Technologie : guerre électronique, cyber et renseignement

Déjà champ d’action des opérations de brouillage dans un conflit armé, le spectre électromagnétique est devenu celui des cyberattaques dans les zones sous tensions et va renforcer celui du renseignement.

Ces thèmes ont fait l’objet d’un colloque organisé, en juin 2023 à Paris, par l’association Guerrelec avec la participation de spécialistes civils de haut niveau et des responsables militaires de rang élevé.

Le spectre électromagnétique. Pendant le salon européen Cysat sur la cybersécurité et le spatial, tenu à Paris les 26-27 avril 2023, une équipe de cybersécurité du groupe d’électronique de défense Thalès est parvenue à prendre le contrôle à distance d’un satellite de l’Agence spatiale européenne, au cours d’un exercice de simulation. Le code malveillant, qu’elle a introduit dans le système de bord, a modifié des images destinées à être transmises vers la terre et a masqué certains sites géographiques. Dès mars 2022 peu après le déclenchement de la guerre en Ukraine, des cyberattaquants russes ont perturbé le fonctionnement d’un satellite de télécommunications utilisé par les forces armées ukrainiennes. En outre, la Russie a harcelé les satellites militaires de la coalition pro-Kiev. Ainsi, son satellite espion Kosmos 2558 a attaqué à plusieurs reprises le système satellitaire français d’observation CSO (composante spatiale optique). Son mode opératoire consiste à approcher au plus près les sources d’émission de ses cibles pour en perturber les transmissions vers les stations de réception au sol. De son côté, la Chine travaille sur des techniques visant à rendre inopérants des satellites adverses en imitant leurs signaux de transmissions. Par ailleurs, selon l’association France Cyber Maritime, les cyberattaques contre le transport maritime ont considérablement augmenté depuis le début du conflit en Ukraine. Ainsi, le nombre d’incidents détectés et recensés a crû de 235 % entre 2020 et 2022. Certains correspondent à des demandes de rançons, d’autres sont dus à des hackers soupçonnés d’agir au service d’États, notamment la Russie.

Le conflit numérique des Spratleys. L’archipel de récifs et d’atolls des Spratleys en mer de Chine méridionale, zone riche en hydrocarbures et située sur la route des importations pétrolières chinoises, fait l’objet de contestations par la Chine, Taïwan, le Viêt Nam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. La guerre numérique pourrait dégénérer en conflit de haute intensité sur et sous la mer, sur les terres émergées, dans les airs, y compris à très haute altitude, et dans l’espace. Après la collecte de renseignements à distance et les actions coordonnées cyber et guerre électronique, les menaces indirectes possibles consistent en manœuvres et déploiement de missiles balistiques, de croisière ou hypersoniques multi-milieux aux frontières de l’archipel. Les menaces directes portent sur le déni d’accès à partir du continent ou de bases insulaires, sur des actes isolés depuis des espaces maritimes non contrôlés et sur des opérations à partir de la mer, de l’air et de l’espace. En cas de conflit armé, des alliances régionales semblent probables : OTAN et ASEAN (dix pays d’Asie du Sud-Est) ; coalitions particulières ; alliance Chine-Russie avec une contribution éventuelle de la Corée du Nord. Les domaines d’intérêt stratégique sont multiples : forces adverses et leurs zones de déploiement ; bases aériennes et navales ; occupation d’atolls des Spratleys et des Paracels ; zones frontières entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord, où sont concentrés commandement, forces et installations logistiques ; infrastructures dédiées au renseignement et à la surveillance, à savoir radars, centres de guerre électronique et d’actions cyber et enfin stations d’ancrage. Face à la Chine, la Russie et la Corée du Nord, les coalitions d’autres pays chercheront à garantir la liberté de navigation maritime et aérienne, maintenir l’accès aux ressources communes dans l’espace et le cyberespace, surveiller toute action militaire dans les différents milieux, anticiper et prévenir la montée aux extrêmes, enfin contrer par une gradation des moyens et des effets si la dissuasion s’est révélée insuffisante.

Le renseignement du futur. L’Agence de l’innovation de défense (AID) a tiré des enseignements de l’emploi du numérique dans la guerre en Ukraine. Alors que le système français Atlas de gestion et de transmissions automatiques d’informations, transmises par les équipes d’un régiment, donne l’ordre d’un tir d’artillerie en 1 minute 30 secondes, le logiciel ukrainien GIS-Art le déclenche…en 30 secondes ! Outre la diversité de ses recherches (voir encadré), l’AID s’intéresse au renseignement de demain. Le spectre électromagnétique évolue par suite de l’imbrication des usages des radars et des moyens de communication, de l’hybridation de ses emplois civils et militaires, de la généralisation du chiffrement et de l’agilité des émetteurs. Des opportunités apparaissent avec la miniaturisation des récepteurs et la polyvalence des senseurs. De nouvelles possibilités se présentent dans le domaine du renseignement pour la conception et l’exploitation de systèmes combinant les capacités étatiques et privées. Ainsi, des services spatiaux commerciaux proposent des imageries visible, infrarouge et de radar à synthèse d’ouverture (images en deux dimensions ou reconstitutions tridimensionnelles de paysages). D’autres collectent des fréquences radio et des signaux AIS (systèmes d’identification automatique entre navires de nuit, par temps de brume ou de faiblesse des échos radars). L’exploitation de ces données se fera par leur traitement massif à base d’intelligence artificielle et par l’augmentation des puissances de calcul. Il s’agit de développer, en synergie, les capacités en renseignement d’origine électromagnétique, guerre de la navigation (NAVMAR), cyber et autoprotection. La surveillance du spectre électromagnétique bénéficiera de divers développements : technologies quantiques, à savoir capteurs ultra-sensibles, simulateurs de comportements de systèmes, protection d’une information transmise par fibre optique et calculateurs hyperperformants ; future génération de capteurs spatiaux d’imageries visible et infrarouge ; imagerie hyper-spectrale à la résolution très supérieure à l’imagerie spatiale. Cela implique de préparer et d’optimiser les moyens de traitement et d’exploitation des données recueillies. L’AID a établi des feuilles de route au sein des domaines d’innovation. L’une concerne la persistance renforcée des capteurs, leur couverture géographique et l’extension de leurs fréquences au moyen de vecteurs autonomes, de drones et de constellations de nanosatellites. Une autre porte sur les traitements de plusieurs capteurs et de diverses sources par le développement d’outils de sources ouvertes et par la détection, la localisation et la caractérisation des interférences GNSS (positionnement par satellites). L’accélération de la boucle OODA (observer, orienter, décider et agir) permettra de produire du renseignement et de l’exploiter plus rapidement que l’adversaire. La multiplication de capteurs d’opportunités remplacera le petit nombre de capteurs spécialisés. Enfin, il faudra savoir traiter les flux de données et les partager par la connectivité. L’AID a mis en œuvre une « Red Team » regroupant des auteurs de science-fiction, qui imaginent de nouvelles menaces. Un scénario propose un casque de réalité virtuelle permettant à un pilote de drones d’observation de contrôler mentalement plusieurs engins et d’agréger les connaissances obtenues en temps réel, grâce à des filtres de synthèse cognitive pour traiter les flux de données.

