Préservation de l’environnement et développement durable visent à améliorer la résilience du ministère des Armées. En outre, les forces armées prennent en compte le dérèglement climatique dans l’accomplissement de leurs missions.
Sylviane Bourguet, directrice des territoires, de l’immobilier et de l’environnement du Secrétariat général pour l’administration, et l’ingénieur général de 2ème classe Sylvain Hilairet, chef de la division infrastructure et énergie opérationnelle de l’État-major des armées, ont présenté à la presse, le 18 septembre 2025 à Paris, la stratégie de défense durable de 2016, réactualisée en 2024.
Soutenabilité de l’outil de défense. Le ministère des Armées utilise 275.000 ha de terrain, dont 80 % présentent un intérêt important en matière de biodiversité, indique Sylviane Bourguet. Chaque année, il consomme 10,8 térawattheures (milliards de kilowattheures), soit 0,8 % de la consommation nationale, et produit 154.000 t de déchets. Déjà, 815 officiers généraux et cadres supérieurs civils ont été formés à la transition écologique. Un plan d’extension à l’ensemble des militaires et personnels civils est en cours de finalisation. Le ministère des Armées a conclu ou renouvelé des partenariats avec des organismes experts, notamment avec le Muséum national d’Histoire naturelle, pour la préservation de la biodiversité, et avec le Bureau de recherche géologique et minière, pour l’identifier des sites et des sols pollués. Cinquante emprises assurent un suivi écologique sur 100.000 ha d’espace naturel, soit près d’un tiers des terrains du ministère des Armées. Au-delà des normes déjà en vigueur, ce dernier améliore sa connaissance et son organisation en matière de prévention des risques, pollutions et nuisances. Depuis deux ans, le Fonds d’intervention pour la transition écologique aide 76 projets innovants.
Actions militaires. L’impact du changement climatique sur les engagements opérationnels des armées s’accroît, souligne l’ingénieur général Hilairet. Il est considéré comme un facteur de chaos dans l’environnement stratégique, au même titre que le retour de l’usage de la force (Ukraine et Moyen-Orient), le rejet du modèle occidental et la guerre informationnelle. Les dégradations climatiques peuvent déstabiliser les conditions de subsistance de certains territoires (conflits entre éleveurs et agriculteurs au Sahel), favoriser l’essor de groupes criminels ou exacerber le terrorisme (Somalie). En France, orages violents, sècheresses et incendies nécessitent les interventions fréquentes des forces armés. La stratégie « Climat et Défense » porte d’abord sur l’anticipation par la diffusion de la connaissance des phénomènes de changement climatique (600 personnes sensibilisées depuis 2022) pour l’intégrer à la prise de décision opérationnelle. Elle identifie les risques sécuritaires et opérationnels induits, dont ceux consécutifs à l’accélération de la fonte des glaces en Arctique. Elle implique l’adaptation de tenues des combattants aux zones extrêmes (désert, grand froid, milieux chaud et humide). Des études technico-opérationnelles analysent les conséquences des variations climatiques sur la résilience des infrastructures et les performances des hélicoptères (variations de la température sur la portance de l’air et donc sur les capacités d’emport et d’élongation), avions, bâtiments de surface (cartographie, température, salinité, portées des radars et des sonars) et sous-marins, afin d’adapter leur développement futur. Un effort d’atténuation de l’impact du changement climatique est déjà engagé. L’armée de l’Air et de l’Espace consomme 50 % des besoins énergétiques du ministère, la Marine 30 % et l’armée de Terre 5 %. La guerre russo-ukrainienne démontre l’importance du renseignement énergétique et de la lutte énergétique défensive (accès des armées à l’électricité et aux carburants). Un partage de bonnes pratiques se développe au sein de l’Union européenne et de l’OTAN.
Loïc Salmon
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