Réserve militaire : nécessité de fidéliser les « civils »

Actuellement, 25 % des réservistes des armées françaises sont issus du Service national, suspendu fin 2001. Cette ressource va disparaître à terme, mais les armées auront toujours besoin de jeunes réservistes pour renforcer les unités opérationnelles et disposer des expertises qui leur manquent. Le contre-amiral Antoine de Roquefeuille, secrétaire général du Conseil supérieur de la réserve militaire (CSRM) a présenté la situation à la presse le 3 avril 2014, à l’occasion de la « Journée nationale du réserviste » (10 avril) qui avait pour thème : « réserve militaire et citoyenneté ». Les réservistes « opérationnels » sont considérés comme des militaires qui, par un engagement contractuel extra-professionnel, servent la France sans faire du métier des armes leur seule profession. Ils exercent des responsabilités au même titre que les personnels d’active. Les réservistes « citoyens », sensibilisés aux enjeux de sécurité et de défense, donnent bénévolement de leur temps au profit des armées. Tous agissent pour la promotion de l’esprit de défense et le renforcement du lien armée-nation. Le CSRM recrute des « référents défense » au sein du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. Il travaille avec le MEDEF pour améliorer le soutien de la réserve au sein des entreprises, par la mise en place de conditions favorables à la disponibilité des salariés réservistes. A ce propos, depuis 2011, un « Prix de la réserve militaire » est attribué chaque année à l’occasion de la Journée nationale du réserviste. Le 10 avril 2014, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a remis un trophée au groupe Thales pour la catégorie de plus de 1.000 salariés et à la Société de banque et d’expansion pour celle de moins de 1.000 salariés. Selon le CSRM, au 31 décembre 2013, les réservistes opérationnels sous contrat totalisaient 56.262 personnels ainsi répartis : Gendarmerie nationale, 28.582 ; armée de Terre, 15.425 ; Marine nationale, 4.827 ; armée de l’Air, 4.356 ; Service de santé des armées, 2.921 ; Délégation générale pour l’armement, 85 ; Service des essences des armées, 66. Parmi eux, (19,18 % de femmes), il y a  37,49 % d’anciens militaires (18,13 % d’officiers, 38,30 % de sous-officiers et 43,57 % de militaires du rang). Il est à noter que 252 réservistes ont servi en opérations extérieures. La réserve citoyenne comptait 3.464 personnels, dont 1.280 gendarmes. Toutefois, ces dernières années, les « engagements à servir dans la réserve » opérationnelle ont été prioritairement accordés aux anciens militaires… au détriment des civils ! L’amiral de Roquefeuil a expliqué que le budget « réserve » s’élevait à 80 M€ en 2008, mais que les restrictions financières des années suivantes ont conduit à rogner sur le temps de formation et donc à privilégier les anciens militaires. Afin d’éviter de décourager les jeunes civils et de réduire ainsi dangereusement la ressource humaine de demain, un retour à la formation a été amorcé en 2012. Les autorités militaires ont été rappelées à l’ordre pour que le ratio remonte à 70% de civils et 30 % de militaires. Cette proportion est atteinte dans la Gendarmerie et le Service de santé, presque dans l’armée de Terre, mais reste encore lointaine dans la Marine nationale et l’armée de l’Air.

Loïc Salmon

Les réservistes à l’honneur

La Réserve : lien entre mondes civil et militaire

Défense et citoyenneté : la journée des jeunes pour en comprendre les enjeux




Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

La proportion de femmes « officier général », de 3,5 % (19) en 2013, devrait passer à 7 % (38) en 2019. Toutefois, quoique fières de leur métier, les jeunes femmes militaires ne sont pas à l’abri du harcèlement sexuel, que les autorités militaires entendent prévenir, traiter en toute transparence et sanctionner.

A cet effet, le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, a demandé aux officiers généraux Brigitte Debernardy et Didier Bolelli de mener une enquête sur le harcèlement sexuel dans les armées, dont le rapport lui a été remis le 15 avril 2014 à Paris en présence de 200 responsables civils et militaires.

Parité accrue. En décembre 2013, le ministre a installé un « Observatoire pour la parité », dont le secrétariat est assuré par Françoise Gaudin, nommée « Haut fonctionnaire à l’égalité des droits » auprès du secrétaire général pour l’Administration en septembre 2012. Cet observatoire devra constituer un tableau de bord de l’avancement pour : mesurer l’accès des femmes aux étapes clés de la carrière (diplôme d’état-major, École de guerre et Centre des hautes études militaires) ; suivre l’ancienneté moyenne pour l’accès aux grades d’officier supérieur ; évaluer la parité à l’avancement ; identifier et analyser les étapes et motifs de sortie des femmes de l’institution et les reconversions offertes. L’égalité professionnelle poursuit son cours dans les armées. Actuellement, les femmes ne peuvent faire partie des équipages de sous-marins pour des raisons de sécurité, de santé et d’aménagements des locaux à bord. Mais, dès 2017, 3 femmes officiers seront intégrées à titre expérimental à un équipage de sous-marin nucléaire lanceur d’engins, après une sélection de volontaires en 2014 et une période de formation initiale en 2015, en vue de la pérennisation de la féminisation des équipages de sous-marins. En outre, 2 femmes ont atteint le grade d’amiral : l’une a déjà quitté la Marine et l’autre commande toutes les forces armées en Polynésie française depuis 2012. Dans l’armée de l’Air, 6 femmes colonels ont déjà commandé une base aérienne ou un détachement air. Des femmes pilotes ont été affectées aux escadrons, en outre-mer et même à la tête de la patrouille de France. A l’été 2014, un lieutenant-colonel féminin doit commander la première escadre de défense sol/air équipée de missiles SAMP. Une femme devrait diriger l’escadron de chasse «  La Fayette » des Forces aériennes stratégiques à l’été 2015. Dans l’armée de Terre, une femme colonel commande, depuis 2013, le 40ème Régiment de transmissions, qui a participé à l’opération « Serval » au Mali. En 2015, le Bataillon de Saint-Cyr sera confié pour la première fois à une femme. A la Direction générale de l’armement, depuis 2013, une ingénieure dirige un centre d’expertise de renommée mondiale dans la lutte contre les menaces biologique et chimique. Au cours de 2014, 2 des 9 hôpitaux d’instruction des armées et 3 des 6 centres du commissariat des armées seront dirigés par des femmes.

