Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Norvège, Suède, Finlande et Danemark considèrent l’OTAN comme leur principal partenaire de défense et disposent de bases industrielles et technologiques de défense (BITD).

Marin Lundmark, professeur associé à l’Université suédoise de défense, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 10 avril 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique.

Menace en Baltique. Les interventions de la Russie en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014 ont conduit les pays nordiques à réévaluer sa menace en mer Baltique. Leur coopération mutuelle s’accroît par des exercices militaires, une meilleure interopérabilité et une intégration opérationnelle transfrontalière. Norvège, Suède, Finlande et Danemark participent à Nordefco, programme de collaboration en matière de défense, dont la fabrication de munitions et de tenues de combat. Des groupes de travail s’impliquent dans la logistique, la sécurité des approvisionnements et l’élaboration de normes communes pour le partage d’informations et de données. En mer Baltique, la coopération opérationnelle repose sur des accords bilatéraux et des collaborations régionales selon les conditions de l’OTAN. Quoique non membres de l’Alliance atlantique, la Finlande et la Suède en sont très proches. Les relations avec l’Allemagne et la Pologne restent peu développées. La participation à l’Europe de la défense reste limitée en matière de préparation opérationnelle et de capacités militaires. Le Danemark ne se manifeste guère au sein de l’Agence européenne de défense. Pologne, Estonie, Lettonie et Lituanie, ex-membres du pacte de Varsovie, préfèrent l’OTAN et se préparent à porter leur budget de défense à 2 % de leur produit national brut, objectif fixé par l’Alliance atlantique.

BITD croisées. Les quatre pays nordiques développent leurs capacités militaires et sécurisent leurs productions locales d’armements, qui leur permettent d’exporter des matériels d’armement, mais ils en importent aussi. Sur la période 2009-2018, la Suède se trouve en tête avec un ratio exportations/importations de 4,86, dont 3,62 Md$ à l’export et 745 M$ à l’import. Arrivent ensuite : la Norvège, 0,55, 1,52 Mds$ et 2,75 Mds$ ; la Finlande, 0,45, 625 M$ et 1,38 Md$ ; le Danemark, 0,29, 209 M$ et 722 M$. La BITD suédoise compte quatre entreprises : Saab, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 3,09 Md$, dont 84 % dans la défense, et emploie 16.400 personnes ; BAE Systems Hägglunds, 400M$ (90 %) et 700 personnes ; BAE Systems Bofors, 160 M$ (100 %) et 300 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Finlande, 60 M$ (% non divulgué) et 200 personnes. La BITD norvégienne compte deux entreprises : Kongsberg, 771 M$ (44 %) et 6.800 personnes ; Nammo, 432 $ (80 %) et 300 personnes. la BITD finlandaise compte deux compagnies : Patria, 486 Md$ (92 %) et 90 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Suède. L’influence et le contrôle de l’Etat se font sentir sur les BITD du Danemark, de la Finlande et de la Norvège mais guère sur celle de la Suède. Ainsi, l’Etat norvégien possède 63,2 % de Kongsberg et l’Etat finlandais 49,9 % de Patria. Kongsberg, actionnaire à 50,1 % de Patria, est propriétaire de Nammo qui exploite des usines en Norvège, Finlande et Suède. Le groupe britannique BAE Systems a racheté les sociétés suédoises Hägglunds et Bofors. Le groupe national français Nexter contrôle Eurenco, également filiale de Saab et Patria et qui dispose d’installations en Suède et en Finlande.

Loïc Salmon

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

Baltique : Suède et Finlande, de la neutralité à l’engagement

Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense




Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

L’autonomie d’accès à l’espace permet d’apprécier une situation et d’entrer en premier sur un théâtre, grâce aux renseignements image et électromagnétique, à des communications sécurisées et à une navigation précise pour la mise en œuvre des systèmes d’armes et d’armements guidés.

Savoir-faire et expertise. Le 19 décembre 2018, la mise en orbite du premier satellite de la Composante spatiale optique (CSO) a été suivie en direct à l’Ecole militaire à Paris (photo). Elle a nécessité le renforcement de l’opération « Titan » de sécurisation du centre spatial guyanais. Pendant 15 jours, ce dernier a été protégé par une « bulle » pour détecter, dérouter ou neutraliser tout intrus. « Titan » a engagé 575 militaires : patrouilles à terre et en hélicoptère ; un patrouilleur de haute mer ; deux Rafale ; un avion ravitailleur C135 ; un avion d’alerte avancée AWACS. Le même jour, Florence Parly, ministre des Armées, a annoncé le lancement, en 2020, de trois satellites du programme CERES (capacité d’écoute et de renseignement électromagnétique et spatial) pour détecter les centres de commandement et les flottes ennemies. Il sera suivi, d’ici à 2022, de celui des deux premiers satellites de télécommunication sécurisée Syracuse 4, en remplacement des deux satellites Syracuse 3, pour compléter les stations sol et répondre aux besoins accrus en termes de débit, d’utilisation tactique des stations, de capacité à communiquer en mouvement et d’interopérabilité avec l’OTAN. Un troisième satellite sera commandé en 2023, pour répondre aux besoins croissants et spécifiques des plates-formes aéronautiques d’ici à 2030. La ministre des Armées a mis en garde : « Le ciel est devenu un espace de rivalité, de confrontation. Les actes inamicaux s’y multiplient, l’espionnage peut s’y faire, de nouveaux acteurs y ont accès, tandis que, sur le sol, les puissances développent des capacités antisatellites. Il nous faut surveiller plus et mieux nos satellites. Il nous faut connaître parfaitement les objets qui les entourent, qui croisent leurs trajectoires. Il nous faut une cartographie parfaite du ciel. Il nous faut décourager quiconque voudrait s’attaquer à nos satellites. » Le premier satellite CSO a été mis en orbite par une fusée russe Soyouz. Toutefois, pour éviter toute dépendance étrangère dans la conduite des opérations militaires, a précisé la ministre, ArianeGroup et le Centre national d’études spatiales vont développer, d’ici à 2020, le lanceur Ariane 6 qui devrait mettre en orbite le troisième satellite CSO l’année suivante. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit le développement de la coopération avec des partenaires stratégiques, notamment européens, dans le domaine spatial. Les programmes successeurs des satellites CSO et CERES seront lancés en 2023. Pour la surveillance de l’espace, les moyens radar de veille GRAVES (opérationnel depuis 2004) et de poursuite SATAM (2003) des orbites basses des satellites espions seront modernisés. La capacité des orbites hautes sera consolidée. La version améliorée du Système d’information spatiale sera déployée en 2019, pour renforcer la capacité d’élaboration de la situation dans l’espace. Le programme Omega va moderniser les équipements de navigation par satellite des armées à partir de 2024. Résistant aux interférences et au brouillage, il apportera une capacité autonome de géolocalisation par l’utilisation simultanée des signaux des systèmes américain GPS et européen Galileo.

