Moyen-Orient : pandémie du covid-19 et conflits en cours

Alors que le régime syrien nie la gravité du covid-19, au Liban, le mouvement politico-militaire Hezbollah y apporte une réponse sanitaire et sociale, tandis que celle de Daech repose sur une base idéologique.

Agnès Levallois et Jean-Luc Marret, maîtres de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), l’expliquent dans des notes publiées le 25 mars et le 13 avril 2020 à Paris.

La Syrie. Le gouvernement reconnaît, le 25 mars, le premier cas de contamination par le covid-19, en précisant qu’il s’agit d’une personne venant de l’étranger, indique Agnès Levallois. Jusqu’ici, il assurait que le virus n’avait pas atteint le territoire national, alors que la contamination avait déjà touché l’Irak, l’Iran, la Jordanie, le Liban et Israël. Les images d’agents municipaux désinfectant les rues de Damas semblent démontrer que le régime maîtrise la situation sanitaire, malgré la crise économique consécutive à neuf ans de guerre civile. Or le système de santé syrien n’est guère capable de gérer l’épidémie, remettant ainsi en question le retour à la normale de la vie quotidienne de la population. Le régime se maintient grâce à l’appui militaire de la Russie, de l’Iran et des milices chiites, dont le Hezbollah libanais. Il a réussi à repousser ses opposants jusque dans l’enclave d’Idlib (Nord-Ouest du pays). Les bombardements des forces armées syriennes entraînent un exode massif de la population civile, dont les exilés sont privés de leurs biens par décret du président Bachar al-Assad. Cette crise migratoire accentue la pression sur la Turquie et l’Europe. Le cessez-le-feu, négocié début mars par la Russie et la Turquie, doit notamment permettre à l’Organisation mondiale de la santé de procéder à des dépistages du covid-19 dans la région, d’autant plus exposée que les infrastructures de santé sont systématiquement détruites. En fait, le régime a tiré profit de l’émergence de l’Etat islamique (Daech) en 2014 sur une partie des territoires syrien et irakien, rappelle Agnès Levallois. Les pays occidentaux ont alors cessé d’exiger le départ de Bachar al-Assad. Son maintien au pouvoir devait garantir une certaine stabilité en Syrie, pendant la reconquête des territoires occupés par Daech par une coalition internationale de 70 nations dans le cadre de l’opération « Inherent Resolve », dont l’opération « Chammal » constitue le volet français.

Daech. Privé de territoire après sa défaite militaire, Daech ne peut conduire un « djihad sanitaire » en faveur exclusivement de musulmans sunnites de Syrie et d’Irak, estime Jean-Luc Marret. Faute d’effectifs et de moyens techniques suffisants, sa propagande a commencé par considérer le covid-19 comme un « châtiment divin » contre la Chine, Etat athée qui persécute sa minorité musulmane ouïghour. Ensuite, elle a accusé le « gouvernement infidèle de Chine » de minimiser sciemment l’étendue de la pandémie. Toutefois, Daech a élaboré des directives de sécurité prophylactiques pour ses sympathisants, en insistant sur la protection donnée par les vêtements islamiques féminins et la distance sociale entre les sexes. Il note que la pandémie pourrait empêcher les Etats, qu’il cible de ses menaces, de procéder à des opérations anti-terroristes. Il préfère concentrer les efforts de ses militants sur la recherche des moyens pour libérer ses djihadistes détenus en Syrie et en Irak. Dans le passé et sur les territoires qu’ils contrôlaient, Daech et l’organisation terroriste Al-Qaïda ont manifesté leur intérêt pour la recherche et le développement d’armes nucléaires, radiologiques, chimiques et même biologiques. Mais ils n’ont jamais pu en maîtriser les technologies les plus sensibles. Aucune information ne laisse à penser que Daech puisse recourir au covid-19 comme moyen improvisé et rustique de bioterrorisme en Europe. Toutefois en raison de son organisation décentralisée et de l’autonomie de ses réseaux à travers le monde, souligne Jean-Luc Marret, Daech pourrait utiliser certains individus psychologiquement fragiles pour effectuer des contaminations improvisées sur des cibles définies au préalable. Déjà en 2002-2003, Al-Qaïda s’était intéressé à la ricine (poison 6.000 fois plus toxique que le cyanure).

Le Hezbollah. Considéré comme organisation terroriste par de nombreux pays dont Israël, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et les Etats membres de l’Union européenne, le Hezbollah bénéficie des appuis d’une vaste diaspora libanaise et surtout de l’Iran. Au Liban même, rappelle Jean-Luc Marret, il gère des dispensaires, des hôpitaux et une vaste logistique de soutien de la population chiite et même au-delà. Ses opposants l’ont accusé d’avoir introduit le covid-19, via la Syrie ou l’Iran. Certains de ses membres qui s’étaient rendus à la ville religieuse de Qoms n’ont pas été mis en isolement à leur retour, malgré l’épidémie en Iran. Vu la défaillance de l’Etat libanais, le Hezbollah a déclaré avoir mobilisé 24.500 de ses membres et sympathisants, dont des professionnels de la santé et même le ministre de la Santé choisi par lui lors de la constitution du gouvernement libanais, pour lutter contre la pandémie. Les médias libanais en ont montré certains, vêtus d’un uniforme, gantés et masqués, en train de désinfecter les quartiers chiites de Beyrouth et de distribuer de la nourriture. Le Hezbollah a déclaré affecter certains moyens de sa guerre contre Israël à celle contre le covid-19 : un centre d’appels ; trois centres de confinement de 170 lits pouvant monter jusqu’à 1.000 ; 64 comités sociaux pour aider les familles nécessiteuses. Mais son action a été complétée par une division du travail entre communautés sunnite, chrétienne et druze. Ainsi, plusieurs organisations chrétiennes ont fourni des tests de dépistage, notamment pour les nombreux réfugiés, et le parti druze a offert des dons à plusieurs hôpitaux et a mis des zones de confinement à disposition des personnes contaminées.

Loïc Salmon

La population libyenne se trouve confrontée à la guerre civile et au covid-19, souligne Aude Thomas, chargée de recherche à la FRS, dans une note du 3 avril 2020. Le premier cas d’infection a été signalé le 24 mars, quelques heures après les bombardements des quartiers du Sud de Tripoli, menés par l’Armée nationale libyenne (ANL). Celle-ci est dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, qui bénéficie de l’appui des Emirats arabes unis. En représailles, les forces armées du gouvernement d’union nationale (GUN) ont attaqué, sans succès, la base aérienne d’Al-Waztiyah (150 km à l’Ouest de Tripoli), qui fournit un soutien logistique aux zones contrôlées par l’ANL. Le GUN, soutenu par la Turquie, a instauré un couvre-feu partiel en Tripolitaine et dans le Sud du pays et fermé les écoles et commerces non essentiels. Les municipalités ont pris des mesures de désinfection des rues et bâtiments publics. Les déplacements ont été limités et les points de passage vers l’Algérie et la Tunisie fermés. Les Emirats arabe unis et la Turquie investissent des moyens militaires en Libye, à savoir soldats, officiers d’encadrement et drones. Récemment, des combattants syriens ont rejoint les rangs du GUN et même de l’ANL à la suite du rapprochement entre le maréchal Haftar et la Syrie. Les Etats européens et la Mission des nations unies en Libye tentent d’instaurer et de faire respecter une trêve humanitaire.

