Asie du Sud : l’affrontement Inde-Pakistan de mai 2025

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En représailles à des attentats terroristes au Cachemire, l’Inde a lancé l’opération de quatre jours (7-10 mai 2025) « Sindoor » contre le Pakistan, qui a utilisé des armements chinois au combat.

Thibault Fournol et Tom Abram, chargés de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, analysent cette crise, la plus grave depuis la guerre indo-pakistanaise de 1971, dans un article publié dans la revue Défense & Industries de juillet 2025.

L’Inde. Selon New Delhi, la première phase de l’opération « Sindoor », qui a duré 23 minutes, a visé, avec une grande précision, des infrastructures situées dans neuf sites au Pakistan et attribuées aux mouvements terroristes Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed, en réduisant au maximum les dommages collatéraux. L’ONU a reconnu que le premier avait commis des attentats, contre le Parlement indien à New Delhi en 2001 et à Mumbai en 2006 et 2008, et que le second avait attaqué les forces de sécurité indiennes au Jammu-et-Cachemire en 2016 et 2019. Dans la nuit du 6 au 7 mai, l’armée de l’Air indienne a brouillé au préalable le système pakistanais de défense aérienne pour s’assurer une liberté d’action. La guerre électronique permet de neutraliser, temporairement, les capteurs adverses dans un souci d’éviter, autant que possible, des pertes humaines et matérielles. Les infrastructures militaires n’ont donc pas été ciblées par des frappes, afin d’éviter toute escalade qui aurait déclenché un conflit conventionnel plus coûteux que les pertes possibles encourues par « Sindoor » (voir plus loin). Le Pakistan a riposté par l’opération « Bunyan-un-Marsous » consistant en l’envoi de drones et de missiles qui, selon New Delhi, ont été neutralisés par la défense aérienne avancée. Celle-ci compte, notamment, des missiles moyenne portée Akash indiens, des missiles BrahMos russo-indiens et des systèmes anti-missiles sol-air S-400 russes de moyenne portée, dont trois sont opérationnels et deux autres seront livrés en 2026. Toutefois, le 8 mai, des drones indiens ont visé un site radar à proximité de Lahore. Le 9 mai, les chasseurs indiens ont procédé à des frappes contre quatre sites de défense aérienne. Une analyse de l’affrontement montre que la préservation physique des capteurs adverses, avant l’engagement aérien, semble s’inscrire dans le cadre d’une sous-estimation indienne des capacités du Pakistan à mener une guerre conventionnelle. S’y ajoute le manque d’anticipation, basé sur les expériences passées, des contre-attaques pakistanaises. En effet, en février 2019, l’Inde avait bombardé un camp d’entraînement terroriste dans la région de Balakot à la suite d’un attentat-suicide, perpétré par le Jaish-e-Mohammed contre des forces de sécurité indiennes et qui avait fait 44 victimes à Pulwama (Jammu-et-Cachemire). L’armée de l’Air pakistanaise avait alors procédé à des frappes limitées sur le Cachemire indien, déclenchant un affrontement aérien qui s’était soldé par la destruction d’un chasseur MiG-21 indien et la capture de son pilote, libéré deux jours plus tard en signe de désescalade. Pendant l’opération « Sindoor », le discours de New Delhi est passé de la légitimité de sa riposte aux attaques terroristes à la présentation des performances technologiques de ses moyens militaires engagés, notamment dans la défense aérienne. Le narratif du succès de « Sindoor » permet de valoriser les capacités de la production locale d’armement dans la cadre de l’initiative « Make in India », lancée en 2014 pour stimuler la production manufacturière nationale et attirer les investissements étrangers. Celle-ci vise aussi à réduire la dépendance extérieure dans le domaine de la défense, en favorisant la production locale d’équipements militaires et en encourageant les transferts de technologies et la montée en puissance de la base industrielle et technologique de défense. L’Inde souhaite en effet prendre place parmi les premiers producteurs et exportateurs d’armement dans le monde.

