Les plus grandes batailles en montagne

Connaissance du terrain, préparation opérationnelle de la troupe, raids et embuscades caractérisent la victoire dans la guerre en montagne.

Celle-ci vise surtout le contrôle d’une zone ou une action sur l’ennemi ou, accessoirement, à créer une diversion, une couverture ou un appui dans le cadre d’une manœuvre globale. La conception et la réalisation de la manœuvre, alliant audace, surprise et cohésion des troupes, restent toujours du ressort d’un chef déterminé. Toutefois, l’héroïsme ne suffit pas. Ainsi, quoique solidement retranché aux Thermopyles (- 480 avant JC) avec 300 Spartiates, Léonidas n’a pas imaginé que l’armée perse puisse le contourner, par surprise, à travers un sentier de montagne. Par contre, un coup d’audace et des techniques alpines ont permis à Alexandre le Grand de s’emparer du camp de la Roche sogdienne (Asie centrale, – 328 avant JC), place forte réputée imprenable. Malgré le terrain escarpé, la multiplicité des combats, la sévérité du climat, les accidents et les délais d’approvisionnements, Hannibal fait franchir les Alpes (- 218 avant JC) en 15 jours à une armée réduite à 26.000 fantassins et 6.000 cavaliers à son arrivée en Italie. L’année suivante, dans une embuscade montée sur les flancs des collines le long du lac Trasimène, il écrase l’armée romaine en l’empêchant de manœuvrer. De son côté, Vercingétorix réussit une manœuvre rapide d’infanterie en terrain montagneux à Gergovie (- 52 avant JC) et inflige à Jules César un important revers militaire. En 1675 et après un minutieux travail de réflexion et malgré un rapport de force défavorable, Turenne traverse les Vosges en plein hiver et remporte la bataille de Turkheim en disloquant par surprise le dispositif de l’armée austro-brandebourgeoise. En 1709, Berwick, Anglais au service de la France, protège 300 km de frontière alpine, grâce à une connaissance approfondie du terrain en toutes saisons et un raisonnement tactique fondé sur le renseignement et la mobilité. En 1808, face à une armée espagnole de 9.000 hommes et 16 canons installés sur le col de Somosierra, assez large pour quatre cavaliers de front, Napoléon ordonne une charge de chevau-légers, dans la brume, qui dure sept minutes et provoque la déroute de l’ennemi, ouvrant la route vers Madrid. Lors de la guerre d’indépendance du Chili en 1817, l’armée du général San Martin traverse la cordillère des Andes en 19 jours, soit 585 km à 4.800-5.000 m d’altitude avec des températures variant de 30° C le jour à – 10° C la nuit. L’allure de 28 km/jour ne laisse pas le temps aux renforts espagnols d’arriver et permet à San Martin de remporter par surprise la victoire de Chacabuco. En 1877 à la tête d’un détachement d’avant-garde russe composé majoritairement de cavalerie, le général Gourko traverse le Balkan d’Etropol du 25 au 31 décembre et défait l’armée turque à Baba-Konak. Le traité russo-turc de San Stephano (3 mars 1878) reconnaît la suprématie russe dans les Balkans à dominante slave et orthodoxe. En 1918, après un raid de plus de 500 km en 6 semaines dans la montagne, le général Jouinot-Gambetta et la cavalerie française remportent la victoire du Dobro Poljé, entraînant la capitulation de la Bulgarie. En 1944, le Corps expéditionnaire français du général Juin franchit les Monts Aurunci et gagnent la bataille du Garigliano au pied du Mont-Cassin, ouvrant aux Alliés la voie vers Rome.

Loïc Salmon

« Les plus grandes batailles en montagne », Colonel Cyrille Becker. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

L’ultime champ de bataille

 




Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Même si le général de Gaulle (1890-1970) estimait sa carrière militaire terminée en 1940, celle-ci s’est poursuivie jusqu’à sa retraite en 1952.

Le chef de la France libre se dit « être sorti de l’échelle des grades et investi d’un pouvoir qui ne se hiérarchise pas ». Il commande des militaires des trois armées de métropole et des territoires ralliés de l’Empire colonial français, des femmes servant sous l’uniforme et la Résistance en zone occupée. Or le colonel Charles de Gaulle, nommé général de brigade à titre temporaire le 1er juin 1940, avait été mis à la retraite d’office le 23 juin suivant par un décret présidentiel. Après son départ du gouvernement provisoire en 1946, il refusera une nomination au grade de général d’armée avec effet rétroactif. De même, le fondateur de l’Ordre de la Libération refusera des promotions dans celui de la Légion d’honneur en 1952. Admis 119ème sur 221 à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1909, de Gaulle doit, conformément au règlement en vigueur, servir un an comme simple soldat puis sous-officier avant de commencer sa formation d’officier. Il sort 13ème de la promotion « Fez » (1910-1912) et choisit l’infanterie, « reine des batailles ». Lieutenant à 23 ans au 33ème Régiment d’infanterie d’Arras, il doit susciter l’obéissance chez les conscrits et les sous-officiers plus âgés. Ses conférences face à ses camarades et ses supérieurs attirent l’attention du chef de corps, le colonel Philippe Pétain. Le lieutenant de Gaulle connaît le baptême du feu lors de l’assaut d’un pont sur la Meuse le 15 août 1914. Blessé au genou parmi les cadavres de ses hommes, il commence à douter de la préparation de l’armée française à cette guerre et de la compétence de la hiérarchie militaire pour coordonner infanterie et artillerie.

Le capitaine de Gaulle participe à la bataille de Verdun, où il est à nouveau blessé, dans un bombardement le 2 mars 1916, et fait prisonnier par les Allemands. Il tente par deux fois de s’évader en 1917 et ne sera libéré qu’à l’armistice de 1918, avec le sentiment d’avoir été inutile pendant la Grande Guerre. L’année suivante, il rejoint la mission militaire française en Pologne comme instructeur parmi les troupes combattant l’Armée rouge en 1920. Pour lui, l’écriture, l’enseignement et l’exercice du commandement forment un tout. Les notations de ses supérieurs reflètent ses propres conceptions du chef, du prestige et du caractère, analysées dans son livre « Le Fil de l’Epée », paru en 1932. Dans le suivant, « La France et son armée » (1938), de Gaulle écrit : « Mais, s’il faut la force pour bâtir un Etat, réciproquement l’effort guerrier ne vaut qu’en vertu d’une politique. » Ce livre, qui aurait dû porter la signature du maréchal Pétain, son protecteur depuis 25 ans, marque la rupture entre les deux hommes. Commandant la 4ème Division cuirassée en mai 1940, le colonel de Gaulle teste ses théories dans les combats de Montcornet, de Crécy-sur-Serre et d’Abbeville contre la Wehrmacht. Nommé secrétaire d’Etat à la Guerre le 6 juin 1940, il négocie à Londres un soutien britannique le 16, pour continuer le combat depuis l’Empire colonial. Sa désobéissance, signifiée par l’appel du 18, lui vaut des condamnations par des juges militaires : quatre ans de prison le 4 juillet ; dégradation et peine de mort le 2 août.

Loïc Salmon

L’exposition « De Gaulle, une carrière militaire 1910-1952 » (7 septembre-23 décembre 2020), organisée par le Service historique de la Défense, se tient au château de Vincennes, Pavillon du Roi. www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

Churchill De Gaulle

Exposition « Eisenhower-De Gaulle » aux Invalides

Une certaine idée de la France…et du monde

 




Dictionnaire renseigné de l’espionnage

L’espionnage inspire fiction et « coups tordus », tandis que le renseignement constitue une activité officielle, indispensable à la sécurité de la nation.

Autrefois, les espions, traîtres ou héros selon les cas, une fois démasqués, étaient punis de mort. Aujourd’hui, ce crime, imprescriptible, conduit encore à l’exécution, sous les régimes totalitaires, ou à l’emprisonnement, dans les nations démocratiques. Sur un mur blanc du siège de la CIA à Washington, plus de 130 croix représentent ses morts en service commandé. Toutefois, l’échange d’agents fait aussi partie de la guerre secrète. La « taupe », à savoir un membre d’un service de renseignement (SR) recruté par un SR étranger pour lui fournir des informations cruciales, cause toujours une perte de confiance en interne mais aussi à l’extérieur. Le cloisonnement, garantie du secret, se répercute au niveau administratif par le « besoin d’en connaître ». Il permet de limiter les dégâts causés par une taupe ou…par imprudence ! Sur le plan technique, la « cryptanalyse », qui consiste à déchiffrer les codes secrets de l’adversaire, mobilise 11.500 personnes, dont des mathématiciens et des linguistes des prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge, sur divers sites en Angleterre en 1943. Dans l’un d’eux, Bentley Park, converti aujourd’hui en musée, ont été « cassés » les codes « Enigma » des Wehrmacht, Luftwaffe et Kriegsmarine allemandes. Dès les années 1940, le programme américano-britannique « Venona » a permis aux Alliés de déchiffrer les messages des SR soviétiques et d’évaluer ensuite l’ampleur de leur pénétration en Occident. Il a servi à démasquer les physiciens nucléaires ayant transmis des informations sur la bombe américaine et quelques taupes britanniques. L’une d’elles, Kim Philby (1912-1988), qui a envoyé à la mort, sans le moindre remord, de nombreux agents infiltrés en URSS, a été honoré par la ville de Moscou, qui a renommé une place à son nom…en 2018 ! L’agent double britannique George Blake (né en 1922, réfugié en Russie), découvert grâce à un « défecteur » polonais, a cru naïvement que les Soviétiques tiendraient leurs promesses de ne pas exécuter les agents dont il avait donné les noms. De son côté, la CIA a dû demander l’aide du FBI (renseignement intérieur) pour démasquer la taupe en son sein, en l’occurrence Aldrich Ames (né en 1941, emprisonné à vie), arrêté en 1994. Outre la vente pendant dix ans d’informations confidentielles au KGB soviétique, il a compromis une centaine d’opérations de la CIA et du MI6 (SR britannique) et contribué à l’exécution d’une dizaine de militaires et agents russes, travaillant pour les pays de l’Ouest, et à l’emprisonnement de beaucoup d’autres. Alors que l’argent motive surtout en Occident, la perte de foi dans le régime de l’URSS, même si elle cachait parfois des entraves à la carrière ou des déboires domestiques, a souvent été évoquée pour expliquer la défection de membres de haut niveau de ses SR. Par ailleurs, dans un livre, un ex-directeur de la CIA conseille à ses successeurs « d’être circonspects lorsqu’ils présentent aux décideurs des renseignements liés à leurs objectifs politiques ». Enfin, le mythe de « l’espionne fatale », incarnée par la Néerlandaise Mata Hari (1876-1917) jugée « nulle » par les SR allemands mais fusillée pour l’exemple, perdure avec la Russe Anna Chapman (née Kouchtchenko en 1982), échangée une dizaine de jours après son arrestation à New York en 2010.

Loïc Salmon

« Dictionnaire renseigné de l’espionnage », Michel Guérin. Mareuil Éditions, 272 pages. 19 €

Lève-toi et tue le premier

Renseignement : l’affrontement des services au début de la guerre froide (1945-1955)

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

 




Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

Instrument indispensable à la conquête militaire extérieure et à la sécurité intérieure de l’Etat, le renseignement, tactique, stratégique et intérieur, a été organisé par tous les grands empires de l’Antiquité, puis perfectionné en Europe après la chute de Rome puis de Byzance.

Résultat d’une démarche délibérée, il doit fournir la bonne réponse au bon destinataire, dans les délais impartis et sous une forme intelligible pour lui. Malgré l’évolution technique, les méthodes restent les mêmes : rapports réguliers ; information de première main ; plusieurs niveaux de traitement de l’information ; protection des informations ; actions clandestines ; guerre psychologique. En Mésopotamie, les marchands peuvent circuler librement à l’abri des conflits, moyennant l’échange d’informations. Par ailleurs les devins jouent un rôle fondamental dans les affaires politiques et militaires, grâce à leur savoir préscientifique qui offre une grille de lecture interprétative à tous les échelons du pouvoir, local ou central. Quoique protégée par un désert aride, l’Egypte envoie des missions, mêlant diplomatie, commerce et renseignement, vers les pays voisins. Les pharaons doivent aussi se prémunir contre les conspirations et…les intrigues de harem ! L’Empire perse crée un système complexe de renseignement, décrit comme « les yeux et les oreilles du Grand Roi ». L’Empire indien des Gupta dispose d’un vaste réseau « d’itinérants » de tous acabits, déployés à l’étranger pour commettre éventuellement des vols et des assassinats ciblés. Fins connaisseurs des axes commerciaux transfrontaliers, les contrebandiers fournissent des renseignements tactiques. Des espionnes, de la citoyenne ordinaire à la belle concubine de harem, recueillent les paroles d’étrangers et… de l’entourage du roi. L’Empire chinois récupère l’héritage des guerres civiles antérieures : divination, transfuges, assassinats, corruption et contre-espionnage. S’il permet d’éviter l’affrontement militaire de grande ampleur comme l’a théorisé Sun Tzu (« L’art de la guerre »), le renseignement alimente aussi la compétition politique intérieure. Les « opérations spéciales », spécialités grecques depuis le cheval de Troie, quoique peu privilégiées par les Romains, se perpétuent quand même dans l’Empire romain d’Orient puis byzantin. Pour ce dernier, la diplomatie, moins chère que la guerre, aussi efficace et fondée sur le renseignement, utilise persuasion, corruption et subversion pour briser les alliances hostiles, affaiblir des Etats ennemis et détourner les invasions étrangères. Après sa chute, ses experts apporteront leur savoir-faire…à la Russie ! En Europe du Nord, les Vikings, quand ils ne commercent pas, effectuent des raids audacieux, sans pertes et basés sur l’effet de surprise, grâce à l’envoi d’éclaireurs et à l’espionnage organisé pour dresser cartes, itinéraires et inventaire des richesses de la région ciblée. Les Normands procèdent à des opérations clandestines en Angleterre, avant la conquête effective, ainsi qu’en Italie, en Sicile ou pendant les Croisades. Les princes et les grandes villes d’Europe s’appuient sur un plan de recherche de renseignements et entretiennent un réseau varié d’agents compétents. En France, Louis XI, « l’Universelle Aragne » (Grande Araignée), a ainsi élaboré une politique d’évaluation des situations, alliée à son sens aigu de l’anticipation.

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge », ouvrage collectif. Editions Cf2R Ellipses, 520 pages, 28€. Format numérique, 21,99 € 

La Bible des codes secrets

Renseignement : anticiper la surprise stratégique

DRM : intégrateur du renseignement militaire




La Bible des codes secrets

L’art de coder des messages, diplomatiques, militaires ou commerciaux, repose sur une clef (mot, phrase ou nombre), à changer périodiquement, et non sur le secret des méthodes ou des algorithmes.

Ce livre, rédigé par un mathématicien, expose en détail une centaine de codes ou « chiffres » dans leur contexte historique. Le codage et son décryptage sont allés de pair avec le renseignement. Jusqu’à la première guerre mondiale, des générations de généraux ont cru leurs codes inviolables, en raison de leur complexité toujours accrue. Or l’espionnage, les interceptions ou les hasards de la guerre peuvent révéler l’algorithme utilisé. Comme la science, le décryptement progresse de façon inductive, à savoir du particulier au général, la méthode déductive ne servant qu’à contrôler le sens du message final. Ainsi en 1822, le Français Jean-François Champollion (1790-1832) parvient à décrypter les hiéroglyphes égyptiens grâce à la pierre de Rosette, où figuraient des versions en grec et égyptien démotique. Suite à la création du service des postes en France au XVème siècle, le « Cabinet noir » décachète les lettres, pour vérifier qu’elles ne contiennent rien d’outrageant envers le roi, les déchiffre éventuellement et les recachète. Son fondateur, le mathématicien Antoine Rossignol (1600-1682), inspire le « Grand Chiffre » de Louis XIV, qui résistera trois siècles aux assauts des décrypteurs. La dissolution du Cabinet noir par la Révolution contribue à la perte de l’expertise française en cryptographie. Les armées révolutionnaires puis impériales en subissent les conséquences. Les Britanniques emploient des éclaireurs francophones et hispanophones, chargés de guider l’armée, de porter les messages, d’intercepter ceux de l’ennemi et de les décrypter. De leur côté, les services de renseignement russes interceptent et décryptent l’essentiel des dépêches de Napoléon. La bataille la plus meurtrière de la guerre de Sécession se déroule à Shiloh en 1862 avec une offensive surprise des troupes sudistes, qui avaient chiffré leur plan d’attaque…avec le code de Jules César lors de la conquête de la Gaule (58-51 avant JC). En 1914, le croiseur allemand Magdeburg, chargé de poser des mines en mer Baltique, s’échoue sur l’île d’Oldensholm. Il est pris à partie par deux croiseurs russes, qui récupèrent les livres de codes de la Marine allemande et les transmettent à l‘Amirauté britannique, qui les décrypte. Les Allemands ne changent leur code qu’en 1916 après la bataille du Jutland. En 1917, les Britanniques interceptent un télégramme chiffré entre l’ambassadeur d’Allemagne aux Etats-Unis et l’ambassade d’Allemagne au Mexique, via la société internationale de télécommunications Western Union. Cette dépêche, dite « Zimmermann » du nom du ministre allemand des Affaires étrangères et dont le code avait été « cassé » par les Britanniques, annonce une guerre sous-marine totale. Elle propose aussi au Mexique une alliance avec l’Allemagne pour recouvrer le Texas, le Nouveau-Mexique et l’Arizona, annexés par les Etats-Unis en 1845. Ce télégramme va contribuer à l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale. Lors de la seconde, le déchiffrement de la machine de cryptage automatique « Enigma » des forces armées allemandes sera réalisé par les services britanniques (10.000 personnes !), l’espionnage français et trois mathématiciens polonais…grâce à la trahison d’un chiffreur allemand !

Loïc Salmon

« La bible des codes secrets », Hervé Lehning. Editions Flammarion, 464 pages, 25 €.

Les écoutes de la victoire

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements




De la terreur à la lune

Buts idéologiques, coût exorbitant, réussite scientifique, après de nombreux déboires, caractérisent les armes secrètes allemandes, à l’origine des missiles et des fusées spatiales.

Sur le plan militaire, dès 1232, des Chinois assiégés tirent des fusées improvisées contre les Mongols. L’idée, reprise par les Anglais entre 1802 et 1812, est abandonnée devant les progrès de l’artillerie. Il faut attendre les années 1920 pour que soient théorisé le principe de la fusée par l’Allemand Peter Wegener, à savoir une faible résistance à l’air, la stabilité par des ailerons à volets orientables et une trajectoire contrôlable. De son côté, le physicien américain Robert Goddard met au point une fusée à propergol liquide. Dès 1929, l’armée allemande s’intéresse au potentiel militaire de cet engin, qui lui permettrait de pallier l’absence de canons à longue portée proscrits par le Traité de Versailles (1919). Un centre d’essais de propulsion à réaction et de développement des fusées à combustible liquide est installé à Kummersdorf, dans le plus grand secret. Le savant Wernher von Braun (1912-1977), qui rêve d’exploration spatiale, et l’ingénieur et général Walter Dornberger (1895-1980) travaillent sur les projets d’armes secrètes allemandes, jusqu’à leur reddition aux forces armées américaines en mai 1945. Les recherches sur les fusées deviennent un secret d’Etat en 1933 et les chercheurs indépendants sont contraints d’y participer. L’année suivante, deux fusées atteignent 2.200 m d’altitude. Sont alors construits un site de tir et des infrastructures pour une soufflerie supersonique et un centre de mesures dans le petit port de Peenemünde, dans l’île d’Usedom (Baltique). Opérationnel en 1939, l’ensemble emploie 18.000 ingénieurs, scientifiques et techniciens qui développent, au cours des années suivantes, la « bombe volante V1 », avion sans pilote de la Luftwaffe, et la fusée « V2 » pour la Whermacht. Ces armes, dites de représailles par la propagande nazie, doivent briser le moral de la population britannique après l’échec de la Luftwaffe lors de la bataille d’Angleterre (1940). Les services de renseignement britanniques apprennent l’existence de Peenemünde, confirmée par des vols de reconnaissance qui découvrent, dans le Nord de la France, des structures bétonnées avec des rampes de lancement orientées vers Londres. Les bombardements aériens « Hydra » (britannique) et « Crossbow » (anglo-américaine) sont effectués de 1943 à 1945 contre les installations de V1, dont un grand nombre tombe sur Londres, Anvers et Liège. Dès août 1943, les SS s’approprient les V2, dont la production est assurée, dans une usine souterraine, par les détenus du camp de concentration de Dora dans des conditions inhumaines. A la date du 3 octobre 1944, 156 V2 ont touché 14 villes en Angleterre, France et Belgique pour saper le moral des populations civiles. Après l’arrivée de l’armée américaine à Peenemünde en 1945, des centaines de V2 sont envoyées par trains vers le port d’Anvers puis embarquées sur 16 navires avec 14 tonnes de plans à destination des Etats-Unis…juste avant l’arrivée des troupes soviétiques, car Peenemünde se trouve dans leur zone d’occupation décidée à la conférence de Yalta. Malgré leur impact limité sur l’issue de la guerre, les V1 et V2 vont bouleverser les rapports de forces dans les décennies suivantes, tant sur le plan tactique (missiles de croisière tirés d’avions, de navires ou de sous-marins) qu’au niveau stratégique (missiles balistiques intercontinentaux).

Loïc Salmon

« De la terreur à la lune », Hughes Wenkin. Editions Pierre de Taillac, 232 p, nombreuses illustrations, 29,90 €.

Armes secrètes de l’Allemagne nazie

Défense antimissiles : surtout protection des forces, moins celle des populations

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques




Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Témoin des hauts faits du passé et des combats douloureux du présent, l’Hôtel national des Invalides abrite un hôpital, un patrimoine historique, le siège du gouverneur militaire de Paris et celui de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, qui prend aussi en charge celles du terrorisme.

Cette mémoire vivante a été présentée à la presse le 24 février 2020, jour du 350ème anniversaire de la décision de Louis XIV de faire bâtir cet édifice pour les officiers et soldats malades, blessés ou âgés ayant dignement servi la France. Y sont intervenus : Le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris (au centre sur la photo) ; le général de division Alexandre d’Andoque de Sariège, directeur du musée de l’Armée (à gauche) ; Ariane James-Sarazin, directrice adjointe du musée de l’Armée (à droite). Les temps forts de cet anniversaire incluent : des concerts dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides, église des soldats et salle de concert depuis 1993 ; la célébration du 14 juillet, après le défilé militaire, sur l’esplanade et, pour la première fois, à l’intérieur du site ; des événements exceptionnels pour les journées du patrimoine (21-22 septembre). Outre le tombeau de Napoléon, les Invalides abritent : le musée des Plans-Reliefs, maquettes de places et de ports fortifiés datant du XVIIème au XIXème siècle ; le musée de l’Armée, qui a accueilli 1,2 million de visiteurs en 2019 ; celui de l’Ordre de la Libération, qui explique le rôle joué par les Compagnons de la Libération dans la France Libre et la Résistance (1940-1945). Enfin, 2.000 personnes travaillent aux Invalides.

Hospice et nécropole militaires. Construit entre 1671 et 1675 en pierre calcaire blonde acheminée jusqu’à la plaine de Grenelle via la Seine, l’Hôtel national des Invalides doit aussi célébrer la gloire militaire du roi, représenté à cheval sur la façade Nord avec ses insignes (soleil et grille d’entrée bleue et or avec des fleurs de lys) encadré par la prudence et la justice et surplombant les statues d’Arès-Mars et d’Athéna-Minerve de chaque côté du porche. Les pensionnaires sont logés, bien nourris et…occupés (ateliers de calligraphie, tapisserie et maroquinerie). Des tableaux rappelant les victoires du roi au cours des guerres de Dévolution et de Hollande décorent leurs quatre réfectoires. Les Invalides accueillent 2.000 pensionnaires en 1690 puis 3.000 à 4.000 en 1715. Tout cela contribue au recrutement de nouvelles troupes. Le Dôme de 107 m de haut, voulu par Louis XIV, domine l’église royale face à celle des soldats avec un autel double. Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris s’empare des fusils et des canons des Invalides pour prendre la Bastille. L’église du Dôme, dont tous les insignes royaux ont été détruits, devient une nécropole militaire. Napoléon y fait déposer les cendres de Turenne en 1800 et le cœur de Vauban en 1808, puis accorde, vers 1812, le droit d’y inhumer des personnalités de l’histoire militaire qui n’ont pas été gouverneur des Invalides. Ainsi, s’y trouvent notamment les cendres de Rouget de l’Isle, auteur de la Marseillaise, et du maréchal Foch, vainqueur de la première guerre mondiale. Pour le « Retour des Cendres » de Napoléon en 1840, Louis-Philippe fait aménager la crypte de l’église du Dôme pour installer le tombeau en quartzite rouge foncé, couleur impériale, entouré des statues rappelant ses victoires militaires et des bas-reliefs ses réalisations civiles. En 1940, Hitler fait transférer de Vienne aux Invalides les cendres de l’Aiglon, Napoléon II. En 1961, celles du maréchal Lyautey, inhumé au Maroc, sont transférées dans l’église du Dôme.

Loïc Salmon

GMP : rôles opérationnel, civilo-militaire et de rayonnement

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Une certaine idée de la France…et du monde




Les écoutes de la victoire

La Grande Guerre a accéléré le développement des techniques du chiffre, des écoutes et de la radiogoniométrie à des fins de renseignement, à partager entre Alliés tout en gardant secrets les procédés.

Les techniques d’écoute des câbles télégraphiques remontent à la Guerre de Sécession (1861-1865) pour les communications et le renseignement sur la mobilité de l’adversaire. Pendant la guerre franco-prussienne (1870), le retard de la France en matière de chiffrement et de renseignement technique contribue à la défaite. La guerre russo-japonaise (1904-1905) introduit la guerre électronique dans les batailles décisives. Lors de l’invasion de la Belgique en juillet 1914, la TSF de l’armée impériale allemande, qui émet souvent en clair, est écoutée par des postes fixes français à Maubeuge, Verdun, Toul, Epinal, Belfort, la Tour Eiffel et le Mont-Valérien (région parisienne). Dès le 21 août, la cellule du chiffre du ministère de la Guerre casse pour la première fois le code de l’armée allemande, qui finira par s’en apercevoir. Cette réussite se reproduira plusieurs fois, malgré une cryptographie de plus en plus complexe. Les renseignements techniques permettent de prévoir les intentions et la progression de l’ennemi, notamment les succès et les échecs de ses unités de cavalerie dotées de moyens TSF. Un raid aérien de bombardement près de Courtrai, contre l’empereur Guillaume II lui-même, échoue de peu. Une tentative de guerre bactériologique, par contamination par la morve des chevaux achetés par la France à l’Espagne, est découverte. Le contre-espionnage français identifie l’agent H-21, alias la danseuse et courtisane néerlandaise Mata-Hari. Sont aussi décryptés les codes, évolutifs, des dirigeables et sous-marins allemands et la correspondance entre les organismes centraux de l’armée autrichienne et ses représentants dans les ambassades et consulats à Sofia, Constantinople et Salonique. Expérimentée dès 1910 par la Marine française, la radiogoniométrie permet, avec trois postes à Dunkerque, Boulogne, et Villejuif (banlieue parisienne), de localiser les émetteurs TSF allemands de Lille et Saint-Quentin. Afin de protéger les grands villes et centres industriels importants, des brouilleurs, installés sur la Tour Eiffel, à Lyon et entre Paris et Noyon, perturbent les réceptions de messages destinés aux avions ennemis. Les centres d’écoutes de Paris, Lyon et Bordeaux permettent de déterminer l’organisation des télécommunications mondiales de l’Allemagne vers sa diaspora et ses colonies africaines. Sont aussi mises en évidence l’envoi important de matériels à Constantinople et les notifications de commandes futures ainsi que la décision de la Bulgarie d’entrer en guerre à ses côtés. Dans les tranchées très proches, la TSF est remplacée par des lignes téléphoniques…qui seront aussi écoutées ! Les interceptions alertent sur le déclenchement imminent d’un bombardement, identifient les unités en ligne et révèlent la vie quotidienne adverse (nourriture, état de fatigue et moral). Les interprètes-écouteurs se recrutent parmi les professeurs d’allemand, Alsaciens, Lorrains, Franco-Suisses et volontaires de la Légion étrangère. L’amirauté britannique déchiffre la « dépêche Zimmermann », qui provoque l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917. Pendant la Conférence de la paix à Versailles (1919), les écoutes téléphoniques et télégraphiques confortent Clemenceau …dans sa position ferme et résolue !

Loïc Salmon

« Les écoutes de la victoire », Jean-Marc Decoulanges. Editions Pierre de Taillac, 256 pages, nombreuses illustrations, 24,90€. 

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale

Renseignement : importance croissante en France depuis la première guerre mondiale

La guerre électronique : nouvel art de la guerre




Les grandes affaires de la Libération 1944-1945

La représentation mémorielle de la seconde guerre mondiale a tendance à surévaluer l’apport des Etats-Unis et l’ampleur de la « collaboration » en France et à oublier l’impunité d’anciens nazis et le passé « douteux » de certaines personnalités d’après-guerre.

Cet ouvrage met en lumière une vingtaine d’épisodes à partir d’archives militaires et civiles des pays belligérants. Entre 1941 et 1945, les Etats-Unis ont perdu 416.837 soldats mais l’URSS 9.168.400. Du côté allemand, 3.543.000 soldats sont morts contre l’armée soviétique et environ 374.470 contre les troupes américaines. Entre 1939 et 1945, 740.000 soldats allemands sont tués sur le front de l’Ouest (France, Belgique, Pays-Bas et Allemagne de l’Ouest), dont 644.941 en 1944-1945 contre les armées américaines, britanniques, canadiennes et françaises. Lors de la bataille de Dunkerque (26 mai-4 juin 1940), la défense par les troupes françaises des poches de Dunkerque, Lille, Calais et autres secteurs fixe la majorité des divisions allemandes, facilitant le rembarquement de 224.686 soldats professionnels du corps expéditionnaire britannique, qui permettront la poursuite de la guerre. En outre, 300 navires de la Marine française embarquent 102.570 soldats alliés. En métropole et pendant toute la guerre, 266 réseaux de résistance sont créés par les services spéciaux de la France libre avec 150.000 membres permanents et 300.000 « occasionnels » et 125 autres par le SOE britannique avec des résistants français. Ces réseaux ont fourni 80 % des renseignements sur le dispositif militaire allemand. S’y ajoutent 300.000 maquisards homologués des Forces françaises de l’intérieur. En 1944, les Etats-Unis tentent de placer la France sous leur protectorat par la mise sur pied d’une administration militaire dénommée « AMGOT ». Mais le Gouvernement provisoire de la République française, qui ne sera reconnu par les Alliés que le 29 octobre, avait élaboré, deux jours avant le débarquement en Normandie, 400 décrets et ordonnances pour restaurer la légalité dans le pays. Fin février 1944, la division allemande « Das Reich », de retour du front soviétique où elle a subi de lourdes pertes, est envoyée dans le Sud-Ouest de la France pour reconstituer ses effectifs en hommes et matériel. Dès le mois de mai, elle mène des opérations féroces contre les maquis et les populations civiles et, le 8 juin, reçoit l’ordre de se porter le plus vite possible vers la Normandie. Au mois d’août, elle a massacré ou déporté 3.000 personnes en tout dans le Sud-Ouest. Par ailleurs, la Gestapo a recruté 6.000 agents français actifs et 24.000 informateurs occasionnels, aux motivations diverses. Mais de nombreux Français anonymes sauvent de la déportation 75 % des juifs présents en France (95 % de Français et 50 % d’étrangers). De son côté, l’Italie, quoique fasciste et alliée de l’Allemagne nazie, sauve 83,6 % de juifs sur son territoire et ses zones d’occupation. Pourtant plusieurs chefs gestapistes allemands, coupables de séries de crimes en France, seront épargnés ou faiblement condamnés après la guerre. Des responsables nazis seront exfiltrés vers l’Amérique latine. D’autres seront récupérés par les services de renseignements soviétiques ou américains. Des écrivains et journalistes français connus, compromis sous l’Occupation, dissimuleront leur passé, après avoir rendu de menus services à la Résistance lors de la débâcle allemande.

Loïc Salmon

« Les grandes affaires de la Libération 1944-1945 » par Dominique Lormier. Editions Alisio, 350 pages, 19,90€. 

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Résistance et dissuasion

Le refus de subir une défaite similaire à celle de 1940 se trouve à l’origine de la dissuasion nucléaire, dont les capacités scientifiques et techniques résultent de décisions politiques et militaires pour assurer l’indépendance de la France et son autonomie stratégique.

Cette question avait fait l’objet d’un colloque organisé, le 5 octobre 2017 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). A la veille de la seconde guerre mondiale, les applications militaires de l’énergie nucléaire font l’objet d’études en Grande-Bretagne, en France et…en Allemagne ! Ces deux dernières commencent par engager la bataille secrète de « l’eau lourde » (atome d’hydrogène remplacé par celui du deutérium, deux fois plus lourd), produit qui ralentit la réaction en chaîne au sein d’un réacteur nucléaire. En 1940, une mission française réussit à exfiltrer le stock mondial d’eau lourde existant, soit 185 litres, de Norvège à l’Angleterre via le port de Bordeaux. Le même bateau transporte aussi les 8 t d’oxyde d’uranium dont dispose la France. En outre et sous les pressions françaises, l’Union minière du Haut-Katanga (Congo, colonie belge), où se trouve la plus grande réserve connue d’uranium, en livre un stock important aux Etats-Unis, lequel sera utilisé lors de la mise au point du programme « Manhattan » pour bombarder le Japon en 1945. Les principaux physiciens français de l’atome entrent tous dans la Résistance : le prix Nobel Frédéric Joliot, en France pendant toute la guerre ; Hans Halban, Lew Kowarski, Jules Guéron, Pierre Auger et Bertrand Goldschmidt, au sein de la France libre. Halban et Kowarski, qui avaient acheminé les 26 bidons d’eau lourde, poursuivent leurs travaux aux Laboratoires de Cambridge puis de Montréal, dans le cadre du programme « Tube Alloys ». Dès décembre1940, ils démontrent la possibilité d’une réaction en chaîne par neutrons lents, au moyen d’un mélange d’oxyde d’uranium et d’eau lourde, expérience que les savants allemands ne réaliseront qu’en 1944. Seul Français admis à travailler quelques mois aux Etats-Unis mais sans contact direct avec le programme « Manhattan », Goldschmidt y acquiert l’expérience de la chimie du plutonium, déterminante dans les débuts du futur CEA. En juillet 1944 et dans le plus grand secret, les scientifiques français, présents à Ottawa, informent le général de Gaulle, alors en voyage au Canada, de l’état d’avancement sur l’arme nucléaire. Vu que celle-ci donnerait aux Etats-Unis un avantage considérable dans le monde après la guerre, ils recommandent de reprendre les recherches correspondantes en France au plus vite et de lancer une prospection sur les ressources d’uranium à Madagascar, colonie française. Le 20 août 1944, le chef de la France libre nomme Joliot à la tête du Conseil national de la recherche scientifique et, en octobre 1945, crée le CEA destiné à assurer l’indépendance énergétique de la France. Les recherches sur le nucléaire militaire se développent secrètement à partir de 1954, surtout après les menaces soviétiques et américaines consécutives à l’opération militaire franco-britannique à Suez en 1956 pour reprendre le contrôle du canal, nationalisé par le gouvernement égyptien. De retour au pouvoir, le général de Gaulle souligne, en 1959, l’autonomie de la « force de frappe », reposant sur une capacité immédiate et permanente et garantissant sécurité du territoire et initiative en matière de politique étrangère. La dissuasion nucléaire perdure depuis 1964.

Loïc Salmon

« Résistance et dissuasion », ouvrage collectif. Editions Odile Jacob, 396 pages, 22€. 

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