Armement : DGA, bilan 2018 et perspectives 2019

La démarche capacitaire consiste à exprimer les besoins en équipements, selon la menace, intégrer les innovations technologiques, y compris celles du monde civil, et évaluer le coût global d’une opération en termes d’armement, d’entraînement, de conduite, de ravitaillement et d’infrastructures.

Elle est effectuée par l’Etat-major des armées et la Direction générale de l’armement (DGA) dont le délégué, Joël Barre, a présenté les missions à la presse le 8 novembre 2018 à Paris.

La DGA, qui a engagée 11,2 Md€ et payé 10 M€ pour l’équipement des forces en 2017, prévoit 12,7 Md€ en 2018 et 14,3 Md€ en 2019. Le budget des études « amont » doit passer de 920 M€ en 2019 (+ 18 % en un an) et 758 M€ de paiements (+5 %) à 1 Md€ en 2022.

Etudes et essais. Des projets seront lancés fin 2018 et en 2019 : travaux franco-allemands en préparation du système de combat aérien futur (SCAF), pour succéder au Rafale de conception uniquement française ; premières études de préparation du porte-avions de nouvelle génération, successeur du Charles-de-Gaulle ; protection des véhicules terrestres et des fantassins ; futurs satellites de communication militaire ; démonstrateurs technologiques du partenariat innovant ARTEMIS (ARchitecture  de Traitement et d’Exploitation Massive de l’Information multi-Sources) entre la DGA et le groupe d’électronique de défense Thales. En 2018, la DGA a procédé à des essais majeurs : performance hélice et résistance carène nue pour la frégate de taille intermédiaire ; sortie du Charles-de-Gaulle de son 2ème arrêt technique majeur ; comportements routiers et nautiques du pont flottant motorisé ; tir de développement du missile balistique M51.3 au banc des propulseurs ; tir du missile antinavire léger. La mise au standard F3-R des 144 Rafale en service dans l’armée de l’Air et la Marine a commencé. Ce standard a pris notamment en compte les retours d’expérience opérationnelle de l’armement air-sol modulaire et l’interopérabilité. En outre, il associe le nouveau missile air-air à très longue portée Meteor au radar à balayage électronique RBE2 à antenne active. Sa nacelle à désignation d’objectifs Talios améliore détection, reconnaissance et identification de cibles, de jour comme de nuit, en vue de frappes air-sol de grande précision. Le standard F3-R sera installé sur les 96 Rafale vendus au Qatar, à l’Egypte et à l’Inde. La DGA a notifié à l’industriel MBDA la rénovation technique des 300 Mica (missiles d’interception, de combat et d’auto-défense) en service et l’achat de 567 Mica NG (nouvelle génération), développés avec un autodirecteur infrarouge ou électromagnétique. Le Mica rénové sera utilisé jusqu’en 2030 par les Rafale tous standards, Mirage 2000-5 et Mirage 2000 rénovés. Les Rafale F3-R emporteront le Mica NG.

Partenariats européens. Avec la Grande-Bretagne, les travaux se poursuivent sur la phase d‘étude de concept du futur missile antinavire et du futur missile de croisière. Outre le SCAF et le futur char de combat, la coopération avec l’Allemagne porte sur la patrouille maritime, le futur standard de l’hélicoptère Tigre, auquel l’Espagne est associée, et le drone européen moyenne altitude longue endurance, avec l’Espagne et l’Italie. Cette dernière va construire des pétroliers-ravitailleurs avec la France. Pour son programme Camo (capacité motorisée), la Belgique va acquérir 382 véhicules blindés multi-rôles Griffon et 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar du programme français Scorpion.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique




Géopolitique : la souveraineté démocratique face aux GAFA

L’Etat a toujours utilisé les technologies pour asseoir ou élargir sa souveraineté. Mais les ingérences récentes d’algorithmes dans les processus démocratiques soulignent l’influence des GAFA, les groupes américains Google, Apple, Facebook et Amazon.

Cette question a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 6 septembre 2018 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Y sont intervenus : le professeur Pierre Musso, Université de Rennes 2 ; François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’IRIS ; Charles Thibout, chercheur à l’IRIS.

Perspective historique. L’idée de l’Etat apparaît en Occident au XIIème siècle, rappelle le professeur Musso. La souveraineté repose sur les institutions juridiques, où le droit (la norme) constitue le lien avec une vision du monde (la chrétienté). La défense du territoire dépend de l’industrie militaire, qui se développe au XVème siècle. Une rupture dans cette vision du monde se produit au XVIIème siècle : il faut utiliser la science pour dominer la nature, cartographier le territoire, établir une comptabilité et inventer la statistique. Au cours des deux siècles suivants, l’essor scientifique et technique et l’innovation permanente conduisent à l’idée de « progrès » et à l’industrialisation, en partant du principe que la société suit. Or, souligne le professeur Musso, la technique ne peut se dissocier d’une « culture », vision du monde ou d’une société. La technologie de production va osciller entre puissance publique et service public, notamment dans les transports. La politique industrielle d’après 1945, du ressort de l’Etat guidé par la rationalité, sera progressivement déléguée aux grandes entreprises au cours de la construction européenne, amorcée dans les années 1980. En outre, la révolution numérique, lancée dans les années 1950-1960, débouche sur la rencontre du « management » (organisation et gestion des entreprises) avec l’efficacité, dont profite l’Etat ingénieur pour produire plus, plus vite et moins cher. Aujourd’hui, il a perdu sa capacité à produire de l’intelligence et de la capacité, car les techniques sont mises au point par les étudiants et les industriels. L’Union internationale des télécommunications, créée en 1865, a proposé, dès 2003, une régulation mondiale d’internet, refusée par les Etats-Unis qui l’estiment aussi important que le domaine militaire. L’informatique et ses applications à la production constituent le système nerveux de l’économie mondiale. Leur réputation, qui relève de l’imaginaire et du symbolique, et leur audience, pour les ressources publicitaires, imposent aux GAFA de capter la confiance des internautes à l’échelle internationale.

Pouvoirs des GAFA. Au niveau « macro », les GAFA occupent le temps d’autrui et reconfigurent complètement les liens sociaux par l’usage du téléphone portable depuis huit ans, rappelle François-Bernard Huyghe. Au niveau « micro », ils déterminent le profil comportemental de chaque individu, après quelques dizaines de clics. Leur richesse leur permet de créer de nouveaux rapports économiques en se jouant des règles fiscales, juridiques et financières. Ils établissent des codes (« protocoles »), auxquels les Etats ne peuvent guère s’opposer, d’autant plus que leurs rapports avec eux restent ambigus. Les pouvoirs publics américains ont en effet négocié avec eux, notamment pour la surveillance des citoyens révélée par le lanceur d’alerte Edward Snowden (2013). Une véritable diplomatie des GAFA est apparue avec la nomination, en France, d’un ambassadeur pour le numérique en 2017. Ils exercent un pouvoir de « dressage mental » sur des milliers de gens, qu’ils connaissent parfaitement, et créent une nouvelle circulation des biens et des échanges, estime François-Bernard Huyghe. Certains GAFA ont envahi le champ politique et s’arrogent un droit de censure, comme la suppression de milliers de comptes par Google et Facebook. Ce dernier a laissé fuir les données personnelles de 4 millions d’internautes, facilitant la prévision de leurs votes. Enfin, les GAFA véhiculent une idéologie visant à créer une « super-élite » échappant à l’Etat. Ce dernier doit disparaître au profit d’une société nouvelle « post-politique », excluant la souveraineté. Toutefois, souligne François-Bernard Huyghe, la Chine est entrée en conflit avec Google qui a cédé, notamment sur les logiciels de notation des citoyens et de reconnaissance faciale. Alors que les pays européens témoignent d’une grande impuissance face aux GAFA, le droit américain donne aux citoyens une capacité de nuisance à leur égard.