Harcèlement sexuel. Les deux rapporteurs ont rempli leur mission d’enquête sur le harcèlement sexuel dans les armées en un mois. Ils ont retenu tous les faits survenus en France et en opérations extérieures, en service, à l’occasion du service et en dehors du service mais à l’intérieur d’un site Défense. Ces faits incluent notamment les viols, agressions sexuelles, exhibitions sexuelles, harcèlement sexuel ou moral, atteinte à l’intimité de la vie privée, bizutages, diffamations et provocations à la discrimination en raison du sexe. La méthode de travail des rapporteurs, qui ont rencontré 300 femmes, a combiné des auditions en dehors de la hiérarchie, des tables rondes par catégories (militaire du rang, sous-officier et officier) et des vérifications sur pièces et sur place dans les formations et les écoles militaires pour corroborer les déclarations. Les rapporteurs ont constaté l’absence de statistiques exhaustives au sein du ministère de la Défense sur ce sujet, qui touche aussi les hommes. La promiscuité protège, car chacun vit aux yeux de tous. Les propos à connotation sexuelle s’estompent au fur et à mesure que le nombre de femmes augmente dans une unité. Le grade et la spécialité protègent en créant une distance et une meilleure capacité de réaction. Toutefois, les dérapages font suite à des jeux qui tournent mal sous l’emprise de l’alcool consommé par des gens très jeunes (18-19 ans), non encore psychologiquement stabilisés. Une femme victime préfère parler  d’abord à une autre femme, avant de porter plaine, et de préférence à une de sa catégorie. Le recours à une aide psychologique au profit de la victime n’est que très rarement envisagé, à l’exception de la Marine, indique le rapport. Les faits avérés de harcèlement sexuel donnent lieu à une sanction disciplinaire (nombre variable de jours d’arrêt), susceptible de ruiner une carrière, ou même à une condamnation pénale si la justice est saisie. Le rapport énumère 12 canaux de signalement d’événements graves, au sein et en dehors de la hiérarchie, mais peu connus du personnel militaire et civil. Enfin, il propose 26 recommandations.

Mesures ministérielles. Suite à cette enquête, le ministre de  la Défense a présenté un plan d’action en 4 axes. Une cellule de soutien et de conseil dénommée « Thémis », dirigée par le contrôleur général Brigitte Debernardy, accompagnera la victime et le commandement pour la définition des suites judiciaires à donner à l’événement. La prévention sera renforcée par l’inscription des articles relatifs aux harcèlements, discriminations et violences dans le Code de la défense et le Code du soldat et par l’ouverture au droit à une protection juridique pour la victime. Pour assurer la transparence, le Haut fonctionnaire à l’égalité des droits traitera les signalements, fournira chaque année des statistiques sur les faits de harcèlement et de violence et mettra à la disposition des personnels militaires et civils toutes  les informations nécessaires quant à leurs droits et devoirs. La politique disciplinaire appliquera des sanctions plus graves, allant de l’exclusion temporaire à la radiation des cadres, pour les actes de violence ou d’agression sexuelle.

Loïc Salmon

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique

L’inspecteur général Didier Bolelli et le contrôleur général Brigitte Debernardy ont mené l’enquête sur le harcèlement sexuel dans les armées, hors Gendarmerie (ministère de l’Intérieur). Le ministère de la Défense emploie 60.000 femmes, soit près de 38 % du personnel civil et 15 % du personnel militaire. Quoique l’École Navale n’ait été ouverte aux femmes qu’en 1992, celles-ci représentent 14 % des effectifs de la Marine. L’École de l’Air est accessible aux jeunes filles depuis 1976. La féminisation atteint 33 % des militaires techniciens de l’air et 62 % des volontaires. L’armée de Terre compte 11.600 femmes. Elle en admet parmi les sous-officiers depuis 1976 et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan depuis 1983. La Direction générale de l’armement, féminisée depuis longtemps, compte 11 des 19 officiers généraux féminins du ministère de la Défense. Le Service de santé emploie 59 % de femmes, qui représentent 42 % des effectifs projetés en opérations extérieures. Enfin, le corps des commissaires compte 27 % de femmes.




Exercice « Montauban 2014 » : l’assaut dans la 3ème dimension

L’exercice « Montauban 2014 » (11-17 avril) met en œuvre plusieurs unités des armées de Terre et de l’Air, en application du retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali (2013). Dans des conditions proches de la réalité, 1.600 militaires, 350 véhicules, 19 hélicoptères et 3 avions sont déployés sur 1.600 km2 dans le Sud-Ouest de la France. Le programme, modifiable selon les conditions météorologiques, inclut : actions de commandos parachutistes ; opérations aéroportées ; largage de personnels et de matériels ; franchissements de cours d’eau ; actions des plongeurs du génie ; reconnaissance offensive ; engagement en zone urbanisée ; fouille spécialisée ; contrôle de zone ; opérations héliportées ; défense NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; opérations logistiques. La 11ème Brigade parachutiste fournit la plus grande partie des personnels et des moyens terrestres. Son état-major réalise le contrôle opérationnel du 17ème Régiment du génie parachutiste (basé à Montauban) et du 3ème Régiment parachutiste d’infanterie de marine (Carcassonne). En outre, il rôde ses procédures opérationnelles, déploie son poste de commandement et met en œuvre ses systèmes d’information et de commandement.

La 11ème Brigade parachutiste (BP) compte 8 régiments totalisant 7.500 personnels, stationnés dans le Sud-Ouest de la France et en Corse. Bien équipée et interarmes à dominante infanterie légère (4 régiments), elle possède aussi des unités de blindés légers et des appuis feux et génie. Elle participe aux opérations extérieures (Opex), envoie des unités en missions de courte durée au sein des forces prépositionnnées outre-mer et à l’étranger et conduit des missions sur le territoire national, notamment dans le cadre du plan « Vigipirate » de lutte contre le terrorisme. La 11ème BP arme en permanence  un dispositif d’alerte opérationnel dénommé « Guépard TAP », constitué d’un état-major et d’unités élémentaires largables avec appuis sur très court préavis. Cet échelon a été engagé au Mali début 2013, pour la saisie des aérodromes de Tombouctou et Tessalit. Issues des guerres d’Indochine et d’Algérie, les unités parachutistes ont été constituées sous divers noms et regroupées sous celui de 11ème BP en 1999. Elles ont participé à de multiples Opex : Kolwezi au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), Tchad, Liban, guerre du Golfe (Koweït), ex-Yougoslavie (Bosnie, Macédoine et Kosovo), Côte d’Ivoire, Afghanistan, Mali et République centrafricaine.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Marine nationale : mission « Jeanne d’Arc » 2014 en Atlantique

De mars à juillet 2014, un groupe amphibie (GA) se déploie en Atlantique au profit des officiers-élèves de l’École navale et des forces françaises prépositionnées outre-mer, dans le cadre de la mission « Jeanne d’Arc ». Il pourrait, éventuellement, être engagé en opérations.

Les missions. Le GA, composé du bâtiment de projection et de commandement Mistral et de la frégate La-Fayette, effectue la mission dite « Jeanne d’Arc » à 4 volets. Sur le plan opérationnel, il participe à l’opération « Corymbe » de présence dans le golfe de Guinée et en Afrique de l’Ouest pour y protéger les intérêts français. Cela relève des missions générales de connaissance, d’anticipation de crises et de coopération régionale. S’y ajoute le renforcement temporaire des forces de souveraineté en Guadeloupe et en Martinique par des entraînements communs. Le cas échéant, le chef d’État-major des armées peut utiliser le GA dans la conduite d’opérations vers la terre ou en mer. Le volet « coopération » porte sur la préparation opérationnelle interarmées des bâtiments déployés et des détachements de l’armée de Terre embarqués (groupements tactique et aéromobile). Il inclut l’interopérabilité avec les grands pays alliés, par des exercices OTAN avec les forces américaines et canadiennes, et les entraînements bilatéraux avec les Marines d’autres pays riverains de l’océan Atlantique (Sénégal, Cote d’Ivoire, Togo, Bénin, Brésil et Portugal). Le volet « rayonnement »  consiste à apporter un soutien naval à la diplomatie de la France et, lors des escales, un soutien à l’exportation d’armements français et, par voie de conséquence, à l’emploi industriel en France. Enfin, la mission « Jeanne d’Arc » constitue l’école d’application des élèves de la promotion 2011 de l’École navale, intégrés au « systèmes d’hommes » du GA : découverte des enjeux stratégiques de l’océan Atlantique, zone d’opérations des armées françaises ; rythme de navigation soutenu et enchaînement rapide d’activités pour se préparer à la prise de responsabilités au retour ; acquisition d’une expérience dense et variée du monde maritime par la vie en équipage.

Les personnels. Les élèves embarqués comptent 155 officiers et 20 civils. Il y a : 95 enseignes de vaisseau de 2ème classe, dont 13 étrangers (2 Allemands, 2 Saoudiens, 2 Béninois, 1 Camerounais, 1 Sud-Coréen, 1 Libanais 1 Malgache, 1 Sénégalais et 1 Togolais) ; 9 commissaires-élèves des armées, dont 1 Camerounais ; 11 administrateurs des Affaires maritimes ; 8 médecins des armées ; 8 officiers-élèves invités en cursus extérieur (1 Belge, 1 Brésilien, 1 Gabonais, 2 Koweïtiens, 1 Malaisien, 1 Canadien et 1 Britannique). En outre, embarquent pour une courte période : 10 sous-lieutenants de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ; 14 stagiaires-ingénieurs de l’armement ; 20 stagiaires de l’école de commerce EDHEC. Par ailleurs, le groupement tactique embarqué compte 60 véhicules et engins ainsi que 210 soldats du 3ème Régiment d’infanterie de marine, du Régiment d’infanterie chars de marine, du 11ème Régiment d’artillerie de marine et du  6ème Régiment du génie. Le groupement aéromobile se monte à 2 hélicoptères de manœuvre et d’assaut Puma, 2 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque Gazelle et 35 soldats issus du 5ème Régiment d’hélicoptères de combat. Enfin, les détachements Marine comptent 1 hélicoptère Alouette III de l’escadrille 22S, 1 engin de débarquement amphibie rapide et 2 chalands de transport de matériel.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Mission Jeanne d’Arc 2012 : un tour du monde opérationnel




État-major des armées : bilan de l’amiral Édouard Guillaud

Chaque fois que le gouvernement les a sollicitées, les armées ont réagi avec un préavis très court, comme pour les opérations aéroterrestres au Mali et aéromaritime en Libye. En outre, le cyberespace est devenu un nouveau théâtre d’affrontement international et l’espace fournit des renseignements.

C’est ce qu’a déclaré l’amiral Édouard Guillaud, le 27 janvier 2014 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense à l’issue de son mandat de chef d’État-major des armées (CEMA).

Les opérations. Les réformes ont accru la réactivité et la modularité des armées, qui ont dépassé les stades de l’interarmes et de l’interarmées. Ainsi en Libye, ont été mobilisés : 1 avion d’alerte avancée AWACS, des ravitailleurs en vol, l’aviation légère de l’armée de Terre, 1 sous-marin, les Forces spéciales ainsi que des Rafale, Mirage 2000 et Super-Étendards Modernisés, dont la trajectoire a été modifiée quand il le fallait. Dans l’ensemble, les relations avec les divers grands commandements américains sont « lucides », précise l’amiral. La coopération en matière de ravitaillement en vol et de renseignement est indispensable à la sécurité des opérations, car « la capacité intellectuelle d’analyse de nos adversaires est extrêmement puissante ». Le Sud de la Libye, où l’État doit se reconstruire, l’Algérie, le Tchad et le Niger sont conscients de la nécessité de sécuriser leurs frontières pour éviter qu’elles deviennent un centre de gravité du terrorisme. Au Sahel, à défaut d’éradiquer le terrorisme des mouvements djihadistes, précise le CEMA, il s’agit de le maintenir à un niveau contrôlable par les gouvernements locaux. Cela passe par l’entraînement de leurs armées, du ressort de la Mission de formation de l’Union européenne au Mali. Avant l’intervention française (2013), les troupes d’Al Qaïda, qui venaient auparavant se reposer au Mali, s’y étaient installées, vu le nombre de caches logistiques et d’armes découvertes. Désormais, « nous voulons empêcher le terrorisme international de reprendre le pays comme sanctuaire ». En République Centrafricaine, pays grand comme la France et la Belgique et peuplé de 4,7 millions d’habitants, il n’y a plus d’État et il est donc facile de vivre de rapines, souligne le CEMA. Chaque jour, quelque 40.000 personnes (le double la nuit) se réfugient à proximité de l’aéroport de Bangui, sécurisé par les troupes françaises. Seuls des moyens militaires peuvent rétablir l’ordre, en raison des niveaux de violence et de l’armement utilisé : « On se fait tirer dessus au RPG (lance-roquettes anti-char) et à la mitrailleuse de 14,7 mm » ! La reconstruction du service public se fera avec les forces de police et de gendarmerie. Les 1.600 soldats français s’y emploient avec l’aide de 6.000 Africains de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique, dont 1.500 sont déployés en province, en attendant l’arrivée d’un contingent européen de 500 hommes (autorisé le 28 janvier 2014 par le Conseil de sécurité de l’ONU). Au Liban où sévit le mouvement chiite Hezbollah qui dispose d’une branche armée, la France dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, les États-Unis et certains pays arabes aident l’armée libanaise à réagir dans l’urgence opérationnelle. L’Arabie saoudite va lui fournir 3 Mds$ pour répondre à ses besoins. A la frontière Sud du Liban, Israël se satisfait de la situation face à la Syrie en pleine guerre civile. Par ailleurs, le plan prospectif à 30 ans de la Direction générale de l’armement oriente les recherches pour dégager les besoins futurs des forces. Toutefois, l’amiral Guillaud regrette l’insuffisance du nombre de « think tanks » en France par rapport aux pays anglo-saxons. Ces structures indépendantes de l’État, produisent des rapports d’experts, notamment sur la stratégie. De son côté, le CEMA anticipe des menaces potentielles : détroit de Malacca, où transitent 40 % des exportations européennes ; Yémen, devant lequel circule 40 % du pétrole destiné à l’Europe ; delta du Niger, théâtre de brigandage maritime.

L’évolution des forces. Au cours de son mandat, le CEMA a constaté un grande continuité dans la politique de défense de la France, quel que soit la majorité au pouvoir, le Premier ministre ou le ministre de la Défense. Il a cité deux présidents de la République : « Les armées sont le fer de lance de la politique étrangère » selon l’un ; « Sans armée forte, pas de diplomatie forte », selon l’autre. Interrogé sur l’utilité du porte-avions, il a rappelé que 80 % de la population mondiale se trouve à moins de 500 km de la mer, théâtre potentiel d’opérations. Les autorités politiques décident de l’emploi du Charles-de-Gaulle, à quai 165 jours/an pour entretien. Malgré les restrictions budgétaires, les Etats-Unis restent fidèles à leur stratégie « From the Sea » (à partir de la mer) en maintenant 10 groupes aéronavals en service. Le 18 janvier 2014, la Chine a annoncé la construction d’un 2ème porte-avions, moins de 2 ans après la mise en service du premier. Par ailleurs, la France est la seule nation occidentale, après les Etats-Unis, à disposer de satellites optiques. Toutefois, certains matériels (véhicules de l’avant blindés et Mirage 2000) vieillissent. Une quinzaine d’années s’écoulent entre le lancement d’un nouvel équipement et son entrée en service opérationnel. Trop d’achats à l’étranger conduisent à une dépendance envers les pays fabricants et « l’industrie de défense ne se délocalise pas », souligne le CEMA. La France coopère avec la Grande-Bretagne en matière de recherche et développement, pour le drone Watchkeeper de taille intermédiaire et pour la « force expéditionnaire commune ». Avec l’Allemagne, l’évolution de la classe politique permet de grandes avancées, notamment la participation d’instructeurs à la formation des troupes maliennes. Au terme de son mandat, l’amiral considère indispensable de préserver la sophistication capacitaire des armées (moyens, formation et entraînement). Il reconnaît la fragilité du moral des personnels, apparente après les ratées du logiciel de paie « Louvois », mis en œuvre en 2011 et qui sera remplacé en 2015. Enfin, malgré la limitation de leurs budgets, les armées renouvellent leurs ressources humaines par l’embauche de 18.000 jeunes par an, dont le CEMA a salué la qualité sur les théâtres d’opérations.

Loïc Salmon

Les armées, réforme, budgets et opérations

État-major des armées : changement des deux principaux titulaires

Chef d’état-major des armées (CEMA) depuis le 25 février 2010, l’amiral Édouard Guillaud quitte ses fonctions le 14 février 2014. Conseiller militaire du gouvernement, le CEMA est responsable de l’emploi des forces et assure le commandement des opérations militaires sous l’autorité du président de la République et du gouvernement, sous réserve des dispositions relatives à la dissuasion nucléaire. Il a autorité sur : les chefs d’état-major des armées de Terre de l’Air et de la Marine nationale ; les commandants supérieurs dans les départements d’outre-mer, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie ; les commandants des forces françaises à l’étranger et leurs états-majors interarmées ; les officiers généraux de zone de défense. II est aussi chargé des relations avec les armées étrangères et les structures militaires de l’Union européenne et de l’OTAN.




État-major des armées : changement des deux principaux titulaires

Le Conseil des ministres du 15 janvier 2014 a nommé le général d’armée Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon chef d’État-major des armées et le général de corps aérien Gratien Maire major général des armées à compter du 15 février. Le général de Villiers (photo) succède à l’amiral Édouard Guillaud. Actuel major général des armées, il a conduit les travaux préparatoires à la transformation des armées, qu’il mettra en œuvre dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2014-2019. Entré à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1975, il choisit l’arme blindée cavalerie. Breveté d’études militaires supérieures (1991), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2004). Il a notamment commandé le 501ème-503ème Régiment de chars de combat (1997), le bataillon d’infanterie mécanisée de la Brigade Leclerc, entrée en premier au Kosovo dans le cadre de la KFOR (5 mois en juin 1999), et la 2ème Brigade blindée (2006). Dans le cadre de la Force internationale d’assistance et de sécurité, il commande aussi le « Regional Command Capital » (2.500 personnels de 15 pays) en Afghanistan entre décembre 2006 et avril 2007. Chef du cabinet militaire du Premier ministre en 2008, il est nommé major général des armées le 11 mars 2010. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général de Villiers est grand officier de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite. Le général Maire, promu général d’armée aérienne à sa prise de fonctions, succède donc au général de Villiers comme major général des armées. Entré en 1978 à l’École de l’air et breveté pilote de chasse en 1981, il totalise plus de 3.100 heures de vol sur Mirage III, Mirage F1 et Alpha-jet, dont 87 missions de guerre. Il a effectué plusieurs détachements opérationnels en Afrique et au Moyen-Orient. Désigné en 1996 pour l’École de guerre aérienne américaine de Montgomery, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2003). Il a notamment commandé une escadrille de la 33ème Escadre de reconnaissance (1986-1988), l’escadron de chasse Normandie-Niemen (1991-1993), l’École d’aviation de chasse à Tours (1995) et les Écoles d’officiers de l’armée de l’Air à Salon-de-Provence (2006-2008). Sur le plan international, il a été attaché de Défense aux ambassades de France au Canada en 2000-2003 et aux Etats-Unis en 2008-2011, avant d’exercer les fonctions de sous-chef d’état-major relations internationales à l’État-major des armées à partir de septembre 2012. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général Maire est officier de la Légion d’Honneur et commandeur de l’Ordre national du Mérite.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain




Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Apprendre, comprendre et décider dans un environnement militaire complexe, évolutif et incertain. Tels sont les objectifs des officiers qui suivent le cursus de l’enseignement militaire supérieur, en vue d’occuper des responsabilités importantes d’état-major national ou multinational, puis de hautes fonctions militaires.

La Direction de l’enseignement militaire supérieur ne dispose pas de corps professoral intégré, mais s’appuie sur des intervenants extérieurs pour adapter le contenu de la formation. Elle entretient des relations avec des établissements civils de haut niveau : École des hautes études commerciales de Paris (HEC), École nationale d’administration, ISCPA (école supérieure des médias) et Institut des hautes études de défense nationale (rattaché au Premier ministre). Les orientations sont fixées par le chef d’État-major des armées, assisté des chefs d’état-major des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie, des directeurs de l’Armement et des Services du commissariat, des essences et de santé des armées. L’enseignement militaire supérieur a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 27 novembre 2013 à l’École militaire à Paris, par son directeur, le général de corps d’armée Jean-Marc Duquesne. Y ont notamment participé le directeur de l’École de guerre, le contre-amiral Marc de Briançon, et celui du Centre des hautes études militaires, le général de brigade aérienne Bruno Maurice.

L’École de guerre, accessible uniquement par concours, dure une année universitaire et met l’accent sur l’enseignement tactique. Elle a remplacé le Collège interarmées de défense en 2011, en raison de l’évolution des conflits dans les Balkans et en Afghanistan, car « la guerre est revenue en tant que réalité », souligne le général Duquesne. Les officiers élèves apprennent à traiter de nombreuses informations multidisciplinaires, utiliser des techniques de pointe, travailler avec des gens de cultures différentes et innover pour anticiper le champ de bataille en état-major. Ils doivent réaliser une mutation intellectuelle pour passer de l’esprit d’exécutant à celui de décideur et préparer des hommes au combat. Ils sont mis en situation opérationnelle pour acquérir l’esprit interarmées et celui de synthèse, indispensable à toute prise de décision. L’enseignement interarmées porte sur : la planification et la conduite des opérations militaires ; le fonctionnement des chaînes décisionnelles nationales et multinationales dans un contexte interministériel ; la description de l’outil de défense et la compréhension des rouages de l’administration des armées ; la préparation au commandement. A l’issue de leur formation et avec une bonne connaissance de l’anglais opérationnel, les officiers brevetés doivent être aptes à : participer à la conception, la planification et la conduite des opérations interarmées dans un cadre national, multinational ou interallié ; exercer des responsabilités de commandement et de management au sein des unités, des états-majors de forces et des organismes de l’administration centrale du ministère de la Défense. Tout cela va de pair avec le développement de leur aptitude au « leadership » : capacité à fédérer les énergies autour d’une action collective. Il s’agit de travailler dans « l’esprit » et non dans la « lettre », explique le général Duquesne : « Un officier breveté a un devoir de contre argumentation avant l’ordre du chef. Mais après que l’ordre est tombé, il doit assumer ».

Le Centre des hautes études militaires (CHEM), dont les auditeurs sont désignés par le ministre de la Défense, dure de septembre à juin. Niveau d’enseignement militaire le plus élevé en France, il regroupe des colonels ou assimilés ayant cinq ans de grade, une bonne compétence professionnelle, une maturité émotionnelle et une « agilité intellectuelle ». Parmi les auditeurs de la session 2013-2014, les 2/3 viennent du commandement des opérations en Afghanistan, en Libye et au Mali, connaissent l’emploi des drones et ont des approches différentes du processus décisionnel. Tous suivent une formation de niveau politico-militaire et stratégique sur les domaines opérationnels, la préparation du futur, le management et l’organisation des armées et les aspects interministériels et internationaux de la défense et de la sécurité. Ils contribuent aussi à l’enrichissement des réflexions stratégiques. Les thèmes d’études donnent lieu à des travaux de synthèse sur des dossiers « brûlants », qui collent à la réalité et sont destinés à l’État-major des armées. La session est répartie en comités ou en groupes de travail au cours desquels les auditeurs partagent leurs expériences. Quel que soit leur parcours individuel, ils doivent acquérir la capacité de développer une vision stratégique et affirmer leurs convictions. « L’échange est important, souligne le général Maurice, on apprend individuellement mais on se construit collectivement ». Les auditeurs travaillent avec les stagiaires de l’École de guerre, pour créer un lien entre les générations d’officiers, et suivent le cursus complémentaire de l’Institut des hautes études de défense nationale (2/3 de civils). Ils effectuent également des voyages d’études, notamment à Mons (OTAN), Bruxelles (Union européenne), New York (ONU), Washington, Londres et Berlin. Les 2/3 des futurs officiers généraux seront passés par le CHEM, les autres ayant travaillé auprès des hautes autorités de l’État.

Le Centre de documentation de l’École militaire (CDEM) sert en priorité l’enseignement militaire supérieur et la recherche. Ses fonds comptent 10.000 volumes de monographies et documents de recherche (thèses, mémoires et congrès), 1.000 titres de périodiques et des ressources électroniques spécialisées ainsi que des manuscrits, imprimés, cartes et plans anciens du XVIème au XIXème siècle. Sur le plan international, le CDEM crée des partenariats avec des bibliothèques et centres de documentation similaires. Enfin, il s’ouvre largement au monde universitaire : la moitié de son lectorat ne relève pas du ministère de la Défense.

Loïc Salmon

Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

A Paris, l’École militaire abrite 10 centres et instituts supérieurs relatifs à la défense, dont l’École de guerre (EG), le Centre des hautes études militaires (CHEM), le Centre de documentation de l’École militaire et l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Chaque année, l’EG accueille 300 stagiaires (âge moyen 36 ans) dont 100 étrangers. Les Français viennent des armées de Terre et de l’Air, de la Marine, de la Gendarmerie et de la Direction générale de l’armement. Le CHEM compte 25 auditeurs français (âge moyen 46 ans), issus de l’EG et des Services du commissariat et des essences des armées et membres de droit de l’IHEDN, ainsi que 6 étrangers. Il participe à des colloques avec ses homologues espagnol (CESEDEN), italien (CASD), portugais (IDN), américain (NWC) et britannique (RCDS). Enfin, dans le cadre du Traité de Lancaster House, un auditeur du CHEM suit le cours spécifique (4 mois) du HCSC (Higher Command and Staff Course) à Shrivenham en Grande-Bretagne.




ALAT : essais de « navalisation » de l’hélicoptère d’assaut Caïman

La campagne d’essais de « navalisation » de l’hélicoptère de manœuvre et d’assaut NH 90 Caïman, destiné à l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT), s’est déroulée avec succès en Méditerranée du 12 au 15 novembre 2013, à bord du bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre. En coordination avec le constructeur NH Industries, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’équipage du BPC, elle a consisté à vérifier la tenue du train d’atterrissage, les efforts sur la structure, la marge de puissance du moteur, la marge sur les commandes de vol et les qualités de vol d’un Caïman à la masse maximale de 10,6 t. Cet hélicoptère a effectué 4 vols d’essais de 2 heures dans les conditions maximales fixées par la DGA : vent de 55 nœuds (plus de 100 km/h), roulis de 7 ° et tangage de 2 °.  Quand le vent de travers atteint 50 nœuds (92 km/h), aucun hélicoptère ne vole, sauf le Caïman (photo). L’équipe de marque de la Section technique de l’armée de Terre procédera à une expérimentation technico-opérationnelle en mars 2014, puis à une première capacité de projection de 4 Caïman en juillet 2014. Elle s’assurera que les pilotes de l’ALAT sont capables de remplir ces objectifs ainsi que ceux par temps chaud et en montagne. Sur les 68 Caïman commandés pour l’ALAT, 9 ont déjà été livrés. Le 12 décembre, les 3 premiers équipages opérationnels décolleront du Centre de formation interarmées NH90 du Cannet des Maures pour rejoindre le 1er Régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg. D’une façon générale, tous les équipages de l’ALAT (pilote, commandant de bord et mécanicien) doivent être qualifiés à l’appontage de jour et de nuit sur grande plate-forme (BPC). Les plus performants peuvent acquérir les qualifications de jour et de nuit sur petite plate-forme (frégates). Chaque qualification requiert 6 appontages. Par la suite, tous les équipages opérationnels doivent s’entraîner une fois par an avec des bâtiments de la Marine, dans la mesure des disponibilités des uns et des autres.

Loïc Salmon

Marine nationale : mise en service opérationnel des hélicoptères Caïman




Mali : incident de Kidal et opérations « Hydre » et « Serval II »

Mi-novembre 2013, 2.800 militaires français sont déployés au Mali, dont les deux tiers au Nord de la boucle du Niger pour maintenir la pression sur les groupes djihadistes armés. Le 7 novembre à Paris, l’État-major des armées a fait un point de situation sur les circonstances de la découverte des corps des journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Verlan de RFI, dont l’enlèvement et le meurtre, le 2 novembre dans la région de Kidal, ont été revendiqués par l’organisation terroriste « Aqmi ». La Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali est chargée de la sécurité de la zone de Kidal qu’elle assure avec 1 bataillon sénégalais et 1 compagnie guinéenne, la France n’y déployant que 200 hommes. Dès l’enlèvement des deux journalistes connus et en moins d’une heure, le commandement de la Brigade « Serval », installé à Gao à 600 km de là, met en place des points de surveillance autour de Kidal, envoie sur zone des véhicules avec 30 hommes à bord, fait décoller 2 hélicoptères (1 Tigre et 1 Puma) de Tessalit à 200 km au Nord et réoriente 1 avion de chasse Rafale venu du Tchad. Dès la découverte des corps, le lieu du drame est sécurisé pour protéger les gendarmes enquêteurs. Le 3 novembre, 150 hommes quittent Gao pour renforcer le dispositif français à Kidal. Cet incident est survenu à la fin de l’opération « Hydre » (20 octobre-3 novembre) de contrôle de zone et de présence d’éléments djihadistes dans le Nord-Est du Mali, à Tombouctou et à Gao. Sur une zone équivalant à celle de Paris, 1.500 hommes de la Brigade « Serval », des forces armées maliennes, du Burkina Faso, du Togo et du Niger ont été appuyés par des avions de chasse et ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et jusqu’à 12 hélicoptères. La reconnaissance a pour but d’obtenir des renseignements tactiques (personnels) ou techniques (matériels). Le contrôle consiste à interdire toute liberté d’action à l’adversaire ou à l’empêcher de tirer parti du terrain évacué. L’opération « Hydre » a permis deux choses : le démantèlement d’un « plot logistique » de type militaire avec du ravitaillement, des véhicules et des moyens radio, au Nord-Est de Tombouctou ; la confirmation du mode d’action des djihadistes, à savoir éviter autant que possible tout conflit face à une force cohérente. La Brigade « Serval » a ensuite installé sa propre base logistique sur zone. Les opérations de type « Hydre », lancées de façon aléatoire sur la boucle du Niger dans diverses directions, se poursuivront. Enfin, l’opération de contrôle de zone « Serval II », purement française, a duré de juillet à octobre, dont 90 jours d’engagement. Elle a nécessité 11.000 heures de vol d’hélicoptères, 50 missions d’avions de chasse (240 heures de vol) et 51 convois terrestres. Les fouilles des caches ont mis à jour 30 t de matériels, 1,5 t d’explosifs et des ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Au cours de 2 accrochages, 10 djihadistes ont été « neutralisés » (hors d’état de reprendre le combat), 1 a été tué et 2 ont été faits prisonniers.

Loïc Salmon

Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines




Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Le caractère interarmées des besoins exprimés et des réponses à fournir rend le renseignement militaire de plus en plus complexe. Outre l’évolution permanente de ses processus de mutualisation, il doit garantir une rapidité accrue de la boucle observation, analyse, décision et action.

Telle est l’impression qu’en retire le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian (photo), à l’issue de sa visite à la Direction du renseignement militaire à Creil (banlieue parisienne) le 13 septembre 2013, visite à laquelle la presse a été conviée.

La Direction du renseignement militaire (DRM), qui dépend directement du chef d’Etat-major des armées (CEMA), collecte tout ce qui concerne les forces et systèmes de combat d’adversaires potentiels au profit des autorités politiques et militaires. Elle échange des renseignements avec les services étrangers, surtout américains. Ses effectifs se montent à environ 1.700 personnes civiles et militaires (moyenne d’âge 38 ans), dont 24 % de femmes. Les militaires se répartissent entre les armées de Terre et de l’Air, la Marine et la Direction générale de l’armement. Près de 300 personnes sont réparties dans les 9 détachements avancés de transmission pour les interceptions de télécommunications : métropole (Giens), outre-mer (Guadeloupe, Mayotte, Nouvelle-Calédonie et Polynésie française), Sénégal, Gabon, Djibouti et Emirats arabes unis. Au sein du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) du ministère de la Défense à Paris, la DRM dispose d’un bureau de renseignement interarmées dénommé J2 (appellation OTAN), résultant de la fusion des anciens 2èmes Bureaux Terre, Air et Marine et du Centre d’exploitation du renseignement militaire. La base aérienne 110 de Creil abrite les organismes techniques de la DRM : Centre de formation et d’emploi relatif aux émissions électromagnétiques ; Centre de formation et d’interprétation interarmées de l’imagerie (CF3I) ; Centre interarmées de recherche et de recueil de renseignement humain ; unité interarmées Helios (satellites de reconnaissance). Le ministre s’est fait expliquer le fonctionnement du CF3I à partir de consoles de visualisation d’images satellitaires précises, enrichies de cartes et de renseignements d’origines électromagnétiques et humaines et collectés par des moyens français et alliés. Ainsi, celles de la veille stratégique sur l’Iran montrent le centre spatial de Semnan, pour la prolifération d’armement, et la centrale nucléaire de Bushehr pour la prolifération nucléaire. Celles du suivi de crise en Syrie présentent les situations sécuritaires en plein cœur des villes de Damas et d’Alep. Celle de l’appui aux opérations au Mali étudie le terrain de l’aérodrome de Gao. Une autre expose la mission de reconnaissance en Guyane française  pour la lutte contre l’orpaillage illégal. Le réseau du CF3I de Creil inclut de façon permanente : le J2 du CPCO (Paris) ; les états-majors interarmées de Guyane, Djibouti, N’Djamena (Tchad) et Naqura pour le détachement français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban ; le Centre d’exploitation du renseignement terrestre de Lille ; le Centre de renseignement air de Lyon-Mont Verdun ; le porte-avions Charles-De-Gaulle. Les images, captées par les senseurs des nacelles de reconnaissance montées sur les Rafale, sont transmises en vol en temps ou en différé à des stations d’aide à l’interprétation des images connectées au CF3I. Ce dernier reçoit et diffuse les renseignements sur les théâtres d’opérations en cours.

Le renseignement de terrain. Système de renseignement complet, la DRM oriente les recherches, selon les besoins, vers le commandement d’un théâtre qui les répercute vers les équipes de recueil au sein des unités engagées. Les renseignements sont ensuite transmis et fusionnés avec ceux d’origine spatiale ou provenant de drones, notamment américains, en vue de leur analyse puis d’une synthèse finale réalisée sur place et qui sera diffusée vers la DRM. Spécialisé dans la recherche de renseignement d’origine humaine, le 13ème Régiment de dragons parachutistes (RDP) remplit des contrats opérationnels auprès de la DRM et du Commandement des opérations spéciales (COS), dépendant lui aussi directement du CEMA. Intégré à la Brigade des forces spéciales Terre comme le COS, le 13ème RDP projette en permanence 150 à 200 personnels sur 9 théâtres d’opérations pour la DRM et 7 théâtres pour le COS. Son nouveau chef de corps est un colonel (chuteur opérationnel) d’à peine 40 ans ! Certains sous-officiers y effectuent toute leur carrière. En effet, ce régiment pratique une logique de recherche et de développement interne pour améliorer les performances des capteurs, les intégrer à l’environnement et en concevoir de nouveaux. Ainsi, entre autres « gadgets », a été présentée une pierre en résine contenant une balise de géolocalisation…  si bien imitée (poids compris) que l’informateur qui l’a déposée chez l’adversaire ne s’est rendu compte de rien ! Une équipe d’infiltration dispose d’un véhicule tout terrain (autonomie de 1.000 km pendant plusieurs jours), équipé d’une mitrailleuse, de capteurs optiques et électroniques et de moyens de transmissions autonomes. Le traitement, sur un ordinateur portable, d’interceptions de communications concentrées sur un destinataire permet de l’identifier comme chef.

Amplifier l’effort. Dans la prochaine programmation militaire, a indiqué le ministre, « le renseignement d’intérêt militaire bénéficiera ainsi de la livraison des satellites CSO du programme Musis, de la réalisation du système satellitaire d’écoute Ceres, mais également du renforcement des moyens techniques mutualisés avec la DGSE (Direction générale du renseignement extérieur) ainsi que du renforcement des ressources humaines de l’ensemble des services ». En outre, la livraison des drones Male (moyenne altitude longue endurance) et tactiques se concrétisera. Enfin, seront également financés les nouveaux capteurs légers ISR (renseignement surveillance reconnaissance) et les programmes de capteurs électromagnétiques et optiques qui seront embarqués sur les frégates et les avions Rafale et A-400M.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

Le renseignement, clé pour la connaissance et l’anticipation

Un chuteur opérationnel du 13ème Régiment de dragons parachutistes (RDP) saute d’une altitude variant de 4.000 m à 10.000 m avec un inhalateur d’oxygène et emporte une charge lourde de 50 kg. En raison des missions du  13ème RDP, ses personnels effectuent des stages au Centre de formation interarmées au renseignement (CFIAR), situé à Strasbourg et dépendant de la Direction du renseignement militaire. Dans ce centre, sont notamment enseignées environ 40 langues étrangères, dont certaines rares : russe, polonais et tchèque avant la chute de l’URSS (1991), arabe depuis les années 1980, serbo-croate depuis 1990, pachtoune depuis l’engagement en Afghanistan (2001) et langues de la Corne de l’Afrique, utiles dans le cadre de la lutte contre la piraterie en océan Indien.