Le Pakistan. Dès le 9 mai, le Pakistan a annoncé la destruction de 5 avions de combat indiens, dont 3 Rafale, sur la base d’éléments matériels et techniques. Le 15 et le 28 mai, ce bilan passe à 6 avions, dont 4 Rafale. Or le 7 mai, la chaîne américaine CNN s’est fait confirmer la perte d’un seul Rafale par un représentant de l’avionneur français Dassault. Deux jours plus tard, le quotidien américain Washington Post cite plusieurs analystes qui ont identifié 1 Rafale et 1 Mirage 2000 parmi les débris. Le 31 mai à Singapour, en marge de la conférence internationale « Shangri-La Dialogue », le général Anil Chauhan, chef d’État-major des armées indiennes, a reconnu des pertes, sans les préciser, mais a réfuté les chiffres des autorités pakistanaises. En conséquence, il avait dû modifier la tactique pour assurer le succès des frappes ultérieures. Il a ajouté que 80 % de équipements militaires acquis par le Pakistan depuis quelques années proviennent de Chine, qui apporte aussi un soutien technique. Officiellement, celle-ci reste discrète sur les matériels utilisés, mais sa presse étatique souligne que le Pakistan a utilisé des chasseurs monomoteurs monoplaces J-10 chinois conter les Rafale indiens, alors qu’il possède aussi des F-16 américains. En outre, la Chine profite de l’occasion pour vanter les performances de ses équipements en situation de combat réel. Les médias chinois attribuent la « victoire pakistanaise » à l’interopérabilité entre le chasseur J-10, le missiles air-air longue portée (300 km) PL-15 et le systèmes sol-air HQ-9 (inspiré du S-300 russe), tous chinois. Le missile PL-15, qui équipe aussi l’avion de combat furtif J-20, intéresse particulièrement les autorités militaires américaines et taïwanaises. Toutefois, les performances des matériels chinois utilisés lors de l’affrontement indo-pakistanais restent difficiles à analyser en raison d’absence d’informations sur les conditions précises de l’engagement, la distance entre les aéronefs et l’altitude relative et l’usage du système de contremesures (détection et brouillage des menaces) Spectra du Rafale par les pilotes indiens. Le Pakistan importe de Chine des matériels pour ses forces armées terrestres, navales et aériennes. Il lui achète aussi des drones moyenne altitude longue endurance Wing Loong, CH-3 et CH-4. Son acquisition du J-10 semble répondre à celle du Rafale par l’Inde à la France. Enfin, l’affrontement de mai 2025 donne à la Chine l’opportunité de promouvoir ses matériels à l’export auprès des pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine. Déjà, elle a présenté le chasseur J-10 au salon international « Langkawi Air Show », tenu en Malaisie les 20-24 mai 2025, et au Salon international de l’aéronautique du Bourget les 16-22 juin.

Évolution du rapport de force. Ses victoires successives sur le Pakistan en 1948, 1965, 1971 et 1999 ont conforté l’Inde dans sa supériorité dans le domaine conventionnel. Le Pakistan, qui l’a prise en compte, a développé sa capacité nucléaire dès les années 1980 et renforcé ses moyens de guerre asymétrique. Il a cherché à accroître le coût d’une riposte conventionnelle pour l’Inde en s’appuyant sur le risque d’escalade nucléaire, tout en maintenant une pression constante sur la question du Cachemire en instrumentalisant la notion islamique de Djihad (guerre sainte). Dès sa création en tant que nation musulmane en 1947, le Pakistan a utilisé des groupes armés du Cachemire pour mener ses actions militaires, totalement ou en partie. L’utilisation avérée de matériels chinois dans l’affrontement indo-pakistanais de mai 2025 en fait de la Chine un acteur indirect. Cette dépendance accrue du Pakistan à l’égard de la Chine pourrait modifier l’équilibre stratégique avec l’Inde et la stabilité en Asie du Sud. En effet, le Pakistan envisage d’acheter à la Chine un avion d’alerte avancée KI-500, capable de détecter un chasseur à 470 km, et un système anti-missile balistique et antisatellite HQ-19, (portée 3.000 km). Selon des analystes indiens, la Chine peut transformer l’organisation et les capacités militaires du Pakistan et ainsi s’établir comme facteur d’équilibre face à l’inde.

Loïc Salmon

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