Sécurité : indice mondial de la paix en hausse en 2018

Le niveau général de sécurité dans le monde s’est amélioré en 2018 mais reste encore inférieur à celui de 2008, selon le rapport annuel de l’Institut de Londres pour l’Economie et la Paix rendu public le 12 juin 2019.

Depuis 13 ans, l’institut détermine un indice mondial de la paix (IMP) composé de 23 critères qualitatifs et quantitatifs pour couvrir les conditions de vie de 99,7 % de la population mondiale. Même si 86 pays ont amélioré leur IMP, 77 ont vu le leur se détériorer. L’Islande reste en tête, devant la Nouvelle-Zélande, l’Autriche, le Portugal et le Danemark. L’Afghanistan se trouve à la dernière place, précédé de la Syrie qui l’occupait l’année précédente, du Soudan du Sud, du Yémen et de l’Irak.

Facteurs de conflictualité. Selon le rapport, le changement climatique peut à long terme augmenter indirectement les risques de conflits violents par ses conséquences sur la disponibilité des ressources, la sécurité de la vie quotidienne et les migrations. Plus de 10 % de la population de huit des 25 pays les moins en paix vit dans des zones hasardeuses, soit 103,7milions de personnes résidant au Soudan du Sud, en Irak, en Libye, en République démocratique du Congo, au Soudan, en Corée du Nord, au Nigeria et au Mexique. Au cours des dix dernières années, deux critères de l’IMP se sont détériorés, à savoir des baisses de 8,69 % quant aux conflits en cours et de 4,02 % en termes de sécurité et de sûreté. Le terrorisme a augmenté dans 104 pays mais a baissé dans 38. Le nombre de morts dans les guerres civiles a crû de 140 % entre 2006 et 2017. Contrairement à ce que perçoit l’opinion publique, la « militarisation » mondiale a baissé de 2,6 % depuis 2008. Ainsi, le nombre de personnels armés par 100.000 habitants a diminué dans 117 pays. En outre, 98 pays ont réduit leurs dépenses militaires en pourcentage de leur produit intérieur brut, contre 63 qui les ont augmentées.

Impact économique. Selon l’IMP, 400 millions de personnes vivent dans les pays les moins stables. L’insécurité a fait perdre plus de 14 milliards de milliards de dollars en 2018 à l’économie mondiale, soit 11,2 % du produit brut ou 1.853 $ par personne. Pourtant, l’impact économique de la violence a baissé de 3,3 % en 2018. Ainsi, le montant dû aux conflits armés a baissé de 29 % jusqu’à 672 Md$, en raison de la diminution de l’intensité des conflits internes en Syrie, Colombie et Ukraine. En outre, l’impact économique du terrorisme a baissé de 48 % pendant le même temps. Toutefois, l’effet de la violence se fait encore sentir sur la croissance mondiale. Il correspond à 35 %, en moyenne, du produit intérieur brut des 10 pays les plus touchés, contre 3,3 % de celui des pays qui le sont le moins. Mais, il atteint 67 % en Syrie, 47 % en Afghanistan et 42 % en République centrafricaine.

Disparités régionales. L’Europe reste la zone la plus en paix dans le monde avec un IMP amélioré pour 22 de ses 36 pays. Terrorisme, guerres internes et externes se poursuivent en Asie-Pacifique. Les détériorations de l’IMP l’ont emporté sur ses améliorations en Amérique centrale et dans les Caraïbes. En Amérique du Nord, il reste stable au Canada, mais chute aux Etats-Unis. En Russie et Eurasie, l’IMP reste inférieur à la moyenne mondiale. En Amérique du Sud, il s’est amélioré en Colombie, en Uruguay et au Chili, mais s’est détérioré au Venezuela et au Brésil. En Afrique sub-saharienne, il s’est détérioré dans 27 pays sur 44. En Asie du Sud, il s’est amélioré au Népal, au Pakistan et au Bhoutan, mais s’est détérioré en Afghanistan. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, il a connu une amélioration marginale grâce à 11 pays.

Loïc Salmon

Sécurité : la paix, une exception en construction permanente

La paix : ceux qui la font




Sécurité : la paix, une exception en construction permanente

La paix, situation interétatique ou intra-étatique temporaire, se trouve menacée par les nouvelles formes de conflictualité, la prolifération nucléaire, la destruction de la biodiversité et le rejet du multilatéralisme.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 4 juin 2019 à Caen, par la Région Normandie, à l’occasion de la 2ème édition du Forum pour la paix. Y sont notamment intervenus : Hervé Morin, président de la région et ancien ministre de la Défense (2007-2010) ; le professeur Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales à l’Institut d’études politiques de Paris ; Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2002).

Plaidoyer pour la paix. Environ 250 personnes participent à la conférence plénière du Forum, intitulée « Humaniser la paix ». Dans son discours d’ouverture, Hervé Morin rappelle que ni la paix de Westphalie (1648) ni l’arme nucléaire ni l’ONU n’ont mis fin à la guerre. Celle-ci est partout, moins entre Etats, davantage interne et plus meurtrière. A titre d’exemple, la Guerre de Sécession (1860-1685) a causé plus de morts que toutes celles menées par les Etats-Unis. Au 21ème siècle, la guerre devient commerciale et médiatique avec l’ingérence numérique. Le système international parvient à un point de rupture. La loi du plus fort devient le mode de règlement ordinaire des conflits. Leurs causes varient de la religion au nationalisme ou au réchauffement climatique. Dans 10-20 ans, le besoin d’accès aux ressources alimentaires et à l’eau devrait l’emporter sur le risque de la prolifération nucléaire. La grandeur d’un pays s’acquiert dans la lutte pour la paix et la démocratie, en souvenir des héros de 1944, conclut l’ancien ministre de la Défense, qui présente le « Manifeste Normandie pour la paix dans le monde » (voir encadré). Ce dernier, inspiré du « Manifeste Russell-Einstein » de 1955, a été rédigé notamment par quatre prix Nobel de la paix : l’Egyptien Mohamed El-Baradei (2005), ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (1997-2009) : la Libérienne Leymah Gbowee (2011), travailleuse sociale et militante pour la paix en Afrique ; le Congolais Denis Mukwege (2018), le gynécologue « réparateur des femmes » ; l’Américaine Jody Williams (1997), professeure et militante pour l’interdiction des mines antipersonnel terrestres.

