Sécurité : la menace informationnelle visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024

L’audience considérable des retransmissions des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris a offert des opportunités de manœuvres malveillantes par des acteurs étrangers, amplifiées sur les réseaux sociaux et portant notamment sur l’immigration, l’insécurité, l’insalubrité, l’inclusion des minorités et le genre.

En septembre 2024, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a rendu publique une synthèse réalisée par « Viginum », son service technique et opérationnel de vigilance et de protection contre les ingérences étrangères.

Manœuvres informationnelles. La cérémonie d’ouverture des Jeux le 26 juillet a été vue par 41,5 millions de téléspectateurs de la chaîne américaine NBC, soit presque le double de celle des Jeux de Tokyo (23 juillet 2021), et par 24 millions de téléspectateurs de France Télévisions, deuxième meilleur score de son histoire. Les manœuvres étrangères, détectées en amont et durant les Jeux, ont instrumentalisé, de façon planifiée ou opportuniste, tout événement d’actualité en lien avec eux, en vue de quatre finalités. La première portait sur l’image et la réputation de la France en dénigrant sa capacité à accueillir, organiser et sécuriser les compétitions. La deuxième visait à produire de effets économiques en attaquant les parties prenantes des Jeux, les sponsors ou tout autre acteur économique français. La troisième voulait remettre en cause les valeurs universelles et démocratiques. La quatrième cherchait à provoquer ou amplifier des troubles à l’ordre public, afin de perturber le déroulement des événements.

Modes opératoires. Entre avril 2023 et le 8 septembre 2024, Viginium a identifié 43 manœuvres internationales ayant ciblé les Jeux. Parmi elles, la fausse bannière consiste à utiliser les marques de reconnaissance d’un adversaire pour semer la confusion. Ainsi, sur X, Facebook et Telegram (pro-russe), une vidéo a montré un membre du Hamas menaçant les Jeux, accusant la France de soutenir Israël et dénonçant la participation d’athlètes israéliens. L’amplification d’actions dans le champ physique utilise des affichages ou des tags dans des lieux publics pour générer des publications sur des plateformes en ligne en faveur d’une cause. Ainsi, la photo d’une publicité sur un abribus à Paris, ciblant la délégation israélienne, a été massivement reprise sur X, en majorité par des comptes propalestiniens. Sur Telegram, Facebook et X, des photos de graffiti ont représenté deux mains se transmettant une arme au-dessus des logos des Jeux Olympiques de Munich (1972), où onze athlètes israéliens ont été assassinés par l’organisation terroriste palestinienne « Septembre Noir ». Un « doxxing » a divulgué en ligne des données personnelles sur des athlètes israéliens en les accusant de crimes de guerre. Des comptes pro-iraniens ont diffusé des visuels, réalisés avec l’intelligence artificielle (IA) en utilisant le logo d’Amnesty International, lesquels montrent des athlètes israéliens agressant des civils palestiniens et appellent au boycott de la délégation israélienne. L’écosystème numérique pro-iranien a créé un environnement hostile aux athlètes israéliens et accusé le Comité international olympique de « double standard » entre eux et les athlètes russes et biélorusses, obligés de concourir sous une bannière neutre. Des contenus audiovisuels originaux, mais inexacts et trompeurs, ont été produits et diffusés. Une vidéo réalisée avec l’IA, affirmant que la Seine est aussi polluée que le Gange en Inde et que l’air de Paris serait trop nauséabond pour les athlètes, a été diffusée sur des plateformes chinoises. La vidéo d’une influenceuse étrangère sinophone critiquant les Jeux a été vue plus de deux millions de fois sur diverses plateformes. Le dispositif pro-russe Matriochka a utilisé la charte graphique de la DGSI ou de la CIA pour affirmer que le niveau de risque terroriste était trop élevé pour assurer la sécurité.

Loïc Salmo

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Défense : les contributions des armées aux Jeux Olympiques 2024

Les armées ont déployé 18.000 militaires en appui des forces de sécurité intérieure lors des Jeux Olympiques de Paris (26juillet-11 août). Sur les 64 médailles obtenues par l’équipe de France, 21 ont été remportées par des personnels du ministère des Armées.

Le général Lionel Catar, commandant la 27ème Brigade d’infanterie de montagne et de la « brigade olympique », a présenté un bilan à la presse le 27 août 2024 à Paris. L’armée de l’Air et de l’Espace a déployé une « bulle de protection » pendant la cérémonie d’ouverture et la Marine nationale a contribué à la sécurisation de la rade de Marseille et des épreuves de surf à Tahiti. Outre les 10.000 militaires de l’opération « Sentinelle » contre le terrorisme, le gouverneur militaire de Paris a bénéficié, pour la première fois, du renfort d’une brigade interarmes de l‘armée de Terre, qui a pris l’appellation de « brigade olympique ». Le dispositif est adapté pendant les Jeux Paralympiques du 28 août au 8 septembre.

Sécurisation terrestre. Le déploiement de dispositifs visibles a dissuadé les éventuels perturbateurs des Jeux, qui se sont déroulés sans incident, souligne le général Catar. Plus de 45 régiments ont fourni 5.600 soldats pour renforcer les diverses unités de protection, en collaboration étroite avec les services du préfet de Police de Paris et les autorités civiles des départements de la Grande Couronne. Un détachement d’hélicoptères légers (Gazelle) et de manœuvre (Caïman) a été stationné en région parisienne. Des moyens spécifiques de contrôle de zone ont été mis en œuvre, dont la Seine sur quatre kilomètres. Le dispositif de lutte anti-drones inclut des radars et des brouilleurs. Les patrouilles fluviales avec un détachement spécialisé de l’armée de Terre ont sécurisé le port de Paris et escorté les convois de péniches, notamment de céréales, pendant la période des Jeux. Plus de 60 drones ont effectué 1.500 vols, depuis juillet, pour assurer l’étanchéité du dispositif de protection avec des sonars sous-marins et des barrières fluviales. Un maillage très dense de patrouilles terrestres a permis d’éviter toute intrusion sur les quais aux approches du site, tout en maintenant une grande discrétion pour laisser les 300.000 spectateurs découvrir la cérémonie d’ouverture. Les patrouilles ont été intensifiées au large du château de Versailles et à Eurodisney, en passant par les plateformes de correspondance de transport, dont les gares, surtout après les sabotages du réseau TGV de la SNCF en juillet. Tout cela a été précédé par une longue préparation dès le printemps 2023. Débutée en novembre par l’exercice « Coubertin 23 » à Saint-Germain-en-Laye, la montée en puissance s’est poursuivie avec un séminaire de planification au printemps 2024, un exercice « Drone » en mai, l’installation du PC à l’École militaire et la prise de commandement tactique de la « brigade olympique » sur le dispositif « Sentinelle » en juin.

Médaillés olympiques. Les personnels des armées ont obtenu 4 médailles d’or sur les 16 de l’équipe de France, 6 d’argent (26) et 11 de bronze (22). Voici les militaires : second maître Shirine Boukli, médaille de bronze en judo -48 kg ; soldat de 1ère classe Luka Mkheidze, argent, en judo -60 kg ; maréchal des logis Manon Apithy-Brunet, or, en sabre individuel ; aviateur Nicolas Gestin, or, en canoë slalom ; sergent Thomas Chirault, argent, en tir à l’arc par équipe ; matelot Joan-Benjamin Gaba, argent, en judo -73kg ; adjudant Clarisse Agbegnénou, bronze, en judo -63kg ; sergent Léo Bergère, bronze, en triathlon ; sergent Anthony Jeanjean, bronze, en BMX Freestyle ; maître Charline Picon, bronze, en voile, série 49er FX; sergent Sylvain André, argent, en BMX Racing ; sergent Romain Mahieu, bronze, en BMX Racing ; matelot Johanne Defay, bronze, en surf ; soldat de 1ère classe Cyrian Ravet, bronze, en taekwondo -58 kg ; maréchal des logis Althéa Laurin, or, en taekwondo +67kg ; capitaine Élodie Clouvel, argent, en pentathlon moderne.

Loïc Salmon

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Influence du monde militaire sur les Jeux Olympiques




Victoire ! La fabrique des héros

Outre sa dimension guerrière, la notion de victoire s’applique aussi à la littérature et à la politique, mais surtout au sport de compétition. Elle y acquiert la même aura, après une longue préparation et des efforts intenses pour se dépasser et l’emporter.

Décidée selon des modalités diverses, la victoire sportive s’intègre dans une hiérarchie des valeurs et fait l’objet de réjouissances, allant des stades aux palais présidentiels, et renouvelle les expressions du sentiment national. La célébration de la victoire prend une place particulière dans le cadre des Jeux Olympiques, où les médailles acquises donnent une renommée plus durable que celles des championnats du monde. Dans l’Antiquité, les cités grecques organisaient des jeux sportifs dans à Olympie en l’honneur de Zeus olympien, du VIIIème siècle avant J.-C au IVème siècle après J.-C. Elles récompensaient uniquement les vainqueurs par un rameau d’olivier sauvage, symbole de la sagesse, de la gloire et de la paix. Lors de ses propres jeux, Athènes offrait aussi des amphores spécifiques remplies de l’huile des oliviers sacrés, produit très précieux et donc cher. Le vainqueur revendait alors l’huile et gagnait une importante somme d’argent. En 1894, le baron français Pierre de Coubertin fonde le Comité international olympique qui structure les Jeux dans le cadre de la Charte olympique. Le premiers Jeux olympiques modernes commencent en 1896 à Athènes avec un sacre sommaire. Le vainqueur est couronné d’olivier et reçoit une médaille d’argent. Le second obtient une couronne de laurier et une médaille de bronze. Ce n’est qu’en 1904, lors des Jeux de Saint Louis (États-Unis), que l’or, l’argent et le bronze sont remis aux athlètes. Le podium apparaît en1932, durant les Jeux d’hiver à Lake Placid (États-Unis), Désormais, la remise des médailles s’effectue sur une estrade selon un protocole strict. Le premier athlète, au centre, reçoit une médaille d’or et le titre de champion olympique. Le deuxième, placé à sa droite, obtient une médaille d’argent et le troisième, à sa gauche, une médaille de bronze. Les drapeaux des pays des trois vainqueurs sont hissés, mais seul l’hymne national du médaillé d’or retentit. Dans certains cas, les vaincus sont honorés presqu’à l’égal des vainqueurs : glorification des Spartiates défaits aux Thermopyles par l’armée perse (480 avant J.-C.) ; siège de Fort Alamo (Texas, 1836) ; résistance d’une compagnie de la Légion étrangère française à Camerone (Mexique, 1863). Ce goût des perdants magnifiques se retrouve dans le sport. Ainsi, lors de la Coupe de football des clubs de champions européens à Glasgow (Écosse) en 1975-1976, l’équipe française des Verts de Saint-Étienne, battue par l’équipe allemande du Bayern de Munich, est ovationnée le lendemain sur les Champs-Élysées à Paris. Quoique souvent associé aujourd’hui au monde du sport, le trophée témoigne d’abord d’une victoire militaire par l’exposition d’armes ou d’objets symboliques du vaincu, comme l’épée du roi François 1er, fait prisonnier à Pavie en 1525 par le général Juan de Aldana. Échangée par son fils contre une pension du roi d’Espagne Philippe II en 1585, elle sera récupérée par la France…en 1808, pendant la guerre de l’armée napoléonienne contre l’Espagne. Le trophée se perpétue dans le domaine de la chasse par la tête, naturalisée et montée sur un écusson, d’un animal d’une exceptionnelle splendeur, puissance ou rareté. Récompense de portée internationale, le prix Nobel, créé par le Suédois Alfred Nobel inventeur de la dynamite, honore une personnalité ou une organisation pour son action en faveur du bien-être de l’humanité. Il concerne six domaines : physique ; chimie ; littérature (Annie Ernaux, première Française en 2022) ; médecine ; économie ; paix (l e Sud-Africain Nelson Mandela en 1993, entré dans l’Histoire par la défaite).

Loïc Salmon

« Victoire ! La fabrique des héros », ouvrage collectif. Éditions In Fine et Musée de l’Armée, 344 pages, 275 illustrations, 35 €

Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides

Dans la peau d’un soldat

Les canons de l’élégance