Imagerie opérationnelle. Les armées françaises en opération recourent aux systèmes Syracuse, Pléiades (2 satellites optiques d’observation de la terre à destination civile et militaire), Hélios II (2 satellites optiques), SAR-Lupe (5 satellites radar allemands), COSMO-SkyMed (4 satellites radar italiens) et CSO (3 satellites optiques prévus). Le cycle commence par une demande d’images des troupes au sol sur une zone d’intérêt au poste de commandement du théâtre d’opérations (PC théâtre). Ce dernier dirige un drone sur la zone via un satellite de télécommunications, mis en œuvre par la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information. Le drone transmet images et vidéos en temps réel. En outre, le PC théâtre sélectionne le capteur spatial le plus approprié et effectue la demande via Syracuse ou les systèmes de télécommunications franco-italiens Sicral (1 satellite) et Athena-Fidus (1 satellite). La Direction du renseignement militaire valide la demande dans le plan de programmation. Puis le Centre militaire d’observation par satellites (CMOS) la relaie vers SAR-Lupe et COSMO-SkyMed ou vers le Centre national d’études spatiales (CNES), opérateur des systèmes français d’observation optique. Ce dernier télécharge alors les plans de programmation de Pléiades, d’Hélios II et de CSO. Le CMOS collecte toutes les prises de vues satellitaires et les transmet immédiatement au PC théâtre pour appréciation. En cas d’intervention, les données sont transmises à l’avion chargé de traiter l’objectif.

« New Space ». Entre le lancement de CSO1 et sa mise en orbite, une table ronde sur le « New Space » a réuni, à l’Ecole militaire, un colonel du Commandement interarmées de l’espace et des ingénieurs de la Direction générale de l’armement, du CNES, d’Airbus Defence and Space et de Thales Alenia Space. Le « New Space », industrie spatiale américaine privée, rend l’espace accessible à des technologies issues du numérique, des « Big Data » et de l’aéronautique, mais aussi à des acteurs non étatiques dont les « Gafa » (Google, Apple, Facebook et Amazon). Leurs gros investissements (2-2,5 Md$) facilitent les fabrications de satellites en grande série, plus vite et moins cher. Les constellations de nanosatellites entraînent un changement d’échelle par la possibilité de millions, non plus d’images mais « d’informations d’images ». Ces offres diversifient les achats d’images et de services, raccourcissant ainsi le temps d’acquisition de capacités de renseignement par un acteur non étatique. Mais, la « fraîcheur » des images, primant sur la qualité, nécessite une capacité souveraine par le CSO, complétée par des services civils. Le traitement des images pourra bientôt être effectué à bord de satellites à images diversifiées : optiques et vidéos ; radar ; infrarouge. Ces futurs satellites auront une durée de vie plus courte, pour profiter des technologies émergentes, et nécessiteront des opérateurs de confiance.

Loïc Salmon

Le système Composante spatiale optique (CSO) s’articule en trois éléments. La partie spatiale comprend les satellites CSO-1, CSO-2 et CSO-3. Le segment sol mission (SSM) assure le contrôle des satellites. Le segment sol utilisateur (SSU) prépare les demandes de programmation des satellites et récupère les images correspondantes. CSO, SSM et SSU ont été développés en garantissant, dès leur conception, un très haut niveau de sécurité, notamment contre les cyberattaques. Le programme CSO a ainsi nécessité la mise au point d’équipements spécifiques : boîtiers « chiffre » pour la protection cryptographique des communications avec les satellites ; passerelles multi-niveaux pour le contrôle des échanges informatiques avec le monde extérieur.

Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Armée de l’Air : anticipation, audace et créativité

Les capacités de décider et de gérer l’aléatoire entrent dans la formation des cadres de l’armée de l’Air, qui devra créer compétences et scénarios pour les missions du futur, plus complexes.

Ces questions ont fait l’objet du colloque qu’elle a organisé le 29 novembre 2018 à Paris. Y sont notamment intervenus : le chef d’état-major de l’armée de l’Air (CEMAA), le général d’armée aérienne Philippe Lavigne ; Olivier Zadec, maître de conférences, université Lyon 3 « Jean Moulin » ; le général de brigade aérienne Frédéric Parisot, sous-chef d’état-major « préparation de l’avenir » ; le lieutenant-colonel Anne-Laure Michel, directrice générale de la formation militaire à l’Ecole de l’air de Salon-de-Provence (photo).

Projets structurants 2019-2025. Dans le document « Plan de vol » de l’armée de l’Air présenté lors du colloque, le CEMAA avertit que l’emploi de la puissance aérienne pourrait se trouver, à terme, entravée par la contestation croissante du milieu aérien. Cela résulte du durcissement de la dynamique des Etats puissances (Russie et Chine) et des organisations non étatiques ainsi que de la fragilisation des mécanismes de régulation internationaux. Le « Plan de vol » s’inscrit dans la remontée en puissance de l’armée de l’Air, initiée par la loi de programmation militaire 2019-2025. Il doit lui permettre de garder un temps d’avance et de conserver à la France une position forte sur la scène internationale. L’armée de l’Air assure en permanence la maîtrise du domaine aérien et spatial ainsi que la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, avec la Marine nationale. Ses modes d’action vont du recueil de renseignement au déploiement de forces terrestres et de la destruction des moyens militaires adverses aux missions humanitaires. La puissance permet de conserver l’avantage en opération, souligne le CEMAA. Elle se combine avec une « agilité », accrue notamment par : l’avion de ravitaillement en vol et de transport stratégique Phénix ; le commandement des opérations aériennes « JFAC France » dans le cadre de l’OTAN ; les opérations spatiales ; le Rafale au standard F3-R, équipé du missile air-air longue portée Meteor, de la nacelle de désignation d’objectif Talios et de la version à guidage terminal laser de l’armement air-sol modulaire, adapté aux cibles mobiles ; le drone Reaper armé ; les capacités de lutte contre le déni d’accès à un théâtre ; la modernisation de la composante nucléaire aéroportée ; le système franco-allemand de combat aérien futur. Lors d’une rencontre avec la presse, le CEMAA a indiqué que l’avion de transport tactique A400M est en train d’acquérir les capacités d’atterrissage sur terrain sommaire et de largage de parachutistes par la porte arrière (ouverture commandée) et par les portes latérales (ouverture automatique). En outre, le ravitaillement en vol d’hélicoptères, qui leur permettra d’aller plus loin dans la profondeur, évitera d’installer des plots de ravitaillement au sol. Il réduira d’autant « l’empreinte au sol » des forces spéciales, qui imaginent l’usage de certains équipements pour répondre aux menaces existantes ou futures. Par ailleurs, « agilité » et « audace » induisent le décloisonnement des organisations et le recours aux « Big data » (mégadonnées), à l’intelligence artificielle (IA, transformation numérique) et à la connectivité. Sont ainsi concernés : le combat aérien ; la capacité de l’hélicoptère lourd ; l’action aérienne de l’Etat ; le Rafale au futur standard F4, successeur du F3-R à partir de 2025, équipé d’un système de reconnaissance capable de trier en direct les éléments d’intérêt militaire ; l’avion léger de surveillance et de reconnaissance ; la capacité universelle de guerre électronique, à savoir trois avions de renseignement stratégique livrables entre 2025 et 2027. Enfin, la coopération en interalliés porte sur l’interopérabilité entre les armées de l’Air française, américaine et britannique ainsi que sur l’installation d’un escadron de transport franco-allemand de six Hercules C-130J à la base d’Evreux.

Complexité et accélération. La complexité politique d’un conflit, consécutive à la culture et à l’Histoire, s’inscrit dans le temps long, explique Olivier Zadec. Elle inclut le temps réel des opérations, avec des lignes de réaction politiques à prévoir. Il s’agit de trouver l’équilibre entre le temps prévisible et le temps imprévu. La transformation de très nombreuses données en connaissance entre dans l’accélération de la boucle décisionnelle, en vue de réduire l’adversaire. L’OTAN a fabriqué de l’interopérabilité mais laisse l’indispensable autonomie de décision. Or la réactivité se vit au quotidien avec une action sur court préavis, rappelle le général Parisot. Les frappes en coalition se décident en quelques heures. Les avions peuvent décoller entre 2 et 7 minutes, avec la capacité de rappel pour un raid limité au résultat le plus significatif. La réussite de la mission rend impératif le recours à l’innovation technologique. L’IA prépare les informations utiles, complétées par celles de l’état-major, et présente des options au chef, qui décidera en toute connaissance de cause. Ainsi, au Levant, indique le général Parisot, média et réseaux sociaux influencent le rythme des opérations. En effet, une mission peut être interrompue à la suite d’une information, dont la vérification fera perdre du temps. Seul un modèle d’armée complet permet de trouver une place dans une coalition, mener une action autonome et disposer d’une certaine masse pour rester longtemps sur plusieurs théâtres et affronter une menace nouvelle, souligne le général. Enfin, le maintien de la supériorité opérationnelle, par l’innovation technologique, répond à l’ambition de pouvoir, en permanence, entrer en premier sur un théâtre, capacité des seules forces armées américaine, britannique et française.

Loïc Salmon

Le taux de féminisation dépasse 20 % dans l’armée de l’Air et dans son Ecole de Salon-de-Provence. Quoique toutes les spécialités soient ouvertes aux femmes, faute de volontaires aux aptitudes suffisantes, elles ne sont que 12 pilotes de chasse, dont le lieutenant-colonel Anne-Laure Michel. Selon elle, les élèves de l’Ecole de l’air, âgés de 18 à 30 ans, ultra-connectés car nés à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, s’adaptent vite à la formation scientifique et technique dispensée. Une « smart school » ou formation à la carte, via la communication par internet, est en cours ainsi que des licences d’excellence sur le cyber, l’espace et les drones. Tout au long de sa carrière, un officier pourra accéder à son « passeport numérique de compétences ». La préparation au commandement consiste à faire prendre conscience de l’engagement en alliant compétences et qualités humaines pour obtenir l’adhésion des équipiers. Par exemple, lors de l’opération « Pamir » en Afghanistan (2001-2014), une mission de 6 heures, avec ravitaillements en vol dans un environnement hostile avec tirs possibles de missiles sol-air, était toujours dirigée par un « leader » apportant précision et audace. L’incertitude fait partie du métier de pilote de chasse, qui doit prendre la bonne décision au bon moment pour remplir sa mission. Les exercices interalliés permettent d’élaborer des méthodes communes par un travail « collaboratif », en vue d’une opération ultérieure en coalition.

Armée de l’Air : l’humain, les opérations et la modernisation

Armée de l’Air : le combat numérique au cœur des opérations




Marines : innovations et ruptures capacitaires

La conception de systèmes navals modulaires, selon une ligne de produits avec des mises à niveau dans le temps court, permet d’intégrer les innovations, y compris celles du monde civil, au cours de leur longue vie opérationnelle.

Cette évolution et les ruptures technologiques possibles ont été abordées au cours d’un colloque organisé, le 22 octobre 2018 à Paris, par le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont intervenus : l’ingénieur général (2S) Joël Barre, délégué général pour l’armement ; Eric Papin, directeur technique chez Naval Group ; Philippe Gros, maître de recherche à la FRS.

Contexte techno-économique. L’identification des rythmes technologiques permettra de planifier l’innovation à l’horizon de 15-20 ans, explique Joël Barre. La Direction générale de l’armement (DGA) travaille avec les armées pour analyser les menaces et les nouvelles technologies. Les industriels y sont ensuite associés pour identifier les futurs systèmes d’armes et déterminer le juste besoin pour mieux préparer les programmes. La nouvelle Agence de l’innovation de défense (AID) vise à concrétiser les inventions d’opportunité dans ce qui n’est pas inclus dans la feuille de route, pour gagner en performance en raccourcissant les délais. Son « Innovation Défense Lab » va identifier les innovations du monde civil intéressant les armées et accélérer leur intégration dans les systèmes militaires existants ou les programmes futurs. Relié aux laboratoires des armées, il travaillera en réseau pour les expérimentations rapides sur des créneaux à haute valeur ajoutée. La DGA soutient les petites et moyennes entreprises, soit 80 % des membres du GICAN. Son dispositif RAPID (Régime d’appui pour l’innovation duale), d’un montant annuel de 50 M€ depuis 2016, s’accompagne d’un fonds de la DGA de 10 M€ pour les protéger dans la guerre économique. En outre, seront créés des « Clusters régionaux d’innovation », à rapprocher du Centre technique de la DGA pour démultiplier localement l’action de l’AID. Les études amont analysent les ruptures capacitaires et trouvent les innovations pour répondre aux besoins d’une force navale, à savoir le combat aéromaritime, le sauvetage aéronautique, la guerre électronique et l’action sous-marine. Le drone naval va détecter et identifier la menace, qui sera neutralisée à distance de sécurité par un robot. Les audits techniques majeurs donnent l’occasion d’améliorer encore les performances par de nouveaux capteurs et radars.

Perspectives technologiques. Tous les 2-3 ans apparaît une nouvelle technologie à installer sur une frégate, qui a nécessité 10 ans d’études et de construction et doit rester 30 ans en service, souligne Eric Papin. La capacité opérationnelle d’un navire repose sur sa supériorité en matière d’information, d’engagement armé et de durée à la mer pendant plusieurs mois, avec une empreinte environnementale la plus faible possible. La capacité opérationnelle d’une force navale englobe l’évaluation de la situation tactique par des multi capteurs, la gestion dynamique des communications, la mise en œuvre coordonnée et « collaborative » des systèmes d’interception, drones et armes autonomes. Pour conserver l’avantage face aux différentes menaces, cette capacité doit : assurer la furtivité des navires dans un environnement hostile ; leur constituer un véritable bouclier de protection ; se préparer aux attaques asymétriques et aux cyberattaques ; résister aux combats et agressions d’origine maritime. L’amélioration de l’autonomie en énergie passe par : la mutualisation des sources ; un stockage sûr, dense et optimisé ; une distribution par un réseau ouvert, fiable, sûr et respectueux de l’environnement ; une consommation optimisée ; un système de gestion simple et adaptable. Les équipages deviendront plus autonomes sur des navires plus complexes et davantage disponibles à la mer, grâce à une maintenance prévisible et une aide à distance. La conception du navire du futur, connecté et cybersécurisé, doit optimiser l’intégration des senseurs et des systèmes d’armes. Il s’agit de rendre accessibles les solutions technologiques indispensables aux besoins opérationnels. L’évolution des capacités opérationnelles et l’intégration de nouveaux services seront prises en compte tout au long de la vie du navire.

Armes laser pour combat naval. Arme à énergie dirigée, le laser va révolution-ner le champ de bataille, mais n’est pas encore opérationnel à grande échelle, indique Philippe Gros. Son faisceau lumineux, produit par une réaction chimique ou électrique, perfore certains types de matériaux en une seconde et à plusieurs kilomètres. Arme d’auto-défense d’un navire, le laser permet de neutraliser vedettes rapides et drones et de se défendre contre des menaces hybrides. Sur le plan stratégique, Etats-Unis, Russie, Chine, Iran, Corée du Nord et organisations terroristes s’intéressent à son développement, induisant une prolifération des drones armés, moyens de déni d’accès et d’interdiction de zone, systèmes de reconnaissance et de frappes de précision. Devant l’érosion de leur supériorité militaire, les Etats-Unis y voient un avantage compétitif, grâce aux progrès considérables réalisés depuis dix ans. Ils comptent en acquérir pour leurs navires de surface dans les cinq prochaines années. En Chine, le laser fait l’objet de recherches depuis une quarantaine d’années, sans confirmation dans le domaine naval. En outre, il se trouve en concurrence avec d’autres systèmes d’arme et manque de financement et de moyens industriels pour sa réalisation. En Grande-Bretagne, le groupe international MBDA développe un laser d’une puissance de 50 KW dont les essais au sol et à la mer débuteront en 2019. A titre indicatif, un laser de 10 KW à 150 KW peut détruire des cibles non « durcies ». Mais il lui faut une puissance de 150 KW à 500 KW pour neutraliser un avion de chasse, une roquette ou un obus. Il doit monter de 500 KW à 1 MKW pour « tuer » un missile de croisière supersonique, un satellite en orbite basse ou un missile balistique en phase d’accélération.

Loïc Salmon

Lors de la 50ème édition du salon Euronaval tenu en banlieue parisienne du 23 au 29 octobre 2018, la France et l’Italie ont conclu un accord bilatéral portant sur la construction de quatre bâtiments logistiques (programme FLOLOG) à double coque et conformes aux standards internationaux les plus élevés. Remplaçant les unités à simple coque, ils ravitailleront en carburants, munitions, pièces de rechange et vivres les porte-avions, frégates et bâtiments de projection et de commandement déployés en haute mer. Les quatre navires français, dont deux livrés d’ici à 2025, reprennent la conception du Vulcano italien, en cours de construction, en y apportant les modifications nécessaires au soutien du groupe aéronaval, centré sur le porte-avions à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle. La France et l’Italie ont construit en coopération les frégates multi-missions (FREMM) et le système de défense aérienne FSAF (famille de missiles sol-air futurs). Elles se sont associées à d’autres pays pour la réalisation du drone moyenne altitude longue endurance MALE-RPAS et du programme de radio-logicielle ESSOR.

Marines : outils de combat et affirmation de puissance

Marine nationale : le fait nucléaire, dissuasion politique et actions militaires




Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

L’Agence de l’innovation de défense (AID) fédère toutes les innovations qui contribuent à garantir l’autonomie stratégique et la supériorité opérationnelle des forces armées.

Son directeur, Emmanuel Chiva, l’a expliqué à la presse, le 15 novembre 2018 à Paris, à l’occasion du Forum Innovation défense (22-24 novembre, Paris). Des innovations concernant le combattant ont été présentées.

Imaginer demain et après-demain. Il s’agit de détecter les nouvelles tendances et anticiper les ruptures technologiques issues du monde civil, réfléchir à tout ce qu’il est possible de faire, y compris avec les startups, explique Emmanuel Chiva. L’AID doit orienter et conduire l’ensemble des innovations de défense, en s’appuyant sur les centres de développement (4.000 personnes) de la Délégation générale de l’armement (DGA). Elle devra en susciter de nouvelles, les capter, les accélérer, les valoriser et les transférer vers les utilisateurs, en favorisant l’expérimentation rapide et les cycles courts. Elle diffusera de nouvelles pratiques, notamment en matière d’achat. Elle facilitera la coopération avec les autres ministères, les industriels, les petites et moyennes entreprises et d’autres pays européens. Elle accompagnera l’innovateur pour qu’il gagne de l’argent et développe son innovation, dont la propriété intellectuelle sera protégée. Créée le 1er septembre 2018 et rattachée au délégué général pour l’armement, l’AID sera opérationnelle en avril 2019 avec un effectif d’une centaine de personnes, militaires et civiles. Selon la loi de programmation militaire (2019-2025) son budget passera de 1,2 Md€ en 2019 à plus de 1,5 Md€ en 2022.

Exemples d’innovation. La société française Scalian, fournisseur de logiciels et d’études pour la DGA, et la firme américaine Daqri, fabricant de lunettes et casque de « réalité augmentée », ont mis au point l’équipement du « Fantassin augmenté, sécurisé et tactique ». Le casque Daqri, contient un dispositif stéréoscopique, un affichage transparent et intégré, une caméra grand angle de 166 ° et 120 Hz et une caméra thermique. Les entités, à savoir une personne amie ou ennemie, un véhicule ami ou ennemi, un bâtiment ou un point à atteindre, sont suivies par GPS. Sont affichées sur la visière du casque : les entités sur un radar/boussole ; les distances de chaque entité ; le gisement topographique ; la situation tactique en deux dimensions. Sont également possibles : la prise de photo/vidéo avec la caméra thermique ; la création d’objet manquant (nouvel ennemi) dans la situation tactique ; la visualisation sur un poste de commandement de la brigade des forces terrestres. De leur côté, l’Institut de recherche biomédicale des armées et la Direction des approvisionnements en produits de santé des armées ont développé un « Air Shock Absorber », système de coussins d’air muni de compartiments et cloisons, qui dissipent l’énergie d’un projectile. Cette innovation, disponible en 2019, permettra de diminuer les lésions anatomiques et physiologiques lors de l’impact sur le gilet pare-balles. Enfin, le Forum de l’innovation présente plus de 160 innovations et démonstrations dans divers stands : celui de l’AID ; « Protéger & Réparer » (prothèse de jambe bionique) ; « Projeter & Durer » (interface technico-logistique) ; « Combattre & Gagner » (camouflage adaptatif) ; « Administrer & Soutenir » (plateforme numérique participative) ; « communiquer et renseigner » (communication par satellite adaptée aux chasseurs).

Loïc Salmon

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales




Armement : DGA, bilan 2018 et perspectives 2019

La démarche capacitaire consiste à exprimer les besoins en équipements, selon la menace, intégrer les innovations technologiques, y compris celles du monde civil, et évaluer le coût global d’une opération en termes d’armement, d’entraînement, de conduite, de ravitaillement et d’infrastructures.

Elle est effectuée par l’Etat-major des armées et la Direction générale de l’armement (DGA) dont le délégué, Joël Barre, a présenté les missions à la presse le 8 novembre 2018 à Paris.

La DGA, qui a engagée 11,2 Md€ et payé 10 M€ pour l’équipement des forces en 2017, prévoit 12,7 Md€ en 2018 et 14,3 Md€ en 2019. Le budget des études « amont » doit passer de 920 M€ en 2019 (+ 18 % en un an) et 758 M€ de paiements (+5 %) à 1 Md€ en 2022.

Etudes et essais. Des projets seront lancés fin 2018 et en 2019 : travaux franco-allemands en préparation du système de combat aérien futur (SCAF), pour succéder au Rafale de conception uniquement française ; premières études de préparation du porte-avions de nouvelle génération, successeur du Charles-de-Gaulle ; protection des véhicules terrestres et des fantassins ; futurs satellites de communication militaire ; démonstrateurs technologiques du partenariat innovant ARTEMIS (ARchitecture  de Traitement et d’Exploitation Massive de l’Information multi-Sources) entre la DGA et le groupe d’électronique de défense Thales. En 2018, la DGA a procédé à des essais majeurs : performance hélice et résistance carène nue pour la frégate de taille intermédiaire ; sortie du Charles-de-Gaulle de son 2ème arrêt technique majeur ; comportements routiers et nautiques du pont flottant motorisé ; tir de développement du missile balistique M51.3 au banc des propulseurs ; tir du missile antinavire léger. La mise au standard F3-R des 144 Rafale en service dans l’armée de l’Air et la Marine a commencé. Ce standard a pris notamment en compte les retours d’expérience opérationnelle de l’armement air-sol modulaire et l’interopérabilité. En outre, il associe le nouveau missile air-air à très longue portée Meteor au radar à balayage électronique RBE2 à antenne active. Sa nacelle à désignation d’objectifs Talios améliore détection, reconnaissance et identification de cibles, de jour comme de nuit, en vue de frappes air-sol de grande précision. Le standard F3-R sera installé sur les 96 Rafale vendus au Qatar, à l’Egypte et à l’Inde. La DGA a notifié à l’industriel MBDA la rénovation technique des 300 Mica (missiles d’interception, de combat et d’auto-défense) en service et l’achat de 567 Mica NG (nouvelle génération), développés avec un autodirecteur infrarouge ou électromagnétique. Le Mica rénové sera utilisé jusqu’en 2030 par les Rafale tous standards, Mirage 2000-5 et Mirage 2000 rénovés. Les Rafale F3-R emporteront le Mica NG.

Partenariats européens. Avec la Grande-Bretagne, les travaux se poursuivent sur la phase d‘étude de concept du futur missile antinavire et du futur missile de croisière. Outre le SCAF et le futur char de combat, la coopération avec l’Allemagne porte sur la patrouille maritime, le futur standard de l’hélicoptère Tigre, auquel l’Espagne est associée, et le drone européen moyenne altitude longue endurance, avec l’Espagne et l’Italie. Cette dernière va construire des pétroliers-ravitailleurs avec la France. Pour son programme Camo (capacité motorisée), la Belgique va acquérir 382 véhicules blindés multi-rôles Griffon et 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar du programme français Scorpion.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique




Exposition « Les armes savantes » à Versailles

La centralisation du pouvoir à Versailles de 1682 à 1789 a conduit à y concentrer longtemps tous les acteurs de l’innovation militaire : prescripteurs, concepteurs, fabricants et utilisateurs.

Inventions aux débouchés militaires. L’exposition relate 350 ans de modernisation de l’outil militaire français, qui prend en compte les inventions scientifiques et nouvelles techniques réalisées dans le monde pendant cette période. En 1770, Cugnot procède aux essais du premier véhicule automobile propulsé par une chaudière à vapeur. En 1783, le ballon à air chaud des Français Mongolfier s’élève avec ses premiers passagers. En 1800, l’Italien Volta invente la pile électrique et l’Anglais Durand dépose le brevet des premières « boîtes de conserve », perfectionnant le procédé du Français Appert, mis au point en 1795. Le Français Niepce réalise la première photographie vers 1826. L’Américain Morse invente le télégraphe électrique en 1840. L’industriel allemand Krupp développe le premier canon antiaérien en 1870 et l’Américain Maxim la mitrailleuse moderne en 1885. Le Français Vieille met au point la poudre à canon sans fumée en 1884. Le Français Ader effectue le premier décollage d’un « plus lourd que l’air » en 1897. Deux ans plus tard, la Marine nationale française réalise la première transmission sans fil. En 1903, les Français Becquerel et les époux Curie reçoivent le prix Nobel de physique pour leur étude de la radioactivité. En 1915, l’armée allemande emploie massivement les gaz de combat. L’année suivante, l’armée britannique engage des chars de combat dans la bataille de la Somme. En 1938, les physiciens allemands Hahn et Strassmann découvrent la fission nucléaire. En 1942, l’avion à réaction allemand Messerschmitt Me262 effectue son premier vol. Les 6 et 9 août 1945, l’aviation américaine lâche deux bombes atomiques sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki. En 1957, l’URSS lance le « Spoutnik », premier engin placé en orbite autour de la terre. En 1965, l’entreprise italienne Olivetti commercialise le premier ordinateur personnel Programma 101. Le réseau Apronet, ancêtre d’internet et mis au point par le ministère américain de la Défense, est opérationnel en 1969. Le premier téléphone mobile est commercialisé par l’entreprise américaine Motorola en 1983, suivi du premier récepteur GPS portatif Magellan NAV 1000, également américain, en 1989. La firme américaine Apple met sur le marché l’iPhone, premier smartphone à interface tactile multipoints, en 2007.

Organisation rationnelle. En raison de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), le maréchal de Belle-isle, secrétaire d’Etat à la Guerre, puis son successeur, le duc de Choiseul, également secrétaire d’Etat à la Marine, lancent la construction à Versailles des hôtels communs de la Guerre, de la Marine et des Affaires étrangères, autrefois disséminés dans Paris. Versailles se trouve alors au cœur des réformes militaires terrestres et navales de 1763 à 1790 : renouvellement des fortifications de Vauban ; amélioration de la tactique de l’armée ; développement de la Marine, qui participera à la guerre d’indépendance américaine en 1781-1783. L’artillerie et le génie, « armes savantes », y sont conçues, étudiées et validées. La manufacture d’armes, créée en 1783, emploie 400 ouvriers qui fabriqueront plus de 125.000 fusils et carabines et près de 480.000 armes blanches pour la Garde impériale puis, à la Restauration, pour la Maison militaire du roi. Son « directeur-artiste » de 1793 à 1818, Nicolas-Noël Boutet, en fait le symbole de l’excellence technique et artistique en matière d’armement. La manufacture réalise en effet des armes d’honneur (épées et fusils), de luxe (pistolets) ou de prestige (glaives) commandés en France et dans toute l’Europe. L’hôpital militaire Larrey est installé dans les Grands Communs de Versailles en 1832. Deux ans plus tard, l’armée reçoit 30 ha du plateau de Satory pour y effectuer des manœuvres. Ce dernier devient alors l’un des lieux majeurs de l’innovation militaire, où se combinent entraînement des troupes et développement de nouveaux armements et matériels. Le gouvernement, installé à Paris de la Révolution à la chute du Second Empire, revient à Versailles en 1871 pendant la Commune. En 1874, le système de fortifications du territoire proposé par le général Séré de Rivières, issu de l’arme du génie, prévoit la construction d’un nouveau camp retranché dans la région pour éviter un éventuel siège de la capitale. Il s’agit de contrôler les accès routiers et ferroviaires au Sud-Ouest de Paris et de protéger Versailles et Satory par les forts de Saint-Cyr et du Haut-Buc, la redoute de Bois d’Arcy et cinq batteries au Sud et à l’Ouest du plateau de Satory. Déclassées après la première guerre mondiale, ces fortifications abritent des unités de soutien jusqu’en 1950.

Enseignement militaire. Lieux de formation et de réflexions techniques et tactiques, les écoles militaires préparent au bon emploi et à la maîtrise de l’innovation des armes. L’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr arrive dans la région versaillaise en 1802, suivie de l’Ecole militaire de l’artillerie et du génie en 1884. Devenue celle du génie uniquement en 1912, elle forme les élèves officiers issus de l’Ecole polytechnique. En 1889, l’Ecole de chemin de fer est implantée chez le 5ème Régiment du génie. Sont instituées, en 1919, le Centre d’études des chars de combat et, en 1922, l’Ecole militaire de l’Air, subdivision du génie à l’époque. Cette dernière déménage à Salon-de-Provence après 1945.

Expertise de l’armement. Le passage de la création à l’innovation, indispensable à la défense militaire, s’effectue selon un processus en « boucle ». L’Etat, à savoir la Direction générale de l’armement, définit la nature et la fonction des outils à créer. La conception de matériels toujours plus complexes nécessite de grandes équipes et une gestion de projet. Leur développement adapte des technologies diverses. Les essais rigoureux des matériels, menés par l’Etat, portent sur la performance, la fiabilité et la sécurité. La construction mobilise un réseau de partenaires, fournisseurs et sous-traitants et aussi le retour d’expérience des militaires sur le terrain. Il s’agit ensuite de maintenir en condition opérationnelle les armements en service et d’anticiper leurs successeurs. Ainsi, Versailles a accueilli l’atelier de construction des divers blindés AMX en 1945 et la Section technique de l’armée de terre en 1974. L’entreprise Arquus, spécialisée dans les véhicules militaires, s’y installe en 2006. Le groupe français Nexter et l’armurier allemand MKW, y préparent le futur blindé européen.

Loïc Salmon

L’exposition « Les armes savantes, 350 ans d’innovations militaires » (15 septembre-9 décembre 2018) se tient à Versailles. Elle a reçu le label de la Mission du centenaire de la guerre de 1914-1918 et bénéficie du soutien du groupe Nexter Systems. Tableaux, documents et objets proviennent du musée de l’Armée, du Service historique de la défense, du musée des Plans-Reliefs, du musée Lambinet, des Archives communales de Versailles et aussi d’institutions militaires et d’industriels de l’armement basés à Versailles.

Espace Richaud, 78 boulevard de la Reine 78000 Versailles, du mercredi au dimanche de 12 h à 19h.

Le nouveau visage de la guerre

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025




Défense : démarche capacitaire, de la menace à l’organisation et à la coopération européenne

Disponibilité et activité opérationnelle assurent la capacité à manœuvrer vers l’avant. Cette dernière et la modernisation des équipements et armements permettront de prendre l’ascendant sur un adversaire potentiel.

Cette démarche a été présentée à la presse, le 27 septembre 2018 à Paris, par le général de corps d’armée Eric Bellot des Minières, sous-chef plans de l’Etat-major des armées.

L’an I de la LPM. Cette démarche capacitaire est associée à la première année de la Loi de programmation militaire 2019-2025 (LPM), indique le général. Le projet de loi de finances 2019 inclut un budget de 35,9 Md€ pour la défense correspondant à 1,82 % du Produit intérieur brut et avec une hausse annuelle de 1,7 Md€ (+ 5 %) en conformité avec la LPM. En outre, la ligne budgétaire des opérations extérieures passe à 850 M€, contre 450 M€ pour 2017 et 2018. Sont aussi prévus : la création de 450 postes dans le renseignement, le cyber et le numérique ; 4,2 Md€ pour le maintien en condition opérationnelle des matériels ; 19,5 Md€ pour les commandes et livraisons. Parmi ces dernières figurent : 25.000 gilets pare-balles ; 89 véhicules blindés Griffon ; 8.000 fusils d’assaut HK416 ; 10 hélicoptères NH90 ; 1 frégate multimissions ; 1 patrouilleur léger guyanais ; un bâtiment multimissions ; 6 drones Reaper ; 1 avion de transport tactique A400M ; 2 avions de transport tactique C130J ; 1 avion multirôles de transport et de ravitaillement en vol. La préparation de l’avenir et l’adaptation aux contraintes du présent passent par la poursuite du Plan famille, pour l’amélioration des conditions de vie des agents civils et militaires, la réactivité et le travail sur le long terme. Le général rappelle que la formation complète s’étend sur 4 à 5 ans pour un soldat ou un matelot, 15 ans pour un premier-maître ou un adjudant et 25 ans pour un capitaine de vaisseau ou un colonel.

Coopération européenne. Le 26 septembre 2018, le ministère des Armées a publié un point de situation des ambitions européennes de la France en matière de défense et de sécurité. Ainsi, l’Initiative européenne d’intervention doit tenir sa première réunion ministérielle en France en novembre. Elle regroupe la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique, le Portugal, le Danemark, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et l’Estonie. Elle vise à établir une culture stratégique commune et permettre d’intervenir rapidement en cas de catastrophe naturelle, d’évacuation de ressortissants ou même d’opération de haute intensité. La « coopération structurée permanente » porte notamment sur de nouveaux équipements radio ou d’un nouveau standard d’hélicoptère. L’Union européenne a récemment créé le Fonds européen de défense d’un montant de 13 Md€ pour la période 2021-2027, en vue de financer des projets d’équipements militaires et de recherche de défense. Elle va investir 6,5 Md€ pour instituer des dispositifs juridiques et mettre en cohérence les infrastructures routières et ferroviaires pour faciliter les déplacements d’unités et d’équipements militaires sur son territoire. Sur le plan industriel, la France participe à plusieurs coopérations : avec l’Allemagne pour le système de combat aérien, le char de combat et l’artillerie du futur ; avec l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne pour l’Eurodrone (drone européen moyenne altitude et longue endurance) ; avec la Belgique pour constituer un partenariat sur la « capacité motorisée terrestre interarmes » (véhicules blindés).

Loïc Salmon

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense




Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

La supériorité opérationnelle, terrestre et aéroterrestre, repose sur l’innovation technologique, qui démultiplie vitesse, puissance et protection du soldat et nécessite une synergie entre combattants, ingénieurs et industriels.

Ce thème a été abordé au cours d’une table ronde organisée, le 13 juin 2018 en banlieue parisienne, dans le cadre du salon Eurosatory 2018. Y sont intervenus : le général d’armée Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, Joël Barre, délégué général pour l’armement, et Stéphane Meyer, président du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT).

Esprit guerrier et technologie. La Revue stratégique 2017 a, notamment, pour ambition de faire de l’armée de Terre la première d’Europe, rappelle le général Bosser. Or en opérations, elle affronte de nouveaux défis, à savoir un réarmement généralisé, des adversaires hybrides, isolés et aux tactiques inédites, des engins explosifs improvisés, des drones et la guerre électronique. Après vingt ans d’opérations extérieures, la préparation de l’avenir s’impose face à une évolution rapide de la menace, constituée de nouveaux systèmes d’armes avec de l’infanterie et des moyens plus mobiles. La préparation du soldat au combat inclut armement, entraînement, tenues diverses, conditions de travail, soutien et aide à sa famille. S’y ajoutent la rénovation des matériels, notamment de l’artillerie après les batailles de Mossoul (Irak) et Raqqa (Syrie) ainsi que la modernisation du parc de véhicules, dont certains dépassent 40 ans. Pour répondre aux besoins, l’armée de Terre coordonne son action avec la Direction générale de l’armement (DGA) et les industriels. Si donner un cap ne pose pas de problèmes avec les grands groupes, il s’avère difficile auprès des petites et moyennes entreprises et surtout des startups, indique le général Bosser. Dans le temps long, cela porte sur les choix capacitaires, les concepts et les préprogrammes. L’innovation en « boucle courte » nécessite davantage de réactivité pour ne pas aller plus lentement que l’adversaire : rapidité des processus d’acquisition, modification des usages, simplification des procédures et invention de nouvelles tactiques. L’efficacité opérationnelle dépend du juste besoin des matériels et de leur livraison à temps aux forces spéciales et conventionnelles. L’innovation récupère toutes les bonnes idées, comme l’impression en 3 D ou les véhicules sans pilote. Elle induit de nouveaux métiers à tous les niveaux, du caporal-chef au commandant sur le terrain. L’armée de Terre vit en permanence dans l’expérimentation, qui implique la responsabilité du commandement. A titre d’exemple, Daech a utilisé un mini-drone en vente dans le commerce (300 €) pour cibler (caméra) et tuer (engin explosif) deux cadres des forces spéciales en train d’instruire des soldats irakiens.

Faire plus ou mieux. Les programmes demandent une analyse fonctionnelle entre les armées, qui expriment des besoins, la DGA, qui les transforme en contrats, et les industriels, qui en chiffrent le coût, explique Joël Barre. Une concertation entre les trois acteurs permet de maîtriser les coûts par rapport à la performance attendue. Tout rajout au programme initial implique une évaluation supplémentaire. En matière d’innovation, l’ouverture au monde civil permet de capter l’évolution technique, notamment numérique, pour améliorer la performance des systèmes d’armes. Le dispositif « Rapid » (Régime d’appui pour l’innovation duale) finance la recherche dans des domaines susceptibles d’intéresser la DGA qui, en outre, accorde des subventions au développement de petites et moyennes entreprises. L’Innovation Defense Lab et l’Agence de l’innovation (voir encadré) apportent de nouvelles possibilités à la « boucle courte » entre le Secrétariat général pour l’administration, la DGA et les forces armées. Les innovations proposées par des personnels des armées doivent déboucher sur les programmes planifiés. Ainsi, les processus d’acquisition et le développement du programme national « Scorpion » de l’armée de Terre feront l’objet de rendez-vous périodiques pour y incorporer les innovations, sans attendre le stade ultime qui répondra à l’intégralité des besoins. La phase 2 de Scorpion inclut la robotique, les véhicules complémentaires, leur protection et celle contre la menace cyber, technologies à développer à partir de 2019. Toutefois, indique Joël Barre, il faut savoir accepter l’échec dans l’expérimentation, comme pour les micro-drones « indoors » des forces spéciales destinés à entrer dans les bâtiments fermés. En outre, il faut éviter de créer une dépendance industrielle étrangère pour certains matériaux (terres rares). Enfin, en sus des ressources financières nationales, l’Union européenne prévoit 1 Md€ pour la recherche et le développement de l’innovation, afin de créer des filières de souveraineté sur certains composants, en vue d’en limiter la dépendance vis-à-vis de pays extérieurs.

Etat d’esprit. Priorité à l’attente des clients et compétitivité pour vaincre la concurrence constituent le fil rouge des industriels de l’armement terrestre, souligne Stéphane Meyer. Injecter de l’innovation dans les programmes implique le droit à l’erreur pour lever les risques. La veille technologique permet de constater ce que font les adversaires et le monde civil, notamment en matière d’intelligence artificielle et de robotique. Il s’agit de continuer à travailler en réseau entre utilisateurs, concepteurs et industriels et de se trouver au bon endroit à trois ou à deux. Le retour d’expérience optimise l’intelligence collective au niveau des états-majors et au contact des utilisateurs en opérations, proches du terrain. Le GICAT aide les startups à transformer des idées en produits. En outre, l’Union européenne intervient en soutien à l’innovation. Il convient donc de comprendre les processus, définir des projets, s’appuyer sur les réseaux d’experts et créer des consortiums pour réaliser de bonnes idées à plusieurs entreprises de pays différents. Ainsi, le GICAT poursuit ses activités en Grèce, en Belgique et en Espagne.

Loïc Salmon

La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 1 Md€ par an à partir de 2022 (730 M€ en 2018) pour les études et l’innovation dans la défense, notamment pour les applications opérationnelles de l’intelligence artificielle (IA). A cet effet, une cinquantaine d’experts supplémentaires en matière de science des données numériques et d’IA dont l’investissement progressera jusqu’à 100 M€/an. L’IA sera notamment applicable à la reconnaissance automatique d’images, la guerre électronique, le combat collaboratif, la navigation autonome des robots, la cybersécurité, la « maintenance prédictive » (reconnaissance des signes précurseurs de la défaillance) et l’aide à la décision et au commandement. Une veille technologique sera assurée par l’« Innovation Defense Lab », lieu d’échanges et de réflexions ouvert sur l’écosystème des startups. Lancée le 16 mars 2018, l’étude « Man Machine Teaming » vise à développer l’IA pour l’aviation de combat. Enfin, l’Agence de l’innovation de la défense a été créée à l’été 2018. Rattachée à la Direction générale de l’armement, elle s’ouvre au monde civil, aux startups et à l’Europe.

Eurosatory 2018 : l’accent sur l’innovation technologique

« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme




Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

La France dispose des moyens de développer les technologies nécessaires à sa souveraineté, assurée notamment par la dissuasion nucléaire, grâce aussi à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA).

Ce dernier a été présenté à la presse, le 22 mars 2018 à Paris, par l’ingénieure générale Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la Direction générale de l’armement (tutelle de l’ONERA), et Thierry Michal, directeur technique général de l’ONERA.

Préparation de l’avenir. L’innovation, en coordination avec l’intelligence artificielle, est vitale pour la supériorité opérationnelle. Outre une meilleure appréhension des menaces futures, elle permet de préparer les armes pour les contrer, souligne l’ingénieure générale. Le budget innovation de la défense a été porté à 1 Md€ pour en renforcer le socle technologique et construire davantage de démonstrateurs. L’ONERA, qui remplit une mission de service public pour la recherche appliquée, travaille avec les ministères des Armées et de la Recherche, la Direction générale de l’aviation civile, les industriels et les start-ups des secteurs aéronautique et spatial. Son fonctionnement est assuré à 49 % par des subventions de l’Etat et à 51 % par des contrats commerciaux. Ses travaux dans les domaines hypersonique et de la furtivité (signature radar très faible), qui relèvent exclusivement de la défense, préparent les ruptures technologiques, en lien avec la dissuasion nucléaire, les systèmes de défense aérienne et ceux du combat aérien. En matière de ruptures technologiques, indique l’ingénieure générale, il s’agit de maîtriser les concepts avant de les partager, notamment avec Singapour pour éviter de trop dépendre des Etats-Unis. Outre des installations « stratégiques », l’ONERA dispose de savoir-faire complexes dans l’aérodynamique, l’énergie, les matériaux composites pour la furtivité, les capteurs, l’optronique et le traitement de l’information.

Expertise de référence. Dans le domaine aérospatial, l’ONERA apporte son expertise à l’Etat, répond aux enjeux du futur, contribue à la compétitivité de l’industrie et prépare la défense de demain, explique son directeur technique général. Pour cela, il dispose de 70 ans d’expertise, d’un niveau scientifique de premier rang mondial, de 2.000 collaborateurs (300 doctorants et post-doctorants) répartis sur 8 sites, d’un budget annuel de 235 M€ et de 12 souffleries utilisables par des clients étrangers (premier pôle de compétences en Europe). Il coopère avec la NASA américaine, le Centre national d’études spatiales et MBDA (missiles balistiques, porteurs et interfaces entre eux pour la dissuasion nucléaire). Il participe à tous les grands programmes : radars ; Rafale ; avion de transport tactique A400M ; hélicoptères civil H-160/HIL à pales silencieuses ; drone européen nEUron (furtivité) ; BLADE pour les études de pénétration des futurs missiles face à des défenses aériennes et pour la définition d’architecture du système de combat aérien futur. En matière de défense, la télécommunication optique permet furtivité et discrétion avec un débit important de bandes passantes. Les études sur le radar à longue portée pour l’observation des satellites, lancées en partenariat avec Thales, ont débouché sur des essais en 2017 en vue d’une qualification en 2019. Le radar Graves détecte, entre 400 km et 1.000 km d’altitude et avec une description précise de leurs orbites, les satellites espions représentant une menace pour les forces. Vers 2030, il devrait pouvoir déceler des objets d’une taille inférieure à 10 cm et encore plus éloignés.

Loïc Salmon

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Drones : préparer le combat aérien de demain

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance