Technologie : le quantique pour garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique

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Calcul, capteurs, cryptographie, communications quantiques et technologies habilitantes au quantique augmenteront les capacités opérationnelles des armées en vue de conserver l’avantage.

Lors d’une conférence de presse le 12 juin 2025 à Paris, l’ingénieur général de l’armement Jean-Baptiste Paing, architecte du système de défense « renseignement, connectivité et numérique », a expliqué le quantique de défense. Ensuite, l’ingénieur principal de l’armement Ming Long, « manager calcul numérique » à l’Agence du numérique de défense, a présenté le programme « Proxima ».

Le quantique. La puissance quantique permet de rendre l’invisible perceptible et l’imprévisible prédictible, souligne l’ingénieur général Paing. La physique quantique étudie le comportement des particules à l’échelle microscopique, dont les lois diffèrent profondément de celles de la physique classique. Selon le principe de superposition, une particule peut exister dans deux états à la fois. Selon celui de l’intrication, deux particules peuvent être interconnectées quelle que soit la distance, de sorte que toute action sur l’une aura un effet immédiat sur l’autre. Selon « l’effet tunnel », des particules peuvent franchir une sorte de mur d’énergie. Base de l’électronique moderne (laser), la physique quantique ouvre la voie à diverses technologies de rupture. Ainsi les capteurs quantiques permettront d’atteindre des performances ultra précises, conférant une supériorité opérationnelle. Déjà, le « gravimètre », embarqué sur les navires hydro-océanographiques de la Marine nationale, effectue des mesures absolues du champ de gravité terrestre, malgré des mouvements de houle élevés. Les cartes ainsi établies permettent aux sous-marins une navigation assez précise. Pour les très basses fréquences utilisées par les armées, la longueur des antennes, actuellement de plusieurs mètres, sera réduite à quelques centimètres sur les porteurs des systèmes d’armes futurs pour détecter l’ennemi plus loin et plus vite. Les communications quantiques, entre ordinateurs et capteurs, visent à comprendre les phénomènes de distribution et d’intrication,  en vue d’un internet ultra-sécurisé à l’horizon 2030-2050. La cryptographie post quantique devra faire face à l’émergence de la menace d’un ordinateur quantique capable de rendre les communications « en clair ». La mutualisation des efforts publics et privés va s’organiser en cercles concentriques au sein d’un « campus quantique défense ». Le ministère des Armées constitue le noyau dur avec la Direction générale de l’armement, les services de renseignement et les armées pour l’analyse de la menace. Un noyau plus étendu regroupe l’État et les industriels pour partager des feuilles de route communes, afin d’exercer une influence sur les instances de normalisations internationales. Enfin, le cercle externe intègre le milieu académique, les investisseurs et les partenaires internationaux. L’État a déjà investi 1 Md€ sur la période 2021-2025. La Chine, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont lancé des programmes nationaux sur le quantique. L’Union européenne devrait engager des programmes communs en 2028-2034.

Le programme Proxima. Le calcul quantique présente des retombées dans la cryptanalyse, les matériaux, la planification et la logistique, indique l’ingénieur principal Long. Lancé en mars 2024, le programme Proxima vise à disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques de 128 qubits (unités d’informatique quantique) en 2032. Il bénéficie d’un investissement de 500 M€ et se déroule en deux phases de sélection à 4 ans (3 projets) et 8 ans (2 projets). Cinq startups portent cinq technologies différentes : Alice & Bob, qubits bosoniques ; C12, spins d’électrons dans des nanotubes de carbone ; Pasqual, atomes neutres refroidis par lasers ; Quandela, ordinateurs quantiques photoniques ; Qobly, spin d’électrons sur une technologue de semi-conducteurs.

Loïc Salmon

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