Israël : Services de renseignement, défaillances structurelles et logique d’actions offensives

Les Services renseignement (SR) israéliens ont sous-estimé les capacités du Hamas à Gaza (7 octobre 2023) par défaillance dans la collecte, biais d’analyse et dysfonctionnements dans la prise de décision. Mais ils ont remporté des succès majeurs contre le Hezbollah au Liban (septembre 2024) et en Iran (juin 2025).

Clément Renault, chercheur « Renseignement, guerre et stratégie » à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, l’explique dans une étude publiée à Paris en octobre 2025.

Les SR israéliens. Israël dispose de trois SR complémentaires, à savoir le Mossad, le Shin Bet (également dénommé Shabak) et l’Aman, spécialisés selon les zones géographiques et les types de menace. Le Mossad opère hors du territoire national, collecte des renseignements par des moyens clandestins et conduit des opérations secrètes à des fins d’entrave et d’influence. Ses officiers traitants, déclarés auprès des autorités locales, ne bénéficient pas de soutien diplomatique direct. Ils recrutent des sources humaines et établissent des montages économiques et financiers et des structures de « couverture » de longue durée pour s’insérer dans les milieux visés. Parfois, ils préparent des opérations offensives. Ainsi, leurs réseaux ont permis l’opération contre les bipeurs et les talkies-walkies du Hezbollah et la précision des frappes contre les cadres des Gardiens de la révolution iranienne. Le Mossad dispose de capacités de renseignement électromagnétique pour l’interception de communications à l’étranger contre les adversaires directs d’Israël. Il a investi massivement dans le cyber-renseignement offensif et réalisé l‘opération « Stuxnet » (2005) de piratage informatique des centrifugeuses du programme nucléaire iranien, avec l’aide des agences américaines NSA et CIA. Enfin, il surveille la diplomatie secrète du Hamas et entretient des relations clandestines avec lui et les États qui ont suspendu ou rompu leurs relations diplomatiques avec Israël. Le Shin Bet assure le contre-espionnage, la protection des infrastructures sensibles, la surveillance des groupes radicaux (arabes et juifs), la sécurité du gouvernement et des institutions nationales et la lutte contre le terrorisme intérieur. En ce qui concerne Gaza, il suit les infrastructures clandestines, les chaînes de commandement et l’identification des cadres opérationnels du Hamas et du Jihad islamique palestinien. Ses moyens de renseignement électromagnétique interceptent les communications (téléphones, écoutes radio, courriels et messages instantanés) en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pour identifier des profils précis de suspects et anticiper des menaces émergentes. Le Shin Bet détecte les signaux faibles, localise les « cellules dormantes », surveille les réseaux logistiques des groupes armés et appuie les opérations de ciblage. Ainsi en novembre 2012, la frappe contre Ahmed Jabari, chef de la branche militaire du Hamas, résulte d’une étroite coordination entre le Shin Bet, l’Aman et Tsahal (Forces armées israéliennes). L’Aman suit les menaces militaires conventionnelles et asymétriques, participe à la planification opérationnelle et coordonne le renseignement interarmées. Il dispose de capacités d’imagerie satellitaire et de renseignement d’origine électromagnétique. Son unité 8200 assure la collecte de données électroniques et cybernétiques, dont l’interception de communications, le suivi des réseaux numériques et la cartographie des infrastructures des groupes armés. Elle pratique la lutte informatique offensive contre le Hamas, en neutralisant ses systèmes de communication ou en manipulant des informations pour perturber la coordination de ses opérations. Il agit notamment avec les forces spéciales. Mossad, Shin Bet et Aman dépendent directement du Premier ministre pour favoriser l’efficacité opérationnelle et la réactivité, mais avec les risques de logiques concurrentielles, de cloisonnements administratifs et de vulnérabilités aux ingérences politiques.

Les capacités opérationnelles du Hamas. Le Hamas s’est adapté à la supériorité militaire et technologique d’Israël et l’a contournée. Depuis les années 1990, il est devenu un partenaire de l’Iran dans sa politique d’hostilité à l’égard d’Israël et un moyen d’influence dans la région. L’Iran lui a fourni des missiles antichars Kornet, des roquettes à moyenne et longue portées Fajr-5 et des drones armés pour menacer directement les villes israéliennes. Il a facilité l’acheminement clandestin de composants via la Jordanie, la Syrie ou le Soudan. Le Hamas a aussi profité de stages de formation en Iran, au Liban (Hezbollah) et en Syrie (du temps du régime Assad), portant sur la guérilla urbaine, l’usage d’explosifs improvisés, le sabotage, la guerre électronique et l’emploi tactique de drones. L’aide financière de l’Iran, évaluée à plusieurs dizaines de millions de dollars par an, a permis de construire des réseaux de tunnels, d’acheter des matériels et de maintenir les structures de commandement et de communication. Le Hamas a investi dans la production locale d’armement pour assurer son autonomie militaire et garantir la continuité de ses opérations. Il a établi des lignes de fabrication souterraines, dispersées et difficilement localisables, avec des matériaux dérivés de produits civils ou d’origine étrangère. Ainsi ses missiles M-75, R-160 ou J-80 ont pu frapper Tel-Aviv et Haïfa depuis Gaza. Recrutés pour leur engagement idéologique et leur aptitude physique, les membres des commandos Nukhba sont entraînés aux simulations d’attaques coordonnées, d’infiltrations frontalières et d’enlèvements de soldats israéliens. Ils sont préparés à des missions-suicides et à un engagement prolongé sous terre. Pour le renseignement humain, le Hamas a ciblé la minorité arabe musulmane israélienne pouvant se déplacer au Liban, en Jordanie ou en Arabie saoudite. Il utilise aussi les réseaux sociaux, les messageries sécurisées et l’usage systématique des sources ouvertes : bases de données gouvernementales israéliennes ; publications universitaires ; images satellitaires commerciales ; communications mal maîtrisées des réseaux sociaux de Tsahal. Il a développé des logiciels malveillants pour infecter les applications mobiles populaires en Israël. Une compréhension fine des vulnérabilités israéliennes lui a assuré le succès de son attaque surprise du 7 octobre 2023.

La stratégie israélienne face au Hamas. Depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en 2007, Israël a configuré son approche sécuritaire par la dissuasion, le confinement, les assassinats ciblés et l’exploitation des divisions intra-palestiniennes. Ces certitudes de protection se sont effondrées le 7 octobre. La dissuasion a été disqualifiée par la violence de l’attaque planifiée de grande ampleur, le confinement rendu caduc par la pénétration simultanée de plusieurs milliers de combattants sur terre et par les airs, le ciblage démontré comme insuffisant à prévenir ou désorganiser l’attaque et l’exploitation des divisions intra-palestiniennes rendue partiellement inopérante par la coordination tactique entre les différentes factions armées. La brutalité de l’attaque a provoqué un choc considérable en Israël, une peur collective et une crise institutionnelle. Des fuites dans la presse ont fait état d’alertes ignorées ou reléguées à un rang subalterne dans la hiérarchie décisionnelle. Le Shin Bet et l’Aman ont reconnu des erreurs majeures d’évaluation dans des rapports rendus partiellement publics. De son côté, le gouvernement a refusé d’instaurer une commission d’enquête indépendante sur les causes de l’échec des SR en 2023. Enfin, les opérations de ciblage contre les moyens de communication et les hauts responsables du Hezbollah (2024) ou contre les infrastructures nucléaires iraniennes (2025) ont confirmé la performance technique et la capacité de frappe du Mossad et de l’Aman et rétabli leur crédibilité, dans une certaine mesure.

Loïc Salmon

Lève-toi et tue le premier

Moyen-Orient : la confrontation Israël-Iran de juin 2025

Israël : ripostes militaires de précision au Hamas de Gaza

 




Intelligence artificielle : applications au milieu aérospatial

L’intégration de l’intelligence artificielle (IA) à la gestion du champ de bataille aérien sur les plans stratégique, opératif et tactique permet d’accélérer la boucle OODA (observer, orienter, décider et agir) à partir des retours d’expérience des conflits.

Le capitaine Malcolm Pinel, chef de la section « enseignements stratégiques de la chaire de stratégie aérienne et spatiale appliquées » du Centre des études stratégiques et aérospatiales, l’a expliqué au cours d’un colloque organisé, le 28 mai 2025 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

Israël. Le bilan de l’attaque terroriste du mouvement politico-militaire palestinien Hamas, à l’intérieur d’Israël depuis la bande de Gaza le 7 octobre 2023, se monte à 1.995 victimes et plus de 250 otages. Quelques mois après, le site web d’investigation israélien +972 Magazine signale que l’unité militaire israélienne 8-200, spécialisée dans le décodage et l’analyse des informations d’origine électromagnétique, a développé deux logiciels d’IA concourant au ciblage. Ce processus consiste à réaliser un dossier d’objectif, en vue d’une éventuelle frappe pour produire de effets. Le logiciel Habsora agrège une grande quantité d’informations de plusieurs sources, à savoir renseignements d’origine électromagnétique, écoutes téléphoniques, témoignages, images satellitaires, vidéos de drones et autres informations en source ouverte sur un immeuble, une voiture ou une personne, qui va devenir une cible. Installé dans une base aérienne israélienne, l’opérateur d’Habsora va recommander une cible. Puis un second logiciel, dénommé Lavander, va intégrer ces flux de renseignements, y ajouter des conversations téléphoniques et des mails puis proposer, selon certains paramètres, le degré de probabilité qu’une personne soit membre du Hamas. Par exemple, un homme pourrait l’être à 45 % si sa sœur est politiquement engagée et soutient financièrement le Hamas. A titre indicatif, en avril 2024, selon des médias israéliens, ces logiciels auraient désigné jusqu’à 37.000 combattants ou militants du Hamas ou du Jihad islamique palestinien, parmi les 2,3 millions d’habitants de Gaza, comme cibles potentielles de bombardements aériens. Ce processus de renseignement, souligne le capitaine Pinel, soulève la question de l’importance de l’opérateur qui décide de transmettre une cible à l’échelon opératif, afin qu’un effet soit délivré sur elle, notamment par l’envoi de drones de reconnaissance tactique. Ces derniers, de tailles diverses, évoluent d’un mètre à mille mètres d’altitude au profit du combattent d’infanterie. Son « imageur » permet au drone d’identifier ce qu’il voit et d’aider l’opérateur à interpréter l’image. Par exemple, si le drone voit du matériel, un petit cadre rouge s’affiche avec sa spécification. S’il voit un homme armé d’une arme légère ou d’un RPG (lance-roquettes individuel), l’image du combattant sera détourée pour que l’opérateur puisse l’identifier avec précision. Dans les combats en zone urbaine, les opérateurs de ces logiciels ont ainsi appuyé la manœuvre terrestre par l’envoi de petits drones dans des pièces d’habitations pour éviter de pertes humaines. Le Hamas a publié des faux enregistrements audios et vidéos générés par l’IA. De leur côté, les communicants de l’armée israélienne ont utilisé l’IA pour traduire automatiquement et diffuser massivement les vidéos d’interrogatoires de prisonniers membres du Hamas, afin d’exercer une influence dans le champ informationnel. Par ailleurs, les 8 et 9 septembre 2024, des commandos de l’Air israéliens de l’unité spéciale Shaldag, spécialisée dans les opérations clandestines, les recherches et le sauvetage d’otages, ont neutralisé un camp d’entraînement militaire iranien sur le territoire syrien, quatre mois avant la chute du régime de Bachar al-Assad. Lors de la préparation de l’opération, ils ne disposaient pas de renseignement d’origine humaine à l’intérieur du camp. Toutefois, grâce à l’IA, ils ont réussi à en modéliser les tunnels et les infrastructures à l’aide d’images satellitaires et de renseignements d’origine électromagnétique. Le fait de diffuser cette information entre aussi dans le champ informationnel.

Le théâtre ukrainien. Les forces armées russes et ukrainiennes ont intégré l’IA pour la reconnaissance au niveau des imageurs de drones pour cibler les objectifs avec précision et, estime le capitaine Pinel, peut-être dans la phase de guidage final. Cela implique un drone piloté par un opérateur et quelqu’un derrière, équipé d’un casque et d’une télécommande, pour guider le drone. Les drones suicides ou munitions téléopérées FPV nécessitent en effet d’être guidés jusqu’à la cible. Il semblerait que l’IA en soit capable en cas de brouillage. Quoique pourvue de peu de moyens, l’armée ukrainienne s’est montrée particulièrement agile, notamment dans l’innovation numérique en matière de commandement et de contrôle des opérations (C2). Des groupes d’opérateurs ont développé une application numérique dénommée Delta à base d’IA et qui relie le combattant, en train de préparer sa mission dans sa tranchée, aux échelons supérieurs au niveau du commandement de la brigade et jusqu’au poste de commandement opératif, voire stratégique. Delta centralise tous les flux de données satellitaires, vidéos des drones, renseignements électromagnétiques et observations des opérateurs et des combattants en temps réel.

Les États-Unis. Le retour d’expérience du conflit ukrainien inspire l’armée de Terre américaine pour la réalisation d’un outil de gestion du champ de bataille. Ainsi le « Maven Smart System » représente un saut technologique du C2 intégrant l’IA et l’apprentissage automatique pour les opérations de ciblage et de logistique. En outre, les avions de chasse sont équipés d’un système d’alerte radar, qui capte les signaux des radars et des armements adverses. L’intégration de l’IA permettrait de les classifier et, en cas de détection d’une émission électromagnétique non reconnue, de proposer des options d’actions au pilote. Elle équipera le futur avion de chasse Boeing F-47, dont le développement a été annoncé le 21 mars 2025. Le programme NGAD de supériorité aérienne de la prochaine génération, lancé par l’armée de l’Air, suspendu en 2024 à cause de son coût puis relancé en 2025, consiste en un avion de chasse avec un système de drones ailiers, comme le projet européen SCAF (système de combat aérien du futur). En 2020, à la demande de l’Agence chargée de la recherche et du développement des technologies émergentes destinées aux forces armées (DARPA, similaire à la Direction générale de l’armement), l’entreprise américaine de défense et de sécurité Lockheed Martin a expérimenté une simulation de combat aérien entre deux IA. En 2023, l’armée l’Air a procédé une simulation de combat entre un chasseur F-16, piloté par un humain, et un drone, piloté par un logiciel intelligent mais avec la présence d’un opérateur par sécurité. L’IA sera installée sur les avions et non sur les drones, car la réglementation en vigueur interdit le vol d’un drone piloté par l’IA au-dessus du territoire des États-Unis. Selon le capitaine Pinel, l’IA va occuper une place majeure dans les opérations aériennes. Elle permettra de gagner du temps dans l’élaboration de scénarios de conflictualités en Indopacifique ou au Proche-Orient. Déjà, la DARPA finance un programme de scénarios, mis en œuvre par l’entreprise britannique de défense BAE Systems. Enfin, des études en cours portent sur l’application de l’IA dans la gestion des bases de données, la maintenance et la logistique des vecteurs nucléaires.

Les limites. L’efficacité de l’IA dépend de la qualité des données injectées dans les algorithmes, avertit le capitaine Pinel. Celles-ci peuvent être incomplètes, biaisées, non représentatives ou intoxiquées par un autre acteur. Il s’agit donc de réduire ces risques dans les opérations militaires, où les principes de discrimination, de proportionnalité et d’humanité entrent en compte.

Loïc Salmon

Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements




Sécurité : la menace informationnelle visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024

L’audience considérable des retransmissions des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris a offert des opportunités de manœuvres malveillantes par des acteurs étrangers, amplifiées sur les réseaux sociaux et portant notamment sur l’immigration, l’insécurité, l’insalubrité, l’inclusion des minorités et le genre.

En septembre 2024, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a rendu publique une synthèse réalisée par « Viginum », son service technique et opérationnel de vigilance et de protection contre les ingérences étrangères.

Manœuvres informationnelles. La cérémonie d’ouverture des Jeux le 26 juillet a été vue par 41,5 millions de téléspectateurs de la chaîne américaine NBC, soit presque le double de celle des Jeux de Tokyo (23 juillet 2021), et par 24 millions de téléspectateurs de France Télévisions, deuxième meilleur score de son histoire. Les manœuvres étrangères, détectées en amont et durant les Jeux, ont instrumentalisé, de façon planifiée ou opportuniste, tout événement d’actualité en lien avec eux, en vue de quatre finalités. La première portait sur l’image et la réputation de la France en dénigrant sa capacité à accueillir, organiser et sécuriser les compétitions. La deuxième visait à produire de effets économiques en attaquant les parties prenantes des Jeux, les sponsors ou tout autre acteur économique français. La troisième voulait remettre en cause les valeurs universelles et démocratiques. La quatrième cherchait à provoquer ou amplifier des troubles à l’ordre public, afin de perturber le déroulement des événements.

Modes opératoires. Entre avril 2023 et le 8 septembre 2024, Viginium a identifié 43 manœuvres internationales ayant ciblé les Jeux. Parmi elles, la fausse bannière consiste à utiliser les marques de reconnaissance d’un adversaire pour semer la confusion. Ainsi, sur X, Facebook et Telegram (pro-russe), une vidéo a montré un membre du Hamas menaçant les Jeux, accusant la France de soutenir Israël et dénonçant la participation d’athlètes israéliens. L’amplification d’actions dans le champ physique utilise des affichages ou des tags dans des lieux publics pour générer des publications sur des plateformes en ligne en faveur d’une cause. Ainsi, la photo d’une publicité sur un abribus à Paris, ciblant la délégation israélienne, a été massivement reprise sur X, en majorité par des comptes propalestiniens. Sur Telegram, Facebook et X, des photos de graffiti ont représenté deux mains se transmettant une arme au-dessus des logos des Jeux Olympiques de Munich (1972), où onze athlètes israéliens ont été assassinés par l’organisation terroriste palestinienne « Septembre Noir ». Un « doxxing » a divulgué en ligne des données personnelles sur des athlètes israéliens en les accusant de crimes de guerre. Des comptes pro-iraniens ont diffusé des visuels, réalisés avec l’intelligence artificielle (IA) en utilisant le logo d’Amnesty International, lesquels montrent des athlètes israéliens agressant des civils palestiniens et appellent au boycott de la délégation israélienne. L’écosystème numérique pro-iranien a créé un environnement hostile aux athlètes israéliens et accusé le Comité international olympique de « double standard » entre eux et les athlètes russes et biélorusses, obligés de concourir sous une bannière neutre. Des contenus audiovisuels originaux, mais inexacts et trompeurs, ont été produits et diffusés. Une vidéo réalisée avec l’IA, affirmant que la Seine est aussi polluée que le Gange en Inde et que l’air de Paris serait trop nauséabond pour les athlètes, a été diffusée sur des plateformes chinoises. La vidéo d’une influenceuse étrangère sinophone critiquant les Jeux a été vue plus de deux millions de fois sur diverses plateformes. Le dispositif pro-russe Matriochka a utilisé la charte graphique de la DGSI ou de la CIA pour affirmer que le niveau de risque terroriste était trop élevé pour assurer la sécurité.

Loïc Salmo

Défense : les contributions des armées aux Jeux Olympiques 2024

Défense : contributions des armées à la sécurisation des Jeux Olympiques 2024

Défense : le CNSD, pôle d’excellence militaire et sportive

 




Armée de Terre : comment faire la guerre autrement

La guerre asymétrique et la conflictualité au-dessous du seuil du conflit de haute intensité, par des Etats en compétition, modifient les modes d’action des forces terrestres, élaborés par la réflexion opérationnelle et l’innovation stratégique.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 10 février 2022 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de Terre. Y sont notamment intervenus : le général d’armée Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le général de brigade Ivan Martin, commandant l’Ecole d’infanterie et ancien attaché de Défense à Moscou (2018-2021) ; le professeur Pierre Pahlavi, Collège royal des forces canadiennes ; le général de brigade Eran Ortal, directeur du Dado Center (études interdisciplinaires des forces armées israéliennes) ; le général de brigade Joseph Hilbert, directeur de la formation de la 7ème Armée américaine.

La France. Plusieurs tendances lourdes caractérisent la conflictualité aujourd’hui, estime le général Schill. D’abord, la révolution numérique transforme les sociétés et fournit un arsenal de combat dans le cyber et l’espace extra-atmosphérique. L’armée de Terre doit pouvoir agir jusqu’à l’affrontement militaire direct, quel que soit le degré d’intensité. En raison de la confusion entre le front et l’arrière tactique, opératif et stratégique, tout engagement militaire aura des conséquences sur la logistique et le substrat national. La course aux armements produit un nivellement par le bas. L’accélération de leur développement et la facilité de leur acquisition permettent à de petits groupes d’affronter ou de contourner des armées nationales. La Chine, la Russie et l’Iran ont décidé d’inclure la puissance économique dans le domaine militaire pour remettre en cause l’équilibre issu de la seconde guerre mondiale, avec le risque d’un affrontement majeur. S’y ajoutent les Etats faillis, le terrorisme et les déséquilibres démographique et climatique. Les pays compétiteurs de la France, à savoir des adversaires potentiels, pratiquent la contestation par des actions violentes ou non. Grâce à une appréciation autonome de la situation, la France peut intervenir de façon limitée avec ses forces spéciales et son dispositif « Guépard » d’alerte permanente. Elle peut jouer le rôle de nation-cadre dans une coalition OTAN, de niveau européen ou ad hoc, grâce à un poste de commandement de corps d’armée avec sa capacité d’appui et de soutien et une division lourde. A l’avenir, la prévention et l’influence permettront de répondre, plutôt en Afrique, à un Etat en compétition ou en contestation, et de contribuer à la stabilisation, la construction sur le long terme et l’accompagnement. La Task Force européenne Takuba le fait au Sahel, alors que les sociétés militaires privées, type Wagner (russe), créent des déséquilibres destructeurs.

La Russie. Héritière de l’URSS qui n’a pas été vaincue militairement, la Russie lutte contre le modèle occidental susceptible de supprimer le statu quo, souligne le général Martin. Or la géopolitique de l’OTAN remet en cause son droit de regard sur le glacis constitué par les pays de l’ex-URSS. La Russie pratique une diplomatie de l’ambiguïté pour altérer la capacité d’analyse et la prise de décision de l’adversaire. Face à des crises, elle agit militairement en cas d’absence de solution politique. Elle reconstruit ses capacités militaires pour durer, face à une menace hypothétique à ses frontières, et se projeter au-delà. Depuis 1990, elle modernise sa défense sol-air (missiles hypersoniques et laser) pour se prémunir d’une agression extérieure. Ses forces terrestres accroissent leur puissance de feu et leur capacité d’action dans la profondeur. Ses forces navales défendent ses approches maritimes et effectuent des démonstrations de force en Europe. La Russie se ménage un espace de manœuvre et d’action dans tout le spectre, sous le seuil de la guerre nucléaire et du déclenchement de l’article 5 de l’OTAN (assistance mutuelle en cas d’agression). Elle compte sur les technologies de pointe pour surprendre l’adversaire et lui imposer son tempo pour le paralyser.

L’Iran. Pays à majorité chiite dans un environnement régional sunnite et arabe, l’Iran a l’impression d’être toujours attaqué, souligne le professeur Pahlavi. Pour préserver son indépendance contre toute ingérence ou menace de l’étranger, il ne peut compter que sur lui-même, en raison de l’affaiblissement de ses capacités militaires, consécutif à l’embargo sur les armes, et de son isolement diplomatique. Pour exporter son idéologie, il se constitue une zone tampon régionale et cible les faiblesses sociétales de l’Occident. Il développe tous les outils disponibles, notamment les cyberattaques, la manipulation de l’information et un programme balistique. Il se tourne vers les approches indirectes et hybrides pour éviter le combat frontal. La nostalgie de l’antique empire Perse, exprimée dès la seconde moitié du XXème siècle, se manifeste par son désir de reconnaissance sur la scène mondiale aux côtés de l’Europe et des Etats-Unis. La stratégie aux facettes multiples de l’Iran converge vers celles de la Chine et de la Russie, dont il se rapproche. Trop lier son destin aux leurs risque de porter atteinte à sa souveraineté.

Israël. Depuis les années 1980, Tsahal (forces armées israéliennes) a recouru à la puissance de feu à longue portée contre ses ennemis avec des résultats satisfaisants, mais cela ne suffit plus, explique le général Ortal. En effet, l’Iran, de plus en plus présent dans la région, leur en fournit, leur permettant ainsi de développer leur propre capacité offensive et leur donnant une liberté d’action. Cette dynamique d’échanges de tirs conduit Israël à une posture de défense anti-aérienne et limite sa capacité de manœuvre pour se protéger. Grâce à ses capteurs et ses réseaux, Tsahal doit pouvoir découvrir un ennemi qui se cache, intercepter ses projectiles, puis détruire ses lance-roquettes. Les opérations futures combineront rapidité et manœuvre dans la profondeur du territoire adverse.

Les Etats-Unis. Selon le général Hilbert, depuis l’effondrement du monde binaire de la guerre froide (1947-1991), le domaine de la conflictualité inclut l’espace, l’air, le cyber, la mer, la terre et le monde souterrain, dans des environnements de compétition, de crise et de conflit armé. Dans une compétition coûteuse en ressources financières, humaines et technologiques, il convient d’accroître l’interopérabilité des systèmes entre pays alliés et partenaires, grâce à des formations et des entraînements communs. De plus, il faut développer une capacité dissuasive de projection des forces terrestres, capables de déséquilibrer rapidement l’adversaire potentiel. En cas de de crise, il faut garder l’ascendant sur lui dans tous les domaines de la conflictualité pour lui faire comprenne que ses intérêts sont en jeu et que les Etats-Unis ne se battront plus jamais seuls. En outre, ils procéderaient à des tirs de précision dans les zones dont l’accès leur serait interdit. Si la situation évolue vers un conflit armé, la supériorité technologique et la prise rapide décision devraient permettre de l’emporter.

Loïc Salmon

Armée de Terre : prête dans un contexte stratégique incertain

Israël : ripostes militaires de précision au Hamas de Gaza

Iran : Covid-19, sanctions américaines et ambiguïtés sur le nucléaire militaire




La nouvelle guerre secrète

Lutte contre le terrorisme et guerre hybride ont conduit la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et Israël à recourir à des interventions secrètes par des unités militaires spécialisées ou même des sociétés militaires privées.