Loïc Salmon

L’Agence de l’innovation de défense aborde un large éventail de domaines : études opérationnelles et technico-opérationnelles ; socle des technologies émergentes de défense ; supériorité informationnelle ; espace ; cyberdéfense et NAVMAR (guerre de la navigation) ; combat naval et lutte sous la mer ; combat aérien et frappe air-sol ; combat terrestre ; armes non cinétiques ; recherche académique, captation d’innovations et innovations d’usage.

La guerre électronique : nouvel art de la guerre

Défense : le cyber, de la conflictualité à la guerre froide

Indo-Pacifique : éviter l’escalade nucléaire malgré la compétition stratégique accrue




La DST sur le front de la guerre froide

La Direction de la surveillance du territoire (DST, 1944-2008) a eu recours au flagrant délit pour justifier l’arrestation d’espions du bloc de l’Est. Pour les étrangers, l’expulsion a suivi mais, pour les Français, les suites judiciaires ont parfois été contrecarrées pour des raisons politiques.

De 1960 à 1990, 83 diplomates soviétiques ont dû rentrer chez eux, dont 47 en 1983, ainsi que des agents des services de renseignement (SR) polonais, tchécoslovaques, est-allemands et roumains. Pendant cette période, les autorités politiques, quelle que soit leur couleur, ont exceptionnellement soutenu la DST, préférant ignorer ses actions, les bloquer ou même les critiquer publiquement. Selon l’URSS, la révolution prolétarienne doit se réaliser par la subversion avec l’aide des partis communistes locaux, légaux, et des réseaux clandestins dirigés par Moscou. Pendant la guerre d’Indochine (1945-1954), la DST signale les « fuites » de documents secrets qui parviennent au Vietminh, via l’ambassade d’URSS…et des responsables et des sympathisants communistes français. Pendant celle d’Algérie (1954-1962), elle démantèle des réseaux du Front de libération nationale et empêche des attentats. Puis, son activité de contre-espionnage remonte en puissance, notamment grâce aux relais des organisations d’émigrés russophones. A l’époque, le KGB déploie cinq pôles thématiques : les « illégaux » sans couverture diplomatique ; le contre-espionnage et les SR adverses, dont la DST et le SDECE puis la DGSE à partir de1982 ; l’émigration des dissidents ; les sciences et techniques pour rattraper le retard dans ces domaines ; la politique, milieu ouvert propice à l’influence. Le KGB fixe les objectifs à la désinformation des opinions publiques : dénigrer les États-Unis ; saper la confiance des pays occidentaux entre eux ; donner une impression trompeuse des intentions de l’URSS ; neutraliser les oppositions extérieures. La DST exerce alors un contrôle serré des diplomates soviétiques et assimilés à partir de leur ambassade ou de tout autre établissement officiel. Tout Français en rapport avec un Soviétique est systématiquement identifié et fait l’objet d’une enquête, suivie d’une convocation. L’aide du FBI et de la CIA se révèle essentielle, car les États-Unis sont espionnés par l’intermédiaire d’autres pays et à partir de bases qui leur sont extérieures. Ces SR ciblent surtout l’OTAN, le nucléaire et l’aéronautique. L’invocation de l’immunité diplomatique, celle de l’universalité de la science ou la renommée dans la presse nationale assurent une certaine « protection », en cas de découverte d’activités d’espionnage. Comme les SR occidentaux, le KGB et le GRU (renseignement militaire) connaissent des désertions…surtout vers les États-Unis, plus attractifs sur les plans idéologique et financier. Les transfuges de chaque camp facilitent l’identification des « taupes » adverses. Les arrestations débouchent sur l’exécution à l’Est et de lourdes peines de prison à l’Ouest…mais moindres ou annulées en France. La « chasse aux taupes » entraîne une psychose au sein des SR anglo-saxons, dont profite le KGB. En France, celui-ci cible notamment le ministère des Affaires étrangères…qui supporte mal que la DST puisse légitimement suspecter un diplomate et lui refuser un visa. Certains ambassadeurs représentent moins les intérêts de la France que ceux du pays de leur affectation. Via un niveau subalterne, les SR soviétiques et chinois ont eu accès aux télégrammes diplomatiques. De 1964 à 1974, les autorités chinoises ont obtenu, de façon discontinue, la correspondance de l’ambassade de France à Pékin et celle du pool de Hong Kong (échanges entre Américains, Britanniques et Français). Les télex de l’ambassade de France à Moscou ont été « piégés » de 1976 à 1983.

Loïc Salmon

« La DST sur le front de la guerre froide », par Jean-François Clair, Michel Guérin et Raymond Nart. Mareuil Éditions, 210 pages. 21 €

Renseignement : recomposition des services au début de la guerre froide (1945-1955)

Guerres secrètes

Histoire secrète du XXème siècle, mémoires d’espions




Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude

Des technologies, arrivées à maturité en 2035, permettront de conserver la liberté d’appréciation, d’accès et d’action par des opérations militaires dans l’espace aérien compris entre 20 km et 100 km d’altitude.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 9 janvier 2023 à Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales. Y sont notamment intervenus : le général de corps aérien Frédéric Parisot, major général de l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) ; Hervé Derrey, Thales Alenia Space ; Marc Vales, Dassault Aviation ; Stéphane Vesval, Airbus Defense and Space ; Nicolas Multan, société Hemeria ; l’ingénieur en chef Jean-Baptiste Paing, Direction générale de l’armement ; le général de corps aérien Philippe Morales, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes ; Frank Lefevre, Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Bertrand Le Meur, Direction générale des relations internationales et de la stratégie.

L’espace aérien supérieur. Entre 20 km et 100 km d’altitude, l’atmosphère est raréfiée. Dans cette couche, les ballons stratosphériques et planeurs hypersoniques stationnent ou se déplacent mais ne gravitent pas. Cet espace aérien supérieur constitue le lieu de passage des missiles balistiques et de certains moyens pour les opérations spéciales, rappelle le général Frédéric Parisot. L’accès des plateformes, civiles ou militaires, qui y circuleront, sera moins onéreux que celui à l’espace. Certaines nations et organisations pourraient donc se doter de ballons stratosphériques (photo) géostationnaires pendant plusieurs mois au-dessus du territoire national et y compromettre certaines activités. Sur les plans défensif et offensif, l’AAE doit affirmer sa présence dans les milieux aérien, stratosphérique et spatial avec un équilibre entre les trois. L’aérien étant déjà régi par la Convention de Chicago de 1944 et l’espace par le traité de 1967, il reste à définir les règles pour les trajectoires, entrées et sorties dans le stratosphérique. Il s’agit de connaître ce milieu, de le surveiller et de l’exploiter au titre de la souveraineté nationale pour la protection du territoire et des populations et aussi pour les opérations militaires, en cas de perturbations des activités aériennes et spatiales. Pour la défense antimissile, des ballons pourraient, par exemple, surveiller les activités balistiques de la Corée du Nord ou assurer des détections vers le sol et l’espace. La défense aérienne dans la très haute altitude prend en compte la fugacité des objets, leur vitesse et leur persistance. Contrer la menace d’armes hypersoniques volant au-delà de Mach 5 (6.174 km/h) va nécessiter des capteurs d’une allonge suffisante pour conserver la capacité de préavis. A l’été 2023, l’AAE disposera d’une feuille de route pour définir les missions et les moyens dans la très haute altitude. Celle-ci est le domaine des vitesses supersonique et hypersonique avec des applications aux missiles de croisière ou à des planeurs, explique Frank Lefevre. Entre 1960 et 1970, l’ONERA a effectué 400 tirs de fusées-sondes dans la stratosphère pour réaliser le missile nucléaire aéroporté supersonique, auquel succédera un missile hypersonique. A cette vitesse, le mobile crée une onde de choc suivie d’une température de 1.000 °C. L’ONERA travaille en laboratoire sur les matériaux de protection « numériques » d’un véhicule et sur sa navigation, son guidage, sa précision et son aérodynamique dans des souffleries jusqu’à Mach 12 (14.817 km/h).

Les projets en cours. Les « avions spatiaux » peuvent atteindre la vitesse de 8 km/seconde avec des moteurs de fusées et doivent évoluer dans l’atmosphère sans se transformer en boule de feu, indique Marc Vales. Complémentaires des lanceurs et des satellites, ils apportent une réutilisation, une souplesse d’emploi et une fiabilité héritée de l’aéronautique. Dassault Aviation a réalisé le démonstrateur Space Rider qui a volé en 2015. En association avec des partenaires dont Thales Alenia Space, il développe une famille de véhicules hypersoniques (drones ou habités), destinée à l’Union européenne spatiale civile et, sur le plan militaire, pour la surveillance stratégique de son territoire, de l’Afrique et du Moyen-Orient. De son côté, Thalès Alenia Space propose le Stratobus, dirigeable gonflé à l’hélium, géostationnaire dans la stratosphère et sélectionné fin 2022 par le Fonds européen de défense. Selon Hervé Derrey, il sera placé à 19 km d’altitude pour couvrir une zone d’un diamètre de 1.000 km pendant un an. Équipé d’une propulsion électrique alimentée par l’énergie solaire, il pourra emporter des charges utiles de 250 kg et 5 kW de puissance, notamment des radars à longue portée et des moyens de télécommunications civiles ou militaires ou encore des antennes étendues pour la guerre électronique. Réalisé avec coopération avec l’Espagne, un démonstrateur du Stratobus devrait voler au-dessus des Canaries en 2025 avec des démonstrateurs allemand et italien. Airbus Defense and Space, qui a développé le projet Balman avec Hemeria (photo), a fait voler le drone stratosphérique Zéphyr 8 pendant 64 jours en 2022. Selon Stéphane Vesval, Balman et Zéphyr 8 ont vocation à servir en réseau entre eux et avec des systèmes spatiaux. Capable de pénétrer des espaces aériens interdits grâce à sa faible signature radar, Zéphyr 8 transmet, par laser optique, une observation imagerie et vidéo sur 1 km2 avec une résolution de 18 cm. Pour anticiper les investissements dans la stratosphère, la Direction générale de l’armement a procédé à des études technico-opérationnelles dès 2018. Selon Jean-Baptiste Paing, elle a choisi le ballon manœuvrant et le dirigeable pour disposer d’une observation radar pendant une longue durée et indépendante des conditions météorologiques et des effets jour et nuit. Il reste à relever les défis technologiques portant sur les capacités industrielles en termes de matériaux des structures et de qualité des capteurs.

Stratégie de défense. L’espace aérien supérieur, en plein développement, présente les mêmes caractéristiques que les grands fonds marins avec de nouvelles technologies, des enjeux de compétition et une lisibilité assez faible, estime Bertrand Le Meur. La surveillance des objets hypersoniques ou à déplacement lent va nécessiter une capacité globale, car ils pourront venir de n’importe où. Des partenariats internationaux permettraient de développer des moyens défensifs et éventuellement offensifs. De son côté, le général Philippe Morales anticipe une certaine forme d’« arsenalisation » de l’espace aérien supérieur, consécutive à la démocratisation de son accès et à la compétition stratégique accrue. Il faut d’abord développer les connaissances des objets qui y évoluent : caractéristiques ; autonomie ; performances ; d’où et comment ils partent ; nature militaire, civile ou duale. Il faut ensuite identifier, caractériser et attribuer une action suspecte, inamicale, illégale, dangereuse ou hostile. Ensuite, il faut disposer de moyens d’interdiction proportionnels aux actes suspects, à savoir contre-mesures, actions de rétorsion ou neutralisation des vecteurs eux-mêmes. Cet espace est utilisable pour les opérations de défense contre tout ennemi potentiel ou pour la projection de puissance. Drones et ballons stratosphériques permettront d’améliorer la surveillance d’un théâtre d’opérations plus vaste que celui de l’Ukraine, sachant qu’un ennemi potentiel fera de même. Déjà le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes et le Commandement de l’espace établissent des scénarios avec des questions et réponses pour un entraînement coordonné.

