Espace : « Keraunos », le laser pour la communication optique

Le projet « Keraunos », qui sera expérimenté fin 2022, consiste en un système de communication optique par laser entre un nano-satellite (10 kg) en orbite basse (250 km à 2.000 km) et une station sol compacte et transportable.

La ministre des Armées, Florence Parly, l’a annoncé au cours du Forum Innovation Défense, qui s’est tenu à Paris du 25 au 27 novembre 2021.

Le projet « Keraunos ». Par rapport à la liaison radio habituellement utilisée, la liaison optique permet un débit de données plus important, une meilleure discrétion et l’affranchissement du partage des fréquences d’émission entre différents utilisateurs. Toutefois, la turbulence de l’atmosphère produit des perturbations sur la transmission des données, envoyées depuis un satellite, qu’il convient de corriger au niveau du récepteur sol, que « Keraunos » devrait pouvoir les contourner pour une qualité de transmission optimale. En outre, il ne nécessitera pas l’optique adaptative des technologies actuelles, massives et peu mobiles. Il permettra un déploiement rapide des communications laser sur des plateformes mobiles, qu’elles soient terrestres, navales ou aériennes. Il pourra s’intégrer aux futurs systèmes satellitaires des armées. Ce projet est porté par deux startups françaises : Unseenlabs pour la conception et le lancement du nano-satellite, dont l’architecture logicielle pourra intégrer la charge utile laser ; Cailabs pour la station sol, compacte et légère, pour des emplois industriels ou opérationnels. Le ministère des Armées a pris une participation dans leur capital respectif via Definvest, son fonds d’investissements cogéré avec BpiFrance, banque publique d’investissements chargée de soutenir notamment les entreprises innovantes. En outre, l’Agence de l’innovation de défense finance « Keraunos » à hauteur de 5,5 M€, dans le cadre de la mission « espace » pour laquelle la Loi de programmation militaire 2019-2025 consacre 4,3 Mds€. Déjà, deux lancements spatiaux ont été réalisés avec succès en 2021 : 1 satellite de télécommunication Syracuse 4 A le 24 octobre ; 3 satellites de renseignement CERES le 16 novembre.

Le « New Space ». L’arrivée d’acteurs privés dans le « New Space » (nouveau domaine spatial) suscite l’émergence de nouvelles méthodes de travail, de technologies innovantes et d’investissements importants. Le ministère des Armées suit le développement des avancées portées par les startups françaises et accompagne celles pouvant déboucher sur des applications à la fois civiles et militaires. Ainsi, Unseenlabs, fondée à Rennes en 2015, développe, met en œuvre et exploite une constellation de nano-satellites de recueil et localisation de signaux radiofréquences pour la surveillance maritime avec une couverture mondiale. Cailabs (Rennes, 2013), spécialisée dans la gestion de la forme des lasers, conçoit, fabrique et vend des composants et sous-systèmes optiques innovants, qui permettent de s’affranchir de l’impact de l’atmosphère sur un lien optique. Selon le site Métier du Spatial, le « New Space » accueille plus de 1.000 entreprises, implantées surtout aux Etats-Unis et capables de construire fusées et satellites pour les orbites basses. La NASA favorise leur développement. Le ravitaillement de la station spatiale internationale (400 km d’altitude) est, en partie, confié à des acteurs privés. Space X y a envoyé des astronautes américains sur contrat NASA. En France, Kineis va financer une constellation de 25 nano-satellites et 20 stations sol pour l’internet des objets, dont le système de balises Argos.

Loïc Salmon

Espace : lancement réussi des 3 satellites militaires CERES

Espace : lancement réussi du satellite militaire Syracuse 4A

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation




Défense : lutte informatique d’influence et respect du droit

Face aux campagnes de désinformation déstabilisantes, la supériorité opérationnelle sur un théâtre nécessite de maîtriser le champ informationnel pour appuyer l’action militaire, mais dans le cadre du droit international.

Florence Parly, ministre des Armées, et le général Thierry Burkhard, chef d’Etat-major des Armées (CEMA), l’ont expliqué, le 20 octobre 2021 à Paris, lors de la publication de la doctrine militaire de lutte informatique d’influence (L2I), complément de celles relatives à la lutte informatique défensive (LID, 2018) et la lutte informatique offensive (LIO, 2019).

Lieu de compétition stratégique. Gagner la bataille idéologique de la guerre froide (1947-1991) passait par la faculté d’agir sur la perception des populations et impliquait d’utiliser l’information comme une arme, indique Florence Parly. Mais la nouveauté réside dans la vitesse de circulation de l’information (voir encadré). Daech s’est révélé d’une très grande efficacité par sa capacité à mobiliser et recruter sur les réseaux sociaux dans les années 2010. Son expansion territoriale est allée de pair avec la professionnalisation de ses opérations informationnelles (46.000 comptes recensés en 2014). La neutralisation des cadres qui les organisaient a contribué au déclin de l’organisation et à la fin de sa domination territoriale. L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 a été réalisée autant par la manipulation d’informations et la désinformation que par les manœuvres militaires. Aujourd’hui, les principales puissances mondiales (Etats-Unis, Chine et Russie) sont engagées dans la course aux armements et dans celle des technologies de l’information. Mais il existe une asymétrie entre les démocraties libérales et les Etats autoritaires. En matière de cyberdéfense, la France se défend, attaque et influence. « Concrètement, souligne la ministre des Armées, cela signifie que, sur les théâtres d’opérations où elles agissent, les armées françaises conduisent des actions informationnelles, afin de lutter contre la propagande terroriste et contre la manipulation de l’information ». En liaison avec le ministère de l’Intérieur et les principaux pays alliés, elles surveillent les réseaux sociaux pour contrer, notamment, les activités numériques de Daech, d’Al Qaïda et des organisations affilées. Elles en exploitent les renseignements recueillis et en dénoncent les comptes liés à leurs propagandes. Vu le caractère sensible du terme « influence », la ministre des Armées précise que « les armées françaises ne conduiront pas d’opération informationnelle sur le territoire national. Les armées françaises ne déstabiliseront pas un Etat étranger à travers des actions informationnelles qui viseraient, par exemple, ses processus électoraux. » La cyberdéfense, considérée comme prioritaire par la Loi de programmation militaire 2019-2025, va donner lieu à l’embauche d’informaticiens, de linguistes, de psychologues, de sociologues et de spécialistes de l’environnement informationnel et cognitif.

Capacités militaires. Les actions d’influence obéissent, notamment, au maintien de l’initiative face à l’adversaire. « L’enjeu, indique le général Burkhard, est donc d’être capable de communiquer vite et juste. A la contrainte de la vitesse, se combine une obligation d’exactitude, ce qui rend l’exercice parfois difficile ». Il s’agit de proposer un narratif sincère et convaincant et de disposer d’informations vérifiées, dont la diffusion appuie les opérations militaires. L’influence vise à devancer les « fake news » (informations tronquées ou fausses) ou les contrer en rétablissant les faits. L’action du Comcyber (commandant de la cyberdéfense) dans le champ informationnel est coordonnée avec l’ensemble des actions en cours. La manœuvre s’articule autour de la recherche permanente de la synchronisation des effets. Pour cela, précise le CEMA, il faut recueillir du renseignement, étudier l’adversaire, choisir des modes d’action et prévoir les cas non conformes. La L2I s’appuie sur un ensemble de modes d’action, qui se combinent. Manœuvrer implique aussi d’accepter une part d’incertitude et de prendre des risques, à réduire au minimum, car l’ensemble des variables dans l’analyse et l’action n’est jamais maîtrisable. « Seule l’audace permet de saisir les opportunités et d’imposer un rapport de forces favorables, souligne le général Burkhard. Il faut se préparer à un conflit de haute intensité, même si la L2I contribue à gagner la guerre avant qu’elle se déclenche. Sa doctrine a pour objet de donner aux cyber-combattants des règles d’engagement claires pour agir efficacement, conclut le CEMA, qui s’appuie sur le Comcyber et des unités spécialisées pour la mettre en œuvre.

Renseigner, défendre et agir. Le document « Eléments publics de doctrine militaire de lutte informatique d’influence » en présente les objectifs et les types d’opérations militaires. En matière de renseignement, il faut : connaître l’environnement international d’une coopération militaire ; détecter et caractériser les attaques informationnelles adverses ; connaître les intentions et les dispositifs militaires adverses. Outre la veille numérique, il s’agit d’induire l’adversaire en erreur pour lui faire dévoiler ses intentions ou son dispositif. En matière de défense, pour faire cesser les attaques informationnelles adverses ou en atténuer les effets, il faut les dénoncer, contenir, affaiblir ou discréditer, y compris par la ruse. La L2I valorise l’action des forces armées dans leur zone d’action, affaiblit la légitimité de l’adversaire et appuie les opérations menées dans le champ physique par des manœuvres de diversion. Ses opérations consistent à : promouvoir l’action des forces armées sur les médias sociaux ; convaincre les acteurs d’une crise d’agir dans le sens souhaité ; dénoncer les incohérences ou mensonges de l’adversaire ; faire des opérations de « déception » (tromperie).

Loïc Salmon

Selon le ministère des Armées, les réseaux sociaux débitent en 60 secondes : 1,3 million de connexions et 360 nouveaux inscrits sur Facebook ; 19 millions de SMS envoyés ; 4,7 millions de vues sur YouTube ; 400.000 applications téléchargées sur Google Play ; 694.444 visites sur Instagram ; 194.444 tweets ; 190 millions de courriels envoyés ; 1.400 vidéos postées sur Tik Tok ; 305 commandes vocales « intelligentes » ; 2,5 millions d’images vues sur Imgur ; 59 millions de messages instantanés envoyés sur Facebook Messenger ; 2,5 millions de publications sur Snapchat ;  4,1 millions de requêtes sur Google ; 1,1 million de dollars dépensés. La couche informationnelle du cyberespace comporte six caractéristiques : contraction du temps et de l’espace par l’immédiateté de l’information, diffusée à très grande échelle et favorisant l’interactivité ; possibilité de dissimuler les sources d’information ou d’en falsifier l’origine par la maîtrise des technologies ; information difficile à effacer, car facilement dupliquée ou stockée ailleurs ; grande liberté des comportements individuels pour diffuser de l’information, vraie ou fausse, sans aucun contrôle éditorial ; innovations technologiques continues en matière de création, stockage et diffusion d’informations ; espace modelé par les grands opérateurs du numérique, qui imposent leur propre réglementation.

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Défense : le cyber, de la conflictualité à la guerre froide

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

 




Armée de Terre : intervenir dans tous les types de conflits

La combinaison des masse, technologie et agilité manœuvrière doit permettre à l’armée de Terre de prendre l’ascendant dans les champs de confrontation physiques, virtuels ou cognitifs.

Cela ressort du document « Concept d’emploi des forces terrestres 2020-2035 », élaboré par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de Terre. Il a été rendu public lors de la présentation de l’armée de Terre à Satory le 7 octobre 2021.

Evolution du milieu aéroterrestre. Dans le contexte du continuum « paix, crise et guerre », les forces terrestres, engagées sur le territoire national et en opérations extérieures, s’intègrent dans la stratégie globale des armées couvrant les fonctions : connaître et anticiper ; prévenir ; dissuader ; protéger ; intervenir. Le milieu aéroterrestre dispose de liens permanents avec les littoraux et infrastructures portuaires, lieux de transit et infrastructures de contrôle aérien ou spatial et enfin infrastructures de systèmes de communication. L’urbanisation progresse avec la croissance démographique pour atteindre 43 mégapoles de plus de 20 millions d’habitants en 2030. L’effet conjugué des crises économiques et du dérèglement climatique provoque un peuplement de zones jusque-là inaccessibles. Les zones périphériques constituent des champs de confrontation physique, préalable à la conquête de l’espace urbain qui abrite les centres de décision. Le spectre hertzien, surexploité, se transforme en champ de bataille jusqu’à une absence de service ou une dégradation avec des interférences sur de nombreuses technologies, avec le risque de brouillage intentionnel des systèmes de combat « info-valorisé » (programme Scorpion) et de navigation par satellite. L’absence de processus démocratiques de régulation offre des perspectives aux stratégies hybrides dans la sphère informationnelle, grâce à l’amélioration continue des capacités techniques de traitement des audiences. Les forces armées et les populations civiles sont visées par des manipulations sociales hostiles, pour altérer les valeurs et croyances d’une société ou d’un Etat. S’y ajoute la guerre « politique » pour influencer le processus décisionnel d’un Etat, afin d’obtenir une modification de politique conforme aux intérêts de l’attaquant. Une opération militaire, même limitée géographiquement, ne bénéficie plus du silence des médias. Le champ informationnel des perceptions constitue donc une contrainte, mais aussi une opportunité pour les forces terrestres qui, si nécessaire, peuvent les placer au centre de leur manœuvre.

Mutations technologiques. L’appui des drones et robots aux forces terrestres va se développer d’ici à 2030, modifiant la conduite des opérations. Outre la connexion homme-machine à encadrer sur les plans éthique, juridique, technique ou doctrinal, les systèmes automatisés utiliseront l’intelligence artificielle. Ainsi d’ici à 2030, l’armée de Terre va disposer de « systèmes équipiers » qui conserveront l’homme dans la boucle décisionnelle. Les différents systèmes vont davantage collaborer entre eux, à savoir entre différents types de robots ou entre robots et drones, comme par exemple les robots ravitailleurs ou les essaims de drones à des fins de saturation de l’adversaire. Les forces terrestres françaises ne devraient pas employer de systèmes d’armes létales autonomes, mais pourraient s’y trouver confrontées d’ici à 2030. Ces armes seraient capables de déterminer l’ouverture du feu sur un champ de bataille sans intervention d’un opérateur. Ces mutations technologiques vont renforcer l’autonomie de décision du soldat, qui devra gérer une charge mentale accrue par les flux d’informations. Par ailleurs, par sa désorganisation sociale massive, la pandémie du Covid-19 a fait prendre conscience du risque biologique naturel. Cela implique le retour possible d’une menace nucléaire, radiologique, bactériologique ou chimique (NRBC). Au combat, l’appui NRBC est constitué de modules opérationnels avec des capacités de reconnaissance et de décontamination, aptes à suivre la manœuvre du niveau de la section jusqu’à celui de groupement tactique interarmes. En 2030, en cas de conflit de haute intensité, l’armée de Terre devrait disposer d’une masse de manœuvre formée, équipée et entraînée pour absorber le choc d’un événement NRBC dans les meilleures conditions possibles. La France excluant toute bataille nucléaire, l’arme nucléaire tactique ne saurait être la continuation des feux conventionnels. Toutefois, certains Etats, possesseurs de l’arme nucléaire ou susceptibles de l’être, pourraient quand même l’utiliser contre des postes de commandement, des unités blindées ou des points logistiques importants. Cela implique, pour l’armée de Terre française, des équipements adaptés, des installations de décontamination, des matériels spécifiques (dosimètres et véhicules étanches) et des procédures. Elle devra renforcer la discrétion de ses lieux de stationnement et mettre au point des entraînements dédiés.

Cadre interarmées. Afin de mieux connaître l’adversaire et avant qu’il ne puisse les évaluer, les forces terrestres participent à la chaîne interarmées du renseignement. En lien avec les autres services dédiés, elles mettent en œuvre une « posture permanente du renseignement et d’influence » qui contribue à la veille continue des principales zones d’intérêt. L’emploi combiné des capteurs aéroterrestres, opératifs et stratégiques, la reconnaissance de combat et les analyses du Centre de renseignement Terre participent à la levée du doute, en contribuant à créer de l’opacité chez l’adversaire. L’intelligence artificielle contribuera à l’analyse et l’exploitation du renseignement pour gérer l’environnement opérationnel, détecter les menaces et croiser les données collectées avec d’autres informations plus générales. La Direction du renseignement militaire fait aussi appel aux forces spéciales Terre (FST), également employées par le Commandement des opérations spéciales. Articulées autour des capacités de commandement, de renseignement, d’action et d’aéromobilité, les FST disposent d’une formation autonome et d’une « démarche innovation » spécifique. Leurs opérations portent sur : l’anticipation stratégique pour révéler les intentions adverses et donner un temps d’avance aux décideurs militaires ; les actions directes ou indirectes à vocation coercitive, alimentées par un cycle court du renseignement ; le modelage de l’environnement d’une crise. La capacité des FST à s’insérer dans les environnements amis, alliés partenaires ou ennemis renforce la liberté d’action d’une force conventionnelle terrestre. Elles peuvent ainsi façonner l’environnement à son profit tout en menant des actions de subversion, de partenariats ou de destruction d’objectifs-clés pour désorganiser l’adversaire. Les stratégies hybrides adverses agissent dans le cyberespace et les champs électromagnétique et informationnel. En conséquence, les forces terrestres comportent des unités spécialisées dans la lutte informatique offensive, défensive ou d’influence, conformément aux documents de doctrine interarmées spécifiques.

Loïc Salmon

Armée de Terre : prête dans un contexte stratégique incertain

Défense : le cyber, de la conflictualité à la guerre froide

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles




Armée de Terre : prête dans un contexte stratégique incertain

Anticiper l’évolution technologique et conserver au soldat son esprit guerrier en développant ses forces morales constituent les fondamentaux de l’armée de Terre. Celle-ci est amenée à intervenir dans tout type de conflit.

Son chef d’état-major, le général d’armée Pierre Schill, l’a expliqué le 7 octobre 2021 lors de sa présentation annuelle au camp de Satory.

Interopérabilités. L’édition 2021 a mis en valeur quatre particularités : l’intégration des robots, dont le projet Vulcain imagine l’emploi de systèmes automatisés en 2040 ; l’importance croissante des drones, qui modifient la manière de combattre et dont le parc atteindra 3.000 unités en 2023 ; la dimension interarmées avec les participations de l’armée de l’Air et de l’espace et des partenaires allemands et belges ; l’accompagnement des blessés avec un stand de la Cabat (Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre). En 2020, l’armée de Terre a déploré 16 morts et 33 blessés sur des théâtres d’opération. La perspective d’un engagement majeur ne peut s’envisager que dans le cadre d’une alliance ou d’une coalition. Afin d’y tenir le rôle de nation-cadre, la France développe une interopérabilité opérationnelle et capacitaire avec ses Alliés. Ainsi au Sahel, elle joue un rôle moteur au sein de la force « Takuba » composée de forces spéciales de plusieurs pays européens. En outre, un sous-groupement tactique interarmes français participe à l’opération « Lynx » de l’OTAN en Estonie.

Contexte stratégique. Les dépenses militaires mondiales ont totalisé 2.000 Mds$ en 2020, soit le montant le plus élevé depuis la fin de la guerre froide (1991), indique le général Schill. En octobre 2020, l’affrontement entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie s’apparente à un conflit de haute intensité, comparable à celui dans le Donbass entre l’Ukraine et la Russie en 2014. En mai 2021, les hostilités entre l’armée israélienne et les groupes armés de Gaza révèlent la puissance militaire du Hamas, organisation palestinienne non étatique. En août 2021, la dissolution de l’armée afghane et la chute du gouvernement de Kaboul face aux talibans modifient l’équilibre régional et mettent en doute les assurances des alliances de la France. Le déploiement possible de groupes paramilitaires en Afrique (dont la société militaire privée russe Wagner) illustre les modalités de la compétition entre Etats, maintenue au-dessous de l’affrontement. Par l’instrumentalisation des conflits périphériques, certains Etats (dont la Russie et la Chine) cherchent à créer des situations de faits acquis ou des contournements par des procédés d’influence et des offensives effectives, y compris cyber. Les armées, souligne le général Schill, doivent se préparer aux conflits qui se dérouleront dans les zones « grises », face à des stratégies d’opérateurs de plus en plus hybrides.

Moyens. Suite à la revue stratégique de 2017 puis actualisée début 2021, l’armée de Terre remonte en puissance. Elle dispose actuellement de 6.578 blindés, dont 222 chars de combat, 137 véhicules à chenilles et 6.219 blindés à roues. Son artillerie compte 119 canons de 155 mm, 132 mortiers de 120 mm et 13 lance-roquettes unitaires. Ses 283 hélicoptères se répartissent en 86 Gazelle, 67 Tigre, 32 Puma SA 330, 24 Cougar, 8 Caracal, 48 Caïman HH90 et 18 Fennec AS555. Ses 893 drones se répartissent en 30 systèmes SMDR, 579 nano-drones, 278 micro-drones et 6 Drogen (mini-drones pour le génie). L’arsenal est complété par 1.260 systèmes d’armes anti-char, 196 systèmes d’armes sol-air et 23.075 équipements du combattant Félin.