Mutation de la guerre. Le développement constitue le fondement de la paix pour se protéger de toutes les peurs humaines en matière sanitaire, sociale et culturelle, estime Bertrand Badie. La paix, autrefois considérée comme la non-guerre et l’extinction de de la puissance, se manifeste aujourd’hui par la décomposition des sociétés, des Etats et des formes de sociabilité élémentaire qui permettent à la collectivité humaine d’exister. Mais elle consiste aussi à reconstruire des sociétés sans contrat social après des conflits à 90 % intra-étatiques. En outre, la non-satisfaction des besoins élémentaires est liée à la violence diffuse dans la société, dont profitent les « entrepreneurs de la violence ». Quand des pans entiers de la société glissent vers la guerre, l’instrument militaire ne se trouve plus au centre des solutions politiques. Les guerres ne se gagnent plus ni ne se perdent. Presque tous les conflits actuels s’expliquent par l’injustice sociale. Faire la paix nécessite d’imposer un traitement social à la conflictualité en luttant contre l’humiliation du système hiérarchique des relations internationales. La reconstitution du multilatéralisme légitimera l’emploi immédiat de la force par des « gendarmes désintéressés » pour réduire les « incendies » au nom de l’intérêt général de l’humanité. Les petits Etats, guère soupçonnés de puissance, peuvent « porter la paix », comme la Norvège pour les accords d’Oslo entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (1993) ou l’Uruguay proposant un consensus sur le conflit interne au Venezuela (2019). Au niveau régional, l’Union africaine a mis un terme à la guerre entre l’Ethiopie et la Somalie (1977-1978). Mais le multilatéralisme mondial de l’ONU se trouve bloqué par le véto des grandes puissances, dont les Etats-Unis ont usé à 45 reprises sur la question du conflit israélo-palestinien. Enfin, les médiateurs individuels charismatiques et les organisations non-étatiques ou religieuses jouent un rôle pour la paix.

Communauté internationale. Même si le nombre de conflits diminue, la force continue de régner et le jeu des puissances a redémarré, estime Hubert Védrine. Dans leur conflit stratégique au niveau mondial, la Chine veut occuper la première place, que les Etats-Unis ne veulent pas lui abandonner. Il faut distinguer le rétablissement de la paix par la guerre de la dissuasion. Dans un conflit interétatique ou à l’issue d’une longue guerre civile, l’épuisement des protagonistes peut les conduire à demander une médiation. En l’absence de demande, les pays occidentaux ou d’autres acteurs étatiques ou non peuvent intervenir, notamment en cas de détresse extrême de minorités maltraitées, persécutées ou qui veulent se venger. Au-delà de l’analyse du déclenchement et du cheminement des conflits, il faudra évaluer les risques d’engrenage à partir de critères précurseurs. L’ancien ministre des Affaires étrangères recommande une typologie des facteurs de guerre pour savoir comment la prévenir ou imposer et maintenir la paix par des approches et des intervenants différents. Chaque jour, des dizaines de milliers de diplomates trouvent des solutions négociées pour éviter que des conflits éclatent ou pour que des sociétés surmontent leurs contradictions. Au niveau mondial, l’ONU n’est pas une puissance supérieure car les cinq membres permanents de son Conseil de sécurité sont souvent divisés. Mais sans eux et leur droit de veto, elle n’existerait plus.

Loïc Salmon

Extraits du « Manifeste Normandie pour la paix dans le monde », présenté le 4 juin 2019 à Caen : « Plus de 2.500 ogives (nucléaires) sont en état d’alerte immédiate. Des agents pathogènes mortels menacent potentiellement la vie telle que nous la connaissons. Alors que de grandes puissances se préparent à déployer des robots tueurs, nous nous trouvons au bord de l’abîme. Moralement, l’éventualité de voir des machines déterminer nos destinées est abjecte. Les dépenses militaires mondiales ont doublé depuis la fin de la guerre froide. (…) Récemment, un traité international visant à interdire puis à éliminer les armes nucléaires a été conclu, mais son approbation universelle reste en suspens. Des efforts sont en cours pour interdire les armes entièrement automatiques et faire entrer l’utilisation des gènes et de la biotechnologie à des fins militaires dans le champ de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques. (…) Depuis des milliers d’années, l’esprit humain fait preuve de résilience ; c’est un constat dans lequel nous pouvons puiser force et espoir. Après chaque crise, il a su rebondir pour créer un monde meilleur. Le monde dispose d’un vaste réservoir de sagesse. A maintes reprises, nous avons prouvé que nous étions capables de raison. Le gaz moutarde, les armes à laser aveuglantes, les mines terrestres et les armes à sousmunitions ont été interdites. Nous devons faire en sorte que la guerre ne soit plus un horizon possible et y renoncer graduellement. »

Géopolitique : la puissance aujourd’hui, résultat du hasard et de la méthode

Sécurité : indice mondial de la paix en hausse en 2018

Histoire de la Paix




Armée de l’Air : CDAOA, permanence et réactivité

Le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) participe aux opérations extérieures et assure la protection de l’espace aérien du territoire national, le renseignement d’intérêt Air, la surveillance de l’espace et la préparation opérationnelle.

Ses missions ont été présentées à la presse, le 14 mars 2019 à Paris, par son commandant en second, le général de division aérienne Vincent Cousin.

Sûreté aérienne. Le CDAOA apporte un soutien à la police du ciel, du ressort de l’Autorité de défense aérienne qui en réfère au Premier ministre. Des accords étatiques bilatéraux réglementent tous les vols, mais chaque Etat assure la surveillance de son espace aérien selon sa doctrine propre. Le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris gère la coordination des moyens des armées de l’Air et de Terre et de la Marine nationale. Un avion d’alerte avancée AWACS et des moyens en vol peuvent être détournés de leurs missions selon l’évaluation de la menace, caractérisée par un comportement hostile et un seuil de portée politique. Ainsi, les avions de surveillance stratégique russes apparaissent de façon récurrente en réaction à des exercices OTAN, par volonté de démonstration de force ou pour tester les dispositifs de défense aérienne des pays concernés, dont la réaction s’effectue toujours dans le cadre de l’OTAN. Si détectés à la limite de l’espace aérien britannique, leur long rayon d’action leur permet d’aller jusqu’au golfe de Gascogne. L’absence de connaissance précise de leurs trajectoires dans l’espace aérien international implique, en cas de risque trop proche, la mise en alerte de l’AWACS et d’avions ravitailleurs pour assurer une autonomie aux avions de chasse, qui vont les suivre. Ces avions russes, qui n’affichent leurs codes d’identification qu’en cas de mauvaises conditions météorologiques ou de densité du trafic aérien, font demi-tour, mais jamais au même endroit. En 2018, la sûreté aérienne a détecté 298 situations anomales, très souvent accidentelles, et a réalisé 277 missions de surveillance de sites sensibles. En outre, elle a nécessité 630 décollages d’avions de chasse (88 sur alerte) et 429 décollages d’hélicoptères (61 sur alerte).

