La vertu militaire, récompensée par une décoration, reflète le dévouement de tous les combattants à leur pays, du simple soldat à l’officier général, et même des unités entières. Les ordres nationaux mettent sur un pied d’égalité les plus hautes personnalités civiles et les militaires récipiendaires les plus anonymes.
Héritière de la cavalerie romaine, la « chevalerie » médiévale, progressivement confondue avec la noblesse, recouvre peu à peu une catégorie sociale et professionnelle et un ensemble de valeurs et de pratiques culturelles. Quoique la chevalerie des XIVème et XVème siècles diffère de celle apparue entre les Xème et XIIème siècles, Louis XI instaure l’ordre de Saint-Michel en 1469 et y intègre les idéaux de la chevalerie médiévale. Des ordres de chevalerie l’ont précédé en Europe et d’autres lui succéderont. Conformément aux statuts, chaque nouveau chevalier se voit contraint de suivre des règles et de respecter des engagements, dont la fidélité au souverain. L’ordre du Saint-Esprit, créé par Henri III en 1578, est réservé à a noblesse. Une rupture se produit en 1693 quand Louis XIV instaure l’ordre royal de Saint-Louis pour récompenser le mérite militaire, où l’appartenance à la noblesse n’est plus requise et seule compte la bravoure au combat, assortie de dix ans de service. Au cours du XVIIIème siècle, les réflexions portent sur l’importance de distinguer les récompenses de longévité de service de celles pour action d’éclat, notifiées par un « médaillon de vétérance » avec deux épées entrecroisées. Ainsi Jean Thuret (1699-1807), le « plus vieux soldat de France », l’a servie 72 ans et a reçu trois médaillons avant d’être nommé dans la Légion d’honneur en 1804. Entretemps, la Révolution a aboli les ordres chevaleresques. Institué en 1802, l’ordre de la Légion d’honneur puise dans le symbolisme de la Révolution pour souligner son caractère universel en associant, en 1804, son insigne à une couronne composée d’une branche de laurier pour la victoire et d’une branche de chêne pour la vertu civique. En 1857, Napoléon III institue la « médaille de Sainte-Hélène » pour la reconnaissance rétrospective des anciens combattants des guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815), officiellement désignée « commémorative », et première distinction française de ce type. L’affrontement de millions de combattants au cours de la première guerre mondiale nécessite, pour le commandement, de disposer d’une récompense égalitaire tout en hiérarchisant les faits d’armes et en assurant la reconnaissance au plus près des événements. C’est la croix de Guerre 1914-1918, qui sera décernée pour acte de bravoure au simple soldat comme au maréchal, à des civils, à des femmes, à des étrangers des armées alliées et même à des animaux ! Par la suite, seront instituées la croix de Guerre de théâtres d’opérations extérieurs en 1921, toujours attribuée en cas de guerre déclarée, et la croix de Guerre 1939-1945. Des unités militaires, des communes, des institutions et des entreprises ont reçu une croix de Guerre et, parfois, la Légion d’honneur. En 1930, est instaurée la « croix du Combattant » pour tout militaire présent au front pendant une durée minimale au sein d’une unité engagée au combat. Cette croix, dont le dessin se rapproche de celle de la croix de Guerre mais sans les glaives, inspirera celle de la Valeur militaire de 1956 encore décernée à l‘occasion d’opérations, mais non de guerres, extérieures. Compagnon de la Libération, le général Ralph Monclar (1892-1964) a reçu la Légion d’honneur (grand-croix), la Médaille militaire, les trois croix de Guerre, la médaille de la Résistance et celle des blessés (7 étoiles).
Loïc Salmon
« Du courage à l’honneur, trésors de la symbolique du Service historique de la Défense », ouvrage collectif sous la direction de Jean-François Dubos, Tom Dutheil et Marcel Joussen-Anglade. Éditions Pierre de Taillac, 384 pages, nombreuses illustrations, 45 €
Exposition « Du courage à l’honneur » au musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie
Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !