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Syrie : le rapport de force après la défaite de l’Etat islamique

Après la disparition territoriale de l’Etat islamique (EI) de Syrie en mars 2019, le régime de Bachar el Assad continue de bénéficier de l’appui de la Russie, dont les forces spéciales ont remplacé celles des Etats-Unis sur place. En outre, par son soutien, l’Iran a suscité une alliance imprévue entre l’Arabie saoudite et Israël, ses adversaires déclarés.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 4 juin 2019 à Caen, par le Forum mondial pour la paix. Y sont intervenus : Nabil Fawaz, membre du Parti démocratique du peuple syrien et ancien maire de Raqqah, où l’EI avait établi sa « capitale ; Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient ; David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Prospective et Sécurité en Europe. Le conflit contre l’EI en Syrie (2014-2019) s’est soldé par plus de 300.000 morts, 1,5 million d’invalides, 80.000 détenus, 7 millions de réfugiés au Liban et en Turquie et 6 à 7 millions de Syriens déplacés.

Précarité politique. Le régime de Damas a gagné sa guerre grâce au soutien iranien au sol puis russe dans les airs depuis 2015 et aussi des hésitations des pays occidentaux, explique David Rigoulet-Roze. Il contrôle 40 % du territoire et 60 % de la population du pays et maintient une pression militaire sur les enclaves sunnites. Le Nord se trouve sous protectorat turc, sous le prétexte d’une menace terroriste kurde. Le Front démocratique syrien a été soutenu par les pays occidentaux pour la reconquête de Raqqah, mais réalisée surtout par les Kurdes avec des éléments arabes. L’Iran veut maintenir Hassad au pouvoir et la Russie sauver son régime. Malgré sa stabilité garantie pour une clarification territoriale, ce dernier doit assurer sa survie par la reconstruction du pays estimée à 400 Md$ sur plusieurs décennies.

Reconstruction difficile. Le « printemps arabe » n’a pas pris en Syrie, pays non-démocratique sous le pouvoir d’une minorité (alaouïte), rappelle Mgr Gollnisch. Aujourd’hui, les réfugiés auront du mal à rentrer dans des villes détruites, mais la capacité de résilience de femmes chrétiennes et musulmanes permet de l’espérer. La Russie a déployé beaucoup de moyens pour revenir sur la scène internationale tout en manipulant la religion orthodoxe. L’Iran s’installe aux portes d’Israël, mais pas plus que la Russie, ne pourra reconstruire la Syrie. La Turquie se trouve dans une position délicate face aux Kurdes, désireux de transformer la partie du pays reconquise en Kurdistan syrien avec une minorité arabophone. La Chine, quoique désireuse, n’investira pas en Syrie sans contrepartie. Les pays occidentaux apparaissent comme seuls capables de reconstruire la Syrie en échange d’un processus démocratique. Mais ils manifestent une sorte de résignation par pragmatisme, réalisme et vision limitée au calendrier électoral.

Instrumentalisation de la religion. Communiste dans les années 1980, le Parti démocratique syrien souhaite transformer la Syrie en pays laïc, souligne Nabil Fawaz. La présence de forces russes et iraniennes rend difficile toute prévision de l’évolution du pays, sans compter les différents acteurs locaux. Auparavant, chrétiens et sunnites entretenaient d’excellentes relations et le terrorisme n’existait pas en Syrie. Hassad a réussi à transformer le conflit interne en guerre religieuse, avec l’aide de combattants palestiniens et du Hezbollah (groupe islamiste chiite proche de l’Iran). Le Parti Baas au pouvoir contrôle l’armée et soutient la minorité alaouïte (8 % de la population). Aujourd’hui, les forces occidentales surveillent les sous-marins russes de la base navale de Tartous.

Loïc Salmon

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Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

Le système de combat aérien futur repose sur une démarche « incrémentale », où chaque ajout technologique doit apporter une amélioration sans créer de dysfonctionnement opérationnel. En outre, son emploi en coalition dépendra des incertitudes liées aux situations intérieures des pays participants.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 6 juin 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à l’occasion du Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget (17-23 juin 2019). Y sont notamment intervenus : le général de division aérienne Frédéric Parisot, sous-chef « préparation de l’avenir » à l’état-major de l’armée de l’Air ; Philippe Gros, maître de recherche à la FRS ; Anne Fort, Commission européenne.

Moyens actuels et futurs. Le général Parisot a repris les principaux éléments de l’audition (15 mai 2019) du général Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’armée de l’Air, par la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale. Plusieurs fois par mois, sont détectés, au Nord-Est de l’Europe, des dispositifs aériens comprenant des bombardiers stratégiques russes TU 160 à long rayon d’action capables d’atteindre les capitales européennes avec des missiles de croisière. Le partage d’information de défense aérienne avec les alliés et partenaires européens et de l’OTAN permet de les suivre, de les maintenir à distance des côtes européennes et d’intervenir immédiatement en cas d’acte hostile. Dernièrement, dans le cadre de la posture de dissuasion, deux Rafale et un avion ravitailleur A330 Phénix ont effectué un vol direct retour de 11 heures depuis l’île de La Réunion, au milieu de l’océan Indien vers la métropole. A l’issue d’un vol d’une durée équivalente en France, un tir d’évaluation du missile de croisière ASMPA (air-sol moyenne portée amélioré) a été réalisé avec succès. Le vol a été effectué au travers d’un dispositif de déni d’accès, composé d’avions de combat, de systèmes air-sol et de brouillage, comparable à ceux rencontré sur les théâtres d’opérations extérieurs (Syrie). Ces deux missions démontrent la capacité de conduire un raid, conventionnel ou nucléaire, depuis la métropole et dans un dispositif fortement défendu. D’ici à 2023, l’armée de l’Air pourra projeter 20 Rafale en moins de 48 heures en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie, grâce au couple Rafale-Phénix pour intervenir dans une crise régionale ou protéger des territoires ou départements d’outre-mer. Par ailleurs, certains Etats tentent de déstabiliser des pays européens par des stratégies hybrides, des cyberattaques et l’espionnage. En outre ils développent des armes nouvelles, à savoir avions de chasse de 5ème et 6ème générations, bombardiers furtifs, drones de tous types, missiles balistiques intercontinentaux, missiles de croisière aéroportés ou tirés depuis la surface, planeurs hypersoniques ou lasers anti-aériens. Des dispositifs de déni d’accès prolifèrent aux frontières de l’Europe et de la Méditerranée. En Asie-Pacifique, l’Inde a récemment procédé à un tir de destruction de satellite, démontrant que l’espace devient un champ de conflictualité. Lors de son audition par les députés le 15 mai, le général Lavigne a indiqué que la Chine et la Russie disposeront de 750 à 1.000 avions de combat en 2030, dont les deux tiers de 4ème génération au moins. En outre, elles modernisent leurs moyens aériens de déni d’accès, notamment les systèmes sol-air S-400 (déployés en Syrie) et développent la génération suivante S-500. Le système de combat aérien futur (SCAF), porteur d’enjeux opérationnels, technologiques et de souveraineté, consiste en de multiples systèmes travaillant en réseau autour d’un avion. En janvier 2019, une étude de concept conjointe a été lancée par la France, l’Allemagne et l’Espagne pour en définir l’architecture, afin de pouvoir gagner la « guerre des opportunités », face à la furtivité de certains équipements, et de lutter contre l’allonge de certains missiles ennemis en récupérant de l’information par des drones volant au-dessus des lignes ennemies. Un premier démonstrateur de SCAF devrait voler vers 2026 pour valider les différents concepts, dont le moteur, et développer un système complet vers 2040. Des négociations sont en cours sur les protocoles de connectivité du SCAF et du F35, avion américain multi-rôles de 5ème génération.

Opérations en coalition. Décliné en plusieurs versions pour l’armée de l’Air, les porte-avions et le Corps des marines (décollage et atterrissage vertical), le F35 peut opérer en coalition avec les avions de chasse britanniques, italiens, néerlandais, turcs, australiens, norvégiens, danois et canadiens, indique Philippe Gros. En outre, la Pologne, la Belgique, Israël, le Japon, la Corée du Sud et Singapour en ont déjà commandé. Marché estimé à 3.000 appareils, son coût de possession (acquisition et entretien) avoisine 1.200 Mds€. Mais il présente encore des déficiences techniques et de maintien en condition opérationnelle, entraînant une disponibilité jugée très insuffisante. Toutefois, il peut être employé seul comme « effecteur » cinétique et électronique (système d’armes permettant l’interception), grâce à sa grande autonomie dans l’exécution des missions en environnement contesté. En outre, il peut diriger un groupe de combat aérien en tant que centre de fusion du renseignement pour les avions de chasse furtifs américains F22 Raptor de 4ème génération. L’instabilité à l’Est de l’Europe, en Afrique et aux Proche et Moyen Orient conduit à des conflits, surtout asymétriques à court et moyen termes, avec une recomposition des puissances et une diminution des projections terrestres. Les interventions internationales en Afghanistan (2006-2014), en Libye (2011), en Irak et Syrie (2014-2018) et au Sahel (depuis 2013) montrent que seulement six pays européens partenaires d’une coalition consentent au recours à la force et que l’engagement américain, déterminant, devient une variable. La montée en puissance des pays européens acquéreurs de F35 n’arrivera à maturité qu’en 2026, excluant d’ici là leur participation à une coalition, où le partage du renseignement, élément clé dans la conduite d’une opération, constitue un facteur limitatif de nature non pas technique mais politique.

Loïc Salmon

Selon Anne Fort, le contexte géopolitique, l’émergence des nouvelles menaces et du retour des menaces conventionnelles ont incité l’Union européenne (UE) à relancer la coopération en matière de défense, afin d’éviter un décrochage technologique et la perte de sa liberté d’action. Il s’agit de stimuler les programmes de développement capacitaire pour favoriser la compétitivité et l’innovation, en vue de contribuer à l’autonomie stratégique. L’UE ne va pas acquérir les technologies ainsi développées, qui resteront la propriété des Etats membres, mais va soutenir leurs projets. Le fonds européen de la défense prévoit 90 M$ sur trois ans pour les instituts de recherche, afin qu’ils puissent répondre aux appels d’offres. Pour la période 2019-2020, il ajoute 100 M€ pour cofinancer des démonstrateurs. Enfin, pour 2025-2027, il prévoit 13 Mds€, dont 4 Mds€ pour la recherche et 9 Mds€ pour le développement, contre 598 Mds€ en 2017-2019.

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Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense

Alors que la Russie et les Etats-Unis planifient leurs moyens de défense en convergence avec leurs intérêts stratégiques, l’Union européenne (UE) se trouve fragilisée de l’intérieur et reste vulnérable à l’extérieur, faute de doctrine commune de défense.

Ce thème a été traité par Louis Gautier, ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (2014-2018), au cours d’une conférence-débat organisée le 13 mars 2019 à Paris par l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Qui tient qui ? La Russie s’est rétablie avec agressivité et désavoue les principes des accords d’Helsinki (1975), portant sur la sécurité et la coopération en Europe et signés par 35 Etats, dont l’Union soviétique et les Etats-Unis. Elle recourt à l’intimidation ou à la provocation et non à l’invasion, comme en Géorgie, en Ossétie du Sud ou au Dombass. En outre, elle s’est mise à l’écart du droit international par l’annexion de la Crimée. Autrefois, cette question aurait été réglée dans la discrétion diplomatique mais, aujourd’hui, le monde est devenu transparent. De retour sur le pourtour méditerranéen par son intervention en Syrie, la Russie y démontre son savoir-faire, sa technologie et sa diplomatie. Les Etats-Unis avaient fait de même lors de la guerre du Golfe (1991). Par ailleurs, les domaines cyber et spatial, qui permettent à la société de fonctionner, prennent, en cas de conflit, une dimension militaire qui évite un bombardement comme au Kosovo (1998-1999). Une cyberattaque russe en Ukraine s’est répercutée sur l’entreprise française Saint-Gobain, qui a perdu 250 M$ de chiffre d’affaires. Malgré quelques vulnérabilités, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne peuvent « durcir » efficacement leurs systèmes informatiques, contrairement aux autres pays de l’UE. Celle-ci ne prend pas conscience du danger, estime Louis Gautier, et s’en remet à l’OTAN en cas d’agression armée. Or, la stratégie russe ne recherche pas le conflit ouvert. Leur suspension des traités sur les Forces conventionnelles en Europe, les Forces nucléaires à portée intermédiaire et « Ciel ouvert » (surveillance des territoires des Etats signataires pour limiter la course aux armements) donnent carte libre à la Russie en Europe et aux Etats-Unis en Asie. Lors des opérations dans les Balkans (1998-2000) et en Libye (2011), ces derniers ont déclaré qu’ils ne s’engageraient pas à n’importe quel prix aux côtés de l’UE, en cas de crise cyber majeure ou de conflit armé à ses frontières.

Que faire ? L’UE dispose de 1,5 million de soldats et d’un budget de défense d’environ 240 Md€, supérieur à ceux de la Chine et de la Russie. La nécessité s’impose de redonner de la cohésion aux projets sur le volet capacitaire et la stratégie globale, faute de doctrine officielle sur l’évaluation de la menace, les missions et le contrôle opérationnel des moyens. L’OTAN assurant la défense collective, les missions « dures » relèvent de coalitions ou d’une nation cadre, comme pour les opérations de maintien de la paix ou l’évacuation de ressortissants en Chine et en Corée en cas de tension dans la péninsule coréenne. La cohérence dans le continuum défense sécurité (cyber et spatial inclus) implique des capacités civiles, militaires et civilo-militaires. Elle nécessite aussi de constituer une base industrielle et technologique de défense européenne, pour éviter le déclassement dans la compétition internationale. Ainsi, le crédit communautaire de 4 Mds€ pour la défense permettra d’investir dans la furtivité, l’hypervélocité et les nanotechnologies et soulagera les budgets nationaux.

Loïc Salmon

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Violence et passions

La violence interdit le débat, divise la société et attise la haine, mettant en péril la démocratie. La mort des idéologies a ressuscité le nationalisme et le fanatisme religieux.

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, la guerre devient hybride, à la fois intérieure et extérieure, civile et militaire, régulière et irrégulière. La violence s’appuie sur : le réveil des sentiments identitaires ; l’exaltation de la guerre sainte par le fondamentalisme islamique ; la volonté de revanche des pays du Sud stimulés par leur décollage économique. L’humanité se concentre dans les mégalopoles, à proximité des côtes, dans un « réseau de villes-monde » entre Los Angeles, San Francisco et New York, Londres et Berlin, Dubaï, Singapour, Hongkong et Shanghai et bientôt Sao Paulo et Mexico, Lagos et Le Caire, Istanbul ou Djakarta. Ces métropoles accumulent talents, capitaux et richesses, face aux régions qui s’enfoncent dans misère, désertification et violence. Conflits armés, absence de développement et changement climatique alimentent des flux de réfugiés et de migrants vers l’Europe. Ces évolutions du monde ont conduit aux « démocratures », théorisées après la chute du mur de Berlin (1989). Celles-ci se caractérisent par le culte de l’homme fort, un populisme virulent et le contrôle de l’économie et de la société. Adossée au suffrage universel manipulé par une propagande, relayée par les médias et réseaux sociaux, cette suprématie de la « démocratie non libérale » se manifeste dans la Russie de Vladimir Poutine, la Chine de Xi Jinping, la Turquie néo-ottomane de Recep Erdogan, l’Egypte du maréchal Al-Sissi, les Philippines de Rodrigo Duerte, le Venezuela chaviste, la Hongrie de Viktor Orban et la Pologne des frères Kaczynski. Nationalisme, protectionnisme, xénophobie et racisme prospèrent aussi aux Etats-Unis. Avec 1,5 million de victimes depuis 1968, les armes à feu y ont causé plus de morts que l’ensemble des conflits entrepris depuis la guerre d’indépendance (1775-1783). En outre, la dynamique guerrière du djihad et des « démocratures » se traduit dans les dépenses militaires qui totalisent environ 1.700 Mds$, soit 2,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, et qui augmentent de 5-10 %/an. Les Etats-Unis vont porter leur budget militaire à 700 Mds$. La Chine a augmenté le sien de 132 % en 10 ans, jusqu’à 4 % de son PIB. La Russie l’a triplé en 15 ans jusqu’à 3,7 % de son PIB. Son intervention en Syrie lui permet de tester ses nouveaux équipements et armements et de montrer sa capacité à conduire des opérations complexes. Pour sa défense, l’Asie dépense 100 Mds$ de plus que l’Union européenne, qui y consacre 220 Mds$. Par ailleurs, les institutions internationales, à savoir, ONU, Fonds monétaire international, Banque mondiale et Organisation mondiale du commerce, subissent les feux croisés des Etats-Unis et des « démocratures ». Le projet chinois des « nouvelles routes de la soie » vise à : contrôler les réseaux vitaux de la mondialisation ; écouler les excédents chinois d’acier, d’aluminium et de ciment ; créer des débouchés pour les exportations ; garantir l’accès aux matières premières et sources d’énergie ; instaurer une dépendance par la dette ; diffuser le modèle « total-capitaliste » chinois. Toutefois, l’Union européenne a compris qu’elle ne peut plus sous-traiter sa sécurité aux Etats-Unis. Les démocraties redécouvrent que la sécurité et la liberté, comme la prospérité, se conquièrent.

Loïc Salmon

« Violence et passions », par Nicolas Baverez. Éditions de l’Observatoire, 132 pages. 15 €

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Terrorisme : compétence judiciaire dès la préparation

La Justice intervient pour les cas de radicalisation violente, en vue d’un attentat terroriste ou d’attaque par des groupes djihadistes armés. Des magistrats spécialisés travaillent en toute confiance avec la Direction générale de la sécurité intérieure.

Cet aspect a été abordé par le procureur de la République, François Molins, lors d’un « Lundi de l’IHedn », conférence-débat organisée, le 12 février 2018 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale.

Menaces et enjeux majeurs. Certains candidats au djihad, ne trouvant pas leur place dans la société française, sont partis en Syrie et en Irak rejoindre l’Etat islamique (Daech) pour un motif identitaire. Un tournant s’est produit depuis que ce dernier a perdu 95 % de son territoire en 2017. La localisation des djihadistes devient alors difficile, car certains restent sur place ou se rendent dans les Territoires palestiniens, en Indonésie, en Afghanistan, au Maghreb (les binationaux) ou en Afrique de l’Ouest, explique le procureur. Sur le territoire national, des individus désireux de partir en Syrie ou en Irak ne le peuvent plus en raison des mesures de surveillance. En outre, en 2017, Daech a lancé un appel les incitant à rester en France pour commettre des actes isolés contre des cibles opportunistes (militaires ou policiers). Le milieu pénitentiaire, où 504 islamistes étaient détenus au 12 février 2018, sert d’incubateur aux 1.200 « radicalisés », incarcérés pour délits de droit commun et dont il convient de suivre l’évolution du comportement. En Afrique de l’Ouest et dans la bande sahélo-saharienne, Daech a appelé ses sympathisants à perpétrer des attentats contre la France. En conséquence, le partage de l’information devient primordial. Depuis janvier 2015, les services de renseignement (SR) peuvent intervenir dans un cadre légal. La justice leur donne un code de procédure pour mieux lutter contre les apprentis terroristes. Avec la disparition des tribunaux militaires en 2011, le parquet de Paris traite les cas susceptibles de « judiciarisation », comme les conditions de neutralisation d’un individu capturé au combat. Dans l’ensemble l’arsenal législatif semble efficace, estime le procureur. L’accès au dossier des récidivistes permet de suivre l’évolution de leur dangerosité. Jusqu’à 2020, les sorties de prison seront, pour certains, suivies d’une période de « probation » (peine en milieu ouvert) ou définitives pour ceux qui auront purgé leurs peines. Les mineurs constituent des bombes à retardement, car leur enfance a été marquée par les atrocités de Daech.

Actions judiciaires. La politique pénale a été adaptée en 2012 en raison de la menace décelée par les SR, quand la finalité d’un voyage au Levant ne relève ni de l’action humanitaire ni du combat contre le régime syrien. Mise en cohérence avec l’évolution de la menace, cette politique a conduit à l’ouverture de 490 dossiers de terrorisme sur 1.563 individus judiciarisés, 430 mises en examen et 850 mandats d’arrêt lancés. Des combattants français sur zone, identifiés lors de leur séjour et repérés par les SR, sont interpellés à leur retour, placés en garde à vue, déférés devant un juge d’instruction et mis en détention provisoire. Après l’attentat contre la publication satirique Charlie Hebdo en janvier 2015, Daech a lancé un appel permanent au meurtre de tous les Français. Ceux qui ont rejoint une organisation terroriste veulent agir. L’action judiciaire s’étend à toute la filière. Le premier volet porte sur la démonstration à une participation opérationnelle (combattant sur zone) ou de police islamique en Irak (patrouille frontalière). Il a été validé par la Cour de cassation, qui a estimé légitime de retenir la qualification de « criminelle ». Le deuxième volet concerne le soutien logistique, surtout en France, consistant à assurer le transport des volontaires sur le lieu du combat. En outre, Tracfin, SR du ministère de l’Economie, identifie ceux qui se sont rendus sur zone pour poursuivre le financement de terroristes, alors que leur famille ignorait leur départ. Le troisième volet concerne les velléitaires affichant leur volonté d’intégrer une fratrie et les isolés. Il s’agit alors de démontrer leur perspective d’intégration et leur adhésion à un islamisme radical. Par ailleurs, la lutte contre le terrorisme concerne le parquet de Paris et tous les parquets de France, qui disposent d’un « référent terrorisme ». L’apologie du terrorisme et la détention de téléphones portables en prison sont considérées comme des infractions. Mais, indique le procureur, la qualification de « terroriste » ne doit pas intervenir trop tôt, au risque de faire long feu, ni trop tard, à cause des pressions politique et médiatique. En outre, elle ne s’applique pas aux cas de psychiatrie lourde.

Femmes et enfants du djihad. Au début, simples génitrices pour le califat de l’Etat islamique, certaines femmes de nationalité française sont devenues les instigatrices au départ de leur époux. D’autres ont participé au djihad en toute conscience au point d’être prêtes à mourir. Aujourd’hui, elles se trouvent dans des camps en Syrie, où peut se rendre le Haut-Commissariat des nations unies pour les réfugiés. De leur côté, les Kurdes entendent juger celles qu’ils ont capturées en Irak. Comme les hommes, les femmes relâchées sur zone sont arrêtées à leur retour en France et interrogées. Au 12 février 2018, 120 femmes étaient mises en examen et 40 placées en détention provisoire pour association de malfaiteurs terroristes ou pour motif « criminel ». Des dossiers judiciaires ont été établis pour les couples. Par ailleurs, Daech a appelé, à trois reprises en 2017, les femmes et les enfants à participer au djihad armé. Les mineurs, partis avec leurs parents sur zone ou nés sur place, ont été confrontés à la violence et à l’endoctrinement. De jeunes garçons ont été utilisés dans l’exécution d’otages à des fins de propagande. Seront judiciarisés ceux qui ont atteint la barre du discernement, soit 13 ans, âge minimum d’un mandat d’arrêt. Les autres sont placés en garde à vue pour le recueil de témoignages. Depuis mars 2017, une circulaire fixe la prise en charge des mineurs sous la seule juridiction du parquet de Brétigny. Suivant leur évolution médicale et psychologique, ils sont placés dans une famille d’accueil ou restitués à la leur.

Loïc Salmon

Terrorisme : évolutions stratégiques et sociologiques

Les sœurs du Djihad

Terrorisme : Daech, propagande habile et maîtrise technique

Début 2018, 14 magistrats spécialisés du parquet de Paris jugent les auteurs présumés d’actes terroristes. Les peines varient de 10 ans d’emprisonnement, pour ceux convaincus d’association de malfaiteurs terroristes, à la réclusion à perpétuité pour les dirigeants de Daech ou d’Al Qaïda. La préparation d’un acte terroriste implique la volonté d’agir en commun et repose sur des faits matériels : achats de matériels et échanges d’informations sur le califat, via les réseaux sociaux. La participation à un attentat inclut le recrutement, l’endoctrinement l’hébergement, le soutien logistique et le fait d’être parti en Syrie ou l’Irak pour rejoindre une organisation labellisée « terroriste ». Avant le passage à l’acte, l’intention doit être prouvée. Le terrorisme répond à une définition juridique en France mais politique dans d’autres pays. En raison des connexions entre les attentats, le Centre européen chargé de la lutte contre le terrorisme (créé en 2016) coopère avec les services dédiés américains, belges, allemands, italiens, néerlandais et français, facteur majeur de réussite.




Les sœurs du Djihad

Les organisations djihadistes, surtout Daech (Etat islamique), parviennent à recruter des Européennes converties, destinées d’abord à procréer des combattants de l’islam radical. Si elles en ont les qualifications, elles peuvent occuper des emplois dans la santé, l’enseignement, la communication, l’informatique et même la sécurité !

Selon diverses études et recueils de témoignages (vidéos, confessions sur internet et écrits), le nombre de conversions à l’islam en Europe augmente de 20 % par an depuis 2010 et les femmes représenteraient environ 60%-70% des convertis. Il en ressort que les conversions se répartissent principalement en quatre types : rencontre amoureuse aboutissant souvent à un mariage, pour la majorité des jeunes femmes ; environnement social musulman de proximité ; quête de spiritualité après une déception vis-à-vis de la religion d’origine ; motivations politiques ou radicales, plus rares chez les femmes. Contrairement au catholicisme et au judaïsme qui demandent une grande implication et plusieurs étapes, la conversion à l’islam peut se réduire, pour les recruteurs salafistes, à la récitation en arabe phonétique de la profession de foi devant deux témoins : « J’atteste qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et que Muhammad est son messager ». Le nouveau musulman doit se conformer aux quatre piliers de l’islam : cinq prières quotidiennes n’importe où et en direction de la Mecque ; verser l’aumône aux plus pauvres selon ses moyens ; jeûner le mois du ramadan, de l’aube au coucher du soleil ; aller en pèlerinage à la Mecque une fois dans sa vie, si ses moyens physiques et financiers le lui permettent. Alors que l’islam modéré recommande une modification progressive du comportement vestimentaire et alimentaire, la mouvance rigoriste incite les nouveaux venus à se couper de leur environnement d’origine en deux ou trois mois. A la différence du chiisme iranien, l’imam sunnite, dépourvu de statut juridique ou légal, n’exerce pas de fonction « sacrée ». Il guide les croyants et les éclaire de ses connaissances du Coran et des « hadiths » (actes et paroles relatives à Mahomet et ses compagnons), acquises sans obligation d’une formation théologique sanctionnée par un diplôme officiel, décerné par une institution spirituelle islamique. De fait, beaucoup d’imams s’autoproclament tels ou sont même parfois téléguidés par l’Arabie Saoudite, le Qatar ou l’Algérie pour étendre leur influence. De son côté, Daech est parvenu à entraîner de nombreux départs de jeunes femmes européennes vers les zones de guerre en Syrie, Irak et Libye, entre sa proclamation du califat en 2014 et sa défaite militaire face à une coalition internationale et l’intervention russe en 2017. Il a présenté le djihad comme une cause humanitaire et offert une vision utopique de l’Etat islamique. Il a su tirer parti de l’addiction de jeunes filles, naïves ou psychologiquement fragiles, aux réseaux sociaux Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp, SkyBlog, Pinterest, Flicker, YouTube ou DailyMotion. Il leur a promis une vie romantique et démontré la cohésion sociale réalisée par la solidarité entre « sœurs », une fois intégrées à une communauté à l’écoute. Il leur a proposé une prise en charge intégrale par le groupe, sorte d’assistanat intégral et rassurant car évitant de prendre des responsabilités. Enfin, il leur a fait miroiter la possibilité de participer à un destin collectif exceptionnel, donnant ainsi un sens supérieur à leur vie.

Loïc Salmon

Terrorisme djihadiste : prédominance de la dimension psychoculturelle

Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

Qatar, vérités interdites

« Les sœurs du Djihad » par Jean-Christophe Damasin d’Arès. Editions JPO, 192 pages, 14,90 €.




Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

La Russie pratique, au Proche-Orient, une politique étrangère fondée sur le calcul des forces en présence et ses propres intérêts, selon une approche économique, militaire et culturelle.

Forte de ses relations avec la Syrie, l’Egypte, la Turquie, l’Iran, Israël, le mouvement Hezbollah au Liban et celui du Hamas dans la bande de Gaza, elle engage un bras de fer avec l’Occident. Tel a été le thème d’une conférence-débat organisée, le 21 février 2017 à Paris, par l’Institut des relations internationales et stratégiques. Y sont intervenus : Igor Delanoë, Observatoire franco-russe ; Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie ; Jean-Paul Chagnollaud, Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient.

Une nouvelle donne. En 1991, la Russie a restructuré sa politique au Proche-Orient avec pragmatisme et sans l’idéologie du temps de l’URSS, explique Igor Delanoë. Elle y trouve d’abord un intérêt économique, fait nouveau, par la vente d’armement et d’énergie, à savoir nucléaire, gazière ou pétrolière.  Sur le plan sécuritaire, elle s’inquiète de la prolifération d’armes de destruction massive, de leur capacité et du risque de les voir utilisées contre elle. En conséquence, elle coopère avec les Etats-Unis pour maîtriser la dissémination d’armements dans la région, interdire les armes chimiques en 2013 et parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien en 2015. Enfin, elle veut disposer de cartes dans le jeu géopolitique du Moyen-Orient, face à l’Occident. Pour tenter de résoudre la crise israélo-palestinienne, elle a tenté, sans succès, de tenir une conférence à Moscou avec les deux parties. Elle essaie alors de réussir un dialogue entre les factions palestiniennes, en vue de favoriser l’émergence d’un seul interlocuteur pour faire avancer le dossier. Elle parvient à maintenir en Egypte des contacts avec les Frères musulmans (mouvement salafiste) et le président Abdel Fattah al-Sissi, depuis les printemps arabes de 2011. Ceux-ci, selon elle, découlent des « révolutions de couleur » précédentes : « rose » ou « des roses » en Géorgie (2003), « orange » en Ukraine (2004), « rose » ou « des tulipes » au Kirghizistan (2005), « bleue » ou « en blue jean » en Biélorussie (2005) et « du cèdre » au Liban (2005), qui ont porté au pouvoir des gouvernements pro-occidentaux. La crise actuelle en Libye résulte de l’opération occidentale menée par la France et la Grande-Bretagne contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi, qui n’aurait pu avoir lieu si la Russie avait opposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU. S’estimant dupée, elle l’a opposé 6 fois depuis et la Chine 2 fois. En Syrie, ses intérêts nationaux la poussent à une solution politique, à savoir une médiation avec l’Iran et la Turquie pour compléter la conférence de Genève sous l’égide de l’ONU. Selon Igor Delanoë, ce « triangle » devrait disparaître à la fin du conflit. En effet, la Turquie ne souhaite pas que la Russie se rapproche trop des Kurdes, qui revendiquent une entité transfrontalière laïque, valeur mal perçue au Moyen-Orient. Par ailleurs, Turquie, Iran et Irak s’opposent à la création d’un Etat kurde au détriment d’une partie de leur territoire. Partisane d’une décentralisation du pouvoir en Syrie, la Russie semble plus attachée à sa structure étatique qu’à la personne du président Bachar el-Assad qui, pour l’Iran, caractérise un Etat central fort. Le rapprochement de la Russie vers l’Iran et la Turquie vise à résoudre la situation au Nord de la Syrie et celui vers Israël à éviter des incidents de frontière. De son côté, la Chine craint le retour des Ouïghours partis combattre avec Daech et susceptibles de déstabiliser la province du Xinjiang à leur retour. Elle propose de participer à la reconstruction de la Syrie par le biais de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.

Constance et intermittences. La Russie n’a jamais quitté le Moyen-Orient depuis la chute de Constantinople en 1453, quand elle s’est autoproclamée « troisième Rome », rappelle Jean de Gliniasty. La guerre de Crimée (1853-1856) l’a opposée à l’Empire ottoman, allié à la France et la Grande-Bretagne. Après 1945, l’URSS, disposant de ses propres ressources pétrolières, soutient les nationalismes arabes au détriment des partis communistes locaux pour des raisons politiques. Malgré l’expulsion d’Egypte de ses 20.000 conseillers en 1972, elle parvient à conserver son influence en Syrie. La guerre du golfe (1991), menée par une coalition internationale pour libérer le Koweït envahi par l’Irak, marque son éviction politique de la région, confirmée par les accords d’Oslo entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (1993). Mais elle préserve sa présence économique par la vente d’armement par les entreprises russes, affectées par la baisse du budget militaire national. Entre 2000 et 2015, ses échanges commerciaux ont décuplé. Vu de Moscou, la rupture des relations diplomatiques des pays occidentaux (hors Etats-Unis) avec la Syrie dès le début de la crise leur a fait perdre leur crédit et toute possibilité de dialogue. Pour sauver le régime de Bachar el-Assad, dont elle estime qu’il fait partie de la solution politique, la Russie est intervenue militairement (frappes aériennes) pour l’aider à reconquérir Alep. Par la suite, un bombardement américain a fait échouer un accord de cessez-le feu. Pour la Russie, sa réconciliation avec la Turquie lui donne un atout « sunnite » face au monde « chiite » dominé par l’Iran. Selon Jean de Gliniasty, Daech constitue un facteur d’unification de la coalition internationale et de la Russie. Mais, toute action militaire contre le régime syrien, passant outre à un veto russe à l’ONU, affaiblirait le Conseil de sécurité.

Incertitudes occidentales. Selon Jean-Paul Chagnollaud, le conflit syrien a conduit à la consolidation d’un régime totalitaire avec des implications : judiciaires par le nombre de victimes (voir encadré) ; politiques par celui des personnes réfugiées et déplacées (idem) et une société fracturée entre les anti et pro-régime ; existentielles, car le régime lutte pour sa survie. Avec l’envoi de 10.000 combattants sur le terrain, l’Iran se proclame première puissance régionale. Outre sa maîtrise de l’espace aérien, la Russie a remporté des succès diplomatiques. Les pays occidentaux se sont trouvés marginalisés, comptant sur la diplomatie sans l’action militaire.

Loïc Salmon

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Turquie : partenaire de fait au Proche et Moyen-Orient

Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

Le conflit armé en Syrie a causé plus de 400.000 morts entre mars 2011 et septembre 2016, selon plusieurs organisations non gouvernementales. La moitié de la population a été déplacée et plus de 5 millions de Syriens ont fui le pays. Les mouvements rebelles sont soutenus notamment par l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Qatar et les Etats-Unis ainsi que le Front Al-Nosra, branche syrienne de l’organisation djihadiste Al-Qaïda. Le régime syrien a reçu les renforts du Hezbollah, mouvement politique et militaire chiite libanais, et des brigades islamistes chiites irakiennes et étrangères ainsi que l’appui militaire de l’Iran et de la Russie. L’Etat islamique (Daech), en guerre contre tous les belligérants depuis 2014, est devenu la cible des frappes aériennes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. Enfin, les Kurdes du parti PYD et de sa branche armée YPG combattent pour l’autodétermination du Rojava, territoire autonome de fait dans le Nord et le Nord-Ouest de la Syrie.




Moyen-Orient : situation complexe et perspectives

Région stratégique et sous tension, le Moyen-Orient reste le théâtre de crises ou de conflits sans solution durable, malgré les récentes interventions de coalitions internationales conduites sous l’égide des États-Unis.

Il a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 27 octobre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale et animée par Renaud Girard, grand reporter au Figaro, chroniqueur international et écrivain.

Visions occidentales. En 1991, la guerre du Golfe, entreprise pour libérer le Koweït envahi par l’armée irakienne, est suivie de la Conférence de Madrid en vue d’une paix entre Israël et les pays arabes. Cet espoir, concrétisé par les accords d’Oslo en 1993, est anéanti après l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin deux ans plus tard par un extrémiste juif.  Pendant les deux mandats de George W.Bush (2001-2009), les néo-conservateurs américains ont imaginé un grand « Moyen-Orient démocratique », libéré des dictatures. Ils ont choisi l’Irak, pays très aphabétisé et qui, pensaient-ils, aspirait à la démocratie. Selon eux, l’Irak devait, après la chute de Saddam Hussein, répandre cette valeur par osmose parmi les nations arabes. La paix avec Israël s’ensuivrait, car les États démocratiques ne se font pas la guerre. En 2003, Renaud Girard se trouve à Bagdad pendant l’intervention de la coalition internationale conduite par les États-Unis contre l’Irak (à laquelle la France n’a pas participé). Il s’entretient avec le Premier ministre Tarek Aziz, qui lui déclare : « Nous n’avons pas d’armes de destruction massive ! » Une famille irakienne indique ne pas craindre les bombardements américains, car plus précis qu’en 1991, mais redoute l’anarchie. Quoique chiite et opposé au régime, son chef lui précise : « Nous ne sommes pas prêts pour la démocratie. » De fait, les élections qui suivent la guerre provoquent des clivages : les chiites votent pour les chiites, les sunnites pour les sunnites et les Kurdes pour les Kurdes. Les néo-conservateurs américains ont cru que le pire était la dictature, alors que c’est la guerre civile… qui éclatera en 2006, souligne Renaud Girard. Pour eux, la justice et la démocratie l’emportent sur la paix, tandis que les néo-réalistes pensent le contraire. Le « printemps arabe » de 2011 laisse augurer une démocratisation dans la région. Mais l’organisation islamique des « Frères musulmans » veut en profiter pour prendre le pouvoir. En Égypte, le président Mohamed Morsi, qui en est membre, nomme gouverneur de Louxor le chef d’un mouvement terroriste, qui y avait tué 60 touristes allemands quelques années auparavant. Après la première guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne exercent une tutelle sur les territoires arabes de l’ex-Empire ottoman. Après la seconde, elles s’en retirent pour donner naissance à la Syrie, au Liban et à l’Irak. De leur côté, les États-Unis ont conclu des accords avec l’Arabie saoudite (sunnite) et l’Iran (chiite). En 1956 après la nationalisation du canal de Suez et en accord avec l’URSS, ils mettent un terme à l’intervention militaire franco-israélo-britannique en Égypte. Après l’abandon du Chah en 1979, leurs relations avec Téhéran se sont détériorées jusqu’à l’accord sur le nucléaire iranien en 2015. Aujourd’hui, l’Occident préfère laisser les pays arabes s’organiser eux-mêmes.

Vers une nouvelle donne. Le Moyen-Orient est passé de la tolérance au fondamentalisme religieux, sous l’emprise d’Al Qaïda et de Daech, explique Renaud Girard. Longtemps, l’Empire ottoman n’a pas tenté d’éradiquer les autres religions. Mais au XIXème siècle, les puissances occidentales concluent avec lui des traités pour protéger les minorités chrétiennes. Le génocide arménien de 1915 sera motivé par des raisons politiques : le gouvernement turc reproche aux Arméniens d’être favorables à l’ennemi russe. La population grecque orthodoxe ne sera expulsée de Constantinople qu’en 1922. Aujourd’hui, les chrétiens ne constituent plus un facteur politique au Moyen-Orient, sauf au Liban où ils ont résisté pendant 15 ans aux Palestiniens. Autre caractéristique de la région, le sentiment national prime sur la solidarité religieuse tant que le régime est fort. Ainsi pendant sa guerre contre l’Iran (1980-1988), l’Irak de Saddam Hussein a pu compter sur la fidélité des soldats chiites. Mais aujourd’hui, l’influence de l’Iran y dépasse celle des États-Unis. Même si la monarchie saoudienne se fragilise, celles des Émirats arabes unis se maintiennent. En Syrie où l’armée a déjà perdu 80.000 hommes tués par Daech, le sentiment national reste fort parmi la bourgeoisie et les minorités chiite et alaouite. Si le régime de Bachar el-Assad avait accepté de rompre son alliance avec l’Iran, l’Arabie saoudite l’aurait soutenu, estime Renaud Girard. Selon le Haut commissariat des nations unies aux réfugiés, la guerre civile a, entre 2011 et février 2016, déplacé 13,5 millions de personnes, dont près de 4,6 millions dans les pays voisins surtout en Turquie, (2,5 millions), au Liban (1 million), en Jordanie (635.00) et en Irak (245.000). Dans le monde arabo-musulman, l’esprit national s’affaiblit dès que disparaît le dictateur qui se prétend le père de la nation, comme en Libye après Kadhafi et en Irak après Saddam Hussein. Toutefois, le Kurdistan ne devrait pas voir le jour, en raison des divisions entre les Kurdes eux-mêmes et de la volonté des grandes puissances de ne pas « casser » la carte du Moyen-Orient actuel. En matière d’intervention extérieure, les États-Unis préfèrent exercer une influence plutôt que d’envoyer des soldats sur le terrain. Pour eux, l’importance de cette région diminue, en raison de l’exploitation du gaz de schiste sur leur sol et de leur stratégie en Asie. Par contre, la Russie est devenue incontournable. Elle s’est réconciliée avec la Turquie et soutient la Syrie pour conserver un accès aux mers chaudes, avec la possibilité d’escales à Tartous. L’axe Moscou-Damas, solide depuis 50 ans, souligne sa fidélité à ses alliés, contrairement aux États-Unis qui ont abandonné Moubarak pendant la révolution arabe de 2011. Enfin, elle entend protéger les chrétiens d’Orient, dont les deux tiers sont orthodoxes.

Loïc Salmon

Israël : réagir à toute menace directe pour continuer à exister

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Turquie : partenaire de fait au Proche et Moyen-Orient

En octobre 2016, le régime syrien dispose de 650 pièces d’artillerie anti-missiles, 1.000 missiles sol-air, 365 avions de combat et 2 frégates. Les États-Unis déploient 1.000 hommes et des avions F16 en Jordanie, 4 navires de guerre et des sous-marins en Méditerranée et utilisent 2 bases en Turquie (Ismir et Incirlik, armée de l’Air), 1 aux Émirats arabes unis (Marine), 1 au Qatar (Marine) et 1 à Bahreïn (Marine). La France déploie 700 hommes et 6 Rafale dans les Émirats arabes unis, 7 Mirage 2000 à Djibouti et le groupe aéronaval en Méditerranée. La Grande-Bretagne utilise la base aérienne d’Akrotiri à Chypre et déploie quelques navires en Méditerranée. L’OTAN dispose des bases d’Incirlik, de Naples, de Sigonella (Sicile) et de Souada (Crète). La Russie peut utiliser les bases syriennes de Tartous (Marine) et de Hmeimim (armée de l’Air). Parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont approuvé l’intervention de la coalition internationale en Irak et en Syrie, à laquelle la Russie et la Chine ont opposé leur veto.




Terrorisme islamiste

La radicalisation islamiste, à caractère sectaire, cible, notamment en Europe, des jeunes sensibles à la frustration et au désir de revanche sociale, mais sans pour autant présenter des pathologies graves susceptibles de les repérer et d’anticiper leur comportement.

Les mouvements « salafistes », partisans d’un retour à « l’islam des origines » se réfèrent à l’obédience sunnite pour qui l’interprétation du Coran est close depuis le IXème siècle. Le salafisme « djihadiste », dont se réclame Daech (État islamique), prône le combat armé et légitime le terrorisme et les attentats- suicides contre ceux qui attentent à la communauté musulmane dans son ensemble, mais aussi contre les « faux » musulmans qui ont une interprétation de l’islam considérée comme dévoyée. Les sunnites constituent la plus grande partie de la population des pays des Proche et Moyen-Orient : 90 % en Arabie Saoudite ; 90 % au Qatar ; 90 % en Jordanie ; 85 % en Égypte ; 80 % aux Émirats arabes unis ; 75 % en Syrie ; 70 % au Koweït ; majoritaires dans les Territoires palestiniens ; 35 % en Irak ; 30 % à Bahreïn ; 30 % au Liban. Les représentants du régime syrien actuel pratiquent, en majorité, le chiisme alaouite, très tolérant envers les autres religions et dénué de prosélytisme. En conséquence, les femmes alaouites sont généralement plus libres que celles des autres obédiences musulmanes et atteignent un niveau d’éducation plus élevé que les autres femmes sunnites. Pourtant, des femmes, musulmanes d’origine ou occidentales converties, rejoignent les rangs de Daech, à la suite d’une consultation quotidienne des réseaux sociaux djihadistes, qui les convainquent de leur rôle essentiel de mères de futurs combattants. En raison du climat de méfiance et de suspicion à l’égard des musulmans consécutif aux attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, les groupes islamistes radicaux ont prospecté de fertiles viviers parmi les diasporas musulmanes en Europe, où elles sont moins prospères et plus confinées dans des ghettos qu’en Amérique du Nord : immigrants récents, immigrants de la deuxième génération qui n’ont pas su s’intégrer et même des professionnels instruits. Le discours djihadiste vise à leur faire sentir que leur appartenance à la communauté musulmane est plus importante que celle de leur pays d’accueil. Les individus de nombreux groupes ethniques, culturels et religieux (le leur ou celui de leurs ascendants) restent en effet profondément préoccupés par ce qui touche leur pays d’origine. En outre, pour contourner les mesures de sécurité et internationaliser leur combat, les groupes islamistes ciblent de plus en plus les convertis, capables de se déplacer librement en Europe, Asie et Amérique du Nord sans éveiller les soupçons et prêts à accepter des missions dangereuses, pour prouver leur nouvel engagement. Enfin, les réseaux islamistes utilisent des vecteurs d’influence : les médias, à savoir vidéos de propagande sur internet, magazines d’information, retransmissions de discours et de prêche ; « think tanks » (cercles de réflexion) avec des organisations représentatives connues de l’islam, utilisées souvent à leur insu ; organisations non gouvernementales communautaristes qui, sous couvert d’actions humanitaires, établissent et renforcent des réseaux d’informateurs et de recruteurs ; groupes de pression liés à l’islam et agissant aux niveaux politique et administratifs locaux pour faire adopter des mesures allant dans le sens de certains principes de la charia.

Loïc Salmon

Terrorisme djihadiste : prédominance de la dimension psychoculturelle

Le piège Daech

L‘Égypte en révolutions

« Terrorisme islamiste » par Jean-Christophe Damaisin d’Arès. Éditions JPO, 104 pages, 9,90 €.