Attrait de l’intelligence artificielle. Les Etats-Unis et la Chine estiment que l’intelligence artificielle (IA) peut affecter les relations internationales, indique Charles Thibout. Dans leur logique de puissance mondiale, les Etats-Unis opposent la force à un environnement international menaçant. Dès 2014, ils incluent l’IA dans le domaine militaire, comme la robotique et les « Big Data » (mégadonnées). Le Pentagone associe des acteurs privés à son développement et y investit 60 Mds$/an. La Chine compte sur l’IA pour retrouver l’espace politique de l’époque impériale. Le parti communiste dirige grandes entreprises et forces armées dans la réalisation de programmes militaires. L’IA doit permettre de passer de la guerre de l’information, dominée par les Etats-Unis, à celle de la guerre « intelligencielle » où s’accélère la prise de décision. La Chine, qui compte rattraper les Etats-Unis en matière d’IA dès 2025, prévoit d’y investir jusqu’à 50 Mds$ en 2030. Des opérations de propagande se superposent à cette compétition technique pour dissuader le camp adverse. Par ailleurs, les GAFA sont portés par le néolibéralisme, auquel adhère la plupart des dirigeants politiques occidentaux et qui fait passer l’économie avant l’intérêt général, estime Charles Thibout. Déjà, les GAFA s’émancipent du gouvernement fédéral américain en vendant leurs technologies à la Chine. Leurs postures politiques et diplomatiques conduisent à la déconstruction des Etats-nations, en vue de constituer des populations transnationales et apolitiques.

Loïc Salmon

Google, fondé en 1998, fournit des services technologiques via son moteur de recherche. Propriétaire du site YouTube et du système téléphonique Android, sa valeur boursière est passé de 176 Mds$ en 2008 à 550 Mds$ en 2016. Apple (1976), conçoit et commercialise produits électroniques grand public, ordinateurs personnels et logiciels informatiques (Macintosh, iPod, iPhone et iPad), dont une grande partie est fabriquée en Inde et en Chine. En 2017, il emploie 116.000 personnes dans 22 pays et est valorisé à 170 Mds$. Facebook (2004), réseau social en ligne, permet à ses usagers de diffuser images, photos, vidéos, fichiers, messages et de constituer des groupes. Son usage des données personnelles, son rôle dans la propagation de fausses nouvelles (« fake news ») et sa politique de régulation des contenus suscitent des interrogations. En juin 2015, il a réalisé un chiffre d’affaires de 17,9 Mds$. Amazon (1995) commercialise tous types de produits culturels et alimentaires avec des sites spécifiques dans 15 pays (Europe, Asie et continent américain). Sa capitalisation boursière atteint 586 Mds$ en novembre 2017.

Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux




Service de santé : renforcement des capacités biomédicales

La recherche biomédicale de défense porte sur les pathologies liées au combat et aux environnements opérationnels ou extrêmes et les atteintes nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques (NRBC). Elle contribue à la résilience nationale en cas de crise sanitaire.

Telles sont les missions de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA). Sa directrice, Anne Sailliol, médecin général inspecteur, l’a présenté à la presse, le 21 juin 2018, à l’occasion de la 8ème Biennale de la recherche biomédicale consacrée aux opérations extérieures (26-27 juin).

Soins et prévention. Les programmes de recherche de l’IRBA à des fins militaires entraînent des retombées possibles sur la santé publique. Ils portent notamment sur : l’optimisation des réponses à l’entraînement physique et la tolérance au port des charges lourdes ; l’étude des réponses aux milieux d’emploi subaquatique et aéronautique et les climats contraignants (photo) ; la prévention des conséquences de la fatigue et la gestion du rythme veille-sommeil ; la neurobiologie des états de stress et la prévention de leurs conséquences ; le développement de contre-mesures médicales pour les pathologies traumatiques de terrain et l’amélioration des protections balistiques ; la thérapie cellulaire et la réparation tissulaire. En outre, l’IRBA travaille avec les hôpitaux militaires et civils et participe aux plans gouvernementaux Biotox, Piratox et Piratome, face aux menaces et actes terroristes de type NRBC. Pour les aspects nucléaire et radiologique, il étudie les effets biologiques des rayonnements ionisants et des technologies émergentes, comme les rayonnements électromagnétiques et des micro et nano particules. Le risque biologique concerne les menaces virales, bactériennes et parasitaires. Outre le développement de nouveaux vaccins contre les virus émergeants, il faut réagir dans le temps court quand une épidémie se déclare. Ainsi, l’IRBA avait déjà mis en place des procédures lors de l’apparition du virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2016. Il coopère avec les forces armées des Etats-Unis, pour les maladies tropicales, et avec celles de l’Allemagne pour les risques chimiques et radiologiques liés aux agents vésicaux et neurotoxiques organophosphorés.

Concentration des moyens. Installé sur un site de 9,4 ha à Brétigny-sur-Orge (banlieue parisienne), l’IRBA emploie 380 personnes (49 % de militaires et 51 % de civils), dont 64 % de chercheurs, ingénieurs et techniciens. Intégré au grand pôle scientifique et technologique du Grand Paris avec le Génopôle d’Ivry et le Commissariat à l’énergie atomique de Saclay, il a conclu des partenariats avec le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, l’Institut national de la recherche agronomique et l’Institut Pasteur. Cela lui permet d’optimiser l’emploi de ses équipements de haute technologie : microscope électronique Titan Krios à transmission en L-NSB3 ; unité de calcul pour traiter les « mégadonnées » ; centrifugeuse humaine pour la formation des pilotes de Rafale ; plateforme d’irradiation ; laboratoires de sécurité biologique de niveaux 2,3 et 4. L’IRBA est financé à 74 % par le ministère des Armées, le Service de santé des armées, la Direction générale de l’armement, les états-majors de la Marine nationale et des armées de l’Air et de Terre. Pour les 26 % restants, il compte sur l’Agence nationale de la recherche, le Fonds unique interministériel et les industries pharmaceutiques et de biotechnologie.

Loïc Salmon

Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




Diplomatie : la science, vecteur d’influence et de dialogue

La communauté scientifique, qui ne connaît pas de frontières, peut améliorer les relations diplomatiques. Aide à la recherche scientifique et coopération internationale contribuent au rayonnement national avec des retombées économiques.