Ces unités, souvent dérivées des forces spéciales et entourées du secret le plus strict, opèrent sur le territoire national (sauf aux Etats-Unis) en étroite relation avec les forces de sécurité et à l’étranger avec les forces armées et les services de renseignement extérieur. Les groupes terroristes, cloisonnés en petites cellules difficiles à infiltrer, connaissent le mode de fonctionnement militaire et le rôle des médias et de l’opinion publique dans les pays occidentaux. Ces derniers doivent alors anticiper leurs opérations, identifier les cibles visées pour les protéger et localiser les cellules adverses pour les détruire. Cela nécessite des renseignements opérationnels très précis, d’origines humaine, électromagnétique et optique, en vue d’une attaque de drones, d’une frappe aérienne ou d’une intervention par une équipe spécialisée. Quoique surtout issus des forces spéciales, les personnels passent par une sélection drastique et suivent un entraînement rigoureux. Certaines unités changent de nom ou disparaissent en raison des circonstances. Leur budget est dissimulé et leur existence cachée. Créées à l’insu du contrôle parlementaire ou pour le contourner, elles ont démontré leur efficacité sans pour autant permettre, par leur seule action, de l’emporter dans un conflit. Toutes, en totalité ou via certains de leurs membres, ont abusé de leur autonomie d’action pour sortir de leur cadre initial avec, pour conséquences, des dégâts collatéraux lors d’assassinats ciblés, la torture (physique et/ou psychologique) de suspects ou des tractations financières illégales. L’expérience des actions clandestines pendant la seconde guerre mondiale, les conflits de la décolonisation et en Irlande du Nord a permis aux unités spécialisées britanniques de s’adapter puis d’intervenir à Londres, en Irak, Afghanistan, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie et Iran. Grâce aux enseignements britanniques, les services spéciaux des Etats-Unis entament, contre l’Allemagne et le Japon (1941-1945), des opérations clandestines et une action psychologique qu’ils vont ensuite développer dans de nombreux pays. La CIA, civile et chargée de déstabiliser le bloc communiste dès 1947, se concentre sur le niveau stratégique. Créé 1980, le « Joint Special Operations Command » (Commandement interarmées des opérations spéciales) monte en puissance après 2001 et coopère désormais avec la CIA, autrefois sa rivale. Depuis la guerre conventionnelle de 1973, Israël est devenu la cible de menaces asymétriques accrues sur son territoire, ses frontières et à l’étranger. Les services de renseignement Shin Bet (intérieur), Aman (sécurité militaire) et Mossad (pays étrangers) ont considérablement développé leurs propres unités spécialisées. La France dispose de la Gendarmerie au niveau national, du Commandement des opérations spéciales et, pour les opérations clandestines, du service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure. Enfin, une « remilitarisation » du renseignement se manifeste en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Israël. En effet, le développement des unités spécialisées et des moyens de renseignement de toutes origines assure aux forces armées la prééminence sur les agences civiles.

Loïc Salmon

« La nouvelle guerre secrète », par Eric Denécé et Alain-Pierre Laclotte. Mareuil Éditions, 432 pages. 19,90 €

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

Lève-toi et tue le premier

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles




Qui ose vaincra

La victoire repose sur l’audace dans l’action…précédée d’une longue réflexion, comme l’expérimentent les chefs militaires à différents niveaux.

La prise de risque calculée explique le succès de la plupart des vingt opérations présentées. Lors de la bataille de Leuctres (6 juillet 371 avant JC) l’armée de Sparte, réputée invincible, affronte celle de Thèbes en situation défavorable. Pourtant, le chef thébain Epaminondas remporte la victoire en adaptant, de manière imprévisible, le schéma de combat de l’époque. Il attaque directement l’élite des troupes spartiates avec ses meilleurs combattants, créant un effet de surprise qui disloque le dispositif adverse, conditionné par de longues heures d’entraînement et difficile à rétablir rapidement. Alexandre le Grand s’inspire de cette tactique lors de la bataille de Gaugamèles (1er octobre 331 avant JC) contre l’armée perse, hétéroclite mais très supérieure en nombre et qui a imposé et aménagé le terrain d’affrontement. Dès son plan initial, Alexandre prend l’initiative pour atteindre directement le roi perse Darius III, avant que la masse de manœuvre de son armée puisse se mettre en mouvement. La fuite de Darius provoque la défaite de son armée puis la chute de son empire. En Chine, entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935, afin d’échapper à un encerclement par l’armée nationaliste de Tchang Kaï-chek, l’armée du jeune Parti communiste, commandée par Mao Tsé-toung, parcourt 12.000 km à travers 11 provinces et livre 500 combats contre les nationalistes, les « seigneurs de la guerre » et les pillards. Malgré la perte de 80 % de son effectif, l’Armée populaire de libération a réussi sa « longue marche », grâce à sa capacité de résilience qui a même entraîné le ralliement de certaines unités nationalistes et facilité les campagnes de recrutement. Le 10 mai 1940, le succès de l’attaque allemande du fort d’Eben-Emael, réputé imprenable, démoralise la Belgique, dont l’esprit de résistance s’effondre. La forteresse est tombée en quelques heures, surprise par l’audace et l’efficacité tactique d’un assaut aéroporté, mené par des soldats d’élite spécialement entraînés depuis six mois. Transportés par planeurs pour garantir la discrétion en vol et la concentration rapide des moyens à l’atterrissage, ils ont neutralisé la défense du fort par l’emploi de charges creuses à haut pouvoir de pénétration. Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1941, un commando italien de six hommes-grenouilles réussit à pénétrer dans le port égyptien d’Alexandrie, l’un des principaux points d’appui de la Marine britannique en Méditerranée. Chaque équipe de deux nageurs enfourche une torpille modifiée, emportant une charge détachable de 230 kg d’explosifs avec un détonateur à minuterie et une ventouse. Malgré des difficultés inouïes, ils parviennent à couler un pétrolier et deux cuirassés britanniques. Le 27 juin 1976, deux membres du Front populaire de libération de la Palestine et deux Allemands de la Fraction armée rouge détournent, vers l’aéroport ougandais d’Entebbe, un avion d’Air France avec 250 passagers, dont une centaine d’Israéliens. Ils exigent la libération de 53 prisonniers pro-palestiniens détenus au Kenya et en Israël, Allemagne de l’Ouest, France et Suisse. Après la libération de 147 otages, l’ultimatum est fixé au 4 juillet. Dans la nuit du 3, après un raid de 3.600 km, un commando israélien évacue les 106 otages restants dont l’équipage, tue les terroristes…mais déplore la mort de son chef.

Loïc Salmon

 « Qui ose vaincra », Gilles Haberey et Hugues Perot. Editions Pierre de Taillac, 154 p, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Lève-toi et tue le premier




Israël : ripostes militaires de précision au Hamas de Gaza

Par ses bombardements ciblés en représailles aux tirs de roquettes sur son territoire, Israël entend créer un climat d’insécurité totale au sein du mouvement islamiste Hamas.

Le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, porte-parole de Tsahal (forces armées israéliennes) l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 17 mai 2021 entre Jérusalem et Paris, par l’Association des journalistes de défense. La visioconférence a dû être retardée en raison d’une alerte en cours. Du 10 au 17 mai, les victimes de l’affrontement entre Israël et le Hamas de la bande de Gaza sont estimées à 10 tués et 294 blessés du côté israélien et 200 tués et plus de 1.300 blessés du côté palestinien.

Un contexte de guerre. Depuis 13 jours, 3.200 roquettes sont tombées sur Israël, mais avec un nombre réduit de victimes grâce au « dôme de fer », indique le lieutenant-colonel. Chaque unité du dôme comprend un radar de trajectographie, des roquettes et une batterie de missiles d’interception de courte portée. Dérivé du « Patriot » américain, ce système est de conception israélienne. En cas de tirs de roquettes décelés, les sirènes alertent la population de l’agglomération visée, qui se réfugie dans des abris en béton. A la date du 17 mai, le dôme de fer avait intercepté 90 % des roquettes, dont certaines ont explosé à Gaza. Il n’entre en œuvre que contre celles risquant d’atteindre des habitations. Tsahal a détruit 850 cibles considérées comme militaires, tuant 130 combattants. Les tirs de précision visent à réduire au maximum les dégâts collatéraux, souligne le lieutenant-colonel Conricus.

Des frappes chirurgicales. Le Hamas, dit-il, dissimule des installations militaires dans des infrastructures civiles très fréquentées, pour utiliser les passants comme boucliers humains. Ainsi, le 15 mai, une bombe guidée par GPS a totalement détruit la tour hébergeant les bureaux de médias étrangers, dont ceux de l’agence de presse américaine Associated Press et de la télévision qatarie Al-Jazira. Le personnel avait été sommé d’évacuer les lieux une heure avant l’attaque. Le ciblage de la tour, sans endommager les immeubles voisins, a été déterminé car elle abritait aussi les bureaux du service de renseignement du Hamas, des armes en cours de développement et des moyens logistiques. En outre, les bombardements ont détruit 100 km de tunnels aux parois bétonnées, par lesquels transitent des armes et des groupes armés. Il s’agit de perturber les activités militaires et civiles du mouvement islamiste, précise le lieutenant-colonel. Les opérations de représailles visent aussi les cadres militaires et les ingénieurs de haut niveau du Hamas. La prise de décision, processus complexe auquel participe un conseiller juridique, prend en compte la valeur de la cible et la réduction maximale du nombre de victimes potentielles. A titre indicatif, dans le passé, un dirigeant du Hamas a été abattu sans que son épouse, qui se trouvait à ses côtés, soit blessée.

Le Hamas. Le mouvement palestinien Hamas, qui comprend des branches politique et militaire, prône la destruction d’Israël et la création d’un Etat dans les frontières de 1967 avec Jérusalem pour capitale. Il est implanté à Gaza, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban, en Syrie et en Jordanie. Avec sa direction politique au Qatar, il dispose de camps d’entraînement en Syrie, au Liban, au Soudan et en Iran qui lui apporte une aide politique, financière et militaire. Son opposition à Daech et son hostilité à l’Etat islamique au Sinaï ont permis au Hamas de se rapprocher de l’Egypte.

Loïc Salmon

Proche-Orient : Israël, envisager tous les scénarios de riposte

Lève-toi et tue le premier

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste




Marines : le sous-marin, arme tactique puis outil stratégique

Arme du combat naval, le sous-marin a pris une dimension stratégique dans la conduite de la guerre, la dissuasion nucléaire et le déni d’accès à un théâtre.

Alexandre Sheldon Duplaix, chercheur au Service historique de la défense et conférencier à l’Ecole de guerre, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 3 décembre 2020 à Paris, par l’association Les Jeunes IHEDN.

Evolution technologique. Le premier submersible, mu par la force humaine, apparaît en1776 aux Etats-Unis pour transporter, sans succès, une charge explosive jusqu’à la coque d’un vaisseau adverse. Au cours du XIXème siècle, l’invention des piles et batteries électriques va déboucher sur un mode de propulsion mixte pour le « torpilleur submersible ». Celui-ci se déplace en surface au moyen d’un moteur à vapeur, qui lui permet aussi de recharger des batteries alimentant son moteur électrique pour naviguer en plongée. Pendant la première moitié du XXème siècle, le sous-marin augmente sa vitesse, grâce à sa forme hydrodynamique, pour attaquer en plongée des navires de surface avec des torpilles acoustiques. Toutefois, le « schnorchel », tube d’acier alimentant en air son moteur diesel pour recharger les batteries sans faire surface, constitue une vulnérabilité. En 1954, la propulsion nucléaire, développée aux Etats-Unis, lui permet de s’en affranchir, d’augmenter sa vitesse, de renouveler l’oxygène du bord et d’alimenter toutes les installations électriques. Le Nautilus devient le premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Dès 1961, l’armement nucléaire puis la technologie MIRV (missiles à plusieurs têtes suivant une trajectoire indépendante) donnent une dimension stratégique aux sous-marins américains lanceurs d’engins (SNLE). Pour combler son retard, l’URSS installe des missiles balistiques sur ses sous-marins à propulsion diesel-électrique puis construit des SNLE. Parallèlement dans les années 1950 et 1960, les Etats-Unis immergent des systèmes d’hydrophones dans les océans Atlantique et Pacifique pour surveiller les déplacements des submersibles soviétiques. Puis, l’augmentation de la portée des missiles n’oblige plus les SNLE américains à s’approcher des côtes soviétiques. L’URSS déploie alors des avions à long rayon d’action pour protéger les zones de patrouille de ses SNLE. Les Etats-Unis envoient des SNA chasser ses SNLE et menacent ses bases au moyen de leur aviation embarquée et de missiles de croisière. Par ailleurs, France, Grande-Bretagne et Chine construisent à leur tour des SNA pour développer une composante stratégique (SNLE). La Grande-Bretagne adopte la technologie et les missiles balistiques Polaris américains. Au début, la France dépend des Etats-Unis pour l’aide technique et l’uranium nécessaire aux réacteurs de ses sous-marins. Puis, elle met au point le concept de dissuasion pour interdire une attaque de l’URSS en visant ses principales métropoles. Dans les années 1980, l’URSS obtient, par espionnage, les codes et les zones de patrouille des sous-marins américains et les plans des hélices des SNA. A la fin de la guerre froide (1991), la Russie commence à déployer des SNA discrets.

Arme égalisatrice. L’arme sous-marine est déployée pendant les guerres de Crimée (1853-1856) et de Sécession (1861-1865). En 1917, l’Empire allemand lance la guerre sous-marine à outrance dans l’Atlantique, avant que les Etats-Unis soient prêts à intervenir. Les Marines alliées instaurent alors le blocus des ports allemands et organisent la protection des convois pour le transport rapide des troupes américaines. Entre les deux guerres mondiales, les Etats-Unis mettent au point le « plan Orange » pour couper les voies de communications du Pacifique au Japon, qui prévoit d’y affaiblir la flotte de croiseurs américains par des attaques de sous-marins avant une bataille navale décisive. L’Allemagne lance la production de sous-marins en 1942, alors que la Grande-Bretagne a déjà cassé le code de la machine Enigma utilisée par la Kriegsmarine. La guerre sous-marine américaine dans le Pacifique coupe les approvisionnements en combustibles du Japon, dont les pilotes ne peuvent obtenir une formation suffisante dès 1943. Dans les années 1980, le sous-marin intervient dans la guerre psychologique. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l’utilisent dans des opérations spéciales pour inquiéter l’URSS. Ainsi, suite à l’échouement accidentel d’un submersible soviétique sur une côte suédoise en 1981, des incursions sous-marines dans les eaux suédoises sont attribuées à l’URSS et admises par les Etats-Unis en…2000. Pendant la guerre des Malouines (1982), un SNA britannique coule le croiseur argentin Belgrado, contraignant la flotte de surface argentine à rester dans ses ports. Le sous-marin assure des missions de renseignement et d’infiltration-exfiltration de commandos. Il participe aux guerres contre l’Irak en 1991 et 2003, avec le lancement de missiles de croisières américains Tomahawk. Des SNA restent déployés en Adriatique pendant toute la guerre du Kosovo (1998-1999) et au large de la Libye en 2011. Par ailleurs, le sous-marin classique devient une arme du combat littoral. Les Marines américaine, britannique et française, qui n’en possèdent plus, développent des drones sous-marins pour la reconnaissance et la lutte contre les torpilles, afin de conserver leurs SNA au large. Enfin, les petits sous-marins sont déjà utilisés par les narcotrafiquants pour le transport de la drogue et pourraient l’être, bientôt, par les organisations terroristes.

Dissuasion géopolitique. Les Etats-Unis préparent des missiles de croisière, contre les missiles de croisière développés par la Chine, non contrainte par les traités de limitation conclus entre Washington et Moscou. Outre la mise en chantier d’un 2ème porte-avions, celle-ci a construit des pistes d’aviation sur 7 îlots et atolls poldérisés en mer de Chine du Sud, pour protéger ses côtes contre le Japon, la Malaisie et l’Australie. Elle compte sur le projet, en cours, des « Routes de la soie » pour apaiser les tensions politiques avec ses voisins, mais veut empêcher toute indépendance formelle de Taïwan, l’intégrer sans combat et empêcher la VIIème Flotte américaine, stationnée dans le Pacifique Ouest et l’océan Indien, d’intervenir. Elle modernise en conséquence ses sous-marins classiques anaérobies, pouvant rester en plongée quelques jours sans sortir leur schnorchel, et développe des SNA qui patrouillent en mer de Chine du Sud. Ses SNLE sont équipés de missiles balistiques J-L 2 d’une portée de 8.000 km. Les essais réussis du J-L 3 d’une portée de 14.000 km lui permettront de frapper des objectifs sur la côte Ouest des Etats-Unis et, si tirés dans le Pacifique, d’atteindre Washington. Par ailleurs, Israël dispose d’une capacité de frappe nucléaire à partir de sous-marins anaérobies. L’Inde va lancer un SNA et construit un SNLE. L’Iran développe des sous-marins classiques pour sa Marine et des petits submersibles pour l’organisation paramilitaire des Gardiens de la Révolution. La Russie, qui ne dispose que du sixième des la flotte sous-marine de l’ex-URSS, développe des drones sous-marins pour patrouiller en Baltique. L’Australie va construire 12 sous-marins anaérobies bénéficiant de la recherche sur les SNA français.

Loïc Salmon

Sous-marins militaires

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer




Armes nucléaires : arsenaux modernisés d’ici à 2040

Les Etats détenteurs de l’arme nucléaire portent leurs investissements futurs surtout sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et les performances des missiles.

Ce constat a fait l’objet d’une note publiée, le 2 octobre 2020 à Paris, par deux membres la Fondation pour la recherche stratégique : Bruno Tertrais, directeur adjoint, et Emmanuelle Maitre, chargée de recherche.

Perspectives. Après analyse des arsenaux nucléaires, actuels et futurs, notamment des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande-Bretagne, de l’Inde, du Pakistan et d’Israël, quatre tendances caractérisent leur modernisation : pérennisation des armes pour les Etats occidentaux, diversification et amélioration pour les autres ; développement de la composante maritime, à des degrés divers, pour tous ; montée en gamme des missiles en portée, vitesse et capacité d’emport ; dualité des systèmes d’armes, classique ou nucléaire, combinant porteurs (chasseurs-bombardiers ou sous-marins) et lanceurs (missiles balistiques ou de croisière). Vers 2030, l’Inde et le Pakistan, qui devraient disposer chacun de 200 à 1.000 armes nucléaires, deviendront des « puissances nucléaires de deuxième rang », au même titre que la Chine, la France et la Grande-Bretagne. De leur côté, les Etats-Unis et la Russie pourraient se lancer dans une course aux armements, en multipliant les têtes nucléaires sur les lanceurs balistiques. Toutefois, les conséquences économiques de la pandémie du Covid-19 pourraient provoquer une baisse des investissements dans ce domaine.

Les Etats-Unis. La modernisation de la triade nucléaire est estimée à 1.200 Mds$ sur 30 ans. Les SNLE de la classe Columbia (voir encadré), qui effectueront leur première patrouille en 2030-2031, coûteront le cinquième du budget de la construction navale militaire pendant une décennie. Leurs missiles Trident 2-D5LE resteront en service jusqu’en 2084. Le bombardier B-21 Raider, en cours de développement, remplacera les B-1B et B-2 à partir de la fin des années 2020. Il emportera des missiles LRSO à longue portée et des bombes B-61-12. Sur les 1.000 exemplaires de LRSO prévus, la moitié sera dotée d’une arme nucléaire. La bombe B-61-12 restera en service jusqu’en 2038. Transportable sur les F-15, F-16 et PA-200 Tornado, elle sera déployée en Europe avant 2025.

La Russie. Quatre nouveaux SNLE Borei sont entrés en service. A la fin des années 2020, dix unités seront réparties entre la Flotte du Nord et celle du Pacifique. Le programme de « drone torpille thermonucléaire » Status-6 Poseidon, s’il est maintenu, commencera en 2027. La modernisation de la composante terrestre, entreprise en 2000, sera achevée en 2025 avec 530 lanceurs opérationnels. Déjà, 140 lanceurs, mobiles ou en silo, RS-24 Yars (SS-27 Mod-2) peuvent emporter jusqu’à quatre armes nucléaires chacun. Certains lanceurs SS-19 modifiés sont équipés du planeur hypersonique Avangard, capable de déborder les boucliers anti-missiles américains, grâce à sa vitesse et sa faculté de changer de cap et d’altitude. Dans les années 2030, tous les bombardiers stratégiques actuels à long rayon d’action, Tu-160 et Tu-95, seront remplacés par l’appareil de nouvelle génération PAK-DA. Ils emporteront le missile AS-23B, mis au point pendant la décennie précédente.

La Chine. En 2020, 6 SNLE seraient déjà en service et équipés chacun de 12 missiles JL-2. Beaucoup plus discrets, de nouveaux submersibles de type O96 sont en développement pour constituer un parc de 10 SNLE au cours de la décennie 2030. Ils seront équipés du missile JL-3, en cours d’essais et dont la portée intercontinentale leur permettra d’élargir leurs zones de patrouille. Après vingt ans de développement, le missile intercontinental sol-sol DF-41 devrait bientôt entrer en service. Il aurait une capacité d’emport d’armes nucléaires accrue et des modes de lancement diversifiés par rapport aux missiles balistiques existants. A la fin des années 2020, le futur bombardier stratégique H20, comparable au B-2 américain, pourra emporter des missiles de croisière à charge militaire classique CJ-10K ou nucléaire CJ-20.

L’Inde. Un 2ème SNLE Arihant doit entrer en service en 2021 et deux sont en construction. Une base dédiée sur la côte Est (baie du Bengale) pourra en abriter quatre en 2030-2040. En outre, 2 bâtiments de surface emportent chacun 2 missiles Dhanush à courte portée et à tête nucléaire, dirigés contre le Pakistan. Le missile balistique intercontinental Agni-5, mobile, menace les centres vitaux chinois. Une version mer-sol de l’Agnis-6 pourrait voir le jour. Dans les années 2030, l’Inde va augmenter sa capacité de production de matières fissiles et doter des lanceurs à longue portée de têtes nucléaires multiples.

