Marine et armée de Terre : « Bois Belleau 100 », exercices majeurs en interalliés

Pour la première fois, des exercices franco-américains ont eu lieu dans la zone de crise Méditerranée orientale, mer Rouge et golfe Arabo-Persique, dans le cadre du déploiement opérationnel interarmées « Bois Belleau 100 » du 21 novembre 2017 au 4 mars 2018.

Leurs déroulement et bilan ont été présentés à la presse, le 15 mars 2018 à Paris, par le capitaine de vaisseau Nicolas Vaujour, commandant du groupe amphibie « Bois Belleau 100 », et le « brigadier general » (général de brigade) américain Francis Donovan, commandant la Task force amphibie 51/5 du corps des « Marines ».

Procédures coordonnées. Pour la première fois, « Bois Belleau 100 » a été dirigé par un état-major binational, chargé de planifier des opérations interarmées, cyber et de renseignement. Il a mis en œuvre les moyens nécessaires : près de 700 militaires français et américains ; le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre ; la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul ; 1 hélicoptère Caïman Marine de la flottille 31 F, 1 Dauphin de la 35 F et 1 Panther de la 36 F ; 2 Caïman Terre et 2 Gazelle du 1er Régiment d’hélicoptères de combat ; 1 équipe médicale américaine ; 1 groupe tactique de « Marines » ; 1 détachement de la flottille amphibie ; 1 frégate américaine (périodiquement) ; 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2 ; 1 section de la 9ème Brigade d’infanterie de marine ; le 5ème Régiment de cuirassiers, stationné à Abu Dhabi. La montée en puissance de « Bois Belleau 100 » a porté sur les manœuvres amphibies : évacuation de ressortissants ; projection, commandement et soutien d’une force à terre ; récupération tactique de personnes en zone de crise ; commandement d’opérations combinées ; raids aéroporté et maritime ; soutien médical d’une opération à terre. L’hôpital du Tonnerre a été placé sous commandement américain pendant toute la mission. Un premier grand exercice s’est déroulé dans le golfe d’Aqaba avec une frégate et un BPC égyptien. Un 2ème dénommé « Alligator Dagger » a mobilisé deux bâtiments américains au large de Djibouti. Le commandement du groupe amphibie franco-américain, assuré par la Marine française, est passé sous contrôle opérationnel américain en océan Indien. Le 3ème exercice, « Alligator Thunder », s’est déroulé à proximité du Koweït. Le croiseur américain Monterey a escorté le BPC Tonnerre. La frégate Chevalier-Paul a participé à la protection du porte-avions américain Théodore-Roosevelt.

Interopérabilité renforcée. Le groupe amphibie possède des capacités d’action en mer, pour la sécurisation des espaces et des voies maritimes, et des capacités de réponse aux crises de la mer vers la terre et à terre. Il renforce les moyens militaires français permanents dans la région, dont les forces prépositionnées à Djibouti et aux Emirats arabes unis. « Bois Belleau 100 » a permis d’élargir la capacité d’action amphibie commune à un niveau encore jamais atteint, face aux menaces transrégionales nécessitant des solutions multinationales et multi-domaines, a déclaré le brigadier general Donovan. Selon le capitaine de vaisseau Vaujour, « Bois Belleau 100 » a participé à l’évaluation de la situation dans le golfe d’Aden lors de son intégration aux forces opérationnelles combinées TF 151 et « Atalante » de lutte contre la piraterie et TF 150 contre le terrorisme. Enfin, la collecte et le partage d’informations entre le Tonnerre, le Chevalier-Paul et les armées de l’Air des pays riverains, contribuent à la liberté d’appréciation stratégique de la France.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Océan Indien : CTF 150, synergie franco-britannique

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien




Forces spéciales : réactivité maximale partout dans le monde avec les ERC

Les « embarcations rapides commandos » (ERC), prépositionnées ou déployées, permettent aux commandos marine d’effectuer opérations spéciales, interventions aéromaritimes de la mer vers la terre et actions de l’Etat en mer.

Elles ont fait l’objet d’une présentation à la presse, le 15 février 2018 à Paris, par un capitaine de frégate de la Force maritime des fusiliers marins et commandos (Forfusco).

Systèmes d’armes modulables. La Forfusco dispose de deux types d’ERC : l’Etraco (Embarcation de transport rapide pour commandos) et l’Ecume (Embarcation commando à usages multiples et embarquable). Toutes deux, capables d’embarquer jusqu’à 12 commandos équipés, sont employables depuis la terre par transport routier sur remorque. Pour les missions lointaines, elles sont déployables par mer sur les frégates multimissions (6.000 t), bâtiments de projection et de commandement ou bâtiments de soutien. En cas d’urgence, elles sont largables d’avions de transport tactique C-130 Hercules ou A400M Atlas. Longue de 8 m, l’Etraco déplace 2,4 t, emporte une mitrailleuse de 7,62 mm et navigue à plus de 50 nœuds (93 km/h). L’Ecume, qui a profité du retour d’expérience de l’Etraco, est modulable selon les missions, endurante et particulièrement manœuvrable même par gros temps. Elle présente une longueur de 9,3 m, un déplacement de 7 t, une vitesse supérieure à 40 nœuds (75 km/h), une capacité d’emport de 3 t et une autonomie en charge de 200 nautiques (370 km). La future frégate de taille intermédiaire (4.250 t) pourra en embarquer un ou deux.

Large spectre de missions. L’action de l’Etat en mer s’exerce sur l’ensemble des zones économiques exclusives de la France. Cela va de la lutte contre les narcotrafics jusqu’à 60 nautiques (111 km) au large des Antilles à celle contre la pêche illicite dans les zones maritimes de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française. S’y ajoutent la lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, le détroit de Malacca et au large de la Somalie et celle contre le crime organisé sur la côte libyenne. Celle contre le terrorisme s’étend de la Méditerranée orientale à la mer Rouge. Les ERC rendent possibles des opérations spéciales contre la terre, comme pénétrer de façon discrète dans un espace hostile, notamment pour recueillir du renseignement. Pour s’y préparer physiquement et mentalement et se maintenir à niveau, les commandos effectuent des raids nautiques de 1.200 km en 4 jours entre Lorient et Saint-Malo. Cet entraînement leur permettra de faire des raids de 100 nautiques (1.852 km), à partir d’un bâtiment porteur ou par aérolargage pour, par exemple, rattraper un navire détourné par des pirates. La capacité à conduire des assauts de vive force contre des adversaires en mer, explique le capitaine de frégate, nécessite de parcourir de longues distances, longtemps, et avec une importante réserve de puissance au moment de les intercepter et d’agir contre eux, sans leur laisser la possibilité de fuir. Une autre action contre la terre consiste à forcer le déni d’accès à une côte, lequel peut s’étendre jusqu’à 50 nautiques (90 km) en mer et sur des longueurs de plus en plus longues. Cela implique la participation des partenaires aériens et navals de la Forfusco, pour le transport jusqu’à la limite de la zone, et la mise à l’eau de senseurs, pour que les commandos puissent passer inaperçus. L’équipe ERC/hélicoptère Caïman permet de les récupérer. L’action à partir de sous-marins relève des nageurs de combat.

Loïc Salmon

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

Forces spéciales Air : allonge, rapidité et puissance de feu




Méditerranée : l’« Initiative 5+5 Défense » pour l’interopérabilité

En 2017, la France préside pour un an le forum de coopération euro-méditerannéenne “Dialogue 5+5”, dont le volet “Initiative 5+5 Défense” concerne les forces armées des 10 pays partenaires.

Le général de brigade aérienne Jean-Marie Clément, chef du service des questions régionales à la Direction générale des relations internationales et stratégiques, a présenté à la presse, le 19 janvier 2017 à Paris, l’Initiative 5+5 Défense. Celle-ci regroupe : la France, l’Italie, Malte, l’Espagne et le Portugal pour le Nord ; la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye pour le Sud. Le bassin méditerranéen, dont la France contrôle 2.000 km de littoral (Corse incluse), représente 25 % du trafic maritime mondial (30 % du trafic pétrolier), qui transite par 5 passages stratégiques : le détroit de Gibraltar avec 296 navires par jour ; le Bosphore (126 navires/jour) ; le canal de Suez (46 navires/jour) ; le détroit de Messine (botte italienne/Sicile, 45 navires/jour) ; les Bouches de Bonifacio (Corse/Sardaigne, 19 navires/jour).

Coopération multilatérale. Selon le général, l’Initiative 5+5 Défense repose sur : la liberté de discussion sur les questions de sécurité ; le volontariat pour participer ou organiser les activités ; l’économie des moyens ; l’absence d’engagement opérationnel ; la 5décision par consensus. Environ 40 activités sont prévues en 2017. Lancée sous l’impulsion de la France en 2004, cette initiative porte d’abord sur la surveillance maritime, afin de garantir un espace de sûreté et de sécurité en Méditerranée : sauvetage en mer ; lutte contre le pillage des ressources, la contrebande, l’immigration clandestine, la piraterie et le terrorisme. L’exercice annuel “Sea Border”, organisé en 2016 par l’Italie en partenariat avec l’Algérie et le Portugal, le sera en 2017 par la France avec le Maroc et le Portugal. Selon le général, l’interopérabilité maritime progresse, mais il reste beaucoup à faire pour la sûreté aérienne, destinée à prévenir les actes illicites qui vont de la violation de l’espace aérien national aux détournements d’aéronefs et attaques terroristes. En cas de catastrophe majeure, la solidarité entre les États membres doit faciliter la contribution d’unités militaires en appui des moyens civils, dans le cadre du projet de Centre de coordination et de planification opératif. Un processus de préparation opérationnelle a été lancé en 2015 pour constituer un vivier d’officiers aptes à travailler en petites équipes multinationales (5 à 8 personnes). Après les modules de formation par la France en 2015 et l’Algérie en 2016, un exercice sera organisé par le Maroc en 2017.

Cadres d’action. La connaissance commune en matière de sécurité et de défense régionales s’effectue par le partage d’expertise et d’expériences et la réflexion collective. Ainsi, le Centre euromaghrébin de recherches et d’études stratégiques, dont la Tunisie assure le secrétariat permanent, conduit des travaux dirigés par un pays pendant un an. L’étude ” Défis et vulnérabilités en Méditerranée occidentale”, démarrée par la France en 2010, a été poursuivie par l’Algérie (2011), l’Espagne (2012), le Portugal (2013) et l’Italie (2014). Ont suivi : “Sécurisation des frontières de l’espace 5+5 : coopération et implications” (Tunisie 2015) ; “Daech : facteurs d’expansion vus de l’espace 5+5” (Maroc 2016) ; “Les enjeux sécuritaires liés au changement climatique dans l’espace 5+5 : quelles implications pour les politiques de défense ?” (France 2017). Enfin, le Collège 5+5 Défense a formé 500 auditeurs depuis 2007.

Loïc Salmon

Marine nationale : sécuriser les espaces maritimes, mais aussi les protéger

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

Marine nationale : opérations de sûreté maritime en coopération avec Frontex




Marine nationale : emploi de l’ensemble des moyens

La France dispose des capacités de déni d’accès jusqu’à 500 km au large de ses côtes, estime l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine.

Il a en présenté la situation et les perspectives, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense le 5 décembre 2016 à Paris.

Une présence mondiale. Les bâtiments français sont déployés sur cinq théâtres d’opérations : en océan Indien jusqu’au golfe Arabo-Persique ; en Méditerranée orientale au large de la Syrie, où s’est rendu le groupe aéronaval juste après les attentats de novembre 2015 à Paris ; en Méditerranée centrale pour l’opération européenne « Sophia »  de lutte contre le trafic de migrants ; en Atlantique Nord, où l’activité sous-marine s’intensifie ; dans le golfe de Guinée, où l’opération de surveillance « Corymbe », effective depuis 1990, est renforcée par l’opération « Nemo » de formation des Marines des pays riverains à la lutte contre la piraterie et les trafics illicites. Une intervention en mer de Chine méridionale ou dans le détroit de Bab el-Mandeb n’est pas pour autant exclue. La surveillance des zones maritimes exclusives est soutenue, notamment  au large de la Tanzanie et du Mozambique où la présence de navires de recherches pétrolières et de gaz a été détectée. S’y ajoutent la dissuasion nucléaire et, pour la lutte contre le terrorisme, la posture permanente de sauvegarde maritime et la coordination du recueil de l’information maritime. Par ailleurs, le missile de croisière naval prend une dimension stratégique qui va changer l’emploi des bâtiments qui en seront doté, indique l’amiral. La commande de 150 exemplaires se répartit entre 100 pour les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et 50 pour les frégates multi-missions (FREMM). La Russie réaffirme sa puissance navale : tirs de missiles de croisière à partir de sous-marins en mer Caspienne et présence accrue en Atlantique Nord de sous-marins estimés très performants.

La dimension aéronavale. De Mourmansk, la Russie a envoyé un groupe aéronaval au large de la Syrie avec une escorte conséquente, souligne l’amiral Prazuck. La Grande-Bretagne a décidé de se doter de 2 porte-aéronefs à tremplin, l’Inde 3 et la Chine 4 et qui construit actuellement 1 frégate par trimestre et 1 sous-marin tous les 4 mois. Le porte-avions français Charles-De-Gaulle, équipé de catapultes, est notamment protégé par une FREMM, qui détecte tout intrus (navire de surface ou sous-marin) dans un rayon de 100 km. Outil politique et militaire de premier rang, il a effectué 450 sorties d’avions au cours de 232 jours de mer, dont 200 en opérations, jusqu’à son retour à Toulon mi-décembre 2016. Il devrait reprendre la mer dans les derniers mois de 2018, à l’issue d’un arrêt technique majeur pour l’extraction de son réacteur nucléaire, pour en changer le cœur, puis d’une mise en indisponibilité permanente pour  entretien et réparations, incluant l’installation d’un nouveau système de combat et la mise en condition « tout Rafale ». En 2016, le Charles-De-Gaulle a démontré son interopérabilité avec un groupe aéronaval américain dans le golfe Arabo-Persique, dont il a même assuré le commandement temporaire.

Les marins. La Marine compte 40.000 personnels (13 % de femmes), dont 6.000 dans les états-majors interarmées et 2.500 marins-pompiers. S’y ajoutent 4.600 réservistes et 6.000 volontaires. Elle ne connaît pas de difficulté de recrutement, grâce à un maillage de 30 bureaux dans toute la France et 60 partenariats avec des lycées professionnels. La préparation militaire Marine accueille 2.500 jeunes/an.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime




Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Le groupe aéronaval (GAN) effectue à l’automne 2016 une mission en Méditerranée orientale dans le cadre de l’opération « Chammal » au Levant, contribution à l’engagement de la coalition internationale contre Daech.

Le GAN et sa mission, dénommée « Arromanches 3 », ont été présentés à la presse le 22 septembre 2016 à Paris.

Le contexte « Chammal ». Lancée le 19 septembre 2014, l’opération « Chammal » constitue le volet français de l’opération « Inherent Resolve » d’une coalition d’une soixantaine de pays, consécutive à la résolution 2170 du Conseil de sécurité de l’ONU du 15 août 2014. Dirigée par les États-Unis, la coalition poursuit trois objectifs : arrêter la progression de Daech (État islamique) en Syrie et en Irak ; l’affaiblir en détruisant ses capacités militaires et en désorganisant ses flux logistiques ; appuyer la reconquête des territoires et rétablir la sécurité dans la région. Commandée par le chef d’État-major des armées à partir du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris, « Chammal » est réalisée sous le contrôle opérationnel de l’amiral commandant la zone océan Indien. Cette opération s’intègre dans la stratégie militaire globale de lutte contre les groupes armés terroristes, qui menacent la France et le flanc Sud de l’Europe. Elle inclut un volet « formation et conseil » pour les unités irakiennes. Ainsi, de mars 2015 à juin 2016, des instructeurs français de la « Task Force Narvik » ont formé 3.600 militaires irakiens, affectés à la lutte contre le terrorisme, au cours de 30 stages de 1 à 8 semaines : sauvetage au combat, lutte contre les engins explosifs improvisés, combat en zone urbaine, tir de combat et formation de futurs instructeurs. En outre, pendant la même période, les militaires français de la « Task Force Montsabert » ont formé plus de 700 instructeurs irakiens au cours de 90 stages portant sur les opérations, le renseignement, la logistique, les transmissions, la santé et le combat d’infanterie. Leur mission consiste à améliorer les capacités existantes de commandement de l’état-major de la 6ème Division d’infanterie irakienne, chargée de la protection de la capitale Bagdad. En tout, plus de 1.000 militaires français sont répartis entre la Méditerranée orientale, les bases aériennes de Jordanie et des Émirats arabes unis, les différents états-majors de la coalition internationale (États-Unis, Koweït, Bahreïn, Qatar et Irak) et Bagdad. Environ 100 instructeurs de la composante « formation et conseil », dont la relève a eu lieu en mars 2016, résident à Bagdad. En outre, « Chammal » fournit aux troupes irakiennes, engagées au combat au sol contre Daech, un appui aérien consistant en des missions de renseignement et des frappes, planifiées à l’avance ou non. Ce volet aérien du dispositif français compte en permanence 14 avions de chasse de l’armée de l’Air, dont 6 Rafale basés aux Émirats arabes unis (renforcés ponctuellement par des appareils venus de France) et 8 Mirage 2000D et 2000N opérant depuis une base aérienne projetée en Jordanie. En cas de besoin, ce dispositif peut être renforcé par : 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2, basé en Jordanie et destiné à la surveillance du milieu désertique ; 1 avion ravitailleur KC-135, projeté de France ; 1 avion de contrôle aérien AWACS E3F. Le 13 juillet 2016, le président de la République et chef des armées, François Hollande, décide un nouveau déploiement du GAN au sein de l’opération « Chammal », dont la zone d’intervention a été étendue à la Syrie dès le 8 septembre 2015.

La montée en puissance du GAN. La mobilité du Charles-De-Gaulle (CDG), jusqu’à 1.000 km/jour, et sa flexibilité d’emploi facilitent son engagement sur un théâtre et son désengagement. Les catapultes de ses deux pistes de décollage à l’avant propulsent des avions d’environ 25 t de 0 à 300 km/h en 1,5 seconde sur une piste longue de 75 m seulement. Avec une capacité de catapultage d’un avion toutes les 30 secondes et jusqu’à 20 avions en 12 minutes, le CDG peut assurer 100 vols/jour pendant une semaine. Pour l’opération « Arromanches 3 », il embarque, pour la première fois, uniquement des avions Rafale Marine, qui emportent quatre fois plus de bombes que les Super-Étendard. Au cours du catapultage, le pilotage automatique du Rafale Marine permet  de contrôler totalement l’avion. Le pilote reprend progressivement la main à partir d’une altitude d’environ 100 m. La présence de deux moteurs permet au pilote de revenir se poser sur le CDG en cas de panne d’un moteur au décollage. Lors de l’appontage, le pilotage automatique permet de maintenir l’incidence d’approche de l’avion. Le pilote se concentre sur sa trajectoire. Déployé dès 2010 dans l’opération « Agapanthe » de lutte contre la piraterie en océan Indien puis, en 2011, lors de l’opération « Harmattan » au large de la Libye, le Rafale Marine peut franchir 1.850 km et effectuer une patrouille de 2 heures sans ravitaillement en vol. Il peut apponter avec une quantité importante de munitions non tirées ou de carburant. Cette réserve de kérosène permet aussi son « dégagement » vers un terrain de secours très éloigné, en cas de difficultés techniques à l’appontage ou de conditions météorologiques extrêmes. En outre, le CDG embarque 2 avions-radar E2C-Hawkeye pour le contrôle aérien avancé. D’une autonomie de 6 heures et capable de franchir 2.850 km, cet avion détecte, identifie et piste toutes les cibles aériennes dans un rayon d’environ 550 km. Il assure notamment le contrôle et le guidage des avions d’interception, le soutien des missions d’assaut contre des objectifs navals et terrestres, le relais d’informations et de données au sein du GAN et participe aux missions de recherche et de sauvetage. Pour la première fois également, le CDG embarque l’hélicoptère Caïman Marine, qui peut être mis en œuvre par mer forte (roulis de 10 degrés) et un vent de 90 km/h. Equipé d’une mitrailleuse de portière et d’un support pour fusil de tireur d’élite, il peut effectuer des missions de contre-terrorisme maritime, de sauvetage en mer et d’évacuation sanitaire. Enfin, pendant « Arromanches 3 », la présence éventuelle d’un porte-avions russe en Méditerranée orientale donnerait lieu à un partage des zones d’action pour des raisons de sécurité.

Loïc Salmon

CEMA : durcissement et aggravation des conflits, évolution des missions

Marine nationale : opération « Arromanches » en Méditerranée et océan Indien

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

Le groupe aéronaval est centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle, qui embarque 24 avions de chasse Rafale Marine équipés d’une crosse d’appontage, 2 avions de guet aérien E2C-Hawkeye et 4 hélicoptères (2 Dauphin, 1 Alouette III et 1 Caïman). Il inclut la frégate antiaérienne Cassard avec son hélicoptère Panther, la frégate anti-sous-marine Jean-de-Vienne avec 2 hélicoptères Lynx, un sous-marin nucléaire d’attaque et le bâtiment de commandement et de ravitaillement Marne, renforcés par la frégate anti-sous-marine allemande Augsburg avec 1 Lynx et le destroyer américain lance-missiles USS-Ross. La frégate de défense aérienne Chevalier-Paul en fait partie ponctuellement, avant d’entamer une nouvelle mission. Pour l’opération  « Arromanches 3 » d’automne 2016 en Méditerranée orientale, le GAN compte environ 3.300 marins, dont 2.900 Français et 400 Américains et Allemands.




Marine nationale : en opérations sur toutes les mers

En posture permanente de sûreté, la Marine agit, dès le temps de paix, sur l’espace marin de liberté stratégique et de manœuvre. Responsable de l’action de l’État en mer, elle participe aussi aux opérations sur les théâtres extérieurs.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 15 avril 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine. Y sont notamment intervenus : la contre-amirale Anne Cullerre, sous-chef d’état-major « Opérations aéronavales » ; le capitaine de vaisseau (R) Lars Wedin, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique ; le capitaine de vaisseau Jacques Rivière, chef du bureau « Opérations aéronavales ».

Enjeux et menaces. Outre ses ressources halieutiques et son importance pour le transport de marchandises dans le monde (90 % des échanges), la mer devient un enjeu énergétique, explique le capitaine de vaisseau Wedin. Le parc d’environ 170.000 plates-formes de production d’hydrocarbures (pétrole et gaz) s’accroît de 400 unités par an. S’y ajoutent les éoliennes et hydroliennes (sous-marines), génératrices d’électricité. Or, ces infrastructures affectent l’emploi des radars et les trajectoires de manœuvre des navires marchands pour les éviter. Ces entraves à la circulation maritime se répercutent sur la liberté de navigation. Certains pays riverains, notamment en mer de Chine, créent des zones d’interdiction pour les protéger, notamment des organisations terroristes susceptibles d’utiliser vedettes rapides ou sous-marins de poche pour les endommager, avec des conséquences écologiques et médiatiques. Le commandant Wedin en déduit une stratégie maritime pour le XXIème siècle avec ses composantes économique, financière, industrielle, de défense (OTAN et accords bilatéraux), diplomatique et morale, à savoir la prise en compte de l’importance de la mer par l’opinion publique. L’amirale Cullère rappelle que tous les pays commerçants disposent de Marines militaires pour défendre leurs intérêts maritimes. Ainsi, la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est développent leur Marine pour s’assurer la maîtrise des mers environnantes. La guerre froide (1947-1991) semble de retour. Si un bâtiment étranger se rapproche trop près de la Crimée, des unités russes vont immédiatement à sa rencontre. La Russie reconstruit en effet sa Marine, qui montre son pavillon en océan Indien et en Méditerranée. Parallèlement, des avions russes se manifestent le long des côtes atlantiques, indique le capitaine de vaisseau Rivière.

Missions permanentes. Pour garantir la crédibilité de la dissuasion nucléaire, le programme « Cœlacanthe » poursuit la modernisation de la Force océanique stratégique par la mise au format du missile balistique M51 du 3ème SNLE. Pour participer à la protection de ses 80.000 ressortissants français dans le golfe de Guinée, l’opération « Corymbe » combine surveillance maritime et coopération avec les pays riverains pour la prise en charge de leur propre sécurité dans leurs eaux territoriales, explique l’amirale Cullerre. Sur le territoire national (métropole et outre-mer), l’action de l’État en mer (55 missions) inclut la protection des approches maritimes (sémaphores et renseignement). En 2014, 350 personnes ont été secourues, 500 kg de cocaïne saisis et 2.000 engins explosifs neutralisés. En outre, 3.280 marins et gendarmes maritimes ont assuré la sécurité d’enceintes militaires et des installations de la dissuasion. Début 2015, la Marine n’a donc pu fournir de personnels au-delà d’un mois à l’opération « Sentinelle » en Ile-de-France (10.000 personnels mobilisés). En conséquence, l’État-major des armées réfléchit aux nouveaux formats de la défense maritime, opérationnelle et aérienne du territoire. La France participe déjà à la lutte contre l’immigration clandestine dans le cadre de la mission européenne Frontex (renseignement et récupération de naufragés). La France dispose du plus grand réseau d’attachés de défense du monde. Les Commandements supérieurs en Nouvelle-Calédonie (armée de Terre) et en Polynésie française (Marine) remplissent, au sein des pays de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique, des missions de rayonnement, mais avec de plus en plus de difficultés car les moyens financiers diminuent. Les escales de deux frégates de surveillance y contribuent, notamment aux Mexique, Chili, Pérou et en mer de Chine. Si le ministère des Affaires étrangères décide, par exemple, l’envoi de secours aux victimes d’un cyclone aux Philippines, la Marine peut déjà en réaliser la planification sur place. En raison de la présence d’entreprises françaises (CMA et Total) dans la région, des bâtiments militaires français  s’y rendent, mais sans prendre parti dans les litiges territoriaux entre les pays riverains et la Chine, qui se pose en rivale des États-Unis. Par ailleurs, la Marine américaine doit assurer, en permanence, l’ouverture des détroits de Bab-el-Mandeb et d’Ormuz, où la Grande-Bretagne a envoyé des unités et la France un chasseur de mines en avril 2015.

Opérations ponctuelles. Avec ses bâtiments, aéronefs (avion radar Atlantique 2 ou Falcon 50 notamment) et commandos (forces spéciales), la Marine participe aux opérations extérieures, dans un cadre interarmées et en coalition : « Chammal » contre Daech en Irak, « Atalante » contre la piraterie en océan Indien et « Serval » puis « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne. Elle dispose de : 3 bases navales à Cherbourg, Brest et Toulon ; 4 stations navales au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon ; 2 bases interarmées à Djibouti et aux Émirats arabes unis. L’opération « Corymbe » dans le golfe de Guinée est dirigée par l’amiral préfet maritime de Brest, également commandant en chef pour l’Atlantique, en coordination avec ses homologues au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Auparavant uniquement effectuées en liaison directe avec la présidence de la République, les projections de forces sur des théâtres extérieurs intègrent la communication opérationnelle, en raison de l’accélération du temps « politico-médiatique », souligne l’amirale Cullerre. En échange du soutien des États-Unis à la France en matière de renseignement et de ravitaillement en vol pendant les opérations « Harmattan » (Libye, 2011) et « Serval » (Mali, 2013), le groupe aéronaval français a assuré la relève d’un porte-avions américain au cours de l’opération « Chammal » (Irak, avril 2015).

Loïc Salmon

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

L’océan Indien : espace sous tension

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Avec 11 Mkm2 de zones économiques exclusives réparties sur 7.000 km de côtes sur tous les océans, la France dispose du 2ème domaine maritime mondial, après les États-Unis. Sa Marine compte : 10 sous-marins, dont 6 d’attaque (SNA) et 4 lanceurs d’engins (SNLE) ; 42 bâtiments de combat et de soutien ; près de 200 avions de chasse, de patrouille et de surveillance ainsi que des hélicoptères ; 15 unités de fusiliers et commandos Marine ; 34.000 hommes et femmes, dont 3.000 civils. Le taux de féminisation atteint 13,8 %. Dès 2017, l’équipage du premier SNA Barracuda intégrera 3 officiers féminins. Toutes les spécialités sont ouvertes aux femmes, y compris celles de pilote de chasse embarquée et de commando Marine, si elles réussissent les mêmes tests que les hommes.




Marine nationale : opération « Arromanches » en Méditerranée et océan Indien

Pour la première fois, le porte-avions Charles-de-Gaulle a été placé sous contrôle opérationnel américain et a assuré la permanence aéronavale d’une coalition engagée dans le golfe Arabo-Persique. L’opération « Arromanches » (janvier-mai 2015) a été présentée à la presse le 7 mai 2015, au cours d’une visioconférence entre le ministère de la Défense à Paris et le contre-amiral Éric Chaperon, commandant la « Task Force 473 » (TF 473), à bord du Charles-de-Gaulle. Au cours de son déploiement, la TF 473 a participé à l’opération « Chammal » à proximité de l’Iran (23 février-18 avril), de concert avec 2 frégates britanniques ainsi que 3 frégates et 1 porte-avions et américains. Outre le Charles-de-Gaulle, la TF 473 a mis en œuvre 2.600 personnels, 12 Rafale, 9 Super Étendard Modernisés, 1 avion de guet aérien Hawkeye, 4 hélicoptères, la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul, la frégate britannique anti-sous-marine Kent intégrée à son dispositif, le pétrolier-ravitailleur Meuse, le sous-marin nucléaire d’attaque Améthyste, l’état-major de la TF 473 et un avion de patrouille maritime Atlantique 2. Chaque jour, son aviation embarquée a réalisé 10 à 15 missions de combat dans la profondeur de l’ensemble du territoire irakien, avec des vols de 6 h et à plus de 1.000 km du Charles-de-Gaulle. La disponibilité des Rafale a été de 84 %, un peu moins pour les Super Étendard Modernisés. « La coalition fait tout pour éviter les dommages collatéraux », souligne l’amiral. Selon lui, l’avancée de l’organisation terroriste Daech a été arrêtée, mais l’engagement sera encore long pour les avions de l’armée de l’Air française encore là-bas. En 4 mois de déploiement, la TF 473  aura passé 100 jours à la mer. Mission de présence opérationnelle dans des zones d’intérêt stratégique, l’opération « Arromanches » avait pour but de sécuriser les espaces maritimes et d’offrir aux autorités politico-militaires des options de diplomatie, de défense et de renseignement au Moyen-Orient. En janvier, la TF 473 a participé à des exercices et des patrouilles opérationnelles, en Italie et en Grèce, avec la force navale multinationale de l’OTAN en Méditerranée, composante maritime de sa Force de réaction rapide. Après avoir franchi le canal de Suez (26 janvier), elle a été intégrée à l’exercice « White Shark » avec les forces armées d’Arabie saoudite. Après « Chammal », elle a participé à l’exercice « Vanura » (28 avril-2 mai), avec la Marine indienne, très intéressée par les performances des Rafale Marine. L’Inde a en effet commandé 36 Rafale en avril 2015, après trois ans de négociations exclusives.

Loïc Salmon

Marine et Diplomatie

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