Cet aspect de la diplomatie a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 29 mars 2018 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : Clélia Chevrier-Kolacko, ministère français des Affaires étrangères ; Patrick Nédellec, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ; le professeur Pierre-Bruno Ruffini, Université du Havre ; Louisa Zanoun, conseillère Sciences et Innovation à l’ambassade de Grande-Bretagne en France.

La « diplomatie scientifique ». Les relations entre les sciences, la recherche et la diplomatie remontent aux grandes explorations et à l’époque coloniale avec les archéologues et les ethnographes, rappelle Pierre-Bruno Ruffini. La « diplomatie pour la science » porte sur les accords entre gouvernements, selon lesquels les réseaux des attachés scientifiques aident les chercheurs du pays hôte. La « science pour la diplomatie » a consisté à maintenir des échanges entre chercheurs malgré les tensions diplomatiques, comme pendant la guerre froide entre l’Est et l’Ouest (1947-1991) ou entre l’Iran et les Etats-Unis (1979-2015). La « science dans la diplomatie » met en œuvre l’expertise scientifique pour le traitement des grands enjeux internationaux comme le climat, les océans, la santé humaine ou les maladies infectieuses, en vue de décisions publiques communes. Ainsi, lors du sommet de Genève de 1985, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont lancé le projet ITER (réacteur thermonucléaire expérimental international), qui a débouché sur la signature d’un accord à Paris en 2006 et sa réalisation en France avec la participation de 35 pays dont les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Inde, la Chine, la Russie, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse. A la suite de son discours au Caire en 2009, le président Barack Obama a envoyé une vingtaine de personnalités scientifiques de très haut niveau dans les pays arabes pour améliorer leurs relations avec les Etats-Unis. Les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat, créé en 1998, ont débouché sur l’adoption, à Stockholm en 2013, du rapport sur le changement climatique. La diplomatie scientifique, au croisement des relations internationales et de l’Histoire, est devenue un thème européen de recherche dénommé « InsSciDE », acronyme anglais pour « Invention d’une diplomatie partagée pour l’Europe ». La science et ses valeurs universelles participent en effet du « soft power », mode de relations et d’influence de l’après-guerre froide. Selon le professeur Ruffini, la diplomatie scientifique doit faciliter l’accès aux ressources scientifiques par des politiques d’attractivité de chercheurs ou doctorants étrangers chez soi et par la création de très grandes infrastructures de recherche comme ITER ou le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) installé en Suisse et regroupant 22 pays.

Le réseau mondial du CNRS. Acteur du rayonnement de la France, le CNRS dispose de 7 bureaux à l’étranger en cohérence avec le ministère des Affaires étrangères, explique Patrick Nédellec. En tout, 41 agents se répartissent entre : Bruxelles pour l’Union européenne ; Washington pour les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ; Rio de Janeiro pour le Brésil et les autres pays d’Amérique du Sud ; Pretoria pour le Sud du continent africain et Madagascar ; New-Delhi pour l’Asie du Sud ; Singapour pour l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est ; Pékin ; Tokyo pour le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. En matière de production scientifique, le CNRS arrive en tête avec 42.000 publications en 2016, devant les associations allemandes de recherche Max Planck et Helmholtz, les universités américaines d’Harvard, de Stanford et du Massachussetts Institute of Technology, l’université de Tokyo et les universités britanniques de Cambridge et d’Oxford. Les co-publications internationales, soit 62 % du total, sont réalisées avec 35 pays, mais surtout avec les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Le budget international du CNRS atteint 260 M€ ainsi répartis : 160 M€ pour les infrastructures et les salaires ; 53 M€ pour les missions à l’étranger (60.000 en 2016) ; 35 M€ pour les chercheurs à plein temps à l’étranger ; 10 M€ pour le fonctionnement des outils à l’international ; 2 M€ pour les actions spécifiques des instituts. La collaboration internationale se structure autour de projets de coopération scientifique (contrats de 3 ans), de groupements de recherche (4 ans renouvelables une fois), de laboratoires associés (4 ans +4) et d’unités de recherche conjointes (5 ans + 5). En 2017, ces dernières se sont montées à 36 dans 20 pays. Les 101 réseaux de recherche internationaux (3 pays en moyenne) se répartissent entre l’Europe (51), l’Extrême-Orient (15), les Etats-Unis (14), le Brésil (11) et l’Afrique sub-saharienne (6). Quoique les communautés scientifiques partagent les mêmes valeurs, il convient de protéger son savoir-faire vis-à-vis de la Chine, indique Patrick Nédellec.

L’approche britannique. Selon Louisa Zanoun, les préoccupations scientifiques, nationales et internationales, incluent : production alimentaire ; guerre et terrorisme ; ressources en eau ; sécurité des approvisionnements énergétiques ; santé et développement ; écosystèmes ; changement climatique ;  ressources minières. Elle a aussi présenté une analyse des motivations de la communauté scientifique : curiosité ; comprendre les systèmes ; trouver des solutions aux problèmes ; s’intéresser aux autres ; utiliser complètement son potentiel ; promouvoir le bien-être ; créer de la richesse ; collaboration internationale. En conséquence, la Grande-Bretagne a développé un réseau de 90 conseillers pour la science et l’innovation dans 31 pays et territoires.

Loïc Salmon

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

Diplomatie parallèle : l’action discrète de particuliers influents et engagés

Diplomatie : actions de la DCSD sur les moyen et long termes en matière de sécurité et défense

Selon Clélia Chevrier-Kolacko, la « diplomatie scientifique » a pour missions : affirmer la présence de la France à l’échelle mondiale ; faire entendre sa voix par la coopération internationale et la participation aux débats scientifiques internationaux ; favoriser ses intérêts économiques, notamment à l’export ; renforcer son attractivité par les liens avec les réseaux d’anciens stagiaires étrangers (150.000). L’aide au développement inclut l’établissement de partenariats avec des universités locales et la formation à la recherche en France, tout en évitant la « fuite des cerveaux » à l’issue. A cet effet, le ministère des Affaires étrangères mobilise 35 personnes à Paris, les conseillers scientifiques des ambassades et les réseaux d’experts initiateurs de projets. Il est présent dans les conseils d’administration du Bureau des recherches géologiques et minières, de l’Institut Pasteur et dans les instituts de recherches archéologiques et d’océanographie numérique. Il dispose d’un budget annuel de 100 M€ pour les bourses, partenariats bilatéraux et subventions à des réseaux de chercheurs.




Eurosatory 2018 : l’accent sur l’innovation technologique

Le salon Eurosatory présente des équipements et services destinés aux opérations militaires et actions, publiques ou privées, contre la malveillance, le terrorisme et les catastrophes naturelles ou industrielles.

L’édition 2018 (11-15 juin à Paris Villepinte) a été présentée à la presse le 17 mai par Stéphane Mayer, président du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres, et le général (2S) Patrick Colas des Francs, commissaire général.

Premier salon du monde. Eurosatory accueille 1.750 exposants de 63 pays en 2018, contre 1.571 en 2016 (57) et 37 pays étrangers disposent de leur propre pavillon (36). La France (590 exposants), les Etats-Unis (150), l’Allemagne (116), la Grande-Bretagne (88) et Israël (71) restent les plus représentés. En deux ans, le nombre d’exposants de l’Australie est passé de 3 à 46, celui de la Turquie de 29 à 60 et celui de la République tchèque de 34 à 44. Le Cap Vert, la Géorgie, le Kazakhstan, le Nigeria et Oman y exposent pour la première fois. Eurosatory 2018 regroupe huit pôles technologiques : renseignement ; sécurité civile, gestion des crises et sécurité des populations ; sécurisation des infrastructures et des sites sensibles ; ingénierie, tests et mesures ; risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique ou explosif ; entraînement et simulation ; drones et robotique ; électronique embarquée. Sa fréquentation est estimée à 58.000 visiteurs et 230 délégations officielles des armées, des forces spéciales, des forces de sécurité et du secteur civil. Les start-ups de 13 pays se répartissent par thèmes : surveillance et renseignement ; cybersécurité et technologie de l’information ; soutien de l’homme ; intervention et engagement de la force ; communications ; production, matériaux, maintenance et logistique ; briques technologiques. Les exposants présentent aussi des démonstrations dynamiques de l’armée de Terre, des forces spéciales, de la préfecture de police et des forces d’intervention RAID et GIGN. Des mesures particulières, assurées par les services étatiques assurent la protection du salon contre : terrorisme ; intrusion et vol ; ingérence et piratage industriel ; manifestations et contestataires. Elles mettent en œuvre 50 caméras et 200 agents de sécurité.

Un marché mondial. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, Les Etats-Unis arrivent en tête des cinq premiers exportateurs de produits de défense en 2017 avec 26,9 Mds$, suivis de la Russie avec 7,2 Mds$, de la France avec 5,2 Mds$, de l’Allemagne avec 4,3 Mds$ et de la Grande-Bretagne avec 4 Mds$. Parmi les importateurs majeurs, l’Inde occupe la première place avec 13 %, du marché, devant l’Arabie Saoudite avec 8,2 %, les Emirats arabes unis avec 4,6 %, la Chine avec 4,5 %, et l’Algérie avec 3,7 %. En France, l’industrie de défense réalise un chiffre d’affaires de 18 Mds$, emploie 165.000 personnes dont 20.000 à des niveaux de haute qualification et recrute, chaque année, 5.000 diplômés et conclut 4.500 contrats d’apprentissage. Par ailleurs, le marché de la sécurité devrait croître de 9 % en 2018-2019. Ses dépenses ont atteint 549 Mds€ en 2016, contre 507 Mds€ en 2014. L’Asie représente 26 % des dépenses mondiales de sécurité, l’Europe 25 % et l’Amérique du Nord 39 %. En France, la filière de la sécurité atteint 1,3 % du produit intérieur brut. La moitié de la production est exportée. Ce secteur compte 300.000 emplois marchands (hors administrations publiques) et devrait en créer 52.000 nouveaux d’ici à 2020.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : « réagir ensemble » aux attentats terroristes et aux crises

Eurosatory 2016 : équilibrer la défense et la sécurité

Sécurité : la norme ISO 18788 pour les vigiles armés




Interarmées : anticipation et numérisation, gages de la supériorité opérationnelle

Les nouvelles technologies de l’information profitent également aux adversaires asymétriques, qui évoluent plus vite que les armées régulières. Celles-ci doivent s’adapter pour éviter le « décrochage opérationnel ».

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 3 mai 2018 à Paris, par le Commandement pour les opérations interarmées (CPOIA) à l’occasion de son 25ème anniversaire. Y sont notamment intervenus : le général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées ; le général de corps d’armée Grégoire de Saint-Quentin, sous-chef « opérations » de l’Etat-major des armées ; Olivier Zajec, chef de cours à l’Ecole de guerre et conférencier à l’Institut des hautes études de défense nationale et au Centre des hautes études militaires.

« L’art opératif ». Le niveau opératif d’une opération extérieure se situe entre les niveaux stratégique (autorités politiques) et tactique (manœuvres et combats). Conception française de conduire la guerre, l’art opératif s’exerce sur de nouveaux champs de conflictualité, rappelle le général Lecointre. Aux affrontements traditionnels sur mer, sur terre et dans les airs, s’ajoutent ceux dans l’espace et le cyber et peut-être d’autres qui restent à imaginer. En outre, la portée de systèmes d’armes s’accroît et le nombre de capteurs se multiplie. Par ailleurs, la capacité à manœuvrer sur un champ très large, comme celui de l’opération « Barkhane » en cours au Sahel, implique une approche globale, difficile à mettre en œuvre. De plus, le temps connaît une mutation, où une action continue complète une série d’actions séquentielles. A terme, il faudra résoudre l’équation entre les contraintes des moyens et les objectifs à atteindre dans une crise évolutive. Cela impliquera d’abord une souplesse de l’organisation des forces, qui prendra en compte les évolutions technologiques. Innovation et imagination entreront dans le choix du mode d’action pour obtenir une supériorité opérationnelle, grâce au numérique et à l’intelligence artificielle. En matière d’informations, il faudra empêcher un cloisonnement vertical entre les niveaux stratégique, opératif et tactique, tout en évitant, pour le niveau supérieur, de se substituer au niveau subalterne où chacun doit pouvoir se concentrer sur la tâche de son niveau. Enfin, il ne faudra pas céder au « tout technologique » souligne le chef d’état-major des armées.

Conduite et contrôle. La numérisation permet l’enregistrement des données et la vérification du résultat d’une opération pour conduire la manœuvre à tout instant, indique Olivier Zajec. Dès 1973, en pleine guerre du Viêt Nam, le général américain William Westmoreland anticipe le champ de bataille du futur : forces ennemies localisées, traquées et ciblées presqu’instantanément par l’utilisation de liaisons de transmission ; évaluation de l’espionnage assisté par ordinateur ; contrôle automatisé de tirs. Le retour d’expérience français de la guerre du Golfe (1990-1991) préconise : une entité de planification des opérations ; un cycle d’entraînement interarmées pour préparer les opérations majeures ; l’emploi de moyens de communication mobiles, fiables et compatibles avec les systèmes alliés pour permettre l’exercice du commandement ; fluidification de la manœuvre entre les armées de Terre et de l’Air. En 25 ans, l’organisme devenu aujourd’hui le CPOIA a porté ses efforts selon quatre axes : adaptation des structures de commandement ; recherche de solutions techniques et humaines pour trier les énormes flux de données qui menace de submerger les postes de commandement ; adaptation des boucles décisionnelles au temps numérique pour définir le tempo idéal d’une action de la force ; détermination de la place respective des niveaux stratégique, opératif et tactique dans la conduite des opérations. L’enjeu de demain porte sur l’équilibre entre les technologies de communication en temps réel et la marge d’initiative à laisser au plus bas niveau. Depuis septembre 2017, le groupe de travail sur le commandement interarmées des engagements prend en compte la compression de l’espace et du temps par la révolution numérique et la concentration de l’intelligence pour anticiper, planifier conduire et évaluer une opération. Le filtrage des données et le partage de leur exploitation à tous les niveaux permettent de décider l’action à mener et d’améliorer l’art opératif.

Défis technologiques et humains. La révolution numérique vise à améliorer la compréhension de situations complexes et volatiles et à décider dans des délais de plus en plus courts. Enjeu majeur, le filtrage des données en surabondance consiste à détecter les « pépites », accélérer le traitement des données et en extraire des tendances et des « signaux faibles ». Il s’agit d’obtenir la bonne information pour prendre la bonne décision, explique le général de Saint-Quentin. Il convient de se prémunir contrer la désinformation pour contrer une manœuvre très sophistiquée et, par l’anticipation, de discerner les intentions de l’adversaire. Le numérique donne de l’agilité à une « planification sur mesure », car chaque cas appelle une réponse différente. A l’instar du Commandement des opérations spéciales, le contrôle opérationnel doit être dévolu, pour une courte période, à la composante de la force la mieux placée pour fusionner toutes les compétences au poste de commandement. Sont concernées : l’armée de l’Air pour le transport et la frappe ; la Marine nationale pour la permanence sur zone ; une composante alliée, britannique ou américaine. Outre la gestion des équipes opérationnelles et non opérationnelles, la conduite et le contrôle des opérations impliquent de favoriser les initiatives par délégation de commandement. Sur le plan technique, il s’agit d’imposer des normes mais dans un environnement collaboratif et de prendre ce qui existe déjà dans le secteur civil. Toutes les hypothèses doivent prendre en compte les cyberattaques contre les centres de commandement, garants de la « survivabilité » militaire. La simulation de la conduite des opérations permet de valider une hypothèse et de l’appréhender en temps réel. Faute de mise à jour sur le plan numérique, l’interopérabilité disparaît, avertit le général de Saint-Quentin.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

Enjeux de guerre : réfléchir à celle d’aujourd’hui et imaginer celle de demain

Le commandement de niveau opératif, projeté sur un théâtre, recouvre les dimensions militaire, civilo-militaire et politico-militaire d’opérations planifiées et conduites par une ou plusieurs forces dans un cadre national ou multinational. Ce niveau d’intégration permet d’atteindre les objectifs militaires fixés par le commandement stratégique et de contribuer à la réalisation de l’état final recherché. Le « Commandement pour les opérations interarmées » regroupe 150 militaires issus des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale, du Service du commissariat des armées ainsi que des officiers des nations alliées et du personnel civil. Il a armé des postes de commandement de niveau opératif au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (2002), en République démocratique du Congo (2003 et 2006), au Tchad (2008) sous l’égide de l’Union européenne, en Haïti (2010), en Libye (2011), en Jordanie (2012) et au Sahel (depuis 2013).




Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté

Les grands acteurs privés du cyberespace transforment l’exercice de la souveraineté des Etats, qui doivent coopérer entre eux, pour limiter leur dépendance à leur égard, et tenter de répondre aux cyberattaques anonymes.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 13 mars 2018 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale et la Chaire Castex de cyberstratégie (CCC). Y sont notamment intervenus : la professeure Frédérick Douzet, Université de Paris 8 et titulaire de la CCC ; le général de division Olivier Bonnet de Paillerets, « Comcyber » (voir encadré) ; David Martinon, ambassadeur pour le numérique au ministère des Affaires étrangères ; Pavel Karasev, chercheur à l’Université de Moscou.

Mouvement permanent. Le cyberespace constitue une communauté avec des interactions entre les sociétés humaines, connectées et évolutives, et les infrastructures géo-localisables qui les mettent en relation, explique Frédérick Douzet. Sa cartographie, interdisciplinaire, intègre la géographie, l’économie et les réseaux sociaux. Un dialogue approfondi entre eux permet de faire émerger un photomontage informatique à partir de données géopolitiques. Il est ainsi possible d’identifier les points de vulnérabilité d’un territoire donné. La cartographie du cyberespace permet aussi de replacer les conflits dans leur contexte avec une approche régionale et de comprendre les stratégies d’influence. L’OTAN et les Livres blancs de la défense et de la sécurité nationale 2008 et 2013 ont identifié le cyberespace comme champ de bataille à part entière. Son réseau planétaire en fait, pour chaque pays, un enjeu de puissance, un territoire à défendre et une menace stratégique.

Espace de conflictualité. Les crises dans le monde prennent aussi une dimension cyber, impliquant technique et approche opérationnelle, estime le général Bonnet de Paillerets. Il y distingue trois couches en interaction : les infrastructures, à savoir les télécommunications et les serveurs ; les applications, construites sur les algorithmes ; l’espace cognitif, à savoir le contenu de l’information et les données. Leurs impacts sur la territorialité et la souveraineté relèvent de la responsabilité de l’Etat. La Grande-Bretagne et l’Allemagne dès 2016, puis la France en 2017 se sont dotées d’une capacité de cyberdéfense. Celle-ci comprend la détection d’une attaque, sa caractérisation, son attribution (origine) et la réponse si elle dépasse le seuil acceptable. Le champ de souveraineté s’exerce sur la maîtrise de l’équipement de détection par la technologie du code, l’intelligence artificielle et le chiffrement. La sécurité collective entre dans une logique de partenariats reposant sur le partage et la confiance. En cas d’escalade, faute de régulation contre la montée en force des attaques, il convient de réfléchir sur les équipements critiques concernés. La numérisation du champ de bataille constitue une opportunité pour le cyber, qui devient une arme d’emploi. Les experts participent à l’engagement opérationnel cyber, en intégrant l’innovation dans le champ de bataille. Enfin, l’espionnage des administrations et des entreprises, en vue d’en tirer des avantages opérationnels et économiques, préoccupe le ministère des Armées, souligne le Comcyber.

Combat au quotidien. Menaces et influence visent l’Etat et aussi les acteurs privés. Les lois de la République doivent s’appliquer sur le territoire français, notamment contre les contenus de messages haineux, antisémites, islamistes ou terroristes, rappelle l’ambassadeur Martinon. La manipulation de l’information en période électorale fait l’objet d’un projet de loi. Les règles du droit international s’appliquent au cyberespace, même en période de non guerre. L’absence de coopération conduit à la confrontation, où prime le rapport de force dans le contexte de « nouvelle guerre froide » (entre la Russie et l’Occident). L’évaluation de l’échelle de sévérité des attaques, considérées comme acceptables avec des réponses appropriées ou qualifiés d’agressions débordant le droit international, relève du secret défense, souligne l’ambassadeur. Il s’agit d’éviter l’escalade et d’accélérer la désescalade, quand la situation devient paroxystique. Un renseignement efficace permet d’identifier l’attaquant. Certaines entreprises privées d’une portée mondiale défendent leurs intérêts et disposent d’atouts qui dépassent les moyens des Etats. Les frontières, plus diffuses aujourd’hui, peuvent être contournées sur des principes moraux, politiques ou juridiques, même entre pays alliés. Ainsi, des organisations américaines non gouvernementales estiment abusives les lois françaises sur la liberté d’expression. Des diffamations condamnées en France peuvent continuer à s’exercer ailleurs dans le monde. Quoique les intérêts américains soient plus ou moins bien définis, les « géants du numérique » (Google, Apple, Facebook, Microsoft, Twitter, Yahoo et Amazon) concourent à la politique extérieure des Etats-Unis. En outre, la Maison-Blanche soutiendra coûte que coûte les entreprises américaines, en raison de leur patriotisme.

Absence de réglementation. Depuis 2001, la Russie travaille sur la couche du cyberespace relative au contenu, pour mieux la comprendre et élaborer des normes nationales et internationales, indique Pavel Karasev. Les efforts portent sur la prévention des incidents technologiques, la recherche de leurs causes et la nécessité d’un accord international sur la définition de la cybercriminalité. Par ailleurs une soixantaine de pays dans le monde disposent de la capacité de cyberattaques. Celles-ci ne sont pas des attaques militaires, car les technologies d’information et de communication ne sont pas considérées comme des armes sur le plan international, estime Pavel Karasev. Le droit à l’auto-défense ne s’y applique donc pas, faute de preuves réelles. Selon lui, le droit international devrait s’engager sur la sécurité nationale et la création d’un espace d’information mondial sécurisé, pour éviter une « guerre froide numérique ».

Loïc Salmon

Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire

Cyberdéfense : entraînement complet au sein des armées.

En France, le Commandement de la cyberdéfense (Comcyber), assuré par un officier général, s’occupe de la protection et de la défense des systèmes d’information du ministère des Armées et de la conduite des opérations numériques. Il compte une soixantaine de personnels et dispose du « Centre des opérations de cyberdéfense ». En 2017, il a été confronté à plus de 700 incidents ou attaques. Au sein de l’armée de Terre, la cyberdéfense comporte la cyberprotection et la lutte informatique défensive. L’armée de Terre inclut la cybersécurité dans les programmes d’armement en cours de développement : nouveau système d’information des armées et programme « « Scorpion ». La Marine nationale s’entraîne régulièrement à prévenir et déjouer les cyberattaques dans les systèmes navals embarqués ou les équipements des ports. Elle dispose du « Centre support cyberdéfense » et de groupes d’intervention rapides, projetables partout dans le monde. L’armée de l’Air a affecté la cyberdéfense au Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes. Elle dispose du « Centre air de conduite cyberdéfense » et du « Centre air d’expertise cyber ».




Marine nationale : groupe aérien aux Etats-Unis, modernisation du porte-avions

Pendant l’arrêt technique majeur du porte-avions Charles-de-Gaulle, son groupe aérien s’entraîne aux Etats-Unis pour maintenir ses compétences et accroître son interopérabilité avec l’aviation embarquée américaine.

La partie aérienne a été présentée à la presse, le 29 mars 2018 à Paris, par le contre-amiral Guillaume Goutay, commandant la force de l’aéronautique navale, et le capitaine de frégate Marc Bourdilleau, commandant le groupe aérien embarqué. La partie navale a été exposée par le capitaine de vaisseau Marc-Antoine de Saint-Germain, commandant le Charles-de-Gaulle (CdG) pendant son indisponibilité, lors d’une conférence-débat organisée, le 21 mars 2018 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Déploiement « Chesapeake ». Pendant le chantier du CdG, les pilotes du groupe aérien poursuivent leur entraînement à terre à la base de Landivisiau, contribuent à la protection du ciel métropolitain et ont participé aux exercices OTAN et à l’opération « Chammal » au Levant, avec l’armée de l’Air à partir de la Jordanie, rappelle l’amiral Coutay. Tous ont suivi une formation de deux ans aux Etats-Unis. En outre, le déploiement « Chesapeake » (3 avril-27 mai 2018) de douze Rafale Marine et d’un avion de guet aérien E-2C Hawkeye, dans deux bases navales américaines et sur le porte-avions George-H-W-Bush, permet au groupe aérien embarqué d’être « au top niveau » sur le plan tactique quand le CdG reprendra la mer. En 2008, 6 Rafale et 1 Hawkeye s’étaient déjà entraînés avec le porte-avions Theodore-Roosevelt. Cette coopération se prolongera dans les opérations conjointes futures, grâce au niveau élevé de confiance réciproque sur les plans technique et tactique, souligne l’amiral. Selon, le capitaine de frégate Bourdilleau les 350 marins déployés dans « Chesapeake », incluant pilotes, préparateurs de mission, mécaniciens et personnels du pont d’envol proviennent des flottilles 4F, 11F, 12F et 17F ainsi que du Centre d’expertise groupe aérien embarqué. Conçue comme une projection opérationnelle, « Chesapeake » a commencé par une manœuvre de convoyage de 3 jours. Le Hawkeye a suivi la route du Nord avec des escales en Ecosse, en Islande, au Groenland et au Canada. Passés par le Sud, les 12 Rafale ont rallié les Etats-Unis, via les Açores, grâce aux 3 avions ravitailleurs KC135 de l’armée de l’Air. Le retour est prévu début juin pour les Rafale et début juillet pour le Hawkeye. Lors de la première phase du déploiement, à terre en Virginie (5 avril-8 mai), les Rafale sont accueillis par l’unité Carrier Air Wing 8 sur la base aéronavale d’Oceana, près de Norfolk, et le Hawkeye sur celle de Chambers, dans l’arsenal de Norfolk. Au cours des appontages simulés sur piste, les pilotes répètent les manœuvres à entreprendre avec un très haut niveau de sécurité. Chacun doit en réussir 8 avant de passer sa qualification sur porte-avions, laquelle exige 10 appontages réussis, de jour et de nuit. La seconde phase (8-18 mai) se déroule à bord du George-H-W-Bush, au large de Norfolk. Sur les 27 pilotes, 5 auront effectué leur premier appontage à bord d’un Rafale Marine. Les quelque 180 exercices prévus auront inclus 430 vols sur Rafale et 40 sur Hawkeye. Les missions complexes, avec avions français et américains équipés de missiles de croisière, incluent : soutien de troupes au sol ; attaque ou défense de navires ; recherche de cibles défendues par des missiles sol-air ; combat aérien avec un ou plusieurs avions ; bombardement ; défense de zone ; protection de raids dans la profondeur. Toutefois, indique le capitaine de frégate Bourdilleau, les deux parties n’auront pas mis en œuvre tous leurs modes opératoires, par souci de discrétion.