Loïc Salmon

Selon son directeur général Nicolas Multan, la société Hemeria produit une gamme de 10 ballons gonflés à l’hélium pour des missions scientifiques du Centre national d’études spatiales depuis 25 ans. Grâce à son expérience des opérations en vol, elle développe le programme « Balman », ballon stratosphérique manœuvrant en orbite (photo). Capable de rester stable sur zone pendant plusieurs mois, Balman pourrait remplir des missions civiles ou militaires à partir de 2026.

Armée de l’Air et de l’Espace : complémentarité des moyens d’action et modernisationé des moyens d’action et modernisation

Armée de l’Air : CDAOA, permanence et réactivité

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale




Exposition « Les agents secrets du Général » aux Invalides

Entre 1940 et 1944, les services secrets de la France libre ont fourni 80 % des renseignements utilisés dans la préparation du débarquement en Normandie, permis aux résistants français de participer à la libération du pays et évité une guerre civile.

Ces résultats exceptionnels ont été obtenus par quelques dizaines d’officiers et quelques centaines de personnes à Londres, moins de 1.000 agents envoyés en mission clandestine en France et près de 80.000 recrutés en France. En 1940, les cadres des services secrets de la IIIème République restent au service du gouvernement de Vichy. En juillet à Londres, des officiers inexpérimentés créent un 2ème Bureau, qui élargit ses fonctions et devient Service de renseignement en avril 1941, puis Bureau central de renseignement et d’action militaire en janvier 1942 et enfin Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) en juin 1942. Ce dernier organise toutes les missions secrètes, militaires ou politiques, en France et en Afrique du Nord. Il pose les fondations des services secrets français jusqu’à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), créée en avril 1982. Le 17septembre 2018, dans la cour d’honneur des Invalides, la ministre des Armées, Florence Parly, a remis la fourragère de l’Ordre de la Libération au 44ème Régiment d’infanterie, unité des personnels militaires de la DGSE. En 2020, l’institution d’un insigne spécifique souligne la filiation entre le BCRA et la DGSE. Portant les couleurs de l’Ordre de la Libération, le vert de l’espérance et le noir du deuil, cet écusson, orné de la croix de Lorraine, reprend une partie de la devise latine de l’ordre « Patriam Servando » (En servant la patrie).

Les services secrets. Depuis la fin du XIXème siècle, la France dispose de services de renseignement permanents, essentiellement militaires. Après la première guerre mondiale, ils se composent de la Section de recherche (SR) pour l’espionnage et de la Section de centralisation du renseignement (SCR) pour le contre-espionnage. Ceux de la France libre, basés en Grande-Bretagne, assurent d’abord le lien avec les résistants en France en organisant des liaisons radio et des opérations aériennes clandestines. Ils créent en France des réseaux de renseignement et d’évasion. Sur le plan militaire, ils participent à l’organisation de l’Armée secrète et des maquis et assurent la liaison avec l’Etat-major allié. Sur le plan politique, ils travaillent à unifier les divers mouvements de résistance derrière le général de Gaulle. Créé en mai 1943, le Conseil national de la Résistance permet d’affirmer l’autorité de l’Etat, reconstitué à Londres et à Alger. Or la Grande-Bretagne ne reconnaît pas la France libre comme un gouvernement en exil. Les services de renseignement britanniques coopèrent directement avec des résistants français qui n’ont aucun lien avec elle. Le SIS (Secret Intelligence Service) collecte le renseignement, le SOE (Special Operations Executive) s’occupe de l’action et le MI9 (Direction du renseignement militaire) des évasions. Ils recrutent des Français et agissent en France sans en référer au général de Gaulle. A partir de 1942, les Etats-Unis disposent de l’OSS (Office of Strategic Services) pour toutes ces missions. Les services secrets gaullistes ne peuvent agir en France qu’avec le soutien de leurs homologues britanniques, lequel comprend : la formation et l’équipement (postes de radio et armes) des agents ; l’acheminement en France et le retour en Grande-Bretagne par bateau ou avion ; le maintien du contact au moyen d’une centrale radio. Enfin, les services britanniques et américains fournissent armes et matériel à la Résistance.

Les agents clandestins. Contrairement aux membres des mouvements de résistance, les agents secrets de la France libre, volontaires civils ou militaires, sont soumis à l’autorité de son chef. Plusieurs centaines sont recrutés en Grande-Bretagne et en Afrique du Nord, formés puis envoyés en France comme « chargés de mission ». D’autres sont recrutés en France et formés en Grande-Bretagne. Les plus nombreux, recrutés eux aussi en France, restent sur place mais sont reconnus comme agents des autorités françaises. Comme tous les résistants, les agents clandestins se trouvent plongés dans une société, dont ils dépendent pour survivre et mener à bien leur mission sous une fausse identité. Ils savent qu’ils risquent la capture et la mort, mais aussi la torture et l’enfer des camps de concentration. En Angleterre, le BCRA recrute ses agents parmi les volontaires de la France libre après les avoir repérés lors de leur interrogatoire de sécurité. A partir de 1943, il en sélectionne aussi en Afrique du Nord. A l’issue des tests pratiques et psychologiques et selon leur profil, les candidats sont orientés vers le renseignement, l’action, l’encadrement (délégué militaire) ou la technique (opérateur radio, saboteur ou officier d’opérations aériennes). Infiltrés en France, ils recrutent d’autres agents parmi leurs relations ou dans les organisations clandestines. Comme tous les militaires de la France libre à Londres, les agents clandestins vivent sous le nom adopté lors de leur engagement, revêtent leur uniforme d’officier et fréquent les lieux de convivialité prisés des Français, mais cachent leur véritable affectation et leur future mission. En théorie, ils ne doivent pas se rencontrer, mais la consigne n’est pas toujours respectée. De nombreux agents, résidant en Angleterre ou y séjournant, suivent une formation dans les écoles britanniques. Ainsi, le SOE installe des dizaines de centres dans des châteaux isolés, dédiés au parachutisme (presque tous les agents sont brevetés), au sabotage, aux transmissions, aux opérations aériennes ou à la vie clandestine. Avant son départ en mission, l’agent abandonne le nom adopté lors de son engagement dans la France libre, confie au BCRA son testament et ses effets personnels. Il prend une fausse identité, apprend sa « légende » (biographie fictive mêlant le vrai et le faux), reçoit de l’argent et se familiarise avec ses faux papiers (carte d’identité, feuille de démobilisation, tickets de rationnement etc.). En France, les agents se procurent parfois de « vrais faux papiers », provenant réellement de l’administration. Désigné désormais par un pseudonyme lors de ses échanges avec Londres, l’agent clandestin revêt des habits en usage en France après vérification qu’il ne transporte rien qui puisse trahir son passage en Angleterre. Des matériels sont conçus pour cacher des messages et les postes de radio progressivement miniaturisés. Outre des renseignements militaires, le BCRA recueille des documents officiels pour ses agents et des renseignements politiques et économiques pour la propagande de la France libre et ses projets futurs. Traqués par la police française et les services allemands, les agents clandestins ne sont pas protégés par le droit de la guerre. Ceux qui le souhaitent reçoivent une pilule de cyanure (poison violent et efficace).

