapté pour le lancement de 6 torpilles Poseidon, en remplacement de 6 SNLE Delta IV et Delta III (12.600 t) en 2020 ; des missiles balistiques RS-28, SS27 Mod 1 et Mod 2 (RS-24 Yars) ; 60 bombardiers Tu-160M modernisés transportant des bombes AS-23B. L’arsenal nucléaire de la Chine devrait totaliser : 10 SNLE Jin (11.000 t) emportant des missiles JL-3, contre 6 emportant chacun 12 missiles JL-2 en 2020 ; des missiles balistiques DF-15, DF-21, DF-16, DF-5B, DF-31 et DF-41 ; 20 bombardiers H-20 transportant des bombes CH-AS-X-13. L’arsenal nucléaire de la Grande-Bretagne devrait se limiter à 4 SNLE Dreadnought (17.200 t) avec chacun 12 missiles Trident-2-D5 américains. L’arsenal nucléaire de l’Inde devrait totaliser : 4 SNLE Arihant (5.500-6.500 t) emportant 4-8 missiles H-4 et K-5 ; des missiles Agni III, IV, V et VI ; des bombardiers Mirage 2000H, Rafale et Su-30MKI transportant bombes et missiles. L’arsenal nucléaire du Pakistan devrait totaliser : des sous-marins classiques (1.760 t) avec des missiles Babur-3 ; des missiles balistiques Abadeel ; des bombardiers F-16 A/B et JF-17 transportant des bombes Ra’ad-2.

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Armes nucléaires : l’interdiction des essais en question




Avions de combat

Inventé en Grande-Bretagne avant la seconde guerre mondiale, le moteur à réaction a permis de décliner divers types d’avions, en attendant les intercepteurs sans pilote à bord et contrôlés à distance pour détruire les drones de reconnaissance adverses.

Le premier prototype, privé, décolle le 27 août 1939…en Allemagne. Toutefois, le premier appareil militaire, biréacteur et dénommé He280, n’effectue son premier vol que le 2 avril 1941, soit six semaines avant le britannique Gloster/Whitlle E28/39. Dès 1943, l’Allemagne développe cette technologie pour doter la Luftwaffe d’avions de combat suffisamment rapides et puissants pour franchir les escortes de chasseurs alliés protégeant les bombardiers américains pendant les raids de jour. En outre, la Luftwaffe a besoin d’un avion de bombardement et de reconnaissance volant à haute altitude et plus vite que les intercepteurs adverses. En été 1944, le Me262 et l’Arado Ar234 sont testés sur le plan opérationnel, en même temps que l’avion de combat britannique Gloster Meteor. Après la guerre, le concept de « système d’armes », qui combine cellule, conduite, armes, conduite de tir et « avionique » (équipements électriques, électroniques et informatiques), permet de remplir les missions aériennes par tout temps, de jour comme nuit. Il donne naissance aux familles d’avions américains F-4 Phantom et français Mirage, conçus pour être modifiés en fonction de l’évolution des besoins opérationnels. Cinquante ans après leurs premiers prototypes, les Canberra britanniques, B-52 américains et Mig russes sont encore en service au début des années 2000. Pourtant, l’histoire de l’avion à réaction a connu des échecs consécutifs aux aléas politiques et coûts exponentiels de développement. En 1957, la Grande-Bretagne condamne les projets d’avions militaires pilotés au profit des missiles…pendant vingt ans ! Aux Etats-Unis, le développement des missiles de croisière a bloqué celui du bombardier Rockwell B1 à géométrie variable, jusqu’à celui du B-1B dans les années 1970. En URSS, le manque de porte-avions a conduit au développement du bombardier stratégique supersonique Tu-22M Backfire qui, ravitaillé en vol, peut frapper des cibles à plusieurs milliers de kilomètres des frontières. D’autres innovations ont vu le jour : le Harrier britannique à décollage court et atterrissage vertical ; l’avion américain d’attaque au sol F-117 à la signature radar très réduite ; le chasseur furtif américain F-22 Raptor, capable de remplir aussi des missions de soutien militaire au sol, de guerre électronique ou de renseignement d’origine électromagnétique. Mais les impératifs financiers dictent des compromis techniques imposant d’adapter les avions existants aux nouvelles missions, par suite de l’abandon de projets d’avions de nouvelle génération. Dans les années 1950, les avions, équipements et armements divers (américains, britanniques, français et italiens) des Etats membres de l’OTAN causent d’importantes difficultés au niveau opérationnel. Au cours de la décennie suivante, quelques pays européens se lancent alors dans une coopération internationale. Grande-Bretagne, Italie et Allemagne développent avec succès le Tornado. Dans les années 1990, les mêmes et l’Espagne mettent au point l’Eurofighter Typhoon. La France a poursuivi un programme autonome jusqu’au Rafale, entré en service en 2001 dans l’armée de l’Air et en 2002 dans la Marine.

Loïc Salmon

« Avions de combat » par Robert Jackson. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 256 pages, 49,00 €.

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue

Top Gun

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

 




Congrès national de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire 3 – 5 juin 2021

Programme prévisionnel

(Sous réserve de changements liés à la crise sanitaire)

 Jeudi 3 juin 2021

Base aéronavale de Lann Bihoué (*)

  • Accueil sur la Base aéronavale de Lann Bihoué
  • Assemblée générale statutaire annuelle
  • Déjeuner
  • Visite de la Flottille 23 F (CVM)

Lorient (*)

  • Cérémonie au monument aux morts de Lorient (LH, CG 1939-45)
  • Réception à l’Hôtel de Ville
  • Dîner officiel

Vendredi 4 juin 2021

Lanester (Sous réserves de la disponibilité opérationnelle) (*)

  • Accueil à l’Ecole des Fusiliers marins (LH, CG, CVM)
  • Visite du musée des Fusiliers Marins et Commandos
  • Déjeuner

Keroman (*)

  • Visite de la base sous-marine
  • Dîner de cohésion

Samedi 5 juin 2021 (sur option)

Port-Louis (*)

– Visite du musée de la Marine et de la Compagnie des Indes (*)

– Déjeuner

(*) Sous réserves des contraintes sanitaires

 




Défense et sécurité : la réserve, résilience et cohésion nationale

L’engagement dans la réserve constitue une référence pour la résilience en cas de crise, affectant la sécurité du pays, et une contribution à la cohésion nationale.

Cette question a fait l’objet d’une visioconférence organisée, le 24 novembre 2020 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques. Y sont notamment intervenus : la générale Véronique Batut, secrétaire générale de la Garde nationale (Gn) ; Jean-Marie Bockel, ancien ministre et sénateur ; le professeur Sébastien Jakubowski, directeur de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation de Lille.

Témoin et ambassadeur. La réserve de masse, constituée par les appelés du contingent a été remplacée, lors de la professionnalisation des armées au début des années 2000, par la réserve d’emploi, rappelle la générale Batut. Cette nouvelle réserve a servi à renforcer les effectifs des armées, protéger les sites de défense et maintenir le lien Armée-Nation. Créée le 16 octobre 2016, la Gn y a intégré les réserves de la Police et de la Gendarmerie. Elle développe le partenariat avec les employeurs civils (800 accords conclus) et renforce son action sur les territoires avec ses 150 correspondants. Elle dispose de moyens budgétaires maintenus par la loi de programmation militaire 2019-2025 et le ministère de l’Intérieur. Face aux besoins futurs de personnels pour la cyberdéfense, le renseignement et la police, elle vise à un engagement plus fort des réservistes, en leur garantissant une employabilité dans le secteur civil par la valorisation de leurs missions auprès du grand public. La formation reçue en matière de résilience leur permettra de réagir en période de crise dans leur activité professionnelle. La Gn doit se préparer aux changements de société et de comportement, avertit sa secrétaire générale, car les jeunes d’aujourd’hui n’hésitent pas à changer de métier au cours de leur parcours.

Proximité et gouvernance. Auteur d’un rapport sénatorial pour redynamiser les réserves après les attentats terroristes de 2015-2016, Jean-Marie Bockel souligne que les armées ne peuvent plus fonctionner sans la réserve opérationnelle. La Police et la Gendarmerie, qui assurent la sécurité de proximité, ne disposent pas encore des ressources de réservistes au niveau souhaité en cas de crises grave (climat, troubles sociaux ou terrorisme organisé). Outre la constitution d’unités de réservistes dans les départements à proximité des bases de défense, le sénateur préconise la restauration de l’Inspection générale des réserves au sein de l’institution militaire.

Risques et leviers. La professionnalisation des armées a produit une « indifférence positive » à l’égard de l’institution, souligne Sébastien Jakubowski. Les armées ont perdu leur circuit d’alimentation naturelle. Mais on ne devient pas réserviste sans un lien avec elles. L’engagement dans la réserve, soutenu dans les administrations publiques et les grands groupes, s’avère plus difficile dans les entreprises petites, moyennes et de taille intermédiaire. Sa valorisation passe par le Service national universel (en cours d’élaboration), le sens du collectif consécutif à la crise du Covid-19 et la montée en puissance de la Gn. Toutefois, la réserve militaire risque de se trouver reléguée à des missions de second ordre, à la suite de formations déconnectées de celles des personnels d’active. La légitimation de la Réserve, perçue comme réservoir de ressources via la chaîne formation, entraînement et fidélisation, tirerait profit du nom « Force militaire non permanente ».

Loïc Salmon

Défense : la réserve opérationnelle, outil indispensable aux armées

Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

SNU : succès du module « Défense et mémoire »




Marine nationale : la Patrouille maritime, en alerte permanente

Composante de l’aviation navale, la patrouille maritime (Patmar) est déployable partout dans le monde pour des missions opérationnelles, de sauvegarde ou d’entraînement.

Le capitaine de frégate Verwaerde, ancien commandant de la flottille 21 F, l’a présentée au cours d’une visioconférence organisée, le 25 novembre 2020 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Les missions. Grâce à sa participation à toutes les missions majeures des dernières décennies, indique le capitaine de frégate Verwaerde, la Patmar a développé une culture spécifique des missions lointaines, longues et en autonomie. Outil multi-missions employé par les autorités politiques et militaires, elle réagit à deux niveaux d’alerte. Celle de sûreté anti-sous-marine, la principale, implique le décollage immédiat d’un avion Atlantique 2 (ATL2). L’alerte « opération extérieure » se déclenche en quelques heures pour répondre à une situation critique à l’étranger, comme une prise d’otages ou le soutien ponctuel à une opération en cours. L’ATL2 participe à la sûreté de la dissuasion nucléaire par la surveillance du goulet de Brest, lors du départ en patrouille d’un sous-marin lanceur d’engins. Cette surveillance inclut un chasseur de mines, un hélicoptère et une frégate de lutte anti-sous-marine. Le Service hydrographique et océanographique de la marine met à jour les fonds marins. Par ailleurs, la Patmar contribue à la protection anti-sous-marine de la zone économique exclusive de la France (11 Mkm2, 2ème du monde après celle des Etats-Unis). Un sous-marin peut, sur une longue durée, remplir des missions de frappe contre la terre, de renseignement, de harcèlement d’une force navale ou de blocus d’un port ou d’un passage obligé. Depuis 2013, les sous-marins russes, très silencieux, sont devenus aussi nombreux en Atlantique Nord, Baltique et Méditerranée qu’au temps de la guerre froide (1947-1991). Les sous-marins chinois patrouillent en océan Indien et arriveront bientôt en Méditerranée. En 2020, environ 40 pays déploient 500 sous-marins, (70 % à propulsion classique diesel-électrique), dont le quart appartient à des Etats membres de l’OTAN. La moitié des sous-marins à propulsion classique naviguent dans les océans Indien et Pacifique. La Patmar participe à la lutte au-dessus de la surface par : le recueil de renseignements maritimes pour obtenir une bonne appréciation de la situation, notamment dans les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb où les groupes terroristes disposent de drones et de missiles embarqués ; le soutien d’une force navale, par la création d’une « bulle » de protection anti-sous-marine autour du porte-avions ou du porte-hélicoptères amphibie ; l’attaque d’une force navale et le guidage de dispositif d’assaut pour les Rafale Marine et le débarquement de commandos ; la lutte contre la piraterie dans la Corne de l’Afrique dans le cadre de l’opération européenne « Atalante ». Les zones d’opérations de la Patmar vont de la Méditerranée orientale à l’océan Indien (opération « Agénor »), au détroit de Malacca (opération « Clemenceau ») et à la mer de Chine méridionale pour garantir la liberté de navigation. Cela lui donne l’occasion de s’entraîner à la lutte anti-sous-marine avec les Marines de certains pays riverains et, dans le Pacifique, avec celle de l’Australie. Un ATL2 peut se poser à Djibouti, à Abou Dhabi, au Kenya, en Afrique du Sud, à La Réunion, à la Grenade, en Inde ou en Malaisie. Par ailleurs, la Patmar contribue à l’action de l’Etat en mer et à la défense maritime du territoire national par : la protection des approches maritimes ; le sauvetage en mer ; la lutte contre la pollution ; la lutte contre le narcotrafic ; celle contre le terrorisme maritime (prise d’otages) par une action de vive force impliquant des commandos. Enfin, la Patmar remplit des missions aéroterrestres au Tchad (1970), en Libye (2011) et dans la bande sahélo-saharienne (depuis 2013) par la reconnaissance armée (imagerie et renseignement électromagnétique) ou l’appui feu d’une troupe au sol.

Les moyens. Excellent planeur grâce à son envergure (voir encadré), l’ATL2 observe à 360 ° pour détecter un périscope de sous-marin, une explosion ou un tir, souligne le capitaine de frégate Verwaerde. Un système de télécommunications par satellite permet le « chat » (conversation en ligne) avec les autorités militaires et le transfert de vidéos. Les capteurs « discrets » incluent : un détecteur infrarouge ; un photographe, installé dans le nez vitré et équipé d’un appareil à objectif à distance focale de 800 mm ; une wescam MX 20D avec vision de jour et de nuit, télémètre laser pour extraction de coordonnées, pointeur infrarouge et désignateur laser pour le guidage des bombes ; des bouées acoustiques passives avec des microphones. Les capteurs « indiscrets » comptent : un radar ; un détecteur d’anomalies magnétiques dues à la masse métallique d’un sous-marin à faible profondeur ; un système de détection d’émissions radar ; des bouées acoustiques actives avec des petits sonars. Le « pistage » de sous-marins met en œuvre la complémentarité des moyens techniques de l’ATL2. Le radar détecte un sous-marin, qui plonge alors plus profondément. Puis les bouées acoustiques prennent le relais et ne le lâchent plus. L’ATL2 standard 6 augmente son spectre d’emploi, grâce à la liaison de données tactiques L22 et au radar « search master », capable de détecter un pickup ou une mobylette qui se déplace dans le désert et que la caméra suivra. Avion de combat, l’ATL2 emporte en soute : 6 torpilles MU90 ; 2 missiles antinavires Exocet AM39 ; 4 bombes guidées laser (125 ou 250 kg) ; 8 radeaux de survie ; un moteur et l’outillage de réparation. La tranche tactique abrite 8 personnes par la fusion des renseignements radars, électromagnétiques et acoustiques. Comme les missions peuvent durer jusqu’à 12 heures de vol, la tranche arrière est aménagée en espace vie.

Les personnels. Un ATL2 compte 14 membres d’équipage : 3 officiers (chef de bord, pilote et commandant tactique) ; 2 mécaniciens de bord ; 3 navigateurs et radaristes ; 3 acousticiens et spécialistes du renseignement image ; 3 opérateurs radio et de guerre électronique. Un équipage est constitué pour trois ans après la qualification opérationnelle de ses membres, qui se reconnaissent à la voix car tous s’entendent pendant la mission. Le chef de bord assure les relations avec l’extérieur et donne le feu vert pour une action. Les déplacements à l’étranger permettent le partage d’expériences et de savoir-faire entre alliés.

Loïc Salmon

Avion conçu pour la patrouille maritime (Patmar) dans les années 1990, l’Atlantique 2 (ATL2), présente les caractéristiques suivantes : 32 m de long ; 38 m d’envergure ; masse maximale de 46 t au décollage ; vitesse de patrouille, 180 nœuds (333 km/h) à l’altitude de 100 pieds (30 m) ; vitesse de transit, 250 nœuds (463 km/h) ; 2 turbopropulseurs de 6.000 ch. Il peut effectuer des missions de 8 heures à 500 milles marins (926 km) ou de 5 heures à 1.000 milles marins (1.852 km). La Patmar dispose de 17 équipages opérationnels et de 22 ATL2 (18 seront modernisés à terme), répartis entre les flottilles 21 F et 23 F abritées sur la base aéronautique navale de Lann-Bihoué (Ouest de la France).

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Le Moyen-Age en sept batailles

L’évolution de la tactique, par la manœuvre combinée de l’infanterie, de la cavalerie et des armes de jet, et la révolution technique de l’artillerie modifient profondément l’art de la guerre au Moyen-Age (476-1453).

L’Empire romain d’Orient survit mille ans à celui d’Occident sur le plan militaire, grâce à une cavalerie puissante, une infanterie solide, une Marine efficace, l’art du siège et une réflexion stratégique. Dans le reste de l’Europe où la société militaire se structure sur le lien vassalique, émerge la figure du chevalier, suffisamment aisé pour acheter son cheval et son armure. Au début, la tactique consiste à combiner les effets de l’infanterie, des archers et des arbalétriers, pour fixer l’adversaire, à celui de la cavalerie pour le prendre à revers afin de disloquer son dispositif par le choc. Puis l’usage des arcs à longue portée et à grande précision permet de renforcer l’effet tactique à distance. Enfin, l’artillerie mobile de campagne avec des boulets métalliques modifie le rapport de force sur le champ de bataille. Les fantassins, disciplinés et armés de piques, manœuvrent par unités, et le combat corps à corps laisse la place à l’action à distance. La cavalerie n’emporte plus la décision par le choc mais devient l’arme de la mobilité. Des formations « mixtes » apparaissent, composées de soldats armés de piques, d’épées et d’armes de poing, pour affronter un ennemi à cheval ou à pied. Les chevaliers, qui avaient l’habitude de charger la « piétaille » moins bien armée et formée qu’eux, perdent leur prééminence initiale. Parallèlement à la bataille rangée, la ville, cœur du pouvoir politique et social, prend une dimension opérationnelle majeure avec le perfectionnement des fortifications, pour mieux briser les assauts des fantassins et résister aux jets de traits et de pierres des systèmes d’armes de siège. A Hastings (Angleterre, 1066), l’armée normande de 8.000 hommes remporte la victoire contre l’armée anglo-saxonne (7.500 hommes), grâce sa volonté de vaincre et ses capacités tactiques. La guerre de Cent Ans trouve alors son origine dans les liens vassaliques et dynastiques avec la Couronne de France qui en résultent. A Hattin (Palestine, 1187), l’armée musulmane l’emporte sur celle des Croisés, qui ont négligé le renseignement, la reconnaissance sur les hauteurs et la logistique. Ce désastre précipite la disparition des Etats latins d’Orient. A Las Navas de Tolosa (Espagne, 1212), l’union des princes ibériques et la fougue de leurs unités mettent en fuite les armées musulmanes, très supérieures en ombre et aguerries. Cette victoire relance la reconquête de toute l’Espagne. Au bord de la rivière Kalka (Ukraine, 1223), l’armée mongole vainc les troupes russes et polovtses (peuple nomade turcophone), plus nombreuses mais aux flux logistiques trop longs et amenées sur un terrain défavorable à leur cavalerie lourde. L’Empire mongol peut poursuivre son expansion vers l’Ouest. A Bannockburn (Ecosse, 1314), la petite armée de fantassins écossais, organisée en carrés défensifs, affronte sur un terrain favorable et aménagé, l’impétueuse cavalerie anglaise, dont la défaite assure l’indépendance de l’Ecosse pour plusieurs siècles. La prise de Constantinople (Empire romain d’Orient, 1453) par l’armée ottomane, très nombreuse, résulte d’un blocus total et de l’emploi de l’artillerie. A Castillon (France, 1453), celle-ci accélère la défaite anglaise, qui sonne la fin militaire de la guerre de Cent Ans.

Loïc Salmon

« Le Moyen-Age en sept batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 94 pages, nombreuses illustrations, 24,90 €. 

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L’âge d’or de la cavalerie




Covid-19 : désinformation et…contrôle supra-étatique ?

La désinformation sur la crise sanitaire du Covid-19, via internet, a pris une ampleur telle que seuls les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), et non les Etats eux-mêmes, semblent en mesure de contrer.

Cette question a fait l’objet d’une visioconférence organisée, le 16 novembre 2020 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Y sont intervenus : François-Bernard Huyghes, directeur de recherche à l’IRIS ; Gérard Grizbec, journaliste et chercheur associé à l’IRIS ; Cécile Guérin, chercheuse à l’Institute for Strategic Dialogue (ISD), « think tank » basé à Londres.

« Fake News ». L’ISD analyse les réseaux sociaux au moyen d’algorithmes spécifiques pour détecter les tendances en ligne, qui se manifestent selon un clivage « politique » gauche-droite, explique Cécile Guérin. La désinformation a augmenté récemment de 15 % en Grande-Bretagne via des discours contre le confinement ou sur la théorie du « complot » venue des Etats-Unis, selon laquelle un groupe puissant agit dans l’ombre pour détruire la démocratie. En Allemagne, la désinformation a conduit à des manifestations contre les restrictions sociales, le gouvernement et le milieu scientifique. A l’origine, ce terme désignait la propagande et les moyens techniques soviétiques contre les médias occidentaux, rappelle François-Bernard Huyghes. Après la chute de l’URSS et la guerre du Golfe (1990-1991), la désinformation (armes de destruction massive) a été utilisée par un Etat (les Etats-Unis) contre un autre (l’Irak). Depuis, les « Fake News » racontent sur les réseaux sociaux un événement, qui n’a pas eu lieu (photos truquées), en vue d’une manipulation. Depuis 2016, elles engendrent la crainte que ces réseaux constituent une voie de désinformation et distillent le soupçon à l’égard des médias, gouvernements et experts scientifiques. S’y superpose l’affrontement géopolitique entre la Chine et les Etats-Unis sur le Covid-19.

Efficacité. La Chine tire parti du succès de sa lutte contre la pandémie grâce à sa « diplomatie sanitaire », indique François-Bernard Huyghes. Celle-ci contribue à l’affirmation de sa puissance, via les « Nouvelles Routes de la Soie », et à l’accroissement de son influence en vantant l’excellence de son régime politique. Par ailleurs, indique Cécile Guérin, la désinformation utilise la parole de l’expertise en profitant des tensions au sein de la communauté médicale, faute de connaissance suffisante du Covid-19. Sur internet, des vidéos opposent l’expérience des médecins de terrain à l’expertise des ministères et des grandes institutions de la Santé pour discréditer la gestion de la pandémie par les gouvernements.

Réactions. La presse passe plus de temps à vérifier la véracité d’une vidéo, qui suscite l’émotion, qu’à rechercher de l’information, souligne Gérard Grizbec. Cette vérification devrait s’accompagner d’une régulation des plates-formes numériques et d’un cadre législatif dans le contexte de prolifération de l’information, de désinformation et de « mésinformation » (partage d’une information tronquée sans en être l’auteur et sans intention de nuire), estime Cécile Guérin. Les GAFAM utilisent déjà de nombreux algorithmes et « modérateurs » humains pour lutter, au départ, contre la pornographie et l’incitation à la haine, souligne François-Bernard Huyghes. Par la suite, ils ont fermé des milliers de comptes et censuré beaucoup de contenus, selon leurs propres critères de décision et sans en référer à des autorités démocratiquement élues.

Loïc Salmon

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