Outil militaire à longue élongation. Un porte-avions permet la maîtrise des espaces aéromaritimes et une projection de puissance, qui expliquent sa prolifération avec une variante en porte-aéronefs (voir encadré). Egalement porteur d’une composante arienne de la dissuasion nucléaire, le CdG a été déployé 14 mois en opérations en deux ans, rappelle le capitaine de vaisseau de Saint-Germain. Ses missions portent aussi sur le renseignement. Ainsi son apport de l’information, à traiter en état-major et à exploiter pour l’action, a permis de comprendre la menace, lors de la mise en place du porte-aéronefs russe Amiral-Kouznetsov pendant l’opération « Chammal » lancée en 2014 au large de la Syrie. Stocks de pièces de rechange et bancs de maintenance moteurs et équipements électroniques, mis en œuvre par 450 techniciens dans le grand hangar du CdG, lui donnent une capacité de production d’heures de vol. Son 2ème arrêt technique majeur, sur les 4 prévus au cours de sa vie opérationnelle, commencé au premier trimestre 2017, doit s’achever par une remontée en puissance au début de 2019. L’entretien lourd décennal inclut le maintien en condition opérationnelle, le rechargement des cœurs nucléaires, l’entretien et le contrôle des chaufferies et de la propulsion. La refonte à mi-vie, qui lui donnera 20 ans de potentiel supplémentaire, porte sur le système de combat (dont les senseurs radars et organiques), l’installation d’aide à l’appontage et les réseaux informatiques. Enfin, le groupe aérien embarqué termine sa transformation au format chasse « tout Rafale Marine », équipé du missile air-air longue portée (150 km) Meteor. Au cours du chantier, conduit en partenariat avec le maître d’œuvre Naval Group, l’équipage assure 50 % des travaux. En raison de la même doctrine d’emploi que ses homologues américains, le CdG a déjà remplacé l’un d’eux en opérations dans le golfe Arabo-Persique. Pourtant, il n’est équipé que de 2 catapultes et n’embarque que 24 chasseurs, contre 4 catapultes et 80 appareils, capables de 100 sorties par jour, pour un porte-avions américain.

Loïc Salmon

Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Marine nationale : opération « Arromanches » en Méditerranée et océan Indien

Patrouille de France, la tournée américaine de 2017

Selon le Centre d’études stratégiques de la marine, les 11 porte-avions (PA) américains (330 m de long, 112.000 t de déplacement et 4.500 personnels), actuellement en service, sont à propulsion nucléaire et équipés de catapultes à vapeur et de brins d’arrêt. L’unique PA français (260 m, 42.500 t et 1.950 p) présente les mêmes caractéristiques. L’unique porte-aéronefs (PO) chinois (304 m, 65.000 t et 2.500 p) utilise le fioul pour sa propulsion et est équipé d’un tremplin pour avions à décollage court et appontage par brins d’arrêt. Les 2 PO indiens (273 m, 45.000 t, fioul et 1.600 p) présentent les mêmes caractéristiques. Le PO russe (302 m, 60.000 t, fioul et 1.950 p) dispose des mêmes équipements aviation. L’unique PO britannique (280 m, 65.000 t, fioul et 1.600 p) dispose d’un tremplin, mais pas encore de groupe aérien. Vers 2022-2023, il embarquera des avions américains F35B à décollage court et atterrissage vertical puis sera rejoint par un navire jumeau. A l’horizon 2030, 27 unités devraient naviguer dans le monde : Etats-Unis, 11 PA équipés de catapultes électromagnétiques ; France, 1 PA à catapultes à vapeur et études lancées pour son successeur ; Brésil, 1 PO car le PA Sao-Paulo (ex-Foch français), désarmé, devrait être remplacé après le rachat du porte-hélicoptères britannique Ocean ; Italie, 2 PO qui auront été transformés pour recevoir des F35B ; Espagne, 1 PO ; Inde, 3 PO dont 1 avec catapultes ; Chine, 4 PO et projet de propulsion nucléaire ; Russie, 2 PO.




Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

La France dispose des moyens de développer les technologies nécessaires à sa souveraineté, assurée notamment par la dissuasion nucléaire, grâce aussi à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA).

Ce dernier a été présenté à la presse, le 22 mars 2018 à Paris, par l’ingénieure générale Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la Direction générale de l’armement (tutelle de l’ONERA), et Thierry Michal, directeur technique général de l’ONERA.

Préparation de l’avenir. L’innovation, en coordination avec l’intelligence artificielle, est vitale pour la supériorité opérationnelle. Outre une meilleure appréhension des menaces futures, elle permet de préparer les armes pour les contrer, souligne l’ingénieure générale. Le budget innovation de la défense a été porté à 1 Md€ pour en renforcer le socle technologique et construire davantage de démonstrateurs. L’ONERA, qui remplit une mission de service public pour la recherche appliquée, travaille avec les ministères des Armées et de la Recherche, la Direction générale de l’aviation civile, les industriels et les start-ups des secteurs aéronautique et spatial. Son fonctionnement est assuré à 49 % par des subventions de l’Etat et à 51 % par des contrats commerciaux. Ses travaux dans les domaines hypersonique et de la furtivité (signature radar très faible), qui relèvent exclusivement de la défense, préparent les ruptures technologiques, en lien avec la dissuasion nucléaire, les systèmes de défense aérienne et ceux du combat aérien. En matière de ruptures technologiques, indique l’ingénieure générale, il s’agit de maîtriser les concepts avant de les partager, notamment avec Singapour pour éviter de trop dépendre des Etats-Unis. Outre des installations « stratégiques », l’ONERA dispose de savoir-faire complexes dans l’aérodynamique, l’énergie, les matériaux composites pour la furtivité, les capteurs, l’optronique et le traitement de l’information.

Expertise de référence. Dans le domaine aérospatial, l’ONERA apporte son expertise à l’Etat, répond aux enjeux du futur, contribue à la compétitivité de l’industrie et prépare la défense de demain, explique son directeur technique général. Pour cela, il dispose de 70 ans d’expertise, d’un niveau scientifique de premier rang mondial, de 2.000 collaborateurs (300 doctorants et post-doctorants) répartis sur 8 sites, d’un budget annuel de 235 M€ et de 12 souffleries utilisables par des clients étrangers (premier pôle de compétences en Europe). Il coopère avec la NASA américaine, le Centre national d’études spatiales et MBDA (missiles balistiques, porteurs et interfaces entre eux pour la dissuasion nucléaire). Il participe à tous les grands programmes : radars ; Rafale ; avion de transport tactique A400M ; hélicoptères civil H-160/HIL à pales silencieuses ; drone européen nEUron (furtivité) ; BLADE pour les études de pénétration des futurs missiles face à des défenses aériennes et pour la définition d’architecture du système de combat aérien futur. En matière de défense, la télécommunication optique permet furtivité et discrétion avec un débit important de bandes passantes. Les études sur le radar à longue portée pour l’observation des satellites, lancées en partenariat avec Thales, ont débouché sur des essais en 2017 en vue d’une qualification en 2019. Le radar Graves détecte, entre 400 km et 1.000 km d’altitude et avec une description précise de leurs orbites, les satellites espions représentant une menace pour les forces. Vers 2030, il devrait pouvoir déceler des objets d’une taille inférieure à 10 cm et encore plus éloignés.

Loïc Salmon

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Drones : préparer le combat aérien de demain

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance




Défense : 2017, budgets mondiaux et modernisation

Les budgets militaires ont stagné dans le monde en 2017, sauf en Europe. Chine et Russie améliorent la qualité de leurs armements. Etats-Unis, Chine et Russie modernisent leur arsenal nucléaire. L’Afrique de l’Est s’internationalise.

Tel est le constat du document « Military Balance 2018 » de l’Institut d’études stratégiques de Londres (International Institute for Strategic Studies, IISS), présenté lors d’une conférence-débat organisée, le 28 février 2018 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire. Y sont notamment intervenus : François Heisbourg, président du conseil de l’IISS ; le général de brigade (2S) britannique Ben Barry, chercheur à l’IISS ; Sonia Le Gouriellec, maître de conférences à l’Université Catholique de Lille.

L’Europe. L’analyse des exercices budgétaires 2016-2017 relatifs à la défense des pays européens, dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, montre une augmentation sensible en valeur absolue. Cela correspond à une rupture avec la politique des « dividendes de la paix » (prônée après la dissolution de l’URSS en 1991), souligne François Heisbourg. La France et la Grande-Bretagne suivent des trajectoires très convergentes. La France pourrait bientôt dépasser la Grande-Bretagne lorsqu’elle y consacrera 2 % de son produit intérieur brut (PIB), objectif fixé par l’OTAN à ses membres. Malgré l’augmentation régulière de son budget militaire, l’Allemagne glisse plutôt vers 1 %, car son PIB croît plus rapidement.

La Chine. La modernisation des forces aériennes se poursuit, explique le général Barry. L’avion de combat furtif Chengdu J-20 devrait entrer en service vers 2020, mettant fin au monopole américain dans ce domaine. En matière de missiles air-air, le PL-10 d’une portée de 30 km, en service depuis 2015, sera suivi, dès 2018, du PL15 (150 km) et, vers 2020, du PL XX, tous deux de même portée avec statoréacteur et radar à antenne active contre toutes cibles aériennes. Des missiles à longue portée (400 km) contre avions gros porteurs sont en développement. Le PL 10 a été proposé à l’exportation peu après son entrée en service dans l’armée de l’Air chinoise. La suprématie aérienne des Etats-Unis et de ses alliés n’est plus assurée. Depuis 2000, la Chine a construit plus de sous-marins, frégates et corvettes que la Corée du Sud, l’Inde et le Japon réunis. Le tonnage en bâtiments de combat et de soutien, lancés au cours des quatre dernières années, dépasse celui de toute la Marine française. Avec la mise à l’eau du premier croiseur de la classe 055 (12.000 t), la Chine rattrape son retard en capacité offensive. Sa Marine navigue jusqu’au large de l’Europe et sa base de Djibouti lui permettra d’autres déploiements. S’y ajoute le renforcement des infrastructures militaires sur des atolls en mer de Chine méridionale. Les recherches progressent en matière de technologies avancées, y compris dans l’informatique et la « communication quantique ». La Chine ne se contente plus de rattraper l’Occident et innove dans la défense globale. Ses dépenses militaires s’alignent sur une croissance annuelle de 6-7 % de son PIB. Toutefois, l’emploi optimal de toutes ces capacités implique des progrès similaires dans l’entraînement, la doctrine et la tactique. En matière de dissuasion nucléaire, la Chine devrait en reconstituer la composante aérienne dans le cadre d’une future force de bombardement. Enfin, pour contrer les défenses antimissiles adverses, elle poursuit le développement de planeurs hypersoniques.

La Russie. Principal sujet de préoccupation pour la sécurité de l’Est et du Nord de l’Europe, la Russie déploie des équipements militaires de pointe, dont le système de défense aérienne et antimissile S-400 et les missiles balistiques Iskander de 500 km de portée, sur son flanc Ouest, indique le général Barry. Quoique les forces armées reçoivent des matériels neufs, la rupture technologique annoncée semble plus lente que prévu. La Russie connaît des insuffisances sur les plans financier et industriel. Les systèmes d’armes avancés, comme l’avion de combat Su-57 et le char de bataille T-14, vont entrer en service, mais en nombre plus réduit qu’initialement prévu. Encore plus affectée, la Marine compte compenser la limitation des constructions de grands navires neufs par l’équipement d’unités plus petites en systèmes d’armes de haute précision. Parallèlement, la Russie investit dans les lance-roquettes unitaires, parties intégrantes de son arsenal depuis longtemps. Elle continue de manifester sa volonté d’utiliser ses moyens militaires à ses frontières et à l’étranger. Elle tire profit de sa réelle puissance militaire pour développer équipements et formations des personnels. Elle s’intéresse aussi aux capacités, dépassant les simples forces conventionnelles, mais faciles à développer et à déployer sans qu’on sache pourquoi. Les pays occidentaux n’ont guère réagi par des contremesures ou des sanctions. Ainsi, il convient d’observer : ses tentatives de puissance financière, notamment par la prise de participations de blocage dans des infrastructures économiques ; sa propagande ciblée vers les minorités russophones et partis politiques pro-russes ; l’affirmation de sa « cyberpuissance » par l’interférence dans les processus démocratiques. Comme les Etats-Unis, la Russie, modernise les composantes terrestre, navale et aérienne de sa dissuasion nucléaire. Comme la Chine, elle met au point des planeurs hypersoniques pour percer les défenses antimissiles.

L’Afrique de l’Est. La contribution des pays est-africains aux opérations de maintien de la paix dans le cadre de l’ONU leur permet de constituer un socle pour leurs propres armées, explique Sonia Le Gouriellec. Forts de leur expérience, le Kenya et l’Ethiopie ont même ouvert des écoles de maintien de la paix. Ces opérations permettent aux Etats de professionnaliser leurs armées, de renouveler leurs matériels selon les normes ONU et de toucher des indemnités par prélèvement d’une partie des soldes versées. Djibouti, qui déploie ainsi 34 % de ses troupes à l’étranger, compte faire passer ses forces armées de 8.000 à 15.000 hommes et développer ses capacités aérienne, navale, terrestre et de renseignement. Plusieurs pays étrangers y disposent de bases militaires : la France depuis 1977 ; les Etats-Unis qui y investissent 64 M$/an ; la Chine pour stationner 10.000 hommes dans le cadre du projet des « nouvelles routes de la soie » ; le Japon et l’Italie pour lutter contre la piraterie.

Loïc Salmon

 

L’institut d’études stratégiques de Londres publie chaque année un document intitulé « Military Balance » sur les capacités militaires et les budgets de défense de plus de 170 pays. L’édition 2018 présente les budgets 2017 : Etats-Unis, 602,8 Mds$ ; Chine, 150,5 Mds$ ; Arabie saoudite, 76,7 Mds$ ; Russie, 61,2 Mds$ ; Inde, 52,5 Mds$ ; Grande-Bretagne, 50,7 Mds$ ; France, 48,6 Mds$ ; Japon, 46 Mds$ ; Allemagne, 41,7 Mds$ ; Corée du Sud, 35,7 Mds$ ; Brésil, 29,4 Mds$ ; Australie, 25 Mds$ ; Italie, 22,9 Mds$ ; Israël, 21,6 Mds$ ; Irak, 19,4 Mds$. Sur la période 2010-2017, l’effort européen de défense, calculé en milliards de dollars constants et qui était d’environ 297 Mds$ en 2010, a baissé à 264 Mds$ en 2014 puis est remonté à 295 Mds$ en 2017, soit autant qu’en 2011.