Loïc Salmon

Organisée par l’Ordre de la Libération et la Direction générale de la sécurité extérieure, l’exposition « Les agents secrets du général » (23 juin-16 octobre 2022) se tient aux Invalides à Paris. Elle présente objets, armes, archives photographiques et documents. Renseignements : ordredelaliberation.fr.

Les agents secrets du Général, 1940-1944

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

Résistance et dissuasion




Les agents secrets du Général, 1940-1944

Sur les 1.038 compagnons de la Libération, 174 se sont engagés dans les services secrets de la France libre, dont trois des six femmes compagnons. Parmi eux, 60 sont morts pendant la guerre.

A partir de 1941, ces services secrets, en exil en Grande-Bretagne, assurent la liaison avec les autres mouvements de résistance, dont « Libération », « Combat », « Franc-tireur » et « l’Organisation civile et militaire ». Dans le domaine militaire, ils participent à l’organisation de « l’Armée secrète » et des maquis, tout en maintenant la liaison avec l’Etat-major allié basé à Londres. Malgré le cloisonnement de rigueur, des agents clandestins ont souvent effectué des missions ne relevant pas de leur spécialité. Les plus jeunes deviennent opérateurs radio, saboteurs ou officiers des opérations aériennes et maritimes. Les plus diplômés reçoivent des missions d’organisation ou de représentation (politique et/ou militaire) auprès des résistants de l’intérieur. Issus des rangs des pionniers de la France libre et de la Résistance, 58 % de ces compagnons sont recrutés en Grande-Bretagne et formés dans les centres d’instruction britanniques avant d’être envoyés en France. Les 42 % restants, enrôlés en métropole, se formeront sur le tas sans aller en Angleterre. Infiltrés depuis Londres, surtout par parachutage, 102 compagnons accomplissent 151 missions. En raison du développement progressif de l’action clandestine, les deux tiers d’entre elles se déroulent pendant les 18 derniers mois de l’Occupation, entre janvier 1943 et l’été 1944. Le taux de tués dans l’action clandestine, 34,5 %, excède de loin celui des autres forces militaires de la France libre. La guerre en a emporté 60 : 17 ont été fusillés, dont les deux premiers morts du Bureau de renseignement et d’action (BCRA) Honoré d’Estienne d’Orves et Jan Doornik ; 12 se sont suicidés ; 12 ont été abattus, souvent lors de leur arrestation ; 10 ne sont pas rentrés des camps de déportés ; 8 ont disparu accidentellement ; 1, Jean Moulin, est décédé des suites des tortures subies. Le premier compagnon de la Libération, Gilbert Renault alias le colonel Rémy, est nommé par le général de Gaulle en mars 1942 au retour de sa deuxième mission. Henri Labit, le deuxième mais aussi le premier à titre posthume, l’est au mois de juillet suivant. Proposés par le colonel Passy, chef du BCRA, Pierre Brossolette et Jean Moulin le deviennent le 17 octobre. Les autres nominations de membres du BCRA interviendront en 1944 et 1945 à la sortie de la clandestinité. Par ailleurs, outre la libération du territoire, il s’agit de permettre à la France de conserver son rang et donc de ramener la nation dans une guerre abandonnée par le gouvernement de Vichy. Les interventions à la BBC (radio britannique) contribuent à faire valoir ces buts auprès de la population française. Pour traiter avec les responsables de la Résistance ou des personnalités syndicales ou politiques, une « section non-militaire » est créée au sein du BCRA, seul service français capable d’infiltrer ou d’exfiltrer des agents et de recueillir des rapports venant du terrain. Ainsi Jean Moulin remplit deux missions en zone Sud : l’une militaire par la création de l’Armée secrète ; l’autre politique par l’instauration et le financement du Conseil national de la Résistance. Avant-dernier compagnon et le dernier issu du BCRA, Daniel Cordier, est décédé en 1920, un an avant Hubert Germain.

Loïc Salmon

« Les agents secrets du Général, 1940-1944 », ouvrage collectif. Editions Hermann et Musée de l’Ordre de la Libération, 184 p., illustrations, 22 €

Exposition « Les agents secrets du Général » aux Invalides

Parachutée au clair de lune

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Renseignement et espionnage du Premier Empire à l’affaire Dreyfus (XIXe siècle)

Reconnus par les autorités politiques au cours du XIXème siècle, les services de renseignement montent en puissance en effectifs et sur les plans structurel, cryptographique et technique.

Entre 1792 et 1815, la France et la Grande-Bretagne s’affrontent, directement ou non, sur les champs de bataille et dans une guerre de l’ombre. La première s’appuie sur les réseaux irlandais et la seconde sur les émigrés sur son sol et les réseaux royalistes en France. La Couronne britannique bénéficie aussi de la collaboration du service de renseignement de la banque Rothschild présente à Londres, Paris, Francfort, Vienne et Naples. Grâce aux réseaux diplomatiques, Napoléon dispose d’un éventail de sources pour le renseignement de documentation de niveau politique, à savoir la menace, la connaissance du milieu et l’évaluation des vulnérabilités adverses Pour préparer les interventions militaires depuis Paris, le renseignement de situation sur le futur théâtre d’opérations recherche les indices permettant d’estimer où et quand aura lieu l’événement. En outre, le « cabinet noir » ouvre la correspondance des diplomates et des suspects déjà surveillés. Un autre service se spécialise dans le décryptage des codes adverses. Enfin, le Dépôt de la guerre, à l’origine de l’Institut géographique national, réalise des cartes sur toute l’Europe. A l’époque, la torture n’est pas de mise entre armées régulières. L’interrogatoire des prisonniers nécessite la maîtrise d’une technique basée sur la logique, la déduction, la vivacité d’esprit et une certaine dose d’empathie. Après 1815, la monarchie congédie tous les agents secrets ayant servi la République et l’Empire, désorganisant durablement le renseignement français jusqu’à la défaite de 1870. A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, les révolutions industrielles et les conquêtes coloniales décuplent les besoins en renseignement des Etats européens, rivaux sur les plans politique, économique et militaire. La Prusse prend l’initiative d’un service de renseignement permanent et formalise progressive les règles du métier. La guerre de Crimée (1853-1856) ayant démontré l’insuffisance du renseignement extérieur reposant uniquement sur la Marine et le ministère des Affaires étrangères, l’Armée britannique crée le Département de topographie et de statistiques en 1855. Puis un service de renseignement permanent, rattaché à l’état-major général, voit le jour en 1873. Il se structure dans les activités d’espionnage et de contre-espionnage en 1909, sous le nom de « Secret Service Bureau », après les deux guerres « irrégulières » des Boers (1880-1881 et 1899-1902). Pendant le Second Empire (1852-1870), la concertation entre Paris et Londres sur les affaires internationales vise à empêcher l’un de prendre un avantage majeur sur l’autre, notamment sur mer. Dans les ambassades, l’attaché naval, en l’occurrence un officier de Marine, évalue les opportunités de coopération, observe les progrès techniques et cherche à comprendre les intentions de l’Amirauté du pays d’accréditation. Commencé en Grande-Bretagne en 1860, le réseau français se développe selon la modernisation ou la montée en puissance des Marines, à savoir en Italie et Russie en 1886, en Allemagne (1895), au Japon et aux Etats-Unis (1899). Il totalise 10 postes d’attachés résidents et 9 postes de non-résidents en 1913.

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage du Premier Empire à l’affaire Dreyfus (XIXe siècle) », ouvrage collectif. Editions Cf2R Ellipses, 480 p., 29,50 €.

Renseignement et espionnage de la Renaissance à la Révolution (XVe-XVIIIe siècles)

Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

La nouvelle guerre secrète




Défense : la MCIC, promouvoir les armées dans le respect de la liberté de création

Outre l’entretien du lien Armées-Nation, la Mission cinéma et industries créatives (MCIC) du ministère des Armées contribue au maintien des vocations et du sentiment d’appartenance de ses personnels ainsi qu’au rayonnement extérieur de la France.

Lors d’un point de presse, le 12 mai 2022 à Paris, sa directrice, Eve-Lise Blanc-Deleuze, l’a présentée et le producteur de la série télévisée « Sentinelles », Antoine Szymalka, a apporté son témoignage.

Accompagnement et expertise. Le ministère des Armées dispose d’un catalogue de 15 millions de photos et de 94.000 heures de films depuis 1842. Etablie en mai 2016, la MCIC étudie plus de 200 projets audiovisuels par an, dont 52 sollicitations sur des fictions de séries télévisées, 49 sur des fictions cinéma, 50 sur des documentaires et 25 tournages dans l’environnement militaire. La fiction permet au grand public de mieux connaître et comprendre le milieu des armées, indique Eve-Lise Blanc-Deleuze. Il ne s’agit pas de faire leur propagande mais d’en montrer la réalité et de lutter contre les représentations caricaturales. La MCIC reste présente tout au long du projet : avant le tournage, par le conseil en écriture, la documentation et l’expertise ; pendant, par la mise à disposition, payante, de matériels non accessibles dans le secteur privé ; après, par un accompagnement en matière de communication. La MCIC invite les professionnels concernés à visiter les établissements d’enseignement militaire, embarquer sur un porte-hélicoptères amphibie ou assister aux présentations des capacités de l’armée de Terre ou de l’armée de l’Air et de l’Espace. Certains films ainsi soutenus ont connu un succès réel, notamment « Le chant du Loup » (2019) et « Notre-Dame brûle » (2022). La série « Le Bureau des légendes » (50 épisodes de 2015 à 2020), vendue dans 15 pays et qui montre le rôle de la Direction générale de la sécurité extérieure de façon plausible, a suscité une vague de candidatures. Une série sur les forces spéciales doit suivre en 2023. D’autres sont à l’étude pour la Marine nationale et l’armée de l’Air et de l’Espace.

Fiction « vraisemblable ». La série « Sentinelles » (7 épisodes diffusés à partir d’avril 2022), soutenue par la MCIC, porte sur l’opération « Barkhane » au Mali. Elle présente une intervention terrestre dans sa véracité, explique Antoine Szymalka. Les différentes rencontres, organisées par la MCIC, ont permis de cibler l’univers militaire. Une formation accélérée de quatre jours dans un régiment a facilité le croisement des regards et des avis pour accroître le réalisme. Les entretiens avec des soldats de retour de « Barkhane » ont aidé à présenter les émotions des militaires sur le terrain. Alors qu’aux Etats-Unis un événement militaire donne rapidement lieu à une série télévisée, il a fallu quatre ans pour réaliser « Sentinelles », après une longue préparation documentaire et des tournages en France mais aussi au Maroc avec ses paysages de désert et ses véhicules de l’avant blindé…âgés.

Bandes dessinées à l’honneur. La MCIC a reçu plus de 90 ouvrages (25 éditeurs) pour la 2ème édition des « Galons de la BD ». Le 10 mai à l’Ecole militaire et en présence de la ministre des Armées Florence Parly, le jury a attribué : le Grand Prix à Madeleine Résistante, (vie de Madeleine Riffaud) ; le Prix Histoire à #J’accuse (l’affaire Dreyfus, traitée par les médias d’aujourd’hui) ; le prix Jeunesse à L’insurgée de Varsovie (Pologne, 1944) ; une mention spéciale à Bob Denard, le dernier mercenaire.

Loïc Salmon

Défense : le cinéma, de la communication à la réalité

Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles

Etats-Unis : stratégie d’influence et politique étrangère




Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale

Indispensables à l’économie, la sécurité, l’autonomie stratégique et aux opérations militaires, les capacités spatiales sont confrontées à des risques croissants et à de nouvelles menaces.

Le 3 mars 2022 à Paris, Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le général de division aérienne Michel Friedling, qui dirige le Commandement de l’espace (CDE), ont présenté à la presse la situation et les perspectives d’avenir dans ce domaine.

Les enjeux. Actuellement, 5.000 satellites militaires se trouvent en orbite et la Russie a réussi la destruction d’un de ses anciens satellites par un missile, rappelle Hervé Grandjean. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 4,3 Mds€ pour le renouvellement des capacités militaires spatiales. En outre, 700M€ supplémentaires permettront d’en financer trois de plus, à savoir la surveillance, la défense active et le C2 (commandement et conduite) qui permet le dialogue entre les capteurs et les systèmes d’arme d’interception. Chaque système comprend un missile, un radar de conduite de tir et l’autodirecteur du missile pour son guidage terminal sur la cible.

Les capacités militaires. Outre les services commerciaux, indique le général Friedling, le CDE dispose des programmes de satellites de communication militaires : Syracuse 4A et 4B, remplacés par Syr4C en 2029 ; Sicral 2, franco-italien ; Athéna-Fidus, franco-italien à usage également civil. Pour l’imagerie spatiale, il utilise : les services commerciaux d’Airbus Defence & Space ; les satellites du programme CSO, remplacé en 2028 par le programme Iris ; le système allemand de reconnaissance radar Sar Lupe (résolution, 1 m), bientôt remplacé par le système Sarah (résolution 35-40 cm) ; le système radar italien Cosmo SkyMed, à usages militaire et civil pour la surveillance du bassin méditerranéen. Le renseignement d’origine électromagnétique est assuré par le système CERES, remplacé par le système CELESTE en 2029. De plus, le CDE peut utiliser les systèmes de navigation Galileo (Union européenne) et Oméga (Etats-Unis, Norvège, Liberia, France, Argentine, Australie et Japon). Pour l’appui aux opérations, le programme ARES (Action et résilience spatiale) inclut des moyens de surveillance : optiques, avec les réseaux de télescopes automatiques Tarot et de capteurs GEOTracker® ; radar, avec les systèmes Satam (trajectographie des avions et des munitions), GRAVES (détection de satellites en orbite basse), qui aura un successeur en 2025, et Leolabs (Etat-Unis), capable de suivre 250.000 objets de moins de 10 cm ; de radiofréquences, avec le réseau de capteurs We Track de Safran Data Systems. En lien avec l’Agence d’innovation de défense, le LISA (Laboratoire d’innovation spatiale des armées) réunit les compétences du CNES, de l’ONERA, de la Direction générale de l’armement et d’une trentaine d’entreprises. Par ailleurs, le 28 janvier 2021, l’OTAN a décidé d’implanter, à Toulouse à proximité du CDE, un centre d’excellence dédié à l’espace auquel 14 pays ont annoncé leur participation. Du 24 février au 4 mars 2021, le CDE a organisé l’exercice spatial militaire « AsterX 2022 », mené aux niveaux opérationnel et tactique avec la Direction du renseignement militaire, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information de la défense ainsi que des partenaires étrangers. En 2025, le CDE devrait compter 470 personnels civils et militaires contre 226 à sa création en 2019.

Loïc Salmon

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Stratégie : espace et BITD, nécessité d’anticiper

Espace : lancement réussi des 3 satellites militaires CERES




Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations

La connaissance des fonds marins jusqu’à 6.000 m permettra à la France de mieux les connaître, en vue de garantir sa liberté d’action de ses forces, de protéger les zones d’intérêt national et, éventuellement, d’agir militairement.

Le 14 février 2022 à Paris, Florence Parly, ministre des Armées, et le général Thierry Burkhard, chef d’Etat-major des Armées (CEMA), ont présenté ce projet stratégique et sa feuille de route.

Les enjeux. La ministre a rappelé que, pour les besoins industriels, des drones et robots télé-opérés sont capables de mener des opérations militaires à plusieurs kilomètres de profondeur. La compétition dans les grands fonds marins résulte d’abord de la raréfaction des ressources terrestres en pétrole et gaz et métaux rares pour les technologies numériques, laquelle pousse à en rechercher au fond des mers. Il s’ensuit des tensions géopolitiques, notamment en mer de Chine méridionale et en Méditerranée. En outre, de grandes puissances militaires et les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), explorent les fonds marins avec une certaine ambivalence des objectifs, civils ou militaires, en raison de l’emploi de moyens à double usage. Enfin, le droit de la mer se trouve contourné par la conjugaison d’activités secrètes, commerciales, scientifiques et militaires, avec des actions au seuil de la conflictualité, difficiles à caractériser et attribuer. Par ailleurs, les 450 câbles sous-marins véhiculant 99 % des données numériques constituent des infrastructures sensibles que certaines nations pourraient surveiller ou dégrader. L’absence de surveillance incite tôt ou tard à piller ou contester. Selon Florence Parly, il s’agit de garantir la liberté d’action des armées, protéger les infrastructures sous-marines et faire peser une menace crédible sur les pays tentés de s’en prendre aux intérêts de la France, dans son espace maritime, ou de ses partenaires stratégiques. La doctrine dans ce domaine évoluera au gré des avancées technologiques et des préoccupations des pays alliés et de l’OTAN, conclut la ministre des Armées.

Les opérations. Face à la stratégie hybride d’actions difficilement attribuable, explique le CEMA, il faut pouvoir peser sur le rapport de force pour éviter le fait accompli. Cela implique d’anticiper et de faire connaître sa capacité à réagir de façon indépendante avec les ressources nécessaires. Les moyens de surveillance de la Marine nationale, de la surface à quelques centaines de mètres actuellement, seront portés à 6.000 m de profondeur. Le système de lutte anti-mines marine futur (SLAMF, voir plus loin) utilisera l’intelligence artificielle, les drones et les robots. En synergie avec la Direction générale de l’armement (DGA), le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom) utilisera les données des sous-marins et des navires de surface pour améliorer la cartographie des fonds destinée aux forces navales. En 2023, la Marine nationale disposera d’une capacité d’exploration des grands fonds par le couple drone-robot. La future doctrine interarmées, interalliés et avec les industriels visera à : protéger les approches des eaux territoriales et les zones économiques exclusives (ZEE) ; maintenir la souveraineté dans les Outre-mer ; disposer de moyens projetables et aérotransportables pour renforcer la défense des côtes.

L’environnement. Selon le ministère des Armées, les sous-marins étrangers doivent naviguer en surface dans les eaux territoriales. Des entreprises étrangères peuvent poser des câbles et des pipelines dans les ZEE. Au-delà de 6.000 m de profondeur (17 % des fonds marins), la « zone hadale » se trouve dans l’obscurité totale et le froid. La pression de l’eau équivaut à 1 t/cm2. Les ondes acoustiques y passent, mais pas les ondes électromagnétiques. Les GAFAM financent 50 % des câbles de communication par internet. Les fonds marins intéressent également la Chine, la Russie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie, l’Italie, l’Inde et le Japon. Dans son Plan d’investissement 2020-2030, la France prévoit 300 M€ pour mieux les connaître et les exploiter. Elle dispose du Shom, de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) et de la capacité d’archéologie sous-marine. Elle coopère avec les pays étrangers pour l’échange d’informations et de technologie, en vue d’améliorer les moyens existants. Le ministère des Armées s’appuie sur les technologies civiles qui bénéficient d’investissements très importants. Un amiral assurera la coordination des actions dans ce domaine. A l’Etat-major des armées, un groupe de travail réunit des représentants du Shom, de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, de la DGA et des services de renseignement. L’épave du sous-marin Minerve, disparu en Méditerranée en1968, a été retrouvée en 2019 en cinq jours à 2.350 m de profondeur par un navire norvégien de travaux sous-marins. En décembre 2021, un avion de chasse britannique F-35B, abîmé en Méditerranée, a été récupéré en trois semaines. Un F-35C américain, qui s’est écrasé en mer de Chine en janvier 2022, fait l’objet de recherches.

Les moyens techniques. La guerre des mines nécessite navires de surface, sonars remorqués robots télé-opérés et plongeurs démineurs et, demain, des drones de surface pilotés depuis la terre ou la mer et des drones sous-marins autonomes. Le bâtiment de guerre des mines prépare la mission et engage les moyens. Trois groupes de plongeurs démineurs (40-60 hommes), basés à Cherbourg, Brest et Toulon avec leur bâtiment base, peuvent agir jusqu’ à 80 m. Les sonars remorqués détectent, classifient et localisent les mines. Les robots télé-opérés les identifient et les neutralisent jusqu’à 150 m. Le centre de commandement traite les images par l’intelligence artificielle. Le SLAMF (système de lutte anti-mines futur) inclura des « bâtiments-mères » mettant en œuvre : un drone de surface pour envoyer des informations en temps réel ; un drone sous-marin pour des images haute résolution et multi-angles jusqu’à 300 m. La Marine nationale dispose du robot Ulisse qui descend jusqu’à 1.000 m et du robot Diomede jusqu’à 2.000 m. En 2023, le ministère des Armées devrait acquérir deux « couples robots-drones » civils, capables d’atteindre des profondeurs de 3.000 à 6.000 m. D’ici à 2030, La DGA et les industriels français auront développé des unités capables de très grandes précision et rapidité de transmission.

Loïc Salmon

Les fonds marins s’étendent sur 361 Mkm2 à une profondeur moyenne de 3.800 m. La connaissance métrique ne porte que sur 2 % de leur surface. Environ 75 % de ce fonds se situent à des profondeurs supérieures à 3.000 m. Des moyens d’intervention et de surveillance jusqu’à 6.000 m de fond permettront de les rendre accessibles à 97 %. Selon la Convention de Montego Bay en vigueur depuis 1994, la souveraineté des Etats, de la surface au sous-sol marin s’étend à 22,22 km (12 milles marins) et la zone économique exclusive (ZEE) à des fins d’exploitation à 370,4 km (200 milles) avec possibilité d’extension dans la continuité du plateau continental jusqu’à 500 km, après arbitrage international. Au-delà des ZEE, les eaux internationales sont définies comme le patrimoine commun de l’humanité.

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La nouvelle guerre secrète

Lutte contre le terrorisme et guerre hybride ont conduit la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et Israël à recourir à des interventions secrètes par des unités militaires spécialisées ou même des sociétés militaires privées.

Ces unités, souvent dérivées des forces spéciales et entourées du secret le plus strict, opèrent sur le territoire national (sauf aux Etats-Unis) en étroite relation avec les forces de sécurité et à l’étranger avec les forces armées et les services de renseignement extérieur. Les groupes terroristes, cloisonnés en petites cellules difficiles à infiltrer, connaissent le mode de fonctionnement militaire et le rôle des médias et de l’opinion publique dans les pays occidentaux. Ces derniers doivent alors anticiper leurs opérations, identifier les cibles visées pour les protéger et localiser les cellules adverses pour les détruire. Cela nécessite des renseignements opérationnels très précis, d’origines humaine, électromagnétique et optique, en vue d’une attaque de drones, d’une frappe aérienne ou d’une intervention par une équipe spécialisée. Quoique surtout issus des forces spéciales, les personnels passent par une sélection drastique et suivent un entraînement rigoureux. Certaines unités changent de nom ou disparaissent en raison des circonstances. Leur budget est dissimulé et leur existence cachée. Créées à l’insu du contrôle parlementaire ou pour le contourner, elles ont démontré leur efficacité sans pour autant permettre, par leur seule action, de l’emporter dans un conflit. Toutes, en totalité ou via certains de leurs membres, ont abusé de leur autonomie d’action pour sortir de leur cadre initial avec, pour conséquences, des dégâts collatéraux lors d’assassinats ciblés, la torture (physique et/ou psychologique) de suspects ou des tractations financières illégales. L’expérience des actions clandestines pendant la seconde guerre mondiale, les conflits de la décolonisation et en Irlande du Nord a permis aux unités spécialisées britanniques de s’adapter puis d’intervenir à Londres, en Irak, Afghanistan, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie et Iran. Grâce aux enseignements britanniques, les services spéciaux des Etats-Unis entament, contre l’Allemagne et le Japon (1941-1945), des opérations clandestines et une action psychologique qu’ils vont ensuite développer dans de nombreux pays. La CIA, civile et chargée de déstabiliser le bloc communiste dès 1947, se concentre sur le niveau stratégique. Créé 1980, le « Joint Special Operations Command » (Commandement interarmées des opérations spéciales) monte en puissance après 2001 et coopère désormais avec la CIA, autrefois sa rivale. Depuis la guerre conventionnelle de 1973, Israël est devenu la cible de menaces asymétriques accrues sur son territoire, ses frontières et à l’étranger. Les services de renseignement Shin Bet (intérieur), Aman (sécurité militaire) et Mossad (pays étrangers) ont considérablement développé leurs propres unités spécialisées. La France dispose de la Gendarmerie au niveau national, du Commandement des opérations spéciales et, pour les opérations clandestines, du service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure. Enfin, une « remilitarisation » du renseignement se manifeste en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Israël. En effet, le développement des unités spécialisées et des moyens de renseignement de toutes origines assure aux forces armées la prééminence sur les agences civiles.

Loïc Salmon

« La nouvelle guerre secrète », par Eric Denécé et Alain-Pierre Laclotte. Mareuil Éditions, 432 pages. 19,90 €

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

Lève-toi et tue le premier

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles