Défense : budget 2015 maintenu à 31,4 Md€

Le 29 octobre 2014, l’Assemblée nationale a approuvé en première lecture le budget 2015 du ministère de la Défense, qui se monte à 31,4 Md€ (hors pensions) comme les deux années précédentes. Conformément à la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, 7.500 emplois seront supprimés en 2015. Mais, 16.000 militaires et civils seront recrutés pour respecter le contrat opérationnel des armées et l’impératif de jeunesse et pour disposer des compétences nécessaires aux besoins croissants d’expertise. La dotation des opérations extérieures est maintenue à 450 M€. Le financement des surcoûts liés au dispositif militaire stationné à l’étranger sera garanti par la clause de sauvegarde de la LPM, destinée à préserver les crédits d’équipement. Ainsi, parmi les grands programmes, 2 seront lancés (Ceres et rénovation avions ATL2) et 2 poursuivis (avions multirôles MRTT et Scorpion).

Le programme Ceres porte sur la première capacité opérationnelle de recueil de renseignement d’origine électromagnétique depuis l’espace. Ceres comptera 3 satellites et des moyens au sol permettant leur programmation, leur contrôle et le traitement des signaux électromagnétiques captés. Le lancement du stade de la réalisation de Ceres doit commencer début 2015, en vue des premières livraisons en 2020.

Le programme de rénovation des ATL2 concerne les avions de patrouille maritime armée Atlantique 2 (ATL2, photo) de la Marine nationale, destinés à la lutte contre les sous-marins et les navires de surface et entrés en service au début des années 1990. Facilement déployables hors du territoire métropolitain et très utilisés en opérations, même au-dessus du désert, ils constituent des plates-formes aéronautiques polyvalentes à très grand rayon d’action. La rénovation de leur système de combat permettra de traiter leurs obsolescences et d’apporter les modernisations nécessaires à l’évolution du contexte, de la haute mer au littoral, et de contrer la menace due à la prolifération de sous-marins à propulsion diesel-électrique devenus performants et discrets. La LPM 2014-2019 prévoit la livraison échelonnée de 15 ATL2 rénovés à partir de 2018. Ces avions seront retirés du service après 2030. Le programme MRTT (Multirole Transport Tanker en anglais) concerne des avions gros porteurs polyvalents destinés à remplacer 11 C-135 FR et 3 KC-135 R de ravitaillement en vol datant du début des années 1960, et 3 A310 et 2 A340 de transport de fret. Les MRTT mettront en œuvre la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, contribueront à la posture permanente de sûreté et la projection de forces et de puissance et assureront les évacuations sanitaires à longue distance. Le premier appareil a été commandé en 2014 et 8 suivront en 2015. La LPM prévoit la livraison de 12 avions à partir de 2018.

Le programme Scorpion consiste à fédérer combattants et systèmes d’armes au sein de l’armée de Terre par la transmission et le partage instantanés d’informations et à assurer la transformation des groupements tactiques interarmes pour accroître leur efficacité et leur protection. Lancé en 2014, Scorpion permettra le renouvellement des véhicules de l’avant blindé (VAB) en service par des véhicules blindés multirôles (VBMR) et celui des chars AMX10 RC, des ERC 90 (engin à roues avec un canon de 90 mm) et des VAB anti-char équipés de missiles Hot actuels par des engins blindés de reconnaissance et de combat (ERBC), destinés à équiper les brigades multirôles. Les livraisons commenceront en 2018, en vue d’équiper progressivement 2 brigades interarmes à l’horizon 2025. Par ailleurs, pour préparer l’avenir en matière d’équipements, 3,6 Md€ seront alloués à la recherche et à la technologie et 740 M€ aux études amont. Enfin, en 2015, les états-majors et les services centraux du ministère de la Défense, dispersés sur une quinzaine de sites parisiens, seront regroupés à Balard (Sud-Ouest de Paris).

Loïc Salmon

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés




Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Les opérations « spéciales » emploient un minimum de moyens et visent un maximum de résultats dans un but stratégique. Elles sont réalisées par des forces dites « spéciales », dont l’action, sur décision politique, doit être fulgurante et facilement réversible.

Ce domaine a fait l’objet d’un rapport d’information de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat et d’un document du cercle « Prospective Terre », publié par le GICAT (groupement des industries d’armements terrestres), tous deux rendus publics en mai 2014.

Concepts. Le glossaire de l’OTAN, sur lequel s’appuie le rapport sénatorial, distingue divers types d’opérations militaires, visibles ou secrètes, et menées par des acteurs spécifiques. Une opération classique, préparée, planifiée et conduite sans dissimulation par des troupes conventionnelles, constitue le socle de toute campagne militaire importante et cherche un effet tactique sur le déroulement d’une bataille. Une opération « commando », menée par des unités d’élite sans discrétion, vise à neutraliser un point décisif lors d’une bataille. Une opération discrète, conduite par tous types de forces, n’est pas dissimulée, mais ne fait l’objet d’aucune communication par l’État commanditaire. Elle devient secrète quand l’accent est mis sur sa dissimulation. Une opération spéciale, destinée à influer de façon décisive sur la suite du conflit et menée par des forces non conventionnelles, peut être revendiquée par l’autorité politique, comme l’action américaine « Trident de Neptune » pour neutraliser Oussama Ben Laden. Une opération « clandestine » se différencie de la précédente par l’absence de preuve de son lien avec l’État commanditaire : l’identité de l’exécutant doit être dissimulée ou permettre un déni possible. Enfin, une opération « numérique », entreprise contre les infrastructures vitales d’un pays, s’apparente aux opérations spéciales et clandestines, avec lesquelles elle pourrait se combiner. Elle frappe « au cœur » de l’adversaire et démultiplie les effets obtenus par rapport aux moyens employés et sans identification de l’origine, par des actes de sabotage, déstabilisation, malveillance, manipulation ou d’espionnage : Estonie, 2007 ; Géorgie, 2008 ; Iran, 2010 ; affaire Wikileaks, 2010 ; ONU, Inde, Canada, États-Unis, Corée du Sud, Comité olympique international et 72 entités, 2006-2010 ; France, 2011 ;  Arabie saoudite et Qatar, 2012.

Organisations et missions. En incluant le soutien et les troupes d’élite, les forces spéciales américaines (USSOCOM) se montent à environ 60.000 personnels, qui devraient passer à 69.700. Elles se répartissent entre les armées de Terre et de l’Air, la Marine et le Corps des Marines avec un commandement interarmées. L’agence de renseignement CIA dispose de ses propres forces spéciales (environ 1.000 personnels) pour ses activités clandestines. Suite à la réforme de 2013, les forces spéciales britanniques (UKSF) devraient passer de 3.500 personnels à 1.750. Utilisables indifféremment pour les opérations spéciales ou clandestines, elles viennent des trois armées et peuvent recourir aux  unités commandos SAS (1.000 hommes) d’active et de réserve. En France, le Commandement des opérations spéciales (COS) est interarmées et placé directement sous les ordres du chef d’État-major des armées. Il ne s’occupe pas des opérations clandestines, menées sous une fausse identité par les agents du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure. L’armée de Terre met à sa disposition : le 13ème Régiment de dragons parachutistes, pour l’acquisition du renseignement (photo) ; le 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine, pour action dans la profondeur, entrée en premier sur un théâtre, infiltration, raid de neutralisation, combat en zone urbaine et opération d’influence ; le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales, pour aérocombat, infiltration et exfiltration des équipes de commandos, surtout de nuit. Tous dépendent de la Brigade des forces spéciales terre, chargée de leur organisation, équipement et mise en condition opérationnelle. La Marine compte 5 unités de forces spéciales, appelées « commandos » et portant un nom comme les bâtiments de combat. Chaque commando compte 3 groupes répondant au socle commun des forces spéciales et 1 correspondant à sa dominante particulière : assaut de navires pour Jaubert et Trépel ; reconnaissance maritime et côtière pour Penfentenyo ; appui et neutralisation d’objectifs pour Monfort ; guerre électronique pour Kieffer ; action sous-marine pour Hubert.  L’armée de l’Air met 2 unités  à la disposition du COS : le Commando parachutiste de l’air N°10 pour mise en œuvre de zones aéroportuaires et guidage d’aéronefs dans la profondeur ; l’escadron de transport 03/61 « Poitou » pour infiltration, aérolargage et poser d’assaut, surtout de nuit.

Suremploi et limites. Le rapport sénatorial note le suremploi des forces spéciales depuis 2006, en raison de leur adaptation aux formes d’engagement d’aujourd’hui, et l’usure des hommes : sur 3.000 personnels, plus de 600 se trouvent en permanence en opérations ! Dans le bulletin du « Cercle Prospective terre », le général de division (2S) Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre et professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris et à HEC, souligne la nécessité et la spécificité des forces spéciales. Leur emploi s’apparente à de la projection de puissance plutôt que de forces et ne peut produire d’effet politique, finalité de toute action militaire. Mais le recours aux forces spéciales présente certains avantages : contrôle politico-militaire étroit pour limiter les dérives ; exposition médiatique faible et modulable ; interventions très en amont, tout en préservant la liberté d’action politique du pays hôte et de celui qui intervient ; désengagement aisé et discret. En revanche, estime le général, les forces spéciales ne peuvent contrôler l’espace aérien, maritime ou terrestre, ni durer sur zone en assurant leur propre protection, ni interdire une invasion territoriale face à des troupes nombreuses. Ces missions resteront du ressort des forces conventionnelles, également vivier du recrutement des forces spéciales.

Loïc Salmon

Nom de code Geronimo

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

ALAT : les hélicoptères NG, nouveaux systèmes d’armes

Fin 2013, les forces spéciales françaises comptent un peu plus de 3.000 personnels d’active des armées de Terre et de l’Air et de la Marine, auxquels s’ajoutent 400 réservistes. Son parc aérien inclut : 2 avions de transport tactique Hercules  C130 ; 3  avions de transport tactique Transall C160 ; 2 avions Twin Otter DCH6, équipés de roues, skis ou flotteurs ; 41 hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre ; 2 hélicoptères de l’armée de l’Air. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit d’accroître les effectifs d’environ 1.000 personnels. Parmi leurs équipements futurs, figurent le programme « Melchior » de transmissions sécurisées et la livraison des premiers véhicules adaptés aux opérations spéciales (programme d’ensemble VLFS/PLFS). L’ensemble de la flotte d’hélicoptères Caracal des armées sera regroupé sur un seul site, sous l’autorité du Commandement des opérations spéciales.




13ème Bataillon de chasseurs alpins

Connus aujourd’hui pour leur large béret à l’insigne de cor de chasse, les unités de chasseurs, dont le 13ème bataillon de chasseurs alpins (BCA), ont été engagées dans toutes les guerres et opérations extérieures de la France depuis la Révolution.

Officiellement créé le 17 octobre 1791, le 13ème bataillon de chasseurs prend part à la bataille de Valmy (20 septembre 1792). Il devient 13ème bataillon de chasseurs « à pied » (BCP) par le décret du 22 novembre 1853 de l’empereur Napoléon III. Il participe à la conquête de l’Algérie, où il reste jusqu’en 1860. Deux ans auparavant, un « ministère de l’Algérie et des Colonies » est institué sous la direction du prince Jérôme Bonaparte, oncle de Napoléon III. Par la suite, une princesse Napoléon, (ex-Bonaparte) deviendra traditionnellement la marraine du 13ème BCA. La dernière en date, Alix, également marraine du 13ème Régiment de dragons parachutistes, assume cette fonction pour le 13ème BCA depuis 1955. Ce dernier porte le blason de la Savoie, rattachée à la France après la guerre d’indépendance italienne (1859) à laquelle la France a contribuée, et dont la ville de Chambéry accueille le bataillon en 1882. Après la guerre franco-prussienne de 1870, le 13ème BCP a été transformé en « alpin » face à la menace des 45.000 soldats « Alpini » de l’Italie, devenue l’alliée de l’Allemagne. Le bataillon, appuyé par une batterie d’artillerie et un détachement du génie, recrute en priorité tous les guides, porteurs et chasseurs (au sens propre) de la région. Pendant les manœuvres adaptées à la configuration du terrain, les chasseurs ne couchent jamais dans un lit. Il s’ensuit une véritable camaraderie entre la troupe et ses chefs. Le mulet devient le compagnon nécessaire pour affronter pentes et rochers et porter des charges de 150 kg. En hiver, la ration alimentaire augmente considérablement et le vin et l’alcool sont considérés comme indispensables pour lutter contre le froid. Depuis, les missions se sont diversifiées. Ainsi, les éclaireurs-skieurs d’hier se sont transformés en sections de renseignement, puis en unités de recherche humaine, avec infiltration sous voile de parapente de nuit, et enfin en groupes commando montagne, présents dans chaque bataillon de la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. Au cours de son existence, le 13ème BCP puis BCA s’est illustré sur tous les fronts comme l’indique son drapeau : Isly, 1844 ; Sidi-Brahim, 1845 ; Sébastopol 1854-1855 ; Solférino, 1859 ; Extrême-Orient, 1855-1888 ; Madagascar, 1895 ; Maroc, 1912-1914 ; Grande Guerre, 1914-1918 ; Norvège, 1940 ; Blarégnies, 1940 ; Les Glières, 1944 ; Indochine, 1950-1952 ; AFN, 1952-1962. Parallèlement aux missions de souveraineté nationale (métropole et DOM-TOM), se succèdent celles en opérations extérieures sans déclaration de guerre : Liban, Sénégal, Côte d’Ivoire, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Tchad, Afghanistan, République Centrafricaine, Gabon et Djibouti. Le monument aux morts du 13ème BCA rappelle le lourd tribut qu’il a déjà payé : 1.473 morts pendant la première guerre mondiale, 167 tués ou disparus pendant la seconde et 3 en Afghanistan, sans oublier les morts en montagne et en service. Fier de sa devise « Sans peur et sans reproche », empruntée au chevalier Bayard (1476-1524), le 13ème BCA porte les fourragères de la croix de Guerre 1914-1918, de la Médaille militaire et de la croix de la Valeur militaire.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

« Les chasseurs alpins du 13ème BCA » par le colonel Cyrille Becker. Éditions Pierre de Taillac, 240 pages, plus de 250 documents rares ou inédits, 35 €.




Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

Les drones de surveillance participent à la collecte du renseignement et accélèrent la boucle décisionnelle, en vue d’une intervention aérienne ou navale. Complémentaires des avions et hélicoptères, les drones de combat apportent de nouvelles perspectives opérationnelles.

Les spécificités des besoins de l’armée de l’Air et de la Marine dans ce domaine ont été abordées lors d’un colloque organisé, le 3 décembre 2012 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Les interventions ont été rassemblées dans un ouvrage publié en 2013 (Prividef Éditions 224 pages 25 €).

Armée de l’Air. Les conflits récents ont montré l’efficacité des drones pour la surveillance et la reconnaissance de cibles fugaces, la surveillance des habitudes de vie sur un théâtre d’opérations et le besoin accru de discrimination des cibles, afin d’éviter les tirs fratricides ou les dommages collatéraux. La neutralisation des cibles à haute valeur ajoutée peut être assurée par les drones de surveillance dotés d’un armement, explique le lieutenant-colonel Virginie Bouquet de l’état-major de l’armée de l’Air. Aujourd’hui, les drones MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) répondent aux divers besoins de surveillance : frontières et approches maritimes ; convois « spéciaux » ; événements particuliers ; feux de forêt ; zones de pêche et de trafic routier ; conditions météorologiques. A l’avenir, le drone de surveillance devra élargir son champ de détection par l’emport de capteurs de localisation de communications ou d’un radar à synthèse d’ouverture, qui traite les données reçues sur une cible mobile pour en améliorer la résolution en azimut. La séquence «  surveillance, détection, reconnaissance et identification » sera achevée avec des capteurs vidéo à champ plus étroit dans l’électro-optique et l’infrarouge. Le drone de combat devrait arriver dans l’armée de l’Air française vers 2030. Les système de drones (vecteurs, liaisons de données et stations au sol) rempliront des missions dans des contextes ennuyeux, pollués ou dangereux. Ils renforceront plusieurs capacités : initiative des armées ; entrée d’une nation en premier sur un théâtre d’opérations ; frappe dans la profondeur tout en préservant la vie humaine pour éviter une exposition diplomatique et médiatique qu’exploiterait l’adversaire. Le vecteur devra pouvoir supprimer ou détruire des défenses aériennes adverses et assurer une reconnaissance stratégique au regard des menaces futures. Il devra renforcer les modes d’action des forces spéciales, grâce à ses furtivités électromagnétique et infrarouge, et larguer une arme d’une grande précision. Suite aux accords-cadres franco-britanniques de 2012, un démonstrateur commun de drones de combat devrait résulter des retours d’expérience des prototypes français « Neuron » et britannique « Taranis ». En outre, des démonstrations technico-opérationnelles se poursuivront jusqu’en 2020, dans le cadre du programme commun sur le système de combat aérien futur. Celui-ci inclura des avions de chasse et/ou des drones de combat. Il s’intégrera à un dispositif comprenant : des drones de surveillance MALE et HALE (Haute Altitude, supérieure à 20.000 m, Longue Endurance) ; des avions ravitailleurs ; un système de détection et de commandement aéroporté (AWACS en anglais), composé d’une station radar montée sur un avion de guet ; des avions de transport tactiques.

Marine nationale. Dans la combinaison drones/aéronefs habités, les premiers sont dédiés à la surveillance et l’identification et les seconds à l’intervention, indique le capitaine de frégate Hervé Chevalier de l’état-major de la Marine. L’absence d’équipage à bord d’un drone permet de l’exposer plus fortement au danger, d’exploiter son endurance et sa vélocité et de réduire les dépenses en ressources humaines (formation, qualification et entraînement). Le drone tactique contribue à la sûreté d’une unité navale, au recueil du renseignement d’intérêt maritime et au soutien de la lutte anti-surface et anti-sous-marine. Il sert aussi comme relais de communications, intercepteur radio/radar et transporteur de petites charges. L’équipage de l’hélicoptère embarqué se concentre sur l’intervention : tir de semonce ; recherche et sauvetage de personnes tombées en mer ; signification à un navire en infraction de se dérouter. La mise en œuvre du système de drone tactique dépendra du type de navire qui devra rester, le plus possible, maître de sa manœuvre. Le porte-avions Charles-de-Gaulle et les bâtiments de projection et de commandement à « pont droit » peuvent embarquer les drones MALE et ceux à voilure tournante à décollage et atterrissage verticaux (VTOL en anglais). Ils effectuent des missions de projection de puissance ou d’une force, de la mer vers la terre et sous escorte de frégates de lutte anti-aérienne, anti-surface ou anti-sous-marine. Équipées d’une plate-forme hélicoptère et capables de remplir des missions de maîtrise de zones opérationnelles, ces frégates peuvent emporter des drones VTOL de 50 kg de charge utile. Chargée de la maîtrise des approches maritimes, les vedettes, avisos et patrouilleurs, dépourvus de pont d’envol, n’emporteront que des minidrones de moins de 25 kg. La réversibilité de la trajectoire du drone VTOL lui permet de choisir l’instant adéquat pour se poser quand la mer est forte, contrairement aux autres drones à trajectoire irréversible. Capable de rester sur zone, il accroît le préavis de détection et donc d’intervention. Ce dernier, de l’ordre de 10 minutes contre un skiff (bateau pirate somalien) repéré à 5-7 milles marins (environ 9-13 km), monte à 30 minutes contre une frégate hostile à 15-20 milles (28-37 km) et 60 minutes contre un navire de commerce en infraction à 25-30 milles (46-56 km). Il dépasse 120 minutes pour des missions de routine contre n’importe quel navire dans une zone de 20 à 30 milles (37 à 56 km) de rayon et située à 40-60 milles (74-111 km) de son bâtiment porteur. Un hélicoptère embarqué sur une frégate ne peut voler que 3 heures par jour… mais son commandant de bord peut prendre l’initiative sur place !

Loïc Salmon

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

Marine : « navalisation » d’un drone aérien et test d’un système vidéo embarqué

Opex : enjeux et perspectives des drones militaires

Fin 2013, l’armée de l’Air française a pris livraison de 2 drones américains de surveillance MQ-9 « Reaper » (photo). La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit la commande de 4 systèmes (12 vecteurs) Reaper avec des systèmes adaptés : liaison de données à vue directe et compatible avec le plan de fréquences français ; capteurs optroniques ou électromagnétiques réalisés en Europe. Voici les caractéristiques du Reaper français : envergure, 20,1 m ; longueur, 11 m ; hauteur, 3,8 m ; poids à pleine charge, 4,76 t ; vitesse maximale, 240 km/h ; plafond, 15.200 m ; rayon d’action, 1.850 km ; endurance, plus de 24 heures. Les armées de l’Air américaine et britannique ont déjà utilisé en Afghanistan la version combat du Reaper qui peut emporter, au choix : 4 missiles air-sol Hellfire ; 2 missiles air-air Stinger ; 2 bombes à guidage laser GBU-12 de 225 kg.  




Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes

Les services de renseignement (SR) des pays arabes jouent des rôles sécuritaire, politique et d’ascension sociale. Quoique tout-puissants et omniprésents, ils n’ont pas vu venir les mouvements de contestation populaire de 2011, qu’ils ont tenté de canaliser ensuite.

Le général (2 S) Luc Batigne, ancien attaché de défense en Syrie et en Irak, et Agnès Levallois, consultante et spécialiste du monde arabe, en ont analysé les particularités au cours d’une conférence-débat organisée, le 21 janvier 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

« Sécuritocratie ». Ce terme, utilisé par les chercheurs arabes, souligne les liens étroits des SR avec l’État puis le régime, le clan et enfin la famille dirigeante. Lors de la constitution des États nations, les communautés dominantes ont choisi les domaines politique ou économique et les minorités les armées et surtout les SR, qui ont pris de l’importance en défendant des régimes autoritaires plutôt qu’en travaillant comme leurs homologues occidentaux, explique Agnès Levallois. Détenteurs de pouvoirs exorbitants et jouissant d’une impunité totale et de nombreux privilèges, les SR arabes attirent des gens compétents, mais recrutent aussi à tout va de gros bataillons d’informateurs. La création de l’État d’Israël (1948) a été perçue comme une menace pour les régimes arabes. Chacun a développé ses SR et les a multipliés pour surveiller la population et éviter que l’un d’entre eux ne devienne trop puissant et donc un danger pour le régime. Suivant l’évolution des alliances extérieures au Moyen-Orient et au Maghreb, les SR locaux ont été formés par la France et la Grande-Bretagne, puis l’URSS et enfin les États-Unis, qui ont également équipé les armées et les services de sécurité. Un SR arabe doit d’abord garantir la pérennité du régime par le contrôle de la population. Face aux dangers extérieurs, il doit rechercher des alliances et surveiller les diasporas des mondes anglophone et francophone : opposants exilés, étudiants à recruter, organisations de travailleurs à infiltrer et lieux de culte à bien connaître. Pour influencer l’opinion publique arabe, les divers pays protègent leurs intérêts régionaux en invoquant le grand idéal du « panarabisme » et en défendant des causes « justes » : Palestine, Cachemire et ….Kurdes du pays voisin ! Les SR arabes pratiquent le clientélisme : dans des sociétés minées par la corruption administrative, la « règle du  service rendu » permet de recruter des « obligés », qui suivront immédiatement les directives. Pour effrayer les individus récalcitrants, la violence peut être utilisée, mais avec doigté. Le soutien au terrorisme international a même servi ponctuellement au régime libyen de Kadhafi pour faire passer un message. La manipulation des pays occidentaux est du ressort des SR arabes, qui connaissent bien leurs homologues d’en face. Moins un régime se sent légitime, plus il multiplie les SR, souligne le général Batigne. Il s’ensuit une pléthore de SR en concurrence « où chacun cherche à dire ce qui fait plaisir au chef ». Pour le contrôle intérieur, les SR égyptiens ont mis l’accent sur les moyens humains, qui n’ont guère empêché la contestation de 2011. En revanche, les SR syriens, qui avaient investi dans l’informatique, ont pu réagir immédiatement sur les réseaux sociaux après les événements du Caire.

Exécutants et/ou décideurs. L’armée et le SR militaire, apolitiques, acquièrent une légitimité et constituent un recours, tandis que la police, au contact de la population, reste liée au régime. Pour analyser les relations entre les SR et les régimes en place, Agnès  Levallois et le général Batigne ont classé les pays arabes selon trois critères :  SR outil du pouvoir ; SR centre « de » pouvoir ; SR centre « du » pouvoir. Dans la 1ère catégorie, figurent d’abord les monarchies du golfe Arabo-Persique et la Jordanie, qui contrôlent leurs SR plus qu‘ailleurs. Au Maroc, la monarchie a repris en mains les SR militaires et civils. Dans les Territoires Palestiniens, malgré le contrôle de Gaza par le mouvement islamiste Hamas, les SR travaillent avec leurs homologues occidentaux. En Tunisie, Ben Ali avait confié la sécurité de son régime à la police. Dans la 2ème catégorie, entre d’abord le Yémen où les SR occupent une place importante dans le système tribal. Au Soudan, ils sont aux ordres du régime. En Libye, l’ancien chef des SR de Kadhafi s’est réfugié au Qatar. Depuis, chaque mouvance ou clan dispose de SR qui se font concurrence. Au Liban, un SR n’étant pas considéré comme un organe du régime, chaque communauté veut le sien pour se protéger : un chrétien dirige le SR militaire et un musulman sunnite celui du ministère de l’Intérieur. En Irak, Saddam Hussein avait organisé une concurrence permanente entre ses services. Après l’intervention américaine de 2003, la CIA a créé un SR sunnite. Dans la 3ème catégorie, se trouvent les pays où les armées, très fortes, bénéficient d’une assise économique. En Algérie, pas un fonctionnaire n’est nommé sans le consentement du Département du renseignement et de la sécurité. Mais après la prise d’otages dans le centre gazier d’Imn Amenas en 2013, la sécurité intérieure lui a été retirée et placée sous la tutelle directe de la présidence de la République. Toutefois, l’armée a conservé le service des écoutes. En Égypte, le GIS (Government Intelligence Service), tombé en disgrâce à la chute de Moubarak, a transféré ses dossiers à la Direction du renseignement militaire (ministère de la Défense). En Syrie, les SR ne s’appuient pas sur des clans de l’armée comme en Algérie ou en Égypte. Mal vue par les communautés chiite et sunnite, celle des alaouites a fait carrière dans les armées et les SR et, quoique très minoritaire, dirige le pays.

Coopérations ambigües. Très intéressés par toute ce qui se passe dans la région, les SR israéliens travaillent avec leurs homologues occidentaux pour obtenir en échange des renseignements sur les pays où ils ne peuvent aller. Ils entretiennent des coopérations avec certains homologues arabes : officielles avec ceux de Jordanie et bonnes avec ceux de l’Égypte. Ils gardent aussi des contacts avec les SR palestiniens pour assurer la sécurité de Gaza. En Libye, la CIA américaine et les MI6 et MI5 britanniques ont travaillé avec les SR de Kadhafi pour infiltrer les réseaux islamistes de Grande-Bretagne. Aujourd’hui, les pays arabes coopèrent de façon ambiguë avec l’Occident. Leurs SR travaillent avec leurs homologues pour lutter contre le terrorisme, mais agissent parfois contre les intérêts des pays d’accueil.

Loïc Salmon

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

DCRI : anticiper les menaces futures

Les « printemps arabes » de 2011 n’ont pas eu les mêmes conséquences dans les pays concernés. Les réalités sociales, économiques et militaires sont en effet  différentes au Liban et en Irak, Syrie, Égypte, Tunisie et Algérie. Le changement né de ces « révolutions » préoccupe le Conseil de coopération du Golfe, qui regroupe l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, Koweït, Oman et le Qatar. Ces monarchies, assises sur leurs privilèges et gisements d’hydrocarbures, entendent préserver leurs régimes, maintenir l’Iran et l’Irak à distance et gérer elles-mêmes le cas du Yémen, qui les inquiètent au premier chef.




Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

La France développe, en coopérations multiples, une capacité de surveillance de l’espace, de plus en plus menacé, pour y garantir sa liberté d’action et protéger ses intérêts et ses forces militaires déployées, tout en respectant ses engagements internationaux.

Le général de division aérienne Yves Arnaud, commandant le Commandement interarmées de l’espace, a fait le point sur la question au cours d’une conférence-débat organisée, le 17 décembre 2013 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Enjeu de puissance. Aujourd’hui, quelque 50 pays disposent d’une capacité spatiale par l’acquisition de satellites, sans posséder de lanceurs. « Google Earth » réalise des images satellites avec des résolutions inférieures à 50 cm… que peuvent éventuellement se procurer des organisations terroristes. L’espace est devenu un instrument de politique étrangère et un multiplicateur de forces militaires. Grâce au niveau élevé de ses ingénieurs et une volonté de soutien à l’industrie et la recherche, la France est la seule en Europe à mettre en œuvre une capacité spatiale complète : alerte avancée pour détecter le départ de missiles, navigation par satellites (système de positionnement Galileo) et lancement (Ariane Espace et Soyouz depuis la base de Kourou). Sa capacité autonome de situation lui donne son autonomie stratégique. La capacité spatiale permet de remplir les missions militaires. Le Livre blanc 2008 sur la défense et la sécurité nationale précise : « L’espace extra-atmosphérique est devenu un milieu aussi vital pour l’activité économique mondiale et la sécurité internationale que les milieux maritime, aérien et terrestre ». Sur le plan juridique, l’espace n’appartient à personne, mais le Traité de 1967 interdit d’y placer des armes de destruction massive. Toutefois, l’espace est devenu une zone de confrontation, où certains États ont déjà manifesté leur capacité d’agression. Ainsi, la Chine, qui a réalisé en quelques années des progrès remarquables dans le domaine spatial, a tiré en 2007 un missile sur un de ses satellites en orbite. L’année suivante, les États-Unis ont fait de même sur un satellite en orbite plus basse… démontrant ainsi leur propre capacité. Leur système de positionnement GPS, constitué d’une constellation de satellites en orbite à 20.400 km d’altitude, permet de prévoir les précisions de tir sur un théâtre donné. L’autorisation de tir de l’arme dépend en effet de la qualité du signal. En outre, le GPS fournit l’horloge de référence pour toutes les opérations bancaires dans le monde, dont le dysfonctionnement engendrerait un véritable chaos. Mais, leurs propres intérêts les obligent à en garantir l’accès aux services civils. Les petits satellites ont une orbite et une durée de vie inférieures aux gros satellites militaires, qui emportent de lourds moyens optiques performants. Ainsi, les satellites « Pleiades » français pèsent 980 kg et « Hélios » 4,2 t. Ils surveillent les zones où sont déployées les forces et renseignent les autorités politico-militaires. Les études des satellites post-Pleiades et post-Hélios commenceront en 2017.

Surveillance indispensable. Un débris de 1 cm2, qui se déplace dans l’espace à 7 km/s,  détruit un satellite de plusieurs tonnes. Le 10 février 2009, la collision entre le satellite américain « Iridium-33 » de téléphonie mobile et le satellite russe « Cosmos-2251 » a causé plusieurs milliers de débris d’une surface supérieure à 1 cm2 et dispersés sur des orbites de 250 km à 1.300 km. Ces « nuages » de débris menacent notamment les orbites des satellites français « Hélios » (observation optique) et « Elisa » (écoute électromagnétique pour la détection des radars). Une collision similaire polluerait, par une réaction en chaîne, la totalité des orbites basses. Actuellement, 30.000 débris en orbite basse sont « traçables ». Un satellite, dont l’orbite est modifiée, peut éviter une collision, mais au détriment de sa durée de vie. La redondance de ses appareils vitaux, placés à des endroits séparés, augmente sa capacité de survie. En outre, la rentrée d’un satellite dans l’atmosphère représente un risque pour les populations sur terre. Par ailleurs, la menace, intentionnelle et identifiée, contre un satellite en orbite constitue un acte de guerre. La surveillance de l’espace porte donc sur la détection des risques et menaces et la protection des satellites contre collisions et attaques. La France met en œuvre le radar « Graves » (grand réseau adapté à la veille spatiale), conçu pour détecter les objets en orbite de 400 km à 1.000 km, en suit environ 2.400. Les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Japon disposent des mêmes capacités. Les autres moyens français incluent les radars de trajectographie « SATAM » (centres d’essais et champs de tir) et « TIRA » (franco-allemand) et ceux du Monge, bâtiment d’essais et de mesures des tirs de missiles balistiques (dissuasion nucléaire). Les logiciels français « Ciborg » et américain « STK » analysent les données de « Graves ». Depuis 2012, le programme « Oscegeane » permet d’observer depuis la terre les satellites géostationnaires à 36.000 km d’altitude et de suivre les satellites d’écoute de communications.  C’est aussi à partir des données de « Graves » et des radars américains plus performants que le Centre national d’études spatiales élabore les risques de collision. Son centre opérationnel d’orbitographie détecte également des objets d’intérêt militaire en coordination avec le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes.

Coopérations incontournables. Les coopérations opérationnelle et de partage de données avec les États-Unis, diplomatiques au début, sont devenues commerciales. La confidentialité est de règle, car chaque pays connait les orbites fines des satellites de l’autre. Les satellites optiques français complètent les satellites radars allemands et italiens. Une observation optique donne une image réelle…quand le ciel est dégagé. Une observation radar est de moins bonne qualité, mais possible par tous les temps ! Toutefois, son interprétation est plus complexe que celle de l’image optique. Enfin, la coopération franco-allemande (armée de l’Air, CNES et centre allemand GSSAC) constitue le noyau du programme européen de surveillance de l’environnement spatial à l’horizon 2020 (« Galileo » et « Copernicus »).

Loïc Salmon

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Les « géocroiseurs » ou astéroïdes susceptibles de rencontrer la terre y causeraient des dégâts considérables. Les effets des rayons solaires peuvent perturber le fonctionnement ou même endommager les satellites. S’y ajoutent les millions de débris de toutes sortes dans l’espace (photo), dont la durée de vie varie de 6 mois à plus de 10.000 ans selon les orbites. Le Centre national d’études spatiales (CNES) et l’Agence spatiale européenne assurent la météorologie de l’espace. A ce titre, le CNES entretient des relations avec la Russie et la Chine. L’armée de l’Air surveille l’espace pour détecter les collisions possibles et les rentrées à risques dans l’atmosphère. Elle évalue aussi les menaces que représentent les survols de satellites adverses ou le rapprochement de satellites français d’intérêt militaire.




Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Unique régiment d’artillerie à porter la fourragère de la Légion d’Honneur avec le ruban de la croix de Guerre 1914-1918, le 61ème Régiment d’artillerie (RA) de Chaumont s’est spécialisé dans le renseignement pour l’armée de Terre au moyen des drones et de l’imagerie, après avoir utilisé tous les types de canons de 1910 à 1999.

L’action des drones combinée au renseignement permet d’anticiper départs de crises, préparations de conflit et déplacements de population. Dans la conduite des missions, l’imagerie fournit une aide à la navigation et identifie l’objectif à l’aide de points de recalage. Pour la frappe, elle positionne la cible dans son environnement, l’acquiert à vue, la désigne et guide l’arme jusqu’au point d’impact. Enfin, elle contribue à la restitution des missions et l’évaluation des dommages, grâce aux capteurs ayant servi à la frappe ou par l’envoi d’une mission spécifique sur des objectifs déjà traités. Par ailleurs, les images constituent des preuves dans le domaine politico-stratégique : prévention ou gestion des crises ; contrôle du désarmement ; suivi de la prolifération ; contrôle de l’application des traités internationaux ; aide à l’engagement des forces ; prévention et évaluation des dégâts causés par une catastrophe naturelle ; participation aux efforts d’aide humanitaire. La planification d’une opération repose sur la cartographie, les bases de données sur les sites d’intérêt stratégique et un processus de ciblage qui dépendent du renseignement d’origine image. Ce dernier interagit avec les renseignements d’origines humaine et électromagnétique. En synergie avec l’analyse géographique, tous les renseignements participent au « renseignement multicapteurs », spécificité de la Brigade du renseignement. Fondée le 1er juillet 2011, celle-ci, forte de plus de 4.000 personnels, compte un état-major et 5 unités : le 2ème Régiment de hussards pour la recherche de renseignement dans la profondeur et le recueil de l’information d’origine humaine ; le  54ème Régiment de transmissions pour le renseignement électromagnétique de proximité et au contact ; le 28ème Groupe géographique ; le 44ème Régiment de transmissions pour le renseignement d’origine électromagnétique dans la profondeur ; le 61ème RA. Afin de produire du renseignement directement utilisable par les échelons supérieurs, 3 de ces régiments, dont le 61ème RA, ont constitué une unité d’analyse et de diffusion. Celle-ci arme le poste de commandement d’un bataillon de renseignement multicapteurs : orientation et coordination de la recherche des différents capteurs, récupération de l’information brute, son exploitation par recoupement et enfin sa diffusion. Les interprètes images préparent les missions du « combat camera » au moyen de caméscopes et d’appareils photos avec localisation par GPS embarqués sur des hélicoptères. En outre, le 61ème RA dispose d’un groupe d’exploitation d’images de satellites militaires, civils et interalliés. En 4 ans de séjour en Afghanistan, ce régiment a réalisé environ 800 missions de reconnaissance ou de surveillance et des centaines de dossiers d’objectifs pour la Force internationale d’assistance à la sécurité. Mélanie Bénard-Crozat présente en détail le 61ème RA avec de nombreuses illustrations et descriptions de matériels ainsi que des témoignages des « Diables Noirs » qui les servent.

Loïc Salmon

Opex : enjeux et perspectives des drones militaires

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

« 61ème Régiment d’artillerie » par Mélanie Bénard-Crozat. Éditions Crépin-Leblond, 192 page.s 27€




Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable

La France développe sa capacité d’entrer en premier sur un théâtre d’opérations extérieur et celle de nation cadre dans une coalition. Outre des missions sur le territoire national, son système d’état-major de forces lui permet de projeter immédiatement un commandement opérationnel.

Ce système comprenait 4 états-majors de forces (EMF), réduits aujourd’hui à 2 et interchangeables : l’un à Besançon (EMF N°1) et l’autre à Marseille (EMF N°3). Ce dernier est commandé par le général de division Philippe Pontiès, qui l’a présenté, avec son équipe de direction, à l’Association des journalistes de défense le 25 novembre 2013 à Marseille. L’EMF 3 est en posture de projection pendant toute l’année 2014, tandis que l’EMF 1 reste en alerte et en préparation opérationnelle au moyen de divers exercices. Les rôles s’inverseront en 2015.

Opérations extérieures. Tous les personnels des EMF ont participé à des opérations extérieures. Pendant un an, un EMF est en mesure de projeter immédiatement environ 20 % de son effectif en temps ordinaire, chiffre passé à 80 % fin 2013 pour l’EMF 1 en raison de la relève dans l’opération « Serval » au Mali. Pour honorer le contrat opérationnel de l’armée de Terre (voir encadré), il remplit 4 missions : planifier et conduire des opérations interarmées de niveau division de l’OTAN ; assurer la mise sur pied d’un poste de commandement interarmées à dominante terrestre (PC opératif type « Serval ») pour un engagement national limité à 5.000 hommes en alerte « Guépard » ; armer un PC de circonstance dans le cadre de la défense du territoire national ; renforcer un PC interarmées à dominante aérienne ou maritime dans le cadre d’une opération. Il s’agit de s’adapter au contexte d’une guerre et dans l’urgence. L’EMF apporte la capacité de travailler ensemble, à la différence de la juxtaposition de compétences individuelles. La clé de son succès réside dans la cohérence, la connaissance mutuelle, la confiance et les automatismes. « Il faut bien connaître la doctrine pour mieux s’en affranchir », souligne le général Pontiès. L’efficacité repose sur la qualité des combattants, du 2ème classe au général et acquise par la formation, sur celle du dispositif de commandement et de contrôle et sur celle de la préparation opérationnelle. Pour rester à niveau, cette dernière correspond, idéalement, à 90 jours d’entraînement par homme et par an et à 180 heures de vol pour les équipages de l’Aviation légère de l’armée de terre. Des exercices d’EMF avec des pays alliés entretiennent la préparation opérationnelle. Avec le Qatar, cela envoie un signal fort dans la région du Moyen-Orient. Suite aux accords de Lancaster House, 60 personnels d’EMF sont envoyés en Grande-Bretagne dans le cadre de la force expéditionnaire commune. Renseignement. Tous les personnels officiers et sous-officiers viennent de l’École du renseignement de l’armée de terre (Saumur), de la Direction du renseignement militaire (DRM) et de la Direction générale de la sécurité extérieure. Pendant 4 semaines et dans des bâtiments sécurisés, ils se forment à l’outil SAERc (Solution d’aide à l’exploitation du renseignement « convergé »), dont la production est diffusée à toute personne habilitée de la planification et de la conduite des opérations. La chaîne SEARc assure une cohérence bout à bout pour un meilleur partage et une exploitation plus performante du renseignement. Un moteur de recherche dédié stocke des volumes très importants d’informations diverses (textes, images et sons), retrouve des données pertinentes (pays, armement, personnes etc.) et extrait au bon moment et rapidement celles recherchées. Il identifie : les relations entre plusieurs types d’entités dans une même phrase (personnes et mots clés par exemple) ; les principaux thèmes et catégories d’informations à partir d’un corpus documentaire. Il visualise : les relations entre les différentes entités (ébauche de réseau mafieux) ; les redondances dans le temps, coïncidences ou rapprochement entre différents types d’entités (présence dans un attentat d’un individu fiché) ; les entités géolocalisées (réseaux mafieux identifiés). Quelque 60.000 fiches thématiques permettent de faire des analyses statistiques et thématiques, de comprendre l’enchaînement d’événements et d’en déterminer le « centre de gravité ». Pendant la préparation opérationnelle, la cellule renseignement de l’EMF s’entraîne à partir des comptes rendus de situation d’un théâtre d’opération réel provenant de la base de données du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Lors de la projection de l’EMF, elle assure la veille en relation avec le Système d’information et de commandement des forces.

Environnement opérationnel. Outre la logistique, le renseignement, la planification et  la conduite des opérations, les fonctions de l’EMF incluent les actions sur les perceptions et l’environnement opérationnel : ciblage, opérations d’information, opérations militaires d’influence et actions civilo-militaires. Le ciblage consiste à identifier puis sélectionner des cibles pour agir sur elles avec des moyens létaux ou non, en vue d’obtenir l’effet recherché. Il est assuré par les forces spéciales, la guerre électronique, la cyberdéfense et les opérations d’information. Ces dernières visent à utiliser ou à défendre l’information, les systèmes d’information et les processus décisionnels pour appuyer une stratégie d’influence en respectant les valeurs défendues. Il s’agit d’informer la population et les responsables locaux neutres, de promouvoir les gens favorables à la cause défendue et de discréditer les opposants. Contrairement à la propagande, tout ce qui est diffusé par tracts ou par radio doit être exact et vérifiable. Les opérations militaires d’influence cherchent à obtenir un effet sur les comportements d’individus, de groupes ou d’organisations afin d’atteindre des objectifs politiques et militaires. En Afghanistan, les personnels français chargés des opérations militaires d’influence et des actions civilo-militaires ont été formés à l’OTAN. Après leur départ, le relais a été pris par l’ambassade de France et des organisations non gouvernementales, car l’effet durable se fera sentir… au bout d’une génération !

Loïc Salmon

Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Selon le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, l’armée de Terre doit pouvoir disposer de 66.000 personnels projetables à l’horizon 2025, dont : 10.000 sur le territoire national ; 7.000 en tout dans 2 ou 3 opérations de gestion de crises ou 15.000 dans 1 opération de coercition avec préavis et après réarticulation du dispositif engagé en opération ; 1.500 dans un groupement tactique interarmes de la Force interarmées de réaction immédiate (2.300 h) et déployable jusqu’à 3.000 km en 7 jours. L’État-major de forces N°3 (Marseille) compte 291 personnels, dont 107 officiers (3 généraux), 107 sous-officiers et 77 militaires du rang. Il inclut un escadron de quartier général pour le déploiement du système d’information et de commandement et la protection immédiate. S’y ajoutent 128 réservistes et 13 personnels civils.




Espionnage : de la réalité à la fiction par l’écriture

Les romans d’espionnage reposent sur du « vrai », à savoir l’expression de la vie quotidienne de ces hommes et femmes de l’ombre fiers de leur métier, mais soumis à la pression de résultats rapides que les décideurs exigent d’eux.

Trois auteurs au profil différent, dont deux anciens des Services de renseignement, en ont parlé au cours d’une conférence-débat organisée, le 30 octobre 2013 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il s’agit de Bernard Besson (police), Paul Fauray (Commandement des opérations spéciales) et Pierre Boussel (presse).

Des gens peu ordinaires. En général, les personnels du renseignement ne connaissent rien les uns et des autres. Ils se croisent sans savoir s’ils se reverront plus tard. Leur capacité à observer, analyser et restituer leur donne une grande ouverture d’esprit et une créativité certaine. Par ailleurs, ils fréquentent des gens « peu fréquentables » et prennent des risques avec leurs informateurs avec qui ils créent des liens de confiance et parfois d’amitié, au nom de leur mission. Ils se sentent donc douloureusement seuls lorsque leurs supérieurs ne les soutiennent pas.  « Les Services de renseignement (SR) servent la République, rappelle Bernard Besson, si on ne leur dit rien, ils vont faire de la paperasse ». Mais en général, l’État sait ce qu’il veut. Les SR donnent des éléments pour l’aide à la décision. Les décideurs politiques leur posent des questions auxquelles ils répondent. Puis, de nouvelles interrogations surgissent. « La DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), souligne Pierre Boussel, c’est énormément de métiers, de compétences qui s’expriment dans des domaines précis ».  Son travail s’enrichit de la collaboration des SR alliés et de celle de simples citoyens, qui peuvent servir leur pays en détectant un « signal faible ». « En Opex (opération extérieure), indique Paul Fauray, le respect mutuel (entre SR) se manifeste avec les Russes, les Britanniques et les Danois, mais moins bien avec les Américains ».

Une dimension planétaire. Les États-Unis disposent de 16 SR, dont le dernier assure la coordination entre les autres. La NSA, cette agence qui n’existait pas officiellement, a été créée dans les années 1950 par le président Truman pour écouter le monde entier. Aujourd’hui, elle emploie 50.000 fonctionnaires qui accumulent des données sur des personnalités et des missions, les traduisent, les analysent et traitent dans une vision prospective à moyen et long termes. Le contre-terrorisme ne peut fonctionner que par les interceptions de communications et aucun dirigeant politique ne prendra le risque d’en exclure une. L’exploitation des « métadonnées » (tout ce qui s’échange sur les réseaux) permet de croiser des données sur des entreprises et des gens, en vue de déterminer des surveillances particulières et le profil d’individus ciblés. Quant aux fuites dans la presse d’informations confidentielles sur les ambassades et les SR américains par l’association Wikileaks, Bernard Besson estime que le secret existe de moins en moins et que la vitesse le remplace en efficacité. « La qualité de l’information dépend de l’ignorance en amont, dit-il, ce qui marche le mieux, c’est là où les gens se parlent ». De son côté, Paul Fauray juge irresponsable l’attitude de Wikileaks, car elle met en péril des agents, dont nul ne sait s’ils travaillent encore sur le terrain : « Ces gens sont exposés et vont risquer leur vie ».

Des approches particulières. Les trois auteurs s’accordent sur l’important travail de recherche que demande l’écriture d’un roman d’espionnage. Selon Bernard Besson, la NSA est toujours citée dans les romans où les enjeux sont économiques et Wikileaks donne une vision américaine de la France, source d’informations pour un romancier. Quant à lui, il ne relate pas les affaires qu’il a traitées. Il invente des personnages qui pensent comme les gens du monde du renseignement. Quoique ses récits soient de pure fiction, leurs contextes correspondent aux grands cadres géostratégiques. Le roman d’espionnage se présente comme une opportunité de mettre en scène des hommes et des femmes, tenus au devoir de réserve de la neutralité républicaine, et de leur faire dire ce qu’ils ont sur le cœur. Les Français n’ont pas la culture du renseignement, qui renvoie à des périodes douloureuses de leur Histoire (l’Affaire Dreyfus et l’Occupation). En revanche, les Américains, les Britanniques, les Israéliens et les Chinois sont plus alertes dans ce domaine et font spontanément du renseignement d’ambiance au cours de leurs voyages à l’étranger. Pierre Boussel a commencé par écrire des romans d’aventures inspirés de son expérience de reporter. Il a rencontré des gens du monde du renseignement, dont il apprécie la connaissance des langues étrangères, le regard qu’ils portent sur le monde et les qualités humaines. L’important dans un roman d’espionnage, estime-t-il, n’est pas le « factuel » des événements, mais le « ressenti » des personnages. Il insiste sur la « temporalité ». Il veut savoir « comment le combattant se conçoit dans un temps politique ou théologique ». Alors que les romans américains jouent sur « une hystérie du temps où tout est très rapide », il préfère prendre le temps de faire sentir la vie des gens de l’ombre pour toucher un grand public. De son côté, Paul Fauray rappelle que le premier roman d’espionnage date de 1898 et fait intervenir la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. « Tout colle à la politique du moment », avec un cadre enchanteur, un sous-marin et une femme fatale, bref les ingrédients qui feront plus tard le succès des romans de Ian Fleming (« James Bond »). Auditeur d’une session nationale de l’Institut des hautes études de défense nationale, il y a trouvé des liens communs avec le renseignement : de la géopolitique, des problèmes stratégiques et une grille de lecture de l’actualité internationale. L’approche transversale et la présence de gens de terrain du renseignement parmi les auditeurs permettent de faire de la prospective, à savoir la réflexion à six mois ou un an. Mais quid du personnel de ce monde de l’ombre dans tout ça ? Un personnage de son dernier roman lance cyniquement à un collègue amer : « Vous n’êtes qu’un de ces pions qui évitent qu’on se foute sur la gueule » !

Loïc Salmon

Renseignement et littérature : un filon pour les écrivains

Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles

Auteur de « Les confessions de l’ombre », Pierre Boussel (à gauche) est journaliste à « Radio Méditerranée Internationale », station de radio bilingue (français et arabe) à capitaux marocains (51 %) et français (49 %). Il affirme n’avoir jamais travaillé pour la Direction générale de la sécurité extérieure. Auteur de « Le partage des terres », Bernard Besson (au milieu) est contrôleur général honoraire de police. Ancien des Renseignements généraux et de la Direction de la sûreté du territoire, il est aujourd’hui consultant en intelligence économique. Auteur de « La bombe des mollahs », Paul Fauray (à droite) est officier et haut fonctionnaire. Médecin de Marine et ancien élève de l’École nationale d’administration, il a servi au Commandement des opérations spéciales. Aujourd’hui, il apporte à l’État-major des armées son expertise sur le monde arabe, le terrorisme et le nucléaire.




Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

En matière de renseignements d’origine électromagnétique (« sigint » et « comint ») et par imagerie les drones complètent les aéronefs légers de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR), selon les critères de missions définis par leurs utilisateurs.

Certains aéronefs (avions, drones, hélicoptères et dirigeables) peuvent opérer avec ou sans pilote. Leur « dronisation » a fait l’objet d’un colloque organisé le 30 septembre 2013 à Paris, par le Club Participation et Progrès, le magazine Air et Cosmos et la revue Défense nationale.

Systèmes et emplois. En 2008, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, ancien directeur de la CIA, lance le programme « Liberty » de plate-forme ISR pour les opérations en Irak et en Afghanistan en vue de dresser des cartes de renseignement sans intervention des troupes au sol, explique le lieutenant-colonel Eric Tantet de l’état-major de l’armée de l’Air. « Liberty » a récupéré un avion civil à faible coût de maintien en condition opérationnelle. Le cahier des charges varie selon la taille du vecteur et le nombre de capteurs installés. La plate-forme emporte divers types de charges utiles dont notamment: la boule optronique (imagerie) à « champ étroit » ; le radar à « champ moyen », indicateur de cibles mobiles et utilisable tous temps ; le capteur de communications à « champ large » pour localiser des émetteurs dans des zones désertiques ; la télédétection par laser ; la caméra hyper-spectrale ; le système américain « Gorgon Stare » (5 caméras électro-optiques et 4 autres infrarouges) pour couvrir le maximum de terrain ; le système de fusionnement des informations des capteurs. Le concept d’emploi de l’avion léger de surveillance et de reconnaissance (ALSR) s’articule ainsi : « champ large » pour la recherche de cibles sur la zone d’intérêt définie ; « champ moyen » pour la détection et la localisation des cibles ;  « champ étroit » pour leur identification ; production et transmission des renseignements vers les autorités politico-militaires ou les éléments terminaux de la chaîne d’action (troupes au sol, bâtiments et aéronefs de combat) ; poursuite éventuelle de la cible ou surveillance de la zone. Dans le cadre d’une crise émergente, l’ALSR peut être utilisé sous faible préavis pour renforcer les moyens de recueil déployés sur un théâtre extérieur. Sur le territoire national, il peut participer à un dispositif de sûreté du ministère de la Défense ou en appui d’autres ministères pour la lutte anti-drogue, la sécurité intérieure, la lutte contre la piraterie, l’anti-terrorisme et l’évaluation rapide de la situation après une catastrophe naturelle ou technologique. Divers ALSR sont en service dans les armées de Terre et de l’Air aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne et dans les forces aériennes du Canada, d’Israël et d’Algérie. D’autres sont déjà commandés par celles d’Irak et de Singapour.

Comparaison et perspectives. Guillaume Steuer (Air et Cosmos) a dressé un tableau comparatif entre le drone moyenne altitude longue endurance (Male) et l’ALSR. Tous deux se valent en discrétion moyenne. Le drone Male l’emporte pour l’endurance (plus de 24 h sur zone contre 6-8 h pour l’ALSR) et l’armement éventuel. L’ALSR présente des avantages en termes de flexibilité d’emploi, d’évolution dans l’espace aérien civil, d’acquisition (offres multiples) et d’autoprotection. L’armée de l’Air américaine (USAF) dispose de 160 drones armés MQ-1 B « Predator » mis en service opérationnel en 2005, 100 drones de combat MQ-9 « Reaper » (2007) et 42 ALSR MC-12 W « Liberty » (2009). Le Commandement des opérations spéciales de l’USAF déploie des MQ-1B « Predator » sur 6 orbites permanentes et des MQ-9 « Reaper » sur 4. Il emploie aussi 36 petits avions Pilatus PC-12/U-28 capables d’utiliser des pistes sommairement aménagées et en a commandé 18 exemplaires pour les forces spéciales afghanes. Outre ces trois types de vecteurs, la CIA possède des DHC6 « Twin Otter » équipés de roues, de skis ou de flotteurs. Depuis sa base de Waddington, l’armée de l’Air britannique déploie 10 MQ-9 « Reaper » et 6 petits avions « King Air 350 » équipés de multicapteurs. En France, indique Guillaume Steuer, les drones Male sont peu nombreux et peu adaptés aux besoins : optronique obsolète et absence de capacité « sigint ». En outre, les capacités ISR aéroportées sont éparpillées entre les avions de transport tactiques « Transall » et « Hercules », les avions de patrouille maritime « Atlantique 2 »  et le C-160 « Gabriel » de guerre électronique. Le projet de loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit des vecteurs aéroportés complémentaires des renseignements d’origine image. Finalement, les drones Male devraient être affectés d’abord au soutien des forces et les ALSR au Commandement des opérations spéciales, à la Direction du renseignement militaire (DRM) et à la Direction générale de la sécurité extérieure.

« Dronisation » et complémentarité. Malgré le développement du drone, l’ALSR rebondit en raison de son moindre coût et du savoir-faire venu du monde civil, indique le général de corps aérien (2S) Jean-Patrick Gaviard, ancien sous-chef opérations de l’État-major des armées. Mais, il ne fonctionne qu’avec la supériorité aérienne, comme pour les interventions en Libye (2011) et au Mali (2013). En temps de crise, les « sigint » et « comint », captés aussi par les sous-marins et navires de surface, constituent les renseignements initiaux, que doivent compléter l’imagerie et l’infrarouge pour l’identification des cibles. « Même pour les théâtres africains, ça commence par là ». Le successeur de l’avion C-160 « Gabriel » devra disposer d’une capacité « sigint » plus importante pour informer la DRM et les forces sur le théâtre des bandes d’émissions à brouiller. Une réflexion est en cours sur la reconstitution d’une escadre de reconnaissance, basée dans le centre de la France et incluant les drones, les ALSR et du personnel hautement qualifié. De son côté, le général de corps aérien (2S) Michel Asencio, ingénieur consultant en technologies nouvelles, rappelle la vulnérabilité des moyens de transmissions des renseignements des drones. Ainsi informé début août 2013, le mouvement chiite Hezbollah avait pu piéger le passage de commandos israéliens en territoire libanais, faisant plusieurs blessés.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

La guerre électronique : nouvel art de la guerre

Le drone français (mode piloté en option) « Patroller » peut croiser sur zone à 25.000 pieds (7.620 m) d’altitude plus de 20 heures et même jusqu’à 30 heures dans sa configuration capteur optronique jour/nuit avec deux réservoirs sous voilure. Il emporte des caméras TV (couleurs ou noir et blanc) et infrarouges, des radars météorologiques, de détection NBC (nucléaire, chimique et biologique) et à synthèse d’ouverture et un télémètre laser. Il transmet directement des images aux personnels au sol ou aux véhicules d’intervention via un terminal tactique vidéo portable. Aéronef à décollage et atterrissage automatiques, le « Patroller » est aérotransportable par avion-cargo. Son rayon d’action varie de 200 km (liaison de données à portée optique) à 2.000 km (liaison satellite).