Loïc Salmon

Armée de Terre : de la gestion de crise à la guerre future

Armée de Terre : l’imprévisibilité, facteur de succès sur l’adversaire

Armée de Terre : le chef tactique dans un combat futur de haute intensité




Défense : la laïcité, facteur de cohésion dans les armées

L’aumônerie militaire apporte un soutien cultuel, spirituel et moral à ceux qui le souhaitent, dans le respect de la laïcité en vigueur en France. De plus, elle conseille le commandement.

Outre Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, les aumôniers en chef (AUMC) des principales religions pratiquées l’ont expliqué à la presse, le 24 juin 2021 à Paris : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées ; le rabbin Joël Jonas ; l’imam Nadir Méhidi ; le pasteur Etienne Waechter. Par ailleurs, un prêtre orthodoxe non AUMC est détaché au sein de la Légion étrangère. Même s’il n’y a pas d’AUMC bouddhiste, des contacts existent avec l’Union bouddhiste de France.

Une longue histoire. La laïcité s’oppose à la reconnaissance d’une religion d’Etat. Juridiquement, elle repose sur le principe de séparation des sociétés civile et religieuse dans l’Etat, qui observe impartialité et neutralité à l’égard des religions. En France, la loi de 1905 sur la laïcité garantit la liberté de conscience et de culte dans toutes les administrations publiques. Toutefois, pour les militaires, souligne Hervé Grandjean, les impératifs de la mission et le principe de cohésion l’emportent sur l’expression religieuse. La première aumônerie militaire remonte…à Pépin le Bref en 742 ! François Ier instaure la Grande Aumônerie du Roi en 1541. Louis XIII autorise le culte protestant dans les armées en 1626. Supprimée sous la Révolution (1789-1799), l’aumônerie militaire est rétablie sous la Restauration (1815-1830). Suite à la campagne d’Egypte (1798-1801), des imams servent dans les armées depuis l’époque napoléonienne. En 1866, Napoléon III organise, par décret, l’aumônerie militaire en temps de guerre. En 1874, la Troisième République promulgue une loi sur la présence permanente d’aumôniers catholiques, protestants et israélites. La loi du 8 juillet 1880, qui réaffirme la liberté de culte au sein des armées et le principe de l’aumônerie militaire, a donc précédé de 25 ans celle sur la laïcité. La mosquée de Paris est construite en 1926. Le Conseil français du culte musulman, qui représente les musulmans de France auprès des instances étatiques pour les questions religieuses, est institué en 2003. L’aumônerie militaire du culte musulman suit deux ans plus tard.

Un statut particulier. Les aumôniers militaires portent un uniforme, emblème de la communauté militaire, indique Hervé Grandjean. Leur insigne, formé de deux branches d’olivier entrecroisées, inclut un signe spécifique de reconnaissance : la croix pour les catholiques et les protestants ; les tables de la Loi pour les juifs ; le croissant pour les musulmans. Chaque aumônerie, dirigée par un AUMC, comprend des laïcs, dont des femmes. Le ministère des Armées rémunère les aumôniers selon l’âge et un barème de soldes variant du grade de lieutenant à celui de lieutenant-colonel. En 2019, il disposait de 209 aumôniers militaires d’active, 66 de la réserve opérationnelle et 83 de la réserve citoyenne. Environ 80 d’entre eux étaient déployés en opération. Leur recrutement se fait sur proposition de chacune des autorités religieuses civiles, à savoir le Diocèse aux armées françaises, la Fédération protestante de France, le Consistoire central israélite et le Conseil français du culte musulman. Outre un niveau théologique minimum, tout candidat doit avoir obtenu le diplôme universitaire de formation à la laïcité, rendu obligatoire par le décret du 3 mai 2017 pour tout futur aumônier pénitentiaire, hospitalier ou militaire, quel que soit son culte. Les aumôniers militaires, tous cultes confondus, reçoivent également une formation spécifique d’une durée de trois semaines à l’Ecole des commissaires des armées de Salon-de-Provence.

Le culte catholique. L’aumônier partage la vie de tous dans des dimensions d’écoute, de disponibilité et de confidentialité, indispensables quand les militaires se trouvent éloignés de leurs bases géographique, familiale et culturelle, souligne Mgr de Romanet. Il est à l’aise avec chacun, car il a le même grade que son interlocuteur. Il devient un compagnon d’armes des soldats, dont l’engagement légitime le droit de donner la mort. Les informations sur le moral des troupes remontent à l’AUMC, qui dépend du chef d’Etat-major des armées. Les armées vivent la laïcité de « façon exemplaire » dans le respect des croyances de chacun. La séparation des domaines politique et religieux fait partie intégrante de la religion chrétienne. Ni l’un ni l’autre ne présentent de caractère totalitaire, contre lequel la laïcité constitue un rempart pour la liberté. A cet égard, précise Mgr de Romanet, les quatre AUMC se rencontrent une fois par mois.

Le culte israélite. Au sein des armées, les quatre religions vivent ensemble et dialoguent, indique le rabbin Jonas. Une religion mal comprise peut devenir le ferment d’un conflit. Les accents qui se propagent sur les réseaux sociaux inquiètent 95 % des juifs français. Quand on a la foi, porter la mort n’est pas gratuit, précise l’AUMC. C’est le signe d’un engagement très fort pour servir les valeurs de la France. Les militaires voient parfois des scènes épouvantables, dont ils ont du mal à gérer et contrôler les images ensuite. La guerre du Golfe (1991) a donné lieu à une prise de conscience du syndrome post-traumatique, pour lequel les armées ont fait beaucoup d’efforts. Aux militaires qui en ont besoin, les aumôniers apportent un soutien sur tous les plans. Aux questions les plus courantes sur la vie quotidienne, ils apportent leur savoir-faire pour trouver les mots qui parlent à l’épouse et aux enfants ou suscitent confidence, confiance et amitié.

Le culte musulman. L’engagement de musulmans dans les armées françaises remonte à 1802, rappelle l’imam Méhidi. Suite à l’instauration du Conseil français du culte musulman en 2003, 36 aumôniers militaires, hommes et femmes, sont aujourd’hui présents dans les unités militaires en métropole et en opérations extérieures. Pendant la pandémie du Covid 19, ils accompagnent les familles dans l’accomplissement du deuil sur les plans religieux et moral. Au quotidien, les militaires musulmans pratiquent leur culte et conjuguent leur foi avec leur situation professionnelle. Ils concourent ainsi au succès de leur mission et tout en assouvissant leur quête de sens grâce à leur spiritualité, souligne l’imam Méhidi.

Le culte protestant. Dans les armées françaises, la laïcité permet une cohabitation des religions, dont les spécificités facilitent la compréhension et l’action communes, estime le pasteur Waechter. Elle constitue un aspect particulier des relations entre les religions, représentées par les aumôniers, et l’Etat, représenté par les armées détentrices de la force légale. Loin de les opposer, elle débouche sur une approche concrète et collaborative, fondée sur la raison d’être des aumôneries, quel que soit leur culte. Celles-ci sont destinées à aider les militaires, hommes et femmes, s’ils le souhaitent et dans des domaines divers et non exclusivement celui de la spiritualité. Les AUMC restent à l’écoute permanente du commandement. Quant aux blessés psychiques, le Service de santé des armées assure leur prise en charge. Les aumôniers n’interviennent auprès des familles que s’ils sont sollicités, précise le pasteur Waechter.

Loïc Salmon

Géopolitique : poids de l’élément religieux dans les relations internationales

Diplomatie : prise en compte du fait religieux dans le monde

Etats-Unis : influence religieuse sur la politique étrangère




Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Outils de rupture technologique très utilisés par les forces armées en opération, les drones constituent une menace dont elles devront se prémunir.

Les drones volent à différentes altitudes de croisière : basse, en dessous de 5.000 m ; moyenne, entre 5.000 m et 15.000 m ; haute, au-dessus de 15.000 m. Ils ont fait l’objet d’une visioconférence organisée, le 7 avril 2021 à Paris, par l’association Les Jeunes IHEDN. Y sont intervenus : le lieutenant-colonel Richard Canet, commandant en second de la base aérienne 709 de Cognac-Chateaubernard ; le lieutenant-colonel Jérôme Lévy du bureau opérations du 61ème Régiment d’artillerie de Chaumont ; le capitaine de vaisseau David Desfougères, division « Plans et Programmes » à l’état-major de la Marine nationale ; le lieutenant-colonel Laurent Lebailleur, commandant le Centre d’initiation et de formation des équipages drones à Salon-de-Provence.

Armée de l’Air et de l’Espace. La 33ème Escadre de reconnaissance, de surveillance et d’attaque utilise des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) depuis les années 1990, rappelle le lieutenant-colonel Canet. Le Hunter (origine américaine) a effectué 1.500 heures de vol (hdv) pour la force Kfor (OTAN) au Kosovo de 1997 à 2004. Le Harfang (origine israélienne) a totalisé plus de 15.400 hdv pour les opérations en Afghanistan, Libye et bande sahélo-saharienne entre 2006 et 2018. Sur ce dernier théâtre, le Reaper (origine américaine) a effectué plus de 40.000 hdv au profit des opérations « Serval » et « Barkhane » depuis 2014. L’équipage du segment sol du Reaper comprend un pilote, un technicien multi-capteurs, un interprète images et un coordinateur tactique. Les missions portent sur la reconnaissance (90 %) pour la préparation des opérations, la protection des forces, l’appui armé à l’engagement et son évaluation. Le système Reaper assure la surveillance permanente en temps réel d’un objectif et de son environnement. Il est équipé d’un capteur « champ étroit », qui nécessite du renseignement en amont, afin de réorienter éventuellement le vecteur. Son emploi exige les supériorités aériennes et cyber ainsi que des conditions météorologiques favorables. Son efficacité repose sur l’intégration à la manœuvre tactique et l’expertise de son équipage. Son radar détecte les masses métalliques et suit les véhicules en mouvement. Ses senseurs incluent des caméras électro-optique et infrarouge, plusieurs niveaux de zoom, un illuminateur laser, un pointeur infrarouge et un système informatique d’extraction de données. Le risque cyber nécessite des drones de plus en plus robustes pour protéger la liaison entre le vecteur et le segment sol. En cas de cyberattaque, la liaison principale est coupée puis le vecteur est récupéré via une autre liaison. La lutte anti-drones MALE adverses est actuellement effectuée par un missile sol-air ou un avion de chasse. Elle reste à développer contre les drones plus petits. Les futurs drones devront allier rapidité, furtivité et utilisation tout temps, dans un contexte de conflit asymétrique. Le drone MALE européen nEUROn, dont le démonstrateur a volé en décembre 2012, devrait être fabriqué en série pour des livraisons en 2026.

Armée de Terre. Le 61ème Régiment d’artillerie, spécialisé dans le renseignement d’origine image, forme toutes les unités de l’armée de Terre à tous les types de drones, indique le lieutenant-colonel Lévy. Au cœur du combat aéroterrestre, celle-ci devrait compter 3.000 vecteurs en 2027, des nanodrones de quelques grammes au système de drones tactique Patroller, en passant par le microdrone Parrot (accessible sur le marché civil) et le système de minidrone de renseignement, tous devant évoluer à l’avenir. Le nanodrone ne demande pas de formation particulière, tandis que le drone tactique nécessite du personnel spécialisé. Réservés aux forces spéciales dans les années 1990, les drones ont été acquis ensuite par centaines d’unités pour capter l’information, en complément du renseignement d’origine humaine. Très utilisés par l’armée azérie contre les troupes arméniennes dans le conflit du Nagorno-Karabah (septembre-novembre 2020), les drones ont changé le mode d’engagement terrestre, estime le lieutenant-colonel Lévy. Clouée au sol par la défense sol-air azérie, l’aviation arménienne n’a pu appuyer les forces terrestres. Le déni d’accès à un espace aérien ou à une zone terrestre devient possible, grâce à des microdrones suicides emportant une charge explosive et couplés à de l’artillerie de longue portée contre le dispositif de défense adverse. Les petits drones tueurs, faciles à acquérir, deviennent une menace majeure, car peu détectables et donc difficiles à neutraliser. L’armée de Terre développe un concept de lutte anti-drones amovible et déployable sur un théâtre d’opération extérieure, à savoir tir de projectiles ou brouillage selon les cas. Les programmes en cours portent sur des nanodrones, plus discrets et de grande qualité d’images pour les unités au contact, afin de créer un écosystème propre, et les minidrones, utilisables par une équipe de trois personnels pour le renseignement. A l’avenir, des systèmes de drones plus automatisés permettront d’alléger le télépilotage. En outre, l’emport d’autres charges utiles et une mise en œuvre différente devraient faciliter la préparation de la mission.

Marine nationale. Pour soustraire l’homme à la menace, les drones navals doivent pouvoir aller sur diverses zones dangereuses ou en profondeur pour effectuer mesures et prélèvements, explique le capitaine de vaisseau Desfougères. Déjà, un drone sous-marin américain muni de bras articulés peut descendre à 4.000 m de profondeur et bientôt 6.000 m, pour récupérer un aéronef ou des matériels sensibles. Démultiplicateur de capacité, un navire mère met en œuvre plusieurs drones de surface. Un drone sous-marin autonome pourra remorquer un sonar de 150 m de long. La torpille russe Poseidon, autonome et à propulsion nucléaire, pourrait transporter une bombe atomique pour rendre une zone côtière inhabitable. Les drones tactiques des forces spéciales lancés à la main sont récupérés en mer en fin de mission. Les microdrones Parrot sont utilisés, de jour comme de nuit, depuis un navire de surface pour l’action de l’Etat en mer (pêche illégale et pollution). Afin d’allonger la capacité de détection des capteurs (système optronique et système d’identification automatique) pour éviter les méprises, un drone aérien est catapulté d’une frégate puis récupéré par un filet installé à l’arrière. Vers 2025, un drone à voilure tournante complètera l’action de surveillance et de combat de l’hélicoptère embarqué sur une frégate. A terme, un drone aérien lourd pourra être tiré d’une frégate ou d’un sous-marin en plongée. Le porte-avions de nouvelle génération pourra emporter le drone MALE nEUROn et le SCAF (système de combat aérien futur).

Ressources humaines. Les formations de pilotes de drones et d’opérateurs capteurs, du microdrone au drone tactique d’un rayon d’action de 150 km, s’effectuent à Salon-de-Provence et celles des drones lourds (5 t et au-delà de 150 km) à Cognac, indique le lieutenant-colonel Lebailleur. Les retours d’expérience, recherches et innovation permettent de les améliorer.

Loïc Salmon

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Armée de Terre : l’imprévisibilité, facteur de succès sur l’adversaire

Dans la manœuvre aéroterrestre, l’imprévisibilité donne l’ascendant dans les espaces physique et immatériel et le champ des perceptions, afin d’accroître la liberté d’action du chef tactique.

Ce facteur déterminant a fait l’objet d’un colloque organisé, le 4 février 2021 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de Terre. Y sont notamment intervenus : le député Jean-Michel Jacques, vice-président de la commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale ; le général Thierry Burkhard, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le général Patrick Justel, commandant en second du renseignement des forces terrestres ; l’historien Jean-Vincent Holeindre, directeur scientifique de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire ; Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales ; le professeur Olivier Sibony, enseignant au département stratégie d’HEC.

Dimension géopolitique. Selon Jean-Michel Jacques, le contexte géopolitique demeure imprévisible sur les plans politique, diplomatique et militaire avec le retour sur la scène internationale de la Chine, de la Russie, et de la Turquie. La guerre devient hybride avec des actions directes et indirectes ou des cyberattaques indétectables. Les conflits se manifestent dans les champs national et international, au loin ou au plus près. La surprise provoque un choc émotionnel, suivi d’une faute dans la prise de décision. La capacité de défense repose sur le renseignement, l’innovation technologique et le facteur humain. Les enjeux portent sur la maîtrise de l’information et le soutien à la recherche fondamentale. L’imprévisibilité implique de s’affranchir de règles, des normes établies et du principe de précaution.

Guerre asymétrique. La surprise stratégique, qui fait partie de l’imprévisibilité, est consubstantielle à la notion de guerre, estime Elie Tenenbaum. Lors des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, l’organisation terroriste Al Quaïda a utilisé des avions de ligne comme missiles. La guerre irrégulière emploie populations civiles, téléphones portables, engins explosifs improvisés, et petits avions télécommandés transformés en drones. L’armée française en a tiré les leçons au Sahel. Conséquence de la guerre du Golfe (1990-1991), la « guerre hors limites », évoquée par deux colonels chinois dans un livre publié en 1999, inclut la finance, le terrorisme et la lutte idéologique. La stratégie, qui s’est émancipée du champ militaire sans pour autant s’en dispenser à cause des enjeux physiques, pourrait connaître des combinaisons considérables d’ici à 2035.

Force et ruse. Véritable opération spéciale, le cheval de Troie a combiné la ruse et la force guerrière, rappelle Jean-Vincent Holeindre. La guerre irrégulière exclut la norme éthique, liée à la fonction du soldat dans les régimes démocratiques. La Russie et la Chine ont la culture de la ruse, alors que la logique de l’honneur et du courage prévaut dans les pays occidentaux. En matière de défense, la ruse n’y est utilisée que dans les situations extrêmes, car elle suscite la défiance dans un monde de plus en plus transparent. Condition de sa crédibilité, la dissuasion nucléaire de la France repose sur sa prévisibilité pour éviter la guerre nucléaire, tout en conservant une part d’imprévisibilité, à savoir le refus de définir ses intérêts vitaux. La ruse s’impose au niveau tactique comme, par exemple, la « surinformation » par multiplication des signaux pour embrouiller l’état-major de l’adversaire. La recherche stratégique se fonde sur la ruse, complémentaire de la force.

Champ des perceptions. A la guerre du Golfe (1990-1991), transparente grâce aux capteurs utilisés, a succédé le conflit en Afghanistan (2001-2014), où un adversaire rustique a pu porter des coups à une coalition internationale disposant de moyens de guerre électronique et de quatre fois plus de drones qu’avant, rappelle le général Justel. L’aide numérique à la décision devient difficile à assimiler par un pilote en situation de combat. La manipulation de l’information par les réseaux sociaux cible la cohésion des militaires. Pour renforcer l’imprévisibilité de sa propre action, il faut sortir de l’enseignement acquis en école, que l’adversaire connaît, dissimuler ses propres informations, éviter la déconnexion du terrain, pour ne pas se trouver immergé dans une « bulle » d’état-major, et prendre l’initiative pour imposer son rythme. Il faut tout connaître sur l’adversaire : doctrine, équipements, expertise numérique, environnement, base arrière, stratégie et psychologie. Il faut l’attaquer dans ses perceptions en perturbant ses moyens de communications radio et numérique, pour provoquer de l’incompréhension, puis en lui fournissant des informations divergentes, pour l’empêcher de percevoir le risque le plus grave.

Crédibilité et réversibilité. Depuis vingt ans, l’action d’urgence a donné une crédibilité tactique mais, aujourd’hui, l’instabilité revient, avertit le général Burkhard. Le monde évolue de la compétition à la contestation et à l’affrontement sur les plans économique, politique et sanitaire. L’escalade entre grandes puissances redevient possible. L’adversaire fait en sorte que la crise reste en dessous du seuil de l’affrontement. Il va chercher à vaincre sans combattre par des moyens immatériels pour imposer un fait accompli. Afin d’éviter de perdre une guerre avant de l’avoir livrée, il s’agit de renforcer les capacités de renseignement et d’analyse avec l’intelligence artificielle. La décision politique, fondée sur des critères militaires, doit faire face à des menaces plus globales aux implications diplomatiques, sécuritaires et sanitaires, comme la crise liée au Covid-19. Le maintien du niveau d’interopérabilité entre les armées de Terre française, britannique et américaine exige des exercices non plus de 800-1.000 militaires mais de 7.000-20.000. Les adversaires potentiels en connaissent les principes moraux, procédures et signaux faibles. Exercices intensifs, mises en alerte et déplacements hors programmes, facteurs d’incertitude, compliquent leur travail d’analyse. Les forces terrestres doivent pouvoir passer rapidement des exercices à proximité des zones sensibles aux opérations. Aux messages clairs et dissuasifs, doivent s’ajouter des messages flous pour créer de l’imprévisibilité, conclut le général.

Loïc Salmon

L’imprévisibilité se trouve d’abord dans la tête des protagonistes, souligne Olivier Sibony. Les entreprises veulent de la diversité dans le recrutement mais pas dans la pensée. L’excès de confiance tend à sous-estimer la qualité de l’information reçue. Il convient de se méfier des évidences apparentes. Les organisations ont tendance à réagir vite. Or, il s’agit d’éviter le piège du consensus et de fabriquer des divergences et des capacités de penser autrement, tout en empêchant l’adversaire de faire de même afin de le déstabiliser. Une bonne connaissance de l’adversaire permet de saisir comment il pense et pourrait réagir de manière disproportionnée à un acte qu’il jugerait hostile. La « déception », fréquente dans le monde économique, consiste à amener un concurrent à agir contre ses intérêts.

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Défense : la géographie pour garantir la liberté d’action

L’appréciation autonome de la situation dépend de la compréhension de l’environnement géophysique d’un théâtre, en vue de planifier et conduire une opération aérienne, navale, aéroterrestre ou interarmées.

La géographie militaire a été présentée en visioconférence à la presse, le 29 avril 2021 à Paris, par : un colonel, chef du bureau géographique, hydrographique, océanographique et météorologique du Commandement pour les opérations interarmées ; un ingénieur en chef de l’armement, directeur adjoint de l’unité de management ESIO (espace et systèmes d’information opérationnels) de la direction des opérations de la Direction générale de l’armement (DGA).

Objectifs opérationnels. La veille stratégique inclut l’information géographique militaire globale, explique le colonel. La prise de décision tient compte de l’interaction entre géographie, hydrographie, météorologie et océanographie. L’intelligence artificielle permettra de gagner du temps et d’augmenter la base de données. Celles-ci servent, par exemple, à préparer une opération amphibie ou à déterminer la praticabilité d’axes routiers pendant la saison des pluies dans la bande sahélo-saharienne. Elles sont utilisées pour la précision de 80-90 % des systèmes d’armes. Grâce à la coopération internationale de 32 pays, la représentation de 43 % des terres émergées est disponible en cartes au 50.000ème. L’accès à l’espace permettra d’anticiper les enjeux et risques à moyen et long termes, consécutifs notamment au réchauffement climatique.

Production et information. Selon l’ingénieur en chef, l’Etat-major des armées et la DGA ont lancé, depuis 2016, le programme GEODE 4 D de mise à jour des données géographiques, à savoir augmentation de la résolution, rafraîchissement de l’information et couverture de nouvelles zones. La première composante de GEODE 4 D porte sur la production de données, acquises via trois marchés complémentaires : GEOSOCLE pour les images précises des vallées et montagnes de toute la planète ; GEOMAPS pour la modélisation de l’environnement (routes, zones industrielles, infrastructures etc.) ; T-Rex, coopération internationale basée sur l’exploitation de l’imagerie satellitaire radar pour numériser la surface du sol (immeubles, éoliennes, pylônes etc.). La seconde composante de GEODE 4D compte trois systèmes d’information : réalisation de modèles de cibles ; prévisions océanographiques du Service hydrographique et océanographique de la marine ; acquisition automatique des données géographiques, hydrographiques, océanographiques et météorologiques, dont certaines sont destinées aux systèmes d’armes.

Moyens. Selon le ministère des Armées, environ 500 militaires et civils traitent de la géographie militaire au sein de l’Etat-major des armées, de la Direction générale de l’armement, de l’Etablissement géographique interarmées (basé à Creil) et du 28ème Groupe géographique (Hagenau). Le ministère des Armées est représenté au conseil d’administration de trois établissements publics « satellites » : le Service hydrographique et océanographique de la marine (500 personnes) ; Météo France (2.500 personnes) ; l’Institut national de l’information géographique et forestière (1.500 personnes). La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 450 M€ pour la géographie militaire. Celle-ci dispose de 270.000 produits référencés et d’un patrimoine numérique de 150 téraoctets.

Loïc Salmon

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Marine nationale : la TF 50 américaine sous commandement français

Pendant sa présence dans le golfe Arabo-Persique dans le cadre de la mission « Clemenceau 2021 », le Groupe aéronaval (GAN) assure le commandement de la Force opérationnelle américaine 50 (TF 50) depuis le 31 mars 2021.

Le contre-amiral Marc Aussedat, commandant le GAN, a présenté la situation le 15 avril 2021, au cours d’une visioconférence avec la presse à Paris.

Confiance et interopérabilité. Le golfe Arabo-Persique constitue une vaste zone d’opérations (voir encadré). Les contacts fréquents avec les Marines des pays riverains restent professionnels, même avec les forces navales iraniennes, pour éviter toute escalade, souligne l’amiral Aussedat. Dans le cadre de l’opération « Inherent Resolve », la TF 50 a pour missions d’accompagner les forces de sécurité irakiennes, pour empêcher Daech de se reconstituer, et de maîtriser l’espace aéromaritime de la zone. La TF 50 opère sous les ordres de l’état-major naval américain, basé à Bahreïn. Le centre des opérations aériennes de la coalition (83 pays), sous commandement américain, se trouve au Qatar. Signe de la confiance établie au cours de dizaines d’années entre les Marines américaine et française, le commandement français de la TF 50 met en exergue l’interopérabilité entre les porte-avions Charles-de-Gaulle et Eisenhower, tous deux à propulsion nucléaire et équipés de catapultes et de brins d’arrêt. Ce tandem permet une vision plus large de la situation et augmente l’intensité de l’effort dans les cas d’intervention armée. Ainsi, les deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye du Charles-de-Gaulle, véritables postes de commandement volants, assurent le relais radio et l’alerte avancée dans l’environnement tactique. Les avions de chasse Rafale F3-R et les missiles de croisière navals de la frégate multi-missions Provence donnent une capacité de frappe dans la profondeur. Les Rafale effectuent 6 à 8 sorties par jour pour des vols de reconnaissance ou des frappes sur des objectifs identifiés ou pour des engagements d’opportunité au profit des troupes irakiennes au sol.

Composante américaine. L’amiral Aussedat s’entretient tous les deux jours avec le vice-amiral commandant la Vème Flotte américaine, dont dépend la TF 50 chargée aussi d’assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Le porte-avions Eisenhower présente les caractéristiques suivantes : déplacement, 100.000 t ; longueur, 322, 8 m ; largeur du pont d’envol, 76 m ; vitesse, 30 nœuds (55 km/h). Il peut embarquer 90 aéronefs, dont : 4 « squadrons » (« flottilles » dans la Marine française) d’avions d’attaque et d’assaut F/18 Hornet ; 1 squadron d’avions de guerre électronique EA-6 Prowler ; 1 squadron d’avions de guet aérien E-2 Hawkeye ; 1 squadron d’hélicoptères de lutte anti-sous-marine Seahawk ; 1 flotte de soutien logistique Grumman C-2 Greyhound. La Marine américaine compte 11 porte-avions en service et devrait prendre livraison de 3 autres en 2022, 2027 et 2030.

Loïc Salmon

L’océan Indien est accessible par trois détroits d’importance stratégique, à savoir Bab-el-Mandeb (vers la mer Rouge et le canal de Suez), Ormuz et Malacca (vers l’océan Pacifique). Le détroit d’Ormuz relie la mer d’Arabie au golfe Arabo-Persique. Ce dernier s’étend sur 251.000 km2 avec une longueur de près de 1.000 km, une largeur variant de 200 km à 300 km et une profondeur de 50 m à 90 m. Il est bordé par : l’Iran au Nord-Est ; l’Irak, le Koweït et l’Arabie saoudite à l’Ouest ; Bahreïn, le Qatar et les Emirats arabes unis au Sud et à l’Est ; Oman à l’Est par l’enclave de Moussandan.

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Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

Sur le plan militaire, l’intelligence artificielle (IA) devra traiter des données caractérisées par leurs volume, variété et véracité. Outre son efficacité technique, elle doit inspirer confiance à son utilisateur, qui prend la décision.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 3 décembre 2020 à Paris, par le Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC). Y sont notamment intervenus : le colonel Christophe Augustin, officier de cohérence opérationnelle à l’Etat-major des armées ; Jean-Michel Tran, directeur technique chez Naval Group ; Aurélien Strippoli, directeur de l’innovation chez Airbus Defence & Space ; l’ingénieur général de l’armement Jérôme Lemaire chargé de mission IA à la Direction générale de l’armement. Julien Nocetti, enseignant-chercheur au CREC.

Contraintes spécifiques. Depuis la fin de la guerre froide (1991), le contexte stratégique est devenu plus complexe, imprévisible et dynamique, rappelle le colonel Augustin. La confrontation possible avec des Etats puissances et des acteurs non étatiques apparaît avec la fin de la supériorité technologique occidentale et la facilité d’accès aux technologies de rupture. L’interopérabilité interalliée s’impose, car aucun pays n’aura la capacité de répondre seul à un conflit de grande ampleur. Ce conflit pourrait débuter par des opérations hybrides dans les domaines terrestre, aérien, maritime, cyber, informationnel et spatial. L’IA permettra de détecter les signaux faibles avant-coureurs d’une crise. Les forces déployées sur un théâtre d’opérations devront anticiper les phases de silence radio et les pertes du lien satellitaire, de la supériorité électronique ou de la supériorité aérienne. Le ministère des Armés va disposer des trois « clouds » informatiques d’ici une quinzaine d’années. Le premier, dit « cloud central » ou modèle d’accès à un pool partagé de ressources informatiques à la demande, nécessitera la disponibilité de réseaux interopérables mondiaux à haute capacité, dont la téléphonie mobile 5 G. Le déploiement de forces sur un théâtre d’opération extérieur nécessitera la constitution d’une zone d’autonomie par un « cloud d’entrée de théâtre » et un « cloud de combat », modèles d’accès aux services de métiers spécifiques (plates-formes d’armes, fonctions commandement et contrôle adaptatives etc.). Ils nécessiteront la disponibilité de réseaux de missions fédérées et sécurisées. Les armées ont besoin de capacités de pointe et souveraines. Les outils de demain devront surtout être simples à déployer, à utiliser et à administrer.

Usages navals. Une force navale regroupe des systèmes de systèmes, explique Jean-Michel Tran. Le maintien de la supériorité navale résulte de la réussite de la transformation numérique du combat naval, Système très complexe qui doit durer plusieurs mois dans un environnement marin difficile et sur un théâtre d’opération hostile, un navire doit rester en alerte permanente et capable de répondre instantanément à une menace venant de n’importe où. Par exemple, la réaction à une attaque de type missile hypervéloce est de l’ordre de quelques secondes. Outre une vision élargie des enjeux du théâtre d’opération et une connaissance précise de l’état opérationnel du navire, l’équipage doit disposer d’une aide à la décision synthétique, pour limiter les erreurs dues au stress ou à la fatigue. L’IA permet déjà la détection des pannes/alertes pour la propulsion des frégates multi-missions, grâce à une maintenance prédictive. Elle développera l’autonomie de décision des drones marins, afin d’augmenter leurs performances en précision, vitesse et sécurité. Un algorithme à multicritères calculera les plans d’engagement par la veille coopérative, l’évaluation de la menace, la coordination des engagements, la mise en œuvre des armes et l’évaluation de l’interception. Ainsi pour la protection du groupe aéronaval, une frégate d’escorte détectera la menace d’un missile supersonique, le poursuivra et le désignera comme objectif à une autre frégate d’escorte, qui le neutralisera. L’IA aura proposé à l’officier de lutte anti-aérienne la meilleure solution en temps réel. Elle aura choisi les armes, optimisé l’efficacité, géré les stocks de munitions, évité le sur-engagement et minimisé la gêne pour la force navale.

Domaine aérien. Selon Aurélien Strippoli, plusieurs SCAF (systèmes de combat aérien du futur), composés chacun d’un nouvel avion de chasse et de drones qui étendront leurs capacités, formeront ensemble le système d’armes de nouvelle génération. Ce dernier, qui participera notamment à la guerre électronique et au recueil de renseignement, sera entièrement interopérable avec les forces aériennes alliées. L’IA sera utilisée dans le SCAF notamment pour : la reconnaissance d’images et vidéos (moyens optique, infrarouge et radar) traitées à bord ; le traitement et la génération de langage naturel pour l’interface homme-machine ; la reconnaissance de formes et la fusion de données pour la maintenance prédictive, le dépannage, la connaissance de la situation, la cybersécurité et l’hypervision ; l’autonomie pour la coordination d’essaims de drones et les systèmes collaboratifs ; l’aide à la décision pour la gestion de la flotte et la planification de mission. Sur le plan tactique, le « cloud de combat multi-domaines » permettra la mise en réseau des forces aériennes, terrestres, maritimes, cyber et spatiales. Il permettra d’exécuter, mieux et plus rapidement que l’adversaire, la boucle OODA : Observation, par la gestion et la fusion des capteurs de renseignements d’origines image, électromagnétique et humaine ; Orientation, pour la planification des missions ; Décision, pour le commandement et le contrôle ; Action, par le combat collaboratif.

Ecosystème. Les principaux algorithmes sont réalisés par les grands laboratoires et non par les startups, souligne l’ingénieur général Lemaire. Les grands groupes reviennent à la recherche fondamentale. Outre l’intégration de l’IA dans les systèmes futurs, il faut d’abord en mettre dans les systèmes existants pour augmenter leur performance à moindre coût. La souveraineté numérique varie selon les pays de l’Union européenne ou de l’OTAN. Une feuille de route nationale s’impose car les avis des Alliés évoluent.

Loïc Salmon

Allant de pair avec la mondialisation, la révolution numérique offre une façon de penser autrement le fonctionnement des Etats, des entreprises et des sociétés, estime Julien Nocetti. La maîtrise des technologies de l’IA constitue un facteur de puissance en politique internationale. L’IA repose sur la collecte de masses considérables de données, collectées par les géants américains du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiomi). L’écosystème de l’innovation devient très compétitif. Sur les 4.500 entreprises traitant de l’IA, la moitié se trouve aux Etats-Unis et le tiers en Chine. Depuis 2013, Chine, Russie et Inde relocalisent des données sur le plan national. La Chine va investir 150 Mds$ dans l’IA jusqu’en 2030. Dans 10-15 ans une rivalité entre la Chine et la Russie dans ce domaine pourrait s’ajouter à celle en cours entre les Etats-Unis et la Chine. (voir sur la photo la déclaration du président russe Vladimir Poutine).

Défense : l’IA, facteur décisif de supériorité opérationnelle

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

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