Ukraine : sous-estimations stratégiques de la Russie

« L’opération militaire spéciale », de la Russie contre l’Ukraine risque de se transformer en guerre d’usure, en raison de ses sous-estimations sur les plans militaire et diplomatique et de leurs conséquences économiques.

Françoise Thom, maître de conférences en Histoire contemporaine à l’université Paris IV Sorbonne, l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 9 mars 2022 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Ile-de-France. Le lendemain à Paris, le colonel Pascal Ianni, porte-parole de l’Etat-major des armées (EMA), a présenté la situation en Ukraine à la presse.

Conflit sur trois fronts. Après deux semaines de combats, les troupes russes n’ont pas obtenu de gains territoriaux notables, hormis à Soumy, selon l’EMA (voir carte). L’ouverture et l’utilisation de couloirs humanitaires restent incertaines. Sur le front Est, une première jonction est en cours entre les forces russes venant du Nord et les séparatistes du Donbass (1). A Kharkiv (2), les troupes russes poursuivent le contournement par l’Est et l’Ouest de la ville qui, bien qu’encerclée, reste aux mains des forces armées ukrainiennes. Sur le front Sud, le siège de la ville de Marioupol se poursuit sans évolution significative de la situation (3). Les offensives et contre-offensives continuent pour le contrôle de la ville de Mykolaïv, qui reste encerclée (4). Sur le front Nord, les combats se poursuivent dans le secteur d’Okhtyrka à 75 km au Sud de Soumy (5). La ville de Chernihiv n’est pas encore conquise par les forces russes, qui l’ont contournée par l’Ouest (6). L’encerclement de la ville de Kiev se poursuit par l’Ouest, où la ville de Fastiv constitue la prochaine cible des forces russes. A l’Est de Kiev, celles-ci ont conquis Brovary, isolant Chernihiv de la capitale ukrainienne (7).

Perceptions politico-militaires. Persuadé de pouvoir atteindre Kiev en trois jours, l’Etat-major russe a été surpris par la résistance ukrainienne, alors que ses soldats auraient dû être accueillis en libérateurs. Son intervention a soudé l’Ukraine comme elle ne l’a jamais été, souligne Françoise Thom. Désinformé par les rapports des partis séparatistes du Donbass, il a considéré le potentiel militaire de l’Ukraine inchangé depuis l’annexion de la Crimée en 2014, quand l’armée ukrainienne était infiltrée par des agents russes. Mais ensuite, l’Ukraine s’est constituée en véritable Etat et a réorganisé ses forces militaires. Début mars, la Russie reconnaît que la guerre n’est pas terminée. Son président, Vladimir Poutine, ignore les sources d’informations extérieures, dont internet, et ne compte que sur ses services de renseignement et son Etat-major, qui ont tendance à surestimer la puissance de l’armée russe. Deux tsars, autocrates comme lui, ont connu une situation similaire, rappelle Françoise Thom, à savoir Nicolas 1er, pendant la guerre de Crimée (1853-1856) contre les Empires ottoman, français et britannique, et Nicolas II, pendant celle contre le Japon (1904-1905).

Vues diplomatico-économiques. Dans les années 1991-1994, après l’effondrement de l’URSS, la Russie a été traitée avec égards par l’Occident, estime Françoise Thom. Elle a été admise au Conseil de l’Europe (exclue le 16 mars 2022), au sein du Partenariat pour la paix (Etats membres de l’OTAN et autres pays, dont ceux de l’ex bloc soviétique) et comme 8ème membre du partenariat économique G7 (suspendue en 2014). Les pays occidentaux ont cru que la tenue d’élections libres et l’économie de marché apporteraient la prospérité à la Russie, alors que la libéralisation des prix et l’inflation ont provoqué l’appauvrissement d’une grande partie de sa population. Moscou ne voit pas en l’OTAN une menace militaire, mais une organisation de propagande envers ses anciens pays satellites. Pourtant, en raison du Partenariat pour la paix, l’OTAN ne s’est élargie qu’à leur demande pressante. La Russie ne comprend pas que des Etats plus petits, dont la France et l’Allemagne, défendent leurs intérêts propres. Le Kremlin considère les Etats-Unis comme ses seuls interlocuteurs valables. Il n’accepte pas que l’Ukraine, qu’il estime faisant partie de la Russie, se tourne vers l’Europe et veut y installer un gouvernement pro-russe. Espérant une résignation des pays occidentaux comme pour la Crimée en 2014, il a été surpris par l’ampleur de leurs sanctions économiques après son attaque contre l’Ukraine. Le gel de ses avoirs empêche la Banque centrale russe de profiter de ses revenus, provoquant une chute du rouble. Face à la menace des forces nucléaires russes, les pays occidentaux ont déclenché une guerre économique presque totale. Même si elle achète le gaz russe au dixième du prix normal, la Chine ne peut se permettre de se brouiller avec les pays occidentaux. Malgré ses intérêts économiques (gaz et centrales nucléaires) avec la Russie, la Turquie se trouve en rivalité avec elle en Asie centrale et soutient la minorité tatare de Crimée. En Afrique, les interventions de la société paramilitaire russe Wagner et la guerre de l’information contre l’influence française rappellent les méthodes soviétiques. La propagande anti-occidentale de la Russie remet en cause l’ordre international de l’après-guerre froide.

Affirmation d’une logique de guerre. La montée du nationalisme russe a commencé dès 1993, estime Françoise Thom. Arrivé au pouvoir en 2000, Vladimir Poutine profite de l’augmentation des revenus pétroliers pour renforcer les forces armées et de sécurité. L’Occident n’ayant pas saisi la « main tendue » de la Russie, leurs relations se sont alors dégradées. En 2004, le président de la commission des affaires étrangères du Parlement russe déclare que c’est à la Russie de s’étendre vers l’Ouest et non pas à l’OTAN d’aller vers l’Est. Les pays occidentaux, de plus en plus dépendants économiquement de la Russie, doivent donc accepter son influence croissante sur les pays de l’ex-URSS. En 2007, la Russie construit une base militaire au bord de la mer Noire et renforce sa présence au Proche-Orient (Syrie). En 2008, elle reconnaît l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie d Sud, provinces de la Géorgie. La coopération avec les pays occidentaux lui permet de s’affirmer dans les domaines économique et militaire. La Russie estime qu’elle doit empêcher les pays étrangers de s’approprier ses ressources naturelles. Dès 2008, sa nouvelle doctrine militaire prévoyait de se préparer à une guerre d’ici à 2020, afin de se remettre de l’effondrement de l’URSS et construire un nouvel ordre mondial. La pandémie du Covid19 a repoussé cette échéance à 2021. Le Kremlin se sent alors en position de force en raison de la défaite des Etats-Unis en Afghanistan, de leur conflit larvé avec la Chine et de la pression du groupe gazier russe Gazprom sur l’Europe. Toutefois, les aléas de la guerre contre le Japon ont conduit aux émeutes de 1905 en Russie, ceux de la première guerre mondiale à la révolution bolchévique en 1917 et ceux de la guerre en Afghanistan (1979-1989) à la chute de l’URSS en 1991. La réussite d’une éventuelle révolution de palais au Kremlin, consécutive à la guerre contre l’Ukraine, nécessiterait la mise en place d’institutions indépendantes, la liberté de la presse et l’évacuation des territoires occupés par les troupes russes depuis 2008.

Loïc Salmon

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Ukraine : soutiens OTAN et UE, sanctions contre la Russie

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région




Ukraine : soutiens OTAN et UE, sanctions contre la Russie

Suite à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022, la France, l’OTAN et l’Union européenne (UE) ont apporté leur soutien à cette dernière, sauf l’envoi de troupes au sol, et pris des sanctions économiques contre la Russie. L’Allemagne a décidé de se réarmer.

La France. Le 28 février, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé aux armées de faire preuve d’une « grande vigilance » et de la « retenue nécessaire lors des possibles interférences ». Il s’agit d’éviter un incident mal maîtrisé et mal interprété. En effet, depuis une décennie, les avions à long rayon d’action, les bâtiments de surface et les sous-marins russes fréquentent les zones d’intérêt français, près du territoire national, en Atlantique, en Méditerranée et en Manche. Depuis l’engagement direct de la Russie dans la guerre civile en Syrie en 2015, les bâtiments et aéronefs français engagés dans l’opération « Chammal » contre Daech en Irak se coordonnent avec les autres unités militaires sur zone pour éviter des situations à risque élevé. En Afrique, des sociétés militaires privées, dont Wagner (russe) que Moscou ne reconnaît pas officiellement, sont présentes en Centrafrique et au Mali, où sont engagées les forces armées françaises. Par ailleurs, selon le ministère des Armées, dès le début du conflit russo-ukrainien, la France a livré à l’Ukraine des casques, gilets pare-balles et appareils de déminage. D’autres équipements à vocation défensive, létaux et non létaux, seront prochainement livrés. Entre 2011 et 2020, la France a conclu avec l’Ukraine des contrats d’armements d’un montant de 124 M€ et incluant 20 patrouilleurs garde-côtes, en service en mer Noire, et des missiles défensifs à très courte portée pour les corvettes ukrainiennes. La France, qui préside le Conseil de l’UE pour le premier semestre 2022, se félicite de la décision de l’UE de financer des équipements militaires pour l’Ukraine jusqu’à 500 M€ (voir plus loin).

L’OTAN. Le 25 février, le président de la République a annoncé le renforcement de la présence militaire de la France sur le flan Est de l’OTAN. Le déploiement, déjà prévu, d’avions de chasse dans les Etats baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) sera accéléré et renforcé à des fins de protection et de défense. Depuis le 24 février, des patrouilles parties de France, assurent la défense aérienne du territoire polonais. Dès la mi-mars, 4 Mirage 2000-5 et une centaine de personnels de l’armée de l’Air et de l’Espace seront déployés en Estonie ainsi que 200 militaires d’un sous-groupement terrestre aux côtés des détachements danois et britannique. En Roumanie, la France va projeter un premier groupement tactique interarmes d’environ 500 militaires, issu du bataillon « Spearhead » de la Force à très haut niveau de réactivité de l’OTAN, actuellement commandée par la France. En effet, le Commandement suprême des forces alliées en Europe a demandé d’y déployer le bataillon «Spearhead ». La France s’est engagée à y tenir le rôle de nation-cadre. Déjà, depuis 2014, à la suite de l’annexion russe de la Crimée, non reconnue par la communauté internationale, les forces armées françaises participent à des missions de réassurance. Dans le cadre de la « présence avancée renforcée », un détachement de 300 militaires, de chars Leclerc et de véhicules blindés de combat d’infanterie, présent en Estonie depuis plus d’un an, est, alternativement, intégré à un bataillon britannique en Estonie et à un bataillon allemand en Lituanie. Dans les Etats baltes, la France contribue régulièrement à la police du ciel avec des avions de chasse, de guet aérien AWACS et de surveillance maritime pour des missions de surveillance et de renseignement. Elle envoie régulièrement des moyens navals en mer Noire, dont la frégate multi-missions Auvergne en janvier 2022. Par ailleurs, elle contribue à la sécurité aux abords de l’Europe par le déploiement du groupe aéronaval en Méditerranée et la participation à l’exercice « Naval 22 » en Norvège. Suite à un dialogue amorcé après l’effondrement de l’URSS en 1991, l’OTAN a accru son soutien au développement de l’Ukraine à partir de 2014 et a renforcé sa présence en mer Noire. Elle a ainsi intensifié sa coopération maritime avec l’Ukraine et la Géorgie, dont les provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ont proclamé leur indépendance que la Russie a reconnue en 2008. En 2017, le Parlement ukrainien a adopté une loi portant sur l’adhésion à l’OTAN, objectif de politique étrangère et de sécurité inscrit dans la constitution en 2019.

Les sanctions économiques. Selon le Groupe d’études géopolitiques, au 26 février 2022, Biélorussie, Syrie, Birmanie et Venezuela ont soutenu l’intervention russe en Ukraine. Tous les pays occidentaux l’ont condamnée. Le 2 mars, l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution déplorant « l’agression » de la Russie et exigeant le retrait immédiat de ses forces armées : 141 votes pour ; 5 votes contre (Russie, Biélorussie, Erythrée, Corée du Nord et Syrie) ; 35 abstentions. Le 26 février, selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, les pays occidentaux ont décidé d’exclure de nombreuses banques russes, y compris la Banque centrale, de la plateforme interbancaire Swift, pour réduire le financement de la guerre en Ukraine. Swift permet le transit des ordres de paiement entre banques, de transfert de fonds, d’achat et de vente de valeurs mobilières. Selon l’association nationale russe Rosswift, la Russie en est le 2ème utilisateur après les Etats-Unis avec environ 300 banques et institutions, soit plus de la moitié de ses organismes de crédit. Toutefois, Moscou met en œuvre ses propres infrastructures pour les paiements (carte bancaire Mir), la notation (agence Akra) et les transferts (système SPFS). Le Conseil européen a décidé de geler les avoirs du président Vladimir Poutine, du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, des membres du Conseil national de sécurité et des députés russes ayant soutenu la reconnaissance des républiques séparatistes de Donetsk et de Louhansk en Ukraine. D’autres sanctions portent sur les finances, l’énergie, les transports, la technologie et les visas. La Suisse, qui a endossé toutes les sanctions prises par l’UE, a gelé les avoirs, estimés à 21,4 Mds$, de riches hommes d’affaires russes. Environ 80 % du négoce de pétrole et de gaz russes se fait en Suisse. Le 2 mars, l’Allemagne a abandonné le projet de gazoduc Nord Stream 2, long de 1.230 km en mer Baltique, la reliant à la Russie et propriété du groupe russe Gazprom.

Les conséquences militaires induites. Le 27 février, Josep Borrell, Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a annoncé une aide de 450 M€ à l’Ukraine pour l’achat d’équipements militaires létaux, dont des avions de chasse, et une autre de 50 M€ pour des matériels non létaux. L’Allemagne va livrer 1.000 lance-roquettes et 500 missiles sol-air à l’Ukraine. Elle a augmenté immédiatement son propre budget militaire de 100 Mds€ et l’accroîtra chaque année, afin qu’il dépasse 2 % de son produit intérieur brut. La construction des futurs chars et avions de combat avec les pays de l’UE, dont la France, devient une « priorité absolue », selon le chancelier Olaf Scholtz.

Loïc Salmon

Union Européenne : présidence française, les enjeux de défense

OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Défense : détecter les cyberattaques et réagir vite

La doctrine militaire française inclut le cyber comme arme d’emploi sur les théâtres d’opérations. Au-delà de son aspect technique, le cyber prend des dimensions juridique et politique.

A l’occasion de la 8ème édition de l’exercice interarmées « Defnet » (15-26 mars), l’état de la cyberdéfense militaire a été présenté à la presse, le 18 mars 2021 à Paris, notamment par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le général de division aérienne Didier Tisseyre (photo), commandant la cyberdéfense.

« Cyberconflictualité ». Le commandement de la cyberdéfense (Comcyber) dispose d’un état-major, installé à Paris, pour les orientations stratégiques, la conception et la conduite des opérations, via le centre opérationnel cyber. Le Groupement de la cyberdéfense des armées a été créé le 1er septembre 2020 à Saint-Jacques de la Lande (Bretagne), à proximité de l‘incubateur civilo-militaire « Cyberdéfense Factory ». Ce dernier permet aux petites et moyennes entreprises et aux universitaires de travailler au contact des opérateurs des armées et des experts de la Direction générale de l’armement. Outre la cybercriminalité, le terrorisme ou les actions hybrides de la part de groupes mercenaires rattachés à des Etats, l‘hypothèse d’un engagement majeur dans le cyberespace est prise en compte, indique le général Tisseyre. Des exercices au sein de l’OTAN permettent de s’y préparer. Sur le plan national, il s’agit d’attribuer l’origine des cyberattaques, sans en divulguer la méthode pour éviter une vulnérabilité ultérieure. Leur gravité détermine la proportionnalité de la riposte, au niveau diplomatique, économique ou militaire. Le Comcyber travaille avec les services de renseignement dans la lutte informatique, défensive ou offensive, sur un théâtre d’opérations. Ainsi, l’exercice Defnet 2021 inclut des simulations de vrais incidents sur des systèmes d’armes en service, dans un contexte international au plus près de la réalité.

Defnet 2021. Cet exercice permet de tester la planification, la coordination et la mise en œuvre des mesures défensives face aux cyberattaques. Près de 260 « cybercombattants » sont mobilisés à Brest, Istres, Paris, Rennes et Toulon. Pour la première fois, les réservistes opérationnels sont intégrés aux équipes, afin de s’entraîner aux procédures militaires de gestion de crise cyber. L’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et huit maîtres d’œuvre industriels, signataires de la convention sur la cybersécurité des systèmes d’armes en service, participent à Defnet. En outre, le Comcyber organise la compétition « Capture the Flag » entre 14 écoles d’enseignement supérieur à Paris, Laval, Rennes, Vannes, Saint-Malo et Lannion.

« Cybercombattants ». En 2020, l’ANSSI a détecté quatre fois plus de cyberattaques qu’en 2019 ainsi que 2.700 « événements de sécurité » au ministère es Armées, indique Hervé Grandjean. Pour contrer cette menace, la loi de programmation militaire 2019-2025 consacre 1,6 Md€ au cyber. Le nombre de cybercombattants, de 3.400 en 2020, doit atteindre 4.500 en 2025. Les armées assurent déjà des formations spécialisées : brevet de technicien supérieur « Système numérique informatique et réseau » au lycée militaire de Saint-Cyr l’Ecole ; mastère « Cybersécurité des systèmes complexes pour l’industrie et la défense » à l’Ecole de l’air et à l’Ecole centrale de Marseille ; mastère « Cybersécurité des systèmes maritimes et portuaires », mis en place par l’Ecole navale et trois autres écoles d’ingénieurs en Bretagne.

Loïc Salmon

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique




Armée de l’Air et de l’Espace : voir plus haut et décider plus vite que l’adversaire

Les opérations aériennes vont d’une durée de plusieurs heures à un temps fulgurant dans l’action. Leur tempo nécessite souplesse, intelligence et réactivité pour gagner du délai.

Elles ont fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 24 novembre 2020 à Paris, par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Y sont notamment intervenus : Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales ; le général de corps aérien Vincent Cousin, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes ; le général de division Pascal Facon, ancien commandant de la Force Barkhane au Sahel ; le général d’armée aérienne Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’AAE ; Emilien Dereclenne, docteur en philosophie, Université de Compiègne.

L’évolution de la menace. La guerre du Golfe (1991) a souligné l’importance de la maîtrise du ciel par le renseignement, la surveillance et la reconnaissance, rappelle Elie Tenenbaum. Depuis les attentats terroristes aux Etats-Unis en 2001, la puissance armée a été contournée par la décentralisation, la dissimulation, la « déception » (induire l’adversaire en erreur pour l’inciter à réagir contre ses propres intérêts) et le durcissement d’attaques nécessitant de plus en plus de moyens pour les contrer. Au cours des trente dernières années, les initiatives militaires des pays occidentaux ont cherché à produire des effets politiques. Les anciennes puissances, à savoir Russie, Chine, Inde, Iran et Turquie observent avec attention leurs points forts et leurs failles, notamment en matière de renseignement et d’actions cyber. La qualité des armements ne remplace pas leur quantité dans tous les domaines. L’émergence de la puissance économique et technologique se fait au profit de l’Asie-Pacifique. Par ailleurs, apparaît la volonté de remettre en cause le statut quo fondé sur le droit. Des zones territoriales se trouvent contestées en Syrie et en mer de Chine du Sud, affectant la liberté d’intervenir par la pratique du fait accompli. Il se crée des zones « grises », où la manœuvre en deçà du seuil critique réduit les risques d’escalade. Enfin, le coût militaire et politique d’une agression exerce un effet dissuasif.

L’intervention aérienne. En alerte permanente, l’AAE doit pouvoir intervenir sur 12.000 objectifs dans l’espace aérien au quotidien ; souligne le général Cousin. Lors des grands événements, elle doit détecter intrus et objets malveillants (drones). Dans une opération, la puissance aérienne devient un outil politique. En opération extérieure, elle donne une crédibilité à la parade politique par des frappes contre l’adversaire avec une faible empreinte au sol, comme l’a montré la guerre du Golfe. Elle est mise en œuvre à partir de la base de Lyon-Mont-Verdun pour l’opération « Barkhane » au Sahel ou, en coalition, à partir des Emirats arabes unis ou de Jordanie pour les actions au Levant. L’AAE doit acquérir des prototypes pour s’adapter aux menaces et anticiper leur évolution. Grâce à la numérisation et au partage d’informations, elle planifie et conduit les opérations « multi-domaines ». Celles-ci intègrent l’espace, le cyber, la guerre électronique et bientôt l’intelligence artificielle dans la défense anti-missiles, par la synchronisation des actions de tous les systèmes de combat. L’état final idéal consiste à fusionner les moyens pour une plus grande efficacité.

L’effet au sol. L’opération « Barkhane » contre les organisations terroristes Al Qaïda et Etat islamique dans le Grand Sahara se déroule sur un espace de 4 Mkm2, rappelle le général Facon. Chaque année, elle totalise 50 opérations majeures, 30 actions commandos et 10 opérations logistiques. Très sollicitée pour les liaisons aériennes et l’appui des troupes au sol, l’AAE joue un rôle majeur avec 1.200 sorties de chasse, 1.600 missions ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et 800 engagements. Les troupes partenaires africaines ont compris l’intérêt de la capacité de guidage aérien contre des cibles mobiles. L’évolution porte sur un partenariat de combat avec les drones armés, qui permettent de gagner du temps. Ces troupes partenaires ont besoin d’avoir accès à la technologie. Les industriels français devraient réfléchir à l’exportation d’armes faciles à utiliser et dont le maintien en condition opérationnelle devrait être rustique et soutenable financièrement, estime le général Facon. Selon lui, les forces terrestres doivent se préparer à maîtriser la très haute technologie dans un environnement exigeant et avec des pertes importantes dans des combats marqués par une très grande violence. Enfin, le changement climatique aura un impact sur les opérations futures.

La montée en puissance. Employée au niveau stratégique par sa participation à la dissuasion nucléaire, l’AAE a maintenu sa capacité pendant la pandémie du Covid-19, souligne son chef d’état-major. En cas de crise sur le territoire national ou à l’extérieur, elle réagit à partir de ses bases, outils de résilience. Elle détecte, identifie et caractérise des menaces accrues, dont les drones chargés d’explosifs. Son segment spatial lui permet de voir jusqu’à 36.000 km d’altitude et non plus 10 km. La Chine démontre sa puissance dans l’espace. La Russie envoie ses avions à long rayon d’action jusqu’en Espagne et les Etats-Unis les leurs jusqu’en mer Noire et en Méditerranée. Aucune mission militaire ne peut bénéficier d’une complète liberté d’action sans le contrôle du ciel, qui permet de connaître, d’anticiper et de frapper l’adversaire pour le neutraliser. Afin de comprendre et décider plus vite que lui, il s’agit de discerner l’essentiel dans la masse des données. Au sein de la Force Barkhane, les officiers de renseignement analysent en direct les flux d’informations pour les traduire rapidement en action. Pour conserver la supériorité opérationnelle, les Rafale emportent le missile air-air Meteor d’une portée supérieure à 150 km. La concentration des moyens crée des opportunités, estime le général Lavigne. Bientôt, grâce à l’intelligence artificielle, les capteurs permettront aux pilotes, navigateurs et tireurs de moduler leurs effets. L’AAE devra innover dans les modes d’action et se doter d’équipements adaptés aux opérations. Un entraînement plus réaliste portera sur la simulation des menaces par les radars embarqués dans les aéronefs. Afin de répondre au besoin de puissance aérienne collective, l’AAE est déjà capable de combattre avec ses homologues belge, allemande et américaine dans le cadre de l’OTAN.

Loïc Salmon

L’avenir des opérations aériennes devra prendre en compte la technologie et l’éthique, estime Emilien Dereclenne. Il s’agit de combiner automatisation et autonomie en gardant l’homme dans la boucle, car il juge en fonction de ses valeurs. Le drone agit à distance mais son pilote reste omnipotent. Quoiqu’hyperconnecté et toujours plus automatisé, le SCAF (Système de combat aérien du futur, photo) maintiendra la place de l’homme au sein des mégadonnées, de l’intelligence artificielle et de l’interopérabilité entre alliés. L’espace ouvre un nouveau front sur le plan industriel avec des technologies d’innovations et de ruptures, mais aussi sur les plans éthique et politique.

Opérations aériennes : la cohérence, clé du succès

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Drones : préparer le combat aérien de demain

 




Europe : défense future, la dimension militaire

Parallèlement aux menaces cyber, hybride et terroriste islamiste, les dépenses militaires s’accroissent dans le monde. La Chine et la Russie contestent la suprématie de l’Occident dans un nouveau rapport de forces.

Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 novembre 2019 à Paris, par la Fondation Robert Schuman et l’association Eurodéfense-France. Y sont notamment intervenus : le général (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’Etat-major des armées (2002-2006) et ex-président du comité militaire de l’Union européenne (2006-2009) ; le général (2S) Jean-Paul Perruche, ex-directeur général de l’état-major militaire de l’Union européenne ; Pierre Delsaux, directeur général adjoint à la Commission européenne pour le marché intérieur, l’industrie, l’entreprenariat et les petites et moyennes entreprises ; Françoise Grossetête, ex-députée européenne (1994-2019) et rapporteur du règlement sur le Fonds européen de défense ; l’ambassadeur de France Alain Le Roy, ex-secrétaire général exécutif du Service européen pour l’action extérieure (2015-2016).

Vulnérabilités. Le recul du multilatéralisme met en échec la gouvernance mondiale, estime le général Bentégeat. Le retour du nationalisme, en Russie, aux Etats-Unis, en Chine et peut-être en Grande-Bretagne, va de pair avec la résurgence du radicalisme qui exerce un impact sur l’Union européenne (UE) depuis cinq ans. La montée en puissance du militarisme suit l’augmentation des dépenses de défense, sauf en Europe à peu de choses près. L’accès au numérique et à l’espace accroît la montée en puissance militaire. Le réchauffement climatique et le déséquilibre démographique augmentent l’instabilité. La dissuasion nucléaire, facteur stabilisateur depuis 1949, se trouve remise en cause dans les opinions publiques depuis que le Traité d’interdiction des essais nucléaires a été signé par 120 Etats. L’UE accumule les vulnérabilités : « Brexit » britannique et irrédentismes régionaux (Catalogne) ; dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et du Moyen-Orient ; dépendance technologique vis-à-vis des Etats-Unis et demain de la Chine ; « eldorado » pour les migrants africains. Selon un sondage réalisé sur la menace dans l’UE en 2015, 11 Etats de l’Est nomment la Russie et 13 du Centre et du Sud le terrorisme islamiste et le Sud de la Méditerranée. Une reprise de la guerre civile dans les Balkans et l’impact d’un conflit régional extérieur sur les approvisionnements et la soumission à des chantages apparaissent probables. Toutefois, une agression extérieure serait précédée par des cyberattaques au sein de l’UE et par la neutralisation des systèmes satellitaires. Ces deux menaces structurelles sont déjà à l’œuvre en Ukraine et au Moyen-Orient. La constante restera la « surprise », dans l’évolution sociale ou des actes analogues aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Selon le général Bentégeat, il s’agit donc de s’y préparer par l’agilité intellectuelle et de développer des capacités qui n’existent pas dans l’UE ni dans l’OTAN. Une agression sur un Etat membre aura une influence sur les autres et aucun ne pourra y résister seul. Enfin, malgré le « Brexit », la Grande-Bretagne et l’UE devront rester des partenaires majeurs.

Recherche et développement. Selon Pierre Delsaux, la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure ont adopté un plan d’action en deux volets pour contrer la « cybermenace » : coopération pour mieux détecter une attaque ; redondance des mécanismes de fourniture d’énergie ou de moyens de transport au pays attaqué, par d’autres Etats membres. Il existe déjà un plan d’action au niveau OTAN contre les menaces cyber et dans l’espace. Ainsi, 10 % de l’économie française dépendent de satellites à protéger. Ces derniers sont surveillés par des satellites lancés par les Etats-Unis, l’Inde, la Chine et le Japon. Leur protection dépend des informations fournies, ou non, par les Etats-Unis. La capacité satellitaire européenne a donc été développée. Le système de positionnement Galileo, plus précis que le GPS américain, donne une autonomie stratégique pour les opérations militaires. Le programme d’observation de la terre Copernicus permet de surveiller les frontières et la Méditerranée. Les satellites sont mis sur orbite par des lanceurs européens ou russes en cas d’indisponibilité. Par ailleurs, la fragmentation de son industrie de défense (voir encadré) fait perdre 25 Md$/an à l’UE. Le Fonds européen de la défense (FED) a alors été mis sur pied pour financer des projets collectifs, développer des capacités nouvelles et orienter les recherches, dont les priorités seront définies par les Etats membres. Pour 2020, le FED a lancé 9 appels d’offres qui ont reçu une quarantaine de réponses de groupements d’entreprises. En 2021, il va proposer 13 Md€ sur 7 ans pour développer les technologies de « rupture », indispensables à l’avenir. La participation de pays tiers, par l’intermédiaire de leurs filiales européennes, n’est pas encore décidée. Des entreprises américaines tentent ainsi de bénéficier du financement du FED pour leurs propres recherches, de quoi mettre à mal l’autonomie de la stratégie européenne, souligne Françoise Grossetête.

Alliances. Après la seconde guerre mondiale, une nouvelle menace apparaît à l’Est de l’Europe, car l’URSS n’a pas démobilisé ses troupes, rappelle le général Perruche. La création de l’Union de l’Europe occidentale estimée insuffisante pour résister à une invasion, le recours aux Etats-Unis et donc à l’OTAN devient indispensable. La disparition de cette menace en 1991 conduit à l’adaptation sécuritaire de l’OTAN, qui sera déployée au Kosovo (1998-1999) et en Afghanistan (2001-2014). Parallèlement, par le traité de Maastricht (1992) l’UE instaure une « Politique étrangère et de sécurité commune », qui sera révisée en « Politique de sécurité et de défense commune » par ceux de Nice (2001) et de Lisbonne (2009). Ainsi, l’UE pourrait prendre le relais de l’OTAN en cas de crise à proximité du territoire d’un Etat membre. Toutefois, seules la France et la Grande-Bretagne se montrent capables d’intervenir sur un théâtre d’opération. Les difficultés pour définir les capacités et les volumes nécessaires des armées des Etats membres, pour un engagement à un niveau supra national, impliquent alors le recours à l’OTAN comme pendant la guerre froide (1947-1991). Mais, la garantie sécuritaire des Etats-Unis devient incertaine en 2019, après l’annonce par Washington de l’abandon de ses alliés kurdes au Moyen-Orient.

Loïc Salmon

Selon l’ambassadeur Le Roy, sur un total mondial de dépenses militaires de 1.800 Md$ en 2018, la part des Etats-Unis atteint 650 Md$, contre 340 Md$ pour l’Union européenne (UE), 250 Md$ pour la Chine, 61 Md$ pour la Russie et 64 Md$ pour la France. L’UE dispose de 12,5 millions de soldats, 10.000 chars et 2.500 avions, mais n’en déploie que 3 % hors de ses frontières. Elle utilise 17 types de chars, 19 types de frégates et 20 types d’hélicoptères de transport. Elle consacre 10 Md$ pour l’aide aux réfugiés syriens. Quoique considérée comme un « bouc émissaire facile » par certains Etats membres, l’UE, donne l’impression de fonctionner, estime l’ambassadeur.

Europe : défense future, la dimension géopolitique

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

Europe : une défense commune par des réalisations progressives et protéiformes




Europe : défense future, la dimension géopolitique

La chute du mur de Berlin (1989) et la fin de l’antagonisme Etats-Unis-URSS ont finalement conduit au retour du jeu traditionnel des puissances, à la baisse du multilatéralisme et à la diminution de la sécurité collective en Europe.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 novembre 2019 à Paris, par la Fondation Robert Schuman et l’association EuroDéfense-France. Y sont notamment intervenus : Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat ; l’ambassadeur de France Alain Le Roy, ancien secrétaire général exécutif du Service européen pour l’action extérieure (2015-2016) ; Michel Foucher, géographe et diplomate ; Jacques Rupnik, directeur de recherches à l’Institut d’études politiques de Paris ; Nadia Arbatova, Institut pour l’économie mondiale et les relations internationales, Académie des sciences de Russie.

Prise de conscience. La chute du mur de Berlin a laissé croire que la démocratie libérale et l’économie de marché avaient vocation à mettre fin à la guerre, rappelle Christian Cambon. Or les conflits du Golfe (1990-1991) et des Balkans (1991-2001) n’ont trouvé d’issues qu’avec l’intervention des Etats-Unis, soulignant l’incapacité des pays européens à assurer leur défense, sauf la Grande-Bretagne et la France qui disposent de l’arme nucléaire. Le concept français de l’autonomie stratégique, opposé à toute idée de vassalité et destiné à défendre ses intérêts vitaux, est de mieux en mieux compris en Europe. La Russie manifeste sa puissance en Crimée, dans le Donbass ukrainien et dans ses tentatives d’influencer les élections en Occident. Les Etats-Unis ont redéfini leur priorité en faveur du Pacifique, au détriment de l’Europe et du Moyen-Orient, région où ils laissent la main à la Russie. Le terrorisme islamique, qui déstabilise le Moyen-Orient et l’Afrique, constitue une menace pour tous les pays européens et provoque des flux migratoires. En 2013, l’administration Obama a refusé de condamner l’emploi de l’arme chimique en Syrie et, en 2019, l’administration Trump retire ses troupes de Syrie, offrant à la Turquie l’opportunité d’intervenir dans le Nord-Est syrien. Les Etats-Unis ont démontré : l’abandon de leur alliés kurdes, loyaux et efficaces, sans préavis ni consultation ; leur peu de souci de la menace de Daech en Europe ; leur désintérêt pour l’OTAN, avec des conséquences sur les relations entre l’UE et la Turquie. De son côté, la France a renoué le dialogue avec la Russie pour promouvoir la sécurité collective, souligne Christian Cambon.

Risque de fragmentation. L’Europe a inventé « l’Etat-nation » grâce à une communauté de langue, rappelle Michel Foucher. Après l’effondrement de l’URSS en 1991, les nouveaux Etats, qui en sont issus, veulent les attributs de l’indépendance. Les frontières de l’Europe d’aujourd’hui correspondent à 72 % des tracés institués au XXème siècle. L’OTAN, garante de la sécurité et de l’équilibre en Europe, s’affaiblit du côté des Etats-Unis. La sécurité en Europe centrale se trouve menacée par deux puissances hostiles, à savoir la Russie et la Grande-Bretagne. Après le « Brexit », celle-ci devrait revenir à sa diplomatie traditionnelle de surveillance et de manipulation en Europe centrale, mais de façon limitée pour assurer sa propre sécurité. Après les conflits en Transnistrie (Etat reconnu par la Russie mais qualifié de « Région autonome de Moldavie » par l’ONU) en 1991-1992, Géorgie (2008) et Ukraine (depuis 2013), la Russie subit 876 sanctions de la part de l’Union européenne (UE), mais n’acceptera jamais que Sébastopol (Crimée) devienne un port militaire de l’OTAN. Selon Michel Foucher, la tendance au repli sur eux-mêmes des Etats-Unis devrait se poursuivre en 2030. Elle débute par l’abandon de ses alliés du Sud Viêt Nam (1975), puis d’Egypte (2011) et des Kurdes (2019). De fait, l’administration Trump exprime l’opinion d’une partie importante de la société américaine, qui ne veut plus de dépenses militaires à ses dépens, se méfie des affaires européennes et n’oublie pas ses millions de morts et de blessés dans des guerres extérieures.

Evolution à l’Est. En 1989, les frontières disparaissent entre les Europes de l’Ouest et de l’Est, entre Russie et Tchécoslovaquie, Pologne et Tchécoslovaquie et Russie et Hongrie, rappelle Jacques Rupnik. Alors que l’Europe du Centre et de l’Est se décloisonne, la Yougoslavie éclate. Après la dissolution du Pacte de Varsovie (1955-1991), la géopolitique se déplace vers l’Ouest et l’UE et l’OTAN vers l’Est, pour aboutir à des convergences économiques (rattrapage des pays de l’Est) et politiques (institutions et modes de vie), puis des clivages Nord-Sud, consécutifs à la crise de la dette de la zone euro (depuis 2010) et aux flux migratoires. Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), qui n’ont pas connu les migrations des ressortissants des anciennes colonies des pays de l’Europe de l’Ouest, refusent les quotas de migrants instaurés par l’UE. Ils ont voulu adhérer à l’OTAN pour se protéger de l’Allemagne et de la Russie. La volonté des Etats-Unis de changer l’OTAN a incité la Pologne à conclure un accord bilatéral avec eux, portant sur le financement (2 Md$) de l’installation d’une base américaine sur son territoire.

Vision russe. Après la dislocation de l’URSS, la Russie, quoiqu’européenne par sa culture, n’a pas trouvé sa place sur le continent européen, indique Nadia Arbatova. Dépourvue de passé démocratique, son identité se fonde sur l’autocratie et la convergence entre pouvoir politique et puissance militaire. La Russie a cru que l’élargissement de l’UE, non considérée comme une rivale, serait une alternative à l’OTAN. Or, l’insistance des dirigeants occidentaux sur leur complémentarité se trouve à l’origine de la crise russo-ukrainienne. L’intégration de la Crimée à son territoire l’ayant exclue de tous les forums internationaux, elle s’est tournée vers le Sud de la Méditerranée. Par ailleurs, elle vend son gaz à bas prix pour garantir la stabilité politique à ses frontières. Le doute au sein de l’UE, qui y voit une volonté de restaurer l’empire des tsars, est perçu par la Russie comme une tentative de celle-ci pour empêcher son développement économique.

Loïc Salmon

Selon l’ambassadeur Le Roy, le poids démographique de l’Union européenne (UE), actuellement de 510 millions d’habitants (Mh) devrait rester le même en 2030, alors que la population mondiale devrait passer de 7,6 milliards d’habitants (Mdh) à 8,6 Mdh. Les projections 2030 s’établissent à 330 Mh pour les Etats-Unis, 140 Mh pour la Russie et 1,7 Mdh pour l’Afrique. En 2018, l’âge moyen atteint 42,8 ans au sein de l’UE, 38,1 ans aux Etats-Unis, 39,6 ans en Russie, 47,3 ans au Japon et 30,4 ans en Afrique. Dès 2014, le produit intérieur brut en parité de pouvoir d’achat de la Chine a dépassé ceux de l’UE et des Etats-Unis. Avec 1.830 Md$, le produit intérieur brut de la Russie reste inférieur à celui de l’Italie. Sur le plan commercial, la Chine « pèse » 2 Md$, l’UE 1,8 Md$ et les Etats-Unis 1,4 Md$. L’UE dépense 150 Md$ pour l’aide au développement et les Etats-Unis 34 Md$. Sur le plan monétaire, l’euro représente 21 % des réserves mondiales et le yuan chinois moins de 2 %. Premier investisseur étranger en Russie, l’UE reste son principal partenaire commercial et est considérée comme tel par la Chine.

Quel projet demain pour l’Union européenne d’aujourd’hui ?

Russie, alliance vitale

Chine : montée en puissance régionale et internationale




Opex, des vies pour la France

L’indépendance de la France et sa liberté d’action nécessitent souvent des opérations extérieures (Opex), où de nombreux soldats projetés y ont laissé la vie pour les défendre.

L’Anopex (Association nationale des participants aux opérations extérieures) leur rend hommage par cet ouvrage, qui explique en détail les différentes Opex engagées de 1963 à 2019. La politique étrangère de la France, à savoir son rôle mondial pour prévenir les conflits ou les circonscrire rapidement, est caractérisée par le général Charles de Gaulle dès novembre 1945 : la diplomatie l’exprime, l’armée la soutient et la police la couvre. En conséquence, la protection du territoire national, métropole et outre-mer, et des axes de communications maritimes et aériens ainsi que la défense des intérêts français dans le monde requièrent une projection de forces. Président de la République (1958-1969), il renforce cette indépendance diplomatique par une dissuasion nucléaire autonome et la sortie du commandement militaire intégré de l’OTAN (1966). Le Livre blanc de la défense, publié en 1972 durant le mandat de son successeur, Georges Pompidou (1969-1974), présente la théorie des trois cercles. Le premier concerne le territoire national, protégé par la dissuasion nucléaire et les forces de défense opérationnelle du territoire. Le deuxième s’étend au glacis européen face au bloc soviétique. Le troisième englobe les départements et territoires d’outre-mer, dont le Centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique et le Centre spatial guyanais, les forces pré-positionnées en Afrique, chez les Etats signataires d’accords de défense, et le libre passage sur les voies maritimes mondiales. Sous Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), la politique internationale et de défense reste liée aux approvisionnements pétroliers des Proche et Moyen-Orient, accompagnés de ventes d’armes et de fourniture de matériel nucléaire, la France n’ayant pas encore adhéré au traité de 1968 sur la non-prolifération. En outre, des militaires français participent, sous casque bleu, à la Force intérimaire des nations unies au Liban (1978-1979). François Mitterrand (1981-1995) crée la Brigade franco-allemande et se prononce pour le déploiement des euromissiles en Allemagne de l’Ouest face aux SS 20 soviétiques jusqu’à la dissolution du Pacte de Varsovie (1991). Une division française participe à la guerre de libération du Koweït sous l’égide de l’ONU (1990-1991). Le retour d’expérience conduit à la réorganisation du renseignement militaire avec une dimension spatiale, qui renforce l’autonomie d’appréciation stratégique. La participation française au conflit des Balkans en 1993, sous drapeau de l’ONU, se poursuit jusqu’à l’élection de Jacques Chirac (1995-2007). Ce dernier engage un contingent français en Afghanistan (2002-2014) au sein la Force internationale d’assistance et de sécurité, sous commandement OTAN et décision de l’ONU, au nom de la lutte contre le terrorisme. Partisan du multilatéralisme, il refuse de suivre l’offensive anglo-saxonne en Irak (2003) sans mandat de l’ONU. Nicolas Sarkozy (2007-2012) crée le Conseil de défense et de sécurité nationale, qui définit les priorités en matière de renseignement, contre-terrorisme, programmation militaire, dissuasion et Opex. En 2009, la France réintègre le commandement militaire intégré de l’OTAN, pour peser sur son avenir et sur ses décisions en matière d’Opex. Toutefois, elle conserve l’autonomie de sa dissuasion nucléaire.

Loïc Salmon

« Opex, des vies pour la France », ouvrage collectif. Editions Historien-Conseil, 456 pages, 38 €.

Défense : la mort, au cœur de la singularité militaire

Engagés pour la France, opérations extérieures 1978-2018

Chefs d’Etat en guerre




OTAN : évolution, partenariat, élargissement et cyber

L’OTAN s’adapte aux transformations de l’espace stratégique, qui inclut aussi le cyber. La dynamique politique, commerciale, civile et militaire de ce dernier multiplie les moyens d’actions discrètes et indirectes, rendant difficile l’établir la responsabilité d’un Etat.

Ce domaine a fait l’objet d’un colloque organisé, le 16 septembre 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à l’occasion du 70ème anniversaire de l’OTAN. Y sont notamment intervenus : le général (2S) Michel Yakovleff, titulaire de différents postes à l’OTAN de 2009 à 2016 puis enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris ; Guillaume Lasconjarias, délégué défense au ministère de l’Education nationale ; Camille Morel, Université Lyon 3. En outre, la FRS a diffusé une note de recherche intitulée « Du cyber et de la guerre », écrite par son chercheur associé, le général (2S) Olivier Kempf.

Alliance militaire évolutive. L’OTAN consiste en exercices et partenariats qui produisent du dialogue et de la sécurité, mais a tendance à militariser la situation du monde, explique le général Yakovleff. Depuis 50 ans, elle développe ses capacités par des exercices, dont les normes constituent un label fort, au point que la Russie a réformé ses forces armées en conséquence. Les opérations entreprises par l’OTAN au Kosovo, en Afghanistan et en Irak depuis 1999 apparaissent comme des « accidents historiques ». L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord a en effet évolué au cours d’une succession de réformes. Créée face à l’URSS en 1949 par des pays occidentaux démocratiques, elle s’est réinventée dans le « Partenariat pour la paix », passant d’une alliance « contre » à une alliance « pour » agir ensemble. Fondée sur le consensus, l’OTAN n’est pas le « faux-nez » des Etats-Unis, qui fédèrent l’espace stratégique en profondeur dans le respect des opinions des autres, souligne le général. Même si les Etats-Unis représentent 25 % de la structure militaire de l’OTAN, une opération peut se faire sans eux, notamment par une coalition spécifique avec les structures existantes. La France le démontre au Sahel, sans pour autant conduire une opération « à l’américaine ». Peu pourvue en implantations et en fonctionnaires, l’OTAN constitue une véritable école de partage pour les milliers d’officiers des pays membres qui y sont affectés trois ans. Toutefois, elle se trouve fragilisée par l’un de ses membres, la Turquie, qui représente une menace existentielle plus grave que la résurgence de la Russie, avertit le général. Selon lui, la puissance militaire turque face à l’URSS d’autrefois a diminué, depuis que le régime actuel terrorise les élites militaires, a décapité l’armée de l’Air et a accumulé les erreurs tactiques en Syrie face à Daech, causant des pertes colossales malgré les moyens engagés.

Défense et sécurité. Après l’éclatement du Pacte de Varsovie (1991), l’OTAN s’est élargie pour se transformer en alliance de sécurité collective et assurer une légitimité maximale, indique Guillaume Lasconjarias. Elle a accueilli son 30ème membre, la Macédoine du Nord, en 2019 à l’issue d’un compromis sur son nom avec la Grèce. L’OTAN promeut les valeurs occidentales, dont l’état de droit, dans les forces armées des membres du « Partenariat pour la paix » (20 pays, pour la plupart neutres ou de l’ex-URSS), mais le dialogue avec la Russie a été interrompu après son annexion de la Crimée en 2014. L’OTAN entretient d’autres partenariats dans le monde : « Dialogue méditerranéen » (Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Mauritanie, Maroc et Tunisie) ; « lnitiative de coopération d’Istanbul » (Bahreïn, Qatar, Koweït et Emirats arabes unis) ; « Partners around the Globe » (Afghanistan, Australie, Colombie, Irak, Japon, Corée du Sud, Mongolie, Nouvelle-Zélande et Pakistan). S’y ajoutent ceux avec diverses organisations internationales : ONU ; Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ; Union européenne ; Union africaine ; Ligue arabe. La Géorgie et l’Ukraine ne peuvent encore la rejoindre, à cause de leurs conflits territoriaux en cours : Abkhazie et Ossétie du Sud pour la première et Crimée pour la seconde. Par ailleurs, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie veulent y adhérer, car la présence des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, principaux pays membres, permettrait de créer une coalition spécifique en cas de conflit multinational dans leur environnement proche. En raison de ses engagements internationaux et de ses capacités expéditionnaires, l’OTAN se trouve sur deux fronts. Sa direction stratégique Est traite la Russie, les menaces hybrides, la pression économique et la dissuasion nucléaire. Sa direction stratégique Sud s’occupe du djihadisme, du terrorisme et des migrations. L’OTAN doit gérer les crises, assurer une défense collective et coopérer en matière de sécurité. Elle considère que si les Etats du Sud sont en sécurité, ceux du Nord le seront aussi.

Conflictualité nouvelle. Selon le général Kempf, la lutte générale dans le cyber mélange : les intérêts de puissance, réservés aux Etats ; les intérêts économiques des firmes multinationales et des mafias ; les intérêts politiques ou idéologiques (organisation non gouvernementales, djihadistes, Wikileaks, Anonymous et « cyberpatriotes ») ; les intérêts individuels (hackers). En outre, le cyber constitue un outil remarquable pour des actions hostiles, en-deçà du seuil de la guerre et en dehors d’actions militaires classiques : sanctions juridiques ; blocus économiques ; amendes ; guerre économique ; actions massives d’influence. La « cyberconflictualité » s’est développée en même temps que la mondialisation. Elle sape la concurrence par l’emploi souterrain et quotidien de l’espionnage, du sabotage et de la subversion. Aux Etats-Unis, sous prétexte de lutte-anti-terrorisme, la NSA espionne surtout les pays concurrents et collabore, dans une relation à double sens, avec les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). La Chine, pratique une stratégie d’espionnage économique par tous les moyens, y compris le cyber. Russie, Israël et Singapour entretiennent une symbiose étroite entre les services spécialisés et les jeunes passionnés d’informatique. A terme, conclut le général, cette nouvelle conflictualité va fusionner les guerres militaires, les oppositions géopolitiques et les concurrences économiques. Toutefois, elle n’a pas encore tué d’êtres humains.

Loïc Salmon

Selon Camille Morel, 350 câbles sous-marins acheminent 80 % des flux de données, publiques et privées, transitant sur internet. Les satellites ne jouent qu’un rôle complémentaire, notamment en Arctique et au Canada. Dès le XIXème siècle, ces réseaux de câbles font l’objet de menaces, surtout par l’espionnage. Depuis les années 1980, des Etats et des organisations non étatiques tentent de capter les informations en transit sur la fibre optique des câbles et peuvent, éventuellement, s’attaquer à leurs réseaux de gestion. L’OTAN a pris conscience de la vulnérabilité des câbles sous-marins et les considère comme des cibles militaires en temps de guerre. Elle a lancé une réflexion sur leur importance, le droit de la mer et la nécessité d’accroître la résilience dans ce domaine. De leur côté, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne réglementent l’exportation des matériaux et éléments les concernant.

OTAN : synergie pour traiter les symptômes et causes des crises

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)




Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

L’Initiative européenne d’intervention (IEI), forte de dix membres, devrait bientôt en compter quatre de plus, à savoir deux au Nord et deux au Sud.

Sa deuxième réunion des ministres de la Défense s’est tenue le 20 septembre 2019 à Hilversum (Pays-Bas). Selon l’Agence France Presse, l’IEI doit examiner les candidatures de la Norvège et de la Suède (d’après une source proche du dossier), de l’Italie (communiqué du gouvernement italien) et de la Grèce (annonce du président de la République française à la conférence des ambassadeurs fin août). L’IEI a été lancée par la France en juin 2018, en raison du nouveau contexte stratégique et des nouvelles formes de conflit. Elle compte l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Portugal.

Coopération franco-estonienne. En marge de la réunion d’Hilversum, Florence Parly, ministre des Armées, a rencontré son homologue estonien Jüri Luik pour célébrer et approfondir les 25 ans de l’accord de coopération bilatérale de défense. Des militaires des deux pays ont servi ensemble au bataillon de la « présence avancée renforcée » de l’OTAN en Estonie, élément essentiel de la posture de dissuasion et de défense de l’Alliance atlantique. La France, qui y a contribué en 2017 et 2019, va renouveler son engagement opérationnel en 2021. Depuis 2018, l’Estonie participe à l’opération « Barkhane » de lutte contre le terrorisme au Sahel en portant assistance aux forces armées maliennes pour développer leur capacité en matière de sécurité. En 2020, elle va accroître sa présence par le déploiement d’une section d’infanterie et des forces spéciales. Enfin, France et Estonie coopèrent en matière de cyberdéfense.

Culture stratégique commune. Selon un document du ministère des Armées, les dix membres actuels de l’IEI totalisent plus 300 millions d’habitants, dépensent plus de 160 Md€ par an pour leur défense et déploient 25.000 soldats en opérations extérieures. Depuis novembre 2018, Les rencontres militaires, au niveau des hauts représentants d’états-majors, portent sur la conduite de travaux opérationnels pour répondre ensemble aux menaces actuelles et futures. Elles reposent sur le partage du renseignement et l’anticipation stratégique commune sur les zones de crise actuelles et potentielles. Elles conduisent des planifications concrètes sur des questions ou thématiques transverses entre les pays membres intéressés. Elles portent aussi sur le retour d’expérience, l’appui aux opérations et le partage de doctrines. Il s’agit de développer une capacité commune à réagir rapidement aux catastrophes naturelles, par des opérations non-combattantes d’évacuation des ressortissants, et à mener des opérations militaires de haute intensité dans le monde entier. Quoiqu’indépendante de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN, l’IEI partage avec elles l’objectif commun de la sécurité de l’Europe. Elle vise à les renforcer par une action militaire dans leur cadre respectif, celui de l’ONU ou celui d’une coalition spécifique. Complémentaire de l’OTAN et de l’UE, l’IEI devrait couvrir, par des coopérations opérationnelles pragmatiques, des domaines incomplètement traités par l’OTAN et l’UE, notamment dans le cadre de la « Coopération structurée permanente » du traité de Lisbonne (2009), relative à la défense des pays membres de l’UE.

Loïc Salmon

Europe : une défense commune par des réalisations progressives et protéiformes

Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise




14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

L’édition 2019 du défilé sur les Champs-Elysées à Paris souligne l’engagement européen en matière de défense et de sécurité. Elle inclut une présentation des innovations dans les domaines de la robotique, de l’espace et du cyber.

Le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, l’a expliqué à la presse le 11 juin à Paris. L’édition 2019 fête divers anniversaires de formations participant au défilé : 80 ans du Bataillon des marins-pompiers de Marseille ; 70 ans de l’Ecole d’enseignement technique de l’armée de l’air (école féminisée depuis 20 ans) ; 55 ans des Forces aériennes stratégiques (armée de l’Air et Marine nationale) ; 30 ans de la Brigade franco-allemande (BFA) ; 10 ans de l’Ecole des mousses.

Solidarité européenne. Le thème « Protéger ensemble » met en valeur les coopérations des armées européennes dans leurs accords bilatéraux et multilatéraux, leurs missions au sein de l’OTAN (police de l’air pour les pays baltes) ou dans le cadre de l’Union européenne et enfin l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Cette dernière regroupe dix pays : France ; Allemagne ; Belgique ; Danemark ; Espagne ; Estonie ; Finlande ; Pays-Bas ; Portugal ; Grande-Bretagne. Leurs écoles de formation accueillent des stagiaires étrangers. Ces pays sont représentés par : leurs emblèmes, à savoir détachement autour du drapeau national ; des troupes à pied pour la BFA, le Corps de réaction rapide France (OTAN), le Corps de réaction rapide européen, des frégates multi-missions FREMM et le porte-hélicoptères amphibie Mistral ; des aéronefs, dont des avions de chasse F18, Typhoon, F16 et Tornado et des hélicoptères NH90, Tigre et CH47. Les pays membres de l’IEI coopèrent à différents niveaux, de la réflexion stratégique à l’engagement commun au sol, sur mer et dans les airs. En particulier, la Grande-Bretagne et la France partagent la même culture dans ces domaines depuis longtemps.

Participations exceptionnelles. D’une durée de deux heures, le défilé totalise 4.212 personnels défilant à pied, 196 véhicules, 200 cavaliers de la Garde républicaine, 66 avions et 36 hélicoptères. Il se déroule sur 1,2 km le long de l’avenue des Champs-Elysées dont la largeur a été réduite à 19 m pour dégager 8 m de pistes cyclables. Il inclut notamment et pour la première fois : l’avion de transport et de ravitaillement en vol Airbus A330 MRTT ; l’avion de guerre électronique C160 Gabriel ; l’avion d’essais en vol Fokker 100 de la Direction générale de l’armement ; le Centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie ; une formation des Centre médicaux des armées. Suite à la création de l’Agence de l’innovation de défense en 2018 destinée à acquérir la supériorité opérationnelle face aux menaces de demain, l’animation initiale présente les projets les plus avancés dans tous les milieux : terrestre avec le robot Stamina, capable de suivre un itinéraire sans GPS ; spatial, aérien et cybernétique par des projections de vidéos sur de grands écrans à la place de la Concorde. L’animation finale, centrée sur les blessés comme au défilé de la Victoire en 1919, présente : l’étendard de l’Institution nationale des Invalides avec une collecte de sang dans l’enceinte des Invalides l’après-midi ; la musique de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris et les chœurs des écoles militaires ; des jeunes du Service national universel et du Service civique ; des blessés qui se reconstruisent par le sport de haut niveau. Par ailleurs, chaque année, à l’occasion du 14 juillet, le Souvenir Français rend hommage aux 19 présidents de la République décédés et inhumés en France, dont 7 à Paris.

Loïc Salmon

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