Lutte anti-drones. En cohérence avec la chaîne de défense aérienne, le Centre national des opérations aériennes de Lyon-Mont-Verdun synthétise les informations sur les vols des drones et met en œuvre les dispositifs de protection des sites sensibles. En 2019, les armées vont recevoir des systèmes MILAD (moyen interarmées de lutte anti-drone) pour détecter, caractériser et neutraliser les mini-drones en métropole et en opération extérieure (Opex). Chaque jour, la France fait l’objet de 12.000 survols, trafic qui devrait doubler d’ici à 2035 avec, notamment, l’arrivée probable de grands drones de transport de fret et de passagers, indique le général Cousin. Il s’agit, dans le cadre de la mission « connaissance et anticipation », de trouver la parade à cette technologie très évolutive.

Bilan 2018. Le CDAOA a procédé à 91 ouvertures de terrains militaires pour la biomédecine, mobilisé 10 aviateurs par semaine pour la lutte contre les feux de forêt et assuré le sauvetage de 30 personnes. En Opex, il a surveillé 6.000 zones d’intérêt militaire, nécessitant 2.700 missions pour l’opération « Barkhane » (Sahel) et 520 pour « Chammal » (Levant). S’y ajoutent 750 heures de vol de « réassurance » dans le cadre de l’OTAN, depuis des bases en Estonie et Pologne. La surveillance de l’espace a traité 60 risques de collision.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : « Pégase 2018 », projection lointaine dans le Pacifique

Armée de l’Air : l’appui aérien aux opérations terrestres

Armée de l’Air : anticipation, audace et créativité




Défense : l’IA, nombreuses applications militaires possibles

Le combattant de demain devra pouvoir décider plus vite que l’adversaire, grâce à l’intelligence artificielle (IA) applicable dans les équipements qu’il portera. Des robots armés automatisés sont déjà en cours d’expérimentation.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 30 janvier 2019 à Paris, par le Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC). Y sont intervenus : l’ingénieur général de l’armement Patrick Bezombes, directeur adjoint du Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations ; Gérard de Boisboissel, ingénieur de recherche au CREC ; Thierry Berthier, maître de conférence, Université de Limoges ; le professeur Jean-Gabriel Ganascia, président du comité d’éthique du CNRS ; le chef d’escadron Damien Sauget, stagiaire à l’Ecole de Guerre.

Champ très vaste. Le militaire doit comprendre le fonctionnement des équipements dotés d’IA, algorithme « apprenant », explique Gérard de Boisboissel. Selon la capacité militaire et le niveau hiérarchique du combattant, l’IA facilite ses choix grâce à l’aide « cognitive » (voir encadré). Toutefois, il convient de tenir compte des locaux et des déformations potentielles du langage, notamment quand la voix est altérée par le stress. Dans le domaine de la santé, elle permet un diagnostic performant des blessés. Lors de la préparation d’une mission, elle fournit une cartographie du mode opératoire adverse, utile pour le sien propre avec anticipation des cas non conformes. La simulation sur des systèmes d’information et de communication améliore l’entraînement du soldat avec un environnement enrichi par les modes de combat adverses. L’IA aide à détecter des cibles furtives (sous-marins), reconnaître des mouvements anormaux (faux bateaux de pêche) et prévoir des déplacements des cibles (cas non conformes). Cela conduit à modéliser le comportement de l’ennemi et de préparer l’action. Montée sur une antenne active, l’IA permet d’esquiver la menace. Sur un véhicule, elle procède à son autodiagnostic pour évaluer le niveau de réparations nécessaire, application utilisable par les unités militaires et le monde civil. L’IA analyse et clarifie les données pour découvrir des signaux faibles en provenance de sources différentes (passeport douteux d’un terroriste potentiel). Elle aide à évaluer les informations en réseaux pour ne transmettre que celles présentant un intérêt opérationnel. Elle procède au chiffrement automatique des ordres pour un déplacement sécurisé. Elle intervient dans la lutte informatique active pour la déception, l’influence et le droit de riposte. L’IA nécessite une grande qualité des données et une bonne gestion de leur cloisonnement dans ses diverses sphères d’emploi et de confidentialité. Toutefois, avertit l’ingénieur de recherche, l’adversaire se comportera toujours de façon intelligente et changeante pour bénéficier de l’effet de surprise.

Intégration technologique. Outil maîtrisé et de confiance, l’IA sert à produire des ordres plus rapidement, explique le chef d’escadron Sauget. La prise de décision aux niveaux stratégique (politique), opératif (théâtre) ou tactique (sur le terrain) suit le cycle « OODA » : observer, orienter, décider et agir. Celle d’une planification inférieure à 24 mois consiste à analyser le théâtre, en comprendre les acteurs, identifier des scénarios et déterminer des leviers d’action. L’IA y contribue comme « équipier fidèle », chargé de stimuler la réflexion du chef et non pas la remplacer. Elle travaille en temps réel, même en mode dégradé maîtrisé, pour donner des conseils en vue de reprendre l’ascendant sur l’adversaire. La planification confronte les modes d’action « amis » et « ennemis », pour mettre en lumière ses propres limites et les opportunités et prévoir des plans secondaires, afin de poursuivre la mission en toutes circonstances. L’IA, « adjoint numérique », décloisonne informations et données et conçoit la synthèse pour le chef…qui décide !

Robots armés. Les Etats-Unis entendent conserver leur avance dans l’IA par l’autonomie des systèmes sur terre, sur mer, dans les airs et dans le cyberespace, pour éviter d’envoyer des soldats américains au contact d’une unité robotisée dans des combats à haute fréquence, indique le professeur Berthier. Pour cela, ils mobilisent certains GAFA et une grande partie des ingénieurs de la Silicon Valley. La Chine aspire à les dépasser et acquérir la maîtrise dans les quatre domaines cités. Elle effectue un maillage exhaustif des océans, par des unités armées de surface et sous-marines autonomes, pour contrôler les territoires inhabités. La Russie veut retirer ses soldats de la zone d’immédiate conflictualité et prendre sa revanche après la Guerre froide perdue. Elle autonomise des robots sentinelles armés et expérimente des unités robotisées terrestres.

Concept fantasmé. Le terme « intelligence artificielle », qui signifie « automatisme industriel » induit en permanence en erreur, vu les difficultés à définir et mesurer les intelligences naturelle et émotionnelle, estime l’ingénieur général Bezombes. L’IA, intelligence mathématique, repose sur la donnée. Comme les algorithmes, elle ne décide pas, mais applique des instructions informatiques. Son concept, aligné sur la science, risque de ne pas être bien accepté par la société. Toutefois, l’IA constitue un jalon supplémentaire dans l’automatisation qui, passée de l’analogique au numérique, prendra en compte les nouveautés au sein des armées dans 15 ou 20 ans. Par ailleurs, « autonome » signifie être régi par ses propres règles, rappelle l’ingénieur général. Il s’ensuit une confusion sémantique, puis un fantasme et un risque de rejet sociétal. Ainsi le fantasme du « robot tueur » pourrait déboucher sur une interdiction des systèmes en cours de développement et réduire la capacité à garantir le droit et la souveraineté nationale. Or il s’agit de défendre les valeurs et les intérêts vitaux de la nation. La question de la place de l’homme se posera dans le monde numérique de demain. Les algorithmes peuvent l’améliorer, l’augmenter ou le diminuer s’il conduit à l’absence de réflexion, conclut l’ingénieur général.

Loïc Salmon

Selon le professeur Ganascia, l’intelligence artificielle (IA) modélise cinq fonctions « cognitives » : acquisition, traitement, classification et intégration de l’information ; mémoire et apprentissage pour stocker l’information et la rappeler ; organisation mentale de l’information et son utilisation ; prise de décision et action ; rendre possible la communication. L’IA interprète automatiquement les images par une reconnaissance des formes, visages ou objets et les rend accessibles dans des bases d’images. Elle traite la parole par la reconnaissance de mots ou de thèmes et identifie le locuteur, les accents et les langues. Elle analyse et fusionne les informations issues de capteurs. L’IA assure une fonction de sécurité par la biométrie : empreintes digitales et reconnaissances faciale et vocale. Elle automatise le fonctionnement des drones, robots et systèmes d’armes létales autonomes. Elle aide au commandement opérationnel et à l’entraînement par la visualisation. Elle analyse les signaux et textes pour le renseignement et effectue des recherches sur de très grands réseaux.

Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale




Violence et passions

La violence interdit le débat, divise la société et attise la haine, mettant en péril la démocratie. La mort des idéologies a ressuscité le nationalisme et le fanatisme religieux.

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, la guerre devient hybride, à la fois intérieure et extérieure, civile et militaire, régulière et irrégulière. La violence s’appuie sur : le réveil des sentiments identitaires ; l’exaltation de la guerre sainte par le fondamentalisme islamique ; la volonté de revanche des pays du Sud stimulés par leur décollage économique. L’humanité se concentre dans les mégalopoles, à proximité des côtes, dans un « réseau de villes-monde » entre Los Angeles, San Francisco et New York, Londres et Berlin, Dubaï, Singapour, Hongkong et Shanghai et bientôt Sao Paulo et Mexico, Lagos et Le Caire, Istanbul ou Djakarta. Ces métropoles accumulent talents, capitaux et richesses, face aux régions qui s’enfoncent dans misère, désertification et violence. Conflits armés, absence de développement et changement climatique alimentent des flux de réfugiés et de migrants vers l’Europe. Ces évolutions du monde ont conduit aux « démocratures », théorisées après la chute du mur de Berlin (1989). Celles-ci se caractérisent par le culte de l’homme fort, un populisme virulent et le contrôle de l’économie et de la société. Adossée au suffrage universel manipulé par une propagande, relayée par les médias et réseaux sociaux, cette suprématie de la « démocratie non libérale » se manifeste dans la Russie de Vladimir Poutine, la Chine de Xi Jinping, la Turquie néo-ottomane de Recep Erdogan, l’Egypte du maréchal Al-Sissi, les Philippines de Rodrigo Duerte, le Venezuela chaviste, la Hongrie de Viktor Orban et la Pologne des frères Kaczynski. Nationalisme, protectionnisme, xénophobie et racisme prospèrent aussi aux Etats-Unis. Avec 1,5 million de victimes depuis 1968, les armes à feu y ont causé plus de morts que l’ensemble des conflits entrepris depuis la guerre d’indépendance (1775-1783). En outre, la dynamique guerrière du djihad et des « démocratures » se traduit dans les dépenses militaires qui totalisent environ 1.700 Mds$, soit 2,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, et qui augmentent de 5-10 %/an. Les Etats-Unis vont porter leur budget militaire à 700 Mds$. La Chine a augmenté le sien de 132 % en 10 ans, jusqu’à 4 % de son PIB. La Russie l’a triplé en 15 ans jusqu’à 3,7 % de son PIB. Son intervention en Syrie lui permet de tester ses nouveaux équipements et armements et de montrer sa capacité à conduire des opérations complexes. Pour sa défense, l’Asie dépense 100 Mds$ de plus que l’Union européenne, qui y consacre 220 Mds$. Par ailleurs, les institutions internationales, à savoir, ONU, Fonds monétaire international, Banque mondiale et Organisation mondiale du commerce, subissent les feux croisés des Etats-Unis et des « démocratures ». Le projet chinois des « nouvelles routes de la soie » vise à : contrôler les réseaux vitaux de la mondialisation ; écouler les excédents chinois d’acier, d’aluminium et de ciment ; créer des débouchés pour les exportations ; garantir l’accès aux matières premières et sources d’énergie ; instaurer une dépendance par la dette ; diffuser le modèle « total-capitaliste » chinois. Toutefois, l’Union européenne a compris qu’elle ne peut plus sous-traiter sa sécurité aux Etats-Unis. Les démocraties redécouvrent que la sécurité et la liberté, comme la prospérité, se conquièrent.

Loïc Salmon

« Violence et passions », par Nicolas Baverez. Éditions de l’Observatoire, 132 pages. 15 €

Chine : les « nouvelles routes de la soie », enjeux idéologiques et réalités stratégiques

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région




Stratégie : la dissuasion, nucléaire pour longtemps

Les espaces aérien et extra-atmosphérique, la haute mer, le cyber, l’émergence d’acteurs non-étatiques et les violences terroristes constituent de nouvelles dissuasions. Celle par l’arme nucléaire, quoique contestée, perdure.

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 décembre 2018 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont notamment intervenus : le général d’armée François Lecointre, chef d’Etat-major des armées ; l’ambassadeur Eric Danon, ministère des Affaires étrangères.

La dissuasion nucléaire française. Clé de voûte de la stratégie de la France pour la protection de ses intérêts vitaux, la dissuasion nucléaire fonctionne en permanence depuis 1964, rappelle le général Lecointre. Elle induit chez l’adversaire la certitude que son action, au-delà d’une certaine limite, sera source de dégâts inacceptables pour lui et que le courage de les lui infliger existe. Les armes nucléaires peuvent être mises en œuvre à tout moment avec une palette d’options entre missiles M51 des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (500 patrouilles à ce jour) et le missile air-sol moyenne portée amélioré des Forces aériennes stratégiques (plus de 20.000 jours de vol). La dissuasion française exclut l’arme nucléaire tactique, la riposte graduée et l’abaissement du seuil, pour ne pas laisser à l’adversaire le temps de calculer les risques inhérents à une agression. Le président de la République, chef des armées, décide en dernier ressort et le chef d’état-major des armées prépare les plans de frappe nucléaire. La crédibilité de la dissuasion dépend de l’architecture entre forces nucléaires et forces conventionnelles. La situation géopolitique actuelle produit des ruptures non encore explorées et prend en compte les visions des compétiteurs et des adversaires. La menace évolue avec le perfectionnement des armes nucléaires et leurs capacités. Sa fluidité varie de l’affrontement de nature physique sur terre, sur mer et dans les airs, à la confrontation dans l’espace et le cyber. La conflictualité se durcit avec le retour des Etats puissances, la remise en cause des traités et les tensions à l’Est de l’Europe, aux Proche et Moyen-Orient et dans la zone Asie-Pacifique. La frontière se brouille entre intimidation, chantage nucléaire et agressions de type hybride. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 5 Md€/an pour la modernisation des armes nucléaires, notamment la navigation inertielle, la discrétion acoustique et le ravitaillement en vol. Elle ne se fera pas au détriment des forces conventionnelles, pour éviter tout contournement de la dissuasion ou le dilemme ente escalade et renoncement.

Contestations récurrentes. La remise en cause de l’arme nucléaire, pour des raisons diverses, remonte aux bombardements de 1945 et à la constitution des arsenaux américain et soviétique, indique l’ambassadeur Danon. Le premier argument, d’ordre humanitaire et environnemental, rappelle les accidents techniques et les appréciations politiques contradictoires. Le deuxième en souligne l’inutilité, puisqu’elle a quand même conduit à la guerre par procuration en Afrique et en Asie du Sud-Est. Il repose sur la représentation de la détermination de l’adversaire à l’utiliser, à savoir que personne n’osera « appuyer sur le bouton » et assumer la responsabilité d’un suicide collectif. Selon le troisième, l’arme nucléaire ne profite qu’aux neuf pays détenteurs : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord. Certains abusent de la situation pour agir sur des théâtres extérieurs en toute impunité, comme la Russie en Crimée, la Chine en mer de Chine et l’OTAN en Libye. Cette situation risquant de perdurer, les contestataires veulent forcer, par traité, les pays nucléaires à désarmer. Or seul le contexte stratégique impose un traité, souligne l’ambassadeur, d’autant plus que les accords de protection mutuelle bénéficient à une trentaine de pays, soit 64 % de la population mondiale. La dissuasion nucléaire, consistant à empêcher la guerre pour préserver la paix, prend aussi une dimension morale. Celle-ci a d’abord reposé sur l’éthique de « conviction » de Churchill, justifiant l’emploi de la bombe atomique en 1945 pour éviter un nombre supérieur de morts dans une guerre conventionnelle. Aujourd’hui, l’éthique de « responsabilité » préfère conserver le système de sécurité collective existant pour éviter une guerre mondiale. Après trente ans de mondialisation, le retour des rapports de puissance démontre que l’architecture de défense et de sécurité établi après la seconde guerre mondiale ne fonctionne plus. En outre, la pérennité des alliances est remise en question par l’administration américaine depuis l’introduction du doute sur l’automaticité de l’article V de l’OTAN. Cet article stipule : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. » Il s’ensuit un clivage entre les pays européens, certains (à l’Est) souhaitant un rapprochement avec les Etats-Unis et les autres (à l’Ouest) voulant une autonomie européenne. La prolifération représente un risque considérable de déstabilisation mondiale car, si l’Iran décide de se doter effectivement de l’arme nucléaire, d’autres pays seront tentés de l’imiter. Nouveau champ d’affrontement, le cyber fait l’objet de réflexions comme autre moyen de dissuasion. Sur le plan technologique, l’utilisation de l’intelligence artificielle devrait permettre de contrer les cyberattaques. Elle existe déjà dans l’armement nucléaire. Le contexte nucléaire évolue en permanence, sans qu’apparaisse encore un autre système de sécurité collective, conclut l’ambassadeur Danon.

Loïc Salmon

Lors du colloque du 6 décembre 2018, la Fondation suisse « the House of the Rising Stars » a présenté un classement par pays en matière de sécurité globale. Elle a analysé l’action des gouvernements dans le domaine de la protection de l’intégrité du territoire et de la population, incluant la défense extérieure, la sécurité intérieure, la liberté d’opinion et d’expression, la santé publique et le développement durable. Voici les critères retenus : dépenses militaires (% du produit intérieur brut) ; dépenses courantes de santé (idem) ; homicides intentionnels pour 100.000 habitants ; espérance de vie à la naissance ; taux de mortalité infantile pour 1.000 enfants de moins de cinq ans ; indice de liberté d’opinion et d’expression ; indice de performance environnementale. Parmi les 127 pays étudiés, Israël arrive en tête des 10 premiers lauréats, devant les Etats-Unis, la France, la Norvège, l’Australie, la Grande-Bretagne, la Suisse, la Suède, l’Allemagne et le Japon.

Stratégie : contexte évolutif de la dissuasion nucléaire

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté




Gendarmerie : moyens et effectifs renforcés pour la lutte contre le terrorisme

Le dispositif juridique et légal contre le terrorisme, consécutif aux attentats depuis 2015 en France et à l’état d’urgence levé en 2017, a débouché sur une nouvelle architecture de la sécurité, du sommet de l’Etat au gendarme de base dont la formation a été adaptée.

Le général de corps d’armée (2S) Alain Giorgis l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 septembre 2018 à Paris, par l’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale région Paris Île-de-France.

La France ciblée. Avec 260 morts depuis 2013, la France est devenue la première cible du terrorisme devant les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, rappelle le général. L’Etat islamique (Daech) accorde une grande importance à la France en raison de son intervention au Levant, mais aussi parce qu’elle symbolise la laïcité et la dégradation des mœurs. Quelque 400.000 sympathisants salafistes, favorables à l’application de la « Charia » (loi islamique), vivent dans les régions Provence-Côte d’Azur, Auvergne et Île-de-France ainsi que dans le Grand-Ouest (Bretagne, Normandie et Pays de Loire). Une radicalisation par le sport est apparue. Des organisations recrutent des jeunes sans lien direct avec Daech, mais « accros » aux réseaux sociaux et fragiles psychologiquement. Ceux qui passent à l’acte crient « Allahou akbar » (Dieu est grand) pour prêter allégeance à Daech, qui revendique alors l’attentat. Certains procèdent à des tueries de proximité ou de masse sous la conduite de chefs, comme au Bataclan à Paris le 13 novembre 2015. D’autres agissent isolément au couteau, en camion ou en voiture pour créer émotion et psychose.

L’arsenal juridique. Les lois sur la lutte contre le terrorisme se succèdent depuis celle du 13 novembre 2014, qui prévoit l’interdiction administrative de sortie du territoire et la répression de l’apologie du terrorisme par interruption de « clouds » (ensembles de services informatiques). Celle du 24 juillet 2015 sur le renseignement, nécessaire pour anticiper, détecter et neutraliser les menaces, autorise le balisage des véhicules, la sonorisation (écoutes) et la captation d’images et de données informatiques dans des lieux privés. Celle du 20 novembre 2015 prolonge l’état d’urgence. Entre le 14 novembre 2015 et le 1er mai 2016, celui-ci a permis de procéder à 3.566 perquisitions de jour et de nuit, dont le bilan s’établit à 749 armes découvertes, 552 infractions constatées, 418 interpellations, 362 gardes à vue et 72 assignations à résidence. La loi du 1er mars 2017 habilite les policiers et les militaires de l’opération « Sentinelle » (protection des points « sensibles ») à tirer pour interrompre un péril imminent et sans autre possibilité d’action, droit réservé auparavant aux gendarmes. La loi du 21 juillet 2017 prévoit des peines jusqu’à 30 ans de prison. Enfin, la loi du 1er novembre 2017, qui met fin à l’état d’urgence, précise que le préfet décide du périmètre de sécurité. En outre, le juge des libertés peut autoriser la visite de nuit au domicile d’un suspect si huit conditions sont remplies.

Les forces. Selon le général Giorgis, la Direction générale du renseignement intérieur aura vu son budget et ses effectifs croître de 30 % entre 2015 et 2018. La Gendarmerie a eu accès à un fichier de 20.000 personnes signalées. Les forces de sécurité s’articulent entre 140.000 policiers et 100.000 gendarmes, avec un état-major opérationnel commun de prévention du terrorisme rattaché à l’UCLAT (Unité de coordination de lutte antiterroriste) de la Police nationale. Environ 90.000 policiers et 80.000 gendarmes se trouvent « au contact » d’un éventuel acte terroriste par des patrouilles sur tout le territoire national. Le « primo-arrivant », témoin d’un comportement suspect, doit avertir son centre opérationnel, évaluer la menace, renseigner et encadrer l’adversaire ou même le neutraliser. La Gendarmerie dispose de quatre unités d’intervention rapide par hélicoptère à partir de Satory et, dans chaque département, d’un peloton de surveillance et d’intervention composé de sous-officiers d’active et de réserve, pour agir vite dans un rayon de 5 à 6 km. D’une façon générale, tout gendarme témoin d’une menace ou d’un acte terroriste, le signale sur le numéro de téléphone portable du directeur général de la Gendarmerie, qui en informe immédiatement les autorités politiques. Les gendarmes réservistes suivent une formation spécifique pour participer à « Sentinelle ». En janvier 2015, 150 postes de gendarmes ont été créés pour le renseignement dans une vingtaine de zones « chaudes ». En novembre 2015, 5.000 nouveaux postes (3.000 pour la Police et 2.000 pour la Gendarmerie) ont été ouverts et seront suivis de 1.900 autres entre 2017 et 2022. Le Groupement d’intervention de la Gendarmerie nationale patrouille dans les avions et les trains de façon aléatoire. Au niveau européen, indique le général Giorgis, le commissaire pour la sécurité a alerté sur la radicalisation et la menace hybride et plaidé pour le contrôle PNR (données des dossiers des passagers) dans les avions et le durcissement de celui des « précurseurs » servant à la fabrication d’explosifs, comme le nitrate d’ammonium et l’acide sulfurique. Il recommande aussi la mise sur pied de 10.000 gardes-frontières dans l’espace Schengen (26 pays). Actuellement, 300 gendarmes et 100 policiers sont affectés à la surveillance de la frontière franco-italienne. En matière de lutte contre le terrorisme au sein de l’Union européenne, les échanges sont considérés comme bons avec l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et l’Espagne, mais difficiles avec les pays de l’Est où les filières tchétchènes et ukrainiennes sont très bien organisées. Enfin, conclut le général Giorgis, il faut quand même 2 à 3 ans pour former un gendarme recruté en 2017. C’est un gage d’efficacité mais aussi un répit, car les premiers djihadistes incarcérés sortiront de prison en 2020-2023 et la radicalisation se poursuit sur internet.

Loïc Salmon

La Gendarmerie assure un maillage de 55 % de la population sur 97 % du territoire métropolitain et de l’Outre-mer (Saint-Pierre-et-Miquelon, Guadeloupe, Martinique, Nouvelle-Calédonie, Mayotte, La Réunion, Guyane, Saint-Martin et Polynésie française). La Gendarmerie départementale déploie 62.255 personnels pour la sécurité, le contact avec la population, la proximité (3.400 points d’accueil) et les secours. Elle dispose d’unités spécialisées : police judiciaire ; motos ; intervention ; chiens ; négociateurs ; montagnards ; hélicoptères ; bateaux ; spéléologues. La Gendarmerie mobile compte 12.500 militaires pour maintenir ou rétablir l’ordre. Ils se répartissent en 108 escadrons, dont 25 en permanence dans l’Outre-mer et en opérations extérieures. Chaque escadron se déplace 8 mois par an. La Gendarmerie mobile, qui apporte son concours à la Gendarmerie départementale, inclut le Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale pour gérer les crises. Il existe aussi des gendarmeries détachées pour emploi auprès de la Marine nationale, de l’armée de l’Air, de la Direction générale de l’armement et de la Direction générale de l’aviation civile. S’y ajoutent la Garde républicaine et la Gendarmerie de la sécurité des armements nucléaires.

Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

Terrorisme : compétence judiciaire dès la préparation

Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles




Afrique : zone sahélienne sous tension et résolution de crises

Outre ses forces prépositionnées et l’opération « Barkhane » au Sahel, la France aide les pays d’Afrique de l’Ouest à se doter de la capacité à assurer leur propre sécurité en toute autonomie.

La situation a été présentée à la presse, le 25 octobre 2018 à Paris, par le colonel Frédéric Garnier, chef du département Afrique de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, et le colonel Patrice Morand, commandant la base aérienne projetée (BAP) à Niamey (Niger), à l’occasion de la 5ème édition du Forum de Dakar (Sénégal, 5 et 6 novembre). Vecteur de l’influence française et dédié à la paix et la sécurité, ce dernier réunit chaque année environ 500 dirigeants politiques et militaires africains, partenaires internationaux, chercheurs universitaires et membres de la société civile. La 5ème édition porte sur : droits, justice et liberté face aux enjeux sécuritaires ; opérationnalisation du lien entre développement et sécurité durables ; perspectives de coopérations internationales dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Engagement français prioritaire. La bande sahélo-saharienne (BSS) de l’Afrique de l’Ouest compte 80 millions d’habitants en 2018 avec une prévision de 200 millions en 2050. Selon le colonel Garnier, sa sécurité est affectée par : une pauvreté générale ; la faiblesse des pouvoirs publics ; une criminalité organisée (trafics en tous genres) ; des tensions communautaires ; des groupes terroristes liés à Al Qaïda et Daech, dont Boko Haram actif aux Cameroun, Tchad et Niger. L’appui sécuritaire de Paris se manifeste d’abord par les Forces françaises en Côte d’Ivoire (900 militaires) et les Eléments français au Sénégal (350) et au Gabon (350). Plus de 10.000 militaires africains ont bénéficié d’une formation au Sénégal en 2017 et plus de 6.800 au Gabon en 2018. En outre, 80 coopérants sont déployés au sein des armées locales pour les accompagner dans leur montée en puissance. Dans un cadre multinational, l’opération « Barkhane » met en œuvre l’entraînement et l’appui à l’engagement de l’armée malienne ainsi que la préparation de la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) pour des opérations qui pourraient avoir lieu avant la fin de 2018. Depuis son lancement le 1er août 2014, son dispositif aérien totalise 25.000 heures de vol pour le recueil de renseignement et 75.000 pour l’appui au sol, le ravitaillement et le transport.

Base aérienne projetée. La force Barkhane bénéficie de l’appui de la BAP Niamey, susceptible d’intervenir en une heure dans la BSS et avec un basculement possible vers la base N’Djamena (Tchad), explique le colonel Morand. La BAP Niamey dispose de 450 personnels en alerte permanente avec : 4 drones Reaper (pilotes sur place et règles d’engagement précises), renforcés temporairement par un ATL2 Marine, pour le renseignement ; 2 Mirage 2000D et 2 Mirage 2000C pour l’intervention ; 1 ravitailleur C-135, 2 Transall C-160 et 1 Casa CN235 pour l’appui et la projection. Ces moyens ont pour missions : la neutralisation des groupes armés terroristes par la recherche, la surveillance, la caractérisation de l’objectif et la frappe ; l’aide à la manœuvre terrestre par l’escorte de convois, l’appui feu, l’aérolargage ou les évacuations sanitaires ; l’appui aux partenaires du G5 Sahel. A terme, la BAP Niamey va recevoir des avions A330 Phoenix (ravitailleurs), C-130J et A400M (transport tactique), étendre ses aires aéronautiques, doubler sa capacité de stockage de carburant et intensifier sa coopération avec l’Allemagne et l’Italie.

Loïc Salmon

Sahel : l’opération « Barkhane », un effet d’entraînement fort

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre




Démineurs

Le métier, très dangereux, de démineur exige une préparation minutieuse de la mission, pour ne rien laisser au hasard. Il implique humilité, malgré l’expérience, et discrétion vis-à-vis des proches, pour ne pas les inquiéter.

Ces hommes et ces femmes travaillent dans l’urgence en France, sur les bombes et obus datant des deux guerres mondiales, mais aussi au Cambodge, au Liban, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, au Tchad ou au Mali, ravagés par des conflits plus récents. S’y ajoutent les colis suspects ou les engins explosifs improvisés (IED en anglais), mis au point par des organisations terroristes pour frapper aveuglément n’importe où. Celles-ci veulent tuer le maximum de gens de façon spectaculaire, en vue de provoquer une forte résonnance médiatique qui pèsera sur l’opinion publique du pays ciblé. Le livre « Démineurs » donne la parole à 70 professionnels du danger permanent, photos à l’appui et à visage découvert ou caché. Leurs motivations varient du goût du défi et de la recherche d’adrénaline en situation extrême à la solidarité et à l’amour des autres, sans oublier la fraternité inhérente à ce métier hors du commun. Agés de 19 à 83 ans, militaires de grades divers, policiers ou personnels de la sécurité civile, ils expliquent, avec simplicité, ce qu’ils font. Les unités d’appartenance de certains militaires parlent d’elles-mêmes : Groupement des commandos parachutistes, Groupement d’intervention du déminage, Groupe de plongeurs démineurs, Régiment du génie, Régiment étranger de génie et Régiment du génie parachutiste. Certains ont fait partie d’une « WIT », acronyme anglais pour « Weapons Intelligence Team », à avoir une équipe qui mène des enquêtes d’armement sur le terrain, afin de prélever des indices pour déterminer des sources sur les plans technique et tactique à des fins de renseignement. Enfin, le traitement des IED nécessite de devenir « EOD » (Explosive Ordnance Disposal), spécialiste qualifié dans le traitement des munitions et engins explosifs.

Loïc Salmon

« Démineurs », par Victor Ferreira. Mareuil Éditions, 160 pages, 20 €

Entreprendre et réussir, histoire du 19ème Régiment du génie

Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

Marine : une FGM projetable partout dans le monde




Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

Résilience de la société et débat libre et ouvert, atouts des démocraties, leur permettent de lutter contre la manipulation de l’information par des Etats autoritaires ou des organisations non étatiques, qui exploitent leurs vulnérabilités à des fins stratégiques.

Le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) ont rendu public, le 4 septembre 2018, leur rapport sur les manipulations de l’information. Le même jour à Paris, ils l’ont présenté au cours d’une conférence-débat, ouverte par Florence Parly, ministre des Armées. Parmi les intervenants figurent : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’IRSEM ; Marine Guillaume, chargée de mission au CAPS ; Alexandre Escorcia, directeur-adjoint du CAPS ; le diplomate Manuel Lafont Rapnouil, Conseil européen des relations internationales ; Grégoire Lemarchand, Agence France Presse.

Menace et arme à contrer. La manipulation de l’information crée crispation et haine de l’autre et sème trouble et zizanie, estime Florence Parly. La désinformation remplace la critique raisonnée par la défiance a priori et profite de la liberté d’expression des sociétés démocratiques. La répétition et la diffusion rendent légitimes et « vraies » de fausses informations, qui mélangent habilement le vrai et le faux. Elles peuvent viser les forces armées pour tenter de faire croire à leur inefficacité et saper leur crédibilité en dénonçant des agissements supposés. Toutefois, le rapport CAPS/IRSEM identifie, chez les adversaires des démocraties, trois vulnérabilités, donc des opportunités pour leur permettre de riposter. D’abord, les services de renseignement pénètrent le champ des perceptions adverses, détectent les innombrables comptes twitter ou d’agents virtuels, relais de fausses nouvelles et amplificateurs d’anecdotes. Les experts du Centre interarmées des actions sur l’environnement et le Commandement de la cyberdéfense participent aux détections et déconstructions des tentatives de manipulation de l’information. Ensuite, la détermination à innover constitue une autre opportunité. Bientôt, l’intelligence artificielle pourra signaler et contrer la diffusion d’une information inventée. Elle dénichera les faux comptes et garantira la sécurité numérique. Enfin, la riposte à la désinformation nécessite actions interministérielles et partenariats avec les acteurs privés. La lutte contre le terrorisme, via internet, a déjà amélioré les relations de l’Etat avec les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Les coopérations concernent tous les pays membres de l’Union européenne et du G7, touchés par la manipulation de l’information. Ce sujet s’inscrit dans l’établissement d’un dialogue avec la Russie sur l’architecture de la sécurité européenne, conclut Florence Parly. Ensuite, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Marine Guillaume ont présenté le rapport CAPS/IRSEM.

Daech. Selon ce rapport, la campagne de l’Etat islamique (Daech) sur les médias sociaux lui a permis d’attirer plus de 18.000 combattants étrangers de 90 pays entre 2005 et 2015. Sa propagande propose une vision du monde manichéenne, simple et « complotiste » (actions d’un groupe occulte) pour expliquer l’ensemble de la vie en société. Elle cible les vulnérabilités sociales, économiques, politiques et culturelles des sociétés visées. Possesseur de sites internet, forums de conversations et revues en ligne, Daech recourt de façon intensive aux réseaux sociaux, blogs, messageries instantanées et sites de partage vidéo. Actif sur les forums spécialisés (« terror forums »), il prépare ses opérations terroristes sur le « Darknet » (réseau permettant l’anonymat sur internet).

Russie. Les ingérences constatées lors des référendums (Pays-Bas, « Brexit » et Catalogne) et des élections (Etats-Unis, France et Allemagne) sont liées de près ou de loin à la Russie, indique le rapport. Dans l’ensemble, 80 % des efforts d’influence en Europe lui sont attribués, le reste se répartissant, en gros, entre la Chine, l’Iran et Daech. Seules l’URSS puis la Russie ont officialisé la manipulation de l’information pour affaiblir l’Occident. Celle-ci a d’abord été utilisée contre les minorités ethniques, nationales et religieuses de la Russie elle-même. Aujourd’hui, la manipulation mélange propagande de tradition soviétique et divertissement à l’américaine. Il s’agit moins de convaincre que d’affaiblir en divisant. En outre, des « cyberbrigades » ont été mises sur pied en 2017. Moscou considère ses méthodes comme défensives, face à la guerre de l’information menée par les Etats-Unis, et la promotion des valeurs libérales et démocratiques comme une action subversive pour renverser son régime.

Chine. Le savoir-faire de la tradition de la lutte idéologique et de la propagande est aujourd’hui au service des intérêts chinois, précise le rapport. Le parti communiste entend entretenir sa légitimité à l’intérieur, influencer les opinions internationales et mettre en œuvre la guerre de l’information. Il s’agit de contrôler le discours dominant et d’influencer les croyances et perceptions des sociétés ouvertes, en vue de servir les intérêts de la Chine et de réduire leur capacité de réponse. Ingérence et influence se manifestent par l’instrumentalisation des diasporas chinoises (prises de contrôle des médias en chinois) et d’anciens hommes d’Etat européens, la pénétration d’organisations régionales (Interpol et Conseil de l’Europe) et les pressions sur les chercheurs (visas et financement de programmes). Elles ciblent surtout l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les pays d’Europe de l’Est et d’Afrique.

Union européenne. La manipulation de l’information s’infiltrant au cœur des mécanismes internationaux pour entraver la décision, il faut aussi lutter contre notre propre crédulité, souligne Manuel Lafont Rapnouil. L’expérience de l’Estonie, qui y a été exposée, lui donne une capacité de prévision, indique Alexandre Escorcia. Déjà, la lutte contre la manipulation de l’information est particulièrement prise en compte par la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure.

Média. Dans ce domaine, les média sont passés du déni à la vérification des sources sur les réseaux sociaux en cas de « partage », souligne Grégoire Lemarchand. De leur propre initiative, ils ont établi collectivement des normes (« fact-checkings ») sur la déontologie et la transparence pour intervenir sur les moteurs de recherche et auprès des annonceurs en ce qui concerne les sites colportant de fausses nouvelles.

Loïc Salmon

Le rapport « Les manipulations de l’information » résulte d’une enquête de terrain à l’initiative du CAPS et de l’IRSEM, qui ont effectué une centaine d’entretiens auprès : d’institutions publiques (ministères et services de renseignement) d’une vingtaine de pays (Asie, Europe, Amérique du Nord et Russie) ; d’organisations internationales (OTAN, OSCE et Union européenne) et d’organisations non gouvernementales ; d’universitaires, de « think tanks » et de journalistes. Il s’appuie aussi sur la littérature scientifique disponible. Il examine les causes, conséquences et réponses aux manipulations de l’information d’origine étatique, visant les populations d’autres Etats et présente 50 recommandations pour s’en protéger.

Chine et Russie : affirmations de puissance et difficultés internes

Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

La face cachée d’internet