Le Pakistan. Le missile de croisière Babur-3 équipera les sous-marins classiques Agosta et quelques submersibles d’origine chinoise prévus dans la décennie 2020. Le missile sol-sol Abadeel pourra emporter des têtes multiples, pour contrer les défenses antimissiles indiennes. Les bombes Ra’ad (air-sol) et les missiles de croisières Babur (sol-sol) sont destinés à la dissuasion nucléaire du Pakistan.

Israël. Six sous-marins classiques auraient été adaptés à l’emport de missiles de croisière à charge nucléaire. Plusieurs dizaines d’armes nucléaires, en stock, peuvent déjà équiper les missiles sol-sol Jéricho-II et III, à portée régionale, ou être embarquées sur les chasseurs bombardiers F-16.

Loïc Salmon

A l’horizon 2030-2040, l’arsenal nucléaire stratégique des Etats-Unis devrait totaliser : 12 SNLE classe Columbia de 20.810 t en plongée emportant chacun 20 missiles balistiques Trident II D5LE/D5LE2, en remplacement de 14 SNLE Ohio (18.750 t) ; des missiles balistiques sol-sol GBSD remplaçant les 450 Minuteman III en service en 2020 ; des bombardiers B-21 transportant des bombes B61-12 et des missiles de croisière à propulsion nucléaire LRSO pour remplacer 46 B-52H et 20 B-2. L’arsenal nucléaire de la Russie devrait totaliser : 10 SNLE Borei (24.000 t) emportant chacun 16 missiles Balava et 1 SNLE Oscar (18.300 t) adapté pour le lancement de 6 torpilles Poseidon, en remplacement de 6 SNLE Delta IV et Delta III (12.600 t) en 2020 ; des missiles balistiques RS-28, SS27 Mod 1 et Mod 2 (RS-24 Yars) ; 60 bombardiers Tu-160M modernisés transportant des bombes AS-23B. L’arsenal nucléaire de la Chine devrait totaliser : 10 SNLE Jin (11.000 t) emportant des missiles JL-3, contre 6 emportant chacun 12 missiles JL-2 en 2020 ; des missiles balistiques DF-15, DF-21, DF-16, DF-5B, DF-31 et DF-41 ; 20 bombardiers H-20 transportant des bombes CH-AS-X-13. L’arsenal nucléaire de la Grande-Bretagne devrait se limiter à 4 SNLE Dreadnought (17.200 t) avec chacun 12 missiles Trident-2-D5 américains. L’arsenal nucléaire de l’Inde devrait totaliser : 4 SNLE Arihant (5.500-6.500 t) emportant 4-8 missiles H-4 et K-5 ; des missiles Agni III, IV, V et VI ; des bombardiers Mirage 2000H, Rafale et Su-30MKI transportant bombes et missiles. L’arsenal nucléaire du Pakistan devrait totaliser : des sous-marins classiques (1.760 t) avec des missiles Babur-3 ; des missiles balistiques Abadeel ; des bombardiers F-16 A/B et JF-17 transportant des bombes Ra’ad-2.

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Armes nucléaires : l’interdiction des essais en question




Lève-toi et tue le premier

L’efficacité de ses services de renseignement (SR) et de ses forces armées a sauvé Israël lors de crises graves. Les succès de ses opérations clandestines n’ont pu remplacer la diplomatie pour mettre un terme aux affrontements avec ses adversaires, Etats ou organisations terroristes.

Cet ouvrage se fonde sur un millier d’entretiens avec des dirigeants politiques, des hauts responsables du renseignement et même des agents d’exécution ainsi que sur des milliers de documents fournis par ces sources. Toute opération secrète du Mossad (SR extérieur), du Shin Bet (SR intérieur), de l’Aman (SR militaire) ou des forces spéciales nécessite l’autorisation écrite du Premier ministre…qui peut l’annuler au dernier moment ! Tous les Premiers ministres, qui se sont succédé depuis 1974, avaient servi auparavant dans les SR ou les unités spéciales. Dès la création de l’Etat en 1948, les SR envisagent de recourir à des opérations ciblées, loin derrière les lignes des nations arabes hostiles. A la suite d’un premier échec, le recours à des juifs autochtones dans les pays « cibles » a été exclu, à cause des répercussions sur toute la communauté juive locale. En outre, tout juif « traître » doit être ramené devant un tribunal israélien et non pas exécuté, en raison de la tradition de responsabilité mutuelle et du sentiment d’appartenance à une seule grande famille après deux millénaires d’exil. Israël accède au rang de grande puissance du renseignement en 1956, par l’obtention du rapport secret sur la dénonciation des crimes du stalinisme, présenté devant le XXème Congrès du Parti communiste soviétique. La remise d’un exemplaire à la CIA marque le début de l’alliance secrète entre les SR américains et israéliens. La guerre secrète inclut rivalités entre SR, mésententes avec les dirigeants politiques, échecs et dommages collatéraux. Suite à une opération indirecte concernant un pays allié et ayant entraîné de graves conséquences sur le plan international, les assassinats ciblés ne visent que des individus menaçant les intérêts d’Israël et doivent être menés uniquement par ses ressortissants. Une exécution complexe, entreprise loin à l’étranger, nécessite jusqu’à plusieurs centaines de participants, âgés pour la plupart de moins de 25 ans. Après la guerre des Six-Jours (1967), gagnée grâce à l’effet de surprise et anticipée par ses SR, Israël n’a guère recherché de compromis diplomatique avec les pays arabes voisins…jusqu’à la guerre du Kippour (1973), qui lui a coûté 2.300 soldats et aurait pu être mieux préparée par un travail de renseignement en amont. Les SR israéliens n’ont pas davantage anticipé la bombe à retardement constituée par les millions de réfugiés palestiniens après les guerres de 1948 et 1967, dont une partie vient chaque jour travailler en Israël et voit le développement des colonies juives en Cisjordanie. Dès 1993, les organisations terroristes palestiniennes recourent aux attentats-suicides, causant des centaines de morts et plus d’un millier de blessés israéliens. A l’ONU, les Etats-Unis opposent systématiquement leur véto à toute condamnation de la politique de représailles d’Israël par des assassinats ciblés. Entre 2000 et 2017, l’Etat hébreu a procédé à environ 2.300 opérations de ce type contre le Hamas, à Gaza, ou lors d’interventions du Mossad contre des cibles palestiniennes, syriennes et iraniennes. Les Etats-Unis, qui s’en sont inspiré après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, n’en ont conduit que 401 entre 2001 et 2017.

Loïc Salmon

« Lève-toi et tue le premier », Ronen Bergman. Editions Grasset, 944 pages, 29€. Format numérique, 19,99 € 

Proche-Orient : Israël, envisager tous les scénarios de riposte

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste

325 – Dossier : “Israël, continuum défense-sécurité depuis